1 janvier 2013

Paix et sérénité

Lever de terre

Bonne année 2013! 

La vie est courte 
Transgressez les règles
Pardonnez rapidement
Embrassez lentement
Aimez réellement
Riez sans retenue
Et ne regrettez jamais RIEN
Qui vous fait sourire
~ Mark Twain, 1835–1910

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Ah, la paix universelle
Et la sérénité
Peut-être aujourd’hui
Demain ou après-demain
Ou l’an prochain
On attend patiemment

Certains critiques reprochent à Twain son humour cinglant. Néanmoins, il avait l’art de mettre le doigt sur les bobos… Par delà ce trait de personnalité – que d’autres apprécient grandement –, l’on se rend bien compte à quel point il a su observer la nature humaine avec lucidité et sagesse.

LE JOUR DE L'AN

Le temps est venu de prendre vos habituelles bonnes résolutions de l’année. La semaine prochaine vous pourrez commencer à paver l'enfer de vos bonnes intentions, comme d'habitude. Hier, chacun a fumé son dernier cigare, pris son dernier verre et proféré son dernier juron. Aujourd'hui, nous sommes une communauté pieuse et exemplaire. D’ici trente jours, nous aurons totalement oublié notre réforme et coupé considérablement dans nos anciens vices. Nous nous amuserons d’avoir fait la même chose l'année précédente à la même période.
       Néanmoins, allez-y! Le Nouvel An est une institution annuelle inoffensive qui n’a pas d’autre utilité que de légitimer l’ivrognerie, les visites amicales et l’hypocrisie des résolutions; et nous vous souhaitons d’en profiter avec le manque de rigueur qui sied à la grandeur de l’occasion.
- Mark Twain, Lettre à Virginia City Territorial Enterprise, janvier 1863

LA PAIX

L’idée d’obtenir la paix par la persuasion est séduisante, mais je ne pense pas que nous pourrions réussir. Il nous faudrait d'abord dompter la race humaine, et l'histoire semble prouver que cela est infaisable.
- Mark Twain, Lettre à William T. Stead, 09/01/1899

Allocution sur la paix, prononcée au Twentieth Century Club, à Boston, le 4 novembre 1905 

[...]
Je suis différent des autres personnes qui ont parlé. Ce problème de la paix universelle fut au premier plan de mes pensées. J’avais l’habitude de l’étudier. Non, je ne peux pas dire que je l'ai vraiment étudiée; j'y pensais – comment obtenir la paix universelle. Ça me dérangeait, mais je m’approchais de plus en plus de la solution; et finalement, j’y suis arrivé.
       Mais le jour même où je pensais avoir résolu le problème, j'ai été sommé de me présenter chez un empereur. «Que faisiez-vous ces temps-ci?» fut la première chose qu'il me demanda. Je lui ai dit que j'avais travaillé à résoudre un problème – le problème de la paix universelle – et que je l’avais résolu; que j’avais trouvé la seule solution – il n'y en avait pas d’autre.
       Alors, il a voulu savoir comment j'allais y arriver, et je lui ai répondu : «Je vais trouver un chimiste – un vrai génie – et lui demander de retirer tout l'oxygène de l'atmosphère pendant huit minutes. Ensuite, nous aurons la paix universelle, et elle sera permanente.» [...]
       Les jeunes gens qui ont parlé avant moi s’intéressent encore à la race humaine. Mais dans mon cas, l’horloge s’apprête à sonner soixante-dix ans. J’en suis si proche que je ne ressens pas ce genre d’intérêt. [...] Je suis arrivé au point où je peux regarder l'humanité avec objectivité. Je suis si proche de la sortie que je ne vois pas d’intérêt à essayer de résoudre ses problèmes. [...]
       Non, je ne suis pas en mesure de trouver une solution à ce problème. Mais j'espère que ces jeunes gens – s’ils n’ont rien d'autre à faire – continueront, car ce ne sera jamais fait par quelqu’un qui a autre chose à faire.

- Publié dans le Chicago Daily Tribune le 5 novembre 1905

PAIX DE L'ESPRIT

La paix de l'esprit est une chose des plus précieuses. La Bible en a privé la majorité du monde pendant plusieurs siècles; il serait équitable qu'en retour elle en procure à quelques individus ici et là. Mais vous ne devez pas faire l'erreur de supposer que l’absolue paix de l'esprit ne s’obtient qu’à travers une quelconque forme de croyance religieuse : non, au contraire, j’ai découvert qu’une paix également parfaite existe dans l'incrédulité absolue.
- Mark Twain, Lettre de Charles W. Stoddard, 01/06/1885

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Habituellement, paix et sérénité marchent main dans la main… 

Un mot de Bernard Pivot :

SÉRÉNITÉ

Comme je n’en ai guère, la sérénité est la qualité que j’admire et que j’envie le plus. Non pas la sérénité de ceux qui, irradiés par la foi, se sont retirés du monde ou s’y soustraient le plus possible pour dialoguer avec le silence. Mais la sérénité des battants, des vifs, des militants, des fonceurs, ou celle discrète, de la multitude de femmes et d’hommes qui mènent une existence banale et qui vieillissent en réagissant avec équanimité aux petits bonheurs et gros chagrins.
       On peut être agité intérieurement par des tempêtes et montrer un visage serein. Cela ne trompe pas longtemps. La quiétude jouée est à terme insoutenable. On est trahi pas ses nerfs, par ses absences, par ses regards dans le vide, par des rires qui résonnent comme des fausses notes. La vraie sérénité se lit dans les yeux comme une page d’un livre de sagesse. Elle est impressionnante. Elle est éblouissante. Elle est rassurante. On a envie de toucher, de caresser un visage réellement serein.
       On est d’autant plus impressionné quand on sait que la personne – ainsi une amie de longue date – a souffert dans sa chair et dans son cœur. Les coups durs ne l’ont pas épargnée. Elle en a bavé. L’indifférence, le fatalisme, la résignation, elle ne connaît pas. Elle a lutté. Elle s’est défendue. Elle a dû céder, il est probable, à des moments de colère ou d’accablement. Mais très vite, mue par une paix qui vient de l’âme, de la méditation, et que l’expérience a fortifiée, elle a recouvré cette sérénité qui, dût-elle vivre jusqu’à cent ans, sera toujours pour elle une rente de beauté.
       Tout compte fait, c’est à la télévision que j’aurai été réellement le plus serein. J’y affichais un calme, une maîtrise qui découlaient de mes responsabilités publiques et d’un travail intense de préparation. J’évoque ailleurs mon sang-froid sur le petit écran.
       Dans la vie de tous les jours, une contrariété m’agace, une promesse non tenue me fâche, mes étourderies et mes maladresses me déstabilisent. J’ai toujours eu la volonté de me dominer, de prendre sur moi – j’y parviens, parfois –, mais, trop souvent, même si je n’en laisse rien paraître, quelque chose en moi se délite. Et, quand il s’agit de douleurs profondes, c’est la débâcle. Je suis incapable de retenir mes larmes. Les rares fois où j’ai accepté de prendre la parole au cours d’obsèques, des sanglots impossibles à refouler ont empêché l’assistance de comprendre ce que je disais.
       Je ne mourrai pas dans la sérénité. Et, peut-être, cette fois sans embarrasser personne, dans mon cercueil, verserai-je pendant la cérémonie quelques larmes posthumes.

Les mots de ma vie
Albin Michel, 2011 

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La douce présence de Ryôkan

Parmi les privilégiés qui ont eu le bonheur de partager un moment de vie avec Ryôkan, Kera Yoshishige a laissé en notes ce témoignage :
       «Le maître était différent de tout autre. On ne pouvait pas être insensible à la supériorité de son esprit mais ce qui nous touchait davantage, c’était sa douceur.
       Il lui est arrivé de rester quelques jours dans ma famille. Le soir, de ses paroles émanait toute la pureté de son cœur. Il ne parlait pas de textes bouddhiques, ni de littérature et donnait encore moins de conseils de moralité. Non, un jour il a allumé le feu pour la cuisine, un autre jour, il a fait zazen dans la salle. Toujours calme et détendu, la douceur qui émanait de sa personne était contagieuse. Quand il était là, l’atmosphère devenait très agréable. Entre chacun de nous régnait une véritable harmonie, qui se répandait encore plusieurs jours après son départ. C’est quelque chose qui est difficile à expliquer.»

Contes Zen
Ryôkan, Le moine au cœur d’enfant
Le courrier du livre

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