15 avril 2022

Revendiquez la séparation de la religion et de la planète

La critique légitime des religions doit être protégée

Marie-Claude Girard, retraitée de la Commission canadienne des droits de la personne

Le Devoir / Libre opinion 15 avril 2022

Ottawa investira 85 millions sur quatre ans afin de lancer une nouvelle stratégie contre le racisme et un plan national de lutte contre la haine, pour notamment favoriser la pleine participation des minorités religieuses à la société canadienne, ainsi que 5,6 millions sur cinq ans pour appuyer le nouveau représentant spécial chargé de la lutte contre l’islamophobie.

S’ajoute à ces investissements la promesse du premier ministre Justin Trudeau d’adopter une loi pour contrer les discours haineux en ligne, notamment en renforçant le Code criminel. Aucun indice, cependant, d’une intention d’y abroger l’article 319 (3) b qui offre actuellement une protection au discours haineux qui porte préjudice à un groupe identifiable s’il est prononcé de bonne foi et fondé sur un texte religieux. Rappelons que les textes de plusieurs des grandes religions comportent des propos qui dénigrent ou prônent la haine contre les apostats, les athées ou agnostiques, les femmes, les homosexuels, voire certains groupes ethniques ou raciaux. Ainsi, légalement, s’ils se fondent sur un texte religieux, les croyants, contrairement à tous les autres, ont et continuent toujours d’avoir le droit d’exprimer des propos haineux.

Religion - Peur - Ignorance - Haine

Est-ce que ces quelques initiatives visent à faire taire la critique légitime des religions au Canada, comme c’est arrivé au Dr Sherif Emil? Rappelons que ce chirurgien pédiatre de l’Hôpital de Montréal pour enfants s’est fait accuser d’islamophobie pour avoir dénoncé l’utilisation d’une photo d’une fillette d’à peine cinq-six ans portant le hidjab en couverture du Journal de l’Association médicale canadienne en novembre 2021. Selon lui, l’utilisation de cette photo était malavisée et perpétuait une pratique souvent traumatisante et nuisible. Il faisait valoir que «le respect ne doit pas altérer le fait que le hidjab, le niqab et la burqa sont aussi des instruments d’oppression pour des millions de filles et de femmes dans le monde qui n’ont pas la possibilité de faire un choix». Le Conseil national des musulmans canadiens et le Conseil consultatif musulman du Canada avaient alors jugé qu’il s’agissait là d’islamophobie, réclamé avec succès des excuses de la part du journal et appelé à des sanctions contre le chirurgien pédiatrique.

La récente campagne #LetUsTalk lancée par la Canadienne Yasmine Mohammed et l’Américaine Masih Alinejad a aussi mis en relief le fait que les femmes occidentales de culture musulmane se font elles-mêmes accuser d’islamophobie lorsqu’elles racontent leurs histoires. Elles disent craindre l’idéologie islamiste ici même, en Occident. Quel sera l’impact de ces nouvelles initiatives fédérales sur la prise de parole de ces personnes?

Comme l’a si bien fait valoir Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, dans sa plaidoirie intitulée Le droit d’emmerder Dieu (Grasset, 2021) : «Renoncer à la libre critique des religions, renoncer aux caricatures de Mahomet, ce serait renoncer à notre histoire […] à l’esprit critique, à la raison, à un monde régi par les lois des hommes plutôt que par celles de Dieu. Ce serait renoncer à enseigner que l’homme est cousin du singe et ne provient pas d’un songe, renoncer aussi à ce que la Terre ne soit pas totalement ronde. Ce serait renoncer à considérer la femme comme l’égale d’un homme. Ce serait renoncer à ce que les homosexuels ne soient pas punis de mort après d’atroces supplices, et je précise que, curieusement, les 72 pays au monde où l’homosexualité reste une abomination sont à peu près les mêmes que ceux où le délit de blasphème continue à exister.»

Selon la Cour européenne des droits de l’homme, qui a régulièrement été appelée à se prononcer sur le sujet : «Ceux qui choisissent d’exercer la liberté de manifester leur religion, qu’ils le fassent en tant que membres d’une majorité ou d’une minorité religieuse, ne peuvent raisonnablement s’attendre à être exemptés de toute critique. Ils doivent tolérer et accepter le déni… Et même la propagation par d’autres de doctrines hostiles à leur foi.»

Espérons qu’Ottawa en tiendra compte et que ses initiatives n’auront pas pour effet de faire taire la critique des religions!

https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/699780/libre-opinion-la-critique-legitime-des-religions-doit-etre-protegee

«Existe-t-il une voie spirituelle universelle? Je dis que chacun a son propre chemin de vie avec ses propres expériences. La spiritualité ne se pratique pas, elle se vit au quotidien… c'est pouvoir s'éveiller et évoluer en liberté, sans dépendre d'une structure, de rituels imposés, c'est être responsable et ne pas se rendre esclave et dépendant d'une institution humaine se substituant à nous. Être spirituel c'est voir au-delà des apparences, c'est croire que les possibilités sont infinies, c'est vivre à partir des élans de notre cœur, c'est être ouvert et bienveillant avec soi-même et les autres, c'est vivre pleinement l'instant présent et en toutes simplicité…» (Cnudde M.)

Si votre chemin est l'athéisme, empruntez-le; si vous n'aimez pas personne ne vous empêchera de retourner à la foi aveugle. Athéisme est synonyme de liberté, chaque vendredi est saint et personne n'est obligé de mourir.  

Je hais les rituels sanglants des chrétiens, des juifs et des musulmans offerts en sacrifice à «leur Dieu». C'est répugnant, ignoble, inutile. Dans ces trois religions monothéistes, les abattages d'agneaux tirent leur origine de l'histoire d'Abraham à qui Dieu avait demandé de sacrifier son fils. Même non-sens dans l'histoire de Jésus : Dieu avait demandé à son fils unique de se sacrifier pour sauver les humains de leurs péchés. Les religions sont des créations humaines toutes plus insensées les unes que les autres.

Le sinistre massacre des animaux

La notion de sacrifice lié à la commémoration de la Passion (vendredi saint) est appropriée pour aborder les holocaustes annuels d’agneaux lors de différentes fêtes religieuses :

Pâque chrétienne  Un sous-produit de la Pâque juive, les chrétiens mangent de l'agneau acheté à l'épicerie… – au Québec, s’ajoute un massacre de porcs pour le perpétuel jambon de Pâques (voyez le tableau de l’article ‘Jusqu’où iront les véganes?’). Mais il est possible que le chocolat l'emporte sur toutes les autres consommations.

Pâque juive – Pessah  … (Exode) Vous choisirez la bête d’après ce que chacun peut manger. Vous aurez une bête sans défaut, mâle, âgée d’un an. Vous la prendrez parmi les agneaux ou les chevreaux. Vous la garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois. Toute l’assemblée de la communauté d’Israël l’égorgera au crépuscule. On prendra du sang; on en mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on la mangera. On mangera la chair cette nuit-là.

Fête musulmane – Aïd al-Adha*, qui ne coïncide pas avec les Pâques juive et chrétienne. L’abattage doit se faire par égorgement. Il n’est pas permis d’étourdir préalablement la victime ni de la tuer en lui tranchant la nuque car on estime que ces façons de faire empêcheraient l’animal de se vider complètement de son sang. Une partie de la bête sacrifiée doit être donnée.

Ces fêtes religieuses occasionnent une production et un abattage supplémentaires d’agneaux sans commune mesure : 

100 millions  d'agneaux sont sacrifiés en moyenne chaque année seulement pour la fête de Pâques.

 Image : Jo Frederiks

Leurs bourreaux auront sans doute une place VIP en enfer...

* L’Aïd al-Adha est un cas particulier. Cette fête est célébrée le dernier mois du calendrier musulman et coïncide avec la fin du pèlerinage annuel à La Mecque. Traditionnellement, chaque famille doit sacrifier un agneau ou un mouton pour commémorer le sauvetage du fils d'Abraham par Gabriel qui le remplaça par un animal au moment du sacrifice. La pratique de ce sacrifice à domicile est controversée dans certains pays occidentaux. […]

Article intégral : https://situationplanetaire.blogspot.com/2019/04/le-sinistre-massacre-des-agneaux.html

Si nous pouvions cultiver un minimum d’éthique et de bienveillance; si nous réfléchissions avant d’agir impulsivement; si nous pratiquions le principe qui recommande d’éviter le plus possible de faire souffrir les êtres sensibles (ce qui inclut les animaux), peut-être qu’il y aurait moins de cruauté, de corruption, d’exploitation, d’esclavage, de conflits, de désastres et de calamités, peut-être que globalement notre monde deviendrait plus hospitalier.

«La protection de l’animal c’est au fond le même combat que la protection de l’homme.» ~ Marguerite Yourcenar   

«L’homme se fait la main sur les animaux. Il nous est arrivé à tous de regarder avec horreur et dégoût les scènes d'exécution sur la place publique des peintures du Moyen Âge ou des gravures du XVIIe siècle. Il est arrivé aussi à beaucoup d'entre nous de passer vite, écoeurés, dans quelque petite ville d'Espagne ou d'Orient, devant la boucherie locale, avec ses mouches, ses carcasses encore chaudes, ses bêtes vivantes attachées et tremblantes en face des bêtes mortes, et le sang s'écoulant dans le ruisseau de la rue. Notre civilisation à nous est à cloisons étanches : elle nous protège de tels spectacles.» (M. Y.) Marguerite Yourcenar, adversaire de tous les dogmatismes, était pour la solidarité et la compassion entre les humains, contre la guerre, contre la torture, contre le racisme, pour le respect et la compassion envers nos frères les animaux, pour le respect envers les végétaux qu'elle appelle créatures végétales ou créatures vertes, pour le respect et la sauvegarde de la nature, contre le nucléaire, contre le productivisme, contre la consommation irresponsable. Elle qualifiait notre société de «société de consommation et de destruction».