20 septembre 2018

Vous désirez un changement radical?

Regardez autour de vous : le changement est déjà arrivé! L’absence de vision à moyen et long terme des décideurs politiques et de leurs économistes (analphabètes en environnement) nous enfonce chaque jour un peu plus dans un gouffre collectif (1) – une espèce de doline géante (sinkhole).

I’m still looking for a permanent end to global insanity.

Doline, Guatemala City, 2007. Un autre incident du genre s'est produit en 2010. 

Doline... dans ta maison! 

Alors, déterminer si les immigrants sont des êtres humains ou juste de la main-d’œuvre, si l’éducation sera gratuite, si la classe moyenne sera prospère, si les pauvres mangeront encore du baloney au salaire minimum *, si les voitures électriques réduiront le nombre de véhicules à passager unique (le conducteur!), si le pétrole restera la principale ressource d’énergie jusqu’en 2050, etc. – toutes ces préoccupations sont périmées. Il aurait fallu y voir avant hier.
 
* Philippe Couillard pense qu’on peut nourrir une famille (un adulte et deux adolescents) avec 75 $ par semaine. «Par contre, les menus ne seront pas très variés et on sera pas mal sur le végétal», a-t-il dit jeudi à la station de radio Énergie. Pas question de gâteries à la crèmerie du coin... 
   Le propre du chirurgien est de saucissonner des patients, on peut bien sûr appliquer la méthode aux budgets...
   La vérif ICI Radio-Canada Nouvelles
   Par Thomas Gerbet, avec Vincent Maisonneuve et Gabrielle Proulx
   Vérification faite, non seulement ces repas ne seraient pas du tout nutritifs, mais il serait même impossible de maintenir cette alimentation à long terme, selon des nutritionnistes.
   Pour nourrir deux adolescents et un adulte avec 75 $ par semaine, il faudrait donc prévoir 1,19 $ par repas et par personne.
   «Non, ce n'est pas réaliste», souligne Catherine Labelle, nutritionniste au Dispensaire diététique de Montréal. Son organisme estime que le coût minimal d'un régime nutritif est de 8,34 $ par membre de la famille par jour, donc autour de 181 $ par semaine, si on extrapole à trois personnes. Cela inclut seulement les produits de base et il faudrait tout cuisiner.

Photo : Radio-Canada/Regis Peugnet. Philippe Couillard savoure une crème glacée durant la campagne électorale. 

Selon les données du Dispensaire, un budget de 75 $ par semaine ne permet plus de nourrir une famille de trois depuis les années 1980.
   «On n'est plus en 1975. Ça n'a aucun sens. Ce n'est pas viable du tout.» Stéphanie Côté, nutritionniste
   Selon le rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, une famille québécoise de deux adultes et deux adolescents dépensait en moyenne 225 $ par semaine pour se nourrir en 2017, donc environ 169 $ pour trois personnes.
   «À 75 $ par semaine, c'est impossible», confirme Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, à Halifax.

Possible en mettant de côté l'équilibre alimentaire?
En fait, cette famille ne pourrait pas se permettre d'acheter des fruits et des légumes frais. Il n'y aurait pas non plus de fromage, de viande ou de poisson dans son alimentation, presque uniquement des légumineuses.
   La nutritionniste Stéphanie Côté estime que pour y arriver «il faudrait des aliments extrêmement répétitifs». Elle pense à un repas constitué de pâtes alimentaires, de haricots noirs et de maïs. «Ce n'est certainement pas soutenable à long terme, selon elle. Il y a très peu d'aliments qui permettent de nourrir une famille avec environ 3 $ par repas. C'est utopique, même pas pensable.»
   Une famille pourrait toutefois subvenir à ses besoins en utilisant les banques alimentaires. Plus de 400 000 personnes les fréquentent au Québec, dont 150 000 enfants.


Bref un autre débat des chefs ce soir à TVA – et comme dit la Capitaine Marleau «j’ai soif, y’a l’mensonge qui m’empêche d’avaler».

Mieux à faire : regarder une autre belle histoire de corruption politico-économique :
    
Opération M. Chen : La face cachée des visas dorés québécois

Enquête | 20 septembre à 21h00 sur ICI Radio-Canada Télé ou sur tou.tv après la diffusion. 

Le programme des immigrants investisseurs du Québec, qui permet d’obtenir la résidence permanente en échange d’un prêt sans intérêt, a la cote parmi les riches, principalement originaires d’Asie. Entre les pressions auprès de fonctionnaires pour en accepter le plus possible, le laxisme de consultants et d’avocats en immigration et l’embellissement des retombées réelles par Investissement Québec (2), ce programme de visas dorés connaît plusieurs zones d’ombre. Enquête a accompagné en caméra cachée un millionnaire fictif M. Chen dans ses démarches pour obtenir une résidence permanente pour le Québec et révèle la face cachée des visas dorés.


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(1) Changements climatiques : est-il trop tard?
Médium large ICI Radio-Canada Première | Le 20 septembre 2018

Les efforts des gouvernements pour réduire la portée des changements climatiques sont insuffisants et il est clair que la limite de 2 degrés de réchauffement fixée par l'Accord de Paris ne sera pas respectée. Normand Mousseau (physicien), Catherine Potvin (biologiste et écologiste forestière), Alain Bourque (climatologue et directeur d’Ouranos), et Claude Villeneuve (biologiste, auteur de Est-il trop tard?) blâment la classe politique d'avoir écarté les scientifiques de l'administration publique.

Audiofil :

En complément

Creuser jusqu'où?
Extractivisme et limites à la croissance
Éditions Écosociété, 2015

Sous la direction de Yves-Marie Abraham, David Murray  

Avec des textes de collectif ALDEAH, Charles Beaudoin-Jobin, Philippe Bihouix, Laura Handal Carvantes, Denis Delestrac, Ariane Gobeil, Alain Gras, Martin Hébert, Normand Mousseau, Manuela Lavinas Picq, Éric Pineault, Bertrand Schepper-Valiquette, Nicolas Sersiron

Partout, l'heure est à l’intensification de l’exploitation industrielle des «ressources naturelles». Forêts, eau douce, minerais, sable, rivières, faune sauvage, gaz de schiste, pétrole, terres fertiles, paysages grandioses : tout y passe! La justification de ces efforts est partout la même : cette exploitation est un facteur de croissance essentiel dont il serait fou de ne pas profiter alors que les emplois manquent et que les États sont endettés. C’est le choix de l’extractivisme. Si ce phénomène suscite des débats, ceux-ci ne portent généralement que sur les conditions de l’exploitation de ces richesses : qui va vraiment profiter de ces ressources? Comment ne pas faire trop de dégâts en les mettant à profit ? Est-ce le bon moment de les exploiter?
   Et si, au lieu de se préoccuper de la bonne façon de partager ce «gâteau» (sans trop salir la nappe), on s’interrogeait plutôt sur  la pertinence même de le consommer? Avons-nous vraiment besoin d’harnacher de nouvelles rivières, d’exploiter toujours plus de gisements de pétrole et de minerais, d’ouvrir de nouveaux territoires aux touristes, d’intensifier les cultures et l’élevage animal? Ne s’agit-il pas d’une fuite en avant, sur un chemin qui ne mène nulle part, sinon à la destruction pure et simple de notre habitat terrestre et de nos sociétés? Ne pourrions-nous pas vivre aussi bien, voire mieux, sans pratiquer ce type d’exploitation? Si oui, à quelles conditions?
   Les auteur.e.s s’attaquent à ces questions difficiles en dénonçant la logique de l’extractivisme avant d’en souligner les principales limites physiques. Les effets destructeurs et irréversibles du processus économique sur les ressources naturelles dites «non renouvelables» (énergies fossiles, minerais, etc.) étant déjà à l’œuvre, les auteur.e.s s’attellent à décrire les alternatives possibles à ce «modèle de développement» : low-tech, transition énergétique, résistance autochtone et philosophie du buen vivir... Ils nous invitent à changer de paradigme pour penser les pistes d’actions nécessaires dans un futur post-extractiviste. Car à force de creuser, nous arrivons bel et bien aux limites de notre unique planète.

Yves-Marie Abraham est professeur à HEC Montréal, où il enseigne la sociologie de l’entreprise et mène des recherches en sociologie de l’économie.
Historien de formation, David Murray est éditeur aux Éditions Écosociété et gravite depuis plusieurs années autour des milieux de la décroissance.


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(2) Investissement Québec a pour mission de stimuler la croissance et de favoriser la prospérité économique du Québec. Pour mener à bien son mandat de prospection internationale, notre organisation compte 12 bureaux internationaux, situés en Europe, en Asie et dans les Amériques. (Source : Investissement Québec)

Parmi les incitatifs pour vendre les ressources du Québec aux investisseurs étrangers : 

Le Québec se classe avantageusement en ce qui concerne les coûts d'exploitation.
Un taux d'imposition concurrentiel : le taux d'imposition de 26,8 % appliqué au Québec est l'un des plus faibles en Amérique du Nord.
Une énergie propre, renouvelable et offerte à un tarif avantageux : le Québec, qui est considéré comme le plus important producteur d'hydroélectricité en Amérique du Nord, est en mesure d'offrir une énergie fiable à des tarifs parmi les plus bas et les plus stables du monde.
Une main-d'œuvre qualifiée et abordable : les coûts de main-d'œuvre sont très concurrentiels grâce à un important bassin de travailleurs qualifiés.
Au Québec, on trouve de l'eau douce de bonne qualité en abondance. Il est ainsi moins coûteux de la traiter pour la rendre potable. C'est ce qui explique le prix peu élevé de l'eau comparativement à la plupart des pays du monde.


Un énorme potentiel minier
Le Québec, c'est un vaste territoire de 1,7 million de km², dont seulement 1 % est exploité et 5 % fait l'objet d'un titre minier. Avec son environnement d'affaires favorable et son potentiel immense, le Québec est un endroit rêvé pour l'exploitation minière.
Reconnu pour son énorme potentiel minéral, le Québec est particulièrement attrayant pour l’exploration et l’exploitation des ressources, et son environnement d’affaires est très favorable aux investissements miniers.
Au total, 23 mines et plus de 350 établissements d’exploitation de substances minérales de surface sont en activité au Québec, et la valeur des expéditions minières a atteint 7,7 G$ en 2015. Les principales substances exploitées sont l’or et l’argent, le fer, le nickel, l’ilménite (titane), le zinc et la pierre de toute sorte.
En 2015, près de 200 sociétés minières ont mené plus de 600 projets d’exploration et de mise en valeur.
Le Québec est l’un des rares producteurs de niobium, de dioxyde de titane, de cobalt et de platine au monde. Il est également le premier producteur de concentré de fer et de zinc et le deuxième producteur d’or au Canada. Son sous-sol renferme également un potentiel important de substances comme le graphite, le lithium, le diamant, les terres rares et le tantale.

Photo : © Edward Burtynsky. Résidus toxiques de nickel, Sudbury, Ontario.

Le Plan Nord
Lancé en 2011, le Plan Nord est un vaste projet qui couvre une étendue de 1,2 million de km² et qui désenclave un territoire renfermant des richesses fabuleuses. Il vise le développement durable et intégré du potentiel économique du territoire, notamment dans le secteur minier, dans le plus grand respect des Premières Nations et des communautés locales.
   Le Québec occupe le 6e rang parmi les endroits les plus propices aux investissements miniers dans le monde, selon le classement 2016 de l’Institut Fraser.
   Seulement 5 % du vaste territoire du Québec fait l'objet de droits d'exploration.
   Le processus d'obtention des titres miniers est ultrasimple : il peut se faire par Internet ou par jalonnement sur le terrain.
   Au Québec, le taux d'imposition combiné des sociétés s'établit à 26,8 %, soit l'un des plus bas en Amérique du Nord. Un impôt minimal, calculé selon la quantité extraite de minerai ou le profit annuel de la société minière, est également perçu.
   Le Québec se distingue par des incitatifs fiscaux concurrentiels destinés spécifiquement aux producteurs miniers. Il offre des crédits d'impôt remboursables, des déductions et des allocations qui, cumulativement, en font un environnement d’affaires des plus avantageux.

Infrastructures électriques
Le Québec est le quatrième producteur mondial d’hydroélectricité. Cette source d’énergie renouvelable est offerte à un tarif concurrentiel par un réseau de distribution fiable sur une grande partie de son territoire. Une augmentation des capacités de production est déjà prévue pour répondre à la demande des nouveaux projets de développement minier.
   Le Québec compte plusieurs ports en eau profonde, dont celui de Sept-Îles, le plus important port minéralier d’Amérique du Nord, qui dispose d’un lien ferroviaire avec la Fosse du Labrador.

Désenclaver le Grand Nord
Dans le cadre du Plan Nord, le gouvernement prévoit investir en priorité dans le développement d’un système de transport intégré. Ce dernier permettra de désenclaver le territoire du Grand Nord et de desservir les projets au plus grand potentiel de développement économique, soit les projets énergétiques et miniers.



Enfin, écoutez ce prospecteur minier sans scrupules : comment saccager un territoire tout azimut.

Industrie minière : le Québec tire son épingle du jeu, selon le géologue Jean-Marc Lulin
«Les géologues, les géophysiciens et les foreurs québécois ont acquis une expertise qui est mondialement reconnue et qui est très facilement exportable», dit Jean-Marc Lulin, président et chef de la direction de la compagnie minière canadienne Azimut Exploration, au micro de Michel Lacombe. D'origine française, le géologue, qui compte plus de 30 ans d'expérience en Amérique du Nord, en Afrique et en Europe, ne tarit pas d'éloges envers le secteur minier de la Belle Province.

Vidéo publiée le samedi 7 juillet 2018

Citation du jour

If you have the source, you have the resource;
If you have the resource, you’ll have the power;
If you have the power, you’ll have the money;
When you have the money, you’ll have the people.
This is a circle.

19 septembre 2018

Conflit verts contre bruns : cui bono?

Est-il criminel de divulguer les réponses des partis politiques au sujet de leurs priorités environnementales, même s’ils ont répondu au questionnaire de leur plein gré? Le DGEQ semble le croire. J’imagine qu’aucun organisme environnemental n’a braqué de pistolet sur la tempe des candidats – une pratique davantage répandue chez les industriels (1). Je me demande si le DGEQ va poursuivre tous les journaux et les internautes qui ont relayé les données sur le web...

Le DGEQ accuse les groupes écologistes de contrevenir à la Loi électorale

Alexandre Shields | Le Devoir | Le 19 septembre 2018


Photo : Catherine Legault / Archives Le Devoir. La cimenterie McInnis, le plus grand pollueur industriel au Québec.

Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) est formel : les groupes écologistes qui ont soumis un questionnaire sur les engagements en environnement aux quatre principaux partis politiques, avant de publier leurs réponses, contreviennent à la Loi électorale.

Les groupes, qui s’exposent à une amende minimale de 10 000 $ [maximale de 50 000 $], promettent de contester cette décision jusque devant les tribunaux.
   Dans une lettre envoyée à Équiterre le 14 septembre dernier, dont Le Devoir a obtenu copie, le DGEQ soutient qu’une dizaine de groupes écologistes ont contrevenu aux dispositions de la Loi électorale en publiant les réponses des quatre principaux partis aux 23 propositions soumises sur divers enjeux environnementaux liés aux changements climatiques, au transport, à la protection de la biodiversité et à l’agriculture.
   Selon ce qu’on peut lire dans la lettre adressée au «syndicat» Équiterre, le fait de rendre publiques les réponses des partis constitue une «dépense électorale», au sens de la Loi.
   «Si Équiterre engage des frais au cours de la période électorale pour publiciser, commenter, comparer ou autrement mettre en lumière, favorablement ou non, soit un programme politique, soit des agissements, des actes ou des mesures pris, préconisés ou combattus pour l’un ou l’autre des candidats ou des partis politiques, Équiterre agit contrairement à la Loi électorale», fait-on valoir dans cette lettre signée par une avocate de la Direction des affaires juridiques du DGEQ.
   «Considérant les propositions de votre organisation eu égard à l’environnement», ajoute le DGEQ, ce comparatif a eu pour effet de «favoriser ou défavoriser» un ou des partis, mais aussi «d’approuver ou de désapprouver leurs mesures, actes ou propositions sur l’environnement».
   On somme donc Équiterre, mais aussi tous les organismes qui ont diffusé les réponses aux 23 propositions sur leur site web, de retirer la publication «dans un délai de 48 heures».
   Le refus d’obtempérer pourrait entraîner «une enquête» du DGEQ. Celle-ci pourrait conduire à une amende «minimale» de 10 000 $, mais aussi à des accusations de «complicité».

Contestation

Mercredi, les groupes écologistes dont Équiterre, la Fondation David Suzuki, Greenpeace, Nature Québec, le Fonds mondial pour la nature et Vivre en ville ont toutefois annoncé qu’ils contesteront la décision du DGEQ, quitte à se rendre devant les tribunaux.
   «Dans une société démocratique, les groupes de la société civile ont un rôle à jouer et fournissent des informations essentielles pour représenter les citoyens et les aider à prendre des décisions éclairées. Il est impensable que les groupes qui travaillent sur des enjeux centraux de nos sociétés ne puissent participer au débat démocratique», a fait valoir le directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux.
   «Les quatre partis politiques se sont prêtés d’eux-mêmes à l’exercice et les réponses que nous avons diffusées ne sont rien d’autre que celles qu’ils nous ont fournies. Nous les avons divulguées intégralement et en toute objectivité», a rappelé pour sa part le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.


Les arguments du DGEQ sont bizarres. À ce compte-là, il devrait poursuivre les firmes de sondage, non? J’aimerais lui faire remarquer que les partis sont très capables de se planter eux-mêmes, sur leurs propres plateformes et dans les médias officiels.

«Penser est un travail exigeant, c'est pourquoi on voit peu de gens qui le font.» 
(Sue Grafton)

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(1) Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et d'autres agences gouvernementales considèrent toute opposition à l'industrie pétrolière comme une ‘menace à la sécurité nationale’. (Loi antiterroriste C-51, adoptée sous la gouvernance du parti conservateur de Harper; La Presse, 12 août 2015)
   Pourtant il ne s’agit pas d’une lutte à finir entre Terroristes Verts et Terroristes Bruns, le but des revendications écologiques est simplement d’éviter l’hécatombe, le suicide collectif – toutes espèces confondues.
(Voyez l’article : Coupables d’être «verts», publié le 3 septembre 2018)  

Intéressant à savoir :
Youri Chassin, la CAQ et le lobby du pétrole
Par André Noël
Lorsque j’étais journaliste à La Presse, j’ai enquêté sur les stratégies de quelques industries, dont celles des médicaments génériques, de la construction et du tabac (et de ses groupes paravents). Cette fois, je m’intéresse au lobby du pétrole et à un de ses porte-voix, Youri Chassin, ancien directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal (IEDM) et maintenant candidat pour la Coalition Avenir Québec. La première partie de ce dossier porte sur les liens entre l’IEDM et des fondations financées par les frères Koch, d’importants magnats du pétrole.

[Si les Koch Brothers vous intéressent, copiez ce nom dans le moteur de recherche du blogue à droite.]

ICI Radio-Canada info, le 15 avril 2018 – Dans ses billets, il [Youri Chassin] s'est notamment prononcé pour la production de pétrole au Québec, contre la taxe sur le carbone du gouvernement Trudeau et contre la gratuité des Centres de la petite enfance (CPE). Dans un récent article de son blogue personnel, il a aussi exposé les «dangers de l'interventionnisme» d'État.

Le Journal de Québec, le 29 août 2018Il [François Legault] minimise les différences idéologiques entre M. Chassin et la CAQ, soutenant que le candidat a maintenant changé son fusil d’épaule sur une série de sujets. «C’est sûr, quand on a un blogue, quand on fait beaucoup d’entrevues, comme il l’a fait... Il est appelé à se prononcer sur plein de sujets, c’est arrivé sur la gestion de l’offre. Il a révisé sa position», a dit M. Legault. A-t-il également changé de position sur la place du privé, qu’il jugeait supérieur au réseau public, en santé? «Oui.» Et sur le nationalisme économique, qu’il voulait reléguer aux «oubliettes de l’histoire»? «Absolument.» Et sur l’existence du concept de bien commun, qu’il a déjà qualifié de mythe? «Oui», a martelé M. Legault.

Un militant pur et dur du libéralisme économique. Il a bien fait ses classes.

Aimeriez-vous décoder les beaux discours politiques?
Lisez Les passagers clandestins / Métaphores et trompe-l’œil de l’économie, par Yanik Marcil; Éditions Somme toute, 2016
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Revenons à la priorité «prioritaire» : l’EAU

Photo : Lac Érié, près de Toledo, Ohio, par Joshua Lott pour le New York Times. Les Grands Lacs sont de plus en plus infestés d’algues toxiques en raison des rejets de fertilisants, des fermes d’élevage et des fausses septiques qui fuient.

Le Partage de l’eau
Une réflexion géopolitique
Par Frédéric Laserre et Alexandre Lebrun*
Éditions Odile Jacob, avril 2018

Résumé de l’éditeur
La rareté de certaines ressources naturelles devient un problème géopolitique majeur à mesure que croît la population mondiale. Le pétrole en est, depuis quelques décennies, l’exemple type, mais l’eau s’affirme peu à peu comme un ferment de conflits à venir.
   Longtemps partagée de façon plus ou moins empirique, l’eau des lacs et des fleuves, déterminante pour l’agriculture, est devenue un enjeu crucial dans plusieurs régions du monde. L’assèchement de la mer d’Aral et du fleuve Colorado sont des catastrophes écologiques majeures, tandis que le contrôle des eaux du Nil par l’Égypte aux dépens de l’Éthiopie, de l’Euphrate par la Syrie ou du Jourdain par Israël a eu, et aura encore, des conséquences politiques redoutables, que le réchauffement climatique en cours ne pourra qu’accentuer.
   Ressource stratégique et écologique majeure, l’eau implique une perception nouvelle : l’urbanisme actuel fait tout – à Londres comme à Paris – pour réconcilier la ville avec son fleuve. Puisse cette démarche inspirer la diplomatie des États contraints à partager cet indispensable bien commun.

* Frédéric Lasserre, est géographe à l’Université Laval, et dirige le Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG). Alexandre Brun est maître de conférences au département Géographie et Aménagement de l’université Paul-Valéry à Montpellier.


Extraits

L’eau n’est pas à proprement parler une ressource rare. Si des régions entières manquent certes d’eau, la ressource est abondante à l’échelle de la planète. Théoriquement, il y a donc de l’eau pour tous. Ce sont les investissements dérisoires, comparés aux besoins des populations, les choix en matière d’aménagement et de collecte de la ressource qui, souvent, expliquent les difficultés d’accès à l’eau potable, l’assainissement défaillant ou encore la prévention calamiteuse des inondations. 

La ressource en eau n’a pas été jusqu’à l’origine de conflits. Retenue ou polluée en amont aux dépens de l’aval, l’eau peut néanmoins devenir une arme de guerre. L’absence de coopération à l’échelle des grands bassins versants transfrontaliers, qui témoigne de l’incapacité des pouvoirs locaux à planifier des actions préalablement négociées, est un terreau favorable aux rivalités. Or, à l’horizon 2050, la situation pourrait devenir explosive en raison des effets du réchauffement climatique, de la généralisation des pollutions et de la croissance de la population mondiale.
   Comme le pétrole et les sols fertiles, bien plus que le sable désormais très recherché pour la construction et les travaux publics, l’eau sera au centre des préoccupations des États. Elle le sera aussi à l’intérieur des États, en particulier dans les pays en développement, où les conflits d’usage opposent des villes en expansion à des campagnes qu’il faudrait plus productives pour nourrir des millions de bouches supplémentaires. Et l’on ne peut prétendre ignorer les faits : la catastrophe de la mer Aral, les maladies encore véhiculées par des eaux souillées en Afrique noire, l’érosion de la diversité biologique des espèces aquatiques en Europe occidentale, et les milliards d’euros de dégâts de la sécheresse : en février 2018, l’Afrique du Sud déclarait l’état de catastrophe naturelle pour 4,5 millions d’habitants de la ville du Cap, menacés de coupure totale d’eau. [...] 

L’eau douce est rare et inégalement répartie à la surface du globe

Si 71 % de notre Terre est couverte d’eau, 97,4 % de cette eau est salée et forme les mers et les océans, ce qui laisse 2,6 % d’eau douce. Celle-ci est formée en majorité par les glaciers des montagnes et les régions froides de l’Arctique et de l’Antarctique (68,7 %), le reste provenant d’une part des eaux souterraines (30,1 %), et d’autre part des eaux superficielles (0,9 %) – lacs (87 %), marais (11 %), rivières et fleuves (2 %). Elle est bien sûr renouvelable puisqu’elle relève d’un grand cycle (évaporation-précipitation), en opposition au «petit cycle de l’eau», c’est-à-dire la circulation de l’eau depuis les points de captage jusqu’aux stations d’épuration, avant un retour au milieu naturel.
   La quantité d’eau disponible est constante. C’est toujours la même depuis la préhistoire. Mais elle est inégalement répartie à la surface du globe. Il faut distinguer les «géants de l’eau» – Brésil, Russie, Indonésie, Chine, Canada, États-Unis, Colombie, Pérou et Inde – qui représentent plus de 60 % des ressources naturelles renouvelables en eau, des pays pauvres en eau comme le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Malte, la Lybie, Singapour, la Jordanie, Israël et Chypre. L’eau douce est ainsi abondante par endroits et rare ailleurs. Dans les pays pauvres, y compris là où l’eau est bien présente, la potabilisation et l’adduction d’eau sont défaillants ou inexistantes, en particulier dans les campagnes. 1,8 milliard d’individus n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,4 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires. Au contraire, dans les États riches comme ceux de la péninsule Arabique, des investissements colossaux pour le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées ont permis de pallier la très faible quantité d’eau disponible. [...]
   Les trois principaux usagers de l’eau sont les ménages (eau domestique), l’industrie, y compris l’hydroélectricité et surtout l’agriculture. Ce secteur est le plus demandeur en eau puisqu’il contribue à 70 % aux prélèvements et pour 93 % à la consommation mondiale. «L’humanité utilise beaucoup plus d’eau pour se nourrir que pour boire!», résume l’hydrologue Jean Margat. [...]
   [...] Les disparités sont grandes. La consommation dépasse 250 litres par habitant et par jour au Canada, au Japon, en Suisse, aux États-Unis et en Australie. Les habitants d’Asie et d’Amérique du Sud ne consomment quant à eux qu’entre 50 et 100 litres.

L’eau mondialisée

Les pays riches ont aussi exporté des pollutions en délocalisant la main-d’œuvre en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, là où la main-d’œuvre est bon marché, les standards environnementaux absents et les stations d’épuration défaillantes (plus de 80 % des égouts des pays en voie de développement se déversent sans traitement, polluant les rivières, les lacs et les zones côtières). Dans des pays du Sud en pleine croissance démographique et urbaine, la situation est dramatique : la pêche traditionnelle est de moins en moins pratiquée faute de poissons, et des puits sont devenus inutilisables. Outre le coût environnemental, les pollutions ont un coût économique et social. ...
   La mondialisation a aussi eu pour effet de favoriser l’introduction et la dissémination d’espèces animales et végétales invasives (la renouée, le silure glane, le crabe chinois, l’écrevisse américaine, la tortue de Floride, etc.). Ces dernières transportées par bateau de façon accidentelle, échappées d’aquariums, de zones d’exploitation ou de piscicultures, ou encore introduites volontairement, menacent des espèces protégées (concurrence alimentaire, maladies) et sont coûteuses à éradiquer.
[...]

17 septembre 2018

Vous sentez-vous coupable de polluer?

Vous ne devriez peut-être pas. Mais continuez de recycler quand même...

J’écoutais les chefs de partis palabrer sur nos réserves d’eau douce, notre ressource la plus précieuse de toutes. L’eau potable n’est pas une denrée que l’industrie privée peut s’approprier pour ensuite nous la revendre embouteillée. En outre, sous prétexte de protéger des emplois, les gouvernements n'exigent même pas de redevances équitables (c.-à-d. proportionnelles à la valeur) auprès des industriels qui en gaspillent des quantités colossales pour la méga production de bétail, les monocultures de Monsanto, la transformation alimentaire, la fracturation hydraulique, l'exploitation minière, etc.
   Le problème est mondial. La guerre pour l’eau est identique à celle pour les terres agricoles et les forêts. L’envahissement se fait en pantoufles, sournoisement, camouflé derrière des noms de compagnies dites «locales».  
   Si nos élus continuent de permettre à des multinationales comme Nestlé, Coca-Cola et autres, de s’approprier notre eau potable (au Québec, en Ontario, en Colombie-Britannique...), peut-être connaîtrons-nous le sort de nombreuses populations de par le monde : «Depuis 1990, le Mexique a parié sur la privatisation de toute l’économie  mexicaine avec le traité de libre-échange. C’est une politique néolibérale de privatisation. Ils privatisent le pétrole, l’énergie électrique, le gaz, l’eau, les forêts, tes terres, tout le pays est en vente en fin de compte. L’état providence, l’état des programmes sociaux et des projets pour son peuple, cet état mexicain a disparu. Beaucoup de conflits sont nés de ce traité de libre-échange. Le gouvernement disait que ce serait bénéfique. Mais en réalité c’étaient des mensonges.» (Témoignage tiré du documentaire Mexique, sous l’emprise du Coca; les dessous de la mondialisation)

Prenez note que produire un litre de Coca-Cola requiert 6 litres d’eau potable.

En 2013-2014, Nestlé a siphonné 265 millions de litres d’eau souterraine (par année) en Colombie Britannique sans paiement, sans surveillance ni déclaration obligatoire.

Multinational food conglomerate Nestlé has been harvesting 265 million litres a year of BC groundwater, without payment, oversight, or mandatory reporting.
‘THEY TAKE IT AND SELL IT BACK TO US’
In the District of Hope, Nestlé’s well draws from the same aquifer relied upon by about 6,000 nearby residents, and some of them are concerned.
   “We have water that’s so clean and so pure, it’s amazing. And then they take it and sell it back to us in plastic bottles,” said Hope resident Sharlene Harrison-Hinds.
Commonsense Canadian:

Documentaires à voir sur la privatisation de l’eau :

Our Water, Our Future
Cascade Locks, Oregon is heaven on earth a small town nestled in the awe-inspiring Columbia River Gorge. But when Nestlé came to town with a proposal to bottle their water, citizens launched an all-out effort to protect their most precious resource. Our Water, Our Future tells the story of these unlikely activists and their advice for communities facing water grabs around the world.

A Tale of Two Cities
A Tale of Two Cities tells the story of citizens from two very different Michigan communities picturesque, small town Evart and gritty, industrial Flint that have found their futures inextricably linked by a threat to the one thing that all life requires: water. In our third short documentary, we explore the growing threat of water privatization and what happens when government runs a critical function, like providing clean drinking water, as if it were a business.

5 Things Nestlé Doesn’t Want You To Know

How Plastic Production Pollutes Small Town (Trailer The Story of Plastic) 
Plastic pollutes at every step of the way but much of the consequences are hidden from view. We're pulling back the curtain to reveal the frontline communities being poisoned by plastic. The Story of Plastic will be released in early 2019



The One Thing Missing From Beach Cleanups
The new strategy to hold Big Plastic accountable
Every year, thousands of people get together to clean up the waste that washes onto beaches around the world – but more plastic always reappears. To break the cycle of plastic pollution, we need to do things another way. This year, we’re not just cleaning up trash – we’re bringing accountability to the companies that create it. 



The Story of Stuff (en passant, l'organisme cherche des traducteurs) 

Autrefois, les boissons gazeuses étaient offertes dans des bouteilles de verre consignables. Arrivèrent les méga formats en bouteilles de plastique – moins lourdes, moins onéreuses en transport, et surtout exemptées des coûts de la consignation (gérée par les entreprises). Plus d’argent dans les poches des industriels. Or quand nous balançons les contenants de plastique dans les bacs, la majorité se retrouve au site d’enfouissement. Même chose pour le verre non consignable – direction dépotoir. Heureusement, certaines municipalités québécoises ont installé des conteneurs pour récupérer le verre. Mais, ce n’est pas tout le monde qui veut ou peut se déplacer... Il faudrait revoir tout le processus de recyclage, en incluant la consigne des contenants en verre.

Plastique : quand les industriels paient pour culpabiliser le consommateur

Source : Mr Mondialisation | 13 septembre 2018

Faire porter la responsabilité du désastre écologique aux consommateurs et aux collectivités : voici la stratégie développée par les industriels pour ne pas avoir à se confronter avec la problématique qu’est celle du plastique. L’équipe de Cash Investigation nous dévoile dans sa dernière enquête, Plastique : la grande intox, comment des entreprises comme Coca-Cola freinent voire empêchent que l’addiction au plastique soit attaquée de manière frontale.
   Les chiffres percutants concernant les pollutions plastiques sont répétés d’année en année et pourtant rien ne change. Toutes les deux secondes, une tonne de plastique est déversée dans les mers. D’ici 2050, certains experts estiment qu’on trouvera plus de particules de plastique que de poisson dans l’ensemble des océans terrestres. Les faits sont connus, tous comme les effets dramatiques sur les populations humaines et l’environnement. Inévitablement, on s’interroge : comment expliquer que les pratiques ne changent pas? Pourquoi des décisions ne sont elles pas prises pour endiguer la problématique à la source, chez le producteur? [...]

 

Réduction du plastique et intérêts économiques ne font pas bon ménage
Depuis que le plastique est devenu une préoccupation majeure qui attire l’attention des scientifiques, des politiques et d’une part grandissante de la population, les industriels ne peuvent plus se montrer indifférents à un sujet qui le met directement en cause. En effet, une bonne partie des aliments que nous consommons au quotidien sont contenus dans des emballages plastiques. La survie même d’un modèle économique dépend de ce plastique pas cher. Soucieuse de leur image, les multinationales comme Coca-Cola ou Évian multiplient les annonces depuis quelques années afin d’affirmer leur volonté d’agir, le plus souvent en affichant des objectifs ambitieux en matière de recyclage. Ces entreprises seraient, selon le discours, en première ligne pour régler le fléau qu’est devenu le plastique. Vraiment? Ce n’est pas si simple que ça. [...]
   Tout est fait pour donner le sentiment que les choses évoluent, sans que rien ne change vraiment.
   Dans un dossier publié en mars dernier sur le site de l’Observatoire des Multinationales, l’ONG bruxelloise constate à propos du secteur de l’agro-alimentaire : «Il est bien moins coûteux et bien plus commode pour ces industriels de déplacer l’attention vers les consommateurs et la responsabilité individuelle en matière de déchets que de modifier leurs pratiques de production et d’emballage. On ne s’étonnera donc pas que l’industrie des emballages et ses clients dans le secteur de l’alimentation et de la boisson soutiennent de nombreuses campagnes de sensibilisation anti-déchets partout en Europe.» Entendez : ces campagnes «cool et sympa» sont inefficaces sur le fond!
   [...] Pas question d’imaginer un monde sans plastique pour les industriels. Et le coût important de cette gestion revient aux collectivités et aux citoyens, pas aux industriels. On ne s’étonnera pas, alors, de voir des entreprises comme Coca-Cola, Danone ou encore Haribo financer des ONG dont l’objet est d’organiser de grands évènements de ramassage de déchets dans la nature et dont le mot d’ordre consiste à pointer «l’incivilité» individuelle. Une stratégie finement étudiée pour détourner les regards vers un cul de sac. Car pendant que nous ramassons quelques déchets – ce qui reste une très bonne chose localement – ces mêmes industriels continuent d’abreuver la planète de milliards de produits plastiques. [...]

Article intégral :

14 septembre 2018

L’environnement? C’pas de nos affaires.

Quand t’en auras assez d’embrasser les arbres et de faire l’amour à la terre, on se commandera une bonne pizza pis on calera une couple de bières sur mon yacht!
Anytime, Tony!

Pourquoi perdre notre temps avec des élections? Pourquoi prendre des détours alors qu’il suffirait de confier officiellement la «gestion» de l’État au crime organisé international. Plus de fonctionnaires pour ceux qui veulent les éliminer. On s’épargnerait aussi les sempiternelles négociations commerciales internationales (ALENA & Cie).
   À part quelques exceptions, on n’entend pas les clans du crime organisé déblatérer contre leurs adversaires à la radio et à la télé. Non, ils règlent leurs comptes en famille à la mitraille et utilisent l’aide médicale à mourir pour les procureurs qui enquêtent sur leurs activités. Le crime organisé administre déjà avec grand succès des domaines socioéconomiques lucratifs – drogue, prostitution, restauration (contrats de protection), armes, construction, matériaux, centres commerciaux, génie-conseils, gestion des déchets, etc., mais, il gère aussi les déchets toxiques/nucléaires.

Ce billet traîne depuis une semaine dans mes dossiers – je publie ou pas? Le voici, avec quelques mises à jour. À commencer par cette nouvelle; je souhaite sincèrement bonne chance à M. Labeaume (selon un ex-policier, le Monsieur n’a pas la réputation de régler les problèmes à l’amiable) :

Le maire de Québec invite la mafia «à sacrer son camp»
Le maire de Québec ne veut pas de la mafia à Québec. Il invite Francisco Del Bolso à «faire ses valises et à décamper».
   Le message est clair pour Del Bolso, un proche de l’ex-parrain Vito Rizzuto, qui habite depuis le printemps dans la région de Québec. «On ne veut pas le voir à Québec. On ne veut pas de mafieux. S’il a fait ça pendant des années à Montréal, il s’est trompé de ville. On ne veut plus le voir ici», a spécifié Régis Labeaume.
   Le maire de Québec souligne qu’il s’agit d’un seul individu pour l’instant et que «la police de Québec est sur son cas». Il encourage les éventuelles victimes à ne pas céder et à contacter la police.
   «Je veux dire à tous ceux qui pourraient être victimes de tentative d’extorsion d’appeler vivement la police, elle va les protéger. Qu’ils aient le courage de le faire, qu’ils n’acceptent aucune tentative d’extorsion ou de corruption», a affirmé le maire.
   Del Bolso est soupçonné d’avoir voulu extorquer des propriétaires de pizzeria comme l’a révélé le bureau d’enquête du Journal de Québec.
Céline Fabriès | Le Soleil | 13 septembre 2018

Journal de Montréal, le 6 juin 2018 – La proximité entre une organisatrice du Parti libéral du Canada, qui a démissionné mercredi, et un proche de la mafia contribuera au cynisme de la population envers la classe politique, se désolent des élus fédéraux de tous les partis. Karine Desjardins a quitté l’organisation du Parti libéral du Canada (PLC) dans Belœil-Chambly peu après que notre Bureau d’enquête ait révélé ses liens d’affaires avec un proche du crime organisé. Elle était aussi candidate pour Justin Trudeau en 2015 dans cette circonscription de la Montérégie.

La Presse, le 12 septembre 2018 – Deux procureures attitrées aux procédures d'Objection, la plus importante enquête anti-motards en 10 ans au Québec, se sont fait voler chez elles, le même jour, la semaine dernière, des documents policiers et judiciaires liés au dossier. Pour les autorités, ces introductions par effraction sont d'autant plus préoccupantes que les deux victimes font partie du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et que le ou les malfaiteurs n'ont subtilisé que les documents, et rien d'autre.

On pourrait énumérer des cas jusqu’à la nausée, et comme on le voit, mon introduction n’est pas exagérée. La Commission Charbonneau avait à peine gratté la surface du problème de corruption entre le pouvoir politique et le crime organisé au Québec. Celui-ci persiste, entre autres à cause d’un système de justice inopérant, pour ne pas dire impuissant. (Sans surprise, aucun candidat ne propose une réforme drastique du système de justice.)
   Aide-mémoire : «Cinq témoins entendus pendant la commission Charbonneau l'ex-ministre libérale Nathalie Normandeau, son ex-chef de cabinet, Bruno Lortie, deux ex-vice-présidents de la firme de génie-conseil Roche, Marc-Yvan Côté et France Michaud, et l'ex-responsable du bureau de circonscription de Pauline Marois, Ernest Murray doivent répondre à des accusations de complot, de corruption, de fraude et d'abus de confiance. Selon le mandat d’arrestation de l'UPAC, ces cinq personnes, ainsi que Mario Martel, ex-président de Roche, et François Roussy, ex-maire de Gaspé et ancien attaché du député péquiste Gaétan Lelièvre, ont comploté ‘dans le but de commettre un acte criminel, soit : corruption d'un membre d'une législature, fraude envers le gouvernement et souscription à une caisse électorale pour l'obtention ou la rétention d'un contrat, abus de confiance et fraude’
(Commission Charbonneau : un an après où en sont les procès? Par François Messier, ICI Radio-Canada Info, le 23 novembre 2016)

Le débat des chefs – On sait que nos représentants politiques souffrent de grave myopie environnementale, de sorte qu’ils se concentrent sur des projets accessibles à leur courte vue : des couches recyclables en CHSLD; des autobus électriques nolisés pour rediriger les patients des urgences vers l’Oratoire Saint-Joseph (des miracles, ça arrive!); des hochets électroniques pour bébés (à 4 ans, ils seront habitués à l’intelligence artificielle qui remplacera les profs), des boîtes à lunch santé (?!) aux écoliers; 350 $ par année aux «aînés pauvres» (qui reçoivent entre 15000 $ et 19000 $ par an, incl. le supplément de revenu garanti); plus de jobs à 40 $ et 50$ de l’heure (dans quel domaine?); de l’argent de poche pour les familles, etc.

Les partis indépendantistes PQ et QS n’obtiendront sans doute pas le pouvoir, malgré leur bonne volonté face aux enjeux environnementaux. De sorte que les Québécois voteront pour l’un des deux jumeaux : PLQ et CAQ. Ces deux néo-capitalistes ne proposent pas de réformes en agrobusiness, en appropriation des terres ni en exploitation pétrolière, gazière et forestière. Pas plus qu’ils ne parlent de la pollution du fleuve Saint-Laurent avec son trafic de cargos pétroliers qui va augmenter. Les espèces menacées? C’pas de leurs affaires. M. Couillard disait que son gouvernement avait mis la barre haute et qu’il n’y aurait pas d’exploration à proximité des lacs et des rivières, mais son ministre de l’Environnement, Pierre Moreau, a récemment affirmé le contraire. «Ça prend des entreprises intéressées à investir au Québec si on veut maintenir nos programmes gouvernementaux.» (Philippe Couillard, lors du débat)  Voilà. Ça fait longtemps que le Québec appartient à des investisseurs étrangers, tout comme le Canada d’ailleurs.


À voir/écouter : Rad, le laboratoire de journalisme de R.-C. 
Immigration : la question déterminante de l'élection?
Par Olivier Arbour-Masse, 12 sept. 2018
Philippe Couillard essaie de faire de l'immigration la question centrale de la campagne électorale. En quoi les positions des principaux partis sont-elles différentes sur cette question? Et sur le thème de l'environnement, quel parti obtient la meilleure note?

Bien-être animal : terrain glissant pour les partis?
Par Mathieu Papillon, 13 sept. 2018
La SPCA a questionné cinq partis politiques sur leurs engagements en matière de bien-être animal. Et ils n'ont pas obtenu autant de réponses qu'ils l'auraient souhaité. S'agit-il d'un terrain glissant pour les partis?

Le PLQ n’a pas répondu au questionnaire, et M. Couillard a rassuré les cowboys lors d’un point de presse en déclarant qu’il y aurait toujours des rodéos à St-Tite.



Vous aimez votre porc du Québec? Bon appétit. L’industrie porcine québécoise ne fait pas mieux que les usines américaines.

The FBI’s Hunt for Two Missing Piglets reveals The Federal Cover-Up of Barbaric Factory Farms

Glenn Greenwald | The Intercept | October 7 2017

 
DxE photograph depicting piglets huddled up against their mothers at Smithfield-owned Circle Four Farm in Utah. DxE says the piglets were sick or starving. 
Photo: Wayne Hsiung / DxE

FBI raids animal sanctuaries. Under normal circumstances, a large industrial farming company such as Smithfield Foods would never notice that two sick piglets of the millions it breeds and then slaughters were missing. Nor would they care: A sick and dying piglet has no commercial value to them. Yet the rescue of these two particular piglets has literally become a federal case by all appearances, a matter of great importance to the Department of Justice. On the last day of August, a six-car armada of FBI agents in bulletproof vests, armed with search warrants, descended upon two small shelters for abandoned farm animals: Ching Farm Rescue in Riverton, Utah, and Luvin Arms in Erie, Colorado. [...]  
   In general, the core moral and philosophical question at the heart of animal rights activism is now being seriously debated: Namely, what gives humans the right or justification to abuse, exploit, and torture non-human species? If there comes a day when some other species (broadly defined) such as machines surpass humans in intellect and cognitive complexity, will they have a valid moral claim to treat humans as commodities whose suffering and death can be assigned no value?
   The irreconcilable contradiction of lavishing love and protection on dogs and cats, while torturing and slaughtering farm animals capable of a deep emotional life and great suffering, is becoming increasingly apparent.



Non, je ne me suis éloignée du sujet : la production industrielle d’animaux pour la consommation de viande fait partie des pires enjeux environnementaux, à la grandeur de la planète. On se moque encore des végétariens, mais si les gens savaient ce qu’ils mangent, je pense qu’ils feraient le virage. (Voyez les libellés Végétarisme et Zoofriendly)


MISE À JOUR 16/09/2018 – Les Carolines pourraient connaître de sérieux désastres écologiques.
   Certes, les gens ont pu se mettre hors de danger à l’approche de l'ouragan Florence, mais les infrastructures laissées derrière font face aux conséquences des pluies diluviennes : les centrales nucléaires (dont certaines sont situées au bord de l'océan), les bassins de cendre de charbon (contenant des métaux lourds comme l'arsenic, le plomb, le mercure et le sélénium liés aux maladies respiratoires et au cancer), les sites contenant des déchets dangereux, les usines chimiques – et les fermes porcines industrielles avec quelque 4000 bassins de lisier. La Caroline du Nord compte 9,7 millions de porcs, produisant près de 10 milliards de gallons de lisier par an. Les comtés Duplin et Sampson affichent la concentration la plus élevée d’élevage de porcs. L'Iowa est le seul État où la production est plus volumineuse.
   Les fosses à purin sont à ciel ouvert et cette pratique a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de groupes environnementaux. Une poursuite pour nuisance avait même été entreprise par un groupe de 500 citoyens dans le centre de l’État contre la multinationale Smithfield, propriétaire de la plupart des fermes d’élevage. Un juge de première instance leur a accordé près de 100 millions $, mais la décision a été portée en appel par Smithfield.
   En 1999, après l’ouragan Floyd, des centaines de milliers de porcs, de poulets et autres animaux d’élevage flottaient dans une soupe toxique et puante de matières fécales, de pesticides, d’engrais et de gazoline.  

Fermes porcines. Source : Départements de la qualité de l’Environnement et de la Santé des Carolines du Nord et du Sud.

Photo : Wikipedia/Doc Searls. La Compagnie Duke Energy a décidé de fermer la centrale nucléaire Brunswick en Caroline du Nord quelques jours avant l’arrivée de l’ouragan Florence. Cette centrale, la plus à risque, possède deux réacteurs de même type que Fukushima... Les centrales nucléaires sont-elles conçues pour résister à ces intempéries extrêmes? Les explications d'Ursule Boyer-Villemaire, chercheuse à la Chaire de recherche de l'UQAM sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques.

Fin de la mise à jour. 

Tout cela étant dit, le Québec est extrêmement vulnérable en matière d’environnement. Nous faisons face à la fonte des glaciers (au nord), à l’exploration pétrolière/gazière/minière et à la pollution agroindustrielle (partout sur le territoire), et au parc atomique étasunien (au sud). À ce chapitre, si le parti élu laisse le crime organisé gérer les déchets nucléaires, eh bien, autant mettre une croix sur le Québec.

Le parc de centrales nucléaires américain est le plus grand du monde. Il compte 99 réacteurs en fonctionnement répartis dans 62 centrales (juillet 2018), dont la majorité se trouve sur la côte Atlantique. Cette poudrière est menaçante, sans même parler des réserves d’ogives et des sites d’enfouissement de déchets radioactifs.
   En ce moment même, plusieurs Américains craignent que les pluies diluviennes de l’ouragan Florence n’affectent les centrales qui sont sur sa trajectoire. Les inondations et le nucléaire ne font pas bon ménage, on l’a vu à Fukushima.
   En 2010, Barack Obama était fier d’annoncer «une nouvelle génération de centrales nucléaires sécuritaires et propres» : (1/27/10) Barack Obama State of the Union: “To create more of these clean energy jobs, we need more production, more efficiency and more incentives. And that means building a new generation of safe, clean nuclear power plants in this country. Because the nation that leads the clean energy economy will be the nation that leads global economy. And America must be that nation.” Hum...

2017 Map of Nuclear Power Plants In North America. Google Earth New US Nuclear Reactors Vs Fault (Copiez la référence pour voir la carte en plus grand.)

Ce documentaire est terrifiant :
The Atomic States of America
By Don Argott, Kelly McMasters, Sheena Joyce ǀ 2012, 1:32

En résumé, le nucléaire ne peut pas être VERT. La confiance aveugle des gens est due à l’ignorance efficacement entretenue par la désinformation, les mensonges, le camouflage et le silence des entreprises industrielles et des institutions gouvernementales. Le pétrole est visible et puant, mais le nucléaire est hypocrite, sournois. Dans l’eau du robinet par exemple, il est invisible, inodore et incolore; c’est sans doute pourquoi on le qualifie «d’énergie propre». Ainsi, les gens ne se rendent compte de rien jusqu’à ce que des épidémies de cancers frappent les populations vivant à proximité des centrales – les fuites sont fréquentes, et personne n’est avisé.
   Le slow poisoning fait son chemin, et le Dr Helen Caldicott explique clairement l’extrême perméabilité du corps aux émissions radioactives invisibles (ce que nient les promoteurs bien sûr). Les compagnies «rassurent» les populations touchées, alléguant le faible taux de particules. Tout le monde croit le baratin et oublie : “mankind is so incredibly stupid”, dit Helen Caldicott. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’elle dénonce l’énergie nucléaire, et elle affirme qu’elle le fera jusqu’à sa mort. Toutefois, de plus en plus de citoyens se mobilisent pour réclamer la fermeture des centrales, des sites de fracturation hydraulique et des mines de charbon.

Complément   
Dr Helen Caldicott, Fukushima's Ongoing Impact (2014) : les composants de l’énergie nucléaire, les effets de l’exposition aux radiations et le développement de cancers, tumeurs, difformités, cataractes, etc., à plus ou moins long terme chez toutes les espèces (humains, faune, insectes et flore). Nous vivons dans un océan de poisons chimiques toxiques, alors pas étonnant que le cancer nous ronge. En anglais : https://www.youtube.com/watch?v=4qX-YU4nq-g

C’est en voyant le documentaire Le poison de la mafia et la loi du silence que j’ai mesuré le degré de complaisance (de soumission?) des gouvernements envers le crime organisé. «Dans ce documentaire d’Arte, on découvre les pratiques de la mafia calabraise en Italie, qui, main dans la main avec les multinationales et les états du monde entier (d’autres mafias), organise une gestion des déchets nucléaires pour le moins abominable. Noyés au fond des mers dans des épaves sabordées, enfouis dans des décharges légales et illégales sur terre, ces déchets empoisonnent gravement les humains et les non-humains des milieux qu’ils intoxiquent.» (Nicolas Casaux)

Carte des navires (connus) transportant potentiellement des déchets toxiques, parfois nucléaires, coulés en mer par la mafia (tirée du site http://www.infondoalmar.info/)

Voici les problèmes de première importance auxquels devraient s’attaquer les élus en octobre prochain, mais...  

Quelques documentaires sur des catastrophes écologiques occultées

Nicolas Casaux | Le Partage | Novembre 2017

La plupart des militants écologistes se sont un jour ou l’autre heurtés, lors d’une discussion ou d’un débat sur les problèmes environnementaux, à un (ou des) individu(s) particulièrement sceptique(s) et/ou techno-religieux (ceux qui croient fermement que le développement technologique nous permettra toujours de résoudre les problèmes qu’il engendre perpétuellement).

La déforestation massive? On replantera des «forêts», traduction : des plantations, des monocultures, non pas des forêts, et en espérant qu’il reste des sols sur lesquels les planter, puisque, ainsi qu’on peut le lire dans un article récemment publié sur le site du quotidien Les Échos :
   «Au cours des cent dernières années, un milliard d’hectares de terres fertiles, l’équivalent de la surface des États-Unis, se sont littéralement volatilisés. Et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’inquiète de l’avenir des surfaces restantes. Dans un rapport de 650 pages, publié en décembre à l’occasion de la clôture de l’Année internationale des sols, elle constate qu’un tiers des terres arables de la planète sont plus ou moins menacées de disparaître.»
   Traduction : la civilisation industrielle (ses pratiques agricoles, sa bétonisation inexorable, etc.) détruit les sols du monde entier.

La surpêche? Il suffira de diminuer les quotas et de créer des réserves marines.

Le plastique dans les océans? Il suffira de quelques inventions du type de celle de Boyan Slat (qui reste, à l’heure actuelle, un joli mirage, et qui, de toute manière, n’a jamais constitué une solution puisqu’elle ne vise pas à endiguer le flot ininterrompu des millions de tonnes de déchets plastiques que l’humanité industrielle déverse en permanence, de multiples façons, dans les eaux du monde entier).

L’air qui est devenu cancérigène? On installera des filtres, on mettra en place des mesures visant à interdire les émissions de polluants, on dépolluera l’air avec des aspirateurs géants qui débarrasseront l’air des merdes toxiques qu’on y balance encore.

Ce qu’il y a de bien, avec la pensée magique, c’est qu’elle sert de contre-argument contre à peu près tout. Et pendant ce temps-là, tout empire. Je ne compte pas me lancer ici dans un bilan des dégradations écologiques en cours, ce serait beaucoup trop fastidieux, interminable et puis, impossible de dresser une liste exhaustive!

Certaines pollutions sont plus connues que d’autres, certains problèmes écologiques sont mis en avant, tandis que d’autres non. Ceux que j’ai cités font partie des classiques (avec l’épuisement de l’eau douce par surexploitation des eaux souterraines ; le réchauffement climatique; la montée du niveau des mers et des océans; l’acidification des océans; la contamination des sols, de l’atmosphère, des mers, bref, de tous les milieux, par les millions de produits chimiques issus des industries; l’épuisement de nombreuses ressources non-renouvelables de types métaux, minerais en tous genres), mais connaissez-vous ceux-ci :
Le poison de la mafia et la loi du silence
Arctique : cimetière atomique
Armes chimiques sous la mer
Océans poubelles
La ruée vers les fonds marins du Pacifique
[...]
Vidéos et commentaires du rédacteur :  

Un exemple local de catastrophe écologique due à un entreposage inadéquat toléré par la municipalité.

Il y 30 ans, le 23 août 1988, un épais nuage toxique s'échappa d'un entrepôt de Saint-Basile-le-Grand, près de Montréal, où des barils d'huile contaminée par des biphényles polychlorés (BPC) prirent feu. L'explosion ne fit aucune victime mais le sol, l'air et l'eau furent contaminés, forçant l’évacuation de plus de 2500 habitants. 


L’incendie était d'origine criminelle, et son auteur Alain Chapleau, était un employé municipal. Arrêté à la suite des événements, il fut acquitté en janvier 1989 par la Cour supérieure de Longueuil. Malgré la confession de l'accusé lors d'interrogatoires serrés, le juge Réjean Paul demanda aux jurés de l'acquitter, faute de preuves. Le poids de sa conscience lui fera avouer son crime 14 ans plus tard.
   Quant au propriétaire de l'entrepôt, Marc Lévy, il s'enfuit vers la Floride pour éviter d'affronter la justice et d'acquitter la facture de 30 millions de dollars de nettoyage. Il ne reviendra pas au Canada. En fin de compte, Québec assuma seul l'ensemble des coûts liés à la catastrophe.
   Le Québec n’avait encore jamais connu de catastrophe écologique et le seul incinérateur pouvant éliminer ces déchets de façon sécuritaire était en Alberta. Mais ils n’en voulaient pas. Un an plus tard, peu avant les élections, Robert Bourassa (premier ministre) envoie les barils qui restent, sur un navire russe, à destination de l’Angleterre. Là-bas, la population refuse de recevoir la cargaison empoisonnée, le navire fait demi-tour et revient au Québec. Alors, comme le député de Saguenay n’avait pas appuyé Bourassa, c’est chez lui, à Manic 2 qu’on impose leur entreposage. Il faudra attendre 10 ans avant qu’ils ne soient mis hors d’état de nuire – 18 000 tonnes furent incinérées en Alberta en 1998. En 2011 il en restait encore plus de 300 tonnes.
   On qualifiera cet événement de pire catastrophe écologique de l'histoire du Québec, jusqu'à la tragédie de Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013.

Se référant l’événement, Daniel Green disait à l’émission Le 15-18 (23 août 2018) : «Contrairement à l’amour, le BPC c’est pour toujours. Les entreprises continuent à déverser des BPC dans l’environnement, et les inspections sont de plus en plus rares. Il faut absolument surveiller les entrepôts et la manière dont on élimine les BCP... Les gouvernements confient la décontamination à des mafieux sans scrupules pour qui la seule chose qui compte est de faire de l’argent à moyen terme. On en a vu quelques exemples récemment.»
   Daniel Green est un expert québécois en pollution environnementale qui travaille pour la protection des écosystèmes du Québec et du Canada depuis plus de 30 ans. Il s’est donné comme mission de vulgariser l’information scientifique et d’informer le public sur les grands enjeux environnementaux : la réduction de la contamination des cours d’eau, la prévention des déversements de pétrole, le contrôle des polluants atmosphériques et la surveillance des incinérateurs de déchets dangereux. Il est actuellement président de la Société pour Vaincre la pollution (SVP). Ses tâches l’ont amené à intervenir auprès du public, des médias et des tribunaux pour faire valoir le droit de la population à un environnement sain. «La pollution nous tue, au profit de quelques-uns. Cela ne peut plus durer, le temps est court.»
   En 2017, avant les élections municipales, Daniel Green recommandait aux Montréalais de voter avec leurs poumons. [La recommandation tient pour les élections du 1er octobre.]