12 septembre 2019

Le bar à promesses électorales est ouvert

Pourquoi les politiciens sont-ils si désespérés d'être réélus? Parce qu'ils ne pourraient jamais gagner leur vie en vertu des lois qu'ils font adopter.

Cette déclaration est adaptable aux chefs de tous les partis (fédéraux et provinciaux) :
«Et n’oubliez pas, après chaque promesse... des conditions s’appliquent, détails après les élections, l’offre est en vigueur pour une durée limitée et peut être modifiée ou annulée sans préavis.»

Caricature : Serge Chapleau, La Presse 24.08.2019

«Regardez la tyrannie du parti – ce qu'on appelle allégeance au parti, loyauté au parti. C’est un piège inventé par des hommes à des fins égoïstes qui transforme les électeurs en biens meubles, esclaves, lapins, et pendant tout ce temps leurs maîtres hurlent des obscénités sur la liberté, l'indépendance, la liberté d'opinion et d'expression, totalement inconscients de cette fantastique contradiction...» ~ Mark Twain (in The Character of Man)

La seule façon de connaître la véritable «ligne d’un parti» (discipline, règles, standards) est de consulter les liste des lobbies qui sillonnent les ministères (agriculture, santé, foresterie, pétrochimie, recherche, etc.) et les municipalités. Ministres, députés, sénateurs et fonctionnaires travaillent en fait pour les entreprises privées, sous la table.

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil 01.09.2019

«Le bon sens est devenu si rare qu'il devrait être considéré comme un superpouvoir.»

À retenir pendant la campagne électorale : ce texte qui résume le système politico-judiciaire corrompu dans lequel nous vivons.

L’action se déroule dans l’état de la Floride. Deux avocats sont chargés d’enquêter sur une magistrate présumée corrompue. Elle serait mêlée à la construction d’un casino sur une réserve indienne sous l’emprise de la Coast Mafia, qui se sert largement dans la caisse. Elle reçoit sa part du butin et ferme les yeux sur ces activités illicites. Certains élus, fonctionnaires et shérifs sont aussi compromis.

   North Dunes était sa dernière conquête dans son empire du golf. Un trente-six trous, avec lacs, étangs, appartements de luxe, et des maisons plus luxueuses encore, le tout construit autour d’un centre d’affaires avec un parc et une salle de spectacle, à un kilomètre de la plage.
   – Vous avez le soutien de tout le monde?
   – Quatre contre un. Poley fait de l’obstruction évidemment.
   – Pourquoi ne pas le mettre hors jeu?
   – Ce n’est pas nécessaire. Il ne faut pas que ça paraisse tout cuit. Quatre voix contre une, c’est bien. C’est crédible.
   Les dessous-de-table n’étaient pas absolument nécessaires dans cette partie du pays. Quel que soit le projet, du lotissement privé haut de gamme au centre commercial de troisième zone, il suffisait de produire une brochure élégante jetant de la poudre aux yeux, avec écrit partout «développement économique», en laissant entendre des rentrées fiscales et de la création d’emplois, pour que tous les responsables et élus s’empressent de sortir leur tampon. Si quelqu’un évoquait des problèmes écologiques, du clientélisme, ou le risque de classes surchargées, par l’accroissement soudain de population, il suffisait de les étiqueter gauchistes, écolos, ou pire «nordistes». Vonn était devenu maître dans cet art de la discréditation.

– Je suis remontée onze ans en arrière, et ai étudié  trente-trois projets d’aménagement dans le comté de Brunswick. Tout y passe : parcours de golf, centres commerciaux, lotissements, une galerie marchande à Sea Stall, et même un cinéma multiplex avec quatorze salles. La Nylan Title des Bahamas apparaît souvent. Mais ce n’est pas la seule. Il y a aussi une dizaine d’autres sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux, propriétaires elles-mêmes d’autres sociétés offshore, ainsi qu’une ribambelle de cabinets sous contrôle de compagnies étrangères. ... Une opération de cette ampleur, je n’ai jamais vu ça.

– Au cas où vous ne seriez pas au courant, il n’y a pratiquement aucun contrôle quand on voyage en jet privé. Pas de scan des bagages, pas de fouilles corporelles. Faut croire que nos petits génies  à la Sécurité intérieure se disent que les riches n’ont aucune envie de faire sauter leur propre jet en vol. Bref, on peut prendre cinquante kilos d’héroïne et l’emmener partout dans le pays.

Source : L’informateur, John Grisham; Éditions Jean-Claude Lattès, 2017
(The Whistler; Doubleday 2016)

En lisant cela, j’ai pensé au projet Royal Mount (jumelé au REM) qui défigurera irrémédiablement Montréal et entraînera des nuisances logistiques et routières hors de proportion, sans parler de l’augmentation des GES. Pourquoi l’administration municipale a-t-elle approuvé la construction de ce monstre? L’appât des retombées économiques prévalent sur la jugeote et les conséquences désastreuses immédiates et à long terme...

Artiste : Isaac Cordal, Follow the leaders, Allemagne 2011. http://cementeclipses.com/portfolio/ En passant, la crise climatique n’existe pas.

Un beau scandale revient à la une des médias. Question à 60 millions de dollars : pourquoi confier la construction d’un traversier à un chantier naval italien de mauvaise réputation?!

Des lanceurs d’alerte dévoilent les vices de construction du traversier F.-A.-Gauthier Les coûts imprévus s’élèvent à 60 millions de dollars, a appris Enquête

Vices de construction, contrôle de qualité déficient, représailles contre ceux qui sonnent l’alarme… Pour la première fois, d’ex-employés de la Société des traversiers du Québec dénoncent les conditions dans lesquelles a été construit le F-A.-Gauthier. Les déboires de ce traversier, qui fait la liaison entre Matane et la Côte-Nord, font la manchette depuis des mois.
   En 2013, René Lebrun [le lanceur d’alerte] a été déployé pendant plus d’un an au chantier du constructeur Fincantieri, près de Naples. Le géant naval a fait la plus basse soumission pour construire le traversier qui allait remplacer le Camille-Marcoux, arrivé en fin de vie utile en 2015.
  «Vraiment, nous étions en sous-nombre. Normalement, en Italie, pour superviser la construction d'un tel navire, il aurait fallu être à peu près une douzaine d'inspecteurs», dit l’inspecteur René Lebrun.
   Au chantier, René Lebrun et Martin Saint-Pierre travaillaient sous les ordres du chargé de projet Luc Martin. Ce consultant était l’homme de confiance de la direction de la Société des traversiers du Québec pendant la construction en Italie.
   La STQ se défend d’avoir fait des représailles contre ses employés qui dénonçaient des vices de qualité au chantier de Fincantieri.
   La Société des traversiers du Québec fait une interprétation restrictive de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Par exemple, Enquête a tenté d’obtenir, sans succès, plusieurs documents concernant la construction du F.-A.-Gauthier en Italie. La STQ fait valoir que ces documents appartiennent en partie à Fincantieri, le chantier naval. [...]
Article intégral :

Les représentants de notre système judiciaire kafkaïen cherchent à regagner la confiance du public – bonne chance!

Tôt ou tard, dit-on, la vérité sortira et la justice l’emportera. (Rires)

Prenons par exemple ce fameux arrêt Jordan qu’on dirait conçu pour protéger les criminels, tant économiques que politiques. En tout cas, cette procédure inclut par essence un mépris flagrant de l’application de la justice.
   Brièvement, les magistrats peuvent invoquer l’arrêt Jordan pour mettre un terme aux longues procédures judiciaires si le procès ne peut avoir lieu dans un délai de 18 mois à la Cour du Québec et de 30 mois à la Cour supérieure. La Couronne doit déposer la totalité de la preuve au moment où les accusations sont formellement déposées, et cela peut parfois prendre beaucoup de temps pour les rassembler. Vu la lourdeur et l’inefficacité du système, le manque de ressources, de juges et de salles de cour (en particulier au Québec), les criminels peuvent échapper à la justice pour cause de délais déraisonnables.
   Autrement dit : tu commets un crime (on s’entend qu’il ne s’agit pas du vol d’un sac de chips chez le dépanneur), tu t’arranges pour que les procédures traînent longtemps et t’es quitte! En fait, t’as pas besoin de rien faire, le système s’en occupe. Pas de procès, donc pas de condamnation. Sympa, non?!

C’est ainsi qu’une juge a décrété l’arrêt des procédures contre Paolo Catania. Près de 1000 chefs d'accusation sont tombés d'un seul coup lorsque la magistrate Magali Lepage, de la Cour du Québec, a invoqué l'arrêt Jordan pour ordonner l'arrêt des procédures intentées contre les anciens dirigeants de Construction Frank Catania. En tant que dirigeant de l'entreprise fondée par son père, Paolo Catania, qui est toujours actif dans le milieu de la construction, était le personnage central de ce procès, mais ses associés André Fortin, Pasquale Fedele, David Chartrand, Martin D'Aoust et Pascal Patrice faisaient aussi l'objet de divers chefs d'accusation.
   Paolo Catania et son entreprise ont été accusés d’avoir obtenu, entre 2005 et 2009, des crédits et des remboursements de taxes grâce à un stratagème de fausses factures, une fraude fiscale de l’ordre de 1,2 million commise au détriment du fisc québécois, ce qui se doublait d’une fraude de 700 000 $ relative à la taxe d’accise fédérale. Revenu Québec réclamait aux accusés des amendes de 12 à 25 millions, assorties de peines d’emprisonnement ferme. Les défendeurs ont plaidé non coupables. On ne saura jamais le fin mot de l’histoire. La magistrate Magali Lepage reproche à la poursuite «un climat de désorganisation certaine qui frôle dangereusement l’irrévérence», et à l’Agence de s’être fait tirer l’oreille pour divulguer la preuve aux procureurs des accusés, tout en se lançant dans des procédures exceptionnelles qui reportaient à 2020 le début du procès sur le fond, soit sept ans après la signification des chefs d’accusation.
   Une enquête avait déjà mené à l'arrestation, en mai 2012, de Paolo Catania et de ses associés en lien avec le scandale du Faubourg Contrecoeur, un projet immobilier de l'Est de l'île. L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino avait également été interpellé et accusé.
   Tous ont finalement été acquittés par le juge Yvan Poulin le 2 mai 2018 des accusations de fraude, d'abus de confiance et de complot qui avaient été portées contre eux.

Un autre exemple de paralysie judiciaire : le cas de l’ancienne vice-première ministre du Québec sous le régime libéral de Jean Charest, Nathalie Normandeau. Arrêtée en mars 2016 à la suite d’une enquête de l’UPAC * (Unité permanente anticorruption), elle attend son procès, mais bénéficie de l’arrêt Jordan en rapport à des chefs d’accusation la concernant personnellement.

Radio-Canada / Presse Canadienne/ Le Devoir, 31 août 2019 :
   Soucieux d'optimiser les délais du processus judiciaire, le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) abandonne plusieurs chefs d’«accusation portés contre Nathalie Normandeau et ses cinq coaccusés, Marc-Yvan Côté, Mario W. Martel, France Michaud, Bruno Lortie, François Roussy.
   Dans le cas de Nathalie Normandeau, la poursuite abandonne 5 des 8 chefs d’accusation qui la concernaient personnellement.
   À chaque accusation qui tombe, les Québécois perdent espoir que justice soit rendue. Les institutions comme le DPCP et l’UPAC jouent leur crédibilité sur ce dossier.
   Mme Normandeau et ses coaccusés subiront tout de même un procès puisqu’ils font toujours face à des accusations d’abus de confiance, de fraude envers le gouvernement, de souscription de la part d’entrepreneurs à une caisse électorale et d’actes de corruption dans les affaires municipales. «Il y a actuellement encore sept chefs d’accusation très sérieux contre ces gens-là et si éventuellement il y a des condamnations, je pense que justice aura été rendue», a affirmé le procureur Richard Rougeau. Ce qui joue dans notre décision, c’est la décision Jordan et la décision Cody. La Cour suprême nous a demandé d’être le plus efficace possible, de tenter de gérer les délais. C’est sûr que cet aspect du dossier a été pris en considération. Je ne vous dis pas que c’est la seule des raisons ou la plus importante, mais c’est certainement quelque chose qui fait partie à tous les jours de la réflexion des procureurs de la Couronne.»
   «Ça fait un an et demi qu'on veut qu'un juge, que quelqu'un apprécie cette situation et détermine s'il doit y avoir procès ou non», a réagi Me Maxime Roy [avocat de Nathalie Normandeau] exaspéré de devoir attendre.
   [L’un des co-accusés] Marc-Yvan Côté a réclamé un arrêt des procédures en raison des fuites médiatiques qui l'auraient privé de son droit à une défense pleine et entière. Le Bureau des enquêtes indépendantes fait toujours des vérifications.

Devant la commission Charbonneau, l'ancienne ministre des Affaires municipales s'était dite «révoltée» par les firmes de génie qui auraient «magouillé dans son dos et celui de son ministère pour obtenir des contrats». (Rires)

* Ne comptez plus sur l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour endiguer la corruption dans les plus hautes sphères de la politique québécoise. Le corps policier qui devait achever le travail laissé en suspens par la commission Charbonneau, sur les allégations de financement illégal du PLQ, est en totale déroute. [...]
   Les récents scandales qui ont plombé non seulement l’UPAC, mais aussi la SQ [Sûreté du Québec] et le SPVM [Service de Police de la Ville de Montréal] présentent des similitudes. De un, les rivalités internes sont si toxiques qu’elles conduisent des personnes en situation d’autorité à déclencher des enquêtes criminelles dans le but de faire taire les dissidents. De deux, la reddition de comptes est absente, au motif qu’on ne commente pas les enquêtes en cours. Cette réserve est compréhensible jusqu’à un certain point, mais lorsque les enquêtes s’éternisent sans perspectives d’en arriver au dépôt d’accusations, surtout dans les cas de corruption politique, le silence contribue à alimenter l’incompréhension et le scepticisme du public sur l’efficacité du dispositif de lutte contre la corruption. De trois, les corps policiers ont fait un travail inégal de recrutement et d’encadrement des témoins repentis, ce qui a contribué par exemple à l’acquittement du président du comité exécutif à la Ville de Montréal, Frank Zampino, et de l’entrepreneur Paolo Catania. De quatre, l’absence d’expertise en matière de crimes économiques, renforcée par la désuétude du Code criminel sur les affaires de collusion, a amenuisé la valeur probante des enquêtes. [...]
Lutte contre la corruption : une amère déception 

Un autre fleuron de paralysie judiciaire : SNC-Lavalin

Après avoir multiplié les démarches pour s’éviter de faire face à la justice, SNC-Lavalin devra subir un procès criminel pour corruption d’agents publics étrangers et fraude en Libye, a tranché mercredi un juge. Le géant québécois de l’ingénierie a rapidement annoncé qu’il plaidera non coupable puisqu’il entend être acquitté.
   Au terme de l’enquête préliminaire, dont une ordonnance de non-publication empêche les médias de rapporter la preuve qui y a été présentée, le juge Claude Leblond de la Cour du Québec a déterminé que la preuve est suffisante pour justifier la tenue d’un procès contre les entités Groupe SNC-Lavalin inc., SNC-Lavalin International inc. et SNC-Lavalin Construction inc.
   La firme fait face à deux accusations dans ce dossier, soit corruption d’agents publics étrangers et fraude de 2001 à 2011. Selon les accusations portées par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 2015, la firme aurait versé une somme de près de 48 millions à des agents libyens dans le but d’influencer les décisions de leur gouvernement dirigé à l’époque par Mouammar Kadhafi. [...]


CONCLUSION

Les gens mentent par crainte de perdre la face, pour obtenir ce qu’ils veulent, et pour esquiver la responsabilité, la punition et le jugement.
   Un seul mensonge découvert suffit pour créer le doute sur chaque vérité exprimée. La phrase «je n'ai rien à cacher» rappelle le vieil adage «plus quelqu'un clame son honnêteté haut et fort, plus vite on peut compter l'argent». De la même manière, si quelqu’un commence sa phrase en disant «pour être parfaitement honnête», vous pouvez parier que ce qui suit est de la dissimulation ou du mensonge pur et simple.

9 septembre 2019

La samba des chainsaws en Amazonie

Ce que les tyrans politiques et économiques redoutent comme la peste :
– la Charte des droits et libertés de la personne  
– la Charte de la Terre
– la libre expression
– les écologistes et les scientifiques authentiques
– les journalistes rigoureux (qui vérifient et rapportent des faits avérés)
– la justice et l’équité socioéconomique  
– le partage de la richesse et le bien-commun

Depuis l’élection de Bolsonaro le scénario amazonien prend l’allure d’une catastrophe humanitaire et environnementale galopante. Une tragédie, un massacre, dans l'enfer de la maltraitance des humains, des animaux et de la nature. Assassinats d’autochtones et de militants, abattage illégal d’arbres, monocultures, élevage intensif de bétail. Des empires industriels amassent des fortunes. En 2017 : 8,75 millions de tonnes de carcasses de bovins – imaginez 2019...  

Un travailleur brésilien qui protégeait des tribus indigènes assassiné en Amazonie

BBC News 9 septembre 2019

Au Brésil, la police enquête sur l'assassinat d'un fonctionnaire qui s'était employé à protéger les autochtones contre les agriculteurs et les bûcherons qui tentaient de s'emparer de terres.


Maxciel Pereira dos Santos aurait reçu deux balles dans la tête dans la ville de Tabatinga, près des frontières du Brésil avec la Colombie et le Pérou.
   Les responsables du syndicat ont déclaré que M. Santos a été abattu devant des membres de sa famille.
   Cet assassinat intervient dans un contexte d'indignation internationale face au rythme de destruction de la forêt amazonienne au Brésil.
   Au moins 80 000 incendies y ont été enregistrés entre janvier et août de cette année, soit plus du double du nombre enregistré à la même période l'an dernier. 
   Le président populiste brésilien Jair Bolsonaro a fait l'objet de vives critiques nationales et internationales pour son incapacité à protéger la région.
   Il a souvent affirmé son soutien aux agriculteurs et aux bûcherons travaillant dans la région, tout en critiquant les défenseurs de l'environnement et en réduisant le budget de l'agence de protection environnementale du pays.

Meurtre dans une rue très fréquentée
Le syndicat qui représente le personnel de l'agence brésilienne de protection des indigènes, Funai, a déclaré que M. Santos avait reçu deux balles dans la tête alors qu'il conduisait sa moto dans une rue passante.
   Des responsables de l'INA ont déclaré qu'il avait été tué en représailles de son travail dans la réserve de Vale do Javari, où il a contribué pendant des années à empêcher les chasseurs, les agriculteurs et les bûcherons d'entrer illégalement dans la région.
   La réserve abriterait la plus forte concentration au monde de tribus indigènes jamais contactées.
   M. Santos a servi plus de 12 ans à Funai, dont cinq en tant que chef des services environnementaux dans la réserve de Vale do Javari, a déclaré l'INA.
   Le syndicat a appelé le gouvernement brésilien à démontrer que le Brésil «ne tolérera plus la violence contre ceux qui s'engagent, dans le cadre de l'état de droit, à protéger et promouvoir les droits des autochtones».
   Les militants brésiliens pour la préservation des territoires et de l'environnement sont depuis longtemps la cible de l'industrie minière et forestière. Selon Global Witness, le Brésil a été le pays le plus meurtrier en 2017, avec un nombre record de 57 militants assassinés sur 201 morts dans le monde.
   Le Brésil a été éclipsé l'an dernier par les Philippines, où 30 militants ont été tués sur 164 dans le monde, selon Global Witness.
   Le mois dernier, des centaines de fonctionnaires brésiliens travaillant dans le domaine de l'environnement ont signé une lettre ouverte les avertissant que leur travail avait été entravé par le président Bolsonaro.
   Depuis l'entrée en fonction de M. Bolsonaro le 1er janvier, l'organe gouvernemental chargé de la protection de la forêt tropicale a vu son budget réduit de 25 %, tandis que le financement pour la prévention des incendies de forêt a été réduit de 23 %, selon les données recueillies par l'agence de presse Reuters.
   Au cours de la même période, le nombre d'amendes infligées à des criminels environnementaux a diminué de 29 % et la valeur collective des amendes a diminué de 43 %, selon les données Reuters.
   Lors d'un sommet qui s'est tenu vendredi en Colombie, sept pays d'Amérique du Sud ont convenu de mesures pour protéger le bassin de l'Amazonie.


Photo : menu du Heart Attack Grill. L’insatiable appétit de l’Homo Carnivorus pour les «homburgers» et les steaks porte une grande part de responsabilité vis-à-vis des massacres. La chaîne internationale McDonald’s et ses clients contribuent largement à l’hécatombe.

Parenthèse

Les Chinois s’enrichissent et réclament du bœuf. Peut-être que la production brésilienne pourrait satisfaire leur demande pendant un temps. Mais considérant la population chinoise qui approche 1 500 000 000 (croissance en 2019 : 4 964 600), combien d’autres forêts faudra-t-il déboiser (peut-être la terre au complet) pour fournir le peuple chinois en viande?
   On sait désormais que si Pékin investit dans un pays, cela signifie dépendance ou mainmise économique pour le bénéficiaire...  En 2014, lors d’une tournée, Xi Jinping multipliait les accords de coopération avec le Brésil, l’Argentine, le Venezuela et Cuba. La région est un marché clé pour la Chine. Le commerce bilatéral avec l’Amérique latine atteignait 262 milliards de dollars en 2013. Le Brésil et l’Argentine sont d’ailleurs devenus les principaux partenaires de Pékin sur ce continent. Certains analystes y voient une tentative de la Chine pour élargir son influence dans une région qui a toujours été la «cour arrière» des États-Unis.

La recette chinoise pour conquérir le monde d'ici 2049

ICI Radio-Canada Nouvelles 

Du Pakistan au Panama, en passant par le Nigeria et la Grèce, la Chine aurait déjà investi au moins 70 milliards de dollars américains pour encourager ces pays à lui ouvrir leurs marchés, à faciliter les échanges et à connecter leurs marchés financiers aux marchés chinois.
    «C’est un projet qui a pris des dimensions mondiales et qui reflète le désir de Pékin d’étendre son influence politique et géostratégique sur une grande portion du monde.
~ Nadège Rolland, chercheuse au Bureau national de la recherche sur l’Asie à Washington
   Les Chinois ne s’en cachent pas : la BRI (Belt and Road Initiative) devrait leur permettre, d’ici le centenaire de la Révolution, en 2049, d’atteindre le statut de première puissance mondiale. Ce que veut la Chine, en plus d’accéder à de nouveaux marchés pour exporter ses biens manufacturés et d’importer plus facilement des ressources, c’est accroître ses sphères d’influence et redéfinir les normes et règles internationales.
   Les projets ne correspondent pas toujours aux besoins des pays ou alors les termes des ententes signées avec les entreprises chinoises ne sont pas nécessairement dans leur intérêt.
   En 2017, le gouvernement du Sri Lanka a remis 80 % de la propriété du port de Hambantota à la Chine, dans le cadre d'un bail de 99 ans, pour éponger sa dette envers Pékin.  Ce n’est pas le seul cas d’un pays financièrement dépendant de la Chine, incapable de rembourser son emprunt et coincé avec un éléphant blanc.
   Le gouvernement chinois manipule l’espace informatif pour censurer tout ce qui le fait paraître sous un mauvais jour et n’hésite pas à faire circuler de fausses nouvelles et de la propagande à son avantage, en investissant dans des entreprises de presse qui lui seront favorables et en mobilisant sa diaspora pour contrôler l’information.
   La Chine est également une experte de la cybersurveillance, un domaine dans lequel elle forme les gouvernements des pays émergents.
   La Chine étouffe ainsi l’Union européenne et les États-Unis en profitant de leurs sociétés ouvertes, tout en veillant à renforcer le contrôle sur sa propre société fermée et à promouvoir le modèle autocratique dans différentes régions du monde.
   Quelques États ont réussi à s’opposer aux pressions chinoises, notamment l’Australie. Dans ce pays, les médias et la société civile ont joué un rôle crucial en exposant les tentatives d’influence de Pékin, ce qui a poussé le gouvernement à adopter des lois pour mieux encadrer les agents étrangers.

Article intégral :

Il est clair que Pékin s’inspire du traité L’Art de la guerre rédigé vers le Ve siècle avant J.-C. par le Chinois Sun Tzu qui disait :
«L’art de la guerre est l’art de duper, et en donnant toujours l’apparence contraire de ce que l’on est, on augmente les chances de victoire.» Il recommandait de semer la division en territoire ennemi, de se faire des complices chez ces ennemis, de répandre l’argent à pleines mains dont on retire un gros intérêt, de se défier de tous, d’être extrêmement secret et de ne rien faire à découvert, de multiplier les espions partout, d’avoir une liste des officiers en service – connaître le nombre de leurs enfants, les noms de leurs parents, de leurs amis, de leurs domestiques, et d’être instruit de tout ce qui se passe chez eux. «Quand le temps de faire des sièges sera venu, vous pourrez faire des conquêtes, sans être obligé de monter à l’assaut, sans coup férir, sans même tirer l’épée», assure-t-il.

Sautez à l’Article XIII du traité qui résume la stratégie de Pékin, le parallèle est fascinant. Aujourd’hui, avec Huawei 5G, c’est un jeu d’enfant! 

Fin de la parenthèse

Retour au Brésil. Radio-Canada a publié des archives de reportages réalisés par Jean-Michel Leprince. Voyez le triste reportage de 2008 où le journaliste conclut en disant : «c’est la colonisation de l’Amazonie par le bétail...»

Un correspondant de Radio-Canada témoigne depuis 30 ans de la déforestation en Amazonie

Radio-Canada, 5 septembre 2019

Cet été, le monde s’indigne des très importants incendies qui ravagent l’Amazonie. Le phénomène n’est pas inédit, comme nous le rappellent des reportages du correspondant de Radio-Canada, Jean-Michel Leprince.

Un phénomène déjà constaté il y a 30 ans...

«Des milliers d’hectares de forêt tropicale ont déjà été brûlés en Rondonia. Pour faire l’élevage du bétail d’abord. Pour produire un steak d’un quart de livre, il faut défricher six mètres carrés de forêt.» Jean-Michel Leprince, 1989
   «Pendant la durée de ce reportage (8 minutes 41 secondes), l’équivalent de 62 terrains de football de forêt a été détruit. À ce rythme, d’ici 2030, il ne restera plus que la moitié de la forêt amazonienne.» Jean-Michel Leprince, 2008

En l'espace de 20 ans, le correspondant de Radio-Canada Jean-Michel Leprince a constaté la progression de la destruction de la forêt amazonienne.

Pour décrire la forêt de l’Amazonie, il faut utiliser des superlatifs.
• Elle couvre 6,7 millions de kilomètres carrés. Elle représente 50 % des forêts tropicales du monde entier.
• Elle produit 15 % de toute l’eau des rivières et l'on y retrouve 10 % de tous les animaux et des plantes qui existent sur Terre.
• Cette immense forêt constitue un des grands puits de CO2 du monde. La végétation séquestre ce dernier.
• En revanche quand elles brûlent, les plantes libèrent le CO2 dans l'atmosphère, aggravant ainsi le réchauffement climatique.

Et l’Amazonie flambe depuis des décennies...

Il y a 30 ans, le journaliste Jean-Michel Leprince s’est déplacé au Brésil pour y produire une série de reportages : Le Brésil au-delà de la samba.
   Un de ces reportages, présenté au Téléjournal le 2 novembre 1989, analyse les raisons qui expliquent les incendies dans la forêt amazonienne.
   Jean-Michel Leprince s’est rendu à Porto Veilho, capitale de l’État brésilien de Rondonia près de la frontière avec la Bolivie.
   Neuf pays se partagent la forêt de l'Amazonie, mais plus de 60 % de cette dernière se trouve sur le territoire du Brésil.
   Dans l’État de Rondonia, c’est la ruée sur les terres pour produire principalement du bétail. Les fermiers coupent et brûlent la forêt, une pratique qui est autorisée par le gouvernement brésilien sur 50 % des parcelles.
   Puis, il y a toute l’activité illégale qui contribue grandement à la destruction de la forêt. Jean-Michel Leprince rapporte cependant qu’en 1989, les incendies avaient diminué. Les inspections avaient augmenté et les amendes imposées aux contrevenants étaient très salées.
   Le pire, suggère le journaliste, c’est qu’avec la déforestation on est entré dans un cercle vicieux. Sous la forêt amazonienne, le sol est très pauvre. Les fermiers peuvent y faire une ou deux récoltes. Après, il n’y a plus grand-chose qui pousse. Alors les fermiers cultivent ailleurs. On pourrait presque ajouter à l'analyse du journaliste «en brûlant au passage de nouvelles parcelles de forêt».  

...et qui n’est pas qu’un feu de paille

Presque 20 ans plus tard, en 2008, Jean-Michel Leprince retourne en Amazonie. Il se rend cette fois-ci dans l’État du Mato Grosso limitrophe de celui de Rondonia.
   Le reportage qu’il produit est diffusé au Téléjournal le 12 décembre 2008. Dans ce reportage, Jean-Michel Leprince nous présente Victoria Da Riva Carvalho qui possède un centre écotouristique en pleine jungle. «Ils occupent les terres publiques, volent le bois et le vendent. Puis ils rasent la forêt et mettent les vaches sur ces terrains. Ces illégaux sont le plus grand problème de l’Amazonie», affirme-t-elle.
   À l’époque, le gouvernement brésilien tente bien de contrer toutes les activités illégales. Les moyens sont cependant limités. L’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA), le bras administratif du ministère de l’environnement national, a peu d’inspecteurs sur le terrain. De plus, ces inspecteurs ne travaillent pas la fin de semaine. Les contrebandiers transportent donc les bois précieux coupés illégalement les samedis et les dimanches sans être inquiétés!
   La crise de la déforestation amazonienne pourrait-elle être résolue?
   Deux intervenants dans le reportage de Jean-Michel Leprince nous proposent des pistes de solution.
   Le premier est Gustavo Müller. Il est inspecteur pour l’IBAMA. Gustavo Müller souligne que c’est la pression exercée par la demande intérieure et internationale pour les bois précieux qui encourage la contrebande. L’imposition d’une certification des ressources serait une amorce de solution selon lui.
   La deuxième piste est suggérée par Milton Braga. C’est un gros exploitant agricole de l’État du Mato Grosso. Selon lui, il n’y a pas assez d’aide de la part du gouvernement brésilien pour les petits et moyens producteurs pour augmenter leur productivité. Il faut rappeler aussi qu’à l’époque, seulement 36 % des terres arables du Brésil étaient exploitées.
   En 2008, malgré toutes ces agressions, la forêt amazonienne possédait un allié : le gouvernement fédéral brésilien. Le Brésil était même à l’époque le seul pays en voie de développement qui avait pris des engagements chiffrés en matière de protection de l’environnement.

Quel contraste avec l’administration du président Jair Bolsonaro qui a pris le pouvoir le 1er janvier 2019.
• Le budget d'IBAMA a été amputé de 25 %, selon des documents internes du gouvernement brésilien.
• Celui pour la prévention des incendies a été réduit de 23 %.

Caricaturiste : Serge Chapleau, La Presse 28.08.2019

Dans le Far West amazonien, le face-à-face entre Autochtones et cowboys

Agence France-Presse, 3 septembre 2019

Le hameau, dans lequel les Uru-eu-wau-wau rôtissent un porc sauvage chassé aux flèches de bambou, se trouve à quelques kilomètres de l'exploitation où trois cowboys rassemblent leur bétail, en ce début de soirée de l'Amazonie brésilienne, au sud de Porto Velho.
   «Nous n'avons pas de problèmes avec eux», explique à l'AFP Awapy Uru-eu-wau-wau, 38 ans, chef de cette communauté de 19 personnes vivant dans la forêt, au centre de l'État du Rondonia.
   Mais ces bons rapports sont inhabituels. Comme dans beaucoup d'endroits de la plus grande forêt tropicale du monde, la très riche communauté indigène Uru-eu-wau-wau, d'une superficie de 1,8 million d'hectares (presque le double du Liban), est menacée par les pilleurs de terres, les commerçants de bois, les propriétaires terriens et les mineurs qui misent sur la déforestation pour exploiter ses ressources.
   Les quelques centaines d'habitants de la réserve, divisée en sept hameaux dont certains sont à l'écart, résistent depuis longtemps avec de maigres moyens. Pour des questions de surveillance et de protection, ils vivent aux frontières de leur territoire, délimitées au début des années 1990.
   «Je fais face à cette invasion depuis que j'ai 19 ou 20 ans, et ces types nous menacent parce qu'on leur tient tête. Je n'ai pas peur de risquer ma vie», affirme Awapy.
   Le hameau consiste en une demi-douzaine de maisons précaires, certaines en bois avec un toit de paille, d'autres en ciment, au toit en tuiles. Les cinq familles s'approvisionnent principalement dans la jungle, où elles s'aventurent chaque jour pour chasser et combattre «les envahisseurs», souvent des groupes organisés, dans des affrontements parfois violents.
   Vus du ciel, les pâturages et les clairières grandissent à mesure que la déforestation avance, toujours annoncée par des incendies comme ceux qui ont bouleversé le monde entier ces dernières semaines.
   L'absence de l'État transforme ces zones en vivier pour tout type de gangs et favorise les occupations de terres, souvent regroupées dans des exploitations de bétail.
   Le procureur a formulé plusieurs plaintes contre des producteurs ruraux pour avoir occupé, divisé en parcelles et vendu des terres dans cette réserve et dans d'autres endroits.
   Les Uru-eu-wau-wau assurent que les envahisseurs se sentent protégés depuis l'arrivée au pouvoir en janvier du président Jair Bolsonaro, partisan de l'ouverture des zones protégées à des activités agricoles et minières et qui croit que les Autochtones ne veulent pas vivre dans des réserves «comme des animaux dans un zoo».
   «Avant, ce n'était pas comme ça, mais aujourd'hui ils déboisent tout», s'exclame Awapy, entouré d'Autochtones allongés dans des hamacs, depuis son «oca», l'habitacle où se réunissent les familles.
   À une heure et demie de là, dans la petite commune de Monte Negro, le secteur agroalimentaire roule des mécaniques avec un rodéo de taureaux où une vingtaine de cowboys exhibent leur talent en montant l'animal effrayé pendant plusieurs secondes d'affilée.
   Vêtus de chapeaux, de jeans bleus et de bottes de cowboy, venus d'énormes propriétés qui comptent plusieurs milliers de têtes de bétail et qui grignotent la forêt depuis des décennies, les spectateurs profitent du spectacle.
   C'est le Brésil rural et conservateur, fief du bolsonarisme, dont les habitants appartiennent au «BBB» (boeuf, bible et balles), les puissants soutiens du secteur agroalimentaire, des Églises évangéliques et le lobby pro-armes au Congrès, dont l'appui fut vital pour propulser le dirigeant d'extrême droite au pouvoir.
   Les propriétaires terriens sont dans le viseur des militants écologistes, qui les accusent d'être en partie responsables de la ruine du «trésor» amazonien, vital à l'avenir de la planète, pour leurs bénéfices propres et au détriment des territoires publics et des réserves indigènes.
   Eux affirment qu'ils n'outrepassent pas les limites de leurs terrains et rappellent l'importance de la croissance agricole pour l'économie brésilienne.
   «Les gens doivent respecter cela : les réserves sont les réserves, les Autochtones sont les Autochtones, chacun doit garder son propre espace et ne pas envahir les autres», assure Marconi Silvestre, le propriétaire d'une exploitation agricole à Monte Negro, qui a organisé le rodéo.
   Un autre propriétaire venu à la foire vendre des taureaux reproducteurs affirme sous condition d'anonymat que les Autochtones eux-mêmes déboisent et vendent du bois et des terrains.
   «Ils font la même chose que quand Pedro Alvares Cabral est arrivé», dit-il en faisant référence au premier Portugais qui, en 1500, débarqua sur les côtes du futur Brésil. «Ils échangent des richesses contre des miroirs.»
   Plusieurs agriculteurs affirment que les médias dramatisent les incendies. Ils rejettent la préoccupation internationale qui a conduit le président français Emmanuel Macron à évoquer une internationalisation de l'Amazonie.
   «L'Amazonie, elle est à nous, dites bien ça à Macron!», lance l'un d'entre eux à l'AFP.

Photo : la pure tradition macho-gaucho. Ah, si seulement les bovins de boucherie avaient encore leurs cornes et n’étaient pas si dociles... Dans la nature, les cornes des herbivores sont leur arme de défense contre les prédateurs carnivores; en mode d’élevage elles sont inutiles évidemment. Les herbivores mangent des plantes; les carnivores mangent des herbivores. Peut-être qu'un jour les carnivores humains mangeront des végétariens...!  

Le Brésil est le plus grand exportateur de viande bovine du monde

L’OBS | 26 novembre 2017

Photographies : Carolina Arantes

Élevage intensif, bétail cloné... Depuis 2012, le Brésil est devenu le plus grand exportateur de viande bovine au monde, devant les Etats-Unis. Et l’agro-industrie du pays ne compte pas s’arrêter là : elle prévoit de doubler son cheptel, aujourd'hui estimé à 210 millions de bêtes, d’ici à 2025.

Une vache, en route pour l’abattoir, tente de s’échapper de son enclos. Un steak sur quatre consommé dans le monde est d’origine brésilienne.

Un veau cloné tout juste né récupère, enveloppé d’une lumière infrarouge. La croissance du marché brésilien de la viande, qui représente 25 % du marché international, s’appuie notamment sur une recherche génétique de pointe. Certains reproducteurs génétiquement modifiés peuvent se vendre jusqu'à 1 million de dollars.

Ces entrecôtes halal, déjà étiquetées par le ministère de l’Agriculture, sont destinées à l’export. Le Brésil exporte 350 000 tonnes de viande halal chaque année.

Enquête exclusive au cœur de l’incroyable Far West amazonien

Le tournage date de 2009. Néanmoins, ce documentaire témoigne de la samba des chainsaws des exploitants forestiers, miniers et agroalimentaires en Amazonie – et l’on pourrait dire que ce modèle existe aussi ailleurs dans le monde.
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En complément : la note sur la colossale multinationale brésilienne JBS-Friboi, article «L’Amazonie en feu : sommes-nous tous fautifs?» du 31 août 2019

6 septembre 2019

L’insignifiant qui se croit le centre du monde

Le documentaire «L’homme n’est pas unique» devrait être diffusé dans les milieux scolaire, universitaire et économique, et imposé à tous nos pions politiques. En particulier aux climato-négationnistes qui se croient intelligents, comme l’insignifiant député Maxime Bernier qui nourrit une peur bleue du vert au point d’attaquer effrontément Greta Thunberg (1).

La conclusion du documentaire est si jubilatoire que je l’ai transcrite.

Une espèce à part 
L’homme n’est pas unique

Réalisation : Franck Courchamp et Clément Morin
Production : ARTE

Résumé : De l’infiniment grand à l’infiniment petit, cette série d’animation observe l’humanité à la loupe et replace l’Homme dans un univers dont il n’a jamais été le centre. De l’univers aux gènes, des écosystèmes au corps humain, chaque épisode nous permet d’appréhender des grandeurs et concepts difficilement imaginables par notre cerveau. Prenez quelques minutes pour contempler l’univers de l’extérieur de notre nombril!

Conclusion  

Finalement l’humanité dans son intégrité même n’est rien d’autre que le fruit d’une immémoriale collaboration inter espèces. Dès lors, toutes les prétentions de l’homme par rapport aux autres espèces apparaissent tout aussi inappropriées qu’insignifiantes.

L’humain n’est pas le centre du monde. Perdu au fin fond du cosmos il partage une planète anodine avec des millions d’autres espèces toutes uniques et fascinantes dont il dépend entièrement pour son bien-être et pour sa survie. Poussière dans cette immensité, l’être humain ne semble pas si exceptionnel. Et pourtant...

En suivant sa propre voie, l’humain a maîtrisé les éléments, repoussé ses prédateurs, combattu la faim et la maladie pour survivre puis s’épanouir. Et enfin conquérir. Il a inventé la philosophie, l’art, la science. Il a développé l’altruisme, changé d’échelle la portée et le volume de sa communication, de ses échanges et de sa réflexion. Il s’est imposé des valeurs, une morale, une éthique. Progressivement, il a aussi inventé la religion, le commerce, la politique.

Mais également... la discrimination, la haine et la torture. Il a développé le consumérisme, la destruction des terres et des mers, l’exploitation des autres espèces, en même temps que de la sienne.

L’homme a réussi la prouesse de souiller les plus hauts sommets du monde et les plus profonds océans, l’intérieur des espèces et l’extérieur de sa planète.

Chaque minute il donne naissance à 250 bébés et produit 4000 tonnes de déchets.

Tous les jours il produit 240 000 voitures et annihile 400 espèces vivantes.

Chaque année il laisse mourir près de 9 millions d’enfants de moins de 5 ans et détruit 13 millions d’hectares de forêts.

L’homme semble privilégier la croyance au savoir, l’avoir à l’être, et l’image du bonheur au bonheur lui-même.

Il se pense maître de tout, mais ne se maîtrise pas.

Il est la seule espèce à avoir développé la capacité de détruire son propre environnement  sans avoir développé la sagesse de ne pas le faire.

L’humain si précoce est encore immature, capable du meilleur comme du pire. Parviendra-t-il à l’âge de raison avant d’avoir brûlé sa propre maison?

Cette question est tout... sauf insignifiante.

 

Un à-côté : J’ai abondamment exprimé mon opinion sur le complexe de supériorité de l’animal humain, dont l’arrogance en fait la plus stupide des créatures vivantes. Le lien suivant inclut une savoureuse satire de Mark Twain sur la nature humaine où il démontre que les animaux sont supérieurs aux humains. On peut en rire, mais son côté «téléréalité» laisse déconfit; une bonne gifle à notre insolence :

L’humain ne représente que 0,01 % de la vie terrestre. Si l’humain occupe une très petite place, son impact sur l’ensemble des espèces est néanmoins considérable.

L’humanité a modifié la vie sur Terre pour la mettre au service de ses besoins de consommation. Changements climatiques, déforestation et surpêche sont tous des exemples cités couramment. Ce qui fait bondir, c'est que le groupe de mammifères qui occupe le premier rang est... notre bétail! Environ 60 % des mammifères sur Terre sont des animaux d’élevage, tels que le bœuf, le porc et les autres animaux de la ferme [il faut nourrir le cannibale humain, ndlr]. Cela signifie donc que les 4 % restants représentent l’ensemble des mammifères sauvages de la planète. La situation n’est guère mieux pour les oiseaux dont 70 % sont destinés à notre consommation. Les oiseaux sauvages forment les 30 % restants. Ces deux données montrent à quel point nos habitudes de consommation ont changé le cours de la vie sur Terre.

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(1) Certains chroniqueurs appellent le chef fondateur du PPC: «Mad Max»... Durant sa carrière politique il a occupé diverses fonctions ministérielles sous le régime de Stephen Harper. 

Caricature : Serge Chapleau, La presse 27.10.2018 

La plateforme du Parti populaire du Canada (PPC) rejette «l’alarmisme climatique» et prévoit diverses mesures en ce sens, comme l’abolition de la taxe sur le carbone et le retrait du Canada de l’Accord de Paris visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
   En bon perroquet, Maxime Bernier répète les arguments de Marc Morano, un virulent climatosceptique qui affirme à grands cris que le but des écologistes est de détruire le capitalisme et le mode de vie occidental, et d’entraver les libertés individuelles. Marc Morano est l’un des porte-parole du réseau CFACT (Committee for Constructive Tomorrow). Parlant de la COP 21, il concluait : «Notre bataille n’est pas perdue – c’est juste de la bullshit – des engagements non contraignants qui ne changeront rien.» Le réseau fait beaucoup de bruit médiatique et répand l’idée (à coups de milliards de dollars investis en propagande) que l’écologie «est de l’obscurantisme médiéval». Ce réseau est composé d’avocats, de lobbyistes, directeurs d’entreprises pétrolières, sénateurs... qui organisent des conférences d’information partout aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Ça marche, puisque la moitié des Américains nient la crise climatique.

Citations tirées des tweets de M. B. :
   «Greta Thunberg est clairement mentalement instable. Autiste, mais aussi obsessive-compulsive, trouble alimentation, dépression, léthargie [sic]. Elle vit dans une peur constante et veut nous la communiquer.»
   «L’adolescente de 16 ans – qui est récemment arrivée à New York pour demander aux politiciens «d’écouter la science» et de s’engager à lutter contre les changements climatiques – est instrumentalisée par la ‘gauche verte’.»  
   «Le but de la gauche verte est de transformer radicalement notre société en provoquant une peur hystérique de la fin du monde à moins d’abandonner nos libertés et notre mode de vie. [...] Ils veulent nous rendre plus pauvres et tout restreindre, du logement au transport en passant par l’alimentation, les voyages, ce que nous consommons, et même se reproduire
   «Faire passer ce message par la voix de Greta Thunberg permet à la ‘gauche verte’ d’éviter tout débat.»
   «Elle est devenue une figure influente d’un mouvement qui est une menace à notre prospérité et [à] notre civilisation. Si elle veut jouer ce rôle, elle doit être dénoncée et attaquée
  
Maxime Bernier en remet une couche avec ses justifications :  
   «J’ai reçu plusieurs critiques à la suite d’un tweet où je mentionnais les problèmes de santé mentale de Greta Thunberg qu’elle-même et sa mère ont mis sur la place publique. Mon but n’était aucunement de dénigrer Greta ou quiconque souffre de telles conditions.»
    «Au contraire, elle est une jeune femme courageuse qui a su surmonter ses problèmes et qui mérite notre admiration pour cela. Je voulais plutôt montrer que le choix de groupes influents et des médias d’en faire une porte-parole de l’alarmisme climatique n’est pas innocent.»
    «Ces groupes instrumentalisent cette jeune femme et se servent d’elle comme bouclier pour empêcher toute critique du message. C’est ça le vrai scandale. J’aurais dû exprimer cet argument sans référer directement à sa situation personnelle.»
    «L’appel de Greta à ‘paniquer’ et à transformer radicalement la société sans autre débat, parce que nous n’avons plus de temps avant d’éviter une catastrophe, est particulièrement dangereux, surtout pour les jeunes d’ici et d’ailleurs qu’elle influence.»
    «Je vais continuer de critiquer et de m’opposer à cette vision alarmiste et aux politiques désastreuses qui l’accompagnent, qu’elles viennent de Greta, Trudeau, McKenna, May, ou qui que ce soit. Et à offrir plutôt une vision réaliste fondée sur la confiance en l’avenir.»

31 août 2019

L’Amazonie en feu : un génocide colonialiste

En massacrant la forêt tropicale, on massacre tous les autochtones, les animaux, les insectes, les plantes, bref, tout le vivant considéré non productif par les nostalgiques des dictatures militaires et les puissants capitalistes avides de profits. Le scénario du pire se produira si toutes les nations du monde suivent l’exemple de Donald Trump, de Bolsonaro et autres fac-similés. Tant que le monde sera géré par une poignée de sociopathes et leurs pions, je ne vois aucune raison d’être optimiste.

Les incendies d'Amazonie : «un fléau terrifiant»

Survival | 27 août 2019

Les dirigeants indigènes de toute l'Amazonie brésilienne ont dénoncé les incendies dévastateurs comme un «fléau» et une «terreur» qui «rend nos enfants malades et tue les animaux».
   Antonio Enésio Tenharim du peuple Tenharim a dit : «Nous prenons soin de cette terre, de notre territoire. Jusqu'à aujourd'hui, le feu n'était pas entré. Mais maintenant, il est soudainement arrivé, en divers endroits. C'est une terreur pour notre peuple, parce qu'elle rend nos enfants malades, tue les animaux, n'apporte que de mauvaises choses.»

© United-Press. SOS Amazônia

Sonia Guajajara, leader autochtone de renom, a déclaré aujourd'hui : «Nous mettons nos corps et nos vies en danger pour essayer de sauver nos territoires... Nous mettons en garde depuis des décennies contre les violations que nous avons subies au Brésil. Le comportement prédateur des bûcherons, des mineurs et des éleveurs, qui ont un puissant lobby au Congrès national avec plus de 200 députés sous leur influence... a beaucoup empiré sous le gouvernement anti-autochtones de Jair Bolsonaro, qui normalise, encourage et renforce la violence contre l'environnement et contre nous.»
   Un groupe de dirigeants Huni Kuin a dit : «La nature pleure et nous pleurons. Si nous n'arrêtons pas cette destruction de Mère Nature, les générations futures vivront dans un monde complètement différent de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. C'est le cri de Mère Nature qui nous demande de l'aider. Et nous travaillons aujourd'hui pour que l'humanité ait un avenir. Mais si nous n'arrêtons pas cette destruction, nous serons ceux qui seront éteints, brûlés et le ciel descendra sur nous, ce qui a déjà commencé à arriver.»
   Le dirigeant autochtone Raimundo Mura s'est adressé à Reuters la semaine dernière : «Je résisterai jusqu'à ma dernière goutte de sang... C'est un fléau. Vous voyez les vies (des arbres) gaspillées. Tous ces arbres étaient autrefois vivants, ils avaient tous besoin de vivre, chacun à sa place. Vous pouvez voir les dégâts. C'est le but de l'homme blanc de détruire cette [forêt].»
   La Coordination des organisations autochtones de l'Amazonie brésilienne (COIAB) a également publié une déclaration sur les incendies.
   Le directeur de Survival International, Stephen Corry, a déclaré aujourd'hui : «Ces terribles incendies ne sont pas accidentels. L'attaque contre l'Amazonie est facilitée par l'attaque de Bolsonaro contre les peuples autochtones et l'environnement, dans une mesure que nous n'avions pas vue depuis 50 ans. L'Amazonie est en train d'être détruite et ses peuples autochtones sont détruits au rythme le plus rapide depuis des générations. Le meilleur moyen de faire face à la crise climatique est de lutter pour les droits fonciers des peuples autochtones.»


La police attaque la communauté autochtone kinikinawa au Brésil

Survival | 2 Août 2019

Des informations font actuellement surface selon lesquelles des policiers lourdement armés auraient attaqué des autochtones kinikinawa sur leurs terres situées dans le centre-ouest du Brésil, terrorisant la communauté et blessant plusieurs personnes.
   Une séquence vidéo montre les policiers arrivant dans plusieurs véhicules et un hélicoptère, ainsi qu’un homme kinikinawa saignant, blessé à la tête.

© Kinikinawa / Survival. Un Kinikinawa saigne des suites de blessures à la tête alors que la police attaque sa communauté.

Il a déclaré : «Je suis en train de verser du sang sur ma terre. Nous ne cesserons pas de nous battre.»
   Hier (le 1er août 2019), les Kinikinawa ont réoccupé une partie de leur terre ancestrale, qui leur avait été volée il y a des années pour faire place à des éleveurs. Peu de temps après que les Kinikinawa aient procédé à leur opération, la police est arrivée et les a attaqués.
   On pense que la police n’avait pas reçu l’ordre officiel d’un juge d’«expulser» les Kinikinawa du territoire réoccupé et agissait au lieu de cela sur ordre d’un maire et d’un éleveur local.
   Un message audio ayant fuité semble montrer le maire déclarant, juste avant l’attaque, que les Kinikinawa seraient «expulsés, de gré ou de force» et notifiant à d’autres qu’il y a «deux bus pour prendre 90 agents de police et qu’il y en a déjà 40 là-bas, [donc que] les [Kinikinawa] seraient expulsés. (…) C’est une bonne nouvelle et le gouvernement doit prendre position et instaurer la paix et l’ordre pour tous ceux qui vivent dans ce pays.»
   Le peuple autochtone voisin, les Guarani, a publié une déclaration dans laquelle il exprime sa colère : «Les éleveurs et la police agissent illégalement et attaquent les autochtones. Depuis des décennies, nous réclamons la restitution de nos terres, conformément au droit national et international, mais nous avons été ignorés. Nos terres sont toujours envahies et occupées par des éleveurs et des politiciens, donc nous réoccupons nos terres. Nous résisterons et nous répondrons à la guerre des éleveurs contre nous, peuples autochtones.»
   Le président Bolsonaro a pratiquement déclaré la guerre à la population autochtone du Brésil. Le nombre d’invasions territoriales et d’attaques contre les peuples autochtones a explosé depuis sa prise de fonction le 1er janvier 2019.
   Les peuples autochtones du Brésil et leurs sympathisants du monde entier font campagne pour stopper le génocide au Brésil. #StopBrazilsGenocide 


Les Guarani du Brésil menacés par les fermiers

Survival

Pour les Guarani, la terre est à l’origine de toute vie. Mais les invasions violentes des fermiers ont dévasté leur territoire dont la plus grande partie a été spoliée.
   Les enfants souffrent de malnutrition et leurs leaders sont assassinés. Ces dernières années, des centaines de Guarani, hommes, femmes, enfants, se sont suicidés.
   À l’arrivée des Européens en Amérique du Sud il y a plus de 500 ans, les Guarani furent parmi les premiers peuples à être contactés.
   Ils sont aujourd’hui environ 51 000 au Brésil, répartis dans sept états, ce qui fait d’eux la plus nombreuse population autochtone du pays. De nombreuses autres communautés guarani vivent sur les terres voisines du Paraguay, d’Argentine et de la Bolivie.
   Les Guarani se divisent en trois groupes distincts : les Kaiowá, les Ñandeva et les M’byá. Les Kaiowá, qui signifie «peuple de la forêt», sont les plus nombreux.   
   Une communauté guarani raconte comment elle est harcelée par les hommes de main à la solde des fermiers qui ont spolié sa terre.
   Alors qu’ils occupaient autrefois un territoire de près de 350 000 km2 de forêts et de plaines, ils s’entassent aujourd’hui sur de petites parcelles de terres encerclées par les fermes d’élevage et les vastes plantations de soja et de canne à sucre. Certains n’ont aucun territoire et vivent dans des campements de fortune le long des routes.
   Depuis la colonisation, les Guarani du Mato Grosso do Sul ont été pratiquement dépossédés de toutes leurs terres.
   Plusieurs vagues de déforestation ont transformé leur territoire ancestral, autrefois fertile, en un vaste réseau de fermes d’élevages et de plantations de canne à sucre destinées au marché brésilien d’agrocarburants (le Brésil est l’un des premiers producteurs de biocarburant au monde).
   De nombreux Guarani ont été regroupés dans de petites réserves qui sont aujourd’hui surpeuplées de manière chronique. Dans la réserve de Dourados par exemple, 12 000 Guarani vivent sur moins de 3000 hectares.
   Le Brésil est depuis des années l’un des leaders mondiaux de la production d’agrocarburants. Les plantations de canne à sucre sont établies depuis les années 1980 et dépendent fortement de la main-d’œuvre indigène. Leurs conditions de travail sont épouvantables. Une compagnie de production d’éthanol a été fermée par les autorités après qu’on eut découvert qu’elle employait plus de 800 Indiens dans des conditions proches de l’esclavage.
   De nombreux Indiens sont forcés de travailler dans les plantations et s’absentent de leurs communautés pendant de longues périodes; les conséquences sur la santé et la société guarani sont désastreuses. Les maladies sexuellement transmissibles et l’alcool ont été introduits par les travailleurs de retour chez eux et les tensions et violences internes ont augmenté.
   Dans le seul État du Mato Grosso do Sul, 80 nouvelles plantations de canne à sucre et distilleries d’éthanol sont prévues, dont la plupart sur la terre ancestrale revendiquée par
les Guarani. Ils sont victimes de racisme et de discrimination et sont harcelés par les officiers de police. On estime que plus de 200 Guarani sont en prison avec peu ou pas d’accès aux conseils juridiques et à des interprètes, piégés dans un système judiciaire qu’ils ne comprennent pas. Beaucoup d’innocents ont été condamnés. Nombre d’entre eux subissent de lourdes peines pour des délits mineurs.

Crédit : Fabrice Tky Burdese

   La réponse de ce peuple profondément spiritualiste à la dépossession de ses terres a été une vague de suicides unique en Amérique du Sud. Depuis 1986, plus de 517 Guarani se sont donné la mort, le plus jeune n’avait que neuf ans.
   L’assassinat du leader guarani Marcos Veron en 2003 fut un exemple tragique mais caractéristique de la violence à laquelle son peuple est confronté.
   Marcos Veron, âgé de 70 ans, était le leader de la communauté guarani-kaiowá de Takuára. Durant 50 ans, sa communauté a tenté de récupérer une petite partie de son territoire ancestral après qu’un riche Brésilien l’ait transformé en une immense ferme d’élevage. La majorité de la forêt qui recouvrait autrefois ce territoire a aujourd’hui disparu.
   En avril 1997, désespéré d’avoir vainement fait pression sur le gouvernement pendant des années, Marcos décida de retourner avec sa communauté sur les terres du ranch. Ils commencèrent à y reconstruire des maisons et à y planter des jardins.
   Mais le fermier qui avait occupé leurs terres porta plainte et un juge ordonna l’expulsion des Indiens.
   En octobre 2001, plus d’une centaine de policiers armés et de militaires expulsèrent à nouveau les Indiens qui finirent par s’installer sous des bâches en plastique le long d’une route.
   Alors qu’il était encore à Takuára, Marcos avait déclaré «Là est toute ma vie, là se trouve mon âme. Si vous me privez de cette terre, vous me prenez ma vie».
   Ses mots furent prophétiques car en 2003, alors qu’il tentait pacifiquement de retourner sur sa terre, il fut sauvagement frappé par les hommes de main du fermier. Il mourut quelques heures plus tard.
   Suite à une audience qui s’est tenue début 2011, les trois hommes jugés pour son assassinat ont été acquittés d’homicide, mais reconnus coupables de crimes mineurs liés à l’attaque.

Article intégral :

Cet article fournit des détails sur les pratiques des propriétaires terriens et des militaires.

Le génocide des Indiens Guarani Kaiwoá au Brésil

Neide DS Libault
Regard d’infos 23 mai 2017

Le massacre des Indiens brésiliens Guarani Kaiowá est un crime contre l’humanité.  

La Présidence de la République du Brésil, c’est la valse des changements des Lois, dont celles concernant les Peuples Autochtones Brésiliens.
   Des peuples qui, comme les Guarani Kaiowá, sont opprimés par la puissante agro-industrie des gros propriétaires fonciers qui se sont appropriés de leurs terres. Ces gros fermiers en outre font partie du gouvernement. De plus ces personnes absurdement riches se sont groupées en syndicats qui maintiennent des milices de sécurité privée. Ces paramilitaires à leurs solde participent à la répression des peuples amérindiens et sont responsables de la plupart des assassinats des Indiens qui luttent pour sauvegarder leur territoire. Il va sans dire qu’aucun de ces assassinats n’a été puni, comme c’est souvent le cas au Brésil.

Crédit : Latuff 2012. «L’agro-négoce et le génocide des Guarani Kaiowá au Brésil»

Du nom du procureur public Jader de Figueiredo Correia, un rapport de 7000 pages met en évidence les horribles atrocités infligées aux premières nations du Brésil. Ce document, commandé par le ministre de l’Intérieur, en 1967, révèle les crimes commis contre les Indiens aux mains des puissants propriétaires terriens et du Service gouvernemental de Protection des Indiens – SPI. Ce rapport alarmant énumère les crimes commis en 1940, 1950 et 1960, dont furent victimes les Indiens du Brésil. Tels que : meurtres de masse, torture, esclavagisme, guerre bactériologique, abus sexuels, spoliations territoriales. Suite à ces atrocités, certains peuples ont complètement disparu et de nombreux autres ont été décimés. Le rapport Figueiredo a déclenché un sérieux scandale international à ce moment-là.
   Et toujours la même manière de procéder : les hommes de main recrutés par les fermiers, ou des policiers, attaquent leur village, les encerclent avec des bulldozers ou des tracteurs, brulent leurs cabanes, leurs tirent dessus, blessent des bébés, des femmes, des hommes, les torturent et les placent dans des réserves. Afin que des partenaires d’un groupe pétrolier, comme Shell ou un autre, convertissent leurs terres en plantations de canne à sucre pour l’agrocarburant à base d’éthanol pour l’Europe, ou dans des immenses plantations de soja transgénique.
   Au Brésil, la situation des Indiens s’est visiblement aggravée avec l’ingérence des États-Unis, des grosses entreprises multinationales et des gros propriétaires fonciers  tous bien acceptés par le gouvernement brésilien. Depuis, les autochtones sont placés dans des réserves entourées par les milices des grosses exploitations de canne à sucre de soja transgénique et d’élevage de bovins pour les McDo. Tout cela fait disparaître la forêt Amazonienne au même rythme que les Indiens. Les principaux marchands responsables de cette situation sont ADM, Cargill, Bunge, Maggi.
   En effet, au Mato Grosso do Sul cette situation s’empire jour après jour. Les raisons sont évidentes puisque l’agro-business s’est, très, très bien installée avec la bénédiction des autorités locales qui s’enrichissent personnellement. Ces puissants propriétaires terriens sont bien organisés, financièrement et politiquement, grâce à leurs représentants dans tous les niveaux des pouvoirs de la Nation : judiciaire, législatif, exécutif, et aux niveaux : municipal, étatique, et fédéral. De cette façon la boucle est bouclée et ces gros fermiers, avec d’autres secteurs capitalistes, détiennent le pouvoir dans tout le Pays. En revanche, les communautés indigènes n’ont pas de représentation dans aucune des instances des pouvoirs du gouvernement (judiciaire, législatif, exécutif), ni à l’échelle du département ou du municipal. Voilà pourquoi la solidarité internationale se présente comme l’un des seuls moyens de pression sur le gouvernement brésilien.

Article intégral :

Complément sur les scandales au sujet du WWF mentionnés à la fin de l'article "Le cynique est en fait un réaliste" (26 août 2019)

Le soutien du WWF à des programmes de stérilisation et au «tir à vue» révélé par la télévision néerlandaise

Survival | 22 Mai 2019

Extrait du rapport : «Ce téléphone portable vient de m’être remis avec les photos de deux personnes tuées par balles par la police alors qu’elles étaient en train d’être expulsées».
   Une enquête choc de la télévision néerlandaise révèle l’implication du WWF dans des programmes de stérilisation autour de parcs nationaux.
   La très controversée politique de réduction de la population humaine autour d’aires protégées a été condamnée comme «absolument contraire à l’éthique» par le directeur de Survival International, Stephen Corry, qui a déclaré : «Pouvez-vous imaginer le WWF promouvoir la stérilisation des femmes vivant près de parcs nationaux en Europe ou aux États-Unis? Le fait qu’ils considèrent cela acceptable en Inde ou en Afrique est du racisme pur et simple.»
   L’enquête révèle aussi des preuves montrant que le personnel du WWF non seulement était conscient de l’existence de la politique de «tir à vue» en Inde, qui utilise l’expression «tuer les indésirables», mais n’a rien fait pour la changer.
  Le rapport, intitulé «Victimes du WWF», a été diffusé dans Zembla, le principal programme d’investigation de la télévision néerlandaise.
   Également dans ce programme, des gardes forestiers de l’important parc national de Kaziranga reconnaissent qu’ils ont toujours l’autorisation de tirer à vue sur des personnes alors que le gouvernement nie l’existence d’une telle politique.
   Le WWF Pays-Bas devait être interviewé pour ce programme mais a annulé sa participation sans fournir d’explications. L’organisation est l’un des principaux bailleurs de l’aire protégée de Messok Dja au Congo, qui se développe sans le consentement des populations locales. Messok Dja a récemment fait l’objet d’une enquête par Buzzfeed.
   Survival International, qui depuis des décennies combat les abus contre les droits humains qui ont lieu au nom de la protection de la nature, a contacté des ambassadeurs du WWF, ainsi que des célébrités le soutenant, pour obtenir leurs commentaires.
   Les 100 millions de personnes autochtones et tribales vivant en Inde, connues sous le nom d’Adivasis, ont déjà été secouées par un double choc :
   • Une récente décision de la Cour suprême, actuellement en suspens, a ordonné l’expulsion de plus de 8 millions d’entre eux hors des forêts indiennes.
   • Des plans gouvernementaux pour amender le Indian Forest Act (ensemble de lois destinées à protéger l’environnement) datant de l’ère coloniale, qui ont fuité dans la presse en mars dernier, incluent un vaste projet de militarisation des forêts indiennes; l’autorisation pour le personnel du département des forêts de tirer sur des personnes tout en bénéficiant d’une quasi-immunité qui les mettrait à l’abri de poursuites judiciaires; et la possibilité d’anéantir les droits territoriaux existants des Adivasis.

Les peuples autochtones et tribaux en Inde, au Brésil et en Colombie sont en première ligne de ce que leurs défenseurs appellent «le plus grand assaut mondial contre les droits autochtones depuis 50 ans».

Pour le directeur de Survival International, Stephen Corry, chaque mois semble apporter de nouvelles révélations montrant jusqu’où le WWF est prêt à aller pour promouvoir ‘la conservation-forteresse’. «Les politiques du tir à vue et les programmes de stérilisation des villageois vivant près des parcs nationaux sont les signes d’un mouvement qui, en poursuivant un ordre du jour antihumain intransigeant, a complètement perdu son sens de l’éthique. C’est tragique pour les personnes innocentes qui subissent ces abus – et absolument autodestructeur pour la protection de la nature à long terme.»