29 juin 2018

Migration : océan ou désert

«Qu’on se le dise, l’avenir de l’Europe sera multiculturel. La France, l’Espagne et la Grande-Bretagne ont conquis un monde qui revient sonner à leurs portes.» ~ David Lamy, député à Londres, G.B. (Documentaire Le mirage de Terre des Hommes)  

«Et le monde se brise un peu chaque jour, car l’argent a plus d’importance que les êtres humains.» ~ Pierre Rabhi

Si tu veux dominer
rafle des terres et chasse
les communautés locales.
Fais en sorte qu’elles n’aient
ni toit, ni eau, ni nourriture
et parque-les comme du bétail.
Elles seront à ta merci.
Puis, n’oublie pas de leur dire
que c’est toi qui les «sauveras»
de la famine, avec l’eau, le blé, le riz  
et les ressources naturelles  
...que tu leur as volés.
~ Boudabla, 2017

Changements climatiques, guerres, famines et génocides ne font qu’un. Les denrées alimentaires de base, les biens essentiels et les ressources naturelles sont soumis à la spéculation boursière, et les conglomérats financiers des États-Empires en tirent des profits colossaux qui aboutissent dans les paradis fiscaux. Recette infaillible pour créer davantage de pauvreté.


Accord sur la gestion des flux migratoires par les États membres de l’UE  
Parmi les points de satisfaction pour l’Italie, M. Conte a cité «le principe selon lequel qui arrive en Italie, arrive en Europe», «la possibilité de créer des plateformes de débarquement dans les pays tiers, sous l’autorité du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR)» et celle de «créer des centres [d’accueil] dans les États européens, mais seulement sur une base volontaire, avec une gestion collective européenne». (Agence France-Presse, juin 2018)

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Jetés au désert sans eau, sans nourriture, sans téléphones ni argent. Point final. C’est monstrueux. La cruauté humaine n’a pas de limites. Croyez-vous à l’enfer? Moi oui, et il est vain de le chercher dans un prétendu au-delà, il suffit de regarder autour de soi et partout sur terre.


L’Algérie abandonne des migrants dans le Sahara
L'Algérie a abandonné plus de 13 000 personnes dans le désert du Sahara au cours des 14 derniers mois, y compris des femmes enceintes et des enfants, les expulsant sans eau ou nourriture et les forçant à partir à pied, parfois à la pointe d'une arme. Certains n'en sortent pas vivants.
   Les migrants expulsés doivent affronter une chaleur qui peut atteindre 48 degrés Celsius.
   Au Niger, pays vers lequel la majorité se dirige, les plus chanceux traversent un enfer de 15 kilomètres jusqu'au village frontalier d'Assamaka. D'autres errent pendant des jours avant qu'une équipe de sauvetage de l'Organisation des Nations unies (ONU) ne finisse par les trouver.
   Un nombre incalculable périt; la quasi-totalité de la vingtaine de survivants rencontrés par l'Associated Press a raconté que des membres de leurs groupes avaient simplement été avalés par le Sahara.
   Plusieurs femmes enceintes ont perdu leur bébé en chemin.
   Les expulsions massives de l'Algérie ont repris depuis octobre 2017, quand l'Union européenne (UE) a renouvelé la pression sur les pays d'Afrique du Nord pour qu'ils bloquent les migrants qui veulent traverser la Méditerranée ou rejoindre les enclaves espagnoles au Maroc.
   Le Sahara est un tueur efficace qui laisse peu de traces. L'Organisation internationale pour les migrations estime que pour chaque migrant dont la mort est connue en traversant la Méditerranée, jusqu'à deux sont perdus au désert, soit potentiellement plus de 30 000 personnes depuis 2014.
   Le vaste flux de migrants exerce une pression énorme sur tous les points de la route. (Associated Press 25 juin 2018)

Vidéo :

Marche de l’enfer
L’Algérie ne fournit aucun chiffre pour ces expulsions. Mais le nombre de personnes qui se rendent à pied au Niger augmente depuis que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a commencé à compiler des chiffres en mai 2017, quand 135 personnes ont été laissées à l’abandon, jusqu’à 2888 en avril 2018. Au total, selon l’OIM, 11 276 hommes, femmes et enfants ont survécu à la marche.
   Au moins 2500 autres migrants ont été forcés d’effectuer une randonnée similaire vers le Mali voisin, et un nombre indéterminé a succombé en cours de route.
   Les migrants à qui l’Associated Press a parlé ont décrit avoir été rassemblés par centaines, entassés dans des camions pendant des heures jusqu’à ce qu’on appelle «Point Zero», puis abandonnés dans le désert en direction du Niger. Ils commencent alors à marcher, parfois sous la menace d’une arme.
~ Lori Hinnant Associated Press à Assamaka, 26 juin 2018

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Photo AFP / Alberto Pizzoli 

Crise des migrants en Europe
Ils sont de plus en plus nombreux à risquer leur vie pour atteindre l’Europe, terre d’exil et d’espoir, la plupart fuyant la guerre en Syrie.
   En 2015, 1,25 million de réfugiés ont demandé l’asile à l'Union européenne. Plus de 3500 sont morts dans leur exil, la plupart noyés lors de la dangereuse traversée de la mer Méditerranée.
   Devant ce flux incessant de civils, les pays européens n’ont pas réussi à coordonner leurs efforts. Plusieurs ont fermé leurs frontières, ce qui a entraîné le blocage de milliers de migrants en Grèce, entassés dans des camps de réfugiés. Et, depuis peu, l'Europe a commencé à renvoyer des centaines d'entre eux vers la Turquie après une entente de principe conclue le 20 mars 2016.
http://ici.radio-canada.ca/sujet/crise-migrants-europe

24 juin 2018

«Amnésie, mensonge et omission»

On ne connaît pas le motif occulte et profond de la haine de Pierre E. Trudeau envers les «canadiens-français». Reconnu pour son mépris envers eux, il ne ratait pas une occasion de ridiculiser ce qu’il appelait leur lousy-french – le français pouilleux parlé au Québec.  
   «Les Québécois sont des pas-d’allure et des placoteux (bavards) qui parlent un lousy-french de bécosses (latrines).» ~ P. E. Trudeau
   À l’époque tous les Québécois s’étaient sentis injuriés, sauf les personnes qui se gargarisaient avec la langue académique. L’irrespect de Trudeau envers les ‘french-pea-soup’ a laissé des marques de griffes indélébiles... c’était sa façon de nous déshumaniser.

Que dirait Pierre E. Trudeau du français plutôt lousy de Justin? Hum, le fils est rarement capable de formuler des phrases simples complètes (oublions les complexes!) qui ont un sens. Quelques règles élémentaires – la phrase doit : 
– avoir un sens
– comporter l’énoncé complet d’une idée
– contenir un sujet, un verbe et un prédicat (ce qu’on a à dire du sujet)
– avoir une structure complète
– inclure au moins un verbe à mode personnel.

L’histoire se répète : 50 ans après l’émeute du défilé de la Saint-Jean de 1968 (le lundi de la matraque) auquel assistait P.-E. Trudeau, Justin s’est fait apostropher au parc Jarry (dans sa propre circonscription). L’homme lui a demandé s’il était venu lui parler en anglais. Il lui a ironiquement fait remarquer que sa fête (la Fête du Canada) aurait lieu la semaine prochaine. Il a ensuite reproché à M. Trudeau «d’être venu nous narguer chez nous». «Je suis chez moi», a répliqué le premier ministre. Il a ensuite sermonné l’homme en disant que «l’intolérance n’avait pas sa place au Québec». L’individu a rapidement été éloigné par les gardes du corps de M. Trudeau. 

Ironique, non?

«L’intolérance des tolérants existe, de même que la rage des modérés.»
~ Victor Hugo 

Il y a 50 ans, l’émeute de la Saint-Jean

Par Jean-François Nadeau
Le Devoir | 23 juin 2018

[...] Célibataire, figure de l’intellectuel antiduplessiste, millionnaire, Trudeau est en quête du pouvoir, suivi par deux de ses compagnons, le syndicaliste Jean Marchand et le journaliste Gérard Pelletier. La trudeaumanie bat son plein. Les nationalistes québécois découvrent en lui un adversaire farouche. [...]
   En mai, Trudeau affirme à Sherbrooke que les Québécois ont vécu 100 ans de bêtises.
   Or, ce printemps-là, en pleine campagne électorale, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal croit bon d’inviter Trudeau au grand défilé du 24 juin. Après tout, à titre de successeur de Lester B. Pearson, il occupe les fonctions de premier ministre officiellement depuis le 20 avril 1968.

Source de la photo : Le Devoir 

Pour l’événement, une estrade d’honneur est dressée. Les dignitaires sont regroupés devant la bibliothèque centrale de la ville de Montréal, rue Sherbrooke. [...]
   Un peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme. Sur le toit de l’édifice de granit gris, des vigies en armes montent la garde, jumelles à la main.
   Le pire a non seulement été envisagé, il semble avoir été envisagé comme inévitable.
   Pourquoi Trudeau tient-il à se présenter à cette fête nationale alors qu’il ne cesse de nier l’existence de cette nation? [...]
   Pendant les semaines qui précèdent l’événement, le Rassemblement pour l’indépendance nationale et son président, Pierre Bourgault, ne cessent de dénoncer en tout cas le contresens que représente cette présence de Trudeau. De la provocation, disent-ils.
   Les indépendantistes ont l’intention de bien faire connaître leur opposition. Mais l’affaire tourne court le jour de l’événement. Prévenues d’éventuels débordements, les forces policières sont massées sur place. Ces policiers sont pour l’immense majorité des patrouilleurs. Ils ne sont en aucune façon entraînés pour ce type de manifestation. [...]
   Sitôt arrivé sur les lieux, Pierre Bourgault est porté à bout de bras par des militants. ... À peine arrivé, Bourgault est donc arrêté. Comme des dizaines de manifestants en sang, Bourgault est poussé vers un fourgon. La police n’y va pas avec le dos de la cuillère. [...]

Photographe : Antoine Desilets (source Le Devoir)

Au même moment, des bouteilles et divers projectiles sont lancés sur l’estrade officielle, plus ou moins en direction de Trudeau. Tout le monde est vite invité à quitter les lieux pour des raisons évidentes de sécurité. Mais Trudeau, par calcul sans doute autant que par tempérament, refuse de quitter sa place. Cette image va donner dans le reste du Canada l’impression d’un homme fort capable de «remettre le Québec à sa place». [...]
   Bilan de la soirée : au moins 123 blessés, dont 43 policiers. Une douzaine d’autopatrouilles ont été endommagées. Six chevaux canadiens de l’escouade de cavalerie de la police ont été blessés. [...]
   À la télévision d’État, le reporter envoyé sur le terrain, Claude Jean Devirieux, décrit le chaos : «La répression a été sauvage. Ceci n’est pas un jugement de valeur, j’ai vu des policiers frapper des jeunes gens de façon fort sauvage.» Il sera lui-même frappé.
   Si la manifestation n’empêche en rien Pierre Elliott Trudeau de devenir premier ministre le lendemain, elle marque néanmoins une vive opposition à un fédéralisme dont il se fait l’apôtre. [...]

Article intégral (et photos) :

Le traité des beaux perdants

Par Serge Bouchard - 06/04/2018
Notes de terrain (Québec Science)

Cet hiver, je suis loin du terrain, des routes glacées, des motels et des soupes du jour.

Je reste en ville, replié comme Montaigne dans sa tour, ce qui me permet de me concentrer sur mes émissions de radio, de lire, d’écrire, de faire le point. Je ressasse de vieilles affaires, des projets, des bribes; je regarde en arrière, je regarde en avant. Disons que je me recueille à l’intérieur d’une routine bien réglée. Toutefois, je voyage à ma manière, dans le temps et dans toutes sortes d’univers; qui donc saurait contenir son esprit ? Je suis justement en train d’écrire une préface pour un ouvrage de l’économiste Ianik Marcil, L’élan vers l’autre. Avec lui, j’aborde la réalité des marginaux  et des laissés-pour-compte du néolibéralisme; je touche les différents visages de la souffrance humaine. La rédaction de cette préface est pour moi l’occasion de replonger dans le Traité des vertus II de Vladimir Jankélévitch, des pages de virtuosité philosophique à propos de l’amour, en passant par la pauvreté et la mendicité, l’humilité et l’humiliation.

Par association d’idées, je me suis retrouvé chez les Beautiful Losers de Leonard Cohen, un roman écrit au milieu des années 1960 alors que le jeune auteur n’était pas encore célèbre. Les perdants magnifiques sont une quête mystico-érotique qui réunit les trois (et non deux) peuples fondateurs autour du personnage de Kateri Tekakwita, la sainte iroquoise morte à 24 ans à Kahnawake, victime de ses propres mortifications. Triangle tour à tour amoureux et belliqueux où un Anglo de Montréal, un Canadien français séparatiste et une Autochtone dépossédée se disputent une identité, un rôle dans l’histoire. Époque oblige, le récit fait dans le registre psychédélique. Sexe expérimental, pulsions hallucinées, violences spirituelles; je ne saurais vous dire combien je reconnais le climat de ma jeunesse. Bien que j’aie toujours été un grand fan de l’artiste, j’avoue ne pas avoir remarqué ce livre à sa sortie. Pourtant, le roman met au premier plan un anthropologue passionné d’«amérindianité». Un détail qui aurait pu piquer ma curiosité. Spécialiste de l’énigmatique tribu des «A…», le personnage est veuf d’une femme qui en était la dernière représentante. Un peu comme l’était Shanawditith, la dernière des Béothuks de Terre-Neuve, prise en charge à la fin de sa jeune vie par un explorateur philanthrope et dont j’ai raconté l’histoire, ainsi que celle de Kateri Tekakwita, dans ma série Les remarquables oubliés à la radio de Radio-Canada, laquelle aurait tout aussi pu s’intituler Les perdants magnifiques!

Où l’on voit que le triangle historique entre le Français, l’Anglais et l’Amérindien, ces trois solitudes, n’aura jamais fini de nous hanter. Je cherche d’ailleurs à savoir depuis plusieurs années qui a vraiment gagné la bataille de la Monongahela en 1755


L’histoire officielle dira que ce sont les Français, dirigés par le capitaine de Beaujeu – l’officier responsable du fort Duquesne (Pittsburgh aujourd’hui) –, qui auraient écrasé la colonne britannique du général Braddock, une armée de 2 300 soldats et miliciens. Pourtant, les Français ne faisaient pas le poids, de Beaujeu ne disposant que de 200 soldats, sinon moins. Selon Les mémoires d’Augustin Grignon, un vieillard de la Butte des Morts au Wisconsin, de Beaujeu était paralysé par la peur et ne voulait pas engager le combat. Le poste aurait bel et bien été perdu, n’eût été l’intervention de 1 300 Indiens coalisés, Menomines, Potawatomis, Wendats, Chouanons et Ottawas, réunis et commandés à Monongahela par le Métis franco-ottawa Charles Langlade et par l’Ottawa Pontiac. Ces deux derniers comptaient aussi sur 400 Canadiens français, explorateurs et coureurs des bois. Ils se battirent à l’indienne, en embuscade, comme de véritables guérilleros. Selon Grignon, petit-fils de Charles Langlade, ce sont les Indiens, les Métis francophones et les «coureurs de bois ensauvagés» qui humilièrent les Britanniques. Ce qui ne sera jamais reconnu, et encore moins admiré, ni par les Anglais ni par les Français, orgueil oblige. Cette journée-là de 1755, près de Pittsburgh, les «perdants magnifiques» ont gagné, sans que l’histoire n’en prenne note. Ils auront beau triompher, les perdants, leurs victoires seront toujours défaites par l’amnésie, le mensonge et l’omission.

Entre Cohen, Jankélévitch, Ianik Marcil et le vieux Grignon, je ne peux pas dire que je m’ennuie, retranché dans ma tour.

22 juin 2018

Chaos «Made in USA»

Bible en main, les membres et conseillers du cabinet Trump envoient allègrement tout le monde en enfer (Peter Navarro a promis à Justin Trudeau un endroit spécial en enfer). Parfois on a envie de leur retourner les vœux : mes pensées de sincère dégoût, et damnation éternelle au feu de l’enfer tel que les croyants le décrivent... pour les atrocités commises envers les familles de migrants.

Photo AFP. Comme dans un chenil... La voix baryton d'un des agents de police aux frontières tonne par-dessus les pleurs des enfants et plaisante : «Et bien, c'est un concert ici! Il ne manque plus qu'un chef d'orchestre.»

Qu’est-ce que la déshumanisation?
Sherry Hamby Ph.D. | The Web of Violence | Psychology Today June 21, 2018

Lorsque vous voyez le président ou d'autres politiciens utiliser des termes comme «animaux» ou, pire encore, «infestation» (un terme habituellement réservé aux insectes), ils se livrent à de la déshumanisation. Les gens utilisent la déshumanisation pour justifier la cupidité, la violence et les abus. Même si la déshumanisation est plus associée au nationalisme de droite, d'autres utilisent parfois un langage déshumanisant.
   La déshumanisation est l'une des huit formes du «désengagement moral» décrites par le psychologue Albert Bandura. Les humains sont capables de crimes terribles, et la civilisation a développé des moyens d'inhiber l'agression. Cependant, nous n'avons pas éliminé la violence, en partie à cause des techniques de création d'excuses (fausses) et de justifications des comportements immoraux. Toutes les techniques de désengagement moral sont des astuces pour amener les gens à accepter des comportements qu'ils reconnaîtraient spontanément comme immoraux et injustes. Par exemple, en supposant que la plupart des gens ne sont pas de grands fans de la maltraitance des enfants, la déshumanisation et d'autres stratégies de désengagement moral sont utilisées pour inciter les gens à accepter la maltraitance des enfants. Les manipulateurs le font pour sécuriser le pouvoir ou le gain financier.
   La déshumanisation implique de redéfinir les cibles des préjugés et de la violence en les faisant paraître moins humains (c'est-à-dire moins civilisés ou moins sensibles) que les autres. La stratégie classique pour cela est d'utiliser des termes comme «animaux» et «vermine». Appeler les gens des «illégaux» est aussi déshumanisant. Vous verrez la déshumanisation à l’oeuvre dans la plupart des atrocités à grande échelle ou les génocides commis par les gouvernements, les militaires ou les terroristes. Le but principal est d'amener les gens à accepter ou même à s'engager dans des comportements qu'ils savent être condamnables. [...]
   Il y a moins de recherche sur les causes du désengagement moral (par opposition à la façon dont le désengagement moral est une cause de violence et de préjugés), mais il existe des chemins bien établis. La manipulation, politique ou autre, dans certaines circonstances, peut faire basculer les gens dans un tribalisme «nous contre eux». [...]
   Vous ne pouvez pas combattre la déshumanisation par la déshumanisation. Pour ceux qui sont horrifiés par la déshumanisation qui a mené les enfants dans des cages à la frontière et les défenseurs des droits civiques, il est important de ne pas laisser cette horreur les déshumaniser. Par exemple, certains éléments du mouvement antifa utilisent aussi le désengagement moral pour harceler certaines personnes. Les agents de la patrouille frontalière qui arrachent les enfants à leurs parents et les sympathisants néo-nazis qui prônent le racisme sont également des humains. Nous pouvons condamner leurs comportements sans les appeler des «monstres». [...]

Article intégral en anglais :

Il peut être difficile de considérer certains grands criminels, politiques ou autres, comme des humains...

Des États américains engageront une poursuite contre l’administration Trump pour sa politique migratoire

Agence France-Presse | 21 juin 2018

Une dizaine d'États américains, dont la Californie, Washington et le New Jersey, vont poursuivre l'administration Trump pour sa politique migratoire après la séparation de milliers de familles entrées illégalement sur le territoire américain, a annoncé jeudi le procureur général de l'État de Washington.

«C'est une politique aberrante, cruelle et anticonstitutionnelle» et «nous allons y mettre un terme», a déclaré Bob Ferguson dans un communiqué.
   Plus de 2300 enfants et adolescents ont été séparés de leurs parents depuis le début du mois de mai, après l'arrestation de ces derniers pour avoir illégalement traversé la frontière avec le Mexique. Devant l'indignation mondiale suscitée par cette politique et le malaise au sein même de son parti, Donald Trump a signé mercredi un décret mettant fin à ces séparations.
   L’incertitude demeure toutefois sur le sort des mineurs arrachés à leurs parents et sur la façon dont ils pourront être réunis.
   M. Ferguson a dénoncé «l'incertitude» et le «chaos» créés par la politique de séparation des familles, mais aussi par le décret signé mercredi qui «cherche à détenir de manière indéfinie les enfants et leurs parents et continue à poursuivre pénalement les demandeurs d'asile».
   Le responsable dénonce aussi les «conditions inhumaines et horribles» dans les centres de détention de la police de l'immigration et des frontières, et il s'insurge contre le manque de contact – parfois pendant des semaines – entre les mères et les enfants dont elles ont été brusquement séparées à la frontière.
   Parmi les États qui se sont associés à la plainte figurent le Massachusetts, le Maryland, le Nouveau-Mexique, la Pennsylvanie, l'Iowa et l'Illinois.
   Bob Ferguson a dit s'attendre à ce que d'autres États les rejoignent.
   L'État de Washington est l'un de ceux qui se sont montré les plus agressifs, aux côtés de la Californie et de New York, contre l'administration du président républicain Donald Trump, engageant notamment des poursuites contre le décret migratoire empêchant l'entrée sur le territoire américain des ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane.
   L'administration Trump a de son côté poursuivi la Californie pour sa politique d'État «sanctuaire», qui permet aux autorités locales de refuser de coopérer avec les autorités migratoires au sujet de sans-papiers n'ayant pas commis de crimes sérieux.


Qu’arrivera-t-il aux milliers d’enfants de migrants déjà séparés de leurs parents?


L'eldorado d'El Paso : le risque calculé d’une migrante du Guatemala

Reportage de Sophie Langlois | Publié le jeudi 21 juin 2018

L'atteinte de la frontière américaine représente pour plusieurs migrants la fin d'un long et douloureux périple ainsi que d'énormes sacrifices pour protéger leur progéniture. Pour certains, le risque d'être séparé de son enfant une fois aux États-Unis est bien moindre que celui de vivre dans la peur.

Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois. Marisol, bracelet électronique au pied.

C'est le pari qu'a fait une mère guatémaltèque. Elle a raconté sa poignante histoire à Sophie Langlois, notre envoyée spéciale à El Paso, au Texas. (Vidéo/interview)

Marisol, 21 ans, est mère de deux enfants. Elle a décidé de quitter le Guatemala à la mi-mai, accompagnée seulement de son fils, qui n’a pas encore 1 an.
   La raison de son départ : les menaces et les dangers qui pèsent contre elle dans son pays d’origine. Marisol travaillait dans une boutique lorsqu’un groupe de criminels s’y est engouffré et a commis un vol à main armée. Depuis ce jour, elle était soumise sans relâche à des attaques de cette même bande. Et ils ne s’en prenaient pas qu’à elle. En allant chercher sa fille Genesis, âgée de 3 ans, à l’école, elle les a aperçus, tout près. D’une voix brisée, Marisol explique qu’ils ont cassé le bras de son enfant.

Le voyage

Terrorisée, Marisol décide alors de fuir le Guatemala. Elle entreprend son long périple vers le nord, vers la terre promise : les États-Unis d’Amérique. Le voyage durera deux semaines. Deux longues semaines parsemées d’embûches.
   Dans l’État du Chiapas, au Mexique, des voyous la prennent, son bébé et elle, en otage. Son calvaire durera trois jours. Ses ravisseurs réclament de l’argent de sa mère, qui est restée au Guatemala avec sa fille de 3 ans.
   Le 10 juin dernier, Marisol atteint enfin son objectif : la frontière américaine. La ville d’El Paso, au Texas, porteuse d’espoir, se dresse devant elle. Elle connaît la suite des choses. Elle sait fort bien qu’elle risque d’être séparée de son garçon. Mais elle y voit un risque bien moins grand que celui de vivre constamment dans la peur d’être tuée ou de voir l’un de ses enfants attaqués dans son pays natal.

À la frontière

Lorsque Marisol traverse la frontière, elle est immédiatement mise en détention avec son petit garçon. Elle raconte que pendant les 24 prochaines heures, des officiers la bombarderont de questions afin d’évaluer à quel point son bébé dépend de sa mère.
   «Quand je suis arrivée, raconte-t-elle, ils m'ont demandé si le bébé était nourri au sein. J'ai répondu oui et ils m'ont demandé s'il pleurait beaucoup. J'ai dit oui, parce qu'il n'avait personne d'autre. Ils m'ont alors dit qu'il serait mieux avec moi et qu'on ne nous séparerait pas.»
   Au bout du long interrogatoire, elle est finalement relâchée. On lui installe un bracelet électronique au pied. Mais peu importe. Le plus important est fait. Les États-Unis ont accepté de traiter sa demande d’asile.

Le refuge

Aujourd’hui, Marisol habite dans un refuge pour migrants illégaux en attendant de connaître son sort. Lorsqu’on lui demande quel est son rêve, ses espérances en sol américain, de grosses larmes perlent sur ses joues.
   «J’ai hâte d’avoir mon permis de travail pour faire venir Genesis [sa fille de 3 ans qui est au Guatemala]. Je rêve qu’ils puissent aller à l’école, sans avoir toujours la peur au ventre comme moi.»

Mercredi, le président Donald Trump a signé une directive ordonnant aux autorités américaines de ne pas séparer les familles de migrants arrêtés après avoir illégalement franchi la frontière. Mais la politique de «tolérance zéro» est toujours en vigueur, et le sort des enfants qui sont séparés de leurs parents depuis deux mois n'est pas réglé pour autant.

Notre journaliste a constaté que les refuges pour familles de migrants à El Paso sont débordés. Ils sont aussi extrêmement difficiles d’accès. La présence de caméras est interdite à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments. Nous devons donc protéger l’identité de Marisol et de son enfant en cachant leurs visages.

21 juin 2018

Journée internationale de la confusion

Dure journée pour le ministre de la Santé

Notre ministre de la Santé, M. Gaétan Barrette, est reconnu pour son manque de tact, pas seulement envers les autochtones, d’ailleurs. Il n’a jamais appris à tourner sa langue sept fois avant de faire des déclarations pouvant soulever l’indignation et la colère chez les personnes directement ou indirectement visées. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Ne nous leurrons pas, il est vrai que beaucoup de communautés autochtones rencontrent des problèmes liés à l’abus de drogues et d’alcool – ce que les communautés reconnaissent elles-mêmes. C’était peut-être une remarque basée sur des résultats de recherche. Cependant, pourquoi tourner le fer dans la plaie?

Dr Barrette : à l’avenir, pensez avant de parler et
«N’essayez pas de vous justifier, y’a que les menteurs qui font ça.» (Capitaine Marleau)

ICI Radio Canada / Espaces autochtones; 21 juin 2018 – Plus tôt ce mois-ci, lors d’un événement qui se déroulait dans sa circonscription de La Pinière, en Montérégie, le ministre avait indiqué qu’il pourrait toujours être interdit à certains parents d’accompagner leurs enfants à bord des avions-ambulances, malgré une récente modification à cette politique. «[Je] garantis que d’ici six mois, il y aura au moins une personne qui se verra refuser la permission de monter à bord d’un avion-ambulance», avait-il affirmé. «Si votre enfant doit être transporté, que vous êtes le parent et que vous êtes agité ou intoxiqué, vous ne pourrez pas monter dans l’avion.»
   «Je m'excuse que mes propos aient offensé les communautés autochtones. Jamais je n'ai eu l'intention de les viser dans les explications que je donnais. J'ai le plus grand respect envers les communautés autochtones. […] Encore une fois, je suis désolé si mes propos ont blessé qui que ce soit. Ce n'était pas mon intention.» Le ministre Barrette a également précisé, comme il l’avait fait plus tôt à RDI Matin, que ses commentaires ne visaient pas précisément les Autochtones et que les règles de sécurité sont les mêmes pour tous. «Si une personne est agitée, intoxiquée ou malade, elle ne montera pas dans l’avion», a-t-il dit en entrevue, jeudi matin, rappelant que ce type de situation «arrive régulièrement» dans des avions commerciaux au pays ou dans le monde.

Allons chez nos voisins – parfois quand on se compare, on se console...

Je vous suggère de visiter le site The Intercept pour un compte-rendu «équitable» au sujet des plus récentes politiques américaines et internationales. https://theintercept.com/


Au moins une histoire qui finit bien. D’autres n’auront malheureusement pas cette chance.

The Intercept -- Ajoutée le 21 juin 2018

A Guatemalan woman whose child was taken from her last month by immigration authorities in Texas after coming to the U.S. seeking asylum was released after 38 days in detention last week. Immediately after being freed, she went to the federally funded facility that was managing her 5-year-old son's care and recovered him.
   Immigrants’ rights activists and attorneys believe this is the first such family at least in Texas to be separated and then reunited since Attorney General Jeff Sessions announced on May 7 that migrant parents and their children at the border would be split up and the children put into government holding centers and foster care. On June 19, a Border Patrol spokesperson told reporters that 2,342 children were taken from their parents between May 5 and June 9 as a result of the "zero tolerance" “prosecution initiative.” There is poor coordination between Customs and Border Patrol, which takes the children, and the Office of Refugee Resettlement, which puts them into shelters and foster care. As a result, many parents and children don’t know one another’s whereabouts. Mothers and fathers are being deported while their sons and daughters remain in the U.S. The Guatemalan woman and her child were luckier.


The Intercept channel:

Détention des jeunes migrants, méthode Gina Haspel

«Gina Haspel a participé à un programme de torture l'autorisant à frapper une femme enceinte (innocente) à l’abdomen, à introduire dans l’anus d’un prisonnier le repas qu’il refusait de manger, et à congeler un prisonnier enchaîné jusqu'à ce qu’il en meurt. Elle a personnellement ordonné la destruction de 92 enregistrements de tortures réalisées par la CIA.» (Edward Snowden, 18 mai 2018)

Des adolescents incarcérés dans un centre de détention juvénile de Virginie disent avoir été menottés et battus

Michael Biesecker, Jake Pearson and Garance Burke / The Associated Press

WASHINGTON Des enfants immigrés de 14 ans hébergés d’un centre de détention juvénile en Virginie disent avoir été battus, menottés et enfermés pendant de longues périodes en cellule d'isolement, laissés nus et grelottant dans des cellules de béton.

Les plaintes pour abus contre le Shenandoah Valley Juvenile Center près de Staunton, en Virginie, sont détaillées dans les documents de la Cour fédérale qui comprennent une demi-douzaine de déclarations sous serment d'adolescents latinos emprisonnés-là depuis des mois ou des années. Plusieurs détenus disent que les gardes les ont dépouillés de leurs vêtements et les ont attachés à des chaises avec des sacs sur leurs têtes.

«À chaque fois qu'ils m’attachaient à la chaise, ils me menottaient», a déclaré un immigrant hondurien qui a été envoyé à l'établissement à l'âge de 15 ans. «Vous êtes attaché des pieds à la poitrine, et vous ne pouvez pas vraiment bouger. ... Ils ont un contrôle total sur vous. Ils vous mettent également un sac sur la tête avec de petits trous pour voir à travers. Mais vous suffoquez avec ce sac.»

En plus des récits des enfants eux-mêmes, traduits dans les dossiers judiciaires, un ancien spécialiste du développement de l'enfant qui travaillait à l'intérieur de l'établissement a dit de façon indépendante à l'Associated Press cette semaine qu'elle avait vu des enfants avec des ecchymoses et des fractures qu’ils attribuaient aux gardes. Elle a préféré garder l'anonymat parce qu'elle n'est pas autorisée à parler publiquement des cas des enfants. 
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Article intégral en anglais – Truthdig

20 juin 2018

La liberté en déroute

La Journée mondiale des réfugiés – c’est du quotidien depuis des décennies. Personne ne veut être un réfugié, personne.  


Dernière heure – Sous la pression venant des quatre coins des États-Unis et du monde, l’administration Trump met fin au supplice des familles de migrants. «Cela me tient particulièrement à cœur. [...] Nous n’aimons pas voir des familles séparées», a affirmé Trump en signant le décret mettant fin à cette pratique qui lui a valu une avalanche de critiques, y compris au sein de son propre camp. «Nous allons avoir des frontières très fortes, mais nous allons garder les familles ensemble», a encore dit le président américain qui a lui-même décrété début mai une «tolérance zéro» sur l’immigration illégale qui s’est traduite par la séparation des familles. (Agence France-Presse)
   Une bonne nouvelle parmi le lot quotidien de mauvaises nouvelles qui viennent de nos voisins. En espérant que Trump ne fasse pas volte-face – c’est une manie. Néanmoins, les familles continueront de se retrouver encagées dans centres de détention ou des villages de tentes. Plusieurs enfants n’ont même pas d’identité, comment pourrait-on les ramener à leurs parents, si ces derniers ont déjà été expédiés dans leur pays d’origine? Deviendront-ils la propriété de l’État? En fera-t-on des esclaves?
   S’indigner, contester et manifester, donne parfois des résultats, mais ne remisons pas les pancartes.

Illustrateur : Francesco Bongiorni, Madrid, Espagne
 
Si tu vis dans un pays où tout marche relativement bien, t’as pas besoin de chercher refuge ailleurs. Beaucoup de migrants quittent leur pays pour fuir la misère et aider leurs familles, même au risque de mourir. Certains sont parfois kidnappés et vendus à des réseaux clandestins d’esclavage et de prostitution. «Chaque jour de nouvelles personnes disparaissent. Il y a une immense souffrance au sein de centaines de milliers de familles. Je crois que nous devrions être une armée à rechercher les disparus. Il n’existe pas de douleur plus grande que la disparition d’un être cher, d’un enfant», dit l’enquêteur. «Si je devais disparaitre je voudrais qu’on me cherche. Qu’on aide ma mère à me trouver.»
Ce documentaire est bouleversant.


Mexique : La recherche des migrants disparus – ARTE Reportage
L'histoire d'un homme à la recherche des migrants latino-américains disparus sur la route des États-Unis. Réalisation : Alex Gohari et Léo Mattei, montage Matthieu Besnard. NovaProdTv 14 févr. 2018


Des déplacements de populations sans précédent

Selon le rapport annuel de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, les guerres, les violences et la persécution ont propulsé les déplacements forcés dans le monde vers un nouveau record, avec 68,5 millions de personnes déracinées en 2017, soit une toutes les deux secondes, soit environ la population de la Thaïlande.
   Le terme «réfugié» fait référence à toute personne qui, «craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner», d'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
   Les réfugiés qui ont fui leurs pays pour échapper au conflit et à la persécution représentent 25,4 millions sur les 68,5 millions de personnes déracinées, soit un accroissement de 2,9 millions par rapport à 2016 et aussi la plus forte augmentation jamais enregistrée par le HCR pour une seule année. Parallèlement, le nombre de demandeurs d’asile qui étaient toujours en attente de l’obtention du statut de réfugié au 31 décembre 2017, a augmenté d’environ 300 000 pour atteindre 3,1 millions. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont au nombre de 40 millions, soit un peu moins que les 40,3 millions de déplacés internes en 2016, et les pays en développement sont les plus affectés.


Insécurité politique, économique. Et climatique – les réfugiés environnementaux sont des personnes exposées à des catastrophes naturelles (montée des eaux, avancée des déserts), qui ne sont pas considérés comme des réfugiés même s’il s’agit de déplacements forcés : leur nombre est estimé à 40 millions et risque fort, sans mesures pour contrer les effets du changement climatique, de se multiplier à l’avenir.
   Les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les coulées de boue, ainsi que le phénomène géologique appelé doline (sinkhole) ne sont pas des «actes de Dieu». Le plus souvent ce sont des répercussions des activités humaines, telles que le forage, la fracturation hydraulique et le minage. Les dolines peuvent être corrélées aux pratiques d'utilisation des sols, en particulier au pompage de l'eau souterraine, et aux pratiques de développement et de construction. Elles peuvent aussi se former lorsque les structures naturelles de drainage de l'eau sont modifiées et que de nouveaux systèmes de déviation sont créés. D’autres se forment quand le sol est modifié, comme lorsque l'industrie crée des bassins de stockage/ruissellement. Le poids considérable du nouveau matériel peut déclencher un effondrement souterrain des supports. Tout ce que l’homme construit est éphémère et voué à la destruction ou à l’effondrement, surtout quand il construit sur du remblaiement de sable parce que ça coûte moins cher... Mais, le climat joue un rôle – par exemple, avec les longues périodes de sécheresse suivies de pluies torrentielles et persistantes, on peut facilement prédire que de tels incidents seront de plus en plus fréquents dans le futur à mesure que le climat de la terre change.
   Enfin, la surpopulation – la planète a ses limites en matière d’hébergement. Encourager la planification et la limitation des naissances, en particulier dans les pays où l’on se reproduit comme des lapins en raison de croyances religieuses ou superstitieuses, aurait pu freiner l’explosion démographique. Mais, les tyrans préfèrent les guerres et les génocides.

Le mythe du progrès
Nicolas Casaux

«“Ils ne valaient pas mieux que des chiens“, déclarait en 1835 le révérend Williams Yates, “et vous n’agissiez pas plus mal en tirant sur eux qu’en abattant un chien qui aboie après vous“. Justifiant l’utilisation du fouet, l’un des premiers colons dans l’ouest de l’Australie notait pour sa part : “Rappelons-nous qu’un natif avait un cuir et non une peau ordinaire comme les êtres humains ordinaires“. Les cadavres des Aborigènes abattus étaient suspendus aux branches des arbres et servaient d’épouvantails. “Leur destinée est d’être exterminés et le plus tôt sera le mieux“, écrivait en 1870 Anthony Trollope. En 1902 encore, un élu, King O’Mally, pouvait se lever au Parlement et déclarer froidement : ”Il n’existe aucune preuve scientifique que l’aborigène soit même un être humain”.» ~ Wade Davis, Pour ne pas disparaître (Albin Michel, 2011)

Cette description de la manière dont les Aborigènes d’Australie étaient considérés jusqu’à il n’y pas si longtemps et sont encore considérés par certains en évoque bien d’autres. La plupart des peuples «sauvages» du continent africain (Pygmées, Sans, etc.), de l’Amérique, de l’Asie et des autres continents du globe, ont été perçus de la sorte par les dirigeants des nations dites «civilisées». Leurs cultures étaient considérées comme des sous-cultures, des arriérations.

«Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.» Nicolas Sarkozy, 26 juillet 2007

Artiste inconnu. Même drame, seuls les gens et les décors changent.

Et puis, au cours du XXe siècle, cette perspective raciste, paternaliste et suprémaciste a progressivement laissé place à une perspective plus respectueuse. Les cultures dites «civilisées» ont cessé du moins en partie, disons que la perspective officielle de la Science civilisée a cessé, mais pas les Sarkozy du monde de considérer ces peuples comme des arriérés, des populations (au mieux) jamais sorties de l’enfance de l’humanité, «préindustrielles» ou «précapitalistes» (dans le sens où elles n’avaient pas encore inventé la bombe atomique, le Roundup, la centrale nucléaire et la Rolex, mais qu’elles allaient un jour y parvenir, car tel était le destin et l’unique voie de développement de l’humanité).
   La nouvelle perspective officielle stipulait que ces peuples avaient simplement choisi des modes d’existence différents, tout aussi valides que les nôtres que LE nôtre en réalité : le «développementisme-civilisé» qui, loin d’être valide, constitue la catastrophe socio-écologique que l’on sait (ou que l’on devrait savoir).
   Or de Prachuap Khiri Khan à Marseille, de New-York à Tokyo, de Hong-Kong à Lagos, de Buenos Aires à Phnom Pen et de Kuala Lumpur à Casablanca, les êtres humains partagent désormais en grande partie si ce n’est totalement les mêmes coutumes, les mêmes croyances, les mêmes morales, les mêmes habitudes. C’est-à-dire que d’un bout à l’autre de la planète, une seule et même culture s’est imposée, et s’impose, celle des fausses démocraties (ou des vraies dictatures), de la voiture, des routes, du travail en usine pour les mêmes multinationales ou les mêmes banques, celle de la télévision, des smartphones, des ordinateurs et des écrans partout, celle de Facebook, Instagram, Amazon, Google, Apple, HSBC, Goldman Sachs, Monsanto, Total, ExxonMobil, BASF et Dow Chemical.
   Et non, le fait que subsiste encore une mince surcouche de folklore (cuisine, musique, vêtements, etc.) issu des cultures qui existaient auparavant en chacun de ces endroits ne permet certainement pas d’affirmer, par exemple, que le Japon a préservé sa culture parce qu’on y mange des sushis (qu’on peut désormais manger à Paris ou à New-York, et n’importe où dans la civilisation industrielle, ou presque). Ce folklore, qui n’a parfois plus rien de pittoresque (comme l’illustre l’internationalisation des sushis), ne sert plus que d’argument de vente pour le tourisme mondialisé, qui est le même partout.
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   Ainsi que le formule Wade Davis : «Il s’agit de trouver une inspiration et un réconfort dans l’idée qu’il existe des chemins différents du nôtre et que notre destinée n’est donc pas écrite à l’encre indélébile sur un ensemble de choix dont il est prouvé scientifiquement et de manière démontrable qu’ils ne sont pas les bons.»

Le mythe du progrès et la toxicité de la monoculture mondialisée


Le progrès dans tous ses états…
Daniel Laguitton

Si le passé n’est jamais garant de l’avenir, savoir d’où l’on vient n’en est pas moins utile pour comprendre un peu mieux où l’on va. Cela vaut pour les individus comme pour les sociétés et le «Connais-toi toi-même» inscrit quatre siècles avant notre ère sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes semble indiquer que ce constat ne date pas d’hier. Ignorer son histoire est en effet une forme d’oubli de soi-même qui s’accompagne, chez l’Homo sapiens, d’un mal-être et d’une quête identitaire qui le rendent particulièrement vulnérable à une multitude d’identités d’emprunt comme les modes vestimentaires ou culturelles, les manies et phobies en tous genres, les psychotropes, le fanatisme politique et idéologique, les carrières valorisantes aux yeux des autres, le prestige de l’uniforme, etc. En rendant identiques ceux qui le portent, l’uniforme renforce bien sûr l’identité au sens de similitude et peut créer un sentiment d’appartenance, mais l’habit ne fait quand même pas le moine. L’attrait de tous les palliatifs identitaires est l’illusion qu’ils procurent d’être «in» sans pour autant cesser de se sentir viscéralement «out». L’adolescence est une période particulièrement vulnérable aux emprunts identitaires, mais elle n’en a pas l’exclusivité.
   Ce qui est vrai pour les individus et les sociétés l’est aussi pour les mots : quand ils oublient leur histoire, certains mots en viennent à perdre leur sens originel. Par exemple, lorsqu’une compagnie recrute en affichant «Avec nous, venez vivre votre passion», le mot «passion» n’a certainement pas, tout au moins pour l’employeur, le sens originel de souffrance qu’il a gardé dans «la Passion selon saint Matthieu».
   Un mot qui exprime à lui seul bien des aspirations individuelles et collectives est le mot «progrès» qui, sous le règne de la quantité, est devenu synonyme de «mieux», lui-même confondu avec «plus». Il ne désigne pourtant, à la lettre, qu’un pas en avant (du latin pro = devant et gradus = le pas), sans en préciser la direction ou la destination. Les maladies progressent, la décadence aussi. On attribue à Sully Prudhomme (1839-1907), premier prix Nobel de littérature, cette perle : «Nous sommes au bord du gouffre, avançons donc avec résolution». Prudhomme peut-être, prudent, c’est moins certain! Un progrès qui néglige l’éclairage du passé n’est souvent qu’un pas en avant dans le noir.
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   Selon la tradition hindoue, l’histoire du monde passe répétitivement par quatre ères cosmiques (yugas) qui durent chacune plusieurs centaines de millénaires : 1) un âge d’or béatifique ne connaissant ni haine, ni envie, ni peur; 2) une ère ritualiste où le sang commence à couler dans des guerres et dans des sacrifices visant à amadouer les dieux; 3) une ère de détérioration des mœurs et de banalisation des rituels; 4) une ère du démon Kali, porteur de souffrance et de destruction (le Kali Yuga). Selon ce calendrier cyclique, nous en serions à la fin de cette quatrième ère et le métaphysicien René Guénon (1886-1951) écrit à ce propos : «Si le monde moderne, considéré en lui-même, constitue une anomalie et même une sorte de monstruosité, il n’en reste pas moins vrai que, situé dans l’ensemble du cycle historique dont il fait partie, il correspond exactement aux conditions d’une certaine phase de ce cycle, celle que la tradition hindoue désigne comme la période extrême du Kali-Yuga».
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   Le vingtième siècle et les deux premières décennies du vingt et unième se sont soldés par un déclin prononcé sur plusieurs fronts, dont celui du rapport avec la nature et celui du lien social, n’en déplaise aux Facebook et Twitter de ce monde.
   ...Ludwig Klages (1872-1956) a brossé une caricature mordante des progressistes de son temps : «Le progressiste actuel est stupidement fier de ses succès, car il s’est en quelque sorte persuadé lui-même que chaque accroissement du progrès de l’humanité entraîne un accroissement de la valeur de cette humanité». Dans Mench und Erde, paru en 1913 et publié chez RN éditions en 2016 sous le titre L’Homme et la Terre, Klages s’affirme en précurseur de l’écologie moderne : «Implacable vis-à-vis du concept de progrès (“le progrès n’est rien moins que la destruction de la vie”), il prophétise la destruction des paysages, la pollution environnementale ou encore l’exploitation des ressources naturelles dans un texte bouillonnant de vie. L’un des tout premiers manifestes du genre, ce texte qui s’abreuve aux sources de la rationalité rigoureuse comme à celles du romantisme allemand est une lecture obligatoire d’aujourd’hui pour penser l’écologie». [...] Il dénonce avec virulence le viol de la Terre Mère et déplore que l’humanité matérialiste s’enferme de plus en plus dans un univers conceptuel aux dépens de sa propre vitalité et de celle des espèces avec lesquelles elle partage la biosphère. Bien que déplorant la stérilité du règne du mental, Klages n’en reste pas moins convaincu que l’âme résiliente du monde triomphera.
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   Pour la première fois depuis que la Terre existe, les phases d’évolution des sociétés humaines affectent aujourd’hui les mécanismes profonds de la géosphère, de l’hydrosphère, de l’atmosphère et de la biosphère. Toute l’œuvre de l’historien des cultures Thomas Berry (1914-2009), en particulier The Dream of the Earth et The Great Work, porte sur la reconnaissance que l’évolution de l’humanité ne peut plus être dissociée de celle de la Terre. L’activité humaine a mis fin à l’ère cénozoïque (ère de la nouvelle vie) amorcée il y a 65 millions d’années avec la cinquième extinction (celle des dinosaures) et une sixième extinction est en marche, signée Homo sapiens, au rythme actuel d’une centaine d’extinctions d’espèces par jour. L’humanité fait donc face à un choix crucial : périr en s’en tenant à une conception insoutenable du progrès ou entrer courageusement dans une ère que Thomas Berry appelle «écozoïque» caractérisée par une reconnaissance de la Terre en tant que «communion de sujets plutôt que collection d’objets».   
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Encyclopédie de l’Agora