21 mars 2014

Rêvons en couleurs

«La chose importante, ce n’est ni la morale ni le savoir, ni la civilisation. Un homme peut fort bien se débrouiller sans tout cela, mais il ne peut pas s’il n’a rien à manger…»
~ Mark Twain

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De grand coeur, j'accepte la devise : «le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins» et j'aimerais la voir suivie de manière plus rapide et plus systématique. Poussée à fond, elle se ramène à ceci auquel je crois également : «que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout», et lorsque les hommes y seront préparés, ce sera le genre de gouvernement qu'ils auront. Tout gouvernement n'est au mieux qu'une «utilité» mais la plupart des gouvernements, d'habitude, et tous les gouvernements, parfois, ne se montrent guère utiles. Les nombreuses objections – et elles sont de taille – qu'on avance contre une armée permanente méritent de prévaloir; on peut aussi finalement les alléguer contre un gouvernement permanent. L'armée permanente n'est que l'arme d'un gouvernement permanent. Le gouvernement lui-même – simple intermédiaire choisi par les gens pour exécuter leur volonté –, est également susceptible d'être abusé et perverti avant que les gens puissent agir par lui.

Tout vote est une sorte de jeu, comme les échecs ou le trictrac, avec en plus une légère nuance morale où le bien et le mal sont l'enjeu; les problèmes moraux et les paris, naturellement l'accompagnent. Le caractère des votants est hors jeu. Je donne mon vote, c'est possible, à ce que j'estime juste; mais il ne m'est pas d'une importance vitale que ce juste l'emporte. Je veux bien l'abandonner à la majorité. Son urgence s'impose toujours en raison de son opportunité. Même voter pour ce qui est juste, ce n'est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu'elle l'emporte. Un sage n'abandonne pas la justice aux caprices du hasard; il ne souhaite pas non plus qu'elle l'emporte par le pouvoir d'une majorité. Il y a bien peu de vertu dans l'action des masses humaines. Lorsqu'à la longue la majorité votera pour l'abolition de l'esclavage, ce sera soit par indifférence à l'égard de l'esclavage, soit pour la raison qu'il ne restera plus d'esclavage à abolir par le vote. Ce seront eux, alors, les véritables esclaves. Seul peut hâter l'abolition de l'esclavage, celui qui, par son vote, affirme sa propre liberté.

Le philosophe chinois lui-même avait assez de sagesse pour considérer l'individu comme la base de l'Empire. La démocratie telle que nous la connaissons est-elle l'aboutissement ultime du gouvernement? Ne peut-on franchir une nouvelle étape vers la reconnaissance et l'établissement des droits de l'homme? Jamais il n'y aura d'État vraiment libre et éclairé, tant que l'État n'en viendra pas à reconnaître à l'individu un pouvoir supérieur et indépendant d'où découlerait tout le pouvoir et l'autorité d'un gouvernement prêt à traiter l'individu en conséquence. Je me plais à imaginer un État enfin, qui se permettrait d'être juste pour tous et de traiter l'individu avec respect, en voisin; qui même ne trouverait pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se mêler des affaires du gouvernement ni se laisser étreindre par lui, du moment qu'ils rempliraient tous les devoirs envers les voisins et leurs semblables. Un État, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu'il tombât sitôt mûr, ouvrirait la voie à un État encore plus parfait, plus splendide, que j'ai imaginé certes, mais encore vu nulle part.

~ Henry David Thoreau

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Ce qui suit reste valide (déjà publié lors d’une quelconque élection – nous en avons beaucoup mais ça vaut mieux que de ne pas en avoir du tout…)

Les citoyens n’existent pas pour servir les gouvernements; ce sont les gouvernements qui existent pour servir les citoyens.

Si cette hypothèse est juste, il appartient donc aux citoyens :
- de créer eux-mêmes leurs systèmes gouvernementaux, et de proposer/adopter des chartes d’autorité civile et des procédures administratives;
- de choisir des leaders intelligents, sages, compétents et moralement intègres.

Afin d’éviter :
- la domination par des minorités médiocres et corrompues;
- le contrôle par des aspirants dictateurs ambitieux et crapuleux;
- l’exploitation par des hommes sans scrupules;
- l’usurpation de pouvoir de la part des branches exécutive, législative et judiciaire;
- les manigances d’agitateurs ignorants et inconscients;
- la course au profit et la concurrence impitoyable basées sur l’égoïsme individuel engendrant injustice et violence qui finiront par détruire ce qu’on voulait préserver;
- l’absence d’équité sociale et économique;
- la transformation des citoyens en esclaves fiscaux de l’État (les citoyens des grandes puissances sont taxés, réglementés et contrôlés d’une façon quasi oppressive);
- l’union de la Religion et de l’État;
- les destructions funestes et inutiles dues aux paniques;
- la perte de la liberté individuelle.

On ne pourra pas empêcher les nations de se lancer dans la guerre tant qu’elles resteront contaminées par le virus illusoire du patriotisme. Il n’existe que deux niveaux de relative souveraineté sur cette planète :
- le libre arbitre spirituel de chaque individu (en dehors de toute religion d’autorité)
- la souveraineté collective de l’humanité (en dehors de toute dictature).
       En attendant l’apparition d’une véritable souveraineté (tant pour l’individu que pour l’humanité globalement), tous les regroupements politiques restent limités, transitoires, et n’ont de véritable valeur que s’ils contribuent à augmenter le bien-être et le progrès des individus et des nations dans leur ensemble.

Comment vivre en paix tant que la peur et l’égoïsme gouvernent?

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