29 novembre 2018

Catéchisme économique

Les priorités de l’administration de François Legault (CAQ) :
1. Éducation – 2. Économie – 3. Santé

La protection de l’environnement a été effleurée vers la fin du discours inaugural du premier-ministre : «La survie de notre planète est en jeu, a-t-il dit. Je ne peux ignorer ce défi de l'urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux.»
   Cependant, l’urgence climatique ne coïncide pas du tout avec ses «plans audacieux» à la hauteur de ses «ambitions».
   Le 27 novembre, il avait déclaré à La Presse : Le gouvernement de la Coalition avenir Québec compte fixer des cibles «plus réalistes» pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).
   Étonnant? Non. Avec la CAQ, le Québec devient un «bar ouvert / buffet à volonté» pour les investisseurs et les entreprises (même les plus polluantes). 


Que dire du troisième lien, qui réunira les rives du fleuve, en passant par l’île d’Orléans «qu’on visite sur la pointe des pieds», comme dit le poète Christian Vézina.
   En 1970, les experts embauchés par le ministère des Transports avaient conclu qu’un passage par l’île d’Orléans exigeait «moins d’expropriations». Dans son étude livrée au gouvernement en 2016, l’expert Bruno Massicotte concluait aussi qu’il s’agissait de «la solution la plus avantageuse vis-à-vis de la faisabilité technique, de la fonctionnalité et des coûts». François Legault affirme même que le troisième lien peut devenir «un projet de développement durable», en reliant le projet de tramway de Québec à la Rive-Sud.
L’idée est stupide, et c’est une claque à un véritable joyau patrimonial du fleuve!
À lire :
Enfouissement des fils à l’île d’Orléans : un troisième lien qui surprend

Caricature : Pascal, Le Devoir 29.11.2018

François Legault pourfendait la peur du changement dont font preuve les citoyens.
Nous avons peur, à raison, de son «paléoconservatisme» à la Paul Gottfried :

Économie, fiscalité et entreprenariat  

L’économie sera la «deuxième priorité» du gouvernement, a poursuivi M. Legault, en rappelant que son Conseil des ministres compte un nombre «sans précédent» d’entrepreneurs, de gestionnaires et d’anciens dirigeants de grandes entreprises ou d’organisations. «Ils partagent tous l’ambition d’enrichir le Québec […] et les Québécois», a-t-il assuré, non «pas parce que la richesse est une fin en soi, mais plutôt parce qu’elle nous donne les moyens de nos ambitions».
   François Legault a aussi répété que son gouvernement va chercher à accroître les investissements des entreprises au Québec. Il compte y parvenir en remodelant Investissement Québec, pour qu'il devienne «plus agile, plus volontaire, plus ambitieux, plus entreprenant», en modifiant leur régime fiscal et en allégeant leur fardeau administratif.
   Le chef de la Coalition avenir Québec a aussi ramené sur le tapis son «Projet Saint-Laurent», qui vise à créer des zones d'innovation le long du fleuve. «Ces zones pourraient regrouper, dans un bel environnement, un port, un pôle ferroviaire, un campus de recherche et des entreprises innovantes», a-t-il indiqué.
   Un message clair aux investisseurs québécois et internationaux : « Sortez les projets de vos tiroirs et venez nous voir. On va vous aider à les réaliser. C'est le temps d'investir!»
   Le gouvernement compte aussi maximiser les échanges commerciaux avec les autres provinces canadiennes, mais aussi avec l'Afrique, le Mexique et l'Asie.
   Le premier ministre souhaite également que le Québec profite de son «énergie verte, abondante et abordable» pour devenir une véritable «superpuissance énergétique» pouvant aider les autres provinces et les États américains de la Nouvelle-Angleterre à se débarrasser du charbon, du gaz ou de l'énergie nucléaire.
   Lorsque le Québec aura réussi à vendre plus d'électricité, il pourra lancer de nouveaux projets de barrages hydro-électriques.

Article intégral :

Quelle sorte de campus? Quelle sorte d’entreprises innovantes? Quelle sorte de zones d’innovation le long du fleuve ou de pôle ferroviaire? On n’en sait strictement rien. En outre ce gouvernement veut autoriser les motoneiges au Disneyworld Mont-Tremblant mais aussi dans les réserves fauniques! 

À quoi peut rêver un ancien comptable sinon à accumuler et à sauver de l’argent?

Conclusion : nous pouvons compter sur l’escouade économique de la CAQ pour défigurer le Québec et le mener au suicide écologique.

Dictionnaire politico-économique

«Plusieurs grandes entreprises se rendront coupables d’activités douteuses, malgré leurs politiques de responsabilité sociale. Cela est souvent le cas de grands projets industriels dont les impacts écologiques ou sociaux peuvent être potentiellement très grands. Compte tenu de la taille des investissements en jeu, on dépensera des sommes importantes pour «vendre» les projets aux populations concernées. Politiciens et gens d’affaires chercheront à s’assurer de l’acceptabilité sociale du projet, ce qui, trop souvent, ne se traduit que par une efficace campagne de relations publiques auprès des parties prenantes – trompe-l’œil vague, à dessein, désignant à peu près n’importe quelle personne pouvant être touchée par le projet... [...] Par exemple, des citoyens et citoyennes d’une communauté pourraient se dire favorable à un investissement industriel parce qu’il créera de nombreux emplois, argument généralement mis de l’avant par les promoteurs comme par le gouvernement, mais fermeraient les yeux sur ses impacts environnementaux à long terme. L’entreprise TransCanada se débat avec à peu près tous les niveaux de gouvernement au Canada et aux États-Unis, en plus des groupes de citoyens et militants, pour faire accepter ses projets d’oléoducs transportant le pétrole extrait des sables bitumineux d’Alberta. [...] Une enquête de Radio-Canada en novembre 2014 montrait que l’entreprise a embauché l’une des plus grandes firmes de relations publiques au monde, Edelman, pour faire passer son projet. Le plan préparé visait à mobiliser 35000 citoyens influents dans leurs communautés afin qu’ils appuient publiquement le projet, notamment dans les médias sociaux, contre rémunération. Le recours à cette armée d’influenceurs montre à quel point les médias sociaux peuvent se mettre au service de la propagande pure et simple, au-delà des principes d’acceptabilité sociale (TransCanada publie d’ailleurs annuellement un «Rapport de responsabilité sociale d’entreprise»). Ces entreprises affirment désirer être de bons citoyens corporatifs, alors qu’elles ne sont rien d’autres que des entreprises, justement, parfois très peu respectueuses de la préservation des écosystèmes ou de la qualité de vie des citoyens.
   Pareillement, on affirmera que les projets industriels doivent respecter les principes du développement durable, expression vide de sens, s’il en est. Le philosophe Luc Ferry note que personne ne plaiderait en faveur d’un «développement intenable» et que l’expression est si floue qu’elle ne dit rien de déterminé. On nage en pleins bons sentiments, le moindre projet industriel ou commercial se targuant de respecter le développement durable. Malgré d’innombrables normes ou meilleures pratiques, on s’en remet généralement à une pétition de principe plutôt qu’à de véritables actions respectant les écosystèmes. L’économie verte n’est, plus souvent qu’autrement, qu’une fumisterie – les anglophones dénoncent le subterfuge par le terme greenwashing, enverdissement en français. [...]

Enverdissement...

Du développement durable à l’acceptabilité sociale pour aboutir au concept global de gouvernance, non seulement les entreprises, mais aussi les gouvernements, usent de trompe-l’œil qui cherchent à ennoblir le vocabulaire afin de faire oublier les conséquences concrètes et souvent désastreuses des projets de développement économique. Cette terminologie de l’entreprise privée a, en effet, été largement récupérée par la sphère politique. Ces concepts occultent non seulement des grands pans du réel, mais justifient également le retrait de la responsabilité publique. [...]
   La vie politique se soumet, dès lors, aux règles du management et de la gestion efficace – et, ultimement, à celles de la concurrence. On met en concurrence les diverses composantes de l’administration publique avec les entreprises privées, forçant les organismes gouvernementaux à singer la logique du secteur privé, mais surtout les coinçant dans un double rôle insoutenable : adopter les règles du privé tout en prétendant continuer à servir l’ensemble de la communauté et à préserver le bien commun. Véritable aporie, le langage lisse et neutre de la gouvernance évacuera en douce la véritable vie politique de nos sociétés.
   Éliminer le politique de la vie publique implique une annihilation radicale de la dissidence et de la pensée critique, les dogmes de la gouvernance «revêtant des airs de pensée critique». L’élément le plus fondamental de la vie démocratique se vide de sa substance, on délibère à vide. À la délibération, au cœur même de la vie politique, se substitue le choix du meilleur gestionnaire, celui ou celle qui réussira à appliquer avec le plus d’efficacité et de rigueur les règles de bonne gouvernance et l’administration la plus rentable.»

Source de l’extrait : Les passagers clandestins; Métaphores et trompe-l‘œil de l’économie; IANIK MARCIL; Éditions Somme toute 2016 (p. 128/131)

La métaphore du «buffet campagnard»
Emmanuel Delannoy, Institut Inspire (2013)

Vous êtes invité à une grande fête, par exemple pour célébrer un mariage, ou une naissance.
   Les convives s’assoient aux tables rondes installées autour d’un généreux et très appétissant buffet campagnard. L’ambiance à votre table est sympathique, la conversation s’attarde un peu quand vous constatez que la file d’attente se forme pour l’accès au buffet. Vous vous levez donc et rejoignez avec vos amis la file d’attente. Vous patientez dans la bonne humeur en continuant à discuter.
   Mais devant vous, les premiers arrivés au buffet se goinfrent, se servent et se resservent de généreuses assiettes, et partent avec les meilleurs bouteilles. Quand vous arrivez au buffet, le meilleur est déjà parti, et il ne reste plus grand chose.
   Choquant, n’est-ce pas?
   C’est pourtant ce que sommes en train de faire à nos enfants et à nos petits enfants. Ceux qui naissent aujourd’hui n’auront que les miettes du buffet. Ceux qui sont nés au mauvais endroit n’ont déjà que des miettes.
   Ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre sont ceux qui souffriront le moins du bouleversement climatique. Ceux qui en émettent le moins seront ceux qui en souffriront le plus.
   Ceux qui se sont goinfrés des énergies fossiles sont ceux qui auront le plus les moyens technologiques de faire face à la crise énergétique, en trouvant des solutions de substitution.
   Les populations aisées et urbaines du nord, pour qui la biodiversité n’est qu’un concept un peu abstrait, à la limite de l’esthétisme, ne souffrent pas trop de son érosion. Bien moins que ceux qui doivent y puiser chaque jour de quoi assurer leur subsistance.
   Et ainsi à l’avenant. Vous avez dit responsabilité?

Photo: ICI Radio-Canada. Plus de 17 % des enfants vivent dans la pauvreté au Canada, dont plus de 37 % d’entre eux sont issus des Premières Nations, selon un rapport du groupe Campagne 2000. On retrouve quatre circonscriptions québécoises – toutes Montréalaises – dans les 30 régions où le taux de pauvreté est le plus élevé : Ville-Marie / Le Sud-Ouest / Île-des-Soeurs, plus de 38 %; Papineau, la circonscription du premier ministre Justin Trudeau, 30 %. (Le Devoir, 19 juin 2018) M. Legault, qui est si préoccupé par l'éducation et les enfants, pourrait sûrement faire quelque chose - il est plus facile d'étudier quand on a mangé...

Des faits...  

Le monde s’éloigne toujours plus de son objectif climatique avec un fossé grandissant entre les émissions de gaz à effet de serre et l’ambition de l’Accord de Paris, alerte mardi l’ONU dans un rapport annuel sévère.
   En 2017, les émissions de GES sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité. Et 2018 devrait connaître la même tendance, avec une augmentation attendue des émissions du secteur de l’énergie (les trois quarts du total), a déjà prévenu l’Agence internationale de l’énergie.
   Selon le rapport spécial publié en octobre par les experts climat de l’ONU (GIEC), le monde doit aussi viser l’objectif 1,5 °C – et pas seulement 2 °C – s’il veut se garder d’impacts majeurs, vagues de chaleur, super-ouragans ou calottes glaciaires déstabilisées. Or à ce stade, il court vers +4 °C par rapport au niveau préindustriel, à la fin du siècle.
   Le PNUE insiste sur l’amélioration de l’impulsion au niveau national et le rôle à jouer par les gouvernements, par exemple avec «une politique fiscale soigneusement conçue [...] pour subventionner des solutions à faibles émissions et taxer les combustibles fossiles».
«Les gouvernements doivent vraiment reprendre leurs contributions, et relever leurs ambitions», souligne M. Drost, du PNUE. «Il y a tant de chemin à parcourir, et nous devons agir rapidement. Pas dans des décennies, maintenant.» 

Catherine Hours – Agence France-Presse à Paris, 27 novembre 2018

Toutefois...

Affirmant que le gouvernement canadien met intentionnellement en danger la vie de ses citoyens les plus jeunes en ne faisant «pratiquement rien» pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), l'organisation Environnement Jeunesse souhaite intenter une action collective contre Ottawa. Au Canada, c'est le cabinet d'avocats Trudel Johnston & Lespérance, habitué des actions collectives, qui porte la cause d'Environnement Jeunesse; l'avocat Bruce Johnston agit d'ailleurs pro bono.

ENvironnement JEUnesse vs Canada

Les jeunes du Québec poursuivent le gouvernement du Canada pour son inaction dans la lutte contre les changements climatiques


Le 26 novembre 2018, ENvironnement JEUnesse, représenté pro bono par le cabinet Trudel Johnston & Lespérance, a déposé une demande d’autorisation à la Cour supérieure du Québec afin d’exercer une action collective au nom de tous les jeunes de 35 ans et moins du Québec contre le gouvernement du Canada.
   ENvironnement JEUnesse allègue que le gouvernement du Canada brime les droits fondamentaux d’une génération. Il contrevient aux droits des jeunes d’une part parce que sa cible de réduction de gaz à effet de serre n’est pas suffisamment ambitieuse pour éviter des changements climatiques dangereux, et d’autre part, parce que ses actions ne permettent pas l’atteinte de cette cible pourtant déjà insuffisante.
   Si le gouvernement continue dans cette voie, cette génération et celles à venir subiront les conséquences graves des changements climatiques, les privant ainsi de leur droit à un environnement sain et à la protection de la biodiversité, de leur droit à la vie et à la sécurité, et de leur droit à l’égalité.

Première étape d’une procédure judiciaire de plusieurs années
Pour obtenir l’autorisation de la Cour pour porter la cause devant les tribunaux, ENvironnement JEUnesse doit d’abord démontrer à la Cour supérieure du Québec qu’il existe une apparence de droit, c’est-à-dire qu’à première vue, les faits allégués, s’ils sont prouvés dans un procès au mérite, peuvent justifier les conclusions recherchées, soit que la cible et les actions insuffisantes pour lutter contre les changements climatiques briment plusieurs droits fondamentaux. 

Un mouvement mondial
Plusieurs démarches similaires ont cours à travers le monde, notamment aux Pays-Bas, où le gouvernement s’est vu forcé de se doter d’un plan concret pour atteindre sa cible climatique. Ce gouvernement est légalement tenu de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25 % d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990. Des poursuites similaires ont lieu notamment aux États-Unis, en Belgique, en Norvège, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Suisse, en Colombie et au Royaume-Uni.

S'impliquer
Nous exigeons que nos droits et ceux des générations futures soient protégés et respectés. Nous exigeons que le Canada agisse sans délai pour éviter un réchauffement climatique dangereux, au-delà de 1,5°C, comme le recommande le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Pour y parvenir, nous avons besoin de vous.
   ENvironnement JEUnesse invite toutes les personnes à s'impliquer afin que le gouvernement du Canada se dote d'une cible ambitieuse et d'un plan qui permette de l'atteindre. Voici trois actions qui s'appuient sur la force du nombre.
   D'autres actions et initiatives suivront. Ce n'est que le commencement.
   Nous sommes également solidaires avec les autres initiatives citoyennes pour exiger une action climatique plus forte, dès maintenant. C'est pourquoi nous vous invitons à lire et à signer le Pacte pour la transition, à appuyer la déclaration climatique de votre regroupement ou à créer la vôtre, de même qu'à endosser la Déclaration d'urgence climatique (la DUC).

Contact
ENvironnement JEUnesse
50, rue Sainte-Catherine Ouest, bureau 340
Montréal (Québec) H2X 3V4
514-252-3016 | 1-866-377-3016 (sans frais)

Déclarations climatiques (enregistrées) de candidats, juristes, ingénieurs, urbanistes, restaurateurs, etc. :

Créé en 1979, ENvironnement JEUnesse (ENJEU) est un organisme d’éducation relative à l’environnement qui vise à conscientiser les jeunes du Québec aux enjeux environnementaux, les outiller à travers ses projets éducatifs et les inciter à agir dans leur milieu. ENvironnement JEUnesse est un réseau qui valorise le développement de l’esprit critique et qui donne la parole aux jeunes engagés afin qu’ils fassent connaître leurs préoccupations, leurs positions et leurs solutions concernant les enjeux environnementaux actuels.


Ce bouddha a résisté au Camp Fire en Californie. Restons stoïques, c’est peut-être la seule manière de passer à travers l’effondrement. Il n’y aura pas d’apocalypse globale instantanée. Nous voyons plutôt de plus en plus de petites et moyennes apocalypses qui nous tombent dessus comme des plaques de domino. 

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