14 février 2019

Sommes-nous capables d’aimer la terre?

Les funestes gérants de la planète, qui d’ailleurs s’en croient les propriétaires, ont réussi à nous déconnecter de la Nature et à nous faire oublier notre interdépendance avec TOUT ce qui vit. Notre dette envers la terre dépasse notre capacité de rembourser.

Qui paiera la facture?!


«Tout en écoutant le bruit, j’ai pensé que la vie avait défilé très vite. Je suis ici maintenant. ... Il y a un instant, j’en étais encore au premier acte. Voilà que l’épilogue a commencé. ... La vie n’est pas une affaire de réduction. La vie, au fond, c’est quelque chose de sérieux. Il y a un enjeu, je ne sais pas lequel, mais il faut tout de même croire qu’il existe, et que le sens caché se trouve un cran au-dessus des chèques-cadeaux et des tickets de grattage.»
~ Henning Mankell (Les chaussures italiennes; Seuil 2009)

«En cannibalisant la nature, nous sommes en train de détruire le fruit de 3,8 milliards d’années de vie sur Terre, fruit dont il ne restera bientôt plus grand-chose. Et bien que la Terre n’ait aucunement besoin du vivant pour exister (c’est elle qui a permis sa constitution et non l’inverse), sa présence active lui donne l’occasion de déployer sa prolifique somptuosité.
   Survivre à une nature ravagée replacerait l’humain sur une voie qu’il avait pourtant choisi d’éviter dès le départ : celle de se retrouver isolé, aux prises avec le déplaisir de l’angoisse existentielle dans un monde sans aucune autre vie que la sienne. Est-ce cela que nous voulons?
   Mutiler la Terre, c’est donc beaucoup plus que mettre en péril l’existence de l’humanité. C’est d’abord nier le sens ultime de notre existence comme témoin privilégié d’un environnement prodigieux. Vivre sans tenir compte de ce rôle, ce n’est déjà plus vivre, c’est tenter bêtement de survivre sans aucune raison d’être.»
~ Pierre Desjardins, philosophe (Peut-on vivre sans raison d’être? | La Presse+ Opinion, 06.12.2015)

«Je vis du jour à la journée, et me contente d'avoir de quoi suffire aux besoins présents et ordinaires; aux extraordinaires toutes les provisions du monde n'y sauraient suffire.» ~ Michel de Montaigne (Essais 1.14, p.121, Folio n°289)

Nous y voilà, nous y sommes.

«On est obligés de la faire, la Troisième Révolution? demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé.»
   Charlotte Gainsbourg nous raconte la 3e Révolution. Ce texte a été écrit par Fred Vargas, en 2008. Depuis, la situation s'est encore aggravée. Réalisé par Henri Poulain, StoryCircus. Production : Imagine2050 
 


Le droit au froid
Le combat d'une femme pour protéger sa culture, l'Arctique et la planète

Sheila Watt-Cloutier
Éditions Écosociété; janvier 2019

Préface de Lisa Koperqualuk | Traduit de l'anglais par Gérald Baril
(The Right to Be Cold, 2015)


Il [existe] une autre façon de plaider pour la protection de notre planète: exiger de la communauté internationale la reconnaissance du bien-être environnemental comme un droit humain fondamental. Sans la jouissance d’un climat stable et sécuritaire, les peuples ne peuvent exercer leurs droits économiques, sociaux et culturels. Pour les Inuit, comme pour nous tous, c’est ce que j’appelle «le droit au froid».

Cette formule singulière du «droit au froid» concentre bien tout l’esprit de la lutte que Sheila Watt-Cloutier a menée durant plus d’une vingtaine d’années sur la scène internationale pour faire des changements climatiques un enjeu de droits humains. C’est d’ailleurs sous sa présidence au Conseil circumpolaire inuit qu’une pétition en ce sens a été déposée en 2005 auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, la première action juridique internationale du genre. Comme la culture et l’autonomie économique des Inuit sont tributaires du froid et de la glace, le réchauffement planétaire d’origine anthropique constitue une négation de leurs droits sociaux, culturels et sanitaires. «L’impact des changements climatiques sur l’Arctique est un signe précurseur de ce qui attend le reste du monde», dira-t-elle.

De son enfance à Kuujjuaq, dans le nord du Québec – à une époque où la culture inuit traditionnelle du transport en traîneau à chiens et de la chasse sur glace était encore dominante –, à son engagement pour l’environnement dans les instances internationales, Le droit au froid est le récit d’une femme inspirante, devenue un modèle de leadership pour le XXIe siècle.

En nomination pour le prix Nobel de la paix en 2007, Sheila Watt-Cloutier fait partie des personnalités les plus reconnues pour la défense de l’environnement et des droits humains à l’échelle internationale. Officier de l’Ordre du Canada, elle est aussi lauréate du prix Champions de la Terre des Nations unies et du prestigieux prix Sophie norvégien.


Chris Westwood / The Sun / "Stop destroying my home" 

Réflexion poétique de Wendell Berry sur son amour pour les arbres, l'eau, la nature et les animaux sauvages 

Wendell Berry (né le 5 août 1934 à Henry County) est écrivain, essayiste, paysan, romancier, poète, professeur et critique américain. Il est l'auteur de plus de 40 ouvrages.

Alouette hausse-col près d'un bassin de décantation de Suncor

For The Future

Planting trees early in spring,
we make a place for birds to sing
in time to come. How do we know?
They are singing here now.
There is no other guarantee
that singing will ever be. 
 

Water

I was born in a drought year. That summer
my mother waited in the house, enclosed
in the sun and the dry ceaseless wind,
for the men to come back in the evenings,
bringing water from a distant spring.
veins of leaves ran dry, roots shrank.
And all my life I have dreaded the return
of that year, sure that it still is
somewhere, like a dead enemy’s soul.
Fear of dust in my mouth is always with me,
and I am the faithful husband of the rain,
I love the water of wells and springs
and the taste of roofs in the water of cisterns.
I am a dry man whose thirst is praise
of clouds, and whose mind is something of a cup.
My sweetness is to wake in the night
after days of dry heat, hearing the rain.

Les menaces d'extinction ne cessent de croître...

The peace of wild things

When despair grows in me
and I wake in the middle of the night at the least sound
in fear of what my life and my children's lives may be,
I go and lie down where the wood drake
rests in his beauty on the water, and the great heron feeds.
I come into the peace of wild things
who do not tax their lives with forethought
of grief. I come into the presence of still water.
And I feel above me the day-blind stars
waiting for their light. For a time
I rest in the grace of the world, and am free.

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