9 novembre 2018

Potentiels candidats au Prix Darwin (suite)

Plusieurs membres de la famille CAQ pourraient éventuellement se mériter un prix Darwin, c’est clair, mais «on verra».

Dans la catégorie climato-négationniste : Le ministre caquiste des Finances, Éric Girard, se disait sceptique face aux phénomènes météorologiques extrêmes qui confirment l’impact des changements climatiques : «On se base sur quoi?», demandait-il.


Le 8 novembre 2018 : L’économiste Youri Chassin, dont les positions pro-pétrole ont été dénoncées durant la campagne par les adversaires de la CAQ, va seconder Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.
    Ce militant pur et dur du libéralisme économique a bien fait ses classes. Il semble fraîchement sorti de l’Institut Fraser * dont l’Institut économique de Montréal (IEDM) est un copié-collé. L’IEDM se définit comme organisme de charité (!). L'Institut est favorable, entre autres, à la privatisation de plusieurs sociétés d'État québécoises telles qu'Hydro-Québec, la Société des alcools du Québec ainsi que des sociétés d'État canadiennes comme Postes Canada. L'IEDM prône également la privatisation dans le système de santé québécois, ainsi que l'affaiblissement des lois du travail du Québec, l'augmentation de la transparence du financement des syndicats, la rémunération au mérite des enseignants, et la réduction des dépenses de l'État québécois. Dans un dossier de la revue À bâbord!, l'essayiste et chroniqueur Normand Baillargeon décrit l'Institut économique de Montréal comme un «repaire de la droite» et un «laboratoire de la pensée néolibérale et libertarienne» hautement médiatisé.
   Maxime Bernier (encore et toujours lui!) y a brièvement occupé le poste de vice-président de l'IEDM avant de devenir ministre fédéral de l'Industrie.

* L’Institut Fraser est un think tank canadien politiquement conservateur et de droite libertarienne  qui s'est spécialisé dans l'économie, la société et l'éducation. Sa principale mission est de «mesurer, d'étudier et de communiquer l'impact des marchés compétitifs et de l'intervention étatique sur le bien-être des individus». Il vise notamment à l'abolition du salaire minimum (qui a conduit plusieurs syndicats à le critiquer pour cette position), à privatiser l'enseignement public et à réviser le fonctionnement des mécanismes de protection sociale sans but lucratif tels que les soins de santé, ainsi qu'à affaiblir le rôle politique des associations de protection des droits des travailleurs comme les syndicats, etc. L'Institut Fraser s'inscrit clairement dans la filiation intellectuelle du conservatisme et du libéralisme économique de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, de Ronald Reagan aux États-Unis et du monétarisme de Milton Friedman, une école de pensée économique qui laisse à l'État un rôle très limité : celui d'assurer un cadre juridique et institutionnel favorable au bon fonctionnement du marché. (Wikipédia)

La CAQ et le bien commun
Ian de Valicourt et Julie Charron, professeurs au collège Lionel-Groulx
Le Devoir, 18 avril 2018 | Libre opinion

Dans l’état-major économique de la CAQ, on retrouve Youri Chassin, qui a été longtemps économiste à l’Institut économique de Montréal. Ses analyses économiques ont toujours été campées très à droite, à un tel point qu’on peut l’associer aux idées de Margaret Thatcher qui, rappelons-le, a déjà affirmé que la société n’existe pas. En ce sens, M. Chassin affirmait récemment qu’un État se mettant au service du bien commun était un mythe : «Si je me montre si suspicieux envers les solutions étatiques, c’est principalement parce que je ne crois pas au mythe d’un État au service du bien commun. Déjà, l’idée qu’il puisse exister un “bien commun” sonne l’alarme» (22 mars, blogue personnel de M. Chassin).
   Ne croyant pas en l’intervention de l’État au service du bien commun, on ne s’étonnera pas que M. Chassin soit pour une privatisation partielle d’Hydro-Québec.
   Si monsieur Chassin devait être élu, il y a fort à parier qu’il fera pression sur le gouvernement pour un désinvestissement de l’État dans le réseau des CPE, puisqu’il est défavorable à l’existence de ce service public.
   Nous pouvons conclure que monsieur Chassin nous propose une vision du bien (le commun n’existe pas pour lui) qui repose sur la somme des intérêts particuliers plutôt que sur l’intérêt du plus grand nombre. L’entrée en politique de monsieur Chassin a pour mérite de nous faire réfléchir collectivement sur le bien commun, sur sa définition et sur le modèle de société que nous voulons. Souhaitons-nous un modèle social qui ressemble à celui des États-Unis? C’est ce que nous propose monsieur Chassin. Ou souhaitons-nous préserver le bien commun québécois, legs des générations passées qui ont permis de faire du Québec l’une des sociétés les plus heureuses (et égalitaires) de la planète?

Youri Chassin, la CAQ et le lobby du pétrole
Par André Noël

Lorsque j’étais journaliste à La Presse, j’ai enquêté sur les stratégies de quelques industries, dont celles des médicaments génériques, de la construction et du tabac (et de ses groupes paravents). Cette fois, je m’intéresse au lobby du pétrole et à un de ses porte-voix, Youri Chassin, ancien directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal (IEDM) et maintenant candidat pour la Coalition Avenir Québec. La première partie de ce dossier porte sur les liens entre l’IEDM et des fondations financées par les frères Koch, d’importants magnats du pétrole.

[Si vous ne connaissez pas les Koch Brothers, copiez ce nom dans le moteur de recherche du blogue à droite.]

Quand on observe toutes les décisions politiques délétères adoptées sous la pression des lobbyistes industriels, on se sent réellement impuissant.

À titre d’exemple, la compagnie minière de Vancouver Canada Carbon réclame 96 millions de dollars (soit près de 20 fois le budget de la municipalité), en dommages et intérêts à Grenville-sur-la-Rouge ainsi qu'au maire et à ses conseillers pour avoir modifié un règlement de zonage qui met en péril son projet de carrière de marbre et de mine de graphite à ciel ouvert. «Il ne s’agit malheureusement pas des premières poursuites bâillons et abusives entreprises par des représentants de l’industrie afin de contrer les orientations prises par une communauté de citoyens [...] qui ne font que défendre l’intérêt public et celui de leur environnement.» ~ Tom Arnold, Maire de Grenville-sur-la-Rouge.

Perte des terres agricoles au Québec : «C'est pire qu'avant»
Thomas Gerbet | ICI Radio-Canada Info | Le 9 novembre 2018

La pression est plus forte que jamais sur les terres agricoles québécoises, 40 ans jour pour jour après l'adoption de la Loi sur la protection du territoire agricole. Les terres cultivées continuent de disparaître année après année en raison de l'étalement urbain et de l'activité de spéculateurs financiers.
   Il ne reste que deux fermes à Brossard, une ville de banlieue qui s'est développée sur des terres qui sont parmi les plus fertiles du Québec.
   À la fin des années 1960 et au début des années 1970, l'effervescence économique était telle dans la région de Montréal que 20 000 hectares de terres agricoles ont disparu. C'en était trop et le gouvernement de René Lévesque a adopté la Loi sur la protection du territoire agricole, le 9 novembre 1978.
   La menace est toujours bien présente 40 ans plus tard. La construction du Réseau express métropolitain (REM) va faire disparaître des terres agricoles, tout comme les projets d'expansion du port de Montréal, d'élargissement de l'autoroute 30, de future gare à Mirabel ou de nouvel hôpital à Vaudreuil-Soulanges.
Le développement immobilier et les décisions de certaines municipalités figurent parmi les principales menaces sur le territoire agricole. Le principe de la Loi de 1978 était pourtant d'interdire l'utilisation du sol à d'autres fins que l'agriculture. Mais la Loi créait aussi la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), qui avait le pouvoir d'autoriser des exceptions.
   L'an dernier, la CPTAQ a autorisé les trois quarts des demandes qui lui ont été faites. Près de 2000 hectares de terres agricoles ont ainsi disparu en un an, et ce sont 34 000 hectares qui ont été perdus en 20 ans.
   Pangea, fondée en 2012, dont Charles Sirois est cofondateur, achète des terres qu'elle loue ensuite aux producteurs. L'ancien gouvernement libéral s'était montré préoccupé par la place prépondérante qu'occupent dans cette société les fonds d'investissement comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).
Les acheteurs étrangers sont aussi présents sur le marché. On les retrouve actifs notamment en Abitibi-Témiscamingue, là où les terres sont les moins chères de la province.
Article intégral :

Michèle Leduc-Lapierre (commentaire d’une internaute) :
J'ai grandi à Mirabel, dans un beau petit village. Je suis partie de la région durant plusieurs années et à chaque fois que je revenais, le village s'était agrandi un peu. Mais maintenant, il y a un gros développement résidentiel entre deux villages, des condos, des maisons, des garderies, une école primaire... tout ça où il n'y avait que des champs il y a une quinzaine d'années! Toutes ces belles terres détruites pour faire place à un développement immobilier sans âme, où toutes les maisons et tous les blocs de condos sont pareils, où toutes les familles ont deux voitures (si ce n'est pas trois!) qui augmentent la congestion routière. C'est difficile de ne pas avoir la larme à l'oeil quand on voit ça.

Photomontage : Chris Westwood / The Sun. Légende : Stop destroying my home!

À la fin on se demande pourquoi nous laissons de tels de représentants prendre des décisions extrêmement graves à notre place. C’est absurde!

Que faire? Il nous reste l’action individuelle jumelée à des pressions sur les gouvernements – aussi agressives que celles des lobbyistes industriels. Ce serait fantastique si l'on pouvait les empêcher de nuire et d'aggraver la situation planétaire. 

LE PACTE POUR LA TRANSITION 
De la parole aux actes

Plus de 500 artistes, scientifiques et leaders de différents secteurs appellent tous les Québécoises et Québécois à signer le Pacte pour la transition afin de «passer de la parole aux actes». Ils invitent tous les Québécois à le signer sur «lepacte.ca», avec l’espoir de rassembler un million de signataires de partout au Québec.
   Les signataires s’engagent à faire leur juste part au cours des deux prochaines années et demandent, entre autres, que toutes les décisions prises aux niveaux fédéral, provincial et municipal passent le crible de leurs impacts pour assurer le respect de nos engagements climatiques, dont l’Accord de Paris sur le climat.

La Presse, 7 novembre 2018; Actualités – Yvon Deschamps, l'humoriste à la retraite, tenait à être présent parmi les dizaines de personnalités du monde des arts et du spectacle, du milieu scientifique et académique, des Premières nations et autres réunies à Montréal pour présenter le Pacte par lequel tous les Québécois sont invités à s'engager à faire leur part d'efforts pour l'environnement tout en exigeant du gouvernement du Québec qu'il fasse la sienne. "Je le sais qu'on va se faire 'basher'. Je le sais qu'on va passer pour des artistes du Plateau qui font la morale à tout le monde, qui s'enrobent de vertu. C'a déjà commencé; je pourrais vous faire lire des trolls qui ont été écrits cette nuit", a dit Dominic Champagne.
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201811/07/01-5203314-les-citoyens-invites-a-signer-un-pacte-pour-la-transition-ecologique.php

La Presse, 9 novembre 2018; Actualités – L'instigateur du Pacte, Dominic Champagne a rencontré François Legault aujourd'hui. "Ce dont on a convenu ce matin, c'est de mettre la science au coeur des décisions politiques, a déclaré M. Champagne. La science nous dit qu'on ne peut plus continuer à vivre comme ça." L'objectif est de faire en sorte que toutes les décisions du gouvernement soient prises à la lumière de leur impact sur le climat. "Il y a des pressions, il y a des lobbyes, il y a des réalités, on est tous intoxiqués au pétrole, on aurait tous envie d'avoir notre char et d'être tout seul dedans, a dit M. Champagne. Mais  il y a des comportements qu'il faut changer. Alors je pense que la table va être mise pour que les scientifiques soient plus entendus, mieux écoutés, et aient une plus grande influence sur nos politiques." M. Legault a lui aussi salué l'ouverture du dialogue avec les auteurs du "Pacte".
https://www.lapresse.ca/actualites/ 

RASSEMBLEMENT À MONTRÉAL

Une grande marche pour la planète est organisée samedi (10 novembre) à 14h, à Montréal, Place des Festivals.

Plus de 100 000 personnes ont à ce jour signé le « Pacte ».

Mercredi, plus de 5000 personnes s'étaient engagées à y participer, alors que 14 000 se montraient intéressées.


6 novembre 2018

Simulacre de démocratie

Le psychopathe d’à côté proposait des barbelés avec lames de rasoir à la frontière américaine-mexicaine. Il a déclaré : "Barbed wire used properly can be a beautiful sight," @realDonaldTrump.

Jour d’élection de mi-mandat : dernier tour de barillet aléatoire à la roulette russe... dans quel camp ira la balle?

Photo via Le Soir Plus (Belgique)

Nicole Bacharan : «Aujourd’hui, il faut avoir peur de l’Amérique»
Stéphane Bussard
Le temps | Publié vendredi 2 novembre 2018

Politologue et historienne ayant longtemps vécu aux Etats-Unis, Nicole Bacharan commente la violence des mots et des actes sous la présidence Trump, et estime que la deuxième moitié de son mandat pourrait être fortement entravée par les enquêtes de la Chambre des représentants si celle-ci est reconquise par les démocrates

[...]
Donald Trump (et par ricochet les républicains) va-t-il bénéficier de ce climat de haine le 6 novembre?
C’est son calcul. Il ne cherche pas à apaiser les tensions, mais à générer le plus de colère possible au sein même de son électorat. Sa technique, c’est le mensonge avéré quotidien, sans vergogne, érigé en système. Or, quand les faits ne comptent plus, cela rappelle les années 1930. C’est en tout cas ainsi que ça commence. La honte a disparu. Le migrant devient l’ennemi. Si je pouvais résumer la présidence Trump, je choisirais cette image : l’homme à la tête de l’armée la plus puissante du monde promet d’envoyer jusqu’à 15 000 soldats à la frontière américano-mexicaine face à quelque 4000 déguenillés. Il y a la grandeur de la fonction et la petitesse de l’homme. Donald Trump maintient son électorat dans une vraie paranoïa. Si vous êtes un Américain qui regarde Fox News et qui écoute le polémiste Rush Limbaugh, vous vous sentez menacé par tout. Selon moi, Donald Trump est habité par la peur. Il l’a identifiée avec un véritable génie comme un moyen qui fait sa fortune. Quand les gens n’auront plus peur, ils ne voteront plus pour lui.
[...]

Article intégral :

~~~

Il y a plusieurs années, à force de réfléchir au sens du mot démocratie, j’ai réalisé que notre système politique en était un pastiche qu’on serait mieux d’appeler «dictature démocratique».
   Les propos de Pierre-André Paré, ex-sous-ministre au Ministère du Revenu du Québec, devant une commission de l’Assemblée Nationale du Québec (Le Devoir, le 6 avril 1996), m’avaient fortement marquée :
   «Tout est privilège concédé par l’état : votre voiture, votre maison, votre profession, bref votre vie; et ce que l’état donne, il peut le reprendre si vous n’êtes pas un contribuable docile.» (Évidemment, cela n’incluait pas les gens qui déposent leurs économies dans des Paradis fiscaux...)  
   Plus récemment, des articles de Francis Dupuis-Déri et des commentaires sur ses ouvrages, ou l’entendre à la radio, ont éclairé mes cellules grises. Je comprends mieux le tout-faux derrière notre démocratie. Ces deux exemples de représentation antidémocratique ont confirmé ma perception : l’achat du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan et la vente d’armement à l’Arabie Saoudite. Avons-nous été consultés? Non. Les décisions les plus graves et compromettantes se prennent toujours en catimini.

«Pour les adversaires de la démocratie directe, le peuple assemblé serait irrationnel, donc inapte à délibérer et à gouverner. Il serait aussi une proie facile pour les démagogues. Le fait d’avoir des chefs ne nous prémunit pas contre l’irrationalité. Machiavel disait que les vices et les défauts du peuple se retrouvaient de manière encore plus accentuée chez ceux qui gouvernent. Les élites politiques sont aussi animées par la passion, par la soif du pouvoir, de l’argent ou de la gloire. Quant à la démagogie, elle est plus inquiétante dans la démocratie représentative que dans la démocratie directe. Elle constitue l’ADN de notre système électoral. Les spécialistes de la communication et de l’image sont là pour réfléchir à la meilleure façon de manipuler l’opinion publique.» ~ Francis Dupuis-Déri

Démocratie : histoire d'un malentendu

Pour Francis Dupuis-Déri, la démocratie n'est pas celle que l'on croit et son histoire est encore plus méconnue. Détestée et ridiculisée pendant des siècles, la démocratie était vue comme le pire des régimes pendant des générations en Occident.
   Dans Démocratie, Histoire politique d'un mot (Lux éditeur, 2013), le professeur au Département de science politique de l'UQAM conclut avec fracas : le Canada n'est pas une démocratie et ne l'a jamais été.
Entrevue :

 
L’esprit antidémocratique des fondateurs de la «démocratie» moderne 

Par Francis Dupuis-Déri
Un article publié dans la revue AGONE, no 22, septembre 1999, pp. 95-114.

Article intégral :

Résumé
Se réclamant de la «démocratie» – sans toutefois donner plus de pouvoir au démos –, les représentants de nos systèmes politiques n’ont pas seulement piégé le peuple qu’ils prétendaient servir, c’est la langue elle-même qu’ils ont trahie : comment désormais mettre à jour l’antidémocratisme des discours, des pratiques, des systèmes et des hommes politiques rangés sous l’étiquette de «démocrates»? Le glissement de sens qu’a connu le mot «démocratie» constitue sans doute le principal coup de maître de la propagande politique moderne.

Introduction
«L’esprit antidémocratique des fondateurs de la «démocratie» moderne. On peut presque dire que la théorisation politique a été inventée pour montrer que la démocratie, le gouvernement des hommes par eux-mêmes, vire nécessairement en règne de la populace… S’il existe quelque chose telle que la tradition occidentale de la pensée politique, elle débute avec ce biais profondément antidémocratique.» (J.S. McClelland)  

Aujourd’hui, presque tous les acteurs et les penseurs politiques se réclament de la démocratie. Or, les fondateurs de nos démocraties représentatives étaient ouvertement antidémocrates, utilisant le mot «démocratie» pour désigner et dénigrer leurs adversaires trop radicaux. Ce paradoxe – des antidémocrates qui fondent les soi-disant «démocraties» modernes – apparaît très clairement lorsqu’on se plonge dans la lecture des discours, des pamphlets, des articles de journaux, des lettres personnelles ou des poèmes de l’époque révolutionnaire, tant américaine que française. En fait, la force quasi incantatoire que possède le mot «démocratie» aujourd’hui nous fait oublier que, pendant plus de deux mille ans, le terme «démocratie» eut un sens très négatif pour pratiquement tous les penseurs politiques, et qu’aucun acteur politique ne s’en est fait le champion.
   Depuis Athènes, on entendait par «démocratie» le gouvernement direct d’un peuple assemblé à l’agora pour proposer des lois, en débattre et les voter. Bien sûr, la démocratie athénienne n’était pas parfaite, les femmes, les esclaves et les métèques en étant exclus. Mais ce problème d’exclusion – qui mérite d’être pensé – n’eut que peu de résonance pendant deux mille ans, puisque les régimes monarchiques, impériaux ou soi-disant «démocratiques» pratiquaient presque toujours eux-mêmes l’esclavagisme et l’exclusion des femmes de la sphère publique. La définition de la démocratie s’intéressait donc peu à ces problèmes, qui n’en étaient pas aux yeux des penseurs et des acteurs politiques. Ils se concentraient plutôt sur la forme du gouvernement direct de la démocratie, considérée comme incompatible avec toute espèce de représentation. Cette définition descriptive se doublait d’un sens normatif péjoratif : la démocratie était un régime faible car le peuple est facilement manipulable par des démagogues et se laisse aisément entraîné par ses passions. Pire encore, ce peuple foncièrement irrationnel est incapable de discerner le «bien commun» – expression qui fait l’impasse sur les conflits inhérents à la vie en commun – et risque d’imposer des politiques égalitaires puisqu’à l’agora les pauvres seront toujours plus nombreux que les riches. Bref, la démocratie tendrait inéluctablement vers une de ses deux formes pathologiques : la tyrannie de la majorité ou le chaos. Les pères fondateurs des premières «démocraties» modernes partageaient cette vision de la démocratie.
   Nous nous trouvons donc devant une situation des plus paradoxales : nos régimes «démocratiques» ont été fondés par des individus profondément et ouvertement antidémocrates. Cet antidémocratisme, que nous nous proposons ici d’explorer, est un des éléments fondamentaux de nos systèmes représentatifs contemporains. Lors de sa formation, notre régime représentatif n’est pas connu sous le nom de «démocratie» mais plutôt sous celui de «république», deux termes qui ne sont pas synonymes, loin s’en faut. Pourtant, un changement d’étiquette survient, tant aux États-Unis qu’en France, vers la fin de la première moitié du XIXe siècle. Dès lors, des régimes ouvertement antidémocratiques adoptèrent, pour des raisons que l’on appellerait aujourd’hui de marketing politique, l’appellation de «démocratie». Comme l’antidémocratisme inhérent à notre régime représentatif, cet antidémocratisme des pères fondateurs nous semble s’expliquer sur les plans à la fois sociologique, politique et économique, philosophique et linguistique.

Une socialisation élitiste
[...] Outre cette méfiance à l’égard d’un régime politique démocratique, les membres de l’élite patriotique sont socialisés à se considérer comme supérieurs. Ils répètent ce qu’ils ont appris : de chaque société émergerait une sorte d’«aristocratie naturelle», à distinguer de l’aristocratie héréditaire illégitime quand la première est celle du mérite et de la vertu. L’«aristocratie naturelle», on la retrouve chez Thomas Jefferson : «Il y a une aristocratie naturelle, fondée sur le talent et la vertu, qui semble destinée au gouvernement des sociétés, et de toutes les formes politiques, la meilleure est celle qui pourvoit le plus efficacement à la pureté du triage de ces aristocrates naturels et à leur introduction dans le gouvernement». ... Selon les membres même de cette aristocratie naturelle, eux seuls détiendraient les compétences pour identifier, défendre et promouvoir le bien commun, alors que les gens du [petit] peuple ne sont motivés que par leur intérêt personnel et immédiat. Cet élitisme des patriotes s’exprime d’ailleurs sans gène dans les discours, pamphlets et lettres personnelles : le peuple est synonyme de «foule», de «populace», de «mob», de «crowd», de «vermine»… bref, d’attributs qui dénotent autant leur antidémocratisme qu’un véritable dédain des gens du peuple.

Utilisation politique du mythe de la «souveraineté»
D’un point de vue politique, les patriotes vont bien sûr s’efforcer de discréditer la légitimité du pouvoir du roi ou de l’aristocratie. Mais ils vont aussi insister sur l’incapacité politique du peuple à se gouverner lui-même. Méprisant les gens du peuple, il est bien normal que les leaders du mouvement patriote ne rêvent pas d’instaurer une démocratie directe. Mais s’ils refusent que l’agora soit le siège du pouvoir, c’est aussi, et surtout, qu’ils veulent le pouvoir pour eux-mêmes. [...]

Discours antidémocratique et peur des pauvres
À cet antidémocratisme s’ajoutait une peur du pauvre et de l’égalitarisme. Selon une idée alors largement répandue, comme tous ceux qui n’étaient pas autonomes financièrement (esclaves, femmes et salariés), les pauvres ne pouvaient avoir de pensée autonome et rationnelle. John Adams écrit ainsi : «Telle est la fragilité du coeur humain que seulement quelques hommes qui n’ont pas de propriété possèdent un jugement qui leur soit propre».
   [...] À ce mépris qu’affichait l’«élite» patriotique quant aux capacités politiques du peuple, se doublait la peur que, une fois au pouvoir, celui-ci ne s’attaque à la propriété privée et n’instaure l’égalitarisme : comme les royalistes, les républicains craignaient la démocratie directe et l’aspiration égalitaire des pauvres – l’égalitarisme était alors clairement associée aux excès de la démocratie. Certes, l’élite patriotique ne comptait pas tant de grands banquiers ou de riches marchants qu’essentiellement des administrateurs, des juges et des avocats qui avaient siégé dans les assemblées coloniales ou aux États généraux. Mais les leaders politiques connaissaient souvent personnellement les membres de l’élite économique, qu’ils côtoyaient au collège, en famille, dans les clubs, etc. Ils partageaient donc leur peur de voir les pauvres profiter des troubles sociopolitiques pour imposer réforme agraire, abolition des dettes, etc. Comme ils partageaient leur intérêt à limiter la turbulence qu’entraînait le mouvement de contestation qu’ils avaient lancé…
   Les révolutionnaires les plus radicaux ne s’y trompèrent d’ailleurs pas, associant ouvertement leurs idéaux égalitaires à l’idéal démocratique.

Justifications philosophiques
L’idéologie représentative sera enfin complétée par Benjamin Constant dans son célèbre et brillant discours De la liberté des anciens comparée à la liberté des modernes. Le système représentatif y est dépeint comme le seul respectant l’«esprit des modernes», c’est-à-dire une philosophie où l’individu moderne n’aurait comme perspective politique que le système représentatif. Selon Constant, les anciens concevaient la liberté comme la possibilité de participer aux décisions politiques. Les modernes, au contraire, se sentiraient libres lorsqu’ils pourraient se consacrer à leurs affaires privées… D’où l’intérêt pour les modernes du système représentatif, qui permet aux représentés de ne pas avoir à s’investir dans la sphère publique. 
   [...] Malgré ses qualités, Constant incarne bien ce délégué cynique et manipulateur qui dissimule son antidémocratisme derrière de belles paroles, cherchant à légitimer aux yeux des électeurs sa propre ambition politique.
   [...] Historiquement hérité du régime monarcho-féodal, le système représentatif moderne est philosophiquement légitimé par l’antidémocratisme de ceux qui l’ont instauré.

Langage : l’antidémocratisme dissimulé
L’antidémocratisme des pères fondateurs, quoiqu’aujourd’hui méconnu, avait l’avantage d’être ouvertement assumé. L’antidémocratisme contemporain est plus insidieux, ayant pris la forme d’une propagande de la démocratie.
   [...] Aux États-Unis, le mot «démocratie» acquiert un sens positif quand apparaissent les grands partis politiques. En France ce renversement de sens correspond à l’octroie du suffrage universel aux hommes et la montée des pressions socialistes. Une telle «manipulation langagière» ne s’est pas faite seule, mais fut orchestrée par l’élite politique; son but, jouer sur l’imaginaire pour asseoir la légitimité des représentants. Désigner les républiques comme démocratiques ne fut qu’une manoeuvre pour faire croire que ce système répondait aux intérêts du peuple – du demos.
   [...] Se réclamant de la «démocratie» – sans toutefois donner plus de pouvoir au demos –, les modernes n’ont pas seulement piégé le peuple qu’ils prétendaient servir, c’est la langue elle-même qu’ils ont trahie : comment désormais mettre à jour l’antidémocratisme des discours, des pratiques, des systèmes et des hommes politiques rangés sous l’étiquette de «démocrates»? Le glissement de sens qu’a connu le mot «démocratie» constitue sans doute le principal coup de maître de la propagande politique moderne.

L’«agoraphobie» comme concept politique
Un nouveau concept politique pourrait nous permettre de penser ce qui ne semble pouvoir l’être : l’antidémocratisme de notre démocratie moderne. Nous proposons un concept emprunté à la psychologie : l’agoraphobie – «peur injustifiée, parfois accompagnée de vertige, que certaines personnes éprouvent lorsqu’elles se trouvent dans des lieux publics et de grands espaces découverts. L’agoraphobique, affolé à l’idée de devoir traverser une place ou d’être mêlé à la foule, préfère les éviter». L’agora, qui inspira le concept, est la place publique constituant le coeur politique et économique de la cité démocratique en Grèce antique, où se réunissaient les citoyens pour exercer directement leur pouvoir.
   Passant en politique, l’agoraphobie décrit cette méfiance à l’égard d’un peuple se gouvernant seul, sans que sa volonté ne soit filtrée par des représentants. Le philosophe ou l’acteur politique qui souffre d’agoraphobie politique craint la démocratie directe, ce «chaos», cette «tyrannie de la majorité». Peur du peuple au pouvoir, l’agoraphobie politique est aussi un mépris des capacités politiques du peuple.
   Un tel concept n’aurait pas été utile lors de l’instauration de nos gouvernements représentatifs, les politiciens de l’époque se déclarant alors ouvertement antidémocrates. Mais depuis, nommant «démocratie» un système politique fondé sur des bases antidémocratiques, les politiciens se disant «démocrates» ont piégé la pensée à la manière du «Big Brother» de 1984. Ce coup de force piège la critique de l’agoraphobie de nos républiques. Il fait de la naissance des «démocraties» modernes une rupture avec un ordre ancien où le peuple ne détenait pas le pouvoir. Rien n’est moins faux : suivant l’esprit des fondateurs, le système représentatif n’est qu’une forme raffinée d’incarnation de cette agoraphobie qui a toujours caractérisé la pensée et l’action politique. Il y eut quelques rares expériences dénuées d’agoraphobie – comme Athènes ou les communes anarchistes –, mais notre système représentatif n’en fait pas partie.

5 novembre 2018

Aucun répit pour les chevaux de calèche

C’est infiniment triste et regrettable d’avoir à revenir régulièrement sur la question des calèches, qui devrait être réglée depuis des années. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait promis que si elle était élue elle interdirait les calèches dès 2018. Promesse reportée au 31 décembre 2019, malgré la mort d’un cheval de calèche, ce dimanche 4 novembre dans le Vieux Montréal. Ce qui signifie que les pauvres chevaux devront charrier des touristes dans les rues pavées et pollués au CO2 pendant encore un an.

Ça me fait penser aux ânes de l'île Santorin (Grèce) qui doivent monter des escaliers de pierres escarpés, chargés de touristes obèses incapables d'utiliser leurs propres jambes pour visiter les sites. Les ânes peuvent grimper et descendre les 500 marches plusieurs fois par jour, avec des passagers pesant jusqu’à 300 lb (136 kg) sur leur dos, sous un soleil incandescent. Inhumain. Le pire c’est qu’il y a un téléférique juste à côté! Ah mais, peut-être que les bennes tomberaient – un âne qui s’écroule on ne le répare pas, on l’envoie à l’abattoir...  
Le calvaire des ânes

Mon dossier «calèches» (si le sujet vous intéresse) :

Ces fameuses calèches «patrimoniales» (20 mai 2016)

Les chevaux ne sont pas des « biens » patrimoniaux (7 juin 2016)

À bas les calèches (13 décembre 2016)

Damnées calèches! (6 septembre 2017)

(Première rangée à g. sur la photo : Luc Desparois) Les cochers jubilent. En mai 2016, Denis Coderre avait imposé un moratoire d’un an sur les calèches de Montréal; avec interdiction de circuler. Représentés par Me Audi Gozlan, les cochers en colère ont déposé une injonction pour faire annuler ce moratoire, en se basant sur leur droit de travailler. Le juge Kirkland Casgrain de la Cour supérieure a rendu un verdict en leur faveur.


Calèche électrique – À l’occasion du prix de Formule E, l'ex-maire Denis Coderre présentait Montréal comme la future capitale mondiale du transport électrique. Paradoxe : en juillet 2016, l’administration a interdit à un cocher d’utiliser sa calèche électrique, une initiative pourtant en parfaite harmonie avec une ville «électrique» : 
   Jacques Prud'homme, un cocher de Montréal, a voulu mettre en circulation dans les rues du Vieux-Montréal une calèche électrique sans chevaux, mais il s'est vu refuser son projet en raison de la non-conformité de son véhicule.
   «Ce n’est pas une calèche», déclara la porte-parole de ville. Après avoir été averti verbalement par des inspecteurs de l'arrondissement de Ville-Marie, le cocher Jacques Prud'homme a dû retirer sa calèche des postes d’attente pour les véhicules hippomobiles. «Il ne peut pas non plus circuler sur la voie publique étant donné qu’il n’a pas fait la démonstration qu’il détenait les autorisations et certificats d'homologation requis à cet effet», a expliqué Anik de Repentigny, porte-parole de l'arrondissement de Ville-Marie. 
(ICI Radio-Canada Première / TVA nouvelles, 21 juillet 2016)


Les calèches menacent la sécurité des personnes et des chevaux. C’est ridicule de faire perdurer cette tradition barbare qui n’a pas sa place au coeur de la circulation urbaine, avec les émanations d'essence et le nombre de conducteurs qui s'impatientent déjà contre piétons et vélos...

Dublin (Irlande), 15 octobre 2018 – Un cocher a été hospitalisé après qu’un véhicule ait percuté sa calèche. Le cheval en panique a couru sur 100 mètres avec son attelage. La calèche a perdu ses roues, mais au moins le cheval n’a pas été blessé.

Des enquêtes sur la stupidité humaine sont en cours.

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Un cheval est mort en tirant une calèche, dimanche après-midi sur la rue Saint-Jean, dans le Vieux-Montréal. La bête avait 15 ans et était très malade, selon une porte-parole de l’Anti-Calèche Defense Coalition, Mirella Colalillo, qui a obtenu de l’information sur la mort de l’animal. Quelques photos du cheval, couvert de différents tissus, ont circulé sur Facebook.
Vidéo juste avant qu'il s'écroule :  
https://www.facebook.com/anticalechedefensecoalition/

Je suis contente pour le cheval, au moins il a terminé sa vie de merde dans les rues polluées et les écuries insalubres de Lucky Luc. Il a terminé sa vie d’esclave aux mains d’un sans coeur. Lucky Desparois pourrait se mériter un Prix Darwin – Les Darwin Awards saluent l'amélioration du génome humain en récompensant ceux et celles qui se sont accidentellement retirés du patrimoine génétique global en mourant à la suite de comportements particulièrement stupides de leur part. Les prix sont donc généralement décernés à titre posthume, mais parfois à des vivants devenus stériles pour la même raison. http://www.darwinawards.com/

Vieux-Montréal : un cheval de calèche s'effondre et meurt
Isabelle Hachey | La Presse | Le 4 novembre 2018

Un cheval de calèche s'est écroulé dimanche après-midi dans le Vieux-Montréal. L'animal est mort après avoir été secoué de convulsions, un triste incident qui risque de relancer le débat sur l'éthique dans l'industrie des calèches.

Photo Olivier Jean, La Presse. Le cheval Zeus appartenait à Luc Desparois, propriétaire de Services de calèches et traîneaux Lucky Luc. Cette entreprise, qui a le monopole des calèches à Montréal, a maintes fois été dénoncée par les organismes de défense des animaux qui jugent la pratique cruelle et les chevaux, maltraités.

Encore sous le choc, la cochère Shanna Lalonde a raconté que le cheval, Zeus, s'était mis à tousser sans pouvoir s'arrêter, rue Saint-Jean, à l'angle de la rue du Saint-Sacrement. «J'ai débarqué mes clients, je l'ai détaché de la calèche, j'ai essayé de l'aider à passer sa toux. Ça n'a pas passé et il s'est effondré par terre.»
   En septembre 2017, un autre cheval s'était d'ailleurs effondré dans le Vieux-Montréal. Cocotte était restée près de huit minutes au sol, inerte, avant de se relever. Des images filmées par des passants avaient alors soulevé l'indignation des citoyens. M. Desparois s'était défendu en affirmant que la jument s'était «simplement endormie».
   Celui que l'on surnomme le «King des calèches» semblait catastrophé devant son cheval mort, dimanche après-midi. «Voir si on a besoin de ça», a-t-il maugréé. L'incident risque en effet d'apporter de l'eau au moulin de l'administration de Valérie Plante, qui a annoncé la disparition des calèches à Montréal à partir de 2020.
   M. Desparois compte s'adresser aux tribunaux pour faire reculer la Ville dans ce dossier. «Des chevaux, il y en a qui meurent partout. Nous, à Montréal, on les garde souvent vieux parce qu'on se fait des relations avec eux, on travaille avec eux. Il y a des cochers qui restent sur la job pour le cheval, pas pour la job. C'est des amis, des partenaires de travail», a-t-il fait valoir. 
   Selon la cochère Shanna Lalonde, Zeus avait «un petit restant de grippe» dimanche matin, mais rien de grave. Le gros cheval alezan avait eu droit à «presque deux semaines de vacances» pour s'en remettre.
   «On travaille dans le public avec des animaux, on est habitués de soigner des animaux, a dit M. Desparois. Ça ne serait pas à notre avantage de ne pas en prendre soin. Ce ne sont pas des machines.»
   En avril 2016, un rapport du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation a constaté l'insalubrité de l'écurie de M. Desparois. L'entreprise a été condamnée à une amende de 600 $. Selon le rapport, les chevaux étaient forcés de se coucher dans leur crottin.
   À la même époque, un cheval avait été blessé après avoir été percuté par un véhicule dans le Vieux-Montréal. L'incident avait poussé l'ancien maire Denis Coderre à imposer un moratoire sur les calèches. Un juge avait ensuite forcé le maire à reculer, décrétant qu'il n'avait pas le droit de suspendre les permis de tous les cochers.
   À l'été 2015, d'anciens cochers ont dénoncé les conditions de vie des chevaux du «King des calèches» au Journal de Montréal. Le quotidien avait alors fait état de journées de 16 heures et d'injection de puissants anti-inflammatoire aux chevaux boiteux pour les forcer à travailler malgré leurs blessures.


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D’autres enquêtes sur la stupidité humaine sont à prévoir. 

3 novembre 2018

Le lithium, c’est pas du gluten!

Notre beau projet de détruire la terre jusqu’au dernier centimètre carré fonctionne admirablement bien. Nous avons inventé de fabuleux moyens pour y parvenir le plus vite possible, et rien ne ralentira notre course. Ne baissons pas les bras, d’ici 10 ans nous aurons atteint nos objectifs!

Une nouvelle très encourageante :
Nous avons fait disparaître 60 % des populations de vertébrés sauvages en 44 ans. Le déclin de la faune concerne tout le globe, avec des régions particulièrement affectées, comme les Tropiques, selon le 12e rapport de «Planète vivante», publié avec la Société zoologique de Londres et basé sur le suivi de 4000 espèces, pour un total de 16 700 populations distinctes. La zone des Caraïbes et de l'Amérique du Sud affiche un bilan «effrayant» : -89 % en 44 ans. La zone composée de l'Amérique du Nord et du Groenland s'en sort un peu mieux, avec une faune à -23 %. La vaste zone Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient est à -31 %.

Quelque 150 à 200 espèces sont anéanties par jour dans le monde. Sur 900 espèces fauniques étudiées au Québec, la moitié est en déclin.
   Il faut donc redoubler d’effort. Nous pouvons faire mieux avec plus de destruction des habitats fauniques et des écosystèmes, plus d’agriculture intensive au glyphosate, de déforestation, d’extraction minière, pétrolière et gazière, de mini centrales nucléaires, de pollution biochimique, d’urbanisation massive, de construction d'autoroutes, de surpêche, de chasse, de braconnage, etc. Quelques explosions nucléaires ici et là pourraient accélérer notre victoire. Car oui, nous la gagnerons cette grande guerre contre la nature, grâce à notre ingéniosité et intelligence exceptionnelles. Chers amis, les écolos vous traiteront de cons. Ne vous en faites pas «Tout le monde est con. Ben oui, criez ‘espèce de con!’ dans la rue et tout le monde se retourne.»     

Trêve de sarcasmes...

Marché mondial du lithium

Réduire notre dépendance aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel, énergie nucléaire) en augmentant notre dépendance aux métaux rares (utilisés pour le high-tech, les batteries de voitures électriques, les panneaux solaires, les éoliennes...), constitue un saccage supplémentaire, puisque l’extraction et le raffinage de ces ressources est tout autant catastrophique que l’exploitation des sables bitumineux.
   Contrairement à ce que croient les gens, bombardés par la propagande des politiciens et des industriels, le véhicule électrique n’est pas plus vert-ueux pour le climat que la voiture thermique (essence ou diésel).
   La fabrication des batteries est tellement émettrice de CO2 qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO2 qu’avec la voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans. Les bonus «écologiques» à l’achat d’une voiture électrique, offerts par le gouvernement et les municipalités à même les fonds publics, vont pour la plupart aux acheteurs plus aisés et privilégiés car ces véhicules coûtent très chers. Et la durée de vie des batteries n’est pas éternelle...  

Bolivie : le lithium, ou l'or blanc du désert
France 2 | 31/10/2018

En Bolivie, le salar d'Uyuni est la plus grande réserve de lithium, qui permet notamment la fabrication des batteries de voitures électriques, au monde.
   Niché à 3 650 mètres d'altitude, le salar d'Uyuni, en Bolivie, est le plus grand désert de sel du monde. L'eau du lac s'est retirée il y a 14 000 ans, laissant une vaste croûte de sel derrière elle. Les touristes viennent du monde entier pour profiter de ces immensités. Longtemps, le tourisme fut la seule richesse du salar d'Uyuni, mais les paysages immaculés sont aujourd'hui transformés pour faire place à l'exploitation d'un des matériaux devenus l'un des plus stratégiques de la planète : le lithium, métal indispensable pour les téléphones portables, les ordinateurs et les batteries de voitures électriques. Sous son désert de sel, la Bolivie possède les plus grandes réserves mondiales de lithium, 40% du stock de la planète.

De graves conséquences écologiques
Des tonnes de saumure pompées dans les nappes phréatiques du désert sont acheminées dans d'immenses bassins. C'est cette saumure qui contient le lithium. L'évaporation de l'eau des bassins est un processus naturel qui dure douze mois. On obtient des sels riches en minéraux de toutes sortes. La Bolivie a investi 1 milliard d'euros dans ce complexe, considérant que le lithium sera à la voiture électrique ce que le pétrole est à la voiture à essence. Les autorités veulent faire de la Bolivie l'Arabie saoudite du Lithium. Mais pour l'heure, la Bolivie est moins productive que ses voisins. La tonne se vend 20 000 € et les prix continuent d'augmenter.
   Les conséquences environnementales de cette pratique pourraient être considérables. Dans cette région déjà désertique, la consommation en eau nécessaire à la production du lithium est gigantesque. Les rivières environnantes sont déjà à sec. Les cultivateurs de quinoa, principale ressource agricole de la région, sont les plus touchés par cette sécheresse. Au nom d'une énergie jugée propre, la course au lithium est en train d'assécher des régions entières de la cordillère des Andes.

Vidéo :

Photo : Bassin d’évaporation d’ADY Resources en Argentine; Michel Huneault / L’actualité, 2014.

Qu’ont en commun les tablettes numériques, les plus récents modèles d’avions, les cigarettes électroniques et les voitures électriques? Chacun compte un métal léger, en voie de devenir la vedette du XXIe siècle : le lithium. [...] Par sa légèreté et sa haute capacité électrochimique, le lithium rend possible la commercialisation de batteries de plus en plus denses, à un prix de plus en plus abordable. Une course à la miniaturisation qui a décuplé la demande de ce métal alcalin, qu’on extrait de la saumure (en Amérique du Sud, par exemple) ou de roches (comme on envisage de le faire au Québec, notamment). Pas étonnant que la vaste région aride située à la jonction du Chili, de l’Argentine et de la Bolivie ait été baptisée le «triangle du lithium» par nombre de politiciens et de médias du monde : c’est là que sont concentrés les lacs les plus riches en lithium de la planète, les salares. Ils recèlent près de 40 % des ressources mondiales de lithium, selon le U.S. Geological Survey. [...] Le marché est propulsé vers l’avant par les véhicules hybrides et électriques.


«Les sources de métaux rares sont en voie de devenir un enjeu géopolitique comparable au pétrole. Dalahai, situé en Mongolie intérieure dans la région de Baotou, surnommé le village du cancer, est la capitale mondiale des terres rares. Les zones d’extraction et de raffinage offrent des paysages dévastés avec des lacs de rejets toxiques absolument gigantesques. Les boues noires sont gavées de résidus chimiques, incluant le thorium qui produit des gaz radioactifs. La situation est absolument déplorable autour de cette zone où les gens meurent à petit feu, notamment de cancer. La Chine est devenue la maitresse du marché, d’une ribambelle de métaux rares, dont les plus stratégiques d’entre eux, les terres rares, qu’elle détient à 95 %. Et c’est là que tout devient hyper géopolitique. Je suis complètement revenu de cette révolution verte lorsque j’ai commencé à mettre mon nez dans les métaux rares. J’ai pu constater le décalage total entre le discours et la réalité. Le discours des industriels est un discours de marketing. Un discours qui veut vendre toujours plus de technologies, et qui a intérêt à passer sous silence la face noire de cette transition énergétique que sont ces métaux rares.» ~ Guillaume Pitron


Il y a 17 «métaux de terres rares» – le nom ne signifie pas nécessairement qu'ils sont en nombre insuffisant; il désigne le fait que les métaux se développent dans des dépôts de minéraux dispersés, plutôt que dans des minerais concentrés. Des métaux des terres rares se produisent généralement ensemble, et, une fois extrait, doivent être séparés.
   Le néodyme est couramment utilisé dans le cadre d'un alliage néodyme-fer-bore (Nd2Fe14B) qui, grâce à sa structure cristalline tétragonale, est utilisé pour fabriquer les aimants les plus puissants du monde. Les moteurs électriques et les générateurs s'appuient sur les principes de base de l'électromagnétisme, d'où l'utilisation d'aimants très performants. ... Avec la montée des solutions énergétiques alternatives, le néodyme a vraiment pris de l'importance (voitures hybrides et éoliennes).
   Le processus utilisé pour extraire le néodyme a un impact environnemental épouvantable et soulève de sérieuses questions sur la crédibilité de ce qu'on appelle la technologie verte.
   À Baotou, les déchets de ce processus hautement toxique finissent par être pompé dans le lac proche de Dalahai. Ce vaste chaudron est le dépotoir pour les sept millions de tonnes par an de terres rares extraites après avoir été aspergé d'acide et de produits chimiques et traitées par des fours chauffés au rouge pour en extraire ses composants.
   Le Baogang Group, propriété de l'État, qui exploite la plupart des usines à Baotou, affirme qu'il investit des dizaines de millions de livres par an dans la protection de l'environnement et qu'il traite les déchets avant de les rejeter.
   Des pipelines rouillés serpentent sur des kms à travers les usines de traitement des terres rares vers le lac artificiel où, mélangé avec de l'eau, les déchets radioactifs nauséabonds sont pompés jour après jour.
   Chaque fois que nous achetons des produits qui contiennent des métaux de terres rares, nous sommes complices inconsciemment de la dégradation massive de l'environnement et de la destruction de ces communautés.


«Minerais de sang»

Le «minerai de conflits» ou «minerai de sang» désigne la roche qui contient une concentration d'un ou plusieurs minéraux en quantité suffisante pour être économiquement exploitable. Les quatre métaux les plus recherchés sont l’étain (cassitérite), le tungstène, le tantale (colombo-tantalite ou «coltan») et l’or.
   Depuis la fin des années 1990, l’extraction de ces minerais dans des zones de conflits situés dans la région africaine des Grands Lacs a contribué au financement de groupes armés et à de graves violations des droits de l’homme, d’où le terme «minerai de sang».

Collage : Joe Webb, «International Response» http://www.joewebbart.com/
   
Personne ne veut intentionnellement contribuer à violer les droits de la personne et à faire travailler des hommes, des femmes et des enfants (des esclaves) dans des conditions inhumaines.
   C’est pourquoi plusieurs consommateurs n’achètent pas de «diamants de sang» pour éviter de soutenir les ravages humanitaires causés par l’extraction des diamants en Afrique. Néanmoins, nous soutenons involontairement une autre industrie tout aussi cruelle en achetant des appareils électroniques qui contiennent des «minerais de conflits», qu’on retrouve dans les batteries; ampoules; fils électriques; éclairage LED; réservoirs d'essence; revêtement de toiture; panneaux solaires; appareils GPS; téléviseurs; montres; appareils à micro-ondes; objectifs de caméra; plumes fontaine, stylos à bille, et plus encore...

D'où viennent ces minerais?
Les minerais proviennent en majorité de régions déchirées par la guerre, comme la République démocratique du Congo, entre autres. Même si le Congo est incroyablement riche en minéraux 3TG, il reste l'un des pays les plus pauvres du monde en raison des conflits et des guerres. Pendant des années, les groupes rebelles ont pris le contrôle des mines, vendant leurs minéraux tout en enrôlant des enfants-soldats armés d'AK-47 pour patrouiller et repousser l'ingérence gouvernementale.
   Selon National Geographic : «Cela n'a aucun sens. Il faut comprendre que les mines sont contrôlées par les milices de l'est du Congo qui fournissent en matières premières les plus grandes sociétés d'électronique et de bijouterie du monde, et qui en même temps, alimentent le chaos. Il est probable qu’à l’intérieur de votre ordinateur portable, votre appareil photo, votre console de jeux ou votre collier en or se dissimule un peu de souffrance du Congo.» Et c'est là le problème.  


Comment sortir du cycle infernal?  
Certaines entreprises s'efforcent de fournir des matériaux de source plus éthiques, mais plusieurs autres continuent de fermer les yeux. Sears, Walmart et Neiman Marcus ne font rien pour régler les graves problèmes qui se posent; ils s'approvisionnent sans discernement. Et la demande pour ces matériaux miniers dans l'industrie de la technologie ne fait que croître.
   Depuis 2017, dans les mines de tantale, d'étain et de cobalt du Congo, 79 % de la main-d’oeuvre n’est plus menacée par des milices armées. Cependant, 64 % de la main-d’oeuvre dans les mines d'or travaille toujours dans des conditions de conflit grave.
   Vérifiez les sources d’approvisionnement des fabricants de technologies en consultant les cotes annuelles de Enough Project https://enoughproject.org/ ou en communiquant directement avec les entreprises. Faites-leur savoir que vous refusez de perpétuer le problème en achetant leurs produits.

Adaptation d’un article publié sur Care2

Lisez l'info et regardez les vidéos du site Enough Project, cela pourrait vous aider à freiner vos envies de gadgets électroniques dernier cri qui ne sont pas indispensables à votre travail ni à votre «bonheur»...

 

Complément 

Libre-échange, cheap labour et esclavage
La souffrance est la matière première de tout ce que nous consommons :