15 janvier 2014

Agendas cachés *

Les agendas cachés * des superpuissances religieuses : quoi d’autre pourrait entraver l’aboutissement d’un État laïque? Un État laïque où tout le monde aurait le droit de pratiquer sa religion – en privé et sans imposer ses propres lois (civiles), dogmes et rituels aux autres citoyens. Et qui donc paie la facture de cette lutte de pouvoir vieillarde entre représentants politiques et religieux  si ce n’est la masse de croyants et d'incroyants?

Comment faire en sorte que toutes ces pointes de tarte cohabitent dans le même État (sans s'entretuer) si celui-ci n'est pas laïque?
 

* Agenda caché : en écrivant ce titre, il me semblait entendre Guy Bertrand (notre ayatollah de la langue française à R.C.) dire «c’est un anglicisme»… L’expression juste est : objectif secret ou stratégie secrète. Voilà, corrigé.

Henry David Thoreau :

Je ne cherche pas querelle à des ennemis lointains mais à ceux qui, tout près de moi, collaborent avec ces ennemis lointains et leur sont soumis : privés d'aide ces gens-là seraient inoffensifs. Nous sommes accoutumés de dire que la masse des hommes n'est pas prête; mais le progrès est lent, parce que l'élite n'est, matériellement, ni plus avisée ni meilleure que la masse. Le plus important n'est pas que vous soyez au nombre des bonnes gens mais qu'il existe quelque part une bonté absolue, car cela fera lever toute la pâte. Il y a des milliers de gens qui par principe s'opposent à l'esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme; qui se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu'ils ne savent que faire et ne font rien; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et peut-être, s'endorment sur les deux. Quel est le cours d'un honnête homme et d'un patriote aujourd'hui? On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n'entreprend rien de sérieux ni d'effectif. On attend, avec bienveillance, que d'autres remédient au mal, afin de n'avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un «Dieu vous assiste» à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. Mais il est plus facile de traiter avec le légitime possesseur d'une chose qu'avec son gardien provisoire.
       …Même voter pour ce qui est juste, ce n'est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu'elle l'emporte. Un sage n'abandonne pas la justice aux caprices du hasard; il ne souhaite pas non plus qu'elle l'emporte par le pouvoir d'une majorité. Il y a bien peu de vertu dans l'action des masses humaines. Lorsqu'à la longue la majorité votera pour l'abolition de l'esclavage, ce sera soit par indifférence à l'égard de l'esclavage, soit pour la raison qu'il ne restera plus d'esclavage à abolir par le vote. Ce seront eux, alors, les véritables esclaves. Seul peut hâter l'abolition de l'esclavage, celui qui, par son vote, affirme sa propre liberté. (…)
       Ce n'est une obligation pour personne, bien sûr, de se vouer à l'extirpation de tel ou tel mal, aussi criant et injuste soit-il; on peut très bien se consacrer à d'autres poursuites; mais qu'au moins on ne s'en lave pas les mains : ne pas accorder à ce mal d'attention soutenue ne veut pas dire qu'il faille lui accorder un appui de fait. Si je me livre à d'autres activités, à d'autres projets, il me faudrait au moins veiller d'abord à ne pas les poursuivre juché sur les épaules d'autrui. Je dois d'abord en descendre pour permettre à mon prochain de poursuivre, lui aussi, ses projets. (…)

Voici quelques années, l'État vint me requérir au nom de l'Église de payer une certaine somme pour l'entretien d'un pasteur dont, au contraire de mon père, je ne suivais jamais les sermons. «Payez, disait-il, ou vous êtes sous les verrous.» Je refusai de payer. Malheureusement, quelqu'un d'autre crut bon de le faire pour moi. Je ne voyais pas pourquoi on devait imposer au maître d'école l'entretien du prêtre et pas au prêtre, celui du maître d'école, car je n'étais pas payé par l'État. Je gagnais ma vie par cotisations volontaires. Je ne voyais pas pourquoi mon établissement ne présenterait pas aussi sa feuille d'impôts en faisant appuyer ses exigences par l'État à l'imitation de l'Église. Toutefois, à la prière du Conseil Municipal, je voulus bien condescendre à coucher par écrit la déclaration suivante : «Par le présent acte, je, soussigné Henry Thoreau, déclare ne pas vouloir être tenu pour membre d'une société constituée à laquelle je n'ai pas adhéré.» Je confiai cette lettre au greffier qui l'a toujours; l'État ainsi informé que je ne souhaitais pas être tenu pour membre de cette Église, n'a jamais depuis lors réitéré semblables exigences, tout en insistant quand même sur la validité de sa présomption initiale. Si j'avais pu nommer toutes les Sociétés, j'aurais signé mon retrait de chacune d'elles, là où je n'avais jamais signé mon adhésion, mais je ne savais où me procurer une liste complète. (…)

L'État n'affronte jamais délibérément le sens intellectuel et moral d'un homme, mais uniquement son être physique, ses sens. Il ne dispose contre nous ni d'un esprit ni d'une dignité supérieurs, mais de la seule supériorité physique. Je ne suis pas né pour qu'on me force. Je veux respirer à ma guise. Voyons qui l'emportera. Quelle force dans la multitude? Seuls peuvent me forcer ceux qui obéissent à une loi supérieure à la mienne. Ceux-là me forcent à leur ressembler. Je n'ai pas entendu dire que des hommes aient été forcés de vivre comme ceci ou comme cela par des masses humaines – que signifierait ce genre de vie? (…)

La démocratie telle que nous la connaissons est-elle l'aboutissement ultime du gouvernement? Ne peut-on franchir une nouvelle étape vers la reconnaissance et l'établissement des droits de l'homme? Jamais il n'y aura d'État vraiment libre et éclairé, tant que l'État n'en viendra pas à reconnaître à l'individu un pouvoir supérieur et indépendant d'où découleraient tout le pouvoir et l'autorité d'un gouvernement prêt à traiter l'individu en conséquence. Je me plais à imaginer un État enfin, qui se permettrait d'être juste pour tous et de traiter l'individu avec respect, en voisin; qui même ne trouverait pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se mêler des affaires du gouvernement ni se laisser étreindre par lui, du moment qu'ils rempliraient tous les devoirs envers les voisins et leurs semblables. Un État, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu'il tombât sitôt mûr, ouvrirait la voie à un État encore plus parfait, plus splendide, que j'ai imaginé certes, mais encore vu nulle part.

Notes biographiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_David_Thoreau

Mark Twain :

Tant de sang a été versé par l'Église en raison d'une loi absente de l’Évangile : «Tu resteras indifférent à la religion de ton voisin». Pas uniquement tolérant, mais indifférent. Plusieurs religions se réclament de la divinité, mais aucune n'est assez magnanime ou assez divine pour ajouter cette nouvelle loi à son code. (A Biography) 

Notre Bible nous révèle la nature de notre Dieu avec une précision minutieuse et implacable. Le portrait est en gros celui d’un homme, si l’on peut imaginer un homme débordant les limites humaines par ses impulsions malfaisantes, bref quelqu’un que plus personne ne souhaiterait fréquenter, maintenant que Néron et Caligula sont morts. Dans l’Ancien Testament, ses actes dévoilent constamment sa nature vindicative, injuste, mesquine, impitoyable et vengeresse. Il ne fait que punir, traitant des peccadilles avec une sévérité démesurée, poursuivant des enfants innocents pour les fautes de leurs parents, châtiant des populations blanches comme neige pour les torts de leurs dirigeants, s’abaissant même, pour assouvir Sa soif de vengeance, à verser le sang d’inoffensifs agneaux, veaux, moutons et boeufs, en punition d’affronts insignifiants commis par leurs propriétaires. (Dieu est-il immoral? / 1906)

L'homme est un animal religieux. Il est le seul animal religieux. Il est le seul animal qui possède la Vraie religion – et même plusieurs. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui-même et qui lui tranche la gorge si sa théologie n’est pas correcte. Il a fait du globe un cimetière en voulant de bonne foi aplanir le chemin de son frère vers le bonheur et le paradis... Les animaux supérieurs n'ont aucune religion. Et on nous dit qu'ils vont être laissés pour compte dans l'au-delà. Je me demande pourquoi? Cela semble questionnable. (The Lowest Animal)

À propos de Dieu : Nous le considérons comme la Source de la morale, alors que Son histoire et Son comportement quotidien démontrent qu'il est complètement dénué de morale. Si Dieu existe, il n'y a qu'à observer l'état de notre monde pour comprendre qu'il est un malade mental, une brute malfaisante.

L’homme est une merveilleuse curiosité … il pense qu’il est le chouchou du créateur… et qui plus est, il croit que le créateur l’aime; qu’Il est passionné par lui : qu’Il se lève la nuit pour l’admirer; qu’Il le protège et qu’Il le sauvegarde des mésaventures. Il lui adresse des prières et il pense qu’Il l’entend. N’est-ce pas là une idée pittoresque? (Lettres de la Terre)

La religion est un ensemble de choses que l'homme moyen croit vraies et dont il aimerait être certain. (Notebook, 1879)

En matière de religion, l'Histoire le montre, nous progressons à reculons et pas autrement.

L'Inde a deux millions de dieux qu’elle vénère tous. En matière de religion tous les autres pays sont pauvres; l'Inde est le seul millionnaire. (Following the Equator)

The easy confidence with which I know another man's religion is folly teaches me to suspect that my own is also. I would not interfere with any one's religion, either to strengthen it or to weaken it. I am not able to believe one's religion can affect his hereafter one way or the other, no matter what that religion may be. But it may easily be a great comfort to him in this life – hence it is a valuable possession to him. (A Biography)  

Zeal and sincerity can carry a new religion further than any other missionary except fire and sword. (Christian Science)

Notes biographiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Twain

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