3 mars 2012

Holocauste équin

Depuis quelque temps on fait la promotion à tous crins de la viande chevaline. Les bovins, la volaille, les poissons et les cerfs d’élevage ne suffisent pas, il faut du cheval.


Et, les procédures en abattoirs chevalins sont de nouveau sur la sellette…

Quand on observe la façon dont on abat les humains à grandeur de la planète, faut-il s’étonner de la façon dont abat les chevaux?

Aurez-vous le courage de manger de la viande de cheval après avoir vu cette vidéo? 
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=dttuiwHuk_s

J’ai abondement écrit au sujet de la cruauté envers les animaux, notamment les chevaux (vous pouvez visiter le libellé Zoofriendly et l’onglet MPH). 

Je n’ai rien à ajouter sinon qu’il existe des personnes douées de compassion, aimant vraiment les chevaux, et qui ont créé des foyers d’accueil et des CHSLD (Centre d’hébergement de soins de longue durée) pour chevaux : 

au Québec : Le refuge de Galahad
http://www.lerefugedegalahad.com/nouvelles.htm

en Ontario : Le Refuge RR – vous trouverez un modèle de carte postale à envoyer au gouvernement fédéral concernant les abattoirs
http://www.refugerr.org/fr/

***

Dans le texte qui suit, remplacez «France» par Québec/Canada, car je crois qu’en France le décret de 1964 est davantage respecté maintenant. Et les vœux de Marguerite Yourcenar – à savoir la production d’un « film plein de sang, de meuglements, et d'une épouvante trop authentique, qui fera peut-être plaisir à quelques sadiques, mais produira aussi quelques milliers de protestations »; il s’agit de «Earthlings / Terriens»… http://video.google.fr/videoplay?docid=4093730216074063220#

Marguerite Yourcenar,
Le temps, ce grand sculpteur,
Gallimard, NRF, 1983, p.191-195  

(Source : Bibliothèque virtuelle des droits des animaux) 

XV
Une civilisation à cloisons étanches

Il nous est arrivé à tous de regarder avec horreur et dégout les scènes d'exécution sur la place publique des peintures du Moyen Âge ou des gravures du XVIIe siècle. Il est arrivé aussi à beaucoup d'entre nous de passer vite, écœurés, dans quelque petite ville d'Espagne ou d'Orient, devant la boucherie locale, avec ses mouches, ses carcasses encore chaudes, ses bêtes vivantes attachées et tremblantes en face des bêtes mortes, et le sang s'écoulant dans le ruisseau de la rue. Notre civilisation à nous est à cloisons étanches : elle nous protège de tels spectacles.

À la Villette, aux chaines n° 2 des nouveaux abattoirs, les veaux et les bovins, ces derniers après une chute brutale, sont suspendus en toute conscience avant l'exécution, ce qui permet (time is money) d'aller plus vite. Ce système est bien entendu interdit (par un décret du 16 avril 1964), ce qui n'empêche pas qu'il reste profitablement en usage. Les murs de nos nouveaux abattoirs (belle réalisation technique, à n'en pas douter, pourvue comme on voit de tous les perfectionnements) sont épais : nous ne voyons pas ces créatures se tordre de douleur; nous n'entendons pas leurs cris, que ne supporterait pas le plus ardent amateur de bifteck. Les effets de la conscience publique sur la digestion ne sont pas à craindre.

Oscar Wilde a écrit quelque part que le pire crime était le manque d'imagination : l'être humain ne compatit pas aux maux dont il n'a pas l'expérience directe ou auxquels il n'a pas lui-même assisté. J'ai souvent pensé que les wagons plombés et les murs bien construits des camps de concentration ont assuré l'extension et la durée de crimes contre l'humanité qui auraient cessé plus vite s'ils avaient eu lieu en plein air et sous les yeux de tous. L'habitude, sur les places publiques du Moyen Âge et du Grand Siècle, mithridatisait assurément certains spectateurs ; il s'en trouvait toujours, pourtant, pour s'émouvoir, sinon protester tout haut, et leur murmure a fini par être entendu. Les exécuteurs des hautes œuvres de nos jours prennent mieux leurs précautions.

«Mais quoi», s'écrie le lecteur, déjà irrité ou amusé (certains lecteurs s'amusent de peu), «il s'agit de veaux et de vaches dont le nom seul est ridicule, comme on sait, et vous osez évoquer à leur propos les pires crimes contre l'humanité.» Oui, sans doute : tout acte de cruauté subi par des milliers de créatures vivantes est un crime contre l'humanité qu'il endurcit et brutalise un peu plus. Je crains qu'il ne soit pas, malheureusement, dans nos possibilités de Français d'interrompre immédiatement la guerre du Vietnam, d'empêcher la défoliation de la terre indochinoise, ou de panser les plaies de l'Inde et du Pakistan. Je crois au contraire que nous pouvons quelque chose pour faire cesser sous peu le cauchemar de la chaine n° 2 à l'aide d'une autre chaine, celle de la télévision. J'appelle de mes vœux un film plein de sang, de meuglements, et d'une épouvante trop authentique, qui fera peut-être plaisir à quelques sadiques, mais produira aussi quelques milliers de protestations.

J'ai écrit il y a quelques années la vie d'un certain Zénon, personnage imaginaire il est vrai, qui se refusait «à digérer des agonies». C'est un peu en son nom que j'ai rédigé ces lignes.

1972

---
Pour conclure en beauté, des vidéos réconfortantes – oui, il est possible d'utiliser notre créativité et notre intelligence à meilleur escient, oui, il est possible de garder des chevaux dans d’excellentes conditions et de gagner sa vie honorablement en offrant hébergement et randonnée, ou équitharépie – exemple : site ÉquiLibre 
http://www.equi-libre.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=156&Itemid=266

*** 

COMMENTAIRE

La vérité est décourageante, mais nous ne pouvons pas changer si nous ne regardons pas en face nos comportements et leurs conséquences désastreuses sur le vivant dont la perpétuation est extrêmement fragilisée. Nous avons cru que l’industrialisation et la technologie allaient régler tous nos problèmes. Reconnaissons nos erreurs, ce sera toujours ça de gagné! Car le déni fige dans le statu quo.

Il est clair qu’un changement de conscience global signifierait la mort du système; ce que les gouvernements et l’industrie ne souhaitent pas. Alors, il faudra surement quelques générations pour modifier le destin collectif de la planète – si l’humanité se rend jusque-là. Néanmoins, si nous transmettons d’autres valeurs que le boulot-bouffe-télé-internet-sexe-dodo aux enfants, peut-être que…

Aucun commentaire:

Publier un commentaire