19 décembre 2011

Yé où l’Paradis?

Hum, je cherchais quelque chose d’inspirant pour Noël qui ne soit ni religieux, commercial, jingle, kitch, etc. Finalement, j’ai choisi deux textes, très connus, mais dont on pourra s’inspirer encore et encore, jusqu’à ce que … peut-être ...

À l’amour donc, autrefois le «moteur» de la fête de Noël  
et… l'Paradis à la fin de vos jours! comme on disait  


Parfaite illustration du paradoxe 
à la fois «brute et ange»  

Extrait de "El Canto General"
Pablo Neruda

Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.

Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.

Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.

Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.

Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.

Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées.  

Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.

Dans son autobiographie Confieso que he vivido (J'avoue que j'ai vécu) parue à titre posthume, Neruda disait :

Je veux vivre dans un pays où il n'y a pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais personne à la porte d'un hôtel de ville pour l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s'épanouir.

~ Pablo Neruda (Neftalí Ricardo Reyes Basoalto), écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, né le 12 juillet 1904 à Parral (province de Linares) et mort le 23 septembre 1973 à Santiago, Chili. Ce grand poète Chilien fut tour à tour poursuivi par les autorités de son pays, candidat aux élections présidentielles, ambassadeur, fugitif, ennemi public N°1 et Prix Nobel de Littérature.

***

Cette célèbre chanson de Violeta Parra, Gracias a la Vida (Merci à la vie) a été popularisée de par le monde, entre autres, par Joan Baez, Maria Dolores Pradera, U2, Mercedes Sosa, Elis Regina, Colette Magny et Maria Farandouri…


Merci à la vie
Violeta Parra

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné deux yeux et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc
Et là-haut dans le ciel, un fond étoilé
Et parmi les multitudes, l'homme que j'aime.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné d'entendre, oreilles grandes ouvertes
Enregistrer nuit et jour grillons et canaris,
Marteaux, turbines, aboiements, orages,
Et la voix si tendre de mon bien-aimé.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné la voix et des lettres
Avec lesquelles je pense les mots, et je dis
Mère, ami, frère, lumière qui éclaire
Le chemin de l'âme que j'aime.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné de marcher de mes pieds fatigués
Et j'ai ainsi parcouru villes et marécages,
Plages et déserts, montagnes et plaines
Jusqu'à ta maison, ta rue, ta cour.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné un cœur qui devient débordant
Quand je vois le fruit du cerveau humain;
Quand je vois la distance qu'il y a entre le bien et le mal
Quand je vois le fond de tes yeux clairs.

Merci à la vie qui m'a tant donné.
Elle m'a donné le rire, elle m'a donné les pleurs.
Ainsi, je distingue le bonheur du désespoir
Ces deux éléments qui forment mon chant,
Et votre chant qui est le même chant,
Et le chant de tous, qui est encore mon chant.

~ Violeta del Carmen Parra Sandoval (1917-1967) est née à San Fabián de Alico (sud du Chili) d'un père professeur de musique et d'une mère paysanne qui jouait de la guitare et chantait. Violeta Perra réinventa la musique folk chilienne et la popularisa au delà des frontières de son pays.

***
Un peu d'humour quand même - lu dans «Démons quotidiens» de Nancy Huston :
«Anna, la fillette de pas tout à fait neuf ans avec qui nous visitons le musée San Marco, a bien compris le côté prestidigitateur de Jésus-Christ. ‘C’est ça, oui, c’est un vrai magicien, il sait marcher sur l’eau, il sait transformer l’eau en vin, alors si Satan l’embête avec toutes ces tentations, pourquoi il ne le transforme pas en poulet? Regarde, les trois femmes viennent se recueillir sur sa tombe et la trouvent vide. Il a laissé un mot. Eh! Désolé les filles, pouvais pas vous attendre, finalement ça me dit rien qui vaille, la mort – ciao, je vous enverrai une carte postale!’»


Étant donné que mon vœu de l’an dernier n’a pas été exaucé par Dieu, ni le père Noël, je leur retourne : 
http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/12/les-fetes.html

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