14 août 2016

Quand on gratte le vernis patriotique

Le bulletin satirique The Onion (publié depuis 1988) met le doigt sur nos paradoxes et notre crédulité sans ménagement.

Le corps poussé à bout...
Sportology a simulé en laboratoire les conditions de travail des équipes de construction du stade olympique de Rio. La rapidité, l’endurance et la dévotion à sa famille de l’ouvrier brésilien Silva Rodrigo sont mises à rude épreuve. En fait c'est une vidéo-réalité...  

How Do Construction Workers Push Their Bodies To Finish Olympic Stadiums On Time?
The Onion's Sportology injects science directly into sports' veins. Brazilian construction worker Rodrigo Silva’s speed, endurance, and devotion to his family are put to test in the Sportology lab. Today in the lab: how fast are Rio's Olympic stadium construction crews?

The Onion America’s Finest News Source http://www.theonion.com/ 



~~~

Je ne suis pas «branchée» sur les hystériques compétitions des JO, mais on en parle tellement que ça me donne juste envie de gratter le vernis patriotique.

L’autre jour j’ai vu le documentaire «Noir Brésil». Un dramatique bilan de mon ignorance. Nos livres d'histoire parlaient surtout de l’esclavage négrier aux États-Unis; on omettait bien sûr de mentionner qu’il y en avait eu au Canada. Avant Internet, on croyait que l’esclavage c’était de l’histoire ancienne, qu’il n’y en avait plus ou presque. À l’heure actuelle, beaucoup de pays sont assiégés par les bastions colonialistes du néolibéralisme. Autrement dit, rien n’a changé.

Notes tirées du documentaire :

Plusieurs pays colonialistes occidentaux ont pratiqué la traite négrière pendant des siècles. Mais, à ce chapitre, le Portugal remporte la médaille noire.

La transformation de certains quartiers de Rio pour le tourisme et les Jeux Olympiques, a mis à jour une partie de l’histoire de l’esclavage au Brésil. En creusant de site en site, on a découvert de nombreux  restes d’esclaves. Chaque pelletée de terre était remplie d’ossements, notamment d’enfants. Les esclaves noirs qui mourraient peu après leur arrivée étaient jetés dans une fausse commune avec les ordures – puisqu’ils avaient le statut d’animaux, d’objets, de bien-meubles. Il s’agit probablement du plus grand cimetière d’esclaves en Amérique du Sud. Les «Nouveaux Noirs», amenés par les négriers portugais, étaient originaires du Congo, du Mozambique, de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, etc. Durant la diaspora africaine, des millions de personnes ont été amenées de force.

Le Brésil est le pays qui a le plus développé le système esclavagiste sur le continent américain. En trois siècles, 4 millions d’hommes et de femmes ont débarqué sur les côtes brésiliennes. C’est au moins 6 fois plus qu’aux États-Unis pendant la traite. Ils venaient des colonies portugaises. Pour les Portugais, l’Afrique était un réservoir de main-d’œuvre abondante. Beaucoup de jeunes adultes et de préadolescents étaient au service des classes dominantes. L’économie du Brésil s’est développée entièrement sur l’esclavage, d’abord dans les plantations de sucre, puis de café, de coton, etc. Mais, on n’en parle pas. «Ce que la société préfère cacher, l’archéologie peut le dévoiler. Ce n’est pas en enfouissant les problèmes qu’on les règle», dit une spécialiste.


L'esclavage au Brésil par Jean Baptiste Debret, première moitié du XIXe siècle

Le Brésil compte la plus grande population noire au monde après le Nigéria. Or, les Afro-Brésiliens souffrent toujours d’exclusion, vivant en marge de la société. Le fossé entre la population blanche et noire subsiste.

Noir Brésil
Production : AB Productions, France
Réalisateur(s) : Angèle Berland, Aglaé de Chalus, Nolwenn Hervé, Pierre Begon-Lours, Fabrice Averlan, Raphaël Krafft; Jean-Guy Michaud (à l'adaptation)

http://ici.tou.tv/les-grands-reportages/S2016E113?lectureauto=1

Pendant qu’on se dope aux vapeurs de la fierté nationale olympique (et autres drogues...), la ville d'Alep, en Syrie, subit les conséquences d'une attaque chimique qui a fait au moins 3 morts et plusieurs dizaines de blessés mercredi dernier. La grande majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Les hôpitaux sont submergés et les médecins se font de plus en plus rares. Les attaques chimiques se multiplient en Syrie, s'ajoutant aux bombardements réguliers sur les civils et les établissements de santé. (Reuters)

Après avoir vu Noir Brésil, j’ai lu le dossier «Commerce triangulaire» au complet sur Wikipédia. Vraiment fou, malade, psychotique. Peut-être sommes-nous en effet une espèce monstrueuse, cruelle, barbare, venue d’on ne sait trop où, et totalement irrécupérable.

Extraits

Selon le Census de Curtin, 9,5 millions d'Africains auraient été introduits dans les différentes colonies du Nouveau-Monde et, compte tenu de la mortalité au cours du middle passage, 11 millions, environ, seraient partis d'Afrique. En décembre 2008, David Eltis lance la plus large base de données consacrée à la traite négrière atlantique : The Trans-Atlantic Slave Trade Database – en réalité, 12 521 336 Africains auraient été déportés entre 1501 et 1866.

La France a aboli l’esclavage en 1849, les États-Unis en 1865, et le Brésil en 1888.

Les arguments contre l'abolition
Les arguments idéologiques – Les négriers avaient la possibilité de baptiser l'ensemble des captifs embarqués en Afrique. Par cet acte, les Noirs païens qui étaient «voués à l'enfer éternel» selon les missionnaires chrétiens, avaient une chance d'aller au paradis. Selon cet argument, les esclaves étaient les grands bénéficiaires de l'opération. Pour certains hommes, notamment des hommes d’Église, cet argument était essentiel.


Photo d’origine : shutterstock

La traversée de l’Atlantique
Noir passage – L'historien et ancien administrateur colonial Hubert Deschamps (1900-1979) qualifiait la traversée de l'Atlantique de «noir passage». 
   Les captifs étaient enferrés deux par deux. Ils couchaient nus sur les planches. Pour gagner en surface, le charpentier construisait un échafaud, un faux pont, sur les côtés. Le taux d'entassement était relativement important. Dans un volume représentant 1,44 m3 (soit un «tonneau d'encombrement», 170×160×53), les Portugais plaçaient jusqu'à cinq adultes, les Britanniques et les Français, de deux à trois. Pour les négriers nantais, entre 1707 et 1793, le rapport général entre tonnage et nombre de Noirs peut être ramené à une moyenne de 1,41. 
   Le marchand d'esclaves franco-italien Theophilus Conneau témoigna ainsi en 1854 : «Deux des officiers ont la charge d'arrimer les hommes. Au coucher du soleil, le lieutenant et son second descendent, le fouet à la main, et mettent en place les Nègres pour la nuit. Ceux qui sont à tribord sont rangés comme des cuillers, selon l'expression courante, tournés vers l'avant et s'emboîtant l'un dans l'autre. À bâbord, ils sont tournés vers l'arrière. Cette position est considérée comme préférable, car elle laisse le cœur battre plus librement.» 
   Si le temps le permettait, les déportés passaient la journée sur le pont. Toujours enchaînés, les hommes restaient séparés des femmes et des enfants. Ils montaient par groupes sur le pont supérieur vers huit heures du matin. 
   Les fers étaient vérifiés et ils étaient lavés à l'eau de mer. Deux fois par semaine, ils étaient enduits d'huile de palme. Tous les quinze jours, les ongles étaient coupés et la tête rasée. Tous les jours, les bailles à déjection étaient vidés, l'entrepont était gratté et nettoyé au vinaigre. 
   Par contre, en cas de mauvais temps et de tempête, les déportés restaient confinés dans l'entrepont. Il n'y avait pas de vidange, ni de lavement des corps, ni de nettoyage des sols. Le contenu des bailles coulait sur les planches de l'entrepont, se mêlait aux choses pourries, aux émanations des victimes du mal de mer, aux vomissures, au «flux de ventre, blanc ou rouge». Toutes les écoutilles pouvaient être closes. L'obscurité, l'air rendu irrespirable par le renversement des bailles à déjection, le roulis qui faisait frotter les corps nus sur les planches, la croyance d'un cannibalisme des négriers blancs, terrorisaient et affaiblissaient les captifs.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_triangulaire


Plan de «stockage» (≈stowage) type d'un navire négrier anglais (via Wikipédia)

13 août 2016

La peur du végétalisme

En complément à l’article précédent.

Je ne vois pas pourquoi les carnivores devraient craindre les végétaliens. Le carnivorisme vit des heures de gloire. Il n’y a jamais eu autant d’animaux produits et abattus pour la consommation de viande sur terre. Ça fait que...

Cette peur a soulevé un tollé contre la maire de Turin, Chiara Appendino, qui proposait à ses concitoyens un plan quinquennal d’information sur les avantages d’une alimentation végétalienne / végétarienne pour des raisons de santé et environnementales.

Les Turinois amateurs de viande ont accusé la maire de paternalisme. On s’est dès lors empressé de rapporter des incidents survenus en Italie qui démontreraient que les régimes végétalien et végétarien peuvent entraîner une malnutrition grave chez certains.

Les enfants nord-américains consomment beaucoup de viande, d’oeufs et de produits laitiers. Pourtant plusieurs souffrent de malnutrition, et souvent d'obésité.

En réalité, on trouve des problèmes de malnutrition tant chez les carnivores que chez les végétaliens. Ce qui manque, d’un côté comme de l’autre, c’est l’information et l’éducation. Alors, l’idée de la maire de Turin me paraît intéressante, et je n’ai pas l’impression qu’elle entendait imposer un régime végan aux Turinois.

~~~
Anecdote à propos d’un athlète végétalien 


Kendrick Farris, haltérophile

Le régime alimentaire de l'haltérophile américain Kendrick Farris aux JO de Rio va vous surprendre

Par Marine Le Breton, Le HuffPost

Ils arrivent à porter des poids tellement impressionnants qu'on se demande combien de steaks et d'œufs ils mangent chaque jour pour avoir une telle masse musculaire. Pour Kendrick Farris, le seul haltérophile américain des Jeux olympiques de Rio, la réponse est étonnante : aucun. 

Participant à la compétition dans la catégorie moins de 94 kg, le sportif de 30 ans, originaire de Louisiane, est en effet vegan depuis 2014. Par respect pour les animaux, il a totalement arrêté de consommer de la viande, mais aussi des produits d'origine animale.

«Je n'ai pas vraiment confiance en la manière dont la nourriture est fabriquée», explique-t-il à nos confrères du Huffington Post. «Je ne suis pas d'accord avec la façon dont on tue les animaux en masse. Donc c'est l'une des choses qui m'a conduit à ce qu'on appelle le régime vegan».

Comment fait-il pour avoir un apport suffisant en protéines, à un tel niveau de compétition? Il prend surtout sa force dans les avocats et les haricots. Sa femme, Katrina, qui cuisine régulièrement pour lui, détaille l'une de ses journées alimentaires types : flocons d'avoine ou pancakes au petit-déjeuner, boisson protéinée à base de plantes, de vanille ou de chocolat pour le goûter du matin. Au déjeuner, des enchiladas à l’avocat, de la lasagne avec du fromage à base de plantes; un goûter de guacamole et de chips de haricots noirs. Le soir, des quesadillas de haricots noirs.

On est bien loin du régime hyper-protéiné à bases d’œufs et de bœuf du culturiste Hafþór Björnsson, connu pour son rôle de «La Montagne» dans Game of Thrones.

Mais cela ne semble pas porter préjudice à Kendrick Farris, au contraire. Preuve en est, il a remporté les championnats Pan-American deux années de suite, en 2015 et en 2016, en soulevant, respectivement, 366 kg et 364 kg dans la catégorie moins de 94 kg.

---
«Je suis en pleine forme physiquement, et aussi plus en santé qu’avant. Je récupère plus rapidement de mes blessures. Je mange quand j’ai faim. Sur le site olympique, je mange ce que je peux : des légumes, de la salade, des pâtes, des choses simples.»
~ Kendrick Farris

Contrairement à d’autres athlètes végétaliens, Farris n’utilise pas les services d’un nutritionniste.

~~~

Souvent, les carnivores considèrent les végétariens / végétaliens comme une menace pour les pâturages réservés à la production de bétail.

Suggestion :
Chaque jour, des milliers d’innocentes plantes sont tuées pour les végétaliens.
Mettez fin à cette violence : mangez des végétaliens!



~~~
Histoire de rire un peu (beaucoup) : deux parodies de JP Sears, le «gourou spirituel» le plus hilarant du web. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’humoriste (très doué) nous oblige à réviser nos systèmes de croyances. À se tordre : https://www.youtube.com/user/AwakenWithJP

If Meat Eaters Acted Like Vegans


What I Love About The Olympics

11 août 2016

Menu crise cardiaque

Une de mes amies avait de la difficulté à perdre quelques kilos. Alors, elle s’est inscrite à un programme similaire à Weight Watchers. À chaque semaine, elle devait fournir un compte-rendu de tout ce qu’elle avait mangé. Elle est farceuse. Suit le menu qu’elle a présenté la première fois (une parodie de malbouffe ou de food porn – qu’est-ce qu’on a rigolé). Il paraît que l’animatrice était bouche-bée puisque le physique ne correspondait pas... En passant, mon amie est végétarienne...

Ce menu peut sembler exagéré, mais beaucoup de nord-américains mangent de cette façon, d’où cette épidémie d’obésité alarmante. Je me souviens des portions servies dans les restos californiens dans les années 2000. Un soir, en voyant ma salade, j’ai dit à la serveuse «mais il y en a pour trois personnes!». J’ai mangé une portion «normale» et lui ai demandé de mettre le reste dans un «doggie bag». Même si les recherches pointent du doigt l’industrie agroalimentaire (des drogues qui stimulent l’appétit et suscitent une dépendance seraient introduites dans les aliments), on est loin de comprendre toutes les causes de cette consommation effrénée et démesurée de viande et de malbouffe (1).



Compte-rendu / Première semaine (parodie)  

Jour 1

Matin : 1 omelette, 4 rôties, 2 crêpes, café
Midi : 2 hot-dogs, côtes levées, 1 fruit, 4 biscuits, 2 bières
Soir : rôti de boeuf, 2 pommes de terre au four, salade, vin rouge
Collation : 1 buche de crème glacée Viennetta (au complet), Seven-Up diète  


Photo : bûche de crème glacée Viennetta

Jour 2

Matin : 4 gaufres / sirop d'érable, 8 tranches de bacon, jambon, 2 rôties, confiture, café
Midi : 1 saumon entier, salade, 2 beignes, vin blanc
Soir : lasagne, salade, 4 brownies, vin rouge
Collation : 1 sac de chips, 1 banana split, Coca-Cola diète 


Photo : saucisse à hot-dog insérée dans un beigne glacé Krispy Kreme, le tout garni de gelée à la framboise et de morceaux de bacon 

Jour 3

Matin : pommes de terre rissolées, 4 œufs, 3 rôties, 1 fruit, café
Midi : 2 hamburgers doubles au bacon, frites / sauce, pointe de tarte, 2 bières
Soir : 1/2 poulet, légumes, macaroni au fromage, vin blanc
Collation : 1 shortcake aux fraises (au complet), Ginger Ale


Photo : petit-déjeuner classique de camionneurs

Jour 4

Matin : pain perdu, 1 crêpe, 5 tranches de bacon, fruits, café
Midi : casserole de fruits de mer, 3 petits pains, 9 biscuits, vin blanc
Soir : 2 steaks (T-bone), frites / sauce, salade, vin rouge
Collation : 2 beignes chocolat/banane


Photo : le clou – burrito de bœuf haché, pommes de terre, œufs, oignons, morceaux de jambon, une orgie de fromage sur le dessus, saupoudré de chili. Poids : 3 kg. Pouah. J'espère qu'elle partageait avec quelqu'un d'autre... Est-on plus heureux après avoir ingurgité ça?!

Jour 5

Matin : 1 croissant, 1 fruit, 2 crêpes, bacon, 2 rôties, café
Midi : entrée de pizza, chaudrée de palourdes, sushi, 2 bières
Soir : 4 côtelettes de porc, frites / sauce, fèves au lard, vin rouge
Collation : 1 tarte au sucre (au complet), Seven-Up diète 


Photo : gâteau à la pizza (Boston Pizza) 

Jour 6

Matin : pain perdu, 9 tranches de bacon, fruits, café
Midi : 2 hamburgers doubles, poutine, 2 bières
Soir : entrée de pâtes, ragoût de cheval, salade, vin rouge
Collation : 1 tarte aux pommes (au complet), fromage cheddar


Photo : quadruple grilled cheese viande/bacon – pontage garanti ! 

Jour 7

Matin : 2 croissants, 8 tranches de bacon, 2 rôties, 1 fruit,  café
Midi : combo pâtes/pizza, 2 brochettes, 1 sac de chips, 3 bières
Soir : potage de pommes de terre, entrée de sushi, canard rôti, champagne 
Collation : tarte aux cerises (au complet), Coca-Cola diète



Plus de photos/descriptions sur «Why you’re so fat» :
http://thisiswhyyourefat.com/

Étant de grands producteurs et consommateurs de viande, on peut en déduire que les nord-américains coûtent cher à la planète en gaz à effets de serre. Et, ça coûte aussi très cher en soins de santé. Mais ce n’est pas mieux ailleurs dans le monde. Ici-même, nos usines porcines produisent pour l'exportation en Asie par exemple -- ensuite, ils nous les revendent préparés, peut-être mêlés avec de la viande de chiens. Big deal.

Manger autant de viande est une aberration pour l'environnement et la santé (vidéo)

Autrefois l'apanage des pays riches, la consommation de viande ne cesse de se démocratiser et d'augmenter dans le monde. L'élévation du niveau de vie dans les pays en voie de développement amplifie les effets déjà catastrophiques, mais peu évoqués, d'une surconsommation de viande non soutenable et inutile dans les pays dits développés.

Entre 1950 et 2000, la consommation de viande au niveau mondial a été multipliée par 5 alors que la population a «seulement» doublé. Une tendance qui devrait se confirmer vu l'élévation du niveau de vie dans de nombreux pays.

La production mondiale de viande était de 302,4 millions de tonnes en 2012 (FAOSTAT) et pourrait atteindre 465 millions de tonnes en 2050 tandis que la production de lait passerait de 702,1 millions de tonnes à 1 043 millions de tonnes sur la même période au regard de la croissance démographique et de l'évolution des habitudes alimentaires. Or, pour nourrir le bétail, la demande en céréales augmente de manière considérable, les céréales étant de plus en plus l'aliment de base du bétail, au détriment de l'herbe des pâturages.

C'est pourquoi, selon les prévisions de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), il serait nécessaire de doubler la production agricole d'ici à 2050. En effet, pour produire un kilo de viande, il faut 7 kilos de céréales. Pour répondre à cette demande, il est possible d'augmenter la surface des terres cultivées, mais à quel prix? Déforestation, monocultures intensives, utilisation de pesticides, d'OGM, destruction d'écosystèmes et perte de biodiversité...

Ainsi, l'élevage extensif et le soja exporté comme aliment du bétail sont la première cause de la déforestation selon Alain Karsenty, économiste au Centre de coopération internationale pour le développement et expert auprès de la Banque mondiale. Après une enquête de 3 ans publiée en juin 2009, Greenpeace affirme que l'élevage bovin est responsable à 80% de la destruction de la forêt amazonienne...

Suite :
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2202_surconsommation_viande.php

Quand j’entends les carnivores dirent que manger de la viande leur fournit les céréales ou les légumes dont ils ont besoin vu que c’est ce que les animaux mangent (ce qui est loin d’être toujours vrai), je réponds à la blague : arrêtez de produire des animaux, mangez des végétariens à la place, vous aurez tous vos légumes, et sans antibiotiques!

Si le sujet vous intéresse, voyez les libellés «Végétarisme» et «Zoofriendly».

9 août 2016

Ces pompiers méritent meilleur salaire que les footballers!

Et que les champions de tennis, de hockey, de golf, de course automobile...
Je leur voterais même un meilleur salaire que celui de nos élus – au mérite comme on dit, avec en plus des médailles d'or.

Une médaille d'or aussi à l'homme qui a tenté de sauver le conducteur du camion-citerne tandis que l'essence au sol prenait feu.

Avec l’augmentation tous azimuts du trafic pétrolier et gazier – par camion, voie ferrée, pipeline et bateau – on n’a pas fini de voir des pompiers à l'oeuvre. Ça me rappelait l’enfer de Lac-Mégantic.

 
Comme disait un commentateur, le problème n’est pas de savoir si ça va arriver ou non, parce que c’est certain ça va arriver, le problème est de savoir où et quand!



Diable! à quand la mort de l’infernal pétrole?
Car si ce n’est pas l’enfer, je ne sais pas ce que c’est.

En tout cas, je veux saluer le travail colossal des pompiers.





http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/faits-divers/201608/09/01-5008853-incendie-dun-camion-citerne-sur-lautoroute-40-un-mort-et-six-blesses-legers.php

7 août 2016

En voulons-nous de ce «monde meilleur»?

«Après le temps des rois est venu celui des individus. Du point de vue des connecteurs, un président élu au suffrage universel ne diffère guère d'un roi, sinon qu'une assemblée législative pondère sa toute-puissance. Ce pouvoir à deux têtes peut être considéré comme une oligarchie, plusieurs personnes exerçant ensemble l'autorité royale, ou comme un jeu de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui se neutralisent. Aucune de ces deux perspectives n'est réjouissante. La seconde, synonyme d'impuissance, est caractéristique de la plupart des démocraties. 
       Mieux nous communiquons, plus nous nous libérons de l'influence des chefs. Leur force et leur intelligence ne peuvent plus lutter contre celles de l'ensemble, surtout quand l'ensemble rassemble des millions d'hommes qui dialoguent à la vitesse de la lumière.» ~ Thierry Crouzet (Le peuple des connecteurs, Bourin éditeur, 2006)


Collage : Joe Webb http://www.joewebbart.com/ Cet artiste nous met sous le nez nos défis socioéconomiques et environnementaux avec la précision d’une lame X-ACTO. (Parmi me préférés dans le domaine, avec Pawel Kuczynski et Steve Cutts)

Montréal accueille le Forum social mondial

Source : Desautels le dimanche (ICI Radio-Canada Première, 07/08/2016) 


Riccardo Petrella, politologue et économiste, et Raphael Canet, coorganisateur du Forum social mondial à Montréal. Photo : Radio-Canada / Philippe Couture

Après Porto Alegre, Mumbai, Nairobi, Tunis, c'est au tour de Montréal d'accueillir le mouvement altermondialiste, constitué d'individus et d'organismes soucieux de changer le monde en proposant des solutions alternatives, tant dans la sphère politique qu'économique ou sociale. 
      Coorganisateur de l'événement, Raphaël Canet discute d'abord avec Frank Desoer des défis logistiques entourant l'événement. À quelques jours du Forum, plus de 200 délégués auraient vu leur demande de visa refusée, notamment Aminata Traoré, ex-ministre de la Culture et du Tourisme du Mali et candidate au poste de secrétaire générale de l'ONU. 
      Le politologue et économiste italien Riccardo Petrella, une des figures de proue du mouvement, discute quant à lui des nouveaux défis qui attendent les altermondialistes dans les prochaines années.

Pour écouter l’interview
http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Site du Forum social mondial 2016 https://fsm2016.org/

~~~

L’article suivant a été publié avant que Bernie Sanders décide d’appuyer Hillary Clinton pour éviter que l’acrimonieux despote Donald Trump devienne président. Certains partisans de Sanders le considèrent comme un traitre – c’est le monde à l’envers. Auraient-ils préféré qu’il se fasse assassiner?

Si tous les chefs d’États adoptaient cette vision, commune au mouvement altermondialiste, le monde se porterait beaucoup mieux... En voulons-nous vraiment de ce monde meilleur?

Les racines du socialisme de Sanders
Par Andrée Mathieu, 18 juin 2016 (Encyclopédie de l’Agora)

[Extraits] 

«Pour moi, le socialisme ne signifie aucunement que l'État doit être propriétaire de tout. Il consiste à bâtir une nation, un monde dans lequel tous les êtres humains auraient un niveau de vie décent.» (B. S.)

Quiconque suit Bernie Sanders depuis ses années d'activisme étudiant ou depuis son discours épique de huit heures et demie le 6 décembre 2010, devant ses collègues du sénat américain, sait que sa trajectoire est droite comme un «i» majuscule. Le vieux militant socialiste n'ambitionne pas de devenir président des États-Unis, il veut porter une vision du monde qui fait rêver, spécialement les jeunes générations. L'objet de sa lutte est bien résumé dans ces quelques mots de sa célèbre allocution citée plus haut : «C'est la guerre en ce moment dans notre pays. Je ne parle pas de ce qui se passe en Irak ou en Afghanistan. Je parle de la guerre qui oppose les individus les plus riches, les plus puissants, aux familles américaines, aux humbles travailleurs, à la classe moyenne qui est en train de disparaître. La vérité, c'est que certains milliardaires veulent toujours plus et leur cupidité n'a aucune limite». Quand on lit dans le dernier rapport annuel du Boston Consulting Group (7 juin 2016) que les huit millions de foyers millionnaires américains (sur une population de plus de 324 millions) détiennent 63% de la richesse du pays, il faut admettre que le sénateur marque un point!

Un extrait du discours qu'il a prononcé à Los Angeles le soir de la primaire de la Californie nous permet de croire que le sénateur en est pleinement conscient :
«La démocratie, ce ne sont pas les milliardaires qui achètent les élections. Nous allons réparer notre système de justice détraqué. Nous allons démanteler les grandes banques de Wall Street. Nous allons joindre le reste du monde industrialisé et garantir à tous le droit à des soins de santé. Nous allons effectuer une véritable réforme de l'immigration et proposer un parcours vers la citoyenneté. Nous allons dire aux milliardaires et aux entreprises américaines qu'ils doivent commencer à payer leur juste part. Ce que nous comprenons et que chacun de nous a toujours compris, c'est que le vrai changement ne se produit jamais à partir du sommet mais à partir de la base. 
   Voilà l'histoire de l'Amérique, qu'il s'agisse de la création du mouvement syndical, du mouvement des droits civils, des mouvements féministes ou du mouvement LBGT. Et c'est la raison d'être de NOTRE mouvement.
   Mais vous savez tous que ça va bien au-delà de Bernie. Il s'agit de nous tous ensemble. C'est la raison d'être de ce mouvement. Ce sont des millions de personnes d'un océan à l'autre se levant debout, regardant autour d'eux et constatant que nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux comme nation. Et peu importe si Wall Street aime ça, si les entreprises américaines aiment ça, si les riches donateurs aux campagnes électorales aiment ça ou si les empires médiatiques aiment ça, nous, ensemble, ensemble nous savons ce que nous avons à faire. Et c'est de rassembler le peuple américain pour créer un gouvernement qui fonctionne pour nous, pas pour le 1%.»

(...) La réforme du financement électoral s’impose «puisque que c'est la condition sine qua non pour restaurer la démocratie». Alors que la candidate Clinton essaie de convaincre les électeurs que le poste de président serait mieux servi par une renarde, à cause de sa polyvalence, le hérisson Sanders se concentre sur la redistribution de la richesse et l'anti-ploutocratie.

Encyclopédie de l’Agora http://agora.qc.ca/



“Everybody knows what’s happening – who wants to know,” Bernie Sanders wrote in June 1972 in Movement, an irregular Liberty Union Party newsletter he edited. “A handful of people own almost everything … and almost everybody owns nothing. A handful of people make the decisions and the vast majority of people have virtually no control over their lives.” Dating all the way back to the 1960s and ‘70s in Vermont, a formative time for Sanders, the message of the surging socialist presidential candidate has been startling consistent. “The rich are getting richer and the poor are getting poorer, and the vast majority in the middle are having a harder and harder time,” he said – in 1974, and ever since.

Above, 1963: Economic justice has been the central focus of Sanders’ 40-plus-year political career – as a young activist at the University of Chicago, though, Sanders agitated more for racial equality. In 1963 he was arrested during a demonstration protesting the city’s segregated schools. He also traveled to Washington – his first time in D.C. – to hear Martin Luther King speak at the March on Washington for Jobs and Freedom.

http://www.politico.com/magazine/#superLatest

Dur de ramer dans la lagune

Incapable de regarder les JO, c’est trop stupide et déprimant ce gaspillage.

«Rio ne traite que la moitié de ses eaux usées» – N’aurait-il pas été plus sensé d’investir l’argent des JO dans un système d’épuration pouvant traiter les eaux usées de la ville à 100 %, ou dans l’éradication, à tout le moins partielle, de la pauvreté urbaine? 

Inconcevable...

Loin de moi de plaindre les athlètes, ils ont couru après, pour la gloriole et/ou le cash. Après tout, les athlètes sont peut-être victimes de radicalisation sportive...

Par contre, je plains les Brésiliens de tout mon coeur. Une peuple hétérogène magnifique, un pays d'une beauté exceptionnelle, en train de passer dans la moulinette de la ploutocratie industrielle. Criminel et infiniment triste. On entend souvent dire : «les enfants, c’est le futur». Hé, il n’y a plus de futur!


Des enfants du Complexo da Mare slum, l'un des plus importants ensembles de favelas de Rio de Janeiro. Plus de 130 000 personnes y vivent. Photo : Mario Tama (Via ICI Radio-Canada Info)

Disciplines nautiques dans les eaux polluées...  

Les athlètes qui s'affrontent dans des disciplines nautiques aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro sont confrontés à une mission presque impossible. Ils doivent monter dans leurs embarcations, ramer de toutes leurs forces et tenter d'offrir le meilleur d'eux-mêmes, tout cela en prenant bien soin d'éviter tout contact avec l'eau. Plus encore, ils ne doivent surtout pas l'avaler.
     Rio de Janeiro ne traite que la moitié de ses eaux usées. Tout le reste est rejeté dans les cours d'eau qui entourent la région métropolitaine de 12 millions d'habitants. 
     Il faut dire que de tenter d'éviter de toucher à l'eau est pratiquement impossible.
     «Nous essayons de ne pas faire de contact mains à bouche et de ne pas recevoir d'eau sur notre bouche», a résumé l'Australienne Kim Brennan, qui avait remporté une médaille d'argent à Londres.
     Si les autorités brésiliennes avaient promis que les eaux de la lagune Rodrigo de Freitas seraient assainies à temps pour les Jeux olympiques, les échantillonnages de l'Associated Press font plutôt état d'une contamination répandue.


Image : Pawel Kuczynski
http://www.pictorem.com/collectioncat.html?author=Pawel+Kuczynski

Balle perdue

Allez couvrir les Jeux, c'est a priori sans danger... sauf que les journalistes qui suivaient l'équitation samedi, dans une zone militaire pourtant hautement sécurisée, ont eu la désagréable surprise de voir passer une balle perdue qui a percé le toit du barnum servant de centre de presse. 
     Le site de Deodoro, dans le nord-ouest de Rio, est situé dans une vaste zone militaire. Et il est certainement le plus tranquille des JO, dispersé dans une ville très exposée aux agressions diverses et aux pickpockets de tous poils.
     Mais samedi, c'est bien une balle de calibre militaire qui a traversé la toile en matière plastique, alors qu'une quarantaine de journalistes et de volontaires se trouvaient à l'intérieur de la structure provisoire. Personne n'a été blessé.

Petite explosion

Une petite explosion a secoué les installations olympiques à Rio de Janeiro près de la ligne d'arrivée de l'épreuve masculine de cyclisme, samedi, alors que les concurrents étaient à environ 70 kilomètres du fil d'arrivée.
     Personne n'a été blessé et l'événement s'est poursuivi comme si de rien n'était.
     Les journalistes ont entendu un bruit très fort à la salle de presse et ils ont ressenti un tremblement au sol.
     Un policier responsable de l'événement a toutefois précisé qu'il s'agissait de l'explosion contrôlée d'un sac abandonné. Il n'a pas révélé son nom puisqu'il ne pouvait pas divulguer l'information.

Via La Presse, 06/08/2016

5 août 2016

La face hideuse d’une médaille olympique

Pompe, apparat et divertissement au-dessus du pain et du beurre!

Le Brésil est au cœur d’une grave crise politique et socioéconomique, et les Jeux Olympiques sont un divertissement patriotique désastreux en ces conditions. En outre, des fonds de l’État réservés à la santé, à l’éducation et aux programmes sociaux, ont été détournés au profit des Jeux pour en assurer la présentation. Quand on songe à la corruption derrière l’organisation de ce type d’événement, on peut comprendre la grogne généralisée. Ce sont des «exercices de gymnastique financière» loin d’être démocratiques.


Collage : Joe Webb http://www.joewebbart.com/

Dans un article intitulé Les Jeux Olympiques de Rio assombris par la crise sociale, Rafael Azul dresse un bilan. (05/08/2016)

Article intégral (en anglais) : 
http://www.countercurrents.org/2016/08/05/rio-olympics-overshadowed-by-social-crisis/

Quelques extraits :

... Le nouveau président, un chouchou de Wall Street et du secteur financier, a imposé des politiques d’austérité qui restreignent le niveau de vie et les avantages sociaux des travailleurs brésiliens, de sorte qu’ils ne pourront pas se permettre d'assister aux cérémonies d'ouverture ni aux compétitions. Les favelas, les quartiers pauvres sur les collines de la ville, dont plusieurs sont sous occupation policière, ont été attaquées depuis que la ville a obtenu les Jeux Olympiques. Des murs ont été construits pour empêcher les pauvres d’accéder aux lieux touristiques, des maisons ont été démolies et les gens déplacés pour suivre les plans de construction du parc olympique, touchant ainsi quelque 30 000 personnes. Un nombre supplémentaire de 6 000 sans-abri ont été chassés du centre-ville de Rio.

Samedi dernier, des manifestants de la ville côtière Angra dos Reis, à 100 milles au sud de Rio de Janeiro, ont éteint la flamme olympique lors de son parcours vers le stade Maracaná, pour protester contre les politiques d'austérité de Temer et le détournement de fonds destinés à rémunérer des enseignants, des fonctionnaires et des employés, au profit des Jeux Olympiques. Angra dos Reis est une réserve côtière de résidences et d’hôtels de luxe pour les riches du Brésil et du monde entier. C’est aussi le site d’une raffinerie pétrolière et d’une centrale nucléaire de Petrobras. La majorité des habitants sont des pauvres de la classe ouvrière qui vivent dans des logements précaires sur les collines et subissent des coulées de boue catastrophiques à répétition. Des manifestations semblables ont eu lieu dans pratiquement chaque ville le long du parcours de la flamme. En juin dernier, les élus de la ville Rio de Janeiro ont réclamé une aide financière d'urgence à l'État pour éviter un effondrement économique.

Rio a l’apparence d’une ville assiégée. Plus de 98 000 agents de sécurité occupent la ville sous prétexte d'assurer la sécurité des athlètes et des touristes; cela comprend 47 000 soldats et policiers militaires. 1 200 agents de sécurité supplémentaires ont été affectés à la zone aéroportuaire de Rio. Les services de sécurité disposent de 60 navires, 70 véhicules blindés et 34 hélicoptères.

Durant les Jeux, les touristes et les riches brésiliens photographieront les anneaux olympiques et prendront des selfies le long de la plage de Copacabana. Ils ne verront pas qu’il y a deux Brésils. Cent millions de Brésiliens (sur environ 204 millions) vivent dans la pauvreté, avec un revenu mensuel (par habitant) inférieur à 300 $, ce qui en fait la société la plus inégalitaire du monde. En 2012, les statistiques économiques indiquaient que les gens de la classe moyenne inférieure (juste au-dessus du seuil de pauvreté), avaient uniquement le revenu nécessaire pour subvenir à leurs besoins de base.

Les tensions entre les classes sociales sont à un point de rupture. Tout ce que les autorités brésiliennes peuvent espérer, c'est qu’il y ait une brève période de paix sociale pendant les Jeux Olympiques, une «trêve», dans l'esprit de la Grèce antique. Cette accalmie, si elle se produit, ne sera que temporaire car le Brésil entre dans une période de guerre des classes.

-------

Commentaire 

Y aura-t-il des retombées économiques et, si oui, qui les empochera? Au départ, les retombées économiques de ces manifestations mégalomaniaques ne couvrent jamais les déboursés. L’entretien des infrastructures, souvent difficiles à rentabiliser après les jeux, deviennent des gouffres à argent.

Après 40 ans, nous n’avons pas encore rentabilisé (avec nos impôts) l’horrible stade de Roger Taillibert qui trône, tel un prototype d’OVNI, dans l’Est de Montréal (JO d’été 1976.) La tour inclinée – si énorme qu'on la voit de partout – représente une masse de 8 000 tonnes maintenue en place par une masse de béton de 145 000 tonnes, enfoncée à une dizaine de mètres de profondeur. Et puis, l'on se demande encore s’il faudrait installer un quatrième toit rétractable puisque les trois premiers se sont effondrés; le coût pourrait atteindre les 300 millions $. Formidable, non?

Ah mais, le bon Maire Jean Drapeau était un mégalomane qui s’assumait totalement...

J'aime beaucoup le Vermont, pour sa beauté, sa tranquillité, sa propreté, ses espaces verdoyants, son urbanisation intelligente et sa politique orientée vers la protection de l'environnement et la sauvegarde des services sociaux. Et, il n'y a pas de Grand Prix Formule 1, ni de Piknik Électronik hystérique, etc. Néanmoins, je suis certaine que le Vermont bat des records en visites touristiques et retombées économiques.

Citations du jour :

«Les dirigeants des grosses entreprises ne sont pas des gens comme nous. Ils paient beaucoup moins d'impôts.» ~ Jean Yanne (1933-2003) 

«Quand les gens juchés sur des échasses viennent à choir, un sourire accompagne la pitié que leur chute inspire.» ~ Anne Barratin (1845-1911)

1 août 2016

Traques de haute voltige

La traque Pokémon Go

En essayant de capturer et contrôler des bibittes virtuelles, les joueurs perdent tout contrôle de soi, toute capacité d’être «présents» et de faire des choix rationnels. Avez-vous vu des adeptes butter les uns contre les autres, contre des murs, des poteaux? Aille-oille. En plus, tous les trajets sont mémorisés par la machine à cash à l’autre bout de l’application – une autre sorte de traque et d’arnaque... Ainsi, les joueurs perdent encore un peu plus de leur intimité et de leur vie privée. George Orwell doit hocher la tête dans sa tombe.


À quoi bon craindre l’apocalypse zombie?
Nous sommes déjà des zombies.


SAN DIEGO – Un groupe d’individus jouant à Pokémon Go sur leurs téléphones intelligents ont failli être happés par un camion lors d’une chasse policière. Qui aurait été légalement responsable de l’accident : les joueurs «distraits» ou le conducteur du camion? En réalité, la technologie ne peut pas nous prémunir contre tous les accidents de la circulation; les gens risquent toujours d’en subir et d’être blessés. Le meilleur moyen de les éviter est d'être attentif, de garder les deux pieds sur terre. Même chose pour les voitures électriques téléguidées. Qui sera tenu responsable d’un accident : le «logiciel» ou le conducteur de la voiture autonome? Ridicule. Beaucoup de travail pour les avocats en perspective...

La traque automobile

Les voitures autonomes (électriques/téléguidées) ne règleront pas le problème du nombre croissant de véhicules en circulation, ni les embouteillages ni la pollution. Il faut de l’électricité pour nourrir les batteries qui requièrent des composants polluants. Leur durée de vie étant limitée, comment en disposerons-nous? Cercle vicieux. L’énergie solaire serait idéale, comme l’a démontré l’expérience formidable de Solar Impulse – zéro carburant et autonomie perpétuelle. Mais cette technologie, appliquée au mode de transport individuel, n’économisera ni temps ni énergie ni argent parce qu’il y aura encore des engorgements, en particulier en milieu urbain où l’auto individuelle devrait déjà avoir disparu. Il y a des gens qui perdent jusqu’à 60 minutes pour entrer / sortir des grandes villes aux heures de pointe. Infernal.

Et je n’ai pas hâte de voir les drones remplacer les oiseaux dans le ciel. Pouah.


«Si seulement ces idiots prenaient le bus, je serais déjà chez moi.»

Extrait d’un article de Rebecca Solnit (The Guardian) :

Les voitures autonomes

Nous n'avons pas besoin de voitures autonomes – nous avons besoin d’abandonner les voitures, totalement.

La voiture autonome peut sembler révolutionnaire et commode, mais les transports publics nous évitent déjà de conduire. Non seulement est-ce mieux pour la planète – mais en plus, ils nous épargnent les embouteillages.

... Trop de voitures c’est trop de voitures, et beaucoup d’endroits sont submergés de véhicules, encore aujourd'hui. Quant aux émissions de dioxyde de carbone, dans l’ensemble, il y a déjà trop de voitures sur terre.

Dans les milieux urbains de grande et moyenne densité, le transport en voiture individuelle mène aux embouteillages, à la rage au volant et à la perte de temps, ainsi qu'à un énorme gaspillage de combustibles fossiles dont les émissions atteignent les poumons de quiconque est coincé dans le trafic ou à proximité. Passer une heure à lire dans un train est très différent que de passer une heure à faire du surplace dans le trafic en jurant. Et si vous voulez lire (ou, OK, jouer avec votre téléphone) pendant votre trajet, vous devriez exiger de meilleurs transports en commun, non pas des voitures autonomes. Moins de véhicules individuels, moins d'embouteillages.


La promotion des voitures autonomes par Apple, Tesla, Uber, Google et divers fabricants d'automobiles, vise à préserver et peut-être même étendre l'utilisation du véhicule individuel. La multiplication des nouvelles technologies pour accéder au transport en taxi, et les problématiques sociétés Lyft et Uber ont fourni à la jeune génération plus d’options pour perpétuer le transport privé, et elles ont ajouté des flottes de véhicules neufs dans des villes déjà encombrées. À lui seul, Uber a ajouté quelque 11 000 chauffeurs dans les rues de San Francisco. Ce n'est pas ça l'avenir. C'est maquiller le passé. Nous avons besoin de gens prêts à utiliser des vélos, des autobus, des tramways, des trains et leurs jambes, prêts à trouver des moyens de se déplacer à l’aide de technologies qui réduiront au minimum l'impact des combustibles fossiles – ou même prêts à envisager de vivre là où ils n'auront pas besoin de parcourir de grandes distances fréquemment. Il existe de nouvelles applications pour connaître l'arrivée en temps réel des bus par exemple, ce qui aident davantage que les nouveaux moyens de gérer une chose obsolète : utiliser une voiture quand nous n’en avons pas besoin.



On dit que les voitures autonomes pourraient réduire le nombre d'accidents sur la route, mais, conduire moins souvent offre le même bénéfice (le fait que les voitures autonomes puissent être piratées ou que leurs logiciels puissent planter devrait nous préoccuper, parce que quand un ordinateur plante, il plante); et les accrochages avec les voitures autonomes de Google suggèrent que les machines ne comprendront peut-être jamais la nature humaine. À l'instar d’une grande part de la technologie, la voiture autonome est une solution qui se cherche un problème. Des solutions formidables existent déjà pour faciliter nos déplacements, plus efficaces en matière de sécurité, de réduction des émissions, et ainsi de suite.

Nous avons seulement besoin de volonté politique et d’imagination culturelle pour utiliser le bus. Ou le train. Ou le traversier. Ou le vélo.

Article intégral :  
https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/apr/06/self-driving-cars-public-transportation

30 juillet 2016

Politique hollywoodienne


Donald, Hillary, Bill et Melania (mariage de Trump, 2005). Belle complicité...

En réalité, les deux aspirants semblent également dangereux. God bless America...

C’est à se demander si Trump n’a pas été «payé» par le clan Clinton pour jouer les guignols afin de pousser les Américains à élire Hillary. Alambiqué? Pas tant que ça. D’autant plus que les républicains n’ont fait aucun effort concret pour déloger l’arrogant clown. Il ne restait plus qu’à éliminer Bernie Sanders, de manière odieuse. J’ai écouté des bribes du discours d’Hillary : elle a récupéré tout le programme de Sanders, et lui a même rendu hommage pour obtenir le vote des récalcitrants. Quelle hypocrisie!

12 août 2016 - Clin d'oeil : apparemment, nous sommes plusieurs à avoir compris le jeu (trop drôle) :



Qu’est-ce qu’un complot sinon une conspiration secrète pour éliminer, voire assassiner, des concurrents ou de prétendus ennemis? (1)



Beaucoup de gens ont comparé le couple Clinton au couple Underwood. Même l’auteur du livre, Michael Dobbs, disait récemment qu’Hillary Clinton était la vraie Claire Underwood. Aïe... 
     House Of Cards Creator: Hillary Clinton Is The Real Claire Underwood 
     Lord Dobbs, the creator of House of Cards, is considering which real-life individual is closest to Claire Underwood, the ice-cold political wife played by Robin Wright in the Netflix series. 
     “Hillary [Clinton],” Dobbs says after a moment’s thought. 
     “She is a political figure in her own right – behind the scenes, but now increasingly in front of the scenes. That is much more of a Claire character than, for instance, Cherie [Blair], who as far as I’m aware didn’t become actively aware in politics as such.” 
     It’s not necessarily the endorsement the US presidential candidate would be after but Dobbs is obsessed with the character of the former first lady and how it’ll affect her run for the top job. 
     “I’m fascinated by Hillary of course, because she comes with so much baggage,” he tells BuzzFeed News. “That baggage is her strength but also her vulnerability. We just have to wait and see where the balance lies on that. Though it is bizarre that the system that was bred out of [rejection of a King] has produced the Bushes, the Kennedys, the Clintons, the Roosevelts...”



«La nature humaine n'a pas beaucoup changé au cours des millénaires. Quand j'étais au lycée, j'ai dû lire Jules César. J'ai été totalement captivé par l'écriture et l'histoire. L'homme le plus puissant du monde fut mis en pièces, poignardé à mort sur les marches de la curie de sa propre capitale, et par ses meilleurs amis. Voilà l’histoire de House of Cards. Et de tous les politiciens dans une certaine mesure. Presque tous les politiciens sont écartés à la fin.» (Michael Dobbs)

Dans un article intitulé How 'House of Cards' Parallels the 2016 Election Season, Jackie Strause compare divers aspects de la campagne de 2016 à ce qui se passe dans House of Cards. Elle conclut en disant que la course réelle pour la présidence sera peut-être pire que celle de la cinquième saison de House of Cards.

1. The timeline: From the primaries to a brokered party convention
2. A first lady's quest to be President
3. KKK controversy
4. Debate over whether experience and elected office go hand-in-hand
5. Social media and the media
6. Transparency, domestic surveillance and ISIS
7. Fear

http://www.hollywoodreporter.com

---
(1) Néron accusa Sénèque de complot et le contraignit à se suicider... la sagesse dérange, encore aujurd’hui. 

«... Pour qui sait l'employer, la vie est assez longue. Mais l'un est dominé par une insatiable avarice; l'autre s'applique laborieusement à des travaux frivoles; un autre se plonge dans le vin; un autre s'endort dans l'inertie; un autre nourrit une ambition toujours soumise aux jugements d'autrui; un autre témérairement passionné pour le négoce est poussé par l'espoir du gain sur toutes les terres, par toutes les mers; quelques-uns, tourmentés de l'ardeur des combats, ne sont jamais sans être occupés ou du soin de mettre les autres en péril ou de la crainte d'y tomber eux-mêmes. On en voit qui, dévoués à d'illustres ingrats, se consument dans une servitude volontaire. 
     Plusieurs convoitent la fortune d'autrui ou maudissent leur destinée; la plupart des hommes, n'ayant point de but certain, cédant à une légèreté vague, inconstante, importune à elle-même, sont ballottés sans cesse en de nouveaux desseins; quelques-uns ne trouvent rien qui les attire ni qui leur plaise : et la mort les surprend dans leur langueur et leur incertitude. 
     Les vices nous entourent et nous pressent de tous côtés : ils ne nous permettent ni de nous relever, ni de reporter nos yeux vers la contemplation de la vérité; ils nous tiennent plongés abîmés dans la fange des passions. Il ne nous est jamais permis de revenir à nous, même lorsque le hasard nous amène quelque relâche. Nous flottons comme sur une mer, profonde où, même après le vent, on sent encore le roulis des vagues; et jamais à la tourmente de nos passions on ne voit succéder le calme. 
     Enfin parcourez tous les rangs de la société, depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevés : l'un réclame votre appui en justice, l'autre vous y assiste; celui-ci voit sa vie en péril, celui-là le défend, cet autre est juge : nul ne s'appartient; chacun se consume contre un autre. 
     Informez-vous de ces clients  dont les noms s'apprennent par coeur, vous verrez a quels signes on les reconnaît : celui-ci rend ses devoirs à un tel, celui-là à tel autre, personne ne s'en rend à soi-même. 
     Aucun homme ne souffre qu'on s'empare de ses propriétés; et, pour le plus léger différend sur les limites, on a recours aux pierres et aux armes. Et pourtant la plupart permettent qu'on empiète sur leur vie; on les voit même en livrer d'avance à d'autres la possession pleine et entière. Ou ne trouve personne qui vous fasse part de son argent, et chacun dissipe sa vie à tous venants. 
     Tels s'appliquent à conserver leur patrimoine, qui, vienne l'occasion de perdre leur temps, s'en montrent prodigues, alors seulement que l'avarice serait une vertu.

Mortels vous vivez comme si vous deviez toujours vivre. Il ne vous souvient jamais de la fragilité de votre existence; vous ne remarquez pas combien de temps a déjà passé; et vous le perdez comme s'il coulait d'une source intarissable, tandis que ce jour, que vous donnez à un tiers ou à quelque affaire, est peut-être le dernier de vos jours. Vos craintes sont de mortels; à vos désirs on vous dirait immortels.»

Extraits de :
Sénèque
De la brièveté de la vie
Trad. de M. Charpentier, Paris, 1860