18 novembre 2018

L’humain génétiquement défectueux

«Nous n’avons pas été créés pour un but plus grandiose que celui des fourmis ou des mouches qui volent autour de nous, ou des moustiques qui nous sucent le sang. Nous ne sommes pas plus significatifs ou importants que n’importe quoi d’autre sur cette planète. La nature n’utilise pas de quelconques modèles. Elle ne cherche qu’à perfectionner les espèces. Elle essaie de créer des espèces parfaites et non pas des êtres parfaits. Vos superbes idées religieuses  – la paix, le bonheur suprême, la béatitude ou autres – n’intéressent pas l’organisme humain. Son seul intérêt est la survie. Ce que la société nous a proposé comme but à atteindre est l’ennemi de cet organisme vivant. Chacune de nos inventions, chacune de nos découvertes, nous pousse vers l’annihilation totale de l’espèce humaine. Je peux paraître très cynique, mais le cynique est en fait un réaliste. Le cynisme vous aidera à poser un regard lucide sur la façon dont les choses se déroulent dans le monde. L’instinct biologique est très puissant; et c’est probablement la peur de l’extinction, non pas l’amour ou la compassion, qui sauvera l’humanité. (Krishnamurti, 1983)

Je me souviens qu’à l’adolescence, je me posais déjà de sérieuses questions sur les corps physiques dont nous étions temporairement affublés. Des machines biologiques biodégradables recouvertes de sacs de peau extrêmement vulnérables.  
Je trouvais la mécanique physiologique inadéquate, limitée, dépassée, frustrante, et totalement inadaptée à la vie terrestre de plus en plus inhospitalière. Combien de temps passons-nous au body shop en examens et traitements médicaux durant notre vie? (Si le sujet vous intéresse, c’est le thème du blog Air Karma, un essai humoristique sur la réincarnation; cf. Blogs connexes).


Jouissif de lire le compte-rendu d’un ouvrage qui semble corroborer mes intuitions (nullement basées sur la science et la biologie!). Selon plusieurs lecteurs, il s’agit d’une heureuse combinaison de théorie scientifique et d’humour, accessible à tous et toutes.

Les défauts humains témoignent d'une évolution, et non d'une conception intelligente (1)

Par Harriet Hall, MD *
Science-Based Medicine | Le 6 novembre 2018

Le corps humain n'est clairement pas le produit d'un concepteur intelligent. Ses nombreux défauts racontent l'histoire fascinante des accidents et des contraintes de l'évolution.

Dans son nouveau livre Human Errors: A Panorama of Our Glitches, from Pointless Bones to Broken Genes, Nathan Lents, professeur de biologie au John Jay College, CUNY, a démontré que le corps humain ne peut pas être considéré comme le produit d'un concepteur intelligent. Au contraire, ses défauts racontent l'histoire de l'évolution. Aucun concepteur intelligent n'aurait mis notre rétine à l'envers, ne nous aurait pas laissé un moignon de queue, ne nous aurait privés de la capacité de fabriquer les vitamines et les nutriments dont nous avons besoin, ou n’aurait envoyé notre nerf laryngé récurrent sur une voie aussi détournée. Aucun concepteur intelligent n'aurait rempli nos génomes de gènes qui ne fonctionnent pas et de carcasses virales d'infections du passé. Ces défauts et bien d'autres encore ne s'expliquent que par les bizarreries de l'évolution.

Nos défauts se répartissent en trois catégories : les caractéristiques qui ont évolué pour faciliter notre survie dans un monde préhistorique très différent de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui, les adaptations incomplètes (le genou est mal adapté à la posture bipède) et les défauts qui sont contraints par les limites de l'évolution (nous avons hérité de structures terriblement inefficaces mais impossible à redessiner par mutations aléatoires). «L'anatomie humaine est un mélange maladroit d'adaptations et de désadaptations.» Il explique que les mutations sont aléatoires et souvent destructrices mais sont aussi la source de toute la grandeur humaine. Il nous emmène faire un grand tour du corps humain et nous explique comment ses nombreuses imperfections sont apparues. Ce faisant, il nous en apprend beaucoup sur l'évolution.

Os inutiles et autres erreurs anatomiques
30 à 40 % des Américains et des Européens et 70 % des Asiatiques ont besoin de lunettes ou de lentilles de contact. La myopie se produit simplement parce que l'œil est trop long, l’hypermétropie parce qu'il est trop court, et la presbytie est liée à l'âge et causée par une perte progressive de souplesse. Notre vision nocturne est très mauvaise comparée à celle des chats. Les photorécepteurs céphalopodes sont installés de façon plus logique, mais les photorécepteurs de tous les yeux des vertébrés sont installés à l'envers; il s'agissait d'une douve évolutionnaire qui s'est perpétuée parce que sa reconception aurait été presque impossible avec des mutations aléatoires.
   Nos sinus nasaux se drainent vers le haut plutôt que vers le bas, ce qui nous rend beaucoup plus vulnérables aux rhumes et aux infections des sinus que la plupart des autres mammifères. Un concepteur intelligent aurait profité de la gravité, comme chez d'autres mammifères.
   En raison d'un accident historique de l'évolution, notre nerf laryngé récurrent fait une boucle sous l'aorte, suivant un chemin détourné qui est plus de trois fois plus long qu'il ne devrait l'être. L'erreur vient des poissons, qui n'ont pas de cou et ont un système circulatoire très différent de celui de l'homme. Il en est résulté l'absurdité d'un nerf de 5 mètres de long chez les girafes et d'un nerf encore plus long de 8 à 10 mètres chez le dinosaure Brachiosaurus.
   Un tube commun pour l'air et la nourriture nous prédispose à l'étouffement. L'adaptation anatomique à la marche debout n'est jamais tout à fait terminée chez l'homme : nos genoux, nos chevilles et nos disques intervertébraux sont sujets aux blessures. Les humains ont trop d'os, d'articulations qui ne fléchissent pas, de structures qui ne sont attachées à rien et d'appendices qui causent plus de problèmes qu'ils n'en valent. «Aucun bras de robot ne sera jamais conçu pour imiter notre structure osseuse absurde.»

Carences du régime alimentaire
Les plantes ne mangent pas. Les vaches peuvent vivre en mangeant de l'herbe seulement. Les chiens peuvent se développer avec de la nourriture pour chiens qui ne contient que de la viande et du riz. La plupart des animaux peuvent produire les nutriments qui manquent à leur alimentation. Les humains ne le peuvent pas; ils ont besoin d'une alimentation variée pour leur fournir des vitamines et des micronutriments. Les humains étaient autrefois capables de produire de la vitamine C, et ils ont toujours tous les gènes nécessaires, mais l'un d'eux est brisé. Quelque part chez nos ancêtres primates, le gène Gulo a subi une mutation aléatoire (ce gène code une enzyme qui catalyse la dernière étape de la biosynthèse de la vitamine C). Elle n'a pas affecté la survie parce qu'elle s'est produite dans une partie du monde où les agrumes étaient largement disponibles. La mutation s'est perpétuée et s'est répandue dans le monde entier, entraînant des carences en vitamine C dans les régions sans agrumes.
   Nous avons besoin d'une longue liste de vitamines, de minéraux et de traces de métaux dont les autres animaux n'ont pas besoin. Nous avons contribué à nos propres carences par des avancées technologiques malavisées; nous ne savions pas que le polissage du riz enlèverait la vitamine B et causerait le béribéri. La carence en fer est courante : 50 % des femmes enceintes et 40 % des enfants d'âge préscolaire sont anémiques, et des millions meurent chaque année d'une carence en fer évitable.
   Les animaux sauvages ne grossissent pas : ils vivent à la limite de la famine. Les humains des pays développés ont accès à une grande quantité de nourriture et l'obésité est devenue un problème. L'obésité est causée par la suralimentation, quelque chose que l'évolution nous a programmés à faire. C'était une bonne stratégie pour les sociétés de chasseurs-cueilleurs de nos ancêtres : les gens s’empiffraient pour compenser les périodes de pénurie. «L'obésité et le diabète de type 2 sont des exemples de maladies évolutives par excellence qui résultent directement du fait que les humains vivent dans un environnement très différent de celui où ils ont évolué.»

La camelote dans le génome
De grandes étendues de notre ADN n'ont aucune fonction : c’est de l'ADN poubelle. 97 % de l'ADN humain est une gaffe, et une partie de cet ADN est en fait nocif. Même les gènes fonctionnels sont truffés d'erreurs : l'ADN peut être endommagé par des radiations ou des mutagènes, et les erreurs de duplication d'ADN sont fréquentes. Les mutations dans les gènes nuisent généralement à la progéniture, mais l'évolution comporte un angle mort. Si une mutation cause des dommages tard dans la vie, une fois qu’un individu s’est reproduit, la sélection naturelle est impuissante à l'arrêter, comme dans la maladie de Huntington. Nous avons presque autant de pseudogènes et de gènes brisés que de gènes fonctionnels. Il y a des compromis : le gène récessif de la drépanocytose a persisté parce qu’au lieu d’hériter de deux copies, ce qui aurait été désastreux, il a hérité d'une seule copie, ce qui le protège contre le paludisme.
   8 % du génome humain est constitué de millions de carcasses d’infections de rétrovirus du passé, dont certaines remontent à des centaines de millions d'années, à l'époque de nos lointains ancêtres. Une étrange section d'ADN autocopiant représente plus de 10 % du génome : un élément transposable Alu s'est infiltré partout et a développé une vie qui lui est propre. Il fait des ravages, mais il nous a aussi donné accidentellement la vision des couleurs.

Homo sterilis
Les humains ne se reproduisent pas bien. L'ovulation est cachée, les spermatozoïdes ne peuvent pas tourner à gauche, nous naissons trop tôt, et notre énorme crâne cause des difficultés à l'accouchement. Un concepteur intelligent aurait sûrement mis au point un procédé plus efficace.

Les humains sont une bande de malades
Nous sommes sujets aux rhumes et aux gastro-entérites, aux allergies, aux maladies auto-immunes; les enfants naissent avec un cœur mal formé; et si nous vivons assez longtemps, le risque d’avoir un cancer est de 100 %. «L'évolution se soucie peu des personnes qui mourront du cancer. C'est un sacrifice qui vaut la peine pour la diversité qui vient des mutations.»

Nous sommes des nuls
Le cerveau humain ne peut pas comprendre les grands nombres, nous sommes facilement trompés par les illusions d'optique, et nos souvenirs sont souvent faux. Nous sommes souvent confus, dupes et distraits, et nous sommes sujets aux biais cognitifs et aux biais de confirmation. Nous tombons dans le piège de l’erreur du joueur et l’erreur du coût irrécupérable. Nous sommes trop sensibles aux anecdotes. Nous avons une double nature humaine; nous sommes à la fois Jekyll et Hyde. On peut passer de l'abnégation au meurtre en un clin d'œil.

Conclusion : nous sommes imparfaits mais étonnants
C'est un livre fascinant, divertissant et facile à comprendre qui explique l'histoire compliquée de l'évolution. Lents indique clairement que la conception du corps humain n'est pas «intelligente» mais pleine d'erreurs découlant des contraintes et des accidents de l'évolution. Néanmoins, nous nous en sortons assez bien. Nos imperfections témoignent de la grandeur de notre espèce puisque nous savons si bien les contourner. Où l'évolution et la technologie nous mèneront-elles? Cela reste à voir.

* Harriet Hall, MD, aussi connue sous le nom de SkepDoc, est un médecin de famille à la retraite qui écrit sur la pseudoscience et les pratiques médicales douteuses. Elle a obtenu un baccalauréat ès arts et un doctorat en médecine de l'Université de Washington, fait son stage dans l’armée de l’air (deuxième femme à le faire). Au cours d'une longue carrière comme médecin au sein de l’armée de l’air, elle a occupé divers postes allant de chirurgienne à directrice des services médicaux de la base (DSMB). Elle a tout fait, de l'accouchement de bébés au pilotage d'un B-52. Elle a pris sa retraite avec le grade de colonel.  En 2008, elle a publié ses mémoires, Women Aren't supposed to Fly.

Source :

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(1) Conception intelligente ou dessein intelligent (intelligent design en anglais). Il s’agit d’une théorie pseudo-scientifique qui prétend que «certaines observations de l'Univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une «cause intelligente» que par des processus non dirigés tels que la «sélection naturelle». Cette thèse a été développée par Discovery Institute, un cercle de réflexion conservateur chrétien américain. Le dessein intelligent est présenté comme une théorie scientifique par ses promoteurs mais, dans le monde scientifique, il est considéré comme relevant de la pseudoscience.
La Stratégie du Coin (Wedge Strategy) fut rédigée en 1998 aux États-Unis pour promouvoir des thèses créationnistes, anti-darwiniennes et anti-évolutionnistes, et remplacer la science par l’approche fondamentaliste du christianisme; soit «affirmer la réalité de l'existence de Dieu». (Source : Wikipédia)
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On pourrait toujours s’accommoder des tares physiques, mais les tares psychologiques et morales (pas dans le sens religieux du terme) sont beaucoup plus troublantes et terrifiantes, notamment au chapitre de la haine et de la violence. Nous ne pouvons plus compter les victimes de la violence meurtrière dont l’espèce humaine est la championne. Des chercheurs scientifiques ont proposé une explication plausible à cette impérieuse propension de l’homme à tuer pour tuer.

La violence : les humains sont-ils mauvais jusqu’à l’os?
Par Gemma Tarlach ǀ 28 septembre 2016

Une nouvelle recherche, qui a adopté une approche novatrice pour tracer l'évolution de la violence meurtrière, a constaté que l'Homo sapiens descend d'une branche de mammifères particulièrement brutaux. Notre inclinaison à démolir et à tabasser est inscrite dans notre ADN. Cependant, avant de frapper quelque chose parce qu’une manchette vous dérange, prenez courage : les chercheurs ont également constaté que notre propension à nous entretuer peut être atténuée. 
   En résumé, les chercheurs ont découvert que l'Homo sapiens faisait partie d'une lignée particulièrement violente remontant à des millions d'années.
   Notre espèce est, en tête de liste (telle qu’elle est) avec une augmentation constante de la violence meurtrière intra-espèce qui se perpétue depuis environ 100 millions d'années.
   Le pic des carnages se situerait au début de l'âge du fer, cette période où une grande partie de notre espèce abandonna peu à peu la vie nomade de chasseur-cueilleur, et quitta les petites bourgades pour des espaces urbains plus importants. C'est aussi le moment où les états s'engagèrent dans la compétition territoriale. Ouais, de plus en plus de monde entassé et en compétition pour les mêmes ressources et territoires.

Article intégral :


L’humain représente 0,01 % de la vie sur Terre

Merci aux zélotes du business mondial qui méprisent et saccagent le vivant sous toutes ses formes, toujours plus agressivement et rapidement depuis la seconde moitié du 20e siècle. Avec son arrogance indéfectible, «l’humain se croit trop grand pour échouer».

Article intégral :

Si vous n’êtes pas convaincu que l’espèce humaine est d’une violence inouïe et qu’elle n’a pas évolué, cette série viendra à bout de vos doutes. Les animations intercalées sont de grande qualité et de bon goût, rendant moins «explicite» la violence, la torture, les tueries, les viols et la cruauté corrélées à la traite d’êtres humains. «L’esclavage est le fondement du capitalisme en Europe et dans les Amériques, c’est la face cachée de la révolution industrielle», affirme Marcus Rediker, de l'Université de Pittsburgh, É.-U.   
   Des massacres épouvantables, ignobles et révoltants ont été commis, et le sont encore, au nom du progrès et du bien-être de l’humanité. En dépit de l’abolition juridique de l’esclavage au 20e siècle, adoptée par quelques grandes puissances, celui-ci a augmenté proportionnellement à la surconsommation de masse. Plus de fabrication d’objets jetables, plus de cheap labour, plus d’esclaves. La décroissance économique permettrait de réduire sensiblement l’esclavage, le gaspillage et la pollution avec ses effets sinistres sur l’environnement. 

LES ROUTES DE L’ESCLAVAGE

– Épisode 1 Au-delà du désert (476-1375) Dans un récit épique et documenté, le premier épisode des Routes de l’esclavage raconte 700 ans d’histoire et révèle comment les populations subsahariennes sont devenues au fil des siècles la principale «matière première» de la plus grande déportation de l’histoire.
– Épisode 2 Pour tout l’or du monde (1375-1620) Les navigateurs portugais, à la recherche d’or, se lancent à la conquête de l’Afrique
– Épisode 3 Du sucre à la révolte (1620-1789) Les Royaumes européens ouvrent de nouvelles routes de l’esclavage entre l’Afrique et les îles du «Nouveau Monde», avec la complicité des banques et des compagnies d’assurance.
– Épisode 4 Les nouvelles frontières de l’esclavage (1789-1888) Suite à la révolte des esclaves et à l’interdiction de la traite légale, une nouvelle déportation des captifs africains prendra toute son ampleur. (Épisode dédié à Marielle Franco – à la fin du générique)
   Année de production : 2018; Production : Compagnie des phares et Balises Compagnie des Phares et Balises, ARTE France, Kwassa Films, RTBF, LX Filmes, RTP, Inrap; Pays : France; Réalisateur(s) : Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant

Image : Les routes de l'esclavage 

«Des millions de personnes travaillent toujours dans des conditions lamentables en semi-esclavage. Aide domestique, agriculture, construction et détente sont, d'après l'OIT, les secteurs où le travail forcé est le plus présent. 56 % des «esclaves modernes» se trouvent en Asie et dans le Pacifique et 26 % d’entre eux sont mineurs. Les migrants sont les plus vulnérables puisqu'ils ne disposent souvent pas de documents adéquats ou encore, ne parlent pas la langue locale.» 
Suite : https://www.glo-be.be/fr/articles/lesclavage-au-21eme-siecle

Je conclue donc avec ces quelques lignes de l’écrivaine Esther Granek :

T’est pas beau, l’Humain!
[...]  
Car te comparant au félin,
tu es l’ivraie, et lui l’or fin.
Le cheval a plus de noblesse
en chaque patte, en chaque fesse
que toi déployant ton meilleur.
Total aveugle à ta laideur,
tu ris pourtant comme un p’tit fou
en regardant les singes au zoo.
Vrai, pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain! T’es pas beau!…

(Je cours après mon ombre, 1981)

Constat

T’aurais mieux fait d’rester amibe,
l’Homo Sapiens!
[...] 
Mais que n’es-tu resté macaque
jusqu’à jamais!
Narcisse à relents de cloaque,
par ton nombril, hypnotisé,
mais que n’es-tu resté macaque!
Ou bien crapaud! Poisson! Amibe!
Qu’ainsi n’y eût ni faits ni scribes
et nulle Histoire à raconter!

(De la pensée aux mots, 1997)  

13 novembre 2018

Cible : zéro arme à feu!

Je me souviens qu’on disait aux jeunes étourdis en classe : «on va vous mettre un peu de plomb dans la tête». Quand on avait du plomb dans la tête, on était supposément réfléchi, calme et raisonnable. Or certains prennent l’expression à la lettre, à la manière de Mme de Sévigné qui lui donnait le sens de tuer avec une arme à feu...  

«L'Amérique ne sera jamais détruite de l'extérieur. Si nous vacillons et perdons nos libertés, ce sera parce que nous nous serons détruits.» ~ Abraham Lincoln 

Cette citation de Lincoln est très appropriée compte tenu de ce qui se passe chez nos voisins américains. Parfois je me demande si nous ne devrions pas ériger un mur entre le Canada et les États-Unis pour nous protéger de cette population armée jusqu’aux dents (1). Les pro-armes à feu semblent incapables de comprendre que la finalité d’une arme, quelle qu’elle soit, est de tuer – des humains et des animaux.

Parkland, un clou dans le cercueil de la NRA

Selon le professeur d'histoire Francis Langlois, la tragédie de Parkland, aux États-Unis, a ébranlé les puissantes fondations de la NRA, le lobby pro-armes américain.
   «Parkland est un tournant, soutient-il. Plusieurs entreprises qui faisaient affaire avec la NRA ont décidé de retirer leur partenariat. Beaucoup d’argent a cessé d’entrer dans les coffres de l’association.»
   Francis Langlois ajoute que la décision de plusieurs États américains de rendre illégale l’assurance en cas de négligence ou d’accident vendue par la NRA a elle aussi fait mal au lobby.
   Preuve des problèmes financiers de l'association : pour la première fois, le mouvement anti-armes a dépensé plus d’argent que la NRA au cours des élections de mi-mandat. De nombreux candidats ouvertement anti-armes se sont d’ailleurs fait élire.

Les médecins prennent d’assaut les réseaux sociaux
Des médecins américains ont publié, à la fin d'octobre, une étude dans laquelle ils pressent le gouvernement de resserrer le contrôle des armes à feu. Ils estiment avoir le devoir de faire de la prévention contre les armes, qu’ils voient comme un problème de santé publique.
   La NRA a répliqué sur Twitter en leur demandant de «se mêler de leurs affaires» :  
   «Quelqu'un devrait dire aux médecins anti-armes à feu de «se mêler de leurs affaires». La moitié des articles d’Annals of Internal Medicine préconisent le contrôle des armes à feu. Le plus troublant, cependant, c'est que la communauté médicale ne semble avoir consulté PERSONNE d'autre qu'elle-même.» https://t.co/oCR3uiLtS7
– NRA (@NRA) 7 Novembre 2018
   Les médecins ont alors riposté en publiant diverses photos montrant des salles d’opération, des pansements tachés de sang, accompagnées du mot-clic #StayInMyLane («Je me mêle de mes affaires») pour illustrer les conséquences de l’utilisation d’armes à feu. «Ils ont décidé de répondre avec ce qui frappe : la réalité», fait remarquer Francis Langlois.

Source :

Image: Gini Fischer; 10 nov. 2018, #ThisIsMyLane

Commentaire d’une internaute : «Puisque les médecins doivent ‘se mêler de leurs affaires’, on devrait peut-être soigner les membres de la NRA victimes de blessures par balle avec des pensées et des prières.»

Medscape @Medscape 9 nov.
Les médecins parlent des séquelles physiques des blessures par balle. http://ms.spr.ly/6015rCQJf #Docs4GunSense


Mahua Dey @Goru78 
Une balle que j'ai prélevée dans le cerveau d'un enfant de 6 mois. @NRA vous avez créé «je me mêle de mes affaires»! #stayinmylane #ThisISMyLane #GunControlNow #Docs4GunSense 


Arps @paediatrix 10 nov.
Quand un tout-petit est hospitalisé à l'USI avec la moitié du cerveau hors du crâne parce qu'il s'est «accidentellement» tiré une balle – parler de la sécurité des armes à feu pour essayer d'éviter cela dans l'avenir – c’est précisément me mêler de mes affaires. #ThisIsMyLane

Dr Howie Mell @DrHowieMell 10 nov  
Des moments dont vous vous souviendrez toujours. Les klaxons stridents dans le hangar des ambulances. Ramasser un enfant de 12 ans sans vie sur le siège avant, et qui ne pèse rien. Le mettre sur une civière... Tant de trous. Aucune respiration, thoracotomie digitale, tellement de sang gicle sur mon bras. Il est mort. #ThisIsMyLane

Dr Howie Mell @DrHowieMell 10 nov.  
Des moments dont vous vous souviendrez toujours. Les médecins font furieusement de la réanimation cardio-pulmonaire sur un enfant de 8 ans, juste un petit trou au-dessus de l'œil gauche. Le meilleur ami montrait le pistolet de son père. Asystolie, aucun espoir. Un si petit corps, un si petit trou. Il est mort. Vous n'avez aucune idée de ce qu'on voit quand on ferme les yeux. #ThisisMyLane

Source : #ThisIsMyLane

La National Rifle Association, le lobby des armes à feu le plus puissant du pays, est dans la mire des médecins pour un Tweet que plusieurs qualifient d'insensible et insensé

Quelques heures à peine avant qu'un homme armé n'entre dans un bar en Californie et ne tue 12 personnes (307e tuerie de masse en 2018), la NRA attaquait l'American College of Physicians sur Twitter pour avoir proposé des politiques pouvant réduire le nombre de morts et de blessés par balle. La veille, les Centers for Disease Control and Prevention révélaient que le nombre de décès par arme à feu augmente dans tout le pays à un rythme jamais vu depuis une décennie. Le document appelait à une «approche globale et multidimensionnelle pour réduire la violence par arme à feu qui soit compatible avec le deuxième amendement».
   Un médecin a demandé : «Où êtes-vous quand je dois dire à toutes ces familles que leurs proches sont morts?»
   Le docteur Cedric Dark a été l'un des premiers à souligner le timing des commentaires de la NRA. «Ce tweet n'a même pas survécu 12 heures avant qu’une autre fusillade de masse ne se produise», a-t-il écrit.

Annales d'Int Med (@AnnalsofIM) 8 novembre 2018
Des médecins comme Dena Grayson n'ont pas hésité à souligner que la violence armée était «de leurs affaires» car ce sont eux qui «arrêtent le sang de couler» quand les gens se font tirer dessus.

jjaylynny (@jjjaylynny) 8 novembre 2018
La gynécologue Jen Gunter a dit : «Qui pensez-vous retire les balles logées dans la moelle épinière...? La fée des dents? C'est littéralement l’affaire des médecins.»

Joseph Sakran (@JosephSakran) 7 novembre 2018
La Dre Mary Brandt a mentionné plusieurs études montrant un lien clair entre le relâchement des règles sur les armes à feu et l'augmentation du nombre de décès par arme à feu, et elle a lancé un hashtag : #ItIsOurLane.

Mary L. Brandt MD (@drmlb) 8 novembre 2018
L'American Academy of Pediatrics s'est jointe au mouvement en déclarant sur Twitter : «Tant que la violence armée demeurera une menace pour la santé publique des enfants et des familles, les pédiatres ne ménageront pas leurs efforts pour assurer leur sécurité.»

Amer Acad Pediatrics (@AmerAcadPeds) 8 novembre 2018
Malgré le fait que la NRA représente moins de 20 % de tous les propriétaires d'armes à feu aux États-Unis, le groupe de lobbying est extrêmement influent à Washington. La NRA réclame des lois qui limitent la façon dont l'argent fédéral peut être dépensé pour étudier la violence armée, ce qui fait qu'il est difficile pour les législateurs de trouver des moyens de réduire le nombre de décès par balle.

Les États-Unis dépensent moins pour la recherche sur la violence armée que pour toutes les autres causes majeures de décès aux États-Unis – et c'est volontaire.

«Même une réglementation fondée sur le bon sens constituerait une violation des droits constitutionnels et empiéterait sur notre liberté, elle constituerait un pas vers le socialisme et un contrôle gouvernemental de main de fer.» 
~ Wayne LaPierre, directeur général de la National Rifle association. 
[Oliver North, l’ancien officier américain impliqué dans le scandale des ventes d'armes à l'Iran pour financer les Contras au Nicaragua, est le président du premier lobby des armes à feu aux États-Unis depuis mai 2018.]


(1) Selon une étude du Pew Research :  
30 % des Américains détiennent au moins une arme à feu 
Et parmi cette dernière population, deux tiers en possède deux ou plus, et 30% cumulent... au moins cinq armes. 27 % des 18-29 ans disent posséder une arme, un chiffre quasiment équivalent aux 30-49 ans (28 %) et très légèrement au-dessous de la moyenne pour tous les adultes possesseurs d’armes (30 %).
   Les 50 ans et plus sont tout de même un peu plus nombreux à posséder une arme (33 %). On observe ainsi un écart de 6 points entre les jeunes adultes et leurs parents. Mais cet écart pourrait se resserrer avec le temps puisque selon les chiffres du Pew Research Center, 16 % des 18-29 ans se voient bien avec une arme plus tard.
   Une inclinaison qui n’est pas sans lien avec le fait d’avoir vécu avec des armes dans son enfance. 67 % des possesseurs d’armes ont en effet grandi avec un membre de leur famille possédant lui-même des armes. Un chiffre qui tombe à 40 % pour ceux qui ont choisi de ne pas en avoir.


Le possesseur d’armes type serait un homme blanc proche des Républicains
L'institut de recherche observe que les hommes sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à posséder une arme (39 % contre 22 %). Et plus particulièrement, les hommes blancs : 39 % des hommes blancs possèdent une arme; contre 28 % des hommes de couleur.
   Cet écart ethnique se retrouve aussi chez les femmes. 24 % des femmes blanches américaines sont armées, contre 16 % des femmes de couleur.
   Notre possesseur d’armes type aurait en outre de fortes chances d’être proche du Grand Old Party (GOP). 41 % de ceux qui se déclarent officiellement Républicains possèdent une arme contre 16 % des Démocrates affirmés. Un décalage qui se retrouve auprès des simples sympathisants du GOP, avec 44 % des «tendance-Républicains» détenant une arme. C’est plus du double de ceux se disant proches des Démocrates.
   L’arme chouchou des Américains, c’est le revolver. Près de 72 % des possesseurs ont jeté leur dévolu sur cette machine courte et portative. Parmi ceux qui ne possèdent qu’une arme, 62 % ont choisi le pistolet au reste de l'offre. Autres grands favoris : le fusil (62 %) et la carabine (54 %).

Échos START, 26 février 2018

12 novembre 2018

Éloge de l’orgie carnivore

J’ai écouté les chefs du resto Joe Beef, David McMillan et Frédéric Morin, à Tout le monde en parle (ICI Radio-Canada). Les deux ambassadeurs de la viande, plutôt sympathiques, présentaient leur livre de recettes Joe Beef : Survivre à l’Apocalypse. Assez ironique ce titre à l’heure où le dernier rapport du GIEC suggère fortement de réduire notre consommation de viande si l’on veut éviter l’Apocalypse.
   Bonne nouvelle, McMillan a cessé de boire, ce qui a énormément réduit sa masse corporelle. C’est évident qu’on ne pourra pas compter sur la contribution de ces deux chefs pour réduire les GES de la production de viande. Néanmoins, je les encouragerais à explorer la cuisine à base de plantes en y mettant l’imagination dont ils sont capables. «On jase là», comme dirait Guy A. Lepage.

Honnêtement, vous ne trouvez pas qu’il y a trop de laitue?

À l’émission Midi info (ICI Radio-Canada Première), le tandem de journalistes Yves Boisvert / Lise Bissonnette se sont exprimés sur le Pacte pour la Transition. Bissonnette a servi un avertissement à Dominic Champagne, le comparant à un croisé de l’écologie. Elle n’a pas lâché le micro et c’est à peine si Boisvert a pu placer quelques mots. J’ai transcrit, c’est trop drôle.
– Bissonnette : Personnellement j’étais plutôt bien disposée, mais je reste un peu sur la réserve en me demandant s’il s’agit d’un jalon majeur. Je doute que les Québécois deviennent les champions du monde comme le dit M. Champagne, soit qu’on va mener la conscience écologique universelle. Sommes-nous devant un jalon majeur ou un phénomène de réseaux sociaux? Et là, je vais me faire excommunier, c’est comme le bucket challenge, et là je vais vraiment affirmer ma réserve ici, parce que la façon dont la chose se présente en partie. Je me méfie toujours depuis très longtemps en fait des appels (ou chapelles?) religieux. Y’a quelque chose qu’on voit tout le temps. Je l’ai entendu M. Champagne dire c’est moi, moi, moi, moi, je, je, je, je vais changer la face du monde, je ne suis pas comme les autres, vous ne vous occupez pas de ça, mais moi, je vais faire la différence. L’Apocalypse c’est pour demain. Y’a des péchés mortels, des péchés véniels, et si vous n’êtes pas d’accord, vous devriez vous taire parce que vous êtes d’une certaine façon excommuniés. Je caricature à peine. Et là, je trouve qu’il y a un côté dans ça qui ressemble beaucoup à ces églises où on répète la doctrine et où on vous menace de l’effondrement de la vie sur terre; le jugement dernier vous menace. Si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes des méchants. Alors là, y’a danger. Je dis que les gens qui ont signé et qui accompagnent M. Champagne dans cette croisade devraient se demander s’il ne faut pas rajuster le tir pour qu’il soit plus collectif. 
– Boisvert : Mais c’est vrai que l’heure est grave. 
– Bissonnette : Il évoque souvent l’Apocalypse, la fin de la vie sur terre et la fin des espèces. Il a parlé de Berlin 1937 [à l’émission La soirée est encore jeune]. Les gens qui s’opposent un peu ou qui se posent des questions ou qui ne sont pas sûrs qu’il faut y aller si rapidement que ça, c’est Berlin 37. C’est du zèle religieux, vous commettez des péchés mortels, et véniels si vous achetez des choses biologiques et si vous ne diminuez pas votre consommation d’essence. Mais il y a aussi des gens qui commettent des péchés mortels, et je vous dis que ce côté croisade risque de nuire à ce mouvement qu’il veut élargir.
– Boisvert : La métaphore avec Berlin 37 a une connotation criminelle, sans accuser personne.
– Bissonnette : C’est fasciste, vous êtes un peu fasciste si vous refusez de signer, des complices des assassins.
– Boisvert : Calmons-nous! En fait, ne nous calmons pas, parce que le GIEC et l’ONU nous le disent, ce n’est pas une question d’opinion, c’est une matière factuelle. Donc, c’est important de passer le message. Il n’y a pas matière à débat sur la réalité des changements climatiques.

En réalité, Lise Bissonnette semblait s’inspirer des propos de Denise Bombardier dans le Journal de Montréal de ce matin, présentés à sa sauce et en y ajoutant beaucoup de beurre... Je ne veux pas excuser Dominic Champagne, c’est vrai qu’il arbitrait un peu sec et qu’il a pété l’ambiance de La soirée est encore jeune. Mais pour lui, arriver directement de la marche devant des humoristes qui posent des questions pour gnochon et se comportent comme des hybrides entre la fougère et le navet – on leur explique un machin un peu technique et ils s’évanouissent – faisait sans doute trop contraste.

Pourquoi tirer sur le messager? Allons-nous cracher sur un mouvement qui pourrait nous aider à nous libérer des débiles profonds qui gouvernent la terre et s’en croient les propriétaires? On regarde l’arbre sans voir l’Himalaya de merde derrière. Il y a beaucoup de gens qui sont réellement écoeurés d’ingurgiter du pétrole et du plastique, et de respirer du gaz. Aussi simple que ça. Mais, il est aussi vrai que personne ne change avant d’être prêt, pas même un millième de seconde avant.

Commentaires d’internautes :
– Le changement climatique ne peut pas faire l’objet d’une série webtélé en continu parce qu'elle sera stoppée par... le changement climatique.
– Allons-nous prendre des mesures audacieuses et historiques pour prévenir les changements climatiques catastrophiques, ou continuer à ignorer le problème le plus important de la civilisation?

On ne peut pas marcher en regardant les étoiles quand on a une roche dans son soulier.


Manger moins de viande pour lutter contre les changements climatiques?

Alexandre Shields
Le Devoir | 11 octobre 2018 | Environnement

La lutte contre les changements climatiques passe inévitablement par un changement majeur de notre régime alimentaire. Cela implique surtout de réduire substantiellement notre consommation de viande, conclut une nouvelle étude publiée mercredi dans le magazine scientifique Nature (en anglais).

Selon les constats de cette étude qui analyse la croissance de la demande alimentaire dans un contexte d’augmentation de la population mondiale, le passage à une diète «flexitarienne» serait nécessaire afin notamment de réduire les importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la production de viande.

En clair, les chercheurs suggèrent un virage vers un régime quotidien davantage «à base de plantes». En moyenne, les habitants de planète devraient ainsi réduire de près de 75 % leur consommation de viande rouge. Pour les Canadiens, ce recul serait davantage de l’ordre de 85 %, en tenant pour acquis un passage à un seul repas à base de viande par semaine.

L’étude évoque aussi le besoin de réduire notre consommation de viande blanche (comme le poulet) et de produits laitiers. Mais les chercheurs précisent qu’il faut en contrepartie ajouter au menu davantage de légumes, de noix et de végétaux.

Production en hausse

La production mondiale de viande a été multipliée par quatre depuis cinquante ans, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes. Résultat : un citoyen issu d’un pays industrialisé consomme aujourd’hui 76 kg de viande par année (167 lb), contre 43 kg en moyenne dans le monde.

Les émissions de GES du secteur agricole dépassent quant à elles les 5,5 milliards de tonnes à l’échelle planétaire (huit fois les émissions totales du Canada).

Si la trajectoire actuelle se maintient, les émissions devraient augmenter de plus de 30 % d’ici 2050, alors que le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) plaide pour des émissions mondiales de CO2 de «zéro» d’ici trente ans.

En matière de réduction d’émissions de GES, le fait de diminuer l’apport de produits d’origine animale serait donc d’autant bénéfique pour le climat que cette production est responsable à elle seule de 72 à 78 % de toutes les émissions de GES du secteur agricole mondial, selon les données présentées dans l’étude.

À titre d’exemple, la production d’un seul kilogramme de boeuf génère 32,5 kg de CO2. Pour l’agneau, on évalue le bilan à 33 kg par kilogramme produit, et à 2,9 kg pour le porc. A contrario, le bilan est de 0,1 kg pour le soya, 0,06 kg en moyenne pour les légumes, 0,7 kg pour les noix et 1,18 pour le riz.

Déforestation

En plus des émissions de GES, les produits d’origine animale monopolisent d’importantes superficies de terres cultivables, pour une moyenne de quatre à six mètres carrés pour chaque kilogramme de boeuf, de poulet, d’agneau ou de porc. Or, les nouvelles terres agricoles sont bien rendues disponibles en recourant à la déforestation. En Amazonie, par exemple, près de 75 % des vastes régions naturelles perdues l’ont été au profit de la production de viande ou des céréales nécessaires pour nourrir les animaux.

Qui plus est, ces terres agricoles risquent de reculer, voire de devenir impropres à l’agriculture dans plusieurs régions du monde, en raison des bouleversements climatiques, selon ce qui se dégage du plus récent rapport du GIEC. Le rapport souligne d’ailleurs le besoin de revoir notre diète, afin de se tourner collectivement vers un régime alimentaire moins «intensif» du point de vue d’utilisation de ressources et d’énergie.

Il faut dire que la population mondiale pourrait atteindre neuf milliards d’individus en 2050, et continuer de croître par la suite. Une situation qui, sans changement, ferait grimper l’ensemble des impacts environnementaux du «système agricole» de 50 à 90 %. Selon Marco Springmann, chercheur à l’Université Oxford et superviseur de l’étude publiée dans Nature, il est donc urgent de changer nos pratiques agricoles et notre régime alimentaire.

«Nourrir une population mondiale de 10 milliards de personnes est possible, mais seulement si nous modifions la façon dont nous produisons la nourriture et la façon dont nous la consommons», précise pour sa part le professeur Johan Rockström, chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact Research, coauteur de l’étude, cité dans le quotidien The Guardian.

Tant cette nouvelle étude que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture plaident par ailleurs pour une réduction du gaspillage alimentaire. À l’heure actuelle, 30 % de toute la production planétaire se retrouve à la poubelle. La FAO estime qu’en éliminant ce gaspillage, qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes chaque année, il serait possible de régler une partie des problèmes de faim dans le monde.

Avant je pouvais éliminer les suggestions à la fin des vidéos, mais l'option n'existe plus. Dommage, on peut se retrouver avec toutes sortes de choses sans rapport, voire, carrément stupides. Désolée. 

The Animal Holocaust depicted through Art.
Artist: Jo Frederiks

11 novembre 2018

Survie ou suicide?

Qui est responsable de l’écosuicide planétaire?
Personne et tout le monde.

Camus disait : «Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie.»

Je salue l'initiative «Pacte pour la Transition» lancée jeudi dernier. Je suis aussi d’accord avec l’idée que l’addition des actes individuels en matière de consommation peut avoir des retombées positives à long terme. Et l’engagement n’est pas contraignant, un peu comme la COP, chacun est libre de se priver ou non de bœuf et de bacon et d’un tas de choses inutiles, dépendant de l’emprise de ces dépendances. Néanmoins, si les gestes individuels ne sont pas soutenus par des changements législatifs radicaux, c’est peine perdue sur le plan global. Par contre, la simplicité volontaire a l'avantage de nous rendre plus libres... 


J’entendais des commentateurs parler de «crédits compensatoires», qui signifient en réalité «la Nature que l’on détruit à cet endroit sera récréée et sauvée à un autre». De sorte que «je vais payer pour continuer à vivre de la même façon et ainsi me sentir moins coupable ou responsable». Un autre évoquait les gobelets à café en amidon de maïs remplaçant les gobelets en plastique sur un plateau de tournage devenu «écolo». Comme disait George Monbiot : «On ne sauvera pas la terre avec un gobelet à café «écolo» jetable. Nous devons défier les entreprises qui cherchent des moyens «plus écologiques» de nous maintenir dans le système de consommation «acheter/jeter». Personne ne s’interroge sur la quantité de terres agricoles requises pour la monoculture du maïs, reconnue pour causer l’érosion des sols et nécessiter de fortes doses de pesticides et d’engrais. Le problème ne concerne pas uniquement le plastique, mais aussi la masse de choses jetables. Le plastique est certes un fléau environnemental majeur, et les campagnes pour limiter son utilisation sont bien intentionnées et parfois efficaces. Cependant, nous ne pouvons pas faire face à notre crise environnementale en troquant une ressource surutilisée par une autre. La vraie question est : comment devrions-nous vivre?»  

À voir : «Détruisons la planète dans la joie et la bonne humeur» :

Les folles dépenses en GES des G7-8-20... :

Des milliers de tonnes de gaz à effet de serre causées par le G7

David Rémillard | Le 10 novembre 2018  

Les activités du G7 sous la présidence du Canada ont généré plus de 8600 tonnes de gaz à effet de serre (GES) en 2018. Ottawa promet d'en compenser la vaste majorité, voire la totalité.
   Selon l'inventaire réalisé par la firme WSP pour Affaires mondiales Canada, dont Radio-Canada a obtenu copie, au moins 8635 tonnes de GES ont été émises dans l’atmosphère.
   Le rapport tient compte du sommet des 8 et 9 juin à La Malbaie, incluant les activités satellites tenues à Québec. S'ajoutent les quatre rencontres ministérielles du G7 tenues cette année à Montréal, Whistler, Toronto et Halifax, ainsi que quatre réunions préparatoires en vue du Sommet.
   Sans surprise, le sommet de La Malbaie a de loin généré la plus importante quantité de GES. Plus des trois quarts (77 %) des GES sont attribuables aux activités diplomatiques, et 23 % aux mesures de sécurité. Le transport aérien a été le plus important générateur de GES, loin devant tous les autres.

Et la facture des mesures de sécurité ont coûté une méchante beurrée. Je crois qu'ils se préparaient au déclenchement d'une troisième guerre mondiale. 

Jessica Séguin, porte-parole d'Affaires mondiales Canada, confirme que le fédéral achètera des crédits compensatoires sur le marché du carbone pour les 8635 tonnes calculées. «Le processus est en cours afin d'effectuer l'achat de crédits.»
   Le fédéral s’est allié à la Coop de l’Arbre, un organisme de Charlevoix, pour mettre en place un projet de plantation de 100 000 arbres à travers le réseau des réserves de biosphère au pays.
   Ces arbres, affirme Mme Séguin, compenseront 15 000 tonnes de GES supplémentaires. «Les 16 plantations sont encadrées par une entente de suivi sur un horizon minimal de 50 ans, pour laisser le temps à l’arbre d’atteindre sa maturité et de jouer pleinement son rôle de séquestration du carbone », avance-t-elle.
   Ces 15 000 tonnes supplémentaires permettront, dit-on, de compenser les émissions non répertoriées.

Article intégral :

Payer pour avoir le droit de polluer plus

Dans son ouvrage, Ce que l’argent ne saurait acheter, Les limites morales du marché, le philosophe américain Michael Sandel réfléchit sur notre société hyper mercantile. L’entreprise qui achète le droit de polluer, se dédouane-t-elle d'une faute morale envers l'environnement? Peut-on vendre un enfant à l'encan au plus offrant ou faire le commerce d'organes humains? Selon lui, la vie, l'eau et l'air ne devraient jamais être des valeurs marchandes.
   «Avec le protocole de Tokyo sur le changement climatique en particulier, les économistes ont trouvé dans le marché une méthode encore plus éloignée de tout ce qui pourrait ressembler à une mesure vexatoire. Chaque agent pollueur est tenu de rester dans les limites d'un plafonnement décidé à priori mais il peut acheter le droit de dépasser ces limites en payant un autre agent qui, lui, restera en deça de celles qui lui ont été affectées. ... C'est précisément l'avantage que les économistes attribuent au marché qui pose problème : il ne ferait pas de morale. En réalité, il recouvre un mal qui devrait être perçu comme tel (la destruction de l'environnement) par un bien (le droit de polluer) que l'on peut acheter.» ~ Jean-Pierre Dupuy (au sujet de la taxe de carbone)
   Si tous les membres de la secte «Économie marchande» et les politiciens lisaient cet ouvrage, peut-être que la manière de gouverner pourrait s’améliorer.

Ce que l'argent ne saurait acheter; Les limites morales du marché
Michael J. Sandel Traduit par Christian Cler
Préface de Jean-Pierre Dupuy
Sciences humaines (H.C.) Seuil (02/10/2014)

Article intégral :

J’ai découvert ce document crucial sur Le Partage. À lire, pour mieux comprendre ce que signifie «payer pour polluer et détruire à volonté».  http://partage-le.com/


Le commerce des écosystèmes : lorsque le «paiement pour services environnementaux» équivaut à l’autorisation de détruire

Par Jutta Kill
World Rainforest Movement 2014

Les raisons de publier un document d’information sur le PSE, ou paiement pour «services environnementaux»

Aujourd’hui, les agences de l’ONU, l’industrie, les économistes de l’écologie, un nombre croissant de consultants et d’ONG écologistes, profitent de cet espace pour nous rappeler que le maintien de fonctions telles que la filtration d’eau que remplissent les forêts et les sols, le stockage de carbone que font les sols et la végétation, la biodiversité, la pollinisation des cultures agricultures par les abeilles, etc., est crucial pour l’humanité et que ces fonctions doivent donc être conservées. La démarche qu’ils proposent part de l’idée que le seul moyen d’obtenir que la Nature soit appréciée et protégée est de rendre visible, en termes économiques, la valeur de ces fonctions que   la Nature assure gratuitement. Ils affirment que lorsque les marchés de capital, les politiciens et les grandes entreprises verront l’énorme valeur économique de ce qu’ils appellent les «services écosystémiques», il sera plus facile d'exiger d'eux qu'ils protègent  la  Nature. Certains proposent aussi d’utiliser cette valeur économique qui, apparemment, n’a pas été perçue par les gouvernements, les transnationales  et  le  capital financier, comme moyen de financer  la protection de la Nature, en payant pour  ces  «services écologiques» (PSE). Suivant  ce raisonnement, tout ce qu’il faut pour mettre fin à la destruction de l’environnement est une nature que le capital puisse percevoir.

Cependant, on  peut regarder autrement le paiement pour «services environnementaux» : le PSE fait partie d’un processus par lequel le capital financier déterminera encore  plus comment la nature est utilisée et qui contrôle l’accès aux territoires; ce processus est dénommé «financiérisation» de la nature. Dans cette optique, plutôt que de diminuer la destruction, une nature que le capital puisse percevoir est indispensable  pour  maintenir un système économique qui dépend de la nature pour survivre : d’abord on la réduit à des unités de «services écosystémiques», puis ces services deviennent un nouvel item que les marchés de capital peuvent commercialiser.

Le présent bulletin vient s’ajouter aux numéros 175 [1] (février  2012)  et  181
[2] (août 2012) sur La financiérisation de la nature et le paiement pour services  écologiques.  Ces bulletins portaient sur le développement de la notion de «paiement  pour  services de l’environnement» et sur le rôle et le contenu de certaines études  importantes souvent citées par les défenseurs de cette idée, comme l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM) et l’Économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB). Ces deux rapports en particulier ont été essentiels à la diffusion du concept de PSE ces dernières années, en contribuant à créer l’espace politique nécessaire pour le faire avancer au plan international. Beaucoup de nouvelles tendances  et de développements sont apparus depuis que le WRM a publié ces deux bulletins, et une nouvelle forme du PSE se fait jour : les gouvernements ont commencé à élaborer des «comptabilités du capital naturel»;  le Brésil a changé son Code forestier   pour  permettre le commerce de «crédits de restauration des forêts»; la Commission européenne, le Royaume-Uni et plusieurs autres pays européens étudient des modifications de leur législation environnementale pour créer un marché de crédits de  compensation de biodiversité; l’État brésilien d’Acre a adopté toute une loi dénommée «Système d’incitations pour services environnementaux» (SISA) et, avec le soutien financier du gouvernement allemand, il est en train de créer des institutions,  des  réglementations  et des commissions pour appliquer cette loi SISA, en commençant par l’infrastructure nécessaire  à la  commercialisation de la capacité des forêts à stocker du    carbone, le programme ISA-Carbono. Autrement dit, des gouvernements, de grandes entreprises et le secteur financier, qui ne se sont jamais distingués par leur défense de la nature, ont l’air de s’intéresser beaucoup au PSE.

Nous avons donc pensé qu’il était temps de reprendre cette question, de regarder la  notion  de  «paiement  pour  services  environnementaux» telle qu’elle se présente à l’heure actuelle, d’examiner les arguments de ceux qui affirment que la seule manière  de sauver la nature est de lui apposer un  prix, de montrer quels  sont les protagonistes  et ce qui les pousse à s’intéresser au PSE. Surtout, ce document aspire à documenter comment cette nouvelle version de la théorie du PSE se comporte sur le terrain, dans les territoires dont les communautés forestières dépendent pour leurs moyens d’existence et leur mode de vie.


Introduction

«Il faut mettre fin à l’invisibilité économique de la nature», [3] écrit dans son blog Pavan  Sukhdev, auteur de l’étude TEEB. Beaucoup d’économistes, d’entreprises et d’ONG de conservation se font l’écho de cette déclaration. La valeur de la nature n’est pas visible, affirment-ils; c’est pourquoi les fonctions que la nature accomplit – la filtration d’eau dans les forêts et les sols, le stockage de carbone dans les sols et la végétation, la biodiversité, la pollinisation des cultures par les abeilles, etc. – sont sacrifiées sans cesse pour réaliser les bénéfices économiques visibles que l’on peut obtenir en la détruisant. «[S]i au moins nous avions  les  outils  nécessaires  pour  mesurer  ces  valeurs et les intégrer aux décisions des entreprises», écrit le World Business Council for Sustainable Development, un groupe industriel de pression très influent auprès de l’ONU, dans son Guide pour l’évaluation des écosystèmes par les entreprises. [4] Des agences de l’ONU, des transnationales, des ONG de conservation et des économistes de l’écologie affirment que le seul moyen de faire en sorte que la nature soit appréciée et protégée est de rendre visible, en termes économiques, la valeur de ce qu’ils appellent «services écosystémiques», c’est-à-dire les fonctions et les processus que le nature fournit à l’humanité. Ils affirment que lorsque les marchés de capitaux, les politiciens et les transnationales verront l’énorme valeur économique de ces «services  écosystémiques», il sera plus facile d’exiger que la nature soit protégée. Les économistes  ont  avancé  quelques  estimations  de  la  valeur  économique  des  «services écosystémiques», et beaucoup d’initiatives, de programmes et de subventions d’aide à la recherche et au développement sont mis en place pour se préparer à la commercialisation future de ces «services».

Dès que les premiers programmes de PSE ont été formulés, les défenseurs du paiement pour «services écologiques» ont affirmé que les communautés tributaires des forêts et les peuples des forêts en seraient les principaux  bénéficiaires.  Mais le sont-ils vraiment? Même les premiers programmes ont eu tendance à bénéficier surtout aux membres les plus fortunés de la communauté. Ils ont montré aussi que la valeur intrinsèque de la Nature tend à être évaluée à la baisse lorsque les valeurs financières des plans de PSE sont introduites. Des exemples concrets suggèrent que ces tendances  se renforceront lorsque le PSE deviendra un marché de «services écosystémiques». Certains Quand le «paiement pour services environnementaux » équivaut à l’autorisation de détruire WRM 2014 proposent aussi d’utiliser cette évaluation économique pour financer la conservation de la nature, en payant pour ces services.

Le  PSE devient de plus en plus un «paiement qui autorise à détruire». Afin de mettre en place ces paiements qui donnent la permission de détruire, la Nature, dans toute sa  complexité, ses interconnexions, sa diversité et son caractère unique, est présentée en unités de «services écosystémiques» à un point tel que cela dépasse largement la marchandisation nécessaire aux programmes PSE précédents. Des certificats (souvent dénommés «crédits de compensation»), utilisés pour garantir que le «service» en question est protégé quelque part, peuvent être achetés par des entreprises, en  échange du permis de détruire un morceau «équivalent» de Nature situé ailleurs. Une  entreprise minière ne pourrait obtenir un permis pour élargir sa  mine dans une zone  protégée où l’extraction est interdite par la loi qu’en achetant des «compensations de biodiversité», de manière à sauver davantage de biodiversité à un autre endroit, pour  compenser celle du parc national que le nouvelle mine va détruire; un aménagement urbain ne peut avoir lieu dans la ceinture verte d’une ville, où il est interdit, à moins que la société immobilière n’achète des «compensations  de  biodiversité»; un éleveur ou  une entreprise forestière peuvent ne pas être obligés de restaurer la forêt qu’ils ont éliminée s’ils achètent à la Bourse des «crédits de restauration forestière». Une fois emballée en unités de «services écosystémiques» comparables entre eux, la Nature peut aussi être commercialisée comme un  actif  financier.  Ainsi, le «service écologique» est ouvert à la spéculation, et la Nature, unique et interconnectée, est  divisée en unités de «services» séparés qui  peuvent être comparés entre eux, mélangés et différenciés, achetés et vendus, parce que chacun est considéré comme un équivalent et un substitut approprié de l’autre. Cette abstraction a transformé la Nature incontrôlable, toujours changeante et interconnectée en unités linéaires, mesurables et comparables de «services écosystémiques».

L’abstraction permet aussi aux négociants en certificats de «services écosystémiques» de faire semblant que les unités existent indépendamment de leur entourage, qu’il n’y a aucune interaction entre elles et les cultures, les pratiques sociales et l’utilisation de la terre qui ont évolué avec cette partie de la Nature devenue un simple «service écosystémique» et qui dépendent d’elle. Par conséquent, le concept de PSE et, en particulier, le commerce des «services écosystémiques», impliquent que la dimension environnementale de la destruction peut être séparée de la dimension sociale. Les  plans de compensation qui  incluent  la permission de détruire pourvu que le «service écologique» soit remplacé ailleurs acceptent volontiers la destruction non compensée et impossible à compenser des rapports sociaux, de la culture et des pratiques sociales liées à la Nature. En cours de route, les lois sont modifiées de manière à remplacer l’obligation d’éviter toute perte de biodiversité par l’obligation, bien plus faible, d’éviter toute «perte nette» de biodiversité. Là où  la règle était d’éviter toute perte, les nouvelles  lois permettront la destruction à un endroit pourvu que le promoteur puisse montrer qu’il n’y aura aucune perte nette parce que, apparemment, la Nature que l’on détruit à cet endroit sera récréée et sauvée à un autre.

4 WBCSD Guide to Corporate Ecosystem Valuation. Page 12, en anglais.

Table des matières
Les raisons de publier un document d’information sur le PSE, ou paiement pour «services environnementaux»

Introduction
Du «paiement pour services environnementaux» au «commerce des services écosystémiques
- Des types différents du PSE
- ENCADRÉ : Qu’est-ce qu’on échange dans les marchés des «services écosystémiques»?
- Du simple échange à des transactions financières complexes
- ENCADRÉ : Les projets de compensation et la prétention de savoir ce qui se serait
passé
- Pour repérer les différences

Pourquoi ces différences sont importantes

Les principaux promoteurs du PSE
- Les institutions multilatérales
- Les sociétés multinationales
- ENCADRÉ : Des compagnies minières essaient des plans de PSE compensatoires
- Les ONG écologistes
- Les fonds d’investissement spécialisés, les créateurs de marchés et les systèmes de certification
- Les universités et les cabinets de consultants

Sur les traces des échecs du PSE
- Le PSE compensatoire de biodiversité avance vite malgré la série d’échecs constatés
- Pourquoi le commerce des services environnementaux augmentera les injustices écologiques et socio-économiques
- Les droits des communautés au territoire – de l’accès à l’utilisation – deviennent encore plus précaires
- Les contrats de compensation mettent en grave danger le mode de vie traditionnel des communautés

Les avantages de la destruction
- Le commerce des services écosystémiques a besoin que la destruction continue parce que, sans elle, il n’y aurait rien à «compenser».
- Droits de la nature vs permis de destruction
- Le PSE est un moyen de dépolitiser la lutte pour un modèle différent d’économie et de développement

Se mobiliser pour dire NON au commerce des services écologiques