19 avril 2016

À signer : la pétition de Dying With Dignity


Photo : CBC News

Je me répète : ce débat requiert un référendum (qui pourrait se payer à même les revenus des 4X4 vendus à l'Arabie Saoudite, un moins une retombée positive à l'affaire). Donc, un référendum parce que le vote sera libre, que les élus n’arrivent pas à s’entendre et qu’ils sont loin de tenir compte de l’opinion de la majorité des citoyens. J’écoutais les arguments de l’évêque de Valleyfield Noël Simard ce midi – raisonnement complètement illogique. Leur arrive-t-il jamais de penser que ce n’est pas tout le monde qui croit en Dieu, au paradis et à l’enfer? Je suis fatiguée d’entendre des médecins, probablement créationnistes, et des religieux qui ne sont même pas rendus au Siècle des Lumières *.
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* Le Siècle des Lumières est un mouvement lancé en Europe au XVIIIe siècle (1715-1789) dont le but était de dépasser l'obscurantisme et de promouvoir les connaissances. Des philosophes et des intellectuels encourageaient la science, s’opposant à la superstition, à l’intolérance et aux abus des Églises et des États. (Wiki)

Voici la Réponse de L'AQDMD au projet de loi C-14

Montréal, le 15 avril 2106

L’association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD) a pris connaissance du projet de loi C-14 du gouvernement fédéral déposé le jeudi le 14 avril 2016. Nous constatons avec tristesse que C-14 est en deçà des recommandations du comité des sages qui avait formulé des recommandations fort intéressantes et qui aurait dû inspirer un gouvernement visionnaire tel que veut se définir celui de Monsieur Trudeau.

Nous constatons par ailleurs avec une certaine satisfaction que les députés fédéraux qui ont proposé ce projet de loi compassionnel ont répondu à la demande de la cour suprême d’éliminer les articles du code criminel en cause dans l’AMM… mais cette réponse est vraiment minimale. Bien sûr, comme plusieurs intervenants l’ont déjà affirmé, il s’agit d’un premier pas mais de façon générale une loi adoptée est le plus souvent édulcorée par rapport au projet de loi. Fallait-il vraiment à ce point restreindre l’accessibilité même en tenant compte de la prudence nécessaire en cette matière?

Des juristes ont aussi fait valoir que ce projet de loi va en deçà de ce que la cour suprême, à l’unanimité devons nous le rappeler, avait laissé entrevoir après une longue réflexion que l’on peut certainement qualifier d’humaniste. Deux aspects spécifiques font cruellement défaut à ce projet de loi : la considération des personnes avec pathologies chroniques débilitantes mais non terminales à court ou moyen terme et les dispositions des directives médicales anticipées.

Le plus bas dénominateur commun proposé par C-14 ouvre la porte pour les patients avec pathologies chroniques à des contestations juridiques qui seront très pénibles pour les personnes directement touchées et qui voudront faire valoir leurs droits selon la charte canadienne.

L’AQDMD poursuivra son travail pédagogique afin de faire accepter l’AMM comme partie intégrante des directives médicales anticipées signifiées lorsque la personne est apte à exprimer ses volontés en prévision du moment de son existence où elle ne le sera plus. C’est ce qui représente aussi la partie la plus décevante de ce projet de loi que l’on peut qualifier sinon de conservateur d’au moins frileux.

Toutes les personnes qui verront leur existence disparaître dans l’abîme des pertes cognitives vont devoir continuer de se priver d’une vie de qualité en mettant fin à leurs jours prématurément et souvent d’horrible façon plutôt que de bénéficier de l’aide de médecins qui auront compris le sens de leur engagement professionnel : écouter l’Autre.

Georges L’Espérance, neurochirurgien
Président AQDMD
http://www.aqdmd.qc.ca/

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PÉTITION de DYING WITH DIGNITY

Sur change.org :
https://www.change.org/p/prime-minister-justin-trudeau-give-canadians-with-dementia-the-right-to-make-advance-requests-for-assisted-dying

Sur DWD (sera acheminée à votre député-e) :
http://www.dyingwithdignity.ca/advance_consent_email

«Sans consentement préalable, les personnes atteintes de démence, de la maladie d'Alzheimer ou d’autres maladies chroniques qui diminuent leurs facultés cognitives auront seulement deux choix. Soit qu'ils mettent fin à leur vie prématurément alors qu’ils sont encore sains d'esprit pour accéder à l’aide médicale à mourir, soit qu'ils endurent la souffrance et l'indignité qu’ils voulaient justement éviter. Ce n’est pas un vrai choix. (...) Les Canadiens aux prises avec d’horribles diagnostics ont besoin de savoir que la nouvelle législation respectera leur droit à une mort paisible. (...) Nous demandons aux parlementaires d'entendre leur appel.» ~ Shanaaz Gokool, PDG de Dying With Dignity Canada 

Commentaires d’internautes (site DWD) :

Judith Dumeah
Ils font trop d'argent avec les personnes âgées pour permettre cette loi. Mon mari souffrait de démence. Il a été placé dans un foyer et enfermé dans une unité réservée aux patients atteints de démence. Il y a passé trois ans, et même s'il souffrait de démence il savait ce qui lui arrivait. C’était un homme fier, mais il a été dépouillé de sa fierté. Être obligé de se faire laver et toiletter le déchirait. Un jour, alors qu’on le toilettait il s'est tourné vers moi en pleurant et en me suppliant de le laisser mourir. Les préposés pleuraient aussi. Je devrais être reconnaissante que son séjour n’ait duré que trois ans car certaines personnes peuvent rester là dix ans, et c’est injuste. Je ne voulais pas le perdre mais je ne voulais pas qu’il souffre plus longtemps. Moi-même j’ai 76 ans et je suis toujours en bonne santé, mais de la minute où je ne pourrai plus m'occuper de moi, je choisirai de quitter et ce sera ma décision, non pas celle de quelqu’un d'autre. Pas celle du gouvernement ou de ma famille. J'ai vécu ma vie, et elle a été bonne. J'ai choisi de ne pas vivre seule, mais j'ai aussi choisi de ne pas vivre avec mes enfants, et J’AI FAIT LE CHOIX DE NE PAS VIVRE EN CENTRE DE SOINS PROLONGÉS.

Doug Fischer
Étant donné le scrutin [réf. 80 % des Canadiens sont en faveur du consentement anticipé], le gouvernement écoute qui? Et pourquoi? Nul n'a le droit de dicter les termes de ma mort!! Il est certain qu’un plan bien pensé est préférable à une fin de vie pénible!!!???

Témoignages (basés sur des expériences vécues) de personnes en désaccord avec la nouvelle loi :
http://www.dyingwithdignity.ca/advocates_speak_out_against_new_legislation

À lire (ce médecin retraité ne mâche pas ses mots et ne manque pas d'humour...) :

Dr. David Amies: 'Milquetoast' assisted dying bill is a great pity

... Surely, no one was surprised when "nasty" Stephen kicked the issue into the long grass last year. That kind of stuff was not his cup of tea. Came October and White Knight, St. Justin entered the lists on his prancing steed, promising to write new legislation just as quickly as he could. Some Dying With Dignity Canada supporters pricked up our ears and said, “A Daniel has come among us!” In double quick time, a joint Parliamentary committee was set up, extensive hearings undertaken, scores of witnesses with skin in the game, gave evidence both for and against and a long and thoughtful report was issued and delivered to Parliament.
(...)
Comes the draft bill and we see that the joint Parliamentary committee was merely a charade — smoke and mirrors if you prefer. St. Justin turns out to be “all hat and no cattle” as they say in Texas, “no bottle” as they say Down Under or best of all, “… sound and fury signifying nothing.” (Macbeth, Shakespeare)
   It very much looks as if the men with the long frocks and smoking handbags, the forces of the right wing and the anti-euthanasia brigade have got at him and that he has had an attack of cold feet.
(...)
Suite : http://www.dyingwithdignity.ca/a_great_pity

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Si le sujet vous intéresse, visitez le libellé Euthanasie

17 avril 2016

Vélomobile PodRide : éco-hiver-friendly

Ça fait des mois que je cherche une alternative à ma voiture traditionnelle pétrolivore, même si elle est petite et économique. Les voitures électriques sont inabordables! Peut-être une façon subtile de freiner le virage... Pourquoi ce qui est bon pour l'environnement (et pour nous) coûte-t-il plus cher? Demande limitée = production limitée = coût élevé. Possible, mas c'est un cercle vicieux : on n’achète pas parce que c’est trop cher. Pendant ce temps-là, la planète se déglingue.
 
J’ai donc exploré d'autres possibilités – vélos électriques, vélomobiles ELF, etc. –, mais avec nos hivers, ça reste problématique.
 
De click en click, j’ai découvert cette petite merveille : la vélomobile PodRide. Wow! Adaptée à nos hivers en plus. Espérons que l’ingénieur suédois Mikael Kjellman trouvera un fabricant au plus vite, j’achète! http://www.jmk-innovation.se/?lang=en
 
Bien sûr, ce n’est pas pour tout le monde. Mais, comme le mentionne l’auteur de l’article : «en France, 40 % des trajets quotidiens parcourus en voiture font moins de 2 km; un chiffre difficilement acceptable à l’heure de la crise écologique globale». Je serais curieuse de connaître le pourcentage ici... 

Un mini croc-en-jambe aux pipelines... ça marche aussi à l'huile de jambes.
 
La voiture à pédales écologique
Source : Mr Mondialisation 
 
Si l’option de la voiture électrique est timidement entrée dans les mœurs, des ingénieurs du monde entier ne cessent de trouver de nouveaux moyens pour se déplacer de façon la plus écologique possible. C’est ainsi qu’un inventeur suédois a récemment breveté le concept de sa PodRide, une voiture à pédales tout-terrain et à assistance électrique. Découverte d’une étrange invention conçue pour rouler tant sur les pistes cyclables que sur les routes ou les chemins de campagne. 
     Mikael Kjellman habite à Frösön, une petite ville située en plein cœur de la Suède. Habitué à se rendre sur son lieu de travail en vélo depuis des années, été comme hiver, l’ingénieur est parti de deux observations très simples pour imaginer un nouveau concept de véhicule. Selon lui, une bicyclette classique présente deux inconvénients majeurs : elle est inconfortable sur de longues distances et est exposée aux intempéries. Ce serait deux raisons fondamentales qui poussent tant de gens, sans se l’avouer, à préférer la voiture aux deux roues. Et, en effet, en France, 40 % des trajets quotidiens parcourus en voiture font moins de 2 km. Un chiffre difficilement acceptable à l’heure de la crise écologique globale.
 
La voiture qui passe les portes!
 
L’homme est donc passé par plusieurs phases de construction avant d’arriver au modèle de la PodRide que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi, il a choisi de donner à sa «vélomobile» un siège confortable situé à la même hauteur qu’un siège de voiture, des suspensions, une bonne stabilité, un petit moteur électrique annexe, une protection contre les intempéries, et la possibilité de rouler sur les pistes cyclables grâce à des roues de vélo conventionnelles. La carcasse de l’engin est, quant à elle, constituée de simples tubes en aluminium, recouverte par du tissu étanche personnalisable. Mesurant 75cm de large pour 1m80 de long, elle est, de surcroît, assez étroite pour être rangée à l’intérieur d’une maison en passant par la porte! 
     Concernant le moteur, Mikael Kjellma a choisi de munir la PodRide d’un moteur de vélo électrique classique de 250W, alimenté par une batterie au lithium, faute de mieux pour l’instant. Cette assistance électrique permet ainsi au conducteur d’atteindre les 25 km/h sans effort et de rouler tout confort dans les côtes comme dans les descentes. De plus, l’utilisation d’un moteur similaire à celui des vélos électriques permet à la PodRide de conserver son statut de vélo, ce qui est d’une importance capitale pour l’utilisateur. En effet, avec ce statut officiel, l’engin peut non seulement rouler sur les pistes cyclables, mais ne nécessite pas de permis de conduire ni d’assurance. L’engin est ainsi exonéré des taxes appliquées aux véhicules à moteur.


Un bilan écologique de loin plus léger
 
Comme Mikael Kjellman l’explique sur son site, la PodRide n’émet aucune particule de CO2 en roulant, cependant elle en produit indirectement lors de la charge de la batterie, en fonction de la provenance de l’électricité. Ainsi, l’émission de CO2 aux 10km s’élèverait à environ 68g lorsque l’énergie provient de centrales européennes, contre 20g de CO2 aux 10km lorsque l’énergie provient de centrales de la région, privilégiant les méthodes hydrauliques. L’émission de CO2 est alors quasi-nulle si elle provient d’énergies durables telles que des éoliennes ou des turbines hydrauliques. Quant aux batteries, les alternatives écologiques se développent rapidement en la matière. La France a notamment fait un bon de géant en matière de batteries sodium-ion, adaptées aux véhicules, fin 2015. 
     Rappelons qu’une voiture classique produit environ 1400g de CO2 aux 10km, contre 1040g pour une voiture «hybride» et 528g pour un scooter. L’envergure écologique et économique de cette vélomobile est donc non-négligeable! Si Mikael Kjellman envisage d’en lancer très prochainement la commercialisation, le prix de la PodRide est encore à débattre. Actuellement, les voitures à pédales et à assistance électrique déjà existantes ailleurs sont commercialisées à des prix compris entre 6 000 et 12 000€ (entre 8 700 $ et 17 400 $ CAN). Un prix toujours élevé dû à la fabrication de modèles en très faible quantité. Cependant, une production à plus grande échelle permettrait à la PodRide d’être commercialisée à des prix deux à trois fois moins élevés.

https://mrmondialisation.org/decouvrez-podride-la-voiture-a-pedales-ecologique/

Note : M. Kjellman estime que si la PodRide était produite en série, elle pourrait être offerte à un prix oscillant entre 2 000 et 3 000 euros (entre 2 900 $ et 4 300 $ CAN). Ce qui serait fantastique car le modèles actuels coûtent chers sans offrir tous les avantages de la
PodRide.


15 avril 2016

Quand ta maison tombe en ruine, tu la quittes.

Le fait que le gouvernement fédéral copie/colle la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir, avec ses conditions d’admissibilité étriquées, me révolte. Encore des promesses électorales non tenues en passant. J’en ai marre de ces lois infantilisantes qui font de nous des biens et meubles (propriétés de l’état) incapables de disposer d’un corps qui ne sert plus. Faudra-t-il s’attacher un sac de plastique sur la tête ou se pendre avec une ceinture du haut d’un escalier? Ah, mais, il faudrait en avoir la capacité physique! 
     «T’es complètement déglingué, grabataire? Dommage pour toi, mais tu devras endurer jusqu’à ce que la mort naturelle survienne. C’est la loi.» C’est ça la charité? Les dogmes judéo-chrétiens comme «tu dois souffrir pour payer tes péchés» ont laissé des traces de griffes... C’est comme un tatouage, on vieillit avec, il plisse, c’est moche, mais on ne peut pas l’effacer.

Le trépas vient tout guérir;
Mais ne bougeons d’où nous sommes :  
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.  

~ Jean de La Fontaine (La Mort et le Bûcheron)

Image : «papillon», Fabienne Rivory, Projet Labokoff

Alain Gravel recevait Léa Simard ce matin. Sa mère, Louise Laplante, atteinte de sclérose en plaques, a demandé l’aide médicale à mourir. On a refusé car elle ne répondait pas à l’un des critères de la loi québécoise puisqu’elle n’avait pas reçu un diagnostic de mort imminente (fin de vie). Tout comme M. Jean Brault, elle a dû recourir à la grève de la faim pour mettre fin à ses souffrances.

Le journaliste Patrick Lagacé (La Presse) avait publié deux articles sur ce cas particulier en mars dernier.

Mourir dans l’indignité
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201603/26/01-4964791-mourir-dans-lindignite.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4966942_article_POS4

Mourir dans l’indignité, bis 
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201603/27/01-4964944-mourir-dans-lindignite-bis.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4964791_article_POS1

En complément

LE MINISTRE DE LA SANTÉ (1) 

    Tous les jours, j’entends à la radio des campagnes de dépistage, des statistiques effrayantes. Il faut que j’aille faire des examens, des analyses, des scanners. Il faut que j’en parle à mon médecin, à mon pharmacien, sinon… Sinon, quoi? Je vais mourir?
    Pour ne rien vous cacher, je m’en doutais un peu, c’est une tradition dans la famille. Mon arrière-grand-père est mort, mon grand-père est mort, mon père est mort, je crois que c’est héréditaire. 
    Actuellement, vous me proposez un dépistage du cancer colorectal. Vous m’en parlez tous les jours à la radio. J’ai, comme tout le monde, une trouille panique du cancer. Le colorectal, c’est un nouveau, je n’y pensais pas. Maintenant, grâce à vous, j’y pense. Ça me fait une nouvelle inquiétude. 
    Pour nous rassurer, vous avez choisi une voix féminine minaudante. Elle nous dit que, pris à temps, le colorectal ne tue qu’une personne sur dix. Les neuf autres pourront choisir un autre cancer, il y a l’embarras du choix. 
    Monsieur le ministre, pourquoi me conseillez-vous toujours d’aller parler à mon médecin et à mon pharmacien? Je n’ai rien à leur dire et eux, rarement une histoire amusante à me raconter. Je n’ai surtout pas envie qu’ils m’annoncent une nouvelle pas drôle. Moins je les vois, mieux je me sens. 
    Monsieur le ministre, j’ai peur que vous nous portiez la poisse. 

    Vos messages, je me les mets dans le colorectal.

LE MINISTRE DE LA SANTÉ (2) 

    Monsieur le ministre de la Santé, je viens d’apprendre grâce à un de vos messages qu’il faisait froid dehors, qu’il fallait mettre des vêtements chauds et que le mieux serait de rester à l’intérieur. 
    C’est gentil, Monsieur le ministre, de penser aux vieux, souvent ils n’ont plus leur tête et ils seraient bien capable de sortir dehors torse nu et d’attraper la mort. 
    L’été, quand il fait chaud, vous nous dites qu’il faut boire des boissons fraîches, nous mettre à l’ombre, utiliser un ventilateur, surtout quand on est vieux. C’est gentil, Monsieur le ministre, de penser aux vieux, parce que quand on est vieux, on ne pense plus et on serait bien capable de se mettre torse nu au soleil quand il fait 50 degrés. 
    Vous devriez aussi, Monsieur le ministre, prévenir les vieux quand il pleut, qu’ils ne sortent pas parce qu’ils vont être mouillés, ou alors qu’ils mettent un imperméable et prennent un parapluie, des choses auxquelles on ne penserait pas quand on est vieux. Parce que, quand on est vieux, on ne pense plus. 
    Heureusement vous pensez à nous, vous pensez pour nous. 
    Vous nous rajeunissez, grâce à vous nous nous retrouvons à l’école maternelle. 

    Pourquoi vous nous prenez pour des cons, Monsieur le ministre?

Extrait de
Ça m’agace!
Jean-Louis Fournier
Éditions Anne Carrière; 2012

14 avril 2016

Merci au Dr Alain Naud!

Il est vrai que les médecins qui s’opposent à l’aide médicale à mourir ont largement accaparé les médias. Il est temps en effet qu’on donne voix aux médecins compatissants qui la pratique. J’aimerais aussi entendre tous les médecins et soignants qui se démènent depuis des lunes à l’AQDMD (Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité).

Extrait :
Alain Naud est le premier médecin participant à l’aide médicale à mourir qui accepte d’en parler à visière levée. L’omnipraticien offre des soins palliatifs depuis des années. Il en a assez des critiques qu’il entend sur l’aide médicale à mourir. «On a beaucoup laissé la place à ceux qui y sont opposés», affirme le médecin. «Il est temps qu’on laisse la place aux patients et aux soignants qui participent à l’aide médicale à mourir. Parce qu’il n’y qu’eux qui sont capables d’en témoigner.» 
     Le docteur accepte et comprend parfaitement que des médecins soient opposés à ce programme ou refusent d'y participer. Mais il souhaite démystifier ce soin pour éviter que des malades croient qu'ils n'y ont pas accès. «Certains ont voulu faire croire que l'aide médicale à mourir, c'est dangereux, c'est compliqué, et que personne n'y aurait droit. Mais ce n'est pas le cas!»

Article intégral et vidéo :
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2016/04/13/002-aide-medicale-a-mourir-medecin-temoignage.shtml

Ne perdons pas espoir, il y a de bonnes âmes qui s’occupent de la cause...

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Les recommandations du comité parlementaire que le fédéral reporte

Extrait :
«La réponse de notre gouvernement tente de trouver un équilibre entre l'autonomie personnelle, reconnaître le droit de conscience des médecins et nous assurer que nous faisons tout en notre possible pour protéger les plus vulnérables.» -- Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice du Canada

Les débats les plus litigieux remis à plus tard

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement libéral fait le pari d'attendre et de permettre un débat plus large dans la société avant de permettre la mise en place d'un cadre légal très permissif sur l'aide médicale à mourir, tel que lui avait recommandé le comité parlementaire mixte en février dernier. 
     C'est ainsi que, selon nos sources, l'option de permettre aux personnes de moins de 18 ans d'obtenir l'aide médicale à mourir serait mise de côté dans le projet de loi qui doit être déposé jeudi, tout comme d'autres éléments proposés qui n'avaient pas réussi à faire consensus. 
     En février dernier, le rapport déposé par la majorité libérale et l'opposition néo-démocrate proposait également d'ouvrir la porte à ce que l'aide médicale à mourir soit offerte à des gens souffrant de problèmes de santé mentale. Le comité craignait qu'en refusant de leur accorder un tel service, ceux-ci ne soient abandonnés à leurs souffrances et s'enlèvent la vie prématurément. Là encore, Ottawa n'est pas prêt à aller aussi loin. 
     Le comité avait aussi envisagé de permettre que des patients puissent donner un consentement préalable à l'aide médicale à mourir avant, par exemple, d'être atteints de démence. Mais cette option avait soulevé beaucoup de réticences auprès de certains acteurs de la communauté médicale qui craignaient justement qu'une telle application soit extrêmement complexe et difficile. 
     D'ailleurs, le Parti conservateur s'était inscrit en faux face aux recommandations du comité mixte, jugeant que de telles avenues ratissaient beaucoup trop large et ne permettraient pas de protéger adéquatement les personnes les plus vulnérables de notre société.

Article intégral :  
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2016/04/13/010-aide-medicale-mourir-trudeau-projet-loi-cadre-strict.shtml

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Les résultats du sondage de Dying With Dignity Canada (DWD) sont pourtant clairs :
80 % des personnes interrogées sont en faveur de l’aide médicale à mourir par anticipation.

Commentaire d’une internaute (Gail Dillane) sur le site DWD : Entreposer les gens dans des foyers de soins de longue durée n'est pas la solution. Le personnel médical surchargé de travail ne peut pas s’occuper convenablement du grand nombre de personnes atteintes de démence, nombre qui s’accroîtra dans les cinq prochaines années. Ce qu’on offre n’inclut aucune qualité de vie.


 
Tous ceux qui ont vu des personnes âgées souffrant de démence s’arracher les cheveux sur la tête (littéralement), délirer, avoir de soudains accès de violence, tomber parce qu’elles sont dopées, et se comporter comme des chimpanzés, comprennent très bien que la démence (Alzheimer et/ou sénilité) mérite l’aide à mourir au même titre que le cancer terminal et les autres maladies incurables. Le personnel médical nous a donnés des leçons de morale à profusion lorsque nous avons osé parler de sédation palliative pour notre mère – dans leur tête, c’est un assassinat. Ils préféraient la regarder s'assommer sur le plancher ou attendre qu’elle fasse une embolie pulmonaire à la suite d’une pneumonie. "La mort doit survenir naturellement, mais nous assurons les mesures de confort nécessaires"... Bien sûr, bien sûr. Je pense qu'à force d'en voir, ils sont complètement déconnectés et insensibles à la réalité du patient.

Extrait de :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2016/02/dernier-sondage-de-dying-with-dignity.html

13 avril 2016

Les tortionnaires du milieu médical

Voici un autre cas horrifiant de torture infligée en vertu de croyances socioculturelles et/ou religieuses qui illustre le manque de compassion, de compréhension, voire d’intelligence, en matière d’aide médicale à mourir. J’espère que notre charismatique premier ministre Justin Trudeau écoutera le poignant témoignage de M. Jean Brault et réfléchira sérieusement avant de multiplier les restrictions et les exigences en cette matière.

M. Brault raconte que lors de sa première grève de la faim, on l’avait menacé, forcé à manger et remis aux soins des psychiatres. Incroyable. Je continue à voir certains médecins, infirmiers et législateurs comme des bourreaux – le bourreau est celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice; par extension, c’est une personne qui martyrise qqn physiquement ou moralement (Petit Robert).

Visitez le libellé «Euthanasie», entre autres l'article «Des lois absurdes» :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2016/01/lois-absurdes.html

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Se faire violence pour mourir dans la dignité, la troublante histoire de Jean

Par Renée Dumais-Beaudoin 
Mardi 12 avril 2016

Si vous avez accès à la zone voyez l’interview avec M. Brault :
http://ici.radio-canada.ca/regions/estrie/2016/04/12/002-faire-violence-mourir-dignite-aide-medicale-mourir-jean-brault.shtml

EXCLUSIF - Jean Brault a opté pour l'aide médicale à mourir. Le chemin parcouru pour y parvenir n'a pas été de tout repos. Il a dû mettre sa santé en péril pour répondre à tous les critères de la nouvelle loi sur les soins de fin de vie en vigueur depuis le 10 décembre 2015. Voici son histoire.

Une grève de la faim aura été nécessaire pour que Jean réponde à cette loi. Cinquante-trois jours sans manger, dont huit sans boire. Une véritable torture, mais un désir profond d'en finir. 
     «Y avait un docteur qui s'occupait de mon cas qui m'a clairement dit : "T'as tous les critères nécessaires, sauf un où ça peut achopper, c'est le fait que tu sois pas immédiatement mourant."» (Jean Brault)

Exigences requises pour la personne qui désire obtenir l'aide médicale à mourir au Québec

Seule une personne qui satisfait à toutes les conditions suivantes peut obtenir l'aide médicale à mourir :

- être assurée au sens de la Loi sur l'assurance maladie
- être majeur
- être apte à consentir aux soins, c'est-à-dire être en mesure de comprendre la situation et les renseignements transmis par les professionnels de la santé ainsi que de prendre - des décisions
- être en fin de vie
- être atteinte d'une maladie grave et incurable
- avoir une situation médicale qui se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités
- éprouver des souffrances physiques et psychologiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions jugées tolérables

Une loi qui manque d'humanisme

Jean déplore une loi trop restrictive, une loi qui manque d'humanisme. Selon lui, «obliger du monde à quasiment s'automutiler pour pouvoir accéder à une loi qui a été mal pensée, une loi qui est non inclusive, une loi qui rejette, dans le fond, ceux qui seraient les principaux intéressés à utiliser cette loi-là» est incompréhensible.

Un parcours de vie semé d'embûches

En avril 2016, Jean a souligné les 42 ans de son handicap. Alors qu'il n'avait que 19 ans, qu'il était en pleine santé, athlétique, le destin l'attendait au détour. Un caillot atteint la région du cervelet et du tronc cérébral. Il demeure partiellement paralysé et ne peut plus parler. La médecine indique qu'il a peu de chance de retrouver l'usage de ses membres et de la parole. Mais à force d'efforts et de ténacité, il y parvient et réussit à se construire une vie intéressante. 
     En 2000, tout bascule... une tendinite l'oblige à être hospitalisé pendant un mois, une catastrophe pour ses jambes qui, en l'espace d'une année, perdent le peu de tonus qu'elles avaient. Dès lors, il est cloué à son fauteuil. Découragement et amertume en découlent. «C'est comme la torture de la goutte chinoise, t'en prends, t'en prends, pis t'en prends, mais là, à un moment donné ça fait BANG, fini. Là, j'ai essayé deux fois de mettre fin à mes jours», soutient Jean Brault. 
     N'en pouvant plus, Jean veut mourir. Il y a cinq ans, il entame une première grève de la faim, mais le système de santé le contraint à y mettre un terme. 
     Il tente ensuite d'aller en Suisse afin de se prévaloir d'un suicide assisté, où un certificat de santé mentale est nécessaire pour y être accueilli. Il ne l'obtient pas. 
     L'entrée en vigueur de la loi québécoise sur les soins de fin de vie le 10 décembre dernier lui redonne espoir, voilà enfin sa planche de salut. C'était sans savoir qu'une fois de plus il devrait se faire violence pour y avoir droit.


Image du tournage de l'entrevue exclusive accordée par Jean Brault
Photo : Radio-Canada Estrie

Une deuxième grève de la faim devient sa planche de salut

Sa deuxième grève de la faim le met dans un état critique et un médecin lui annonce enfin qu'il est admissible à l'aide à mourir. Son état est si misérable qu'il est parvenu au seuil de la mort. 
     L'annonce lui procure un immense soulagement. Il pourra mourir en toute sérénité, chez lui, en observant le paysage qui s'offre à lui depuis des années, depuis qu'il est cloué à ce fauteuil. 
     J'me sens heureux, j'me sens détendu, j'me sens comme si pour la première fois depuis très, très, très longtemps, quelqu'un m'avait entendu [...] C'est comme une libération totale et absolue. (Jean Brault) 
     Il a le soutien de ses frères et soeurs et surtout celui de sa mère pour qui il a une très grande estime. 
     Jean a obtenu ce qu'il souhaitait, dans les conditions qu'il souhaitait. Il est mort le 7 avril dernier en début d'après-midi... 48 heures après nous avoir accordé cette entrevue.

La loi canadienne

Les termes de la loi canadienne devraient être connus vendredi. En janvier dernier, la Cour suprême octroyait quatre mois supplémentaires à Ottawa pour légiférer en matière d'aide médicale à mourir. Pendant cette période, les Canadiens qui souhaitaient obtenir une telle aide pouvaient faire une demande judiciaire. 
     Cette décision de la Cour suprême n'a pas d'impact sur la Loi concernant les soins de fin de vie au Québec. 
     Le gouvernement fédéral demandait un sursis de six mois dans ce dossier. Ottawa justifiait sa demande auprès du plus haut tribunal du pays, entre autres, par le fait que le travail dans le dossier de l'aide médicale à mourir a été retardé par les élections fédérales et le changement de gouvernement.


Aide médicale à mourir «maison»  
 
Si jamais on me garde en vie artificiellement 
Débranchez-moi...
Puis rebranchez-moi...
Voyez si ça marche.

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«La naissance, l'amour et la mort, il faut le dire, ne sont pas des maladies. Ce sont les trois grandes articulations du destin humain. Il ne convient pas que les médecins s'en emparent.» ~ Michel Tournier (1924-2016)
 
 

12 avril 2016

«Zachary [Richard] c’est le coeur...»

Zachary c'est le coeur, le corps, l'intérieur des blessures et l'amour...
Merci. ~ Daniel Reynesil (internaute, commentaire sur ‘Orignal ou caribou’)



Photo : Fou de Bassan (Gaspésie) par Alain LeSieur
http://lesieurphoto.com/photos/gaspesie/fou-de-bassan-0

Le Fou

On m’appelle Fou de Bassan,
Mais je suis pas si fou que ça.
Les vieux m’appellent margot
Tel le faisait Jacques Cartier.

Depuis l’Ile Bonaventure,
Jusqu’au Golfe du Mexico
Je suis celui qui plonge.
Le plus fou des oiseaux.

Tous ensemble, ensemble tous.

C’était le 20 avril,
Dans le tranché de Macondo.
J’ai entendu crier,
Et j’ai vu l’explosion.

La tour s’est effondrée,
À la perte de beaucoup de vie.
Et depuis la marée noire
N’arrête pas de s’étirer.

Tous ensemble, ensemble tous.

Dans le Golfe du Saint Laurent
Sur le rocher des oiseaux,
Aussi loin de Macondo.
Je suis enfin au repos.

La mer n’est agitée
Que par le vent du nord.
Il n’y a pas de tour pétrole
Pour troubler mon espoir.

Paroles et musique Zachary Richard / Les Éditions du Marais Bouleur
Album : Le Fou; 2012



Photo : Earthjustice (1)

Orignal ou caribou

Arrivé dans ce monde,
Orphelin.
Personne pour me dire,
Personne pour montrer le chemin.

Depuis toujours je me demande
Qui je suis, d’où je viens.
Du nord ou du sud
Du soir ou du matin.

Quand je vois les grands troupeaux
Je voudrais partir sur leurs traces. 
Marcher avec eux 
Me fondre dans la masse.

Mais j’entends le solitaire
Et je sais par où il passe
Je sais comment il se sent
Je sais pourquoi il casse

Quand je vois ma propre peau
Je me demande où est ma place
Savoir une fois pour tout
Orignal ou caribou.

Depuis de longues années,
Je cherche un miroir.
Je voudrais me regarder
Pour enfin me voir.

Voir le style de mon panache
Et la couleur de mes yeux,
Pour savoir mon territoire
Et comprendre mon voeux.

Paroles et musique : Émile Cullin, Florent Vollant, Zachary Richard
Les Éditions du Marais Bouleur / Mushku Music
Album : Le Fou; 2012

http://www.zacharyrichard.com/francais/telechargements.php

(1) Caribou in North America are actually just wild reindeer. These animals are literally born to run – a Caribou calf can be up and running within 90 minutes of its birth. With speeds of 60-80 miles per hour, some caribou herds migrate more than 3,000 miles every year to their calving grounds – farther than any other terrestrial migration on Earth. The caribou makes this epic journey across different types of terrain using special, large hooves that act like snowshoes on snow and soggy tundra and efficient paddles in fast-flowing rivers.

Climate Change Impacts

Climate change is increasing moisture in the Arctic air, leading to unusually freezing rains in the fall that can put a impenetrable glaze of ice over the lichens that caribou prefer to feed on. This robs the hungry, migrating animals of one of their most important winter food sources. Changes in climate could also favor mosquitoes, flies, and other parasites that torment caribou and prevent them from feeding and storing up energy for the winter.

Earthjustice – Because the earth needs a good lawyer

Earthjustice is the premier nonprofit environmental law organization. We wield the power of law and the strength of partnership to preserve the wild, to fight for healthy communities and to advance clean energy to promote a healthy climate.

http://earthjustice.org/irreplaceable/caribou

8 avril 2016

Transparence brouillée



«À qui peut-on faire confiance dès qu’il s’agit d’argent?»
~ Daniel Pennac

«C’est une belle harmonie quand le dire et le faire vont ensemble.» 
~ Michel de Montaigne

Les élus ne sont jamais au courant de rien ni responsables de quoi que ce soit.
Quelques notions à garder en mémoire si vous voyez des élus (ou ex-élus) proposer des conférences pour ranimer la confiance (à l’agonie) des électeurs envers eux. 

LE MANIPULATEUR ET LA RESPONSABILITÉ

La démission
La démission face aux engagements, aux promesses et aux tâches incombant à son rôle spécifique (professionnel, parental) est fréquente chez le manipulateur. En se démettant de ses responsabilités, il les reporte sur autrui ou sur un système (société, loi, entreprise, supérieur hiérarchique, etc.). Malgré les apparences, il craint d’endosser ses responsabilités. (...) Les formes de démission face à la responsabilité sont multiples chez le manipulateur. Échapper à des entretiens ou à des réunions en est une facette.

L’évitement
Échapper aux confrontations, qu’elles soient pacifiques ou hostiles, évite au manipulateur de s’engager, de se positionner, de cautionner ou de résoudre un problème. Le manipulateur ne dit pas clairement qu’il ne veut pas s’impliquer. Il a un empêchement et l’annonce (ou fait faire le message par un intermédiaire) au tout dernier moment. Le plus souvent il arbore des excuses démontrant sa conscience professionnelle : il est pris par une tout autre tâche qu’il place en priorité. Il utilise des prétextes tantôt le valorisant, tantôt le plaçant en victime.

L’appropriation
Le manipulateur est très fort lorsqu’il s’agit de s’approprier seul les résultats positifs d’actions mises en œuvre par son entourage.

Le report sur autrui
Une autre tactique du manipulateur est de reporter la responsabilité sur l’autre quand les choses ne vont pas tout à fait comme il le souhaite. (...) Un manipulateur se voyant soudain déchu de son pouvoir de manœuvre sur un ami peut lui dire : «Qui t’as monté la tête?» Celui-ci a changé d’avis et refuse une chose que le manipulateur veut lui voir faire.

La non-décision
Lors de réunions décisionnelles avec leurs collaborateurs, certains manipulateurs peuvent rester en retrait. Ils restent flous et formulent alors des phrases comme «Je ne sais pas», «Vous faites comme vous voulez», «Vous savez ce que vous faites, je n’ai pas besoin de toujours décider à votre place», ou il reste tout simplement silencieux. Si les événements rendent la décision discutable, le manipulateur se décharge rapidement de la responsabilité du problème : «Vous êtes des professionnels, oui ou non? Vous n’êtes pas fichus de prendre la bonne décision!» (dévalorisation faisant croire qu’ils auraient dû le savoir). Ou alors : «Vous avez fichu en l’air ce projet sur lequel j’ai tant travaillé, vous nous avez fait perdre notre client le plus important.» (...) Prétextant de multiples rendez-vous ou une autre occupation, le manipulateur ne se rend pas disponible pour régler les difficultés. Ses collègues n’ont pas toutes les informations et autorisations indispensables pour les gérer. 

L’utilisation d’intermédiaires
Le meilleur moyen de ne pas s’engager est de se tenir loin de tout le monde. Le manipulateur qui a besoin de vous ou d’informations que vous pouvez détenir emploie des intermédiaires. Les moyens intermédiaires peuvent être matériels ou humains. (...) Certains manipulateurs utilisent le téléphone plutôt que le face à face. Cependant, l’intermédiaire le plus courant reste le collègue de travail, le conjoint, l’ami ou un membre de la famille. À son insu, le messager devient «responsable» de ce qu’il transmet. Malgré l’illogisme de ce phénomène inconscient, cela se passe comme si l’intermédiaire cautionnait le message du manipulateur de par la tâche qu’il accomplit (il est lui-même manipulé le plus souvent). C’est, pour le manipulateur relationnel, un excellent moyen pour d’une part dévier symboliquement sa propre responsabilité, et d’autre part empêcher le récepteur de refuser.

LE MANIPULATEUR ET LA COMMUNICATION

Opacité
La bonne communication est celle où l’effet perçu par le récepteur correspond à l’intention émise. Rappelons que toute émission non claire d’un message ouvre le champ à l’interprétation. Prenons le cas où l’intention s’exprime mal. Le refus de communiquer (ne pas parler ou ne pas répondre) est en fait une sorte de communication. Il revient au récepteur de décoder cette forme de communication parallèle. Le manipulateur peut fort bien choisir de passer sous silence une partie de la réalité. Ce silence peut lui servir, lors d’une réunion, pour ne pas prendre de décision. Les autres décident et il n’est pas responsable des éventuels dégâts. Par contre si les résultats sont concluants, il justifiera son silence, lors de la décision finale, par la confiance qu’il leur témoignait alors, et bien entendu signifiera son accord. (...) Le silence et le flou peuvent donc lui permettre, quand cela s’avère utile pur lui, de modifier ses attitudes, prises de positions ou opinions en fonction de la tournure des événements. (...) Une personne s’exprimant de manière claire n’appelle pas des questions supplémentaires. Être clair, c’est dire où, qui, quoi, quand, combien, comment; et éventuellement la raison de la demande, de l’explication ou de la consigne s’il s’agit de donner une consigne à des collègues ou à des subordonnés. Toutes les informations nécessaires doivent être soumises d’emblée pour qu’il n’existe aucun quiproquo, aucune mauvaise interprétation possible.

Source :
Les manipulateurs sont parmi nous
Qui sont-ils? Comment s’en protéger?
Isabelle Nazare-Aga
Les Éditions de l’Homme; 1997

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L’INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ

Le problème dont on nous harcèle le plus souvent est celui de savoir si l’individu est l’instrument ou la fin de la société. Vous et moi, en tant qu’individus, devons-nous être utilisés, dirigés, instruits, contrôlés, façonnés par les gouvernements pour la société; ou la société, l’État, sont-ils au service de l’individu? L’individu est-il une fin pour la société ou un pantin à instruire, exploiter et mener à l’abattoir? Tel est le problème qui se dresse devant nous; c’est le problème du monde actuel; l’individu est-il un instrument de la société, une pâte à modeler, ou la société existe-t-elle pour l’individu? (...) 
     La société est ainsi construite qu’elle est un processus de conflits perpétuels, d’un perpétuel «devenir». Elle est basée sur l’avidité, le désir, l’envie du supérieur. L’employé voulant devenir directeur, révèle qu’il n’est pas seulement occupé à gagner sa vie, mais à acquérir une situation, un prestige. Cette attitude, naturellement, provoque un désordre dans la société, dans les relations humaines. L’envie est un des facteurs les plus destructeurs des relations humaines, car elle indique un désir de puissance, lequel au haut de l’échelle, mène à la politique. L’employé qui cherche à devenir directeur est ainsi un des facteurs dans la création du pouvoir politique qui le conduira à la guerre et est, par conséquent, directement responsable de cette guerre. (...) 
     Pourquoi la société s’effrite-t-elle, s’écroule-t-elle? (...) Notre éducation, notre structure sociale, notre vie, tout cela est basé sur l’imitation qui consiste à nous insérer dans une formule sociale. Nos réponses aux stimulants sont déterminées selon une certaine forme de société, orientale, occidentale, religieuse, matérialiste. Une des causes principales de la désintégration de la société est l’imitation, et un de ses facteurs principaux est le chef spirituel ou temporel dont l’essence même est imitation. (...) Là où est l’imitation, il y a nécessairement désintégration; là où est l’autorité, il y a nécessairement copie. Et puisque notre structure mentale et psychologique est basée sur l’autorité, il nous faut nous affranchir de l’autorité afin d’être créatifs. Une des causes fondamentales de la désintégration de la société est l’esprit d’imitation, c’est-à-dire le culte de l’autorité.

Source :
La première et dernière liberté
Krishnamurti
Stock; 1954

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LA CONFIANCE

La confiance est à la fois fondamentale et dangereuse; elle est fondamentale car sans confiance, il serait difficile d’envisager des relations humaines ou de bâtir des projets qui se développent dans le temps; elle est aussi dangereuse, car elle implique les risques de la faillibilité humaine et de la trahison. Comment assumer ces risques sans glisser de la confiance à la crédulité?
     Au sens strict du terme, la confiance renvoie à l’idée qu’on peut se fier à quelqu’un ou à quelque chose. Le verbe confier (du latin confidere : cum, «avec» et fidere «fier») signifie, en effet, qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui et en s’abandonnant ainsi à sa bienveillance et à sa bonne foi. L’étymologie du mot montre par ailleurs les liens étroits qui existent entre la confiance, la foi, la fidélité, la confidence, le crédit et la croyance. 
     La confiance humaine contient en elle-même le germe de la trahison et se nourrit tout d’abord des faiblesses et des défaillances des uns et des autres. Avoir confiance en quelqu’un ne signifie pas pouvoir s’appuyer complètement sur cette personne ou attendre à tout moment son aide et son soutien. Avoir confiance, c’est admettre la possibilité du changement, de la trahison, du revirement. D’un certain point de vue, en effet, confiance et trahison sont intimement liées. Non seulement la confiance que je peux avoir en un autre n’exclut pas la possibilité que celui-ci me trahisse, mais c’est aussi justement parce que j’ai confiance en quelqu’un que je peux être trahi par celui-ci.

Qu’est-ce que la confiance? (Michela Marzano, philosophe, chercheuse au CNRS CERSES – Université Paris Descartes, auteur notamment de Extension du domaine de la manipulation, Grasset, 2008; Visages de la peur, PUF, 2009.
Article intégral : http://www.cairn.info/

4 avril 2016

Optimisme, pessimisme, indifférence



LORSQUE NOTRE CONNEXION PERSONNELLE
À CE QUI EST MAL DEVIENT CLAIRE,
NOUS AVONS ALORS LE CHOIX :
NOUS POUVONS CONTINUER COMME AVANT
ET VIVRE DU MIEUX POSSIBLE AVEC NOTRE MALHONNÊTETÉ.
OU NOUS POUVONS NOUS EFFORCER DE CHANGER
NOTRE FAÇON DE PENSER ET DE VIVRE.
~ WENDELL BERRY

Quand on observe ce qui se passe on ne s’étonne pas outre mesure du cynisme omniprésent. Voici quelques réflexions d’Eric Fromm sur le défaitisme, et l’indifférence présente tant chez les optimistes que chez les pessimistes (1972).

«L'attitude de la majorité n'est ni la foi ni le désespoir, mais, malheureusement, une totale indifférence vis-à-vis de l'avenir de l'homme. Ceux qui ne sont pas entièrement indifférents, sont soit optimistes ou pessimistes. Les optimistes croient au dogme de la marche continue du ‘progrès’. Ils associent l'accomplissement humain à la réussite technologique, et la liberté de l'homme à la coercition directe et à la liberté du consommateur de choisir entre de nombreux produits prétendument différents. La dignité, la coopération et la bienveillance ne les préoccupent pas; la réalisation technique, la richesse, l'endurance, oui…

Les ‘optimistes’ vivent assez bien, du moins pour l'instant, et ils peuvent [financièrement] se permettre d’être ‘optimistes’. Ou du moins c'est ce qu'ils pensent, car ils sont tellement aliénés que même la menace qui pèse sur l'avenir de leurs petits-enfants ne les touche pas véritablement.

Les ‘pessimistes’ ne sont pas vraiment différents des optimistes. Ils vivent tout aussi confortablement et ne sont pas plus engagés. Le sort de l'humanité ne les inquiète pas davantage que les optimistes. Ils n’éprouvent pas de désespoir; s'ils en éprouvaient, ils ne pourraient pas vivre avec tant d’insouciance. Leur pessimisme vise surtout à  les protéger contre toute pulsion intérieure d’agir, en projetant l'idée qu’on ne peut rien faire. Les optimistes se défendent contre la même pulsion intérieure en se persuadant que tout avance dans la bonne direction de toute façon, de sorte qu’il n’y a rien à faire.»

Pour transcender cette double impuissance, Fromm proposait une ‘foi rationnelle’ en la capacité de l'homme de se dégager des circonstances qu’il a lui-même crées et qui semblent fatales.

«Le radicalisme humaniste … vise à libérer l'homme des chaînes de l'illusion; il postule que des changements fondamentaux sont nécessaires, pas seulement dans notre structure politique et économique mais aussi dans nos valeurs, nos conceptions des buts de l’homme, et dans notre comportement personnel.»

«La situation de l'humanité aujourd'hui est trop grave pour nous permettre d'écouter les démagogues (les pires étant les démagogues attirés par la destruction), et même les dirigeants qui utilisent uniquement leur cerveau et dont le coeur est endurci. La pensée critique et radicale ne portera ses fruits que si elle est mêlée à la plus précieuse qualité dont l’homme soit doté – l'amour de la vie.»

~ Erich Fromm (1900-1980)
The Anatomy of Human Destructiveness (1972)

Source :
https://www.brainpickings.org/2016/04/04/erich-fromm-anatomy-of-human-destructiveness/ 

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Le mouvement pour la paix ne peut réussir que s'il se transcende lui-même en tant que tel pour devenir un mouvement d'humanisme radical; s'il est en mesure de faire appel à l'homme dans sa totalité, c'est-à-dire à l'homme qui souffre du manque de vie engendré par la société industrielle et s'il peut révéler la vision d'une société nouvelle et d'un homme nouveau.
     Réussira-t-il à engager les hommes dans la paix, et par là, indirectement, les dirigeants et les hommes au pouvoir? La question reste posée.
     Mais je crois que, dans les circonstances actuelles, nous n'avons aucun autre moyen de travailler pour la paix. À long terme, seule une transformation radicale de la société peut engendrer une paix durable.

(E. Fromm)