16 mars 2014

Élections en labyrinthe…

Ou foire d’empoigne apparemment sans issue. 

Tout est «politique» et nous sommes souvent à la merci de corporations et d’institutions gouvernementales corrompues et irrespectueuses du bien commun et de la qualité de vie des citoyens.

De grands enjeux en avant plan : économie, création d’emplois, élimination de la pauvreté, équité/égalité, exploitation/préservation des ressources, charte de la laïcité, etc. Mais, l’option souveraineté est arrivée comme un char d’assaut, relayant tous les enjeux majeurs au second plan. ‘Semer la confusion’ est une technique de manipulation très efficace.

Diable! est-il si difficile de déterminer le niveau de conscience des partis et de leurs représentants, objectivement, en dehors de toute considération égocentrique, en pensant aux générations futures?

Description succincte selon ma perspective (bien entendu, tous les partis ont le bien des citoyens à coeur...) :

Parti Québécois : capitalisme pur et dur, exploitation sauvage des ressources, souveraineté.

Parti Libéral : capitalisme pur et dur, exploitation sauvage des ressources, fédéralisme.

Coalition Avenir Québec : capitalisme (mitigé?), exploitation sauvage (mitigée?) des ressources, fédéralisme (mitigé?).

Québec Solidaire : socialisme, justice sociale, protection de l’environnement, souveraineté.

Dilemme cornélien pour le citoyen qui se préoccupe de justice sociale, de vraie démocratie et du respect de l’environnement, mais qui ne souhaite pas la séparation du Québec. 

Voilà qui pourrait résoudre son dilemme (au lieu de s'abstenir de voter) :  
Parti Vert du Québec : éco-socialisme, justice sociale, développement durable et protection de l'environnement.
        «Le Parti vert du Québec est le seul parti politique où des fédéralistes et des souverainistes travaillent ouvertement ensemble vers un Québec UNI. Le PVQ n'a aucune proposition sur l’indépendance du Québec. Si un référendum sur la souveraineté est mis en marche par un autre parti politique, les député(e)s, membres, et candidats du PVQ voteront selon leurs consciences. Nous croyons qu'il s'agit d'une question qui doit être résolue par tous les citoyens de manière démocratique, mais notre parti politique n'y prend pas position et ne fait pas la promotion d’une option ou de l’autre. Si la souveraineté ou le fédéralisme sont des enjeux électoraux importants pour vous, nous vous encourageons à vous informer davantage sur la position de votre candidat local.» http://www.pvq.qc.ca/.

-------

Nous réclamons le droit de mourir dans la dignité.
Nous devrions réclamer le droit d’être gouvernés dans la dignité.

À quoi ressemblerait un gouvernement qui exerce son pourvoir avec dignité? Quelle serait la relation entre les citoyens et des dirigeants qui les respectent? La politique partisane doit-elle mener à des extrêmes idéologiques? Les opposants pourraient-ils cohabiter et travailler sur leurs différences? Pourraient-ils cesser de se comporter en prédateurs vis-à-vis des citoyens et de la nature?

Voilà ce que Robert W. Fuller examine dans un article intitulé The politics of Dignity (extrait) :  

«Avant de prendre au sérieux la possibilité d’avoir des institutions politiques ‘dignitariennes’, il faudrait répondre à la question qu’on me pose à chaque conférence : ‘la hiérarchisation fait-elle partie de la nature humaine?’», déclare Robert W. Fuller, ancien président d'Oberlin College, et auteur de Belonging: A Memoir, et de Rowan Tree (un roman, qui explore le rôle de la dignité dans les relations interpersonnelles et institutionnelles). 
       «En règle générale, poursuit-il, s’en prendre aux plus faibles est une loi de la nature – une stratégie qui minimise les risques de représailles. Étant donné que les humains ne sont pas différents des autres espèces à cet égard, il est naturel de conclure que la hiérarchisation [rankism – rang, statut, classe sociale] fait partie de la nature humaine, et c’est là toute l’histoire. Mais ce n’est pas le cas. Oui, les humains sont des prédateurs. Mais nous sommes aussi en train de changer rapidement. Plusieurs observateurs ont fait valoir que nous sommes maintenant dans la dernière phase d’un passage du comportement prédateur au comportement coopératif.
       Hiérarchiser est un comportement dominant, parfois abusif, mais celui-ci n'est pas gravé dans notre cerveau de façon indélébile. En fait, c'est le contraire. L’histoire montre qu'au fil du temps, les faibles se sont périodiquement révoltés contre l'oppression et la tyrannie, souvent avec un succès éclatant. Bien que ce soit généralement l'aboutissement d'un long et pénible processus, les êtres humains ont montré à plusieurs reprises qu’ils pouvaient imposer des limites à l'autorité des plus forts. (…)
       Nous avons également assisté à la montée du mouvement syndical et d’autres mouvements sociaux (droits civils et droits des femmes par exemple) en réponse à la discrimination et à l'exploitation par un groupe dominant. On a longtemps prétendu que le racisme et le sexisme étaient des caractéristiques indélébiles de la nature humaine, mais avec chaque décennie qui passe, cette croyance devient de plus en plus indéfendable. Donc, même s'il faut reconnaître que nous avons des tendances prédatrices, il est également clair que nous sommes tout à fait capables de les harnacher, et, cette prédisposition pourrait prévaloir à mesure que notre espèce gagnera en maturité.
       À chaque période d’évolution sociale, le pouvoir domine. Généralement, c'est imminent et nous l’avons en pleine figure – forces policières et armées. Mais de temps en temps, grâce à la coopération, une nouvelle combinaison de forces moindres arrive à renverser la dynamique et à mater le pouvoir existant. Parfois tout ce qu'il faut pour faire reculer les dirigeants, c’est de les convaincre qu’en luttant, ils perdront. Les abus de pouvoir persistent tant que les gens ou les institutions qui les commettent ne se rendent pas compte qu'ils font face à une plus grande force. Cette force n'a pas besoin d’être entièrement matérielle (physique), et ce n'est généralement pas le cas. Comme Gandhi, Martin Luther King, Jr. et Nelson Mandela l’ont montré, une partie importante de cette force peut simplement émerger de la volonté morale de citoyens éveillés. (…)

En tout cas, si l'opposition fusionne à la hiérarchie, soit que les dirigeants s’amendent ou qu’ils finissent par être dépouillés de leurs positions privilégiées. La tendance à long terme de ce processus d'évolution est qu’on découvre de plus en plus de formes efficaces de coopération qui surpassent l'autoritarisme abusif et le supplantent. On trouve des exemples de cette dynamique dans la myriade d’autocraties qui sont devenues des démocraties, et les entreprises gérées par la peur et l'humiliation qui ont été remplacées par des entreprises dont l’environnement de travail respectent la dignité des employés de sorte que tout le monde en recueille des bénéfices.
       L’ADN de la démocratie : un processus de surveillance. 
       La démocratie est une relation entre ceux qui occupent des postes d'autorité et les citoyens, et si nous ne sommes pas continuellement en train de la protéger, nous la perdons. Car de nouvelles formes de pouvoir émergent constamment de sorte que la démocratie doit suivre le rythme et se protéger contre d'éventuelles transgressions – c'est-à-dire de nouvelles instances de hiérarchisation sociale. La façon dont la télévision a transformé le processus politique, soit en avantageant les candidats qui possèdent les ressources financières pour acheter les temps de diffusion les plus favorables, en est un bon exemple.
       Il est donc plus facile aux riches de s’emparer et d’exercer le pouvoir, et comme l'ont souligné de nombreux observateurs, cela éloigne les nations de la démocratie et les mène vers la ploutocratie. En réponse à ce problème, certains gouvernements européens s'efforcent de réduire le rôle de l'argent en politique en essayant d'égaliser ce que les candidats consacrent à leurs campagnes dans les médias. (…)

Article complet en anglais :    
http://www.psychologytoday.com/blog/somebodies-and-nobodies/201403/the-politics-dignity

-------

Pensée du jour :
Le cynisme, c'est 50% de naïveté, 50% de désespoir, 50% de peur de mourir médiocre et 50% de rire. ~ Pierre Foglia (La Presse)

14 mars 2014

Le libre arbitre est une fiction

Image : Aquarelle par Noah Hutton
(source: http://thebeautifulbrain.com/2010/07/ledoux-amygdaloids-free-will)

Le libre arbitre est une fiction : démonstration schopenhauerienne
Source : http://www.schopenhauer.fr/index.html

À la question sommes-nous libres? L’homme ordinaire répond sans ambigüité oui puisque nous pouvons faire ce que nous voulons. Si l’homme peut faire ce qu’il veut mais sa volonté est-elle libre? Peut-il choisir indifféremment en toute objectivité quand deux choix se présentent à lui? De quoi dépend la volonté elle-même?

«Ma volonté ne dépend absolument que de moi seul! Je peux vouloir ce que je veux : ce que je veux, c’est moi qui le veux», Schopenhauer décrit ainsi l’esprit naïf qui se contente de regarder les choses à la surface. «Mais ta volonté de quoi dépend-elle?», demande le philosophe. Dans son Essai sur le libre arbitre, le penseur de Francfort pose d’entrée de jeu comme solution à l’énigme du libre arbitre que «l’homme est un être déterminé une fois pour toutes par son essence, possédant comme tous les autres êtres de la nature des qualités individuelles fixes, persistantes, qui déterminent nécessairement ses diverses réactions en présence des excitations extérieures [1]». 

Ainsi, Schopenhauer montre que les actions des hommes sont régis d’une part par des motifs (qui sont extérieurs à l’homme et dont il n’a aucun contrôle) et d’autre part son moi c’est à dire son essence (inchangeable et fixé préalablement).

L’influence des motifs 

L’action des hommes s’exerce sous l’influence des motifs auxquels chacun se conforme instinctivement tant qu’il se tourne ses regards vers le dehors. Conformément au principe de causalité auquel sont soumis sans exception tous les objets réels du monde extérieur, l’homme agit sous l’influence des motifs. Et ceux-ci ont leur origine dans les réalités extérieures, les expériences personnelles, la tradition ou l’éducation.

Pour illustrer ses propos, Schopenhauer prend l’exemple d’un homme qui croit disposer de sa pleine liberté : «Il est à présent six heures du soir, ma journée de travail est finie. Je peux maintenant faire une promenade; ou bien je peux aller au club; je peux aussi monter sur la tour pour voir le coucher du soleil; je peux aussi aller au théâtre; je peux faire une visite à tel ami ou tel autre; je peux même m’échapper par la porte de la ville, m’élancer au milieu du vaste univers, et ne jamais revenir... Tout cela ne dépend que de moi, j’ai la pleine liberté d’agir à ma guise; et cependant je n’en ferai rien, mais je vais rentrer non moins volontairement au logis, auprès de ma femme». C’est exactement comme si l’eau disait : «Je peux m’élever bruyamment en hautes vagues (oui certes, lorsque la mer est agitée par une tempête!) – je peux descendre d’un cours précipité en emportant tout sur mon passage (oui, dans le lit d’un torrent), – je peux tomber en écume et en bouillonnant (oui, dans une cascade), – je peux m’élever dans l’air, libre comme un rayon (oui, dans une fontaine), – je peux enfin m’évaporer (oui, à 100 degré de chaleur); – et cependant je ne fais rien de tout cela, mais je reste de mon plein gré, tranquille et limpide, dans le miroir du lac».

«Comme l’eau ne peut pas se transformer ainsi que lorsque des causes déterminantes l’amènent à l’un ou à l’autre de ses états, de même l’homme ne peut faire ce qu’il se persuade être en son pouvoir, que lorsque des motifs particuliers l’y déterminent».

L’homme est incapable d’agir par lui-même. C’est aussi ce qu’à montré Spinoza en comparant le libre arbitre à une pierre soumise à l’impulsion d’une cause extérieure et qui reçoit une certaine quantité de mouvement en vertu de laquelle elle continue de se mouvoir même quand la cause motrice a cessé d’agir. Tandis que cette pierre continue de se mouvoir, elle pourrait croire, si elle avait la capacité de penser, qu’elle est libre dans son mouvement, alors qu’elle est poussée par une force extérieure. Et Schopenhauer de poursuivre : «de même qu’une bille sur un billard ne peut entrer en mouvement avant d’avoir reçu une impulsion, ainsi un homme ne peut se lever de sa chaise, avant qu’un motif ne l’y détermine : mais alors il se lève d’une façon aussi nécessaire et aussi imprévisible que la boule se meut après avoir reçu l’impulsion».

L’homme est déterminé par son essence

Les motifs qui constituent le moteur des actions humaines révèlent en réalité la volonté qui nous fait agir. Dans la philosophie de Schopenhauer la volonté, considérée non pas dans son sens habituel, est la force vitale qui constitue l’essence de tout ce qui existe dans la nature. «La volonté de l’homme n’est autre que son moi proprement dit, le vrai noyau de son être : c’est elle qui constitue le fond même de sa conscience, comme quelque substratum immuable et toujours présent, dont il ne saurait se dégager pour pénétrer au-delà. Car lui-même il est comme il veut, et il veut comme il est. Donc, quand on lui demande s’il pourrait vouloir autrement qu’il ne veut, on lui demande en vérité s’il pourrait être autrement qu’il n’est».

La volonté a une nature spéciale et individuellement déterminée «en vertu de laquelle sa réaction sous l’influence de motifs identiques diffère d’un homme à l’autre, constitue ce qu’on appelle le caractère de chacun». «Le caractère de l’homme est invariable : il reste le même pendant toute la durée de sa vie. Sous l’enveloppe changeante des années, des circonstances où il se trouve, même de ses connaissance et de ses opinions, demeure, comme l’écrevisse sous son écaille, l’homme identique et individuel, absolument immuable et toujours le même». Pour Schopenhauer le caractère est déterminé et est donné une fois pour toute. Le caractère est à la base de tous les effets que les motifs provoquent. En d’autre terme, l’homme, prisonnier de lui-même, est condamné à être lui-même. Dans cette configuration, il n’y a aucune place pour le libre arbitre. On voit là se profiler la seule liberté concevable qui est celle de mieux se connaître pour s’accepter. Disons au passage que sur cette question précise, Freud a pillé Schopenhauer pour élaborer sa théorie psychanalytique.

«Chaque action d’un homme est le produit nécessaire de son caractère et du motif entré en jeu. Ces deux facteurs étant donnés, l’action résulte inévitablement.» Pour qu’une action (ou effet) se produise, des causes extérieures doivent provoquer nécessairement l’être affecté à manifester ce qu’il contient (son essence intérieure) : car «celui-ci ne peut agir autrement qu’il n’est... Toute existence présuppose une essence : c’est à dire que tout ce qui est doit aussi être quelque chose, avoir une essence déterminée. Une chose ne peut pas exister et en même temps n’être rien...»

Donc, tout ce qui arrive, arrive nécessairement. Naïf celui qui croit qu’il a une quelconque emprise sur les événements. La seule liberté possible réside dans le seul fait d’accepter l’inéluctable, Nietzsche dira plus tard avec la formule amor fati qu’il faut non seulement accepter ce qui advient mais aussi l’aimer au point de le vouloir à nouveau encore et encore (l’éternel retour).

Alors comment expliquer que la conviction du libre arbitre soit acceptée et enseignée comme un attribut de l’homme. Pour Schopenhauer cette erreur trouve sa source dans la nécessité de mettre en harmonie la responsabilité de l’homme avec la justice de Dieu, thème cher au christianisme. Si Dieu est à l’origine de tout, il doit aussi être responsable du bien comme du mal. Si le mal existe c’est qu’il est voulu par Dieu. Mais Dieu ne veut que le bien, c’est donc alors que si le mal existe, Dieu, a minima, n’y fait rien. Face à ce scandale théologique, le christianisme a vite fait de doter l’homme d’un libre arbitre pour qu’il soit responsable de ses actes. C’est ce que se chargera de faire Saint Augustin et d’autres philosophes chrétiens qui vont théoriser le libre arbitre comme explication de la non responsabilité de Dieu dans les malheurs du monde. Dans le mythe du péché originel, l’homme (Adam et Ève) devient le seul coupable parce qu’il avait le choix quand il a choisi de manger le fruit défendu. Cette explication qui satisfait le simple d’esprit ne réussira pas à convaincre le philosophe qui se demande : «Que dirait-on de l’horloger qui s’irriterait contre sa montre parce qu’elle marche mal?...»

Liberté de la Volonté

Schopenhauer conclut son Essai en démontrant que la liberté réside dans l’essence de ce que nous sommes, c’est-à-dire dans la volonté et non dans l’action. L’essence de l’homme est libre mais son action est nécessairement déterminée car c’est «par ce que nous faisons que nous reconnaissons nous-mêmes ce que nous sommes». «L’homme ne fait jamais que ce qu’il veut, et pourtant, il agit toujours nécessairement. La raison est qu’il est déjà ce qu’il veut : car de ce qu’il est découle naturellement tout ce qu’il fait.»

Cette conclusion est le cœur de la philosophie de Schopenhauer. L’essence de l’homme (la volonté) est la même que celle qui habite les animaux, les plantes, les pierres etc. Cette volonté aveugle est totalement libre. Elle fait ce qu’elle veut, l’homme n’est qu’un phénomène ou l’une des multiples manifestations de la volonté. L’homme est volonté et fait ce qu’il veut. Mais cette liberté ne réside pas dans la liberté d’action qui est soumise à la loi de la causalité ni dans l’indifférence des choix mais dans ce que nous sommes. L’action de l’homme est l’expression pure de la combinaison de son essence fixée d’avance et des motifs extérieurs dont il n’a aucun contrôle.

---
Notes :
[1] Arthur Schopenhauer, Essai sur le libre arbitre, trad. S. Reinach, 1894.

13 mars 2014

Trop drôle celle-là!

Les électeurs ne savent plus où donner de la tête… 

Photomontage : auteur inconnu

12 mars 2014

Dernières citations d’Underwood

Quelques citations d'appoint vu les rebondissements étonnants de notre campagne électorale :-)


«La démocratie est surévaluée.»

«Tendez la main droite mais gardez une pierre dans votre main gauche.»

«...Si vous êtes de la viande fraîche au milieu d’une meute de loups, tuez et donnez-leur quelque chose de plus frais.»

«Mensonge après mensonge. Je vais dire la vérité... de façon sélective.»

Frank : Ce que nous proposons c’est le progrès; avec promesse qu’il y en aura plus à l'avenir.
Claire : Ce n'est que le début.
Frank : Le pragmatisme impitoyable, vous en souvenez-vous? C'est pourquoi je tenais à ce que vous soyez whip. Nous sommes tous les trois de la même étoffe.
Whip Jackie Sharp : C'est de la haute trahison. 
Frank : Oui, de la haute trahison; c’est ça la politique.

«N'utilisez pas quelqu'un que vous aimez.»

«Les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes.»

«Raymond, pensez en homme d'affaires. N'avez-vous pas construit une fortune en réduisant les risques au minimum? N’est-ce pas pour cela que vous êtes resté attaché au congrès pendant toutes ces années?»

«Si je les brise, je peux les réparer.»

Au sujet de l’impeachment présidentiel :
«Il est maintenant dans le noir, et je suis le seul phare. Alors, nous le guidons doucement vers le récif. Parfois, vous devez sacrifier une personne au profit du plus grand nombre.»

-------

Le psychologue Lloyd Sederer s’est demandé pourquoi la série House of Cards avait eu un succès aussi retentissant. Dans son article, More Than a Touch of Evil (11 mars 2014), il dit entre autres :

«Il y a de la beauté perverse dans le mal. Il y en a toujours eu. Satan était un ange avant sa chute. Si, dans un contexte religieux vous voyez le mal comme démoniaque, ou dans un contexte laïque comme un comportement fautif dû à l’insouciance, le mal a cependant besoin de son opposé, le bien, pour lui donner un sens. Plus la tension entre le bien et le mal est grande, mieux on peut apprécier la présence et la force du mal. La beauté du mal ne se situe peut-être pas tant dans ses icônes que dans sa virtuosité à s’emparer de nos vies et de nos âmes.»
(…)
«[Claire et Francis] sont des virtuoses qui marchent résolument vers le pouvoir et la renommée. Ils menacent, gagnent du terrain et testent leur capacité de triompher des dangers qu’ils ont eux-mêmes causés. Ils nous offrent une classe de maître sur le mal, d’autant plus qu’ils sont avantagés par leur statut social privilégié et qu’ils agissent au nom de la vertu et du drapeau des États-Unis d’Amérique.»
(…)
«Le mal n’est certainement pas vertueux mais il peut, et c’est le cas ici, être montré avec virtuosité. Si la vertu éveille l’admiration, le mal excite. Les Underwoods figurent la pornographie du pouvoir. Ils incarnent nos fantasmes; c’est un voyage dans nos propres interdits.
       On ne peut pas échapper au mal, comme disait Einstein. Nous pouvons seulement le repérer dans toutes ses formes et puis trouver une façon de le limiter, notamment au sein de la communauté. House of Cards est une merveilleuse illustration du mal bien planifié et livré. Peut-être qu’un jour, nous pourrons l’utiliser pour nous rappeler à quel point il est difficile de vivre dans la vertu.»

Source (article complet) :
http://www.psychologytoday.com/blog/therapy-it-s-more-just-talk/201403/more-touch-evil

10 mars 2014

Cartes sur table : la donne change!

La politique pourrait être très amusante s’il n’y avait pas tant de morts, au propre comme au figuré.

Pierre Karl Péladeau : ange ou démon? On verra, comme disait l’autre. Espérons seulement qu’il ne soit pas de la catégorie «Underwood» (pour ceux qui voteront en sa faveur). 


Apartés de Frank Underwood (House of Cards) :

«Pensez-vous que je suis hypocrite?
Eh bien, vous devriez. Je le suis.
Le chemin vers le pouvoir est pavé d'hypocrisie et de morts.
N’ayez jamais de regrets.»

[Do you think I’m a hypocrite?
Well, you should. I am.
The road to power is paved with hypocrisy and casualties.
Never regret.]

Après avoir tenté de convaincre le Président :
«J’aurais dû y penser avant : faites appel au cœur, pas au cerveau.»

[I should have thought about it before: appeal to the heart not to the brain.] 

-------

Une crise de conscience
Par Peter Russell

(...)
La crise que traverse l'humanité aujourd'hui n'est pas tellement une crise environnementale, une crise politique ou une crise économique; il s'agit essentiellement d'une crise de conscience – une crise spirituelle. Toute crise, qu'il s'agisse d'une crise personnelle, d’une crise sociale ou d'une crise mondiale, est un signe que l'ancienne façon de faire ne marche plus. C'est à la fois un danger et une chance. C'est dangereux si vous consolidez l'ancienne façon de faire car la crise ne disparaîtra pas. C'est une chance si vous adoptez une nouvelle façon de penser et d'agir.

En tant qu'espèce, nous sommes arrivés à un point où l'ancienne façon de penser ne fonctionne plus. L'ancienne façon dit : prenez tout du monde, contrôlez votre environnement; ce que vous avez et ce que vous obtenez est important. Ça peut avoir marché dans le passé, mais plus maintenant. Ça ne fonctionne pas pour la planète – comme l’indiquent l'augmentation de la pollution, l'épuisement des ressources et la dégradation de l'environnement que nous voyons autour de nous. Ça ne fonctionne pas non plus pour les humains. Nous n'obtenons pas la satisfaction que nous recherchons.

Une étude américaine de 1957 est intéressante à ce propos. Les chercheurs ont réalisé un sondage auprès d'un échantillon représentatif de la population américaine. On demandait aux gens s'ils étaient satisfaits de leur qualité de vie. À l'époque, 30 % ont dit qu'ils étaient satisfaits de leur sort. En 1992, 35 ans plus tard, on a refait le même sondage. Au cours des années intermédiaires, le PNB avait plus que doublé, le nombre de pieds carrés (espace de vie) par individu avait doublé, le nombre de voitures par famille avait triplé, le nombre de chaînes de télévision en noir et blanc était passé à des centaines en couleurs. Tous ces indicateurs de prétendue qualité de vie avait augmenté. Pourtant, en 1992, le pourcentage de personnes se déclarant satisfaites de leur sort était exactement le même – 30 %. Cela semble indiquer que le fait d'augmenter uniquement sa qualité de vie matérielle ne conduit pas vraiment à un plus grand accomplissement de soi. (…)

(…) Nous pouvons toujours choisir notre façon de voir les choses. Le truc, c’est d’apprendre à choisir. Une chose que j'ai trouvée très utile est de simplement me poser cette question : y a-t-il une autre façon de voir cette situation? Quelle que soit la personne qvec qui je discute, je me demande simplement s’il y a un autre point de vue. Je ne cherche rien de particulier, je renvoie la question à un niveau plus profond de ma conscience. Lorsque je le fais, la petite voix intérieure répond souvent selon une perspective bien plus compatissante. La réponse me semble beaucoup plus simple et libératrice. Et généralement elle s'ouvre sur une toute nouvelle manière d'aborder la situation.

Extrait d’une conférence intitulée "Is the Future My Responsibility?" (Ennis, Co Clare, Ireland, 2001) 

À lire au complet, mais c’est en anglais :
http://www.peterrussell.com/Speaker/Talks/Ennis.php

J’en profite donc pour refiler un tuyau. Les logiciels de traduction instantanée gratuits (Internet) ne sont pas tous «égaux». Il y a quelques mois, j’ai eu des problèmes avec celui que j’utilisais, de sorte que j’ai cherché autre chose. (Tout à fait dans le topo… quand ça ne marche pas on va voir ailleurs.)

Alors, après plusieurs essais et rejets, j’ai découvert : http://www.freetranslation.com/en/translate-english-french

Excellente traduction de base, il ne reste qu’à peaufiner. Si vous ne le connaissez pas, essayez. Je vous laisse juge.

8 mars 2014

Mes choix du 8 mars

Au féminin : Fatima Houda-Pepin


Je l’ai choisie en raison de son intégrité, vis-à-vis elle-même et ses électeurs (et sans rapport avec mon opinion sur la charte de la laïcité).

Quand un chef de parti (Philippe Couillard) exclut un membre du caucus à cause d’une divergence d’opinion par rapport à «la ligne de parti», eh bien, cela laisse supposer une mentalité légèrement autocratique au sein dudit parti, non? Est-ce que les membres doivent perroquetter tout ce que dit le chef?

(…) Fatima Houda-Pepin est réélue députée dans la circonscription de La Pinière lors de l'élection générale québécoise du 26 mars 2007, celle de 2008 et celle de 2012.
       Fatima Houda-Pepin s'est démarquée lors de l'affaire de la légalisation possible de la charia en Ontario. En tant que femme musulmane, elle s'oppose fermement à l'introduction du droit islamique dans les ménages musulmans du Canada. « La charia est un système de droit complet, un système juridique superposé. Je ne peux pas accepter comme femme qu'un segment de la population québécoise et canadienne ne puisse pas bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens ».
       Elle fait une sortie remarquée en 2013 en plein débat sur la Charte des valeurs québécoises contre le port du tchador à l'Assemblée nationale.
       Le lundi 20 janvier 2014, elle est exclue de son parti et siègera comme indépendante à la suite d'une discussion sur la charte des valeurs.
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fatima_Houda-Pepin

«Donc, j'ai tout fait, comme vous le savez, pour que ce projet de loi soit déposé sous la bannière du caucus libéral. Cela n'a pas été possible. Je crois que les citoyens s'attendent à ce que la politique soit faite autrement, que l'on puisse être davantage à l'écoute des citoyens et de leurs préoccupations. Pour ma part, j'estime avoir fait ce qu'il fallait. Je suis sereine par rapport à cette décision-là de rencontrer les trois caucus. Je suis désolée qu'au sein du Parti libéral l'ouverture n'y est pas et n'a pas été… en tout cas, surtout que le Parti libéral, c'est le parti qui a mené la lutte pour la séparation entre l'Église et l'État pendant près d'un siècle.»
~ Fatima Houda-Pepin
(Point de presse de Mme Fatima Houda-Pepin, députée de La Pinière, Version finale; Le mardi 18 février 2014, 12 h 20; Salle Bernard-Lalonde (1.131), Hôtel du Parlement)

«En annonçant sa candidature, mardi à Québec, Mme Houda-Pépin a parlé de l’urgence de combler le fossé entre gouvernants et les citoyens, disant croire que la partisannerie à outrance devient une entrave à la démocratie. Elle a rappelé qu’elle avait elle-même refusé de renier ses convictions en échange d’un poste de ministre.» (Le Devoir) 

Fatima Houda-Pepin aura un adversaire de taille dans sa circonscription (Gaëtan Barrette, ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec).

Les docteurs Gaëtan Barrette, Yves Bolduc et Philippe Couillard :  


Un peu d’humour : peut-être trop de Triple Bypass Burgers au Heart Attack Grill du Dr Jon Basso http://www.youtube.com/watch?v=hqf_SIQ3JAk
Sérieusement, je n’irais jamais consulter l’un de ces médecins pour un quelconque problème cardiaque. (Photo : Jacques Nadeau – Le Devoir)


-------

Au masculin : Scott Ludlam, parti vert australien

Ce clip vient de loin, mais je le publie parce que les bons exemples de rhétorique et de contenu solide sont très rares. Discours bien formulé, ton calme, maîtrise de soi, message précis livré fermement et sans détours. Dommage que ce genre de politicien soit l’exception actuellement. Même si vous ne comprenez pas l’anglais, ça vaut la peine de l’écouter. Si vous voulez le comparer à Tony Abbott (à qui Ludlam s’adresse) visitez You Tube.

Extraits de la transcription (traductions disponibles) :
http://greensmps.org.au/content/speeches-parliament/adjournment-speech-abbott-well-see-you-wa



Ce soir, je prends la parole pour inviter le Premier ministre Tony Abbott à visiter ce magnifique Australie occidentale. Je le fais en toute bonne foi, parce que nous ne sommes qu'à quelques semaines d'une élection historique qui ne déterminera pas seulement la composition finale de cette chambre après juillet, mais qui aura aussi beaucoup de conséquences sur les gens de l'Australie occidentale, qu'ils pensent voter pour les Verts ou non. Monsieur le Premier ministre, vous êtes bienvenu dans l'Ouest, mais il s'agit d'une invitation respectueuse à bien réfléchir sur ce que vous apporterez comme bagages lors de votre prochaine étape de la campagne.

Lorsque vous arriverez à l'aéroport de Perth, vous pourrez poser les pieds sur le pays du peuple autochtone Whadjuk Nyoongar qui a chanté ce pays depuis plus de 40.000 ans. C'est 200 fois l'âge de la ville qui s'élève maintenant sur les rives de Derbal Yerigan, la rivière Swan. Comprenez que vous serez alors plus près de Denpasar que de Western Sydney, dans un état où pendant une génération entière le prix du logement  a été inabordable. Vous serez debout dans un endroit où la sécheresse n'a jamais cessé, où le changement climatique résultant du défrichement et de la combustion de carburants fossiles est une réalité vécue qui fait déjà perdre des emplois, des biens et des vies.

M. le Premier ministre, lors de votre prochaine conférence de presse, nous vous invitons à laisser vos atrocement ennuyeux slogans de trois mots chez vous. Si votre image de l'Australie occidentale est associée à des rednecks (péquenauds) caricaturaux et à l'horreur meurtrière qui se déroule sur l'île de Manus, vous nous connaissez mal. À chaque fois que vous référez à nous comme à un «état d'exploitation minière», comme si le tiers occidental de notre vieux continent était simplement un héritage de Gina Rinehart, à déchiqueter, à mettre au banc et faire exploser, c’est que vous nous connaissez mal.

Les Australiens de l'Ouest sont très généreux et accueillants, mais si vous arrivez et commencez à parler avec fierté de vos tentatives pour mettre en faillite le secteur des énergies renouvelables, de paralyser l'indépendance de l'ABC et de privatiser les SBS, si vous vous présentez en agitant votre homophobie à la face des gens et commencez à vous vanter de vos attaques de plus en plus insidieuses contre le mouvement syndical et toutes les personnes qui y travaillent, vous pouvez vous attendre à un style d'accueil très différent.

Donc, pour être très franc, la raison pour laquelle j’insiste, M. le Premier ministre, pour que passiez autant de temps que vous pouvez en Australie occidentale, c'est qu’à chaque fois que vous ouvrez votre bouche le vote Vert grimpe.

Vous et vos bailleurs de fonds dans les industries de fracturation du gaz et de l'uranium ont encouragé des centaines de gens à dépenser leur temps précieux à faire du porte-à-porte pour les Verts dans des milliers de foyers au cours des dernières semaines.

Votre décision de soutenir les actionnaires de Monsanto à la place des agriculteurs Australiens occidentale a inspiré les gens à parcourir le pays, à faire des milliers d'appels et à donner à notre campagne.

Quant à la destruction préméditée de la NBN et à la dégradante capitulation du procureur général George Brandis au sujet de l'état de surveillance lorsqu'il a été confronté à des actions illégales de la NSA US – même internet tourne au « Vert » pour «la victoire». Des geeks et des codeurs, des ingénieurs de réseaux et des gamers n'auraient jamais voté «Vert» dans un million d'années sans la maladresse et l'aide technique des analphabètes de votre équipe de direction.

Pour cela, je ne peux que vous remercier.

Et, le plus important peut-être, votre campagne déterminée à provoquer la peur dans notre communauté (peur chez les familles innocentes qui fuient la guerre et la violence dans notre région) dans l’espoir de faire ressortir le pire chez les Australiens, fera plutôt ressortir le meilleur de nous. (…)

Ce qui est en jeu ici, dans le sens le plus immédiat, c’est de savoir si oui ou non le Premier ministre Tony Abbott aura le contrôle total de ce Parlement au cours des prochaines années. Mais j’en suis venu à réaliser que c'est bien plus que cela. Nous voulons récupérer notre pays. Grâce à la chance, à un accident, et, quelque part, à quelques boîtes de scrutin égarées, nous avons l’occasion de reprendre un seul siège, le 5 avril, et beaucoup plus en 2016.

7 mars 2014

Le message ne passe pas

Si nous nous étions occupé des vraies affaires il y a 30/40 ans, quand les sonneries d'alarme on commencé à retentir, nous aurions pu créer 250 000 emplois et plus, quantité de sous-emplois, et de nouvelles richesses. L'avenir serait vert et bleu au lieu de brun et noir. Dommage.


La lettre de Kurt Vonnegut fut écrite il y a 26 ans.  

Source : Letters of Note http://www.lettersofnote.com/

En 1988, dans le cadre d'une campagne publicitaire pour le magazine Time, Volkswagen demanda à quelques penseurs réputés d’adresser un message aux gens qui vivraient en 2088 – de leur donner quelques conseils pour le futur. Plusieurs ont répondu, notamment le romancier Kurt Vonnegut dont voici la lettre.

Mesdames et Messieurs de 2088,

On a suggéré que vous apprécieriez peut-être des paroles de sagesse du passé, et que nous, du vingtième siècle, nous pourrions vous envoyer. Connaissez-vous cette exhortation de Polonius dans Hamlet de Shakespeare : «Mais surtout, reste vrai avec toi-même»? Ou ce conseil de Saint-Jean : «Crains Dieu et glorifies-le, car l'heure de son jugement est venue»?  Les meilleurs conseils de mon époque, valides en tout temps à vrai dire, seraient, je suppose, ceux de la prière que les alcooliques récitaient en espérant ne plus jamais prendre un verre : «Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence.»

Je pense que notre siècle n'a pas été aussi prolifique que d'autres en paroles de sagesse parce que nous avons été les premiers à avoir accès à de l'information fiable sur la situation de l’humanité : combien étions-nous, combien de nourriture pourrions-nous amasser ou emmagasiner, à quelle rapidité nous reproduisions-nous, ce qui nous rendait malades, ce qui nous faisait mourir, quelle quantité de dommages causions-nous à l'air, à l'eau et à la terre arable dont la plupart des formes de vie dépendaient, à quel point la Nature pouvait être violente et impitoyable, et ainsi de suite. Qui pouvait e cirer de la sagesse alors que tant de mauvaises nouvelles tombaient dessus?

Pour moi, la chose la plus paralysante fut d’apprendre que la Nature n’était pas écologiste. Elle n'avait pas besoin de notre aide pour défaire la planète et la remettre en état d’une façon différente, et pas nécessairement à l’avantage des choses vivantes. Elle a mis le feu aux forêts avec la foudre. Elle a pavé de lave de vastes étendues de terres arables qui ne soutenaient plus la vie mais des parcs de stationnement de grandes villes. Dans le passé, elle avait envoyé des glaciers du Pôle Nord pour ronger de grandes portions de l'Asie, de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Il n'y avait pas de raison de croire qu’elle ne recommencerait un jour. En ce moment même, elle est en train de transformer les terres agricoles africaines en déserts, et on peut s'attendre à des raz de marée ou à des pluies de roches blanches et brûlantes venant de l'espace, à tout moment. Elle n'a pas seulement exterminé en un clin d’œil d’exquises espèces évoluées, mais vidé des océans et aussi englouti des continents. Si les gens pensent que la Nature est leur amie, alors ils n'ont certainement pas besoin d'un ennemi.

Oui, et vous, cent ans plus tard, vous devez pertinemment le savoir, et vos petits-enfants le sauront encore plus : la Nature est impitoyable quand vient le temps d’équilibrer la quantité de vie en un lieu donné à un moment donné à la quantité de nourriture disponible. Alors, vous et la Nature, qu’avez-vous fait de la surpopulation? Ici en 1988, nous nous prenions pour une nouvelle sorte de glacier, une espèce à sang chaud et astucieuse, qu’on ne pouvait pas arrêter, sur le point de tout engloutir, et puis qui faisait l’amour, et qui ensuite doublait de taille encore.

À bien y penser, je ne suis pas sûr que je pourrais supporter d'entendre ce que vous et la Nature pourriez avoir fait parce qu’il y avait trop de monde et pas assez de nourriture.

Et ici, je voudrais vous soumettre cette idée démente : est-il possible que nous ayons braqué des fusées armées de bombes à hydrogène les unes vers les autres, prêtes à partir, pour nous distraire du vrai problème – à savoir que la Nature peut nous traiter cruellement, et que la Nature étant ce qu’elle est, ça pourrait arriver tantôt?

Maintenant que nous pouvons discuter avec plus de précision du pétrin dans lequel nous sommes, j'espère que vous avez cessé de choisir d’incroyables optimistes ignorants comme leaders. Ils étaient utiles tant que personne n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait réellement – durant les quelque sept millions d'années précédentes, ou à peu près. Dans mon temps, ils ont été catastrophiques à la tête d'institutions perfectionnées où il y avait du vrai travail à faire.

Les dirigeants dont nous avons besoin maintenant ne sont pas ceux qui promettent une victoire ultime contre la Nature tout en continuant à vivre comme nous le faisons en ce moment, mais ceux qui ont le courage et l'intelligence de présenter au monde ce qui semble être les conditions d’armistice, austères mais raisonnables, de la Nature :

1. Réduire et stabiliser votre population.

2. Cesser d’empoisonner l'air, l'eau et la terre arable.

3. Arrêter de préparer la guerre et commencer à régler vos problèmes.

4. Enseigner à vos enfants, et à vous-même tandis que vous y êtes, comment habiter sur une petite planète sans la détruire.

5. Arrêter de penser que la science peut tout réparer si vous lui donnez un billion de dollars.

6. Cesser de penser que vos petits-enfants seront saufs, en dépit du gaspillage ou de la destruction, étant donné qu'ils pourront aller sur une jolie nouvelle planète en vaisseau spatial. C'est vraiment mesquin et stupide.

7. Et ainsi de suite. Ou autre.

Suis-je trop pessimiste face à la vie durant les cent ans à venir? Peut-être que j'ai passé trop de temps avec les scientifiques et pas suffisamment avec les rédacteurs de discours des politiciens. D’après ce que j’en sais, même les femmes sans-abris et les hommes sans-abris auront leurs hélicoptères personnels ou leurs fusées en 2088. Personne n'aura à quitter la maison pour aller au travail ou à l'école, ni même à cesser de regarder la télévision. Tout le monde sera assis toute la journée en train de taper sur les touches d'ordinateurs connectés à tout ce qui existe, sirotant des boissons à l’orange avec des pailles comme les astronautes.

Cheers,

Kurt Vonnegut (TIME, 1988)

(Image : Kurt Vonnegut, courtesy of Mike Schroeder)

Kurt Vonnegut : http://www.vonnegut.com/news.asp
https://fr.wikipedia.org/wiki/Kurt_Vonnegut

COMMENTAIRE

Vonnegut n’était pas pessimiste, il était juste lucide et clairvoyant!

Tableau : Le combat de Carnaval et de Carême par Pieter Brueghel l'Ancien; Musée Kunsthistorisches

"Le Carême est une période de jeûne que le christianisme a institué en référence aux quarante jours de jeûne du Christ dans le désert."  

Pour que la terre ne devienne un désert, il faut jeûner maintenant – non pas augmenter la production, la circulation et la consommation de carburants fossiles comme on s’apprête à le faire. C'est sous nos terres agricoles que les pipelines passent...!

Le message ne passe vraiment pas.

Citation du jour :
L'enfer est vide, les démons sont ici. -- William Shakespeare (Hamlet) 

4 mars 2014

Vade-mecum électoral

Je me demande si j’ai le droit d’écrire en latin sur les réseaux sociaux…? J


«Le noble chevalier, l’idéaliste, qui se bat contre des moulins à vent, le rêveur qui prend ses hallucinations pour la réalité, le fantasque, le maître et son valet, les pieds sur terre, le valet prosaïque. C’est un couple que nous retrouvons encore dans notre réalité, à la fois alliés et adversaires. C’est un duo qui résiste aux temps qui changent.»
~ Daniel Serra, Jaume Serra, Cervantes y la Leyenda de Don Quijote, Espagne, 2004

-------

«Le progrès c’est là votre chimère. Il est le rêve du XIXème siècle comme la résurrection était celui du Xème; chaque âge a le sien. Quand, épuisant vos greniers et ceux du passé, vous aurez porté plus haut encore votre entassement de science et de richesse, l’homme en se mesurant à un pareil amas en sera-t-il moins petit?»

«La richesse est comme l’eau de la mer, plus on en boit, plus on a soif.»

~ Arthur Schopenhauer (1788-1860)

(Aphorismes sur la sagesse dans la vie, Parerga et paralipomena)   
http://www.schopenhauer.fr/index.html

COMMENTAIRE

Je vote, mais je tiens à redire que je ne suis membre d’aucun parti politique. Ce qui me permet d’observer et d’écouter «objectivement» les candidats toujours avec cette phrase d’Albert Schweitzer en tête : «Ce que vous faites parle plus fort que ce vous dites.» 

Aide-mémoire :

On ne peut pas dire la vérité à la télévision : il y a trop de gens qui regardent.
-- Coluche
(Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon)

Si l'habitude de penser de manière critique se répandait au sein d'une société, elle prévaudrait partout, puisqu'elle est une manière de faire face aux problèmes de la vie. Les propos dithyrambiques de quelconques orateurs ne sauraient faire paniquer des personnes éduquées de la sorte. Celles-ci mettent du temps avant de croire et sont capables, sans difficulté et sans besoin de certitude, de tenir des choses pour probables à des degrés divers. Elles peuvent attendre les faits, puis les soupeser sans jamais se laisser influencer par l'emphase ou la confiance avec laquelle des propositions sont avancées par un parti ou par un autre. Ces personnes savent résister à ceux qui en appellent à leurs préjugés les plus solidement ancrés ou qui usent de la flatterie. L'éducation à cette capacité critique est la seule éducation dont on peut dire qu'elle fait les bons citoyens. -- William Graham Sumner (p. 269)
(Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon) 

Il me semble que ce qui est requis est un délicat équilibre entre deux tendances : celle qui nous pousse à scruter de manière inlassablement sceptique toutes les hypothèses qui nous sont soumises et celle qui nous invite à garder une grande ouverture aux idées nouvelles. Si vous n'êtes que sceptique, aucune idée nouvelle ne parvient jusqu'à vous ; vous n'apprenez jamais quoi que ce soit de nouveau ; vous devenez une détestable personne convaincue que la sottise règne sur le monde - et, bien entendu, bien des faits sont là pour vous donner raison. D'un autre côté, si vous êtes ouvert jusqu'à la crédulité et n'avez même pas une once de scepticisme en vous, alors vous n'êtes même plus capable de distinguer entre les idées utiles et celles qui n'ont aucun intérêt. Si toutes les idées ont la même validité, vous êtes perdu : car alors, aucune idée n'a plus de valeur. -- Sagan (p. 323)
(Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon)

J'ai pour ma part rencontré un jour une vieille dame ayant combattu lors de la guerre d'Espagne et qui me disait le plus simplement du monde : «Je suis anarchiste : c'est que je n'aime ni recevoir ni donner des ordres».  
(L'ordre moins le pouvoir : Histoire et actualité de l'anarchisme de Normand Baillargeon)

(Au sujet de Nostradamus)
Moralité : utilisez des mots vagues et construisez des phrases obscures : il se trouvera toujours quelqu’un pour y lire quelque chose et s’extasier de vos dons. (p.31)
(Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon)  

1 mars 2014

Coopération ou compétition?

À l'opposé de la mentalité de Frank Underwood...


Favoriser la coopération
Par Matthieu Ricard

Écrit le 18 nov. 2014

«La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat.» ~ Kofi Annan

Comme le souligne Joël Candau, du laboratoire d’anthropologie et de sociologie de l’université de Nice : «Notre espèce est la seule où l’on observe des coopérations fortes, régulières, diverses, risquées, étendues et supposant des sanctions parfois coûteuses entre individus sans relations de parenté.»

Entraide, dons réciproques, partage, échanges, collaboration, alliances, associations, participation sont autant de formes de la coopération omniprésente dans la société humaine. La coopération est non seulement la force créatrice de l’évolution, puisque l’évolution a besoin de coopération pour être en mesure de construire des niveaux d’organisation de plus en plus complexes, elle est aussi au cœur des accomplissements sans précédent de l’espèce humaine. Elle permet à la société d’accomplir des tâches qu’une personne seule ne pourrait accomplir. Lorsqu’on demanda au grand inventeur Thomas Edison pourquoi il avait vingt et un assistants, il répondit : «Si je pouvais résoudre tous les problèmes tout seul, je le ferais.»

Coopérer peut sembler paradoxal. Du point de vue de l’égoïsme, la stratégie la plus tentante est celle du «passager clandestin» qui profite des efforts des autres pour parvenir à ses fins au prix d’un minimum d’efforts. Pourtant, nombre d’études montrent qu’il est préférable, pour soi comme pour les autres, de se faire mutuellement confiance et de coopérer, plutôt que de faire cavalier seul.

Selon les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett : «Si nous nous concevons nous-mêmes comme des individus mus par notre intérêt personnel et un instinct asocial de possession, nous risquons de mettre en place des systèmes reposant sur la carotte et le bâton, la punition et la récompense, créant ainsi une version erronée et malheureuse de l’humanité dont nous rêvons.» Sur le plan individuel, la compétition empoisonne les liens affectifs et sociaux.

Dans une société fortement compétitive, les individus se méfient les uns des autres, s’inquiètent de leur sécurité et cherchent constamment à promouvoir leurs intérêts et leur rang social, sans trop se soucier des autres. À l’opposé, dans une société coopérative, les individus se font confiance et sont prêts à consacrer du temps et des ressources à autrui. Ainsi s’enclenche un cycle vertueux de solidarité et de réciprocité qui nourrit des rapports harmonieux.

Selon Richard Layard, professeur à la London School of Economics, la compétition n’est saine et utile qu’entre les entreprises. Mettre les entreprises en libre concurrence stimule l’innovation et la recherche d’améliorations dans les services et les produits. Elle entraîne aussi une réduction des prix qui profite à tous. En revanche, la coopération est un facteur de prospérité indispensable au sein d’une entreprise. 

Depuis quelque temps, on a vu se répandre l’idée selon laquelle il est souhaitable de promouvoir une compétition sans merci entre les employés d’une même entreprise – ou entre les élèves d’une classe dans le cas de l’éducation –, car les résultats de tous devraient s’en trouver améliorés. En réalité, cette compétition est nuisible, car elle détériore les rapports humains et les conditions de travail. En fin de compte, comme l’a montré l’économiste Jeffrey Carpenter*, elle est contre-productive et diminue la prospérité de l’entreprise.

Le travail d’équipe, en particulier, est miné par les incitations et les bonus individuels. À l’opposé, la rémunération du résultat de l’équipe dans son ensemble encourage la coopération et améliore ces résultats. Les dirigeants et les chefs d’entreprise doivent donc s’efforcer de faciliter la confiance, la solidarité et la coopération.

* Carpenter, J., Matthews, P., & Schirm, J. (2007). Tournaments and Office Politics: Evidence from a Real Effort Experiment (SSRN Scholarly Paper No. ID 1011134). Rochester, NY: Social Science Research Network.

Pour plus de détails, voir Plaidoyer pour l’altruisme, chapitre 36 «Les vertus de la coopération.»
 
http://www.matthieuricard.org/blog 

28 février 2014

À la Frank Underwood

Parmi les apartés typiques du détestable psychopathe :

(Pas pu résister à créer un photoquote...)  
«Pour ceux qui grimpent vers le sommet de la chaîne alimentaire, il n’y a pas de pitié. Il n’y a qu’une seule règle : tu traques ou tu es traqué.» ~ Frank Underwood, House of Cards 

Dans cet ordre d’idée, le documentaire de Marc Bauder confirme sans doute (je ne l’ai pas vu) cette mentalité perverse commune à certains financiers et traqueurs de pouvoir sans scrupules. (Néanmoins, certains se repentissent...*)

Master of the Universe : les confessions d’un maître de l’univers
Par Natalia Wysocka

Il y a eu Inside Job. Il y a eu Wolf of Wall Street. Voici maintenant Master of the Universe, un documentaire glaçant dans lequel un ancien banquier d’investissement influent propose une incursion dans les coulisses d’un «univers parallèle».

Il fut une époque où Rainer Voss réalisait un million de profits par jour; un temps où ce banquier d’investissement allemand se voyait réellement comme un maître de l’univers. Mais un jour, il s’est fait vieux. On lui a montré la porte. Et l’homme a commencé à développer un début, un tout petit début de sens critique à l’égard de l’organisation dans laquelle il avait évolué.

Le documentariste Marc Bauder a recueilli les confessions de celui qui «avait autrefois le pouvoir d’influencer le cours de l’histoire en appuyant sur un simple bouton». Dans un édifice bancaire vide, Voss, véritable maître des chiffres, livre un long monologue. Raconte les nuits sans sommeil. Dessine des formules mathématiques sur les fenêtres. S’arrête sur son échec en tant que père. Et s’énerve lorsque le cinéaste lui demande d’approfondir certaines questions, ne se sentant, au final, peut-être pas si responsable que ça des conséquences de ses actes.

Nous avons discuté avec le réalisateur Marc Bauder de son expérience durant le tournage de Master of the Universe.

Dans le film, Rainer Voss vous explique notamment la théorie du cygne noir («utilisée en finances pour qualifier les événements très improbables qui se produisent néanmoins»). Réussir à trouver un protagoniste prêt à parler de sa carrière de banquier d’investissement, était-ce aussi un «cygne noir» pour vous?
       Oui. Ces gens-là n’ont aucune raison de nous parler. Ils vivent dans un monde parallèle. Un cercle fermé. Une petite famille qui risque de vous rejeter si vous en dites trop. Cela dit, j’ai rencontré beaucoup de gens qui travaillent dans les grosses banques en Allemagne et je crois qu’ils se posent le même type de questions que mon protagoniste. Ils ont une certaine sensibilité par rapport à ce qu’ils ont fait, à ce qui est arrivé. Ils ne ressentent pas d’empathie, ils ne se disent pas : «Oh, j’ai fait quelque chose de mal», mais ils savent, en revanche, que quelque chose a mal tourné.

Suite :
http://journalmetro.com/culture/454663/master-of-the-universe-les-confessions-dun-maitre-de-lunivers/

-------

* Le film Master of the universe : Rainer Voss raconte de l'intérieur le milieu de la haute finance. Érik Giasson a connu un parcours similaire dans ce monde hors de toute normalité. Pendant 20 ans, il a été banquier à Londres et à New York. «Tu prends le téléphone, tu pèses sur un bouton et fais une transaction de 1 milliard de dollars. À 28 ans, c'est grisant, tu es le maître de l'univers.» Il discute de ce film avec la journaliste Stéphanie Grammond.
       La crise financière de 2008 a entraîné Érik Giasson dans sa spirale. Il en a perdu son emploi. Un questionnement a suivi, un recul a été pris : «Je devais passer dans le tordeur pour enfin enlever mes lunettes roses.»
       Aujourd'hui, il est professeur de yoga et est devenu copropriétaire de l'école de yoga Wanderlust à Montréal.
       AUDIO FIL : http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/