27 décembre 2019

Dans la mire de 2019 – 2

Au nouvel an nous répétons ces nobles vœux depuis des siècles :
Paix et harmonie sur terre!
Fin de la pauvreté et de la faim sur terre!
Amour, joie, bonheur et prospérité pour tous!

Sommes-nous sérieux, euh, je veux dire… sincères?

Toujours les mêmes combats pour la suprématie depuis que le «vivant» a envahi la terre. Les virus, les bactéries, les végétaux, les animaux, les humains au sein des tribus, clans, régions, pays, royaumes, états et continents luttent pour survivre. Mais les humains disposent maintenant d’un arsenal nucléaire capable de détruire la planète en entier. À échelle réduite, on ne tue plus avec des haches et des flèches, mais avec des drones, des armes d’assaut, des révolvers, on attaque avec des Tasers, des gaz toxiques et autres. Nous n’avons pas évolué. Nous vivons dans un monde de brutalité et de violence que le vernis socioculturel ou religieux, quelle qu’en soit l’épaisseur, n’éliminera jamais. À quand la sixième extinction, le kali yuga?

Image : Godin, Le Devoir 27 décembre 2019

En droite ligne vers la paix universelle : Vladimir Poutine vantait son nouveau type de missile hypersonique Avangard; doté d’une portée de 4000 kilomètres, il le qualifie d’arme invincible. Il évoquait aussi des mini-submersibles. Une nouvelle course aux arsenaux nucléaires en perspective? C’est du délire.

«Depuis qu’il y eu deux hommes sur la terre, cela a été un écœurant spectacle de les regarder agir; cela n’a pas changé depuis et ne changera vraisemblablement jamais. Le plus surprenant dans ce scénario qui se déroule dans un Olympe quelconque et qui a pour personnages de petits dieux qui s’ennuient, c’est que l’actualité y est présente dans ce qu’elle a de plus horrible : la bombe atomique qui a réduit à néant Hiroshima et que les Français viennent d’expérimenter à Bikini. Les petits dieux jouent à la bombe atomique et se bousculent pour mieux voir ‘le spectacle d’annihilation’.» (1946)
~ Alexandra David-Néel; biographie 

Dans un texte intitulé «La guerre et la construction de l’État en tant que crime organisé» l’historien et sociologue américain Charles Tilly démontrait que l’État-nation s’était construit sur le racket des populations, en ce qu’il produisait à la fois le danger et la protection, payante, contre celui-ci. Il soutenait qu’à l’origine de la construction des États on trouvait bien la même pulsion que chez les bandes de pillards, de pirates dont il rappelait la longue proximité avec les souverains «légitimes». La convoitise, la cupidité, l’orgueil... Avec cette agrégation de territoires et de populations sous la coupe de moins en moins contestée des gouvernants, on voit se bâtir tout l’édifice de coercition des États. Des impôts qui deviennent réguliers, pour payer une armée qui se professionnalise, une administration vouée à remplacer les alliances avec les petits notables locaux afin de mieux collecter les impôts, une industrie subventionnée par les impôts afin de renforcer l’armée qui permettra de mieux lever les impôts...
   Chaque État a mené, dans des proportions conditionnées par sa situation historique, géographique et sociale, ces activités fondamentales :
   – Conduite de la guerre : tournée vers l’extérieur, elle vise à éliminer les rivaux situés hors du territoire, afin de maintenir le monopole de la domination sur celui-ci.
   – Formation de l’État : élimination des rivaux intérieurs, pour le même objectif. Cela passe par la répression, les exécutions, mais aussi les alliances avec des clients.
   – Protection : comme toute mafia, l’État justifie son existence par la protection de ses clients (les sujets, mais aussi les clients de certaines castes qui peuvent tirer un bénéfice privilégié du monopole d’État) contre les menaces extérieures, qu’il participe lui-même à exacerber en menant des guerres.
   – Prélèvement : acquisition des moyens de mener à bien les trois premières activités (impôts).
   «Si le racket en échange de protection représente la forme la plus manifeste du crime organisé, alors la guerre et l’État – quintessence de ce type de racket avec l’avantage de la légitimité – apparaissent comme les plus grands exemples de crime organisé. Sans taxer tous les généraux et hommes d’État de meurtriers ou de voleurs, je veux souligner la valeur de cette analogie. [...] Les réflexions qui suivent illustrent simplement, à partir de quelques siècles d’histoire européenne, l’analogie de la guerre et de la construction de l’État avec le crime organisé et tentent d’offrir des arguments relatifs aux principes de changement et de variation qui sous-tendent cette histoire. Mes réflexions sont liées à des préoccupations contemporaines : inquiétudes face au caractère de plus en plus destructeur de la guerre, au rôle croissant des grandes puissances dans la fourniture d’armes et d’organisation militaire aux pays pauvres, et à l’importance grandissante des élites militaires dans ces pays. Elles sont motivées par l’espoir qu’une bonne compréhension de l’expérience européenne nous aidera à saisir ce qui se passe aujourd’hui dans notre monde, et peut-être même à pouvoir agir sur lui.» ~ Charles Tilly 

Article intégral :

Un mini état des lieux en quelques photos cueillies sur le site du quotidien Le Devoir, section Grand format / Galeries de photos


Royaume-Uni 3 décembre 2019 | Les dirigeants des pays membres de l’OTAN prennent la pose avec la reine Élisabeth II et le prince Charles afin de commémorer 70 ans d’alliance. L’attention lors de ce sommet, du moins au Canada, a été monopolisée par l’apparente boutade de Justin Trudeau au sujet de Donald Trump captée par un microphone qui a valu au premier ministre canadien de se faire traiter d’«hypocrite» par le président américain. Photo : Yui Mok / Agence France-Presse
   [Ndlr : Salutations distinguées de la part des élites : «Nous allons régler, aujourd’hui même, la crise alimentaire, la crise politique et la crise environnementale.» Quand les rois préparaient la guerre ils se courtisaient toujours avant, histoire de tester les alliances possibles... C’est le but des réunions de l’OTAN.]


Chennai (Inde) 29 novembre 2019 | Un enfant joue dans un bain de mousse s’étendant sur plusieurs kilomètres de plages de cette ville du sud de l’Inde. Cette mousse, qui est provoquée par des agents polluants, revient chaque année. La substance pourrait causer des problèmes de peau, selon des médecins. Les pêcheurs de la région ont reçu le conseil d’éviter la zone touchée.  Photo : Arun Sankar / Agence France-Presse


Feux en Amazonie | Quand des images ont révélé cet été que la forêt amazonienne était en train de brûler à un rythme affolant en raison, principalement, de la déforestation, un mouvement d’indignation a s’est propagé à l’échelle internationale. Toutes les flèches ont visé le président brésilien, Jair Bolsonaro, un climatosceptique d’extrême droite dont les politiques, notoirement nocives pour l’environnement, faisaient déjà polémique. Sa gestion de la crise en Amazonie a d’ailleurs été au centre du sommet du G7 à Biarritz, en août. Photo : Carl de Souza / Agence France-Presse


Incendies en Australie | Si la Californie a continué de lutter contre des incendies dangereusement invasifs cet automne, une nouvelle urgence est apparue en novembre:  des feux de forêt incontrôlables en Australie, près de Sydney. Le scénario est tristement le même: la sécheresse et des chaleurs records (près de 50 degrés), quand ce n’est pas en plus du vent, attise des incendies d’une intensité déjà inquiétante. L’état d’urgence a été décrété à la mi-décembre en Nouvelles-Galles du Sud, dont la capitale est Sydney. Un mot a résumé cette saison d’incendies: catastrophique. Photo : Peter Parks / Agence France-Presse
   [27 décembre 2019 : Après avoir connu un court répit, les pompiers devront redoubler d'efforts pour combattre les incendies qui font rage en Australie. Une alerte rouge a été émise vendredi dans l’État de l’Australie-Méridionale, où les températures pourraient atteindre jusqu’à 42 degrés en fin de semaine. Depuis plusieurs semaines, la côte orientale du pays est en proie à d'importants feux de forêt. Les États de l’Australie-Méridionale, de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud sont les plus gravement touchés par les incendies, dont certains sont devenus incontrôlables. D'autant plus que l’importante taille des brasiers complique la tâche des autorités. Au cours des derniers mois, près de 5 millions d'hectares ont brûlé au pays. Imaginez les animaux qui disparaissent brûlés vifs. Horrible!]


Incendies en Californie 1er novembre 2019 | L’incendie Maria a éclaté tard jeudi soir dans le comté de Ventura, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Los Angeles. Des centaines de pompiers appuyés par des moyens aériens ont combattu toute la nuit l’incendie, qui menaçait deux petites communautés agricoles et qui a provoqué des évacuations préventives concernant plus de 7000 personnes. Photo : Josh Edelson / Agence France-Presse


Invasion de la Syrie par la Turquie | Quelques jours après le retrait brutal des troupes américaines du nord de la Syrie sur ordre de Donald Trump, en octobre, les forces turques lançaient en catimini une offensive contre les Kurdes – précisément dans cette zone. L'affaire a soulevé un violent tollé international et causé une querelle interne à l'OTAN, jamais mis au courant de cette initiative. Pour échapper aux combats, plus de 100 000 Syriens ont dû fuir leur domicile, faisant craindre un nouveau désastre humanitaire dans un pays déjà exsangue. Photo : Delil Souleiman / Agence France-Presse


Manifestations au Chili | Une banale augmentation du prix du billet de métro a mis le feu aux poudres au Chili, donnant naissance en octobre à un mouvement de contestation contre les inégalités socio-économiques. Manifestation après manifestation, qui ont fait une vingtaine de morts et quelque 2000 blessés, plusieurs voix – dont celle de femmes en noir, symboliquement endeuillées – se sont élevées pour dénoncer la répression policière, finalement montrée du doigt par l’ONU en décembre. Malgré la promesse du gouvernement de réviser la Constitution, héritée de la dictature de Pinochet, le ras-le-bol n’a pas dit son dernier mot. Photo : Martin Bernetti / Agence France-Presse


Venise inondée | Ce n’est hélas pas pour la beauté de son architecture, mais plutôt pour ses marées hautes exceptionnelles (les acqua alta) que Venise a fait le tour du monde en novembre – où, le 12 du mois, une marée haute de 187 cm a battu tous les records depuis 1966. La ville, qui se trouve déjà à plus d’un mètre sous le niveau de la mer, a été envahie par des eaux qui ont dévasté plusieurs de ses joyaux. Cet épisode historique est venu rappeler la vulnérabilité de Venise, qui s’enfonce peu à peu dans la mer. Photo : Luca Bruno / Associated Press


Cyclone au Mozambique | Après le passage du puissant cyclone Idai sur la côte du Mozambique, en mars, la désolation s’étalait à perte de vue. Étant donné l’ampleur de la destruction, l'acheminement de l'aide a été d'une complexité inouïe. Des milliers de sinistrés sont ainsi restés démunis, sans toit, comme ces deux soeurs réfugiées sous une bâche pour se protéger de la pluie. Cette énième catastrophe est venue confirmer à quel point les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient dans le monde, quel que soit le continent. Photo : Yasuyoshi Chiba / Agence France-Presse


Louisiane 22 juin 2019 | Theresa et Donald Dardar vont à la rencontre de chevaux près de l’Isle de Jean-Charles, en Louisiane. En 60 ans, 98 % de la surface de l’Isle de Jean-Charles, située dans le sud de la Louisiane, a disparu sous les eaux du golfe du Mexique. «Ses habitants sont les premiers réfugiés liés à la montée des eaux en Amérique», souligne Marie-France Coallier. Au banc des accusés, l’industrie pétrolière, qui a creusé des dizaines de milliers de kilomètres de canaux permettant à l’eau salée d’entrer dans les terres. À bord de leur barque, Theresa et Donald Dardar vont caresser des chevaux, eux aussi touchés par le dérèglement climatique. Photo : Marie-France Coallier / Le Devoir 


Montréal 18 décembre 2019 | SNC-Lavalin a plaidé coupable à une accusation de fraude, concernant des gestes posés en Libye entre 2001 et 2011. Sa division de construction a ainsi reconnu avoir versé des pots-de-vin à l’un des fils de l’ex-dictateur Mouammar Kadhafi. La firme d’ingénierie et de construction devra payer une amende de 280 millions. Photo : Marie-France Coallier / Le Devoir
   [Ndlr : On peut dire que la haute gomme de SNC Lavalin s’en tire à très bon compte! Comme beaucoup d’autres du même statut. «Selon Harriet, les tribunaux sont une ‘foutue mascarade’. L’inspectrice Manon Bradshaw sait qu’à l’instar d’Harriet, la plupart de ses collègues sont persuadés que les criminels finissent toujours pas voir leur peine revue à la baisse, quand ils ne sont pas tout simplement acquittés, et que le système entier est ligué contre la police. Si l’on permettait aux policiers de réécrire la législation, les mots ‘prison pour l’éternité’ y apparaîtrait sûrement. Elle a parfois l’impression de lutter contre une marée crasse, et de s’y noyer.» (Présumée disparue; Susie Steiner, Guy Saint-Jean Éditeur 2019)]


Jérusalem 2 août 2019 | À la sortie de la prière du vendredi, des centaines de musulmans affluent dans les rues du Vieux-Jérusalem; un soldat israélien patrouille le secteur, la main sur son revolver. «J’ai attendu deux heures avant d’avoir cette photo», raconte Jacques Nadeau. Jérusalem, c’est le carrefour des trois religions monothéistes. C’est aussi le lieu de toutes les tensions, où la moindre étincelle peut se muer en un geyser de violence. Une discordance ici captée au détour d’une rue étroite. «Les croyants étaient dans un état méditatif et marchaient très vite en sortant de la mosquée. J’attendais d’avoir des soldats dans ma lentille. Mais je ne pensais jamais qu’il y en aurait un qui serait prêt à dégainer.» Photo : Jacques Nadeau / Le Devoir


Montréal 13 juillet 2019 | Le premier coup d’éclat du groupe écologiste Extinction Rebellion à Montréal se solde par l’arrestation de 25 activistes. L’image est chargée. Et le contraste saisissant entre le manifestant, dépouillé, qui s’abandonne à son arrestation, et les policiers, lourdement équipés, qui encerclent l’activiste, lui tordent les poignets et lui mettent les mains au visage. Au plus fort de l’été, des membres d’Extinction Rebellion s’étaient enchaînés les uns aux autres au pied du bureau du premier ministre québécois, au centre-ville de Montréal, avant de se faire déloger par des policiers. «Je voulais documenter leurs techniques pour neutraliser les manifestants.» Photo : Jacques Nadeau / Le Devoir


Montréal 10 juillet 2019 | Une manifestante interpelle le chef libéral Justin Trudeau lors de l’investiture de Steven Guilbeault dans Laurier — Sainte-Marie. Une campagne électorale, c’est l’apothéose du contrôle de l’image. Tout est calculé et judicieusement encadré. L’investiture du candidat libéral Steven Guilbeault au Lion d’or, à Montréal, n’y a pas fait pas exception. Jusqu’à ce qu’une activiste s’opposant au pipeline Trans Mountain réussisse à se frayer un chemin jusqu’au premier ministre. «Je voulais avoir cette image où les deux éléments se rencontrent. C’est l’une des seules images que j’ai prises de la campagne électorale qui n’est pas contrôlée.» Photo : Jacques Nadeau / Le Devoir

La terre a mangé des claques monumentales en 2019. Voici deux exemples apparemment anodins mais qui parlent quand même fort...


Barbare! ils pourraient au moins les tuer avec de leur arracher les pattes. 
Harvesting Frogs' Legs : En Roumanie, des grenouilles aux pattes arrachées à des fins de consommation luttent pour remonter à la surface, au milieu de leurs œufs tout juste pondus. Photo : Bence Máté, Gagnant – Section Nature | World Press photos 


Un hippocampe nageant avec un coton-tige jeté illustre les enjeux de la pollution plastique dans nos océans. Photo: Justin Hofman (via The Guardian) 

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