23 novembre 2019

Parfait timing

Un documentaire à voir tandis que se multiplient les scandales reliés à de célèbres pervers narcissiques de différents milieux extrêmement difficiles à coincer et à déloger (1).

Assoles: a Theory (V.F. Trous de cul, une théorie)
Réalisateur / producteur : John Walker, Canada, 2019, 81 minutes
Coproduction / distribution : Office national du film 

Au Cinéma du Parc les 25, 26, 27, 28 novembre; projection spéciale le 30, suivie d’une période de questions-réponses avec le réalisateur John Walker, en anglais

Seulement cinq représentations à Montréal. Dommage, c’est très peu; tous les Québécois devraient le voir. L’humour est un désinfectant, un outil pédagogique très efficace. Les tyrans sont incapables d’humour; pourtant leurs comportements sont des sources intarissables de dérision – demandez aux caricaturistes!  

Illustration: Steve Cutts, «The Rat Trap»

«Comptez sur John Walker pour plonger dans le vif du sujet […] beaucoup d’humour et aussi quelques bons coups de pied au derrière.» (Toronto Star)

«Un documentaire unique et décalé, franchement humoristique.» (Cinema Axis) 

Résumé : Le déferlement de hargne dans les médias sociaux, la montée de l’autoritarisme et le narcissisme endémique menacent de faire chavirer la civilisation telle qu’on la connaît.  
   Pourquoi certains milieux sont-ils si propices à l’épanouissement des trous du cul? Qu’est-ce qui explique l’attrait pervers que ces derniers exercent? Et, surtout, comment se fait-il que nous continuions à les élire?


Trous de cul, une théorie enquête sur le terreau de la «culture du trou du cul» et repère des signes de civilité dans un univers par ailleurs grossier et méchant. S’aventurant en territoire majoritairement masculin, Walker visite les clubs d’étudiants de l’Ivy League, la présomptueuse principauté de la Silicon Valley et les marchés baissiers de la finance internationale.
   Le film s’accompagne d’un commentaire vivant livré par des personnalités comme l’acteur John Cleese; l’ancienne policière de la GRC Sherry Lee Benson-Podolchuk; et le militant LGBTQ italien Vladimir Luxuria, célèbre pour avoir croisé le fer avec Silvio Berlusconi, l’archétype du démagogue-peloteur du 21e siècle.


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A conversation with John Walker

Highlights

“On our birthdays, we have a sense of entitlement. It's our day. I want to have my cake and eat it too and all your family and friends buy into this because they're going to have their day in the sun, right? For the asshole, it's his birthday every day.”
   “I think that as you get older, you get a little bit more, a little more compassionate. I think when I was a kid I was, you know, a teenager, younger, you know, you're, you're much more likely to make some asshole moves.”
   “Bullying is asshole behavior, and uh, you know, if you don't do anything about it, it's going to make you internally very angry.”
   “My first motivation for the film was to give her (my daughter) the tools to avoid assholes, know how to deal with assholes, and don't work for an asshole, and give the tools, so this film is really an activist film.”
   “I do think an asshole-free environment in cooperative things is a much better environment, and yes, ultimately, as a big statement, the world would be better without assholes, but we're not going to get rid of them all, that's for sure.”

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(1) Le TDAH fut inclus au DSM-IV (bible des troubles psychologiques) en 1994, et certains médicaments semblent apporter quelque soulagement. Le trouble de la personnalité narcissique (TDC pour «trou de cul» dans mon jargon) fut inclus au DSM autour de 2005; malheureusement le traitement médicamenteux est fréquemment sans effet. Alors, il faut apprendre à les détecter pour s’en protéger car en effet nous n’arriverons jamais à nous en débarrasser totalement.

Deux ouvrages pour mieux comprendre comment fonctionnent ces «trous de cul» qui mènent notre monde.

Les Narcisse
Ils ont pris le pouvoir
Marie-France HIRIGOYEN
Éditions La Découverte 2019


Narcisse pathologiques mégalomanes, prêts à tout pour réussir, Narcisse vulnérables, hypersensibles à la critique, dissimulant leur désir de toute-puissance derrière une façade d’humilité, les Narcisse sont de tous les fronts et font recette. Pour s’en prémunir, il faut pouvoir les reconnaître : Marie-France Hirigoyen propose ici une grille de lecture explicite et salutaire.
   Dans un monde toujours plus compétitif, les Narcisse ont pris le pouvoir. Notre société de performance et de consommation pousse les individus à se centrer toujours plus sur eux-mêmes, renforçant leurs traits narcissiques et sélectionnant les plus ostensibles pour les plus hauts postes. Comme Narcisse contemplant son reflet dans l’étang, de plus en plus de personnes, accros à leurs écrans et aux réseaux sociaux, n’existent que dans le regard de l’autre.
   Face à cette narcissisation de notre société, certains peuvent avoir le sentiment de perdre leurs repères et leur identité. Ils souffrent d’une chute de l’estime de soi, se sentent méprisés par l’exercice abusif des pouvoirs. Le repli sur soi, les addictions, les comportements discriminatoires, le refus de l’autre deviennent alors leurs mécanismes de défense.
   Partant de sa clinique, Marie-France Hirigoyen pointe la confusion entre le narcissisme sain, qui permet d’avoir suffisamment confiance en soi pour s’affirmer, et le narcissisme pathologique consistant à se mettre en avant aux dépens des autres. Elle invite à mieux comprendre ce qu’est cette pathologie afin d’en repérer les dérives et de contrer l’ascension des Narcisse tout-puissants. Un projet indispensable pour notre avenir commun.


Tiré de l’introduction (disponible sur le site des éditeurs) :
   Dans un monde de plus en plus complexe et compétitif, en politique, dans les affaires ou dans la communication, les Narcisse sont désormais au premier plan. Ces hommes (plus rarement ces femmes), séducteurs, dominants, affichant haut et fort leur supériorité, occupent en grand nombre les plus hauts postes. [...]
   Pour illustrer notre propos et décrire précisément les différents symptômes qui le caractérisent, nous analyserons le cas de Donald Trump, puisqu’il semble en être un exemple flagrant et qu’en accédant aux plus hautes fonctions, il réalise le rêve de tout Narcisse (chapitre 1*). Sa vantardise, son comportement extraverti, son manque complet d’inhibition et d’empathie en font un cas d’école, qui nous donne à voir tous les critères définissant le «narcissisme grandiose». Complètement décomplexé, il n’hésite pas à dire n’importe quoi pour faire son autopromotion. La dimension la plus visible de son narcissisme est l’arrogance, une très haute opinion de lui-même, un égocentrisme rare et une absence complète de honte. Pourtant, nous verrons que son cas n’est pas aussi simple et cela nous amènera à nous interroger sur la place du narcissisme chez les dirigeants et dans les sociétés actuelles, au Nord comme au Sud de la planète. L’arrivée d’un Narcisse à la présidence des États-Unis ne serait-elle pas le reflet, certes caricatural, des dérives de notre monde moderne où de plus en plus d’individus sont centrés sur eux-mêmes, «accros» aux réseaux sociaux et se mettant sans cesse an avant afin de démontrer qu’ils sont les meilleurs? [...]
   Les conséquences de l’envahissement par le narcissisme se voient partout (chapitre 7). Pour «réussir» professionnellement ou dans sa vie privée, il faut se mettre en avant, se valoriser. Cela apparaît de façon évidente sur les réseaux sociaux et dans les émissions de téléréalité où on peine à réguler les dérapages, mais aussi dans les familles où les couples sont de plus en plus éphémères, et bien sûr sur les lieux de travail, où on constate de plus en plus de pression et de souffrance psychique liée au harcèlement moral ou au burn out. Il est incontestable que ces nouvelles normes de société centrées sur l’apparence facilitent le mensonge et les tricheries, car chacun doit faire sa promotion, même si c’est en déformant la vérité. Partout on voit des dérives de comportement qui ne sont plus cadrées par des repères moraux.
   On essaiera de comprendre pourquoi on retrouve fréquemment des narcissiques aux postes de direction des grandes entreprises et parmi les hommes politiques (chapitre 8). Il est clair que leur désir de pouvoir, leur capacité de séduction et leur art de la manipulation les font apparaître comme des leaders charismatiques. Nous savons aussi que le narcissisme pathologique favorise les prises de risque, la recherche du profit à court terme et est à l’origine d’un certain nombre d’incivilités et d’actes de corruption; pourtant nous continuons à placer des Narcisse à la tête des États et des grandes entreprises. [...]
   Dans un monde mené par des Narcisse tout-puissants, on ne peut que s’inquiéter. Quelques Narcisse ont été démasqués, bien moins en raison des conséquences humaines de leurs dérapages que parce que leur réussite est illusoire et rarement à long terme. Apprenons à les repérer afin de stopper leur ascension. [...]

* Chapitre 1 – Le narcissisme pathologique de Donald Trump
       Diagnostic clinique : Trump coche toutes les cases
       Les neuf critères du «trouble de la personnalité narcissique»
       Les autres diagnostics évoqués
       Aux origines du narcissisme pathologique de Trump
       Les fragilités du président
       L’impératif de masquer son incompétence
       Sa communication et ses atouts
       Pourquoi il ne changera pas : il est le miroir d’une société

Le harcèlement moral 
La violence perverse au quotidien
Marie-France HIRIGOYEN 
Éditions La Découverte


Il est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. Dans ce livre nourri de nombreux témoignages, l'auteur analyse la spécificité de la relation perverse et met en garde contre toute tentative de banalisation. Elle nous montre qu'un même processus mortifère est à l'œuvre, qu'il s'agisse d'un couple, d'une famille ou d'une entreprise, entraînant les victimes dans une spirale dépressive, voire suicidaire. Ces violences insidieuses découlent d'une même volonté de se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains. Car le propre du pervers est d'avancer masqué. C'est cette imposture qu'il faut dévoiler pour permettre à la victime de retrouver ses repères et de se soustraire à l'emprise de son agresseur. S'appuyant sur son expérience clinique, l'auteur se place en effet, en tant que victimologue, du côté des personnes agressées pour que le harcèlement qu'elles subissent quotidiennement soit pris en compte et nommé pour ce qu'il est : un véritable meurtre psychique. Le sujet du harcèlement moral reste largement inédit en France. D'où l'intérêt de ce livre remarquablement documenté, qui est aussi un guide pratique pour les victimes ou ceux qui veulent les aider (choix de la thérapie la mieux adaptée, étapes à court et long terme vers la guérison...) et pour les professionnels auxquels il propose une approche nouvelle. Mais plus largement, par son style clair et vivant, il intéressera tous ceux qui ne souhaitent pas rester indifférents face à ce problème de société.

Extrait de la conclusion (exemplaire Pocket 1998) :

[...] L’imagination humaine est sans limites quand il s’agit de tuer chez l’autre la bonne image qu’il a de lui-même; on masque ainsi ses propres faiblesses et on se met en position de supériorité. C’est la société tout entière qui est concernée dès qu’il est question de pouvoir. De tout temps, il y a eu des êtres dépourvus de scrupules, calculateurs, manipulateurs pour qui la fin justifiait les moyens, mais la multiplication actuelle des actes de perversité dans les familles et dans les entreprises est un indicateur de l’individualisme qui domine dans notre société. Dans un système qui fonctionne sur la loi du plus fort, du plus malin, les pervers sont rois. Quand la réussite est la principale valeur, l’honnêteté paraît faiblesse et la perversité prend un air de débrouillardise.
   Sous prétexte de tolérance, les sociétés occidentales renoncent peu à peu à leurs propres interdits. Mais, à trop accepter, comme le font les victimes des pervers narcissiques, elles laissent se développer en leur sein des fonctionnements pervers. De nombreux dirigeants ou hommes politiques, qui sont pourtant en position de modèles pour les jeunes, ne s’embarrassent pas de morale pour liquider un rival ou se maintenir au pouvoir. Certains abusent de leurs prorogatives, usent de pressions psychologiques, de la raison d’État ou du «secret défense» pour protéger leur vie privée. D’autres s’enrichissent grâce à une délinquance astucieuse faite d’abus de biens sociaux, d’escroqueries ou de fraude fiscale. La corruption est devenue monnaie courante. Or, il suffit d’un ou de plusieurs individus pervers dans un groupe, dans une entreprise ou dans un gouvernement pour que le système tout entier devienne pervers. Si cette perversion n’est pas dénoncée, elle se répand de façon souterraine par l’intimidation, la peur, la manipulation. En effet, pour ligoter psychologiquement quelqu’un, il suffit de l’entraîner dans des mensonges ou des compromissions qui le rendront complice du processus pervers. C’est la base elle-même du fonctionnement de la mafia ou des régimes totalitaires. Que ce soit dans les familles, les entreprises ou les États, les personnes narcissiques s’arrangent pour porter au crédit des autres le désastre qu’ils déclenchent, afin de se poser en sauveurs et de prendre ainsi le pouvoir. Il leur suffit ensuite de ne pas s’embarrasser de scrupules pour s’y maintenir. L’histoire nous a montré de ces hommes qui refusent de reconnaître leurs erreurs, n’assument pas leurs responsabilités, manient la falsification et manipulent la réalité afin de gommer les traces de leurs méfaits.
   Au-delà de la question individuelle du harcèlement moral, ce sont des questions plus générales qui se posent à nous. Comment rétablir le respect entre les individus? Quelles sont les limites à mettre à notre tolérance? Si les individus ne stoppent pas seuls ces processus destructeurs, ce sera à la société d’intervenir en légiférant. Récemment un projet de loi a été déposé, se proposant d’instituer un délit de bizutage, réprimant tout acte dégradant et humiliant en milieu scolaire et socio-éducatif. Si nous ne voulons pas que nos relations humaines soient complètement réglementées par des lois, il est essentiel de faire acte de prévention auprès des enfants.

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