18 juillet 2019

L’ambigüe association «transition verte» et gaz de schiste

Les lobbyistes gaziers se réinvitent dans la vallée...  

Il est totalement absurde et anormal de se battre pour avoir de l’eau propre et de l’air respirable. Ce droit fondamental est en train d’expirer en vertu du «droit» de polluer/saccager accordé aux industriels par des gestionnaires politiques irresponsables.
   Les spéculateurs gaziers d’entreprises américaines, canadiennes et internationales ne lâchent pas le Québec (l’Ouest canadien leur est déjà acquis à 90 %). Les campagnes sournoises des promoteurs gaziers font miroiter des lendemains qui chantent, de la prospérité et de nombreux emplois aux populations prises en otage. L’inacceptation sociale ne les empêchera jamais de foncer.

«Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi? Et qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause?» ~ Jacques Prévert

Caricature : Pascal, Le Devoir 15 juillet 2019 

Monsieur Legault s’oppose énergiquement à un nouvel oléoduc albertain traversant le territoire québécois. Par contre, il approuve l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, et une usine de liquéfaction de gaz naturel GNL Saguenay et son pipeline (voyez Le «drink» de la dernière heure, 8 juillet 2019).
   À cela s’ajoute un terminal en carburant pour avions à Montréal-Est. J’ai mentionné ce projet (voyez Le Saint-Laurent vandalisé – suite, 4 juillet 2019), mais les informations étaient dispensées au compte-gouttes.
   Le journaliste Alexandre Shields (Le Devoir) fournit plus de détails.
Nous jouons avec le feu... Très anxiogène, le film d’horreur de Lac-Mégantic rejoue automatiquement dans notre tête :   

Le terminal maritime de carburant d’avion qui sera construit dans l’est de Montréal servira principalement à répondre aux besoins de l’aéroport Pearson de Toronto. Près de 11 000 wagons-citernes chargés de kérosène partiront ainsi chaque année de ce terminal, traversant l’île de Montréal d’est en ouest, en direction de l’Ontario. Un transport qui longera des secteurs habités et qui soulève des inquiétudes, même si les autorités affirment que tout est prévu pour assurer la sécurité des citoyens.
   Le gouvernement du Québec a officiellement approuvé au début du mois la construction de ce nouveau terminal de réception et de stockage de carburant d’avion, qui sera installé par la Corporation internationale d’avitaillement de Montréal (CIAM) sur le bord du fleuve Saint-Laurent, dans l’est de la ville.
   La semaine dernière, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a aussi mis en ligne différents «avis» concernant ce projet, dont un produit par la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP).
   Celui-ci stipule que le projet modifiera la chaîne d’approvisionnement en carburant, notamment en augmentant le transport ferroviaire et par camions-citernes sur le territoire montréalais. «Ces modifications substantielles dans la chaîne d’approvisionnement accroissent le potentiel d’incidents avec des conséquences pour l’environnement et la santé des Montréalais plus élevées», ajoute la DRSP.
   Selon les données de la CIAM, entre 830 millions et 1,1 milliard de litres de kérosène déchargés au futur terminal seront destinés chaque année à l’aéroport Pearson de Toronto, soit deux fois et demie la quantité destinée à l’aéroport de Montréal. Tout ce carburant sera transporté dans des wagons-citernes de 110 000 litres chacun, à raison de «20 à 30 wagons» par jour.

Photo: iStock. Ici, des wagons-citernes DOT-111A équipés de boucliers en acier pour empêcher la perforation des citernes en cas de déraillement. 

Sur une base annuelle, le promoteur précise qu’un total de 10 950 wagons pourraient être nécessaires. En supposant un convoi d’une taille moyenne de 72 wagons, soit la taille du convoi de Lac-Mégantic en 2013, c’est l’équivalent de 152 convois qui quitteront chaque année les installations de la CIAM. Ces wagons chargés de kérosène traverseront l’île de Montréal d’est en ouest, en longeant plusieurs secteurs habités, notamment à Saint-Léonard, Ahuntsic, Dorval et Beaconsfield.
   Il faut ajouter à cela près de 3000 camions qui partiront chaque année de Montréal-Est et de l’aéroport de Dorval (où le kérosène sera acheminé par le pipeline Trans-Nord, qui a connu plusieurs «incidents» au cours des dernières années) pour aller livrer du carburant à l’aéroport d’Ottawa, soit environ 150 millions de litres par année.
   Pour le président du Collectif en environnement de Mercier-Est, Raymond Moquin, il est aussi préoccupant de voir les convois ferroviaires de kérosène passer dans des secteurs habités. Il déplore que «Montréal, et notamment l’est de Montréal, devra assumer des risques bien réels pour approvisionner principalement l’aéroport de Toronto». En tout, 77 % du carburant livré par bateau au nouveau terminal de la CIAM sera destiné à des aéroports situés en Ontario.
   Dans le cas du carburant d’avion destiné à l’aéroport de Toronto, il devrait être transporté dans des wagons «DOT-111 renforcés», et ce, jusqu’en 2025.

Article intégral

DOT-111 (non renforcés) = wagons qui ont explosé à Lac-Mégantic

Lac-Mégantic 1 : un désastre causé par des affairistes  

Lac-Mégantic 2 : la démocratie est soluble dans le pétrole

Lac-Mégantic : guérir au son des DOT-111

Gisement de Bakken : désastre écologique et drames humains 
   Le pétrole qui a enflammé et ruiné Lac-Mégantic provenait du gisement de pétrole de Bakken dans le Dakota du Nord. La production est colossale – vingt millions de barils de pétrole de schiste chaque mois (en 2013) – doit être vendue et acheminée vers les marchés. En 2012, le cow-boy Hunter Harrison s’en assurera en prenant les commandes de la compagnie ferroviaire Canadian Pacific Railroad et de ses sous-traitants comme MMA (voyez Lac-Mégantic 1 et 2).

Un développement économique basé sur le pillage des ressources, dont les retombées écologiques seront lugubres, nous pousse littéralement dans le couloir de la mort.

Énergie : deux gazières veulent relancer les forages dans la vallée du Saint-Laurent
Alexandre Shields | Le Devoir, 5 juillet 2019

Près de 10 ans après le début de la saga du gaz de schiste, les entreprises Questerre et Utica Resources espèrent relancer les projets gaziers dans la vallée du Saint-Laurent. Celles-ci ont d’ailleurs inscrit récemment des lobbyistes au registre québécois dans le but de promouvoir leurs projets, déjà contestés par des groupes écologistes.
   L’entreprise albertaine Questerre a ainsi inscrit le 27 juin deux nouveaux mandats de lobbyistes-conseils ayant un mandat similaire lié au développement d’un «projet pilote d’évaluation d’une technologie propre appliquée à la production gazière», selon ce qu’on peut lire au registre des lobbyistes.
   Leur demande est présentée en vertu de l’article 29 de la Loi sur la qualité de l’environnement, qui permet au ministre d’autoriser une entreprise à «déroger à une disposition de la présente loi ou d’un règlement pris en vertu de celle-ci». Il faut dire qu’en vertu de la réglementation actuelle, il est interdit au Québec de réaliser des forages avec fracturation dans le schiste, soit la formation géologique des basses terres du Saint-Laurent présentant un potentiel en gaz de schiste.
   Est-ce que Questerre a l’intention de réaliser un ou des forages avec fracturation? Les demandes du Devoir envoyées jeudi au président de l’entreprise, Michael Binnion, sont demeurées sans réponse. Ce dernier, qui est aussi président de l’Association de l’énergie du Québec – nouveau nom de l’Association pétrolière et gazière du Québec –, disait ce printemps que son entreprise étudiait «de nouvelles technologies» d’exploitation gazière.
   Le nouveau mandat des lobbyistes de Questerre précise d’ailleurs que les démarches visent à amener le gouvernement à adopter «une technologie propre appliquée à la production gazière fondée sur l’hydroélectricité, qui est à faible intensité de gaz à effet de serre, de rejets liquides, à faible niveau de décibels et d’utilisation d’eau potable».
   L’entreprise albertaine n’est par ailleurs pas la seule à vouloir relancer les projets gaziers dans la vallée du Saint-Laurent, puisque Utica Resources a la volonté de lancer un projet de «réservoir de gaz naturel conventionnel» dans la région de Saint-Janvier-de-Joly, au sud-ouest de Québec.
   Utica Resources a également inscrit récemment trois lobbyistes-conseils au registre québécois, en plus des trois lobbyistes de l’entreprise. Leurs mandats comprennent notamment des démarches «auprès des ministères afin d’obtenir l’ensemble des autorisations requises pour un projet éventuel de forage exploratoire dans les basses terres du Saint-Laurent».
   Au cabinet du ministre de l’Énergie et des ressources naturelles Jonatan Julien, on précise que le gouvernement entend faire respecter le «cadre légal et réglementaire extrêmement strict» et que «tout projet doit s’y conformer».
   Les groupes écologistes dénoncent les projets de Questerre et d’Utica Resources. Ils s’opposent aux «manoeuvres» des entreprises gazières, «qui persistent à vouloir développer la filière gazière malgré l’urgence climatique».


Le forage du gaz de schiste n'est ni bon marché, ni propre, ni infini, et jamais «vert» L’histoire de l’exploitation pétrolière est sursaturée de catastrophes environnementales.

Photo : Nicolas Lemay Bluteau. Puits de gaz de schiste foré dans la Forêt seigneuriale Joly de Lotbinière vers 2010.

La formation rocheuse de schiste d'Utica riche en gaz s'étend principalement dans la vallée du Saint-Laurent. Le sous-sol du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches et de la Montérégie a la réputation de contenir les gisements les plus importants.
   Le forage stratigraphique couvre une grande partie du bassin des Appalaches. Entre 2006 et 2009, 24 puits (horizontaux et verticaux) ont été creusés pour explorer les réserves entre Montréal et Québec. Forest Oil Corp, basée à Denver CO, a investi dans la prospection au Québec, ainsi qu’en Ohio, en Pennsylvanie, en Virginie du Sud et dans l’état de New York.
   Plusieurs compagnies prospectent dans la vallée (Montérégie, Laurentides, Lanaudière, Mauricie, Centre-du-Québec, Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie). Parmi ces compagnies : Talisman Energy (Calgary), Questerre Energy (compagnie internationale  basée à Calgary détenant un permis d’exploration d’un million d’acres en territoire québécois), Gastem (Montréal), Canbriam Energy (Calgary), Utica Resources (filiale de la société autrichienne Lansdowne Partners Austria). Il s’agit d’une liste non exhaustive car il est difficile de remonter la filière jusqu’à la tête de la pyramide.
   Plusieurs pays financent les compagnies, dont les Émirats arabes unis, par exemple. Les entreprises pétrolières/gazières majeures détiennent des permis d’exploitation et/ou des baux d’exploitation (claims) valides pour plusieurs décennies...

Carte : science direct.

Pour savoir si votre région et votre propriété sont ciblées, visitez le site du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) :

Wikipedia – Le gaz naturel, ou gaz fossile, est un mélange gazeux d'hydrocarbures constitué principalement de méthane, mais comprenant généralement une certaine quantité d'autres alcanes supérieurs, et parfois un faible pourcentage de dioxyde de carbone, d'azote, de sulfure d'hydrogène ou d'hélium. Naturellement présent dans certaines roches poreuses, il est extrait par forage et est utilisé comme combustible fossile ou par la carbochimie.
   Depuis 2004, la technique principalement retenue est l'hydrofracturation associée à un «forage horizontal» dirigé. Elle permet d'atteindre et disloquer un plus grand volume de schiste avec un seul forage. Le schiste est pré-fracturé par des trains d'explosions puis une injection sous très haute pression d'un fluide de fracturation constitué d'eau, de sable et d'additifs (toxiques pour certains) étend cette fracturation. Chaque puits peut être fracturé (stimulé) plusieurs dizaines de fois. Chaque fracturation consomme de 7 à 28 millions de litres d'eau dont une partie seulement est récupérée. Cette pratique, notamment aux États-Unis, est de plus en plus contestée, dénoncée comme affectant le sous-sol, les écosystèmes en surface et la santé. Les fuites de gaz semblent fréquentes et pourraient contaminer des puits. L'utilisation de produits toxiques risque de polluer les nappes phréatiques. L'eau de fracking remonte avec des contaminants indésirables pour la santé et les écosystèmes (sels, métaux et radionucléides) pour toute personne vivant près d'une source d'extraction. Le gaz naturel et le pétrole brut sont souvent associés et extraits simultanément des mêmes gisements, ou encore des mêmes zones de production. Les hydrocarbures liquides proviennent du pétrole brut pour une proportion moyenne de l'ordre de 80 %; les 20 % restants, parmi les fractions les plus légères, le propane et le butane sont presque toujours liquéfiés pour en faciliter le transport. L'exploration (recherche de gisements) et l'extraction du gaz naturel utilisent des techniques à peu près identiques à celles de l'industrie du pétrole.
   Pour transporter le gaz naturel des gisements vers les lieux de consommation, les gazoducs sont le moyen le plus courant. Mais une part croissante du gaz consommé est transportée sous forme liquide, à −162 °C et à pression atmosphérique, dans des méthaniers du lieu de production vers les lieux de consommation : c'est ce que l'on appelle le GNL, ou Gaz Naturel Liquéfié. Sous cette forme liquide, le gaz naturel offre, à volume égal avec le fioul domestique, un pouvoir calorifique qui correspond à plus de la moitié du pouvoir calorifique de celui-ci. La filière du gaz naturel liquéfié nécessite cependant une taille importante pour être économiquement viable, il faut donc une forte production à exporter pour justifier la construction d'une usine de liquéfaction et, inversement, d'importants besoin d'importation pour construire un terminal de réception.
   En 2018 le Canada se classait au quatrième rang des producteurs de gaz naturel après les États-Unis, la Russie et l’Iran.
   Les principaux dangers du gaz naturel sont liés au fait qu'il est extrait, véhiculé et fourni sous pression, qu'il est inflammable et explosif. L’exploitation offshore ou terrestre de gaz profonds (à plus de 4 ou 5 km de profondeur), chauds (de 190 °C à plus de 200 °C), très corrosifs et sous très haute pression est sources de risques nouveaux.
   Les gisements les plus accessibles étant en cours d'épuisement, les industriels gaziers doivent forer plus profondément et exploiter des gaz «non-conventionnels» souvent plus sales, c'est-à-dire plus acides, corrosifs et toxiques. Le torchage et les fuites ont, en outre, des effets directs et indirects sur le climat et l'acidification des milieux.
   Le gaz naturel est souvent présenté comme moins polluant que le pétrole et préférable au charbon, avec des émissions de CO2 inférieures de 40 % et pratiquement pas d'émissions de dioxyde de soufre s'il est désoufré. Mais les fuites de méthane menacent d'annuler ces avantages, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui estime que chaque année, les compagnies pétrolières et gazières émettent plus de 75 millions de tonnes de méthane dans l'atmosphère, et que le taux de fuite moyen atteint 1,7 % pour la chaîne du gaz; cela représente, selon les sources, 13 % à 20 % des émissions de méthane 
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel )

En résumé

– Le boom de la fracturation est temporaire. Son intérêt économique va en diminuant car la quantité de gaz de schiste extraite d’un puits décline de 80 à 95 % après 3 ans; il faut donc constamment creuser de nouveaux puits
– La fracturation hydraulique nécessite de grandes quantités d'eau quoiqu’en disent les compagnies; et la recycler, en partie, requiert d’autres produits chimiques toxiques. Cette grande quantité d’eau mélangée aux produits chimiques se répand lors des opérations de forage. La pollution environnementale ne provient pas de la fracturation elle-même, mais de ce qui se passe avant et après, notamment lors du transport et du stockage des énormes quantités de déchets chimiques générées par l’activité   
– Adieu air frais. Voici les composés toxiques libérés dans l’atmosphère : benzène, butane, éthane, hydrogène sulfuré, pentane, propane, toluène et xylène
– L’eau du robinet peut devenir imbuvable (c’est pourquoi Nestlé s’empare de l’eau de source partout dans le monde – pour éventuellement la revendre à prix exorbitant)
– La fracturation hydraulique cause des secousses sismiques 
– Les terres agricoles deviennent des décharges de métaux lourds – arsenic, baryum, cadmium, chrome, plomb, mercure; le bétail et la faune sont affectés; les animaux sont attirés par le goût salé des fluides de fracturation et des eaux usée, et comme ce sont des poisons, les animaux meurent ou souffrent de graves problèmes de santé, d’une diminution des fonctions de reproduction, et les petits de malformations à la naissance Des vaches maigrissent et perdent leur queue
– Le profit est au-dessus des préoccupations environnementales; les promoteurs, les investisseurs et les actionnaires ne veulent qu’une chose : faire de l’argent
– Parfois, les revenus ne couvrent pas les coûts d’extraction et d’exploitation
– Les emplois sont moins nombreux que ce que les études de marché, produites par l’industrie, prétendent. Celles-ci incluent des emplois corrélés à l’expansion : restauration rapide, bars, prostitution et strip-tease (comme à Fort McMurray)... Sur certains chantiers plus costauds l’industrie inclut dans ses retombées économiques, la construction de «man camps» temporaires, l’installation de caravanes, l’aménagement d’un terrain de camping-cars, baraques temporaires, etc.   
– Certains pays ont interdit la fracturation hydraulique (Bulgarie, France, Luxembourg)

Un rapport publié en 2011 dans Proceedings of the National Academy of Sciences  révélait que les échantillons d'eau potable prélevés dans 68 puits de Marcellus et d'Utica étaient contaminés au méthane. De plus, les concentrations de méthane étaient en moyenne 17 fois plus élevées dans les puits à proximité des sites de fracturation actifs, comparativement à ceux des zones inactives.

Source : Craig J Todd (22 juillet 2014)

Réduisons notre utilisation des hydrocarbures et continuons de chercher des alternatives moins «sales» et énergivores. Le monde se portera mieux sans fracturation hydraulique.

Dans les couloirs du gaz

L’industrie gazière mondiale est une prison où nous avons le sentiment d’être des condamnés à mort. Comme eux, nous ignorons la date et l’heure de notre exécution, où nous grillerons sur le barbecue au gaz. L’attente est une forme de torture qui nous plonge dans une anxiété permanente. On a trouvé un joli mot – écoanxiété – pour décrire le sentiment d’impuissance qui augmente proportionnellement au nombre de désastres environnementaux dont nous sommes témoins partout sur la planète (1).

Crédit photo : Andrew Burton / Getty Images. Torchage au gisement de Bakken (Dakota du Nord, USA)

En 1988, Douglas Kennedy a conclu son voyage dans la Bible Belt par la visite d’une prison à haute sécurité pour les criminels condamnés à la peine capitale (chaise électrique). Les méthodes de l’époque étaient loin d’être efficaces!   
   «L’afflux des deux mille volts le projettera en avant, captif des courroies. Pendant ces deux minutes de choc électrique constant, l’occupant de la chaise perdra le contrôle de son organisme ... des flammes jailliront peut-être des électrodes assujetties à sa tête et à sa jambe. Il arrive assez fréquemment que la décharge initiale ne soit pas fatale et qu’il en faille d’autres pour achever le condamné. Dans un cas particulièrement sinistre, en Alabama, en 1983, pas moins de trois électrocutions à mille neuf cents volts, administrées au cours de quatorze interminables minutes, ont été nécessaires pour constater le décès d’un homme condamné pour homicide... Comme si cela n’avait pas suffi, l’électrode de sa cheville avait fini par griller et avait dû être remplacée avant la deuxième décharge. Des témoins avaient vu la fumée s’élever de la tempe gauche et de la jambe.
   «C’est comme quand on jette un steak sur le gril d’un barbecue chauffé à blanc», m’a assuré un habitué du ‘couloir de la mort’ qui avait assisté à plusieurs exécutions. «Dans tous les cas [...], la mort survient, mais c’est un processus qui peut être long et affreusement douloureux. Le temps de l’agonie varie selon les sujets, certains ayant une plus grande résistance psychologique que d’autres. Je ne pense pas que quiconque décède instantanément. [...] Cette méthode d’exécution est en réalité une forme de torture.» L’attente du moment de l’exécution constitue une torture psychologique des plus redoutables. Les condamnés à la chaise électrique passent en général cinq and, voire plus, en prison avant de s’y asseoir, le temps que la machine judiciaire traite leur appel. Il n’est donc pas surprenant que ces quartiers soient un foyer de dépressions, de crises de démence. [...] «Tu peux me croire : le criminel en col blanc, tu le rencontreras pas là-bas.» Plus généralement, dans le monde sans barreaux, combien sont ceux qui se sentent «condamnés» eux aussi? Prisonniers d’un couloir de la mort qui a pour nom destin? ~ Douglas Kennedy (Au pays de Dieu – Récits; Belfond 2004) 

Nous pourrions aussi périr englués dans une nappe de pétrole sur terre ou en milieu marin. La prison pétrolière mondiale n’a aucune frontière.  

Une bolée de substances toxiques de plus pour les baleines et toutes les espèces marines de l’Atlantique...  En janvier 2014, six mille litres de pétrole avaient fui de la plateforme Hibernia.  

Terre-Neuve : incident sur une plateforme pétrolière, déversement en mer
Agence France Presse Montréal 17 juillet 2019


Le producteur américain d’hydrocarbures ExxonMobil a annoncé mercredi qu’un mélange d’eau et de pétrole s’était déversé dans l’Atlantique Nord, à partir de la plateforme Hibernia située au large de l’île canadienne de Terre-Neuve, formant une nappe de près de deux hectares.

«Un mélange d’eau et de pétrole a été déversé depuis l’un des réservoirs de la plateforme ce matin (mercredi)», a indiqué dans un communiqué HMDC, le consortium exploitant Hibernia dans lequel ExxonMobil détient 33 %, aux côtés notamment de Chevron (27 %), de Suncor (20 %) et d’Equinor, ex-Statoil, (5 %).
   Après avoir d'abord maintenu les opérations, il a été décidé en fin de journée d'«arrêter la production de manière préventive et temporairement », a déclaré Scott Sandlin, président du consortium.
   HMDC a ouvert une enquête et «cherche actuellement à déterminer le volume de pétrole qui a été rejeté», ajoute le consortium, soulignant que des estimations préliminaires ont fait état d’une nappe de 20 mètres de large sur 900 mètres de long qui «se dissipe».
   La plateforme Hibernia, située à 315 km à l’est de Saint-Jean de Terre-Neuve, est entrée en production en 1997. Le gisement qu’elle exploite, par pompage sous-marin, possède des réserves estimées à plus de 1,2 milliard de barils de pétrole.
   Selon le consortium, il s’agit d’un incident «isolé» et «tout le personnel de la plateforme est en sécurité».
   Après avoir découvert cette nappe, les employés d’Hibernia ont procédé à «une dispersion mécanique» et ont «déployé des barrages absorbants» à partir d’un navire.
   En outre, ajoute le communiqué, une bouée a été déployée sur la nappe afin de la suivre dans l’Atlantique Nord.
   Cette zone de l'Atlantique Nord étant choyée par la faune marine, et en particulier par plusieurs espèces menacées de baleines, des «observateurs animaliers ont été mobilisés», par voies maritime et aérienne, mais ils n'ont aperçu aucun animal jusqu'à présent, a affirmé le consortium.
   Contacté par l’AFP pour savoir quelle direction le pétrole avait pris, et s’il y avait un risque pour la faune dans cette zone où frayent nombre de baleines, ExxonMobil s’est refusé à tout autre commentaire.

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L’Atlantique Nord est une des mers les plus dangereuses au monde. L’exploitation des gisements qui s’y trouvent présente donc des défis et des dangers. D’une part pour l’environnement et d’autre part pour les personnes qui y travaillent.

La plate-forme pétrolière Hibernia GBS a la particularité d'être la plus grande installation de forage maritime jamais construite par l'homme. Cette île de béton et d'acier repose par 200 mètres de fond et s'élève à cinquante mètres au-dessus de la surface de l'Atlantique. Située au sud-est de Terre-Neuve, elle est spécialement conçue pour résister aux impacts des icebergs dérivant l'été. Et, depuis 1998, près de cent personnes travaillent continuellement sur Hibernia GBS. Cette plate-forme pharaonique est située dans un couloir d’icebergs, et près des vestiges du Titanic.  
   Voyez les étapes de la construction de ce monstrueux perturbateur environnemental.

Qui est l’irresponsable qui a donné son aval à Hibernia? L'ancien premier ministresBrian Mulroney, en 1988! La plateforme Hibernia a été réalisée par un consortium formé du gouvernement fédéral et de pétrolières. Près de 6 milliards $ de fonds publics ont été investis dans sa construction.
   20 ans plus tard, quatre champs pétrolifères sont exploités au large de Terre-Neuve-et-Labrador, dont la plateforme Hebron (14 milliards de dollars) achevée en 2016. Néanmoins, l’exploration pétrolière est en déclin dans la région. 

(1) Principaux déversements et fuites de pétrole en 2019

Déversements et fuites connus (de 1965 à 2019). Sans mauvais jeu de mots, c’est renversant!  

 
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S’allonger sur un mort peut-il le ressusciter? 

(J'ai malheureusement égaré le nom de l'artiste irlandaise qui a créé cette sculpture) 

Sommes-nous totalement impuissants?

«En colonisant les gouvernements, les grandes entreprises fabriquent un monde de conformité et de consumérisme.
   Comment fabriquez-vous un monde édulcoré, dépolitisé, un consensus construit autour de la consommation et de la croissance infinie, un monde  de rêve basé sur le matérialisme, la dette et l'atomisation où toutes les relations peuvent être préfixées d’un signe de dollar, où nous cessons de lutter pour le changement? Vous déléguez vos pouvoirs à des compagnies dont les profits dépendent de ce modèle.
   Le pouvoir est transféré vers des milieux où nous n'avons ni voix ni vote. Les politiques internes sont forgées par des conseillers spécialisés en marketing politique (spin doctors), par des groupes et des comités consultatifs farcis de lobbyistes. L’état en tire son propre pouvoir de réglementer et de diriger. Simultanément le vide démocratique au coeur même de la gouvernance mondiale se remplit (sans l’ombre d’un consentement) de bureaucrates internationaux et de cadres d'entreprises. Les ONG autorisées à se joindre à eux ne représentent intelligiblement ni la société civile ni les électorats. (Et je vous en prie, épargnez-moi le bêtisier sur la démocratie des consommateurs ou des actionnaires : dans les deux cas, certaines personnes obtiennent plus de votes que d’autres, et celles qui en obtiennent le plus sont celles qui sont les moins enclines à pousser en faveur du changement).» ~ George Monbiot (Loved to death)

«Mais à qui profite la croissance [économique]? Aux gens qui gèrent ou possèdent les banques et les fonds spéculatifs, aux compagnies minières, aux sociétés de publicité, aux lobbies d’entreprises, aux fabricants d'armes, aux agents immobiliers, aux gérants de portefeuilles et de paradis fiscaux. Un marketing très intense et omniprésent, équivalant à un lavage de cerveau, veut nous amener à considérer le système comme nécessaire et souhaitable. Un système qui menace notre sécurité, nous rétrécit et nous appauvrit, mais qu’on nous présente comme la seule solution possible à tous nos problèmes. Il n'y a pas d'alternative – nous devons gravir la falaise. Quiconque remet le système en question est ignoré ou vilipendé.
   Qui sont les autres bénéficiaires? Eh bien, ce sont les plus grands consommateurs dont la façon d’utiliser leur spectaculaire fortune a des impacts des milliers de fois plus significatifs que celui de la plupart des gens. Une grande partie du monde naturel est détruit afin que les très riches puissent monter sur leurs yachts en bois d'acajou, mangent des sushi au thon rouge, saupoudrent de la corne de rhinocéros sur leurs plats, atterrissent en jets privés dans des aérodromes sculptés à même des terres rares; ils consomment en un jour la quantité de carburant fossile que les citoyens moyens consomment globalement en un an.
   Voilà comment le Grand Polissage Mondial fait son chemin, détruisant les réserves de la Terre, dérobant tout ce qui est distinct et inusité (tant dans la culture humaine que dans la nature), faisant de nous des automates remplaçables au sein d’un effectif mondial homogène, transformant inexorablement les richesses du monde naturel en monocultures monotones.
   N'est-il pas temps de crier STOP et de nous servir de l’extraordinaire apprentissage et expertise que nous avons acquis pour changer la façon dont nous nous organisons? N’est-il pas temps de contester et d’inverser les tendances qui ont gouverné notre relation à la planète vivante depuis des milliers d’années, et dont nous sommes en train détruire les dernières caractéristiques à une vitesse ahurissante? N'est-il pas temps de contester la croissance illimitée sur une planète limitée? Si ce n'est pas maintenant, ce sera quand?» ~ George Monbiot (The Kink in the Human Brain)

14 juillet 2019

Enfin terminé le damné Stampede!

Mise à jour 15/07/2019
Je me suis réjouie trop vite : les gladiateurs n’avaient terminé le carnage de chevaux.

SPCA de Montréal 15 juillet 2019

L’édition 2019 du Stampede de Calgary s’est terminée hier avec un horrible bilan : SIX CHEVAUX MORTS. D’autres animaux, souvent oubliés dans ces statistiques, subissent le même sort avant la tenue de l’événement pendant l’entraînement et les qualifications. En effet, chaque année, le Stampede de Calgary envoie à l’abattoir une vingtaine de chevaux ne s’étant pas qualifiés.
   À l’approche du Festival western de Saint-Tite, la SPCA de Montréal tient à rappeler l’importance de dénoncer la cruauté inhérente aux rodéos et de bannir ces spectacles barbares, où des animaux vulnérables subissent un stress inutile – et parfois même des blessures, voire la mort – au nom du divertissement.

Crédit : Yann Lecomte photographie

Stampede de Calgary : six chevaux morts lors des courses de chariots
Lauren Krugel | La Presse canadienne Calgary

Un groupe de protection des animaux réitère son appel pour que des accusations de cruauté soient déposées à la suite de la mort de six chevaux au récent Stampede de Calgary.
   «Les forces de l'ordre – dont la police de Calgary, la Calgary Humane Society et la SPCA de l'Alberta – doivent de toute urgence enquêter et amener ces préoccupations sur la protection des animaux devant les tribunaux», a déclaré lundi Camille Labchuck, directeur d'Animal Justice.
   «Les événements de rodéo ne sont pas au-dessus des lois et ne devraient plus recevoir de laissez-passer gratuit pour tuer des animaux.»
   Les courses de chariots font partie d'un spectacle nocturne au Stampede, un festival populaire en Alberta qui dure dix jours. Les foules regardent les chariots tirés par des chevaux se faire la course sur une piste en terre avec leurs cavaliers.
   Trois chevaux appartenant au pilote Evan Salmond ont dû être euthanasiés, dimanche, car ils ont été grièvement blessés. Jeudi dernier, M. Salmond a été impliqué dans une collision ayant eu pour conséquence une blessure à la patte de l'un de ses chevaux.
   La Calgary Humane Society fait partie des groupes qui réclament la fin des événements de rodéo et de courses de chariots.
   La société a consulté les procureurs de la Couronne après la collision de jeudi parce qu'elle impliquait des actes répréhensibles du conducteur, a déclaré Brad Nichols, responsable des enquêtes sur la cruauté envers les animaux.


Le veau d’or de l’Alberta : pétrole et Stampede
Le Stampede a attiré cette année un peu plus de 1,27 million de spectateurs.   

More Horses died this week than the combined IQ of the audience.  
Commentaire de Dave Johnson (sur CBC News) 

'Free pass to kill animals'
Animal rights activists were quick to renew their calls for an end to the rodeo and chuckwagon races at the Stampede.
   The national animal welfare legal advocacy group Animal Justice demanded police investigate illegal animal cruelty at the Stampede.
   Camille Labchuk, the group's executive director, said in a statement that this year's Stampede was the deadliest one for animals in a decade, with a “level of carnage not seen since 2010.” The group is calling on law enforcement, including the Calgary police, Calgary Humane Society and Alberta SPCA, to bring the concerns before the courts.
   “Rodeo events are not above the law and should no longer be given a free pass to kill animals,” she said.
   "Nearly every single year, horses suffer horrific injuries and die in the 'half mile of hell' chuckwagon races. It is entirely foreseeable that these horses will experience distress and death, all for the trivial sake of entertainment."


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Le débat à savoir s’il faut maintenir ou bannir cette tradition a généré des milliers de commentaires sur le site de CBC News Calgary. J’en ai vu pas moins de 3000 après la mort d’un deuxième cheval, au point que CBC a dû fermer l’espace commentaires (1).

Je le répète : toutes les traditions ne sont pas dignes d’être perpétuées.

Les sinistres spectacles de cruauté envers les animaux comme les rodéos sont appelés à disparaître car il y a de plus en plus de gens qui prennent conscience que les animaux méritent un meilleur sort. Ces divertissements primitifs devraient être bannis, à Calgary, à St-Tite, en réalité, partout au Canada.
   Le Colisée de Rome pouvait accueillir 50 000 spectateurs. Pour être bien vu par le peuple l'empereur lui offrait du pain et des jeux : courses de chars, combats de gladiateurs, massacre d’animaux sauvages.
   Aujourd’hui on propose des rodéos, et au lieu du pain, des burgers, de la pizza et de la bière. Le Stampede est une grosse machine au marketing bien rodé, une grande foire consumériste de 10 jours qui rapporte des millions de dollars.
   On invoque les «vieilles traditions», et beaucoup de visiteurs croient qu’il s’agit là d’une pratique de ranching traditionnel faisant partie de l'héritage western. En fait, ces rodéos reposent en grande partie sur un mythe car plusieurs de ces constituants ont été créés dans les dernières décennies. Le rodéo est un concept barbare, mais au 21e siècle, on continue à présenter cette attraction touristique comme un glorieux hommage à une tradition rurale.

Capture au lasso. Si ce n'est pas de la maltraitance, c'est quoi alors?!

Quand j’ai entendu la porte-parole du Stampede déclarer que la santé et la sécurité des chevaux étaient prioritaires j’ai pensé ‘mais qu’est-ce qu’elle ne comprend pas la pauvre fille’. C’est antinomique. Comment peut-on assurer le bien-être et la sécurité des animaux quand le «sport» lui-même consiste en une démonstration de maltraitance à haut risque de blessures graves et de mortalité?  

Dommage, la liste d’éventuels lauréats d’un Prix Darwin continue de s’allonger...
Brièvement, les Prix Darwin récompensent les gens qui se sont accidentellement retirés du patrimoine génétique global à la suite de comportements particulièrement stupides. Les prix sont généralement décernés à titre posthume, mais parfois à des survivants qui se sont auto-stérilisés. Les candidatures sont évaluées selon ces critères :
1. Le candidat doit s'être auto-éliminé (ou auto-stérilisé) de manière définitive et ainsi ne laisser aucune descendance
2. Le candidat doit avoir fait preuve d'une erreur de jugement phénoménale
3. Le candidat doit être lui-même la cause de son décès (ou de sa stérilité)
4. Le candidat devait être en pleine possession de ses facultés intellectuelles
5. Enfin l'acte et l'anecdote doivent être avérés (photos, vidéos, témoins, etc.)

"Of all the creatures that were made, man is the most detestable. Of the entire brood he is the only one - the solitary one - that possesses malice. That is the basest of all instincts, passions, vices - the most hateful. He is the only creature that has pain for sport, knowing it to be pain. Also - il all the list he is the only one creature that has a nasty mind." -- Mark Twain 

Dans les coulisses d’un rodéo à travers la lentille de la photojournaliste Jo-Anne McArthur

Depuis près de vingt ans déjà, je documente l’utilisation des animaux non humains, les abus dont ils sont victimes ainsi que la façon dont nous partageons notre environnement avec eux. Depuis 2005, j’ai assisté à de nombreux rodéos à travers le Canada et j’ai constaté à maintes reprises que si ce type d’événements peut être amusant pour certains participants, il est loin de l’être pour d’autres : les animaux.
   Les humains sont une espèce intelligente, mais nous avons la mauvaise habitude de tourner le dos à la souffrance, et c’est particulièrement vrai lorsque nous en sommes la cause. La dernière chose que nous souhaitons, c’est que notre journée au rodéo (ou à d’autres endroits où les animaux sont utilisés pour notre divertissement : cirques, zoos, aquariums) soit ruinée parce que nous écoutons la voix embêtante de notre subconscient qui nous dit que c’est plaisant pour nous, mais probablement pas pour eux. Ces billets coûtaient cher après tout, et si autant de gens y participent, ça ne peut pas être mal, n’est-ce pas?
   Des estrades, nous pouvons voir des gens chevaucher des animaux qui se cabrent. Et ils se cabrent parce qu’ils sont mécontents. Ils veulent se débarrasser des sangles qui leur serrent les flans et leur ceinturent la taille et le ventre, une partie particulièrement sensible. Et ils veulent aussi éjecter de leur dos l’humain qui les éperonne. Leurs yeux sont gonflés par le stress et la peur. Ils bavent et halètent. Ils essaient de s’échapper. Voilà le «plaisir» qui nous est présenté à un rodéo.
   J’ai passé beaucoup de temps à photographier ce qui se passe en coulisses lors de ces événements. Les animaux, qui sont constamment séparés de leurs amis ou de leur famille, sont transportés dans des remorques (souvent sur de longues distances), puis transférés dans un petit enclos et enfin dans un autre. Ils ont été débourrés, attachés, marqués et écornés, puis forcés d’agir d’une façon qui n’est pas naturelle pour eux. Ils n’ont aucune prise, ni rien à dire, sur ce qui a été planifié pour eux ensuite. S’ils refusent de bouger, ils sont frappés avec des bâtons ou un aiguillon électrique. Pendant qu’on les force à entrer dans l’enceinte des couloirs, les taureaux regardent souvent derrière eux ou par-dessus les portes et les barres à la recherche d’une sortie.
   Les animaux sont souvent manipulés brutalement, surtout lorsqu’ils choisissent de se battre contre nos portes, nos cordes, nos coups et nos sangles plutôt que de se soumettre. Pendant qu’un cheval ou un taureau est sellé et harnaché, des hommes vont parfois tordre la queue de l’animal ou, dans le cas des chevaux, tirer sur leur crinière.
   Si j’ai pu photographier tout cela, c’est qu’il s’agit de pratiques courantes. D’ailleurs, quand j’ai photographié un animal de rodéo blessé, personne n’a tenté de camoufler ses blessures et n’en était honteux : ces conséquences font tout simplement partie du jeu.
   L’utilisation et la souffrance des animaux fait partie intégrante, et est indissociable, du rodéo.
   J’aimerais que nous réévaluions tous l’utilisation des animaux à des fins de divertissement et que nous y mettions un terme. Cela n’a pas sa place dans une société évoluée qui prend de plus en plus conscience que les animaux ont des droits, qu’ils sont sensibles, et qui voit cela comme une évidence. Je vous demande de regarder les photos que j’ai prises lors de rodéos, sans détourner le regard, afin que vous puissiez voir ce que j’y ai vu. J’aimerais simplement que nous prenions ces animaux en considération un instant.
   J’espère que vous vous joindrez aux milliers de personnes, à qui l’histoire donnera raison, en disant NON au rodéo. 

Blogue de la SPCA de Montréal
https://spcablogue.com/2017/05/04/dans-les-coulisses-dun-rodeo-a-travers-la-lentille-de-la-celebre-photojournaliste-jo-anne-mcarthur/

Commentaire de la photographe sur son site :
Peu d'événements sont aussi cruels que les rodéos. Je suis étonnée et honteuse que des millions de personnes assistent encore à ces événements chaque année au Canada et aux États-Unis. Les chevaux sont régulièrement blessés et tués dans les courses de chariots bâchés. Les taureaux et les chevaux sont battus, étouffés et mutilés. La prise des veaux au lasso est l'événement le plus horrible de tous : les hommes exercent leur brutalité juvénile en attachant et en attaquant les veaux, dont certains n'ont pas plus de huit semaines. Hors de la vue des spectateurs, des aiguillons électriques sont utilisés sur tous les animaux.
   Tout cela sous prétexte de préserver la culture nord-américaine; en fait, la culture des cowboys était un phénomène marginal glorifié par les films hollywoodiens. Ne vous y trompez pas, ce n'est rien d'autre que de la cruauté envers les animaux, romancée à des fins de profit et de divertissement.

These photos were taken across Canada (Jo-Anne McArthur) 

On voit dans l'oeil qu'il est drogué, malade... Horses are often forced to ingest a performance-enhancing mixture of liquids and baking powder prior to their races. This mixture elevates their heart rate, making them run faster, but it can also give them heart attacks on the track or moments afterwards. A tell-tale sign that a horse has been given this mixture is a post-race bleeding nose.

Rodeo, Ontario 2011. Bien-être et sécurité? 

Calgary Stampede 2005. Le coeur me lève... 

One of many injuries this bull sustained on his way to the chutes. Calgary Stampede 2005

J'entends craquer le cou de l'animal tordu par le cowboy... il se retrouvera à l’abattoir. On ne dénombre pas les chevaux, les bouvillons et les veaux blessés qui meurent juste après les compétitions, loin du regard de la foule en liesse.

Pourquoi des éperons? Pourquoi les humains détestent-ils autant les animaux?

This man is at the Royal Fair rodeo year after year and he loves that electric prod! Canada, 2007

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(1) La journaliste Rachel Ward a colligé des opinions qu’elle juge globalement représentatives.

Do chuckwagon races amount to 'cruel' abuse or save horses from slaughter? Here's what you said
Rachel Ward · CBC News · Posted: Jul 12, 2019

Some argue horses would otherwise be on dinner plates; others insist races are 'cruel' and audiences complicit.  
   Is chuckwagon racing a barbaric abuse of animals that should be banned? Or a proud rural tradition that saves horses from the slaughterhouse and provides a comfortable life? [...]
   Many Canadians jumped into the debate, including thousands of CBC readers. Here's a peek at what some of you had to say Friday on the story's comments, by email or on CBC Calgary's Facebook posts. (Names used are those associated with the posts.)

   Anne Edwards: "This is comparable to and just as cruel as bull fighting. It should be either banned or massively revamped with stringent rules surrounding the protection of these magnificent animals."
   Julia LeBeau: "​​​​​​Quite unfortunate that our relationship with animals is based upon entertainment in order to generate profit."
   Karen Culbert-Kozlowski: "These thoroughbred horses are bred to run and get their start in horse racing. But what do you think happens to the majority of retired race horses? They are slaughtered. Plain and simple.
   "Chuckwagon drivers purchase these horses from the track, treat them like family, and give them many more years of doing what they know and love. You have no idea the work that goes on behind the scenes to keep these horses happy and healthy. These horses are not forced to run… it is their blood."  
   Michelle Scharr: "I worked in a barn for three years. These horses are looked after better than anything or anyone for that fact. We didn't get to eat our meals, shower or sleep 'til the horses were all looked after and tucked in for the night. If it wasn't for the chucks giving these horses a second chance … the horse market and auction markets would be way overpopulated."
   Keith Ward: "I am a former rodeo contestant, and still watch and attend the Stampede. I know the care taken in rodeo to prevent animal injury, and how well the bucking horses and stock are looked after in most cases. I won't say all cases because the wild card in any of this is how professional the humans are. I have seen some idiots with hotshots poking cattle in the chutes, etc. But my experience is they are the exception, and any cowboy worth his salt will call them out on it.
   "However, I find myself in agreement with a call to ban chuckwagon racing, and all horse racing, in fact. Too many young horses that are not fully developed yet, too many injuries or deaths. Too many discarded racehorses that won't find a quality life after racing. Some do, but most don't. After watching the wreck last night, Harden should be banned from the sport completely. My two cents."
   Dawn MacNeill: "Every year we say, 'Wonder how many horses are going to die this year,' so that their owner can be in a race like the ol' cowboys did in the olden days. Quite pathetic really. 'Betcha they'd love to still have gunfights and showdowns and duels. Sad for the animals, very sad."
   Mark Petersen: "You people have zero understanding how it hurts the farmer/rancher when their animals die and not just in the pocketbook but with years of care and shoveling and training and feeding and attention. They have everything invested in their animals. You try it."
   Arien Packnoski: Isn't traditionalism just damaging to human society? Change where change is needed. Slavery… The Stampede… Religion…
   Ray Wangen: "I grew up around rodeo and can understand the arguments for and against – but there is no reasonable argument for the chucks. I've been calling for them to be banned for years. There is no possible way to make a race that includes 32 horses, 20 people, four hitches and high speed safe – none. As a horseman myself, this race absolutely disgusts me."
   Don Rausch: "All of these chuckwagon horses are rescued from having to go to Fort Macleod and then to dinner tables" [referring to Alberta's horse meat industry].
   Taylor Godspeed: "Sad that there are people so eager to ban a cultural event they don't understand."
   Melanie Ross: "It's not just about entertainment. It's heritage. It's tradition. It's family. Many of those drivers support local charities funding dozens of things like the food bank, etc. You talk like they do it for pure, sick pleasure. Not the case. These men and women who do this aren't monsters. Chucks are steeped in tradition and family values. It's tragic, for sure. However, making this out to be barbaric, etc., is overstepping."
   Donna Linn: "I love the rodeo events but this is a dangerous, dangerous sport. And unfortunately the animals don't get a say in their participation."
   Kim Pike: "Put an end to all sports then. All horse racing, including jumpers, sled dog races, dog agility races. What about sports that kill humans, like car races? Or are humans that much less value?"
   Suki McNally: "This is inhumane and as much of a sport as bear baiting. Time to end it."
   Shawn Strachan: "I have trained, and now a breeder of thoroughbred horses. They are beautiful animals and bred for speed and endurance. The problem with the chuckwagons is the horses come from the race track. So horses that can't make it or have injuries sustained in racing – this is mostly due to racing horses as two-year-olds, prior to them being fully developed – I would guess a lot of the horses do have previous injuries, so [are] more prone to further injury.
   "When a horse is harnessed with others, they are unable to stop the momentum. If they are re-injured, [that's] further injury that could result in having to be put down. The driver may say 'their horses are like their children' but as long as there is money and status on the line, that trumps everything. It's a business."
   Renee Titterton: "Three dead horses already? Sorry, but I can't approve of this type of 'entertainment.' I am a 'horse person' … not a member of PETA, just a regular Canadian who loves animals and abhors their mistreatment."
   Paul Peacock: "A horse needlessly died in a preventable accident. That's the story, folks. Let's focus on what can be done to prevent the accidents. I am not in favour of a ban on the event but would like to see if there is anything that can be done to prevent the accidents. Electronic alarms when the teams get too close?"
   Natashya Sherbot-Stronach: "I am a clinical psychologist and horse owner. I also come from a farming background... I am also an animal rights advocate. I am extremely upset about the recent deaths and would like to see the chucks completely eliminated along with other rodeo events. I do believe that the public who pays for tickets to attend these events are extremely desensitized to the suffering of animals. They have not made the connection that when they buy a ticket, they are essentially paying for the risk of horse death."