15 mai 2016

L’espoir de DEMAIN



Le documentaire français DEMAIN, diffusé en décembre 2015, sera enfin présenté au Québec le 27 mai dans divers cinémas. (1 million de spectateurs en France...)

Réf. : http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

À propos :

«Nous passons notre temps à faire des films où nous sommes éradiqués par des zombies, des bombes nucléaires, des épidémies, des robots, des extraterrestres, de petits gremlins… Nous adorons ça! Mais où sont les films qui parlent du contraire? Ceux où nous nous rassemblons et où nous résolvons les problèmes? Nous n’en avons pas vraiment… L’être humain est tellement ingénieux, tellement créatif. Nous pourrions faire des choses extraordinaires, mais pour ça nous avons besoin de nous raconter ces histoires. Avoir une vision, raconter une histoire, c’est comme de jeter devant soi un tourbillon qui vous entraîne...» ~ Rob Hopkins

Alors que l’humanité est menacée par l’effondrement des écosystèmes, Cyril, Mélanie, Alexandre, Laurent, Raphaël et Antoine, tous trentenaires, partent explorer le monde en quête de solutions capables de sauver leurs enfants et, à travers eux, la nouvelle génération. A partir des expériences les plus abouties dans tous les domaines agriculture, énergie, habitat, économie, éducation, démocratie..., ils vont tenter de reconstituer le puzzle qui permettra de construire une autre histoire de l’avenir.

http://www.demain-lefilm.com/

Interview : https://www.youtube.com/watch?v=rkXluaB5fSY

Bande annonce

11 mai 2016

«L'écologie faudrait l'enseigner»


Photo : Chris Westwood / The Sun. “Stop destroying my home!”

Vidéo : réalisation, photographie et montage par Ken Webb
Les Ours Blancs (2012), CharlÉlie Couture, album Fort Rêveur



Tant de poussière dans la lumière
Tant de nitrate dans les rivières
Tant de poissons sortis de la mer
Tant de fruits, en hiver
Tant de conteneurs sur le quai
Tant de richesses accumulées
Tant d'opinions manipulées
Tant de charges à supporter

Abondance, à outrance
Trop de tout d'un côté
Pénurie et carence
Trop de rien de l'autre côté
Nous sommes tous, des ours blancs
Nous sommes tous, des ours blancs

Tant de produits fabriqués
Tant d'inventions dépassées
Tant d'animaux empaillés
Tant de gorilles dépecés
Tant de grands arbres abattus
Pâte à papier qu'on ne lit plus
Tant de gâchis dans les poubelles
Tant de caprices existentiels

Abondance, à outrance
Trop de tout d'un côté
Pénurie et carence
Trop de rien de l'autre côté
Nous sommes tous, des ours blancs
Nous sommes tous, des ours blancs

À l'école c'est logique
L'écologie faudrait l'enseigner
Réapprendre la grammaire de l'eau, de l'air ou de la lumière
D'un côté la misère de ceux qui retournent la terre
De l'autre la loi des marchés et d'utopie de l'égalité
Oh les grands mots brandis comme des étendards;
Fraternité, Égalité, Solidarité
Si seulement on pouvait y croire

Abondance, à outrance
Trop de tout d'un côté
Pénurie et carence
Trop de rien de l'autre côté
On préfère le nier
Feindre de l'ignorer
Trop d'excès d'un côté
Et de l'autre pas assez
Nous sommes tous, des ours blancs
Tous, des ours blancs

Note biographique
... Depuis plus de 30 ans, CharlÉlie poursuit une démarche vers ce qu’il définit comme «l’Art Total», attitude globale consistant à trouver des interconnexions entre les formes d’expressions de l’Homme que sont l’Écriture, l’Image et la Musique.

Après l’album ImMortel produit par Benjamin Biolay et sorti en 2014, il part en Louisiane, un rêve qui l’habite depuis longtemps. Il s’installe dans le Bayou, dans le mythique Dockside Studio, et co-produit avec Karim Attoumane un nouvel opus.

Il s’entoure des musiciens de Lafayette, Accordéon, mandoline, fiddle, washboard (le «frottoir»), harmonica («la musique à bouche»), sax, trompette et tuba scandent 13 chansons, en français et en anglais. Zachary Richard, natif du lieu, vient mêler sa voix à celle de CharlÉlie sur deux titres, ainsi que les Lost Bayou Ramblers, sur une reprise de The House of the rising sun.

http://www.charlelie.com/biographie-2/

9 mai 2016

Gâchis à la chaîne

Avant de continuer à déblatérer contre le pétrole, je veux lever mon chapeau aux pompiers, littéralement en enfer – quel travail! Ainsi qu’aux bénévoles qui s’occupent des évacués et des animaux abandonnés.

Lors d’une conférence organisée dans la région de Fort McMurray, à ceux qui lui faisaient valoir l'importance économique des sables bitumineux de l'Alberta, Desmond Tutu avait rétorqué : «Le monde n'existera plus si rien n'est fait au sujet des émissions de gaz à effet de serre.»

«Être inconscient, c’est tout simplement ne pas savoir ce qu’on fait, c’est-à-dire être incapable d’évaluer la portée de ses actes.» ~ Charlotte Joko Beck 

Fort McMurray me fait penser à Disneyworld. Une forteresse. Malheureusement flanquée sur une poudrière, avec en bonus, un dépotoir de déchets radioactifs à moins de dix kilomètres. Invraisemblable. Une seule autoroute (la 63) mène d’Edmonton aux sites d’exploitation – 400 km pour aller au trou, un cul-de-sac en fait. On ne peut blâmer les gens d’avoir été attirés par les «salaires mirobolants» utilisés comme appât par les compagnies. Qui ne souhaite pas s’enrichir à haute vitesse? 


Photo : Jason Franson. Ça prend du jus pour nourrir ces p'tites bêtes-là.

Au sujet du site d’enfouissement des déchets radioactifs, Maude-Émilie Pagé déclarait : «Aucun risque immédiat...». Mais, quelle est la durée de «vie» de l’uranium? (1) L’intégrité physique des cellules d’entreposage a-t-elle une date de péremption? C’est pour quand les risques? Nos pauvres containers feront mauvaise figure dans le temps. 
    Selon le rapport 2013 des Laboratoires nucléaires canadiens, pas moins de 43 282 mètres cubes de «déchets radioactifs de faible activité» sont stockés au dépotoir de Fort McMurray, situé à environ 8,5 km au sud du centre-ville.
    «Selon les informations disponibles, il semble que le site ait été affecté par les feux», confirme Maude-Émilie Pagé, directrice des communications et des rapports gouvernementaux d'EACL. Ces feux, toutefois, «ne posent aucun risque immédiat pour la santé et la sécurité de la population et de l'environnement ». 
    «Il n'y a également pas de préoccupations quant à l'intégrité physique de la cellule [où sont entreposés les déchets]», précise-t-elle. Cette cellule serait située à l'extrémité nord du dépotoir. (ICI Radio-Canada Info) 



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À voir ou revoir : http://ici.tou.tv/fort-mcmoney

Résumé : Après le jeu documentaire Fort McMoney, le film revient à Fort McMurray en Alberta, troisième réserve mondiale de pétrole et trésor de guerre du Canada. Avec une obsession qui traverse la démarche du réalisateur David Dufresne depuis trois ans : la démocratie est-elle soluble dans le pétrole? Film à la première personne, on y croise notamment Jim Rogers, natif de la ville, et candidat malheureux aux dernières élections municipales, qui a vu sa toute petite ville devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une vision moderne, noire comme le pétrole, de la ruée vers l’or. Bien plus que la version linéaire de l’expérience web, le film en est sa suite réelle, son miroir, une réflexion sur la démocratie en ruine. (Production : Toxa, ONF, ARTE France,  2014; Pays : Canada; Réalisateur / narrateur : David Dufresne)  

Les propos de Jim Rogers avaient un côté quasi prémonitoire : «Si Dieu revenait ici, il dirait : ‘Mais qu’avez-vous fait de toutes ces richesses? Je vous ai offert tant de cadeaux! Vous ne pouviez pas faire mieux? Bande d’imbéciles! Vous brûlerez en enfer!’» 
    Il poursuivait ainsi : «Le gouvernement, qui dilapide nos ressources, a autorisé les magnats du pétrole à bâtir une zone pétrolière. Tout à coup, l’argent circule et les occasions de s’enrichir arrivent. Ce serait bien si les gens devenaient riches. Mais c’est comme dans la ruée vers l’or, certains meurent en chemin, ou reviennent toxicomanes ou alcooliques – s’ils en reviennent! Et les gens se retrouvent à devoir lutter pour survivre comme dans tous les bidonvilles du monde. Ils achètent des maisons gigantesques au sommet des gisements, faites de panneaux stratifiés en PVC, qui coûtent 500 000, 700 000 ou 900 000 dollars! Parce qu’il faut toujours voir grand à Fort McMurray. C’est la folie des grandeurs! Ils débarquent ici et vivent comme des millionnaires, gros pickups neufs, maisons neuves. Aussitôt que la demande de pétrole connaît un ralentissement, ils ne peuvent plus effectuer leurs paiements et retournent à la banque qui leur a déjà avancé des sommes. C’est comme une gigantesque arnaque. Le coût de la vie est tellement élevé ici qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’être esclaves de l’industrie pétrolière, qui, en retour, les traite... comme des mendiants.»

Dans la même veine : «Voulez-vous savoir?», un article incluant des extraits du livre BRUT, la ruée vers l’or noir, par Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe.
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2015/05/voulez-vous-savoir.html

Autre : un plaidoyer contre la reconstruction de la ville, par un travailleur qui y a vécu. Un portrait dur et sans compromis qui confirme les descriptions du livre BRUT. 
    Ne méprenez pas mes propos, je suis triste pour les gens éprouvés dans cette tragédie, mais je suis de ceux qui croient que ce malheur en cache un autre bien plus important. 
    ...Dernièrement, j’ai entendu des politiciens dire à quel point nous devrions être fiers de Fort McMurray. Non, il y a aucune raison d’être fier de Fort McMurray. Il m’est arrivé souvent de penser que cet endroit allait exploser, être abandonné ou même bruler avec tout ce pétrole qui lui sortait par les oreilles.
https://jfhotte.com/2016/05/08/fort-mcmurray-le-trou-du-cul-du-monde/

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(1) L’uranium est un métal lourd radioactif (émetteur alpha) de période très longue :
44 688 milliards d'années pour l'uranium 238
703,8 millions d'années pour l'uranium 235 
    Les cinq plus gros producteurs au monde sont le Kazakhstan, le Canada, l'Australie, le Niger et la Namibie. 
    L'uranium appauvri, un sous-produit de l'enrichissement de l'uranium, est très prisé pour sa dureté et sa densité. Il est pyrophorique, et employé comme arme antichar dotée d'un fort pouvoir à la fois pénétrant et incendiaire : à très haute vitesse, il perfore aisément les blindages en s'enflammant lors de l'impact, provoquant un incendie qui fait exploser le véhicule touché. 
    La dose létale pour l'homme semble être de quelques grammes; certains estiment que les effets délétères de la radioactivité peuvent exister quelle que soit la dose. 
    Pour la potabilité de l'eau, l'OMS a fixé une teneur maximale de 1,4 mg·l-156, tout en recommandant dans ses lignes directrices une concentration en uranium cent fois plus faible, inférieure à 15 µg/l, pour les eaux de boisson courante.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Uranium

4 mai 2016

L’EAU c’est la VIE



Demandez aux gens des pays en manque d'eau potable ce qu’ils en pensent. On n’en parlera jamais assez puisqu’on semble croire la source intarissable. J’ai écrit cet article la semaine dernière, loin de soupçonner qu’un horrible brasier allait s’emparer de Fort McMurray (Alberta) hier. Je voulais justement proposer un changement de vocation pour les réservoirs et les pipelines – ils pourraient servir à emmagasiner et transporter des réserves d’eau d’Est en Ouest et inversement. Un projet qu'il ne faudrait surtout pas confier à une entreprise exploitée par Nestlé Waters! (1)  

Fou? Pas tant que ça.

D’autant plus que les énormes quantités d'eau servant à l’extraction / exploitation des sables bitumineux pourraient être récupérées pour sauver la vie des gens des provinces de l'Ouest. Des provinces dont le climat est propice aux incendies. Année après année, de grandes superficies sont ravagées. En 2011, lors des feux de forêts, survenus en Alberta je crois, j’ai publié une poignante description de Gabrielle Roy tirée de son roman Rue Deschambault : Le puits de Dunrea. Cela nous montre une fois de plus qu’en définitive nous n’avons aucun pouvoir sur les éléments lorsqu’ils se déchaînent.
    «... En ce temps-là, lui avait raconté papa, le feu de Prairies couvait toujours quelque part en Saskatchewan. Cette province si dépourvue d’eau de pluie, si venteuse, était vraiment la terre de feu. Tant elle était sèche, le soleil tout seul, jouant sur des pailles ou sur un tesson de bouteille, pouvait mettre la prairie en flammes! Et si un courant d’air un peu vif s’élevait alors, aussitôt le feu partait à courir comme le vent lui-même. Et le vent en cette partie du monde était déjà un fou furieux qui couchait les moissons par terre, déracinait les arbres et parfois arrachait leur toit aux bâtiments. Tout démoniaque qu’il fût, il laissait tout de même l’herbe rase au sol, quelque chose de vivant. Mais derrière le feu, il ne restait jamais que des carcasses de petits daims, de lièvres poursuivis par les flammes, rejoints par elles et qui mouraient parfois en pleine course... et longtemps ces carcasses empuantissaient l’air, car, là où le feu avait passé, même les oiseaux de proie se gardaient de venir manger les yeux des bêtes mortes. Ce spectacle était assez fréquent en bien des régions de la Saskatchewan, et le cœur avait peine à supporter une ruine si complète.»

Suite : http://situationplanetaire.blogspot.ca/2011/06/le-feu.html



On peut imaginer un monde sans pétrole puisqu’il n’est pas indispensable à la VIE, et ce serait une bénédiction pour la planète. Mais on ne peut pas imaginer la vie sans EAU potable. L’eau est ce qui différencie la Terre de la désertique planète Mars où il serait impossible de faire pousser quoi que ce soit.

Nestlé Waters prélève les réserves d’eau de source partout sur la planète pour ensuite nous la revendre dans des bouteilles de plastique! Cette pratique existe depuis longtemps dans plusieurs provinces canadiennes. Mais les citoyens s’unissent pour s’y opposer comme en ce moment aux États-Unis – ce fut le cas récemment en Ontario et en Colombie Britannique.

Et, pendant ce temps, nos insensées entreprises pétrolières continuent à promouvoir leurs activités délétères : 
    La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Françoise Bertrand, fait valoir qu'on ne peut prendre de décision dans le dossier d’Anticosti sans connaître les faits. Elle presse le gouvernement Couillard de permettre à Pétrolia, qui a déjà amorcé des travaux d'exploration à Anticosti, de l'autoriser à mener ces travaux à terme. (...)
    Selon elle, la conjoncture pourrait justifier une exploitation du pétrole en sol québécois, en autant que ce soit dans les meilleures pratiques de développement durable et que ce soit économiquement rentable, surtout que la consommation de pétrole sera nécessaire encore pour plusieurs décennies. «La compagnie Pétrolia attend l'autorisation pour une deuxième phase, donc on espère que ça va pouvoir se faire parce qu'il nous semble que les faits demeureront toujours la meilleure base pour prendre les décisions par la suite.» (...) 
    Bien que le premier ministre Philippe Couillard ait répété à plusieurs reprises qu'il s'oppose à l'exploitation des hydrocarbures sur Anticosti, Mme Bertrand estime que cela ne constitue pas une fin de non-recevoir définitive en soi. (...) «Tout en partageant l'objectif de diminuer l'impact sur les GES, on a encore besoin d'une grande utilisation de pétrole», a-t-elle rappelé. «De penser qu'à l'intérieur de 10 ans, 15 ans, 20 ans même, on pourrait tomber à aucune importation, c'est difficile à imaginer, alors peut-être vaut-il mieux continuer de savoir exactement ce que réserve ce sous-sol.» (La Presse, 30 avril 2016)

Or, une extraction respectueuse de l’environnement, ça n’existe tout simplement pas. Parce que de un, cela requiert d’énormes quantités d’eau, et de deux, cela entraîne une extrême pollution. Alors, forer à l’Île d’Anticosti est totalement irresponsable.

Et, ce que Mme Bertrand ne mentionne pas bien sûr, c’est que le pétrole extrait chez nous, en Alberta ou ailleurs, sera en majeure partie exporté vers d’autres pays.

La guerre pour l’eau potable est identique à celle pour les terres arables. Je ne serais pas étonnée d’apprendre que la Chine possède de substantiels investissements chez Nestlé Waters. L’envahissement se fait en pantoufles, sournoisement camouflé derrière des noms de compagnies dites «locales».

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(1) Exemples d’initiatives citoyennes.

This Land is Our Land (Cette Terre est notre Terre)

Octobre 2015

Tandis que les sécheresses sévissent en Californie, Nestlé Waters – le plus grand embouteilleur d'eau au monde – prélève des millions de gallons d'eau par année dans la Forêt Nationale de San Bernardino. La permission de prélever cette précieuse ressource accordée à Nestlé a expiré en 1988, et le service de gestion forestière aurait dû fermer le robinet à ce moment-là. 

Ce documentaire de quatre minutes explique l'impact des activités de Nestlé sur la forêt, et demande à la compagnie et au gouvernement de s'assurer que cette ressource publique soit protégée pour les générations futures.




Our Water, Our Future (Notre eau, notre futur)
Mars 2016

Cascade Locks (Oregon) est un paradis sur terre – il s'agit d'une petite ville nichée dans l’impressionnante Columbia River Gorge. Quand Nestlé est arrivé en ville en proposant d’embouteiller leur eau, les citoyens ont lancé une offensive à tous azimuts pour protéger leur ressource la plus précieuse. Our Water, Our Future (Notre eau, notre futur) raconte l'histoire de ces militants courageux. Leurs conseils avisés peuvent aider les collectivités qui font face à des prédateurs qui veulent s’emparer de leur eau partout dans le monde.



http://storyofstuff.org/movies/

3 mai 2016

Les causes : égoïsme, cupidité et apathie


Image : Godless Utopia

COMMENT FONCTIONNE LA PRIÈRE

«Merci mon Dieu de m’avoir aidé à trouver mes clés perdues!!»
(En Amérique) 

«Fantastique ça! Je vais annoncer la bonne nouvelle à tous les orphelins
(En Syrie) 

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«J'ai longtemps pensé que les pires problèmes environnementaux étaient la perte de la biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et le changement climatique. Je pensais qu’avec 30 ans de science valable nous pourrions résoudre ces problèmes. Mais j'avais tort.

Les pires problèmes environnementaux sont l'égoïsme, la cupidité et l'apathie. Et pour les régler il faudrait une transformation spirituelle et culturelle; et nous, les scientifiques, nous ne savons pas comment faire ça.»

~ James Gustave Speth, avocat en droit environnemental et militant

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Photo : ICI Radio-Canada (le 3 mai 2016). Joanne Liu, présidente de MSF, devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Son intervention a lieu alors que ce matin encore, un nouvel hôpital a été touché à Alep, en Syrie, par des tirs d’obus. Au total, quatre hôpitaux du côté rebelle et deux du côté gouvernement ont été durement touchés par les violences qui font rage depuis 10 jours.

Plaidoyer contre l'inhumanité
Agnès Gruda (La Presse, le 3 mai 2016) 

En Syrie, les attaques contre les hôpitaux sont devenues si courantes que pour échapper aux bombes, les médecins pratiquent de plus en plus dans la clandestinité. 
     Les cliniques se déplacent régulièrement pour éviter d'être repérées. Et certains hôpitaux en sont réduits à se réfugier dans des grottes, voire dans des poulaillers, raconte la présidente internationale de Médecins sans frontières, Joanne Liu.
     Cette organisation humanitaire soutenait l'hôpital qui a été bombardé par les forces progouvernementales à Alep, mercredi dernier, à 22 h. L'attaque a fait une cinquantaine de morts, dont Muhammad Wassem Maaz, l'un des derniers pédiatres d'Alep. 
     Elle a aussi détruit de grands pans de cet hôpital qui offrait des soins d'urgence, d'obstétrique et de pédiatrie à des dizaines de milliers d'habitants de cette ville qui vient de replonger dans l'horreur de la guerre, après une brève accalmie.
     Et hier, c'est un autre hôpital d'Alep, largement financé par le Canada, qui a été détruit par des frappes aériennes par les forces alliées au régime.
     «C'est très douloureux de voir mourir des collègues, mais le pire, ce sont les civils qui perdent l'accès aux soins de santé au moment où ils en ont le plus besoin», déplore Joanne Liu, que j'ai rencontrée hier lors de son passage en coup de vent chez elle, à Montréal.
     ... Joanne Liu n'en finit plus de s'insurger contre «les conflits sans limites qui bafouent toutes les règles de la guerre». En Syrie, bien sûr, mais aussi au Yémen, en Afghanistan, au Soudan du Sud...
     ... Au cours de l'année 2015, 75 installations médicales soutenues par MSF ont subi 106 attaques et 12 ont été réduites à néant. La Croix-Rouge a documenté 2400 cas d'attaques contre ses cliniques et hôpitaux entre 2012 et 2014.
     Par définition, les guerres font des dégâts, souligne Joanne Liu. Ce qui la choque surtout, c'est de constater à quel point ces attaques sont devenues banales. Et à quel point elles ne parviennent plus à émouvoir. 
     ... Joanne Liu tient aussi à mettre les points sur les i et le poing sur la table dans un autre dossier : celui de la crise des réfugiés. 
     Ce qu'elle a vu dans l'île de Lesbos l'a profondément révoltée. Tous ces gens euphoriques d'avoir survécu à leur traversée se trouvaient plongés dans un nouveau cauchemar. «Ils étaient traités comme du bétail, ils ne savaient pas où ils étaient ni ce qui les attendait.» 
     ... Les attaques contre les civils et la crise des réfugiés sont un peu les deux faces d'une même médaille : les premières nourrissent la seconde. Elles sont aussi, aux yeux de Joanne Liu, un révélateur de la montée de l'indifférence face aux conflits qui accablent la planète.

Article intégral :
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/agnes-gruda/201604/30/01-4976768-plaidoyer-contre-linhumanite.php

«Rien ne peut justifier le recours à la violence contre des patients, du personnel médical et des structures de santé. Dans le cadre du Droit international humanitaire, les hôpitaux en zone de conflits sont des espaces protégée», disait Madame Liu après le bombardement délibéré du centre de traumatologie à Kunduz (Afghanistan) en octobre dernier.
http://www.msf.ca/fr/nouvelles-du-terrain

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Boucar Diouf (Photo : La Presse)

Le virage «vert» le mur?
Boucar Diouf (La Presse, le 3 mai 2016)

Nous sommes le vendredi 22 avril 2016. C'est le Jour de la Terre et les chefs d'État de la planète se succèdent pour signer l'accord de Paris sur les changements climatiques. 
   ... Si on ne négocie pas le virage maintenant que les prix du pétrole sont bas, quand va-t-on le faire? Est-il vraiment logique de penser que lorsque l'industrie aura dépensé des sommes astronomiques dans le projet Énergie Est, dont l'objectif premier est d'augmenter de 40 % la production des sables bitumineux, ce sera le temps de parler de ralentissement pendant qu'elle cherche à rentabiliser cet investissement?
   Décupler la production est la seule motivation première de ce projet et la rhétorique argumentaire de sécurité opposant les pipelines et les trains ne tient pas la route. Non seulement le pipeline comporte beaucoup plus de risques pour l'environnement, mais sa mise en marche n'empêchera pas les trains de continuer de charrier du pétrole.
   ... Alors, si le premier ministre choisit clairement d'être pro-pipeline, il faut qu'il arrête de faire croire à la population qu'il a l'environnement à coeur. ... 
   ... Maintenir le statu quo est au virage vert ce que poser le pied sur la pédale de frein est à l'automobiliste qui ne veut pas finir dans le fossé, car il n'y a aucune technologie assez verte à ce jour qui permet d'augmenter de 40 % la production des sables bitumineux tout en réduisant les gaz à effet de serre de façon concomitante.

Article intégral :
http://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/boucar-diouf/201605/02/01-4977279-le-virage-vert-le-mur-.php

1 mai 2016

Travail, pauvreté et faim



À ce qui suit, il faut ajouter les impacts du réchauffement climatique sur la santé des travailleurs notamment dans les pays de chaleur et de froid intenses. Beaucoup de travailleurs en agriculture, dans les minières, les installations pétrochimiques, etc., mettent leurs vies en péril pour des salaires de crève-faim, tant dans les pays riches que les pays émergeants.

Le dernier des bien-portants
Nortin M. Hadler, M.D.
Traduit de l’anglais par Fernand Turcotte, M.D.
Les Presses de l’Université Laval 2008
The last well person: how to stay well despite the health-care system
McGill-Queen’s University Press 2004

(Extraits, p. 181-183; 188-192)

Les risques pour la santé d’un emploi haïssable

Quelques-unes des menaces pesant sur notre bien-être se terrent dans les activités de la vie courante. Il existe des aspects de nos mondes interactifs, de nos écosystèmes, qui peuvent déranger la biologie et contrôler la destinée. Deux menaces particulièrement puissantes ont été reconnues et elles sont beaucoup plus significatives pour la longévité de l’adulte. Ces deux menaces de la vie courante sont liées à des obstacles qui entravent la capacité de gagner son pain. 
   Une vie entièrement passée à vaciller à la limite de la pauvreté est mesquine, souvent décourageante, parfois désespérée et aussi plus courte. Qu’est-ce qui fait qu’un statut socioéconomique (SSE) précaire puisse être aussi malveillant pour le bien-être? Multiples sont les facteurs psychosociaux qui émergent des études portant sur la pauvreté relative. Certains agissent dès la conception, mais la majorité découle de la perte d’estime de soi, voire du ressentiment et de l’hostilité, que provoque la vulnérabilité accompagnant la pauvreté. Quelques-uns sont liés à l’alimentation et à certaines étapes de la vie. Bien des choses restent inconnues, mais il est évident que l’éventail des défis psychosociaux qu’il faut relever chaque jour quand on est pauvre, dont certains peuvent s’avérer insurmontables, pèse plus lourdement sur la santé et la longévité dans le monde «développé» que n’importe quel autre facteur. La persistance de la pauvreté dans les pays qui ne manquent pas de ressources constitue un reproche accablant pour leur système politique et leurs priorités de santé publique. 
   L’emploi ne constitue pas en soi, une protection générique contre la malveillance de la pauvreté. Certaines facettes de la vie des travailleurs modernes rivalisent avec les facteurs psychosociaux de la pauvreté pour compromettre la santé et la durée de la vie. Une esquisse de la situation commence à prendre forme et elle comporte des implications majeures pour la santé du monde. 
   Aimez-vous votre emploi? Vous apprécie-t-on au boulot? Ces deux questions méritent une place prioritaire sur l’agenda collectif et sur la liste des soutiens que la solidarité sociale entend procurer. Elles devraient servir de fondements à une initiative primordiale de santé publique. Répondre par la négative à ces deux questions est associé à la morbidité clinique et influence la longévité même de ceux qui pourraient, s’ils le souhaitaient, changer d’emploi. Par contre, pour un nombre grandissant de travailleurs, l’option de la mobilité en emploi n’existe même pas sinon pour aboutir à des emplois encore plus odieux. Particulièrement pour les travailleurs plus âgés qui ont commencé leur carrière en comptant sur une sécurité d’emploi, l’insécurité actuelle du marché du travail est éprouvante. 
   ... Pour aggraver les défis survenant dans ses relations et au travail, il convient d’ajouter les fluctuations de l’humeur, les malaises musculosquelettiques intermittents, les céphalées occasionnelles, les symptômes respiratoires épisodiques et la détresse physique récurrente. Pour être bien portant et se sentir invincible, il faut disposer des ressources personnelles requises pour faire face à tous ces défis, qu’ils soient physiques ou psychosociaux. ... Dans la culture occidentale, toute perte de bien-être et toute autre forme de détresse doivent s’exprimer dans un langage de souffrance physique plutôt que de détresse psychologique. On a vu que le seul fait d’évoquer la possibilité qu’un facteur d’origine psychosociale puisse exacerber une incapacité est anathème et analogue à l’accusation infâme : «c’est dans la tête!».  De sorte qu’on doit s’accommoder de la conclusion que le motif pour lequel on ne peut plus faire face aux difficultés est lié à l’intensité de la souffrance physique. Il arrive que ce soit vrai, mais ce sont le plus souvent les défis psychosociaux, non les défis physiques, qui sont les premiers responsables. Au travail, la méprise portant sur les causes somatiques des troubles musculosquelettiques régionaux a déréglé l’agenda de la santé et de la sécurité depuis plus de 60 ans. 
   Les troubles locomoteurs causent la plus grande partie de l’incapacité au travail de longue durée. La lombalgie rivalise avec la douleur du bras pour être le principal fléau affligeant les travailleurs de l’Occident. Parce que les mouvements exacerbent les symptômes, le monde industriel contemporain tend à attribuer toute incapacité à travailler, au contenu en activité physique des tâches d’un emploi. Il n’en a pas toujours été ainsi. La compréhension du mécanisme ayant suscité cette évolution est essentielle pour voir comment les problèmes locomoteurs en disent long sur la qualité de la vie au travail et, par extension, sur les menaces pour la santé et la durée de la vie qui surgissent quand cette qualité est compromise.

Les dangers inhérents à un mauvais contexte psychosocial de travail

La recherche de pointe en épidémiologie s’affaire à trouver une meilleure définition du «contexte psychosocial». C’est un défi presque aussi redoutable que celui de déterminer les facteurs psychosociaux qu’on peut associer à la pauvreté. Certaines caractéristiques qui émergent d’études réalisées en milieu de travail comprennent des aspects du «stress» lié à l’emploi, de la «tension», de la «charge allostatique» et des «fluctuations» de motivation.  Ces mesures échantillonnent des fonctions psychosociales complexes comme la satisfaction au travail, l’autonomie au poste de travail, la motivation et autres. D’une manière générale, les associations montrées par les variables «psychosociales» sont faibles, voire inconstantes. Il s’en trouve même plusieurs qui sont dépourvues de sens. Cette variabilité ne diminue en rien leurs implications; travailler dans un contexte psychosocial hostile compromet la capacité de surmonter le prochain épisode de souffrance musculosquelettique et constitue une menace pour la longévité. [...] 
   La période contemporaine est riche en exemples de situations où l’hostilité du contexte peut toucher une entreprise, sinon une industrie. Les menaces liées aux réorganisations, le recours à la sous-traitance, quand ce ne sont pas les menaces de faillite, empoisonnent le climat d’entreprises où des travailleurs se trouvent plongés dans un contexte vicié par l’insécurité et les griefs personnels. Les effets néfastes de ces contextes pour la santé sont considérables. [...] 
   Une solution humaniste ne saurait se trouver dans la réglementation. Elle est sise dans l’éducation de toute la société à propos de l’importance du contexte psychosocial du travail et de la valorisation des travailleurs, plus particulièrement de ceux qui, pour être dotés d’un talent inné, sont capables d’aider leurs collègues à affronter correctement le stress. Ces leaders qui ont du cœur sont inestimables. L’atelier contemporain a les moyens d’aider ceux qui ne sont pas toujours en mesure d’améliorer par eux-mêmes leur estime de soi, leur attitude à faire face aux difficultés et la protection de leur longévité. 
   Cet idéal ne peut pas se réaliser tant que les constructions sociales de la blessure, du «c’est dans la tête» et du capital humain n’auront pas été reléguées aux oubliettes. [...] Une solution devient possible quand on connaît la dynamique d’un milieu de travail et qu’on peut reconnaître des ressources capables d’aider à l’instar de ce qu’on fait tous dans sa vie privée. La communauté se doit de brider tout comportement traitant le capital humain comme s’il était remplaçable.

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L’organisation criminelle de la faim

«Couper les vivres et toutes formes de subsistance économique aux pauvres devient un moyen de les pousser coûte que coûte au travail.» ~Joseph Townsend, représentant britannique (1786).

Dans son essai, Olivier Assouly, professeur de philosophie en France, s'intéresse à cette stratégie terrifiante que les nazis portèrent à un niveau inédit pendant la Deuxième Guerre mondiale dans les camps de concentration. Aujourd'hui, d'autres pratiques continuent d'assujettir les populations en prenant en otage le fait alimentaire.

Entretien avec Michel Desautels (19 janvier 2014; 11 min.) :
http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2013-2014/chronique.asp?idChronique=325851

L'organisation criminelle de la faim
Olivier ASSOULY
Actes Sud Sciences humaines
Hors collection
Octobre 2013

Présentation de l’éditeur :

Si la faim est une arme qui n’a cessé d’être utilisée en temps de guerre pour faire plier l’ennemi, les nazis portèrent à un niveau inédit de criminalité l’organisation de la faim au sein de leurs camps de concentration. 
   Dès lors que, le 15 décembre 1942, Himmler eut, pour optimiser les performances des déportés, préconisé de gratifier ceux-ci d’une nourriture plus “saine”, les nazis s’employèrent à une évaluation scientifique de la résistance physique des détenus, au calcul vétilleux des calories et des rations alimentaires au nom d’un ordre biologique supérieur impliquant la transformation des victimes en “sous-hommes” exploitables à merci puis “retraités” au titre écologique de déchets organiques. 
   Aussi terrifiante et scandaleuse qu’en aient été les manifestations sous le joug nazi, pareille économie exterminatrice n’était cependant pas totalement inédite au regard de l’instrumentalisation de la faim orchestrée, à la fin du XVIIIe siècle, par l’avènement d’une ère industrielle contraignant des populations entières à travailler en usine pour échapper à l’inanition. 
   Bien que les temps aient changé, d’autres pratiques continuent d’assujettir les populations en prenant en otage le fait alimentaire. Comment, en effet, ne pas s’interroger sur l’industrie agroalimentaire qui favorise une libéralisation croissante aux fins d’une criminelle mise sous tutelle économique du vivant et des denrées planétaires, érigeant ainsi l’appétit en un redoutable instrument politique de domination?

http://www.actes-sud.fr/contributeurs/assouly-olivier-0

 

29 avril 2016

Rien à vous reprocher?

Je visite régulièrement The Intercept pour avoir accès à l’endroit de la médaille. Hier, j’ai lu un article de Greenwald au sujet des conséquences psychologiques de la surveillance de masse, dont l’autocensure fait partie. Avez-vous déjà censuré vos opinions ou vos recherches en ligne même si vous n’avez rien à vous reprocher, juste au cas où la machine les classerait subversives ou rebelles? Car tout le monde sait que la bête fonctionne par mots-clés...

Par ailleurs, on peut penser au rapport autorité / culpabilité / punition. Par exemple, quand une patrouille nous suit sur l'autoroute, même si nous respectons les limites de vitesse et que nous n'avons commis aucune infraction, on se demande tout de suite 'ai-je fait quelque chose de travers?'. Les policiers (tout comme les religieux) sont de forts symboles d'autorité qu'on associe à faute, transgression et punition. Tout le système éducationnel, familial et social, est basé sur le sentiment de culpabilité; si l'on ajoute une quelconque religion sur le top, avec ses péchés et ses codes restrictifs, alors là, bonne chance. De sorte que la culpabilité et la peur d'être puni surgissent sans qu'on ait commis de faute en raison du conditionnement subi depuis la petite enfance. Aberrant, non? Edward Bernays (neveu de Freud), considéré comme le père de la propagande, a ingénieusement appliqué les enseignements de son oncle à ses méthodes de manipulation de l'opinion publique. Elles se pratiquent à plein régime encore aujourd'hui parce qu'elles sont efficaces.  

«Est-il absolument indispensable qu’il y ait antagonisme entre l’intérêt de l’individu et celui de la collectivité? Probablement que non. Mais l’on peut aussi se demander pourquoi notre terre, qui pourrait être un endroit passablement agréable pour des êtres intelligents, est transformée en enfer par la stupidité de ses habitants.»
~ Alexandra David Néel (Sous une nuée d’orages, Plon 1940)


Image : PKUCZY (Pawel Kuczynski) -- tellement génial!

Extrait de New Study Shows Mass Surveillance Breeds Meekness, Fear and Self-Censorship, par Glenn Greenwald (The Intercept) :  

A newly published study from Oxford’s Jon Penney provides empirical evidence for a key argument long made by privacy advocates: that the mere existence of a surveillance state breeds fear and conformity and stifles free expression. Reporting on the study, the Washington Post this morning described this phenomenon: “If we think that authorities are watching our online actions, we might stop visiting certain websites or not say certain things just to avoid seeming suspicious.” 
     The new study documents how, in the wake of the 2013 Snowden revelations (of which 87% of Americans were aware), there was “a 20 percent decline in page views on Wikipedia articles related to terrorism, including those that mentioned ‘al-Qaeda,’ “car bomb’ or ‘Taliban.'” People were afraid to read articles about those topics because of fear that doing so would bring them under a cloud of suspicion. The dangers of that dynamic were expressed well by Penney: “If people are spooked or deterred from learning about important policy matters like terrorism and national security, this is a real threat to proper democratic debate.” 
     As the Post explains, several other studies have also demonstrated how mass surveillance crushes free expression and free thought. A 2015 study examined Google search data and demonstrated that, post-Snowden, “users were less likely to search using search terms that they believed might get them in trouble with the US government” and that these “results suggest that there is a chilling effect on search behavior from government surveillance on the Internet.” 
     The fear that causes self-censorship is well beyond the realm of theory. Ample evidence demonstrates that it’s real – and rational. A study from PEN America writers found that 1 in 6 writers had curbed their content out of fear of surveillance and showed that writers are “not only overwhelmingly worried about government surveillance, but are engaging in self-censorship as a result.” Scholars in Europe have been accused of being terrorist supporters by virtue of possessing research materials on extremist groups, while British libraries refuse to house any material on the Taliban for fear of being prosecuted for material support for terrorism
     There are also numerous psychological studies demonstrating that people who believe they are being watched engage in behavior far more compliant, conformist and submissive than those who believe they are acting without monitoring.

Suite de l’article :
https://theintercept.com/2016/04/28/new-study-shows-mass-surveillance-breeds-meekness-fear-and-self-censorship/



Transcription/traduction par TED

Il existe un certain type de vidéos sur YouTube consacrées à une expérience que tout le monde ici a sans doute déjà vécue. Dans ces vidéos on y voit des gens, qui croyant être seuls, se lancent dans des comportements exubérants - des chants endiablés, des danses virevoltantes, des activités sexuelles soft - avant de s'apercevoir, qu'en fait, ils ne sont pas seuls : quelqu'un les observe. Du coup, ils arrêtent immédiatement leur activité, horrifiés. La honte et l'humiliation se lisent sur leurs visages. Leur expression dit : «Je ne suis prêt à faire ça que si personne ne me regarde.»

Nous sommes là au cœur du travail auquel je me suis consacré ces 16 derniers mois, la question de l'importance de l'intimité, une question qui a pris de l'ampleur dans le contexte du débat mondial, soulevé par les révélations d'Edward Snowden qui nous ont appris que les US et leurs alliés, à l'insu du monde entier, ont transformé Internet, autrefois considéré comme un outil de libération et de démocratie sans précédent, en un espace de surveillance de masse systématique sans précédent.

Une opinion courante dans ce débat, même parmi les personnes mal à l'aise avec cette surveillance, c'est que cette invasion à grande échelle n'entraîne pas un réel préjudice car il n'y aurait que les personnes agissant mal qui auraient des raisons de se cacher et de protéger leur vie privée. Cette vision du monde sous-entend qu'il y a deux sortes de personnes : les bons et les méchants. Les méchants sont ceux qui planifient des attaques terroristes, ou des crimes violents, et qui ont donc des raisons de cacher ce qu'ils font, des raisons de protéger leur intimité. À l'inverse, les gentils sont des gens qui vont au travail, rentrent chez eux, élèvent leurs enfants, regardent la télé. Ils n'utilisent pas Internet pour préparer des attentats, mais pour suivre l'actualité, échanger des recettes, ou pour organiser les activités de leurs enfants. Ces gens ne font rien de mal, ils n'ont donc rien à cacher et aucune raison de craindre la surveillance du gouvernement.

Ceux qui expriment cette opinion s'engagent, de façon extrême, dans un acte d'autodépréciation. Car ce qu'ils disent revient à dire : «J'ai accepté de devenir une personne tellement inoffensive et inintéressante que je n'ai pas peur que le gouvernement sache ce que je fais.» L'expression la plus pure de cette vision du monde a été énoncée en 2009 par celui qui fut longtemps PDG de Google, Eric Schmidt. Interrogé sur les multiples façons dont son entreprise porte atteinte à la vie privée de centaines de millions de personnes à travers le monde, il répondit, je cite : «Si vous faites quelque chose que vous ne voulez pas que d'autres sachent, peut-être que, déjà, vous ne devriez pas la faire.»

Il y a beaucoup de choses à dire sur cette façon de penser. La première est que les gens qui tiennent ce discours, qui disent que la vie privée n'est pas si importante que ça, n'y croient pas eux-mêmes. Et on peut démontrer qu'ils n'y croient pas, parce que tout en disant que l'intimité n'a pas d'importance, ils mettent en place tout un ensemble d'actions pour protéger leur propre intimité. Ils verrouillent leurs boîtes mails et leurs comptes de réseaux sociaux, ils mettent des serrures à leur chambre et salle de bain, tout un ensemble de moyens pour empêcher les autres d'entrer dans ce qu'ils considèrent leur sphère privée, et pour protéger tout ce qu'ils n'ont pas envie de rendre public. Ce même Eric Schmidt, le PDG de Google, a ordonné à ses employés chez Google d'arrêter de communiquer avec le magazine en ligne CNET après que CNET ait publié un article rempli d'informations privées sur Eric Schmidt, obtenues exclusivement grâce à des recherches sur Google avec des produits Google. (Rires) On retrouve cette même contradiction chez le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, qui, en 2010, dans une interview tristement célèbre, a déclaré que l'intimité n'est plus, je cite : «la norme sociale». L'année dernière, Mark Zuckerberg et son épouse ont acheté non seulement leur propre maison à Palo Alto, mais aussi les quatre maisons adjacentes, pour 30 millions de dollars afin de s'assurer qu'ils disposaient d'un espace privé suffisant pour empêcher d'autres personnes d'espionner ce qu'ils font en privé.

Pendant ces 16 derniers mois, à chaque débat, partout dans le monde, quelqu'un m'a dit : «Je n'ai pas à m'en soucier car je n'ai rien à cacher.» Je réponds toujours la même chose. Je sors un stylo et j'écris mon adresse mail. Je leur dis : «Voici mon e-mail. Quand vous rentrerez chez vous, envoyez-moi les mots de passe de toutes vos boîtes mail, pas simplement les jolies et respectables, je les veux toutes. Je veux juste y jeter un coup d’œil, voir ce que vous faites en ligne, lire et publier ce que j'y trouverai d'intéressant. Après tout, si vous n'êtes pas malveillant, si vous ne faites rien de mal, vous ne devriez rien avoir à cacher.»

Personne n'a accepté ma proposition. (Applaudissements) J'ai surveillé cette boîte aux lettres religieusement : c'est le désert. Et il y a une raison à cela : les êtres humains, même ceux qui, en théorie, contestent l'importance de l'intimité, comprennent de façon instinctive son importance fondamentale. Nous sommes, il est vrai, des animaux sociaux, nous avons besoin de faire savoir aux autres ce que nous faisons, disons, pensons, et c'est pourquoi nous publions des informations personnelles en ligne. Mais il est tout aussi essentiel, pour être quelqu'un de libre et d'épanoui, d'avoir un jardin secret à l’abri du jugement des autres. Il existe une raison à ce besoin, et cette raison est que nous tous, pas seulement les terroristes ou les criminels, nous tous, avons des choses à cacher. Il y a plein de choses que nous faisons ou pensons que nous racontons volontiers à notre médecin, notre avocat, notre psy, notre époux, ou notre meilleur ami mais qui nous submergeraient de honte si le reste du monde les apprenait. Nous décidons chaque jour, quels éléments de notre vie nous voulons partager et quels éléments de notre vie nous gardons pour nous. Les gens peuvent facilement déclarer qu'ils ne tiennent pas à leur intimité mais leurs actes contredisent la sincérité de leurs affirmations.

Il y a une raison pour laquelle nous recherchons cette intimité, universellement et instinctivement. Ce n'est pas un réflexe naturel comme respirer ou boire de l'eau. Quand on se trouve dans une situation, où l'on peut être contrôlé, où l'on peut être observé, notre comportement change radicalement. Les comportements que nous adoptons quand nous pensons être observés sont soumis à une forte autocensure. C'est un simple fait de la nature humaine reconnu par les sciences sociales, la littérature, la religion, et dans quasiment tous les domaines. Il existe des dizaines d'études psychologiques qui prouvent que lorsque quelqu'un sait qu'il pourrait être observé, le comportement qu'il adopte est beaucoup plus conformiste et consensuel. Chez les humains, la honte est une motivation très puissante, comme l'est le désir de l'éviter. C'est pourquoi les hommes, lorsqu'ils sont observés, prennent des décisions qui résultent, non pas de leur propre réflexion, mais des attentes qu'on a mises sur eux, ou des règles de la société.

Cette prise de conscience a été exploitée au maximum, à des fins pratiques, par le philosophe du XVIIIe siècle Jeremy Bentham, quand il a cherché à résoudre un problème majeur généré par la société industrielle, dans laquelle les institutions étaient devenues si vastes et centralisées qu'elles ne pouvaient plus surveiller et contrôler les individus. La solution qu'il imagina était un projet architectural, originellement destiné aux prisons, baptisé le panoptique. Sa caractéristique première était la construction d'une immense tour au centre de l'établissement depuis laquelle le personnel de surveillance pouvait à tout instant observer n'importe quel détenu, même s'il ne pouvait pas tous les surveiller en même temps. L'élément crucial de ce concept était que les détenus ne pouvaient voir l'intérieur du panoptique, l'intérieur de la tour. Ils ne savaient donc jamais s'ils étaient surveillés. Ce qui l'enthousiasmait le plus dans cette découverte était que les prisonniers devaient présumer qu'ils étaient constamment surveillés, ce qui les forcerait à intégrer les principes d'obéissance et de discipline. Michel Foucault, philosophe français du XXe siècle, s'est rendu compte que ce modèle pouvait être utilisé pour toutes les institutions qui exigent un contrôle des comportements : les écoles, les hôpitaux, les usines, les lieux de travail. Foucault a dit que cette vision du monde, cette structure conçue par Bentham, serait la clé du contrôle social dans des sociétés modernes, occidentales, qui pourraient se passer des dispositifs typiques des totalitarismes punir, emprisonner, tuer les dissidents, ni de contraindre légalement un groupe à rester loyal, car la surveillance de masse crée au sein de l'esprit, une prison beaucoup plus subtile mais beaucoup plus efficace, une prison qui pousse au respect des normes sociales et de la doctrine sociale dominante avec plus d'efficacité que la force brute.

L'œuvre littéraire la plus emblématique sur l'espionnage et la vie privée est «1984», le roman de Georges Orwell, que nous étudions à l'école, et qui est donc presque devenu un cliché. Lorsqu'on l'évoque au sein d'un débat, les gens le rejettent aussitôt sous prétexte qu'il n'est pas pertinent. Ils rétorquent : «Dans «1984», il y avait des caméras dans les foyers, les gens étaient observés à chaque instant, rien à voir avec le régime de surveillance auquel nous sommes confrontés.» Ceci est en fait une grossière méprise des avertissements lancés par Orwell dans «1984». Le danger qu'il pointait n'était pas un régime de surveillance qui contrôle tout le monde à tout instant, mais un état où les gens ont conscience qu'ils peuvent être surveillés à tout moment. Voici comment le narrateur d'Orwell, Winston Smith, décrit le système de surveillance auquel il est confronté : «Évidemment, il n'y avait aucun moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé.» Il continue en disant : «Ils pouvaient nous mettre sur écoute quand ils le voulaient. On devait vivre, on vivait, l'habitude est devenue instinct, en admettant que tout son émis pouvait être entendu et, sauf dans l'obscurité, tout mouvement scruté.»

Les religions abrahamiques prêchent, elles aussi, qu'il existe une autorité invisible et omnisciente qui, du fait de son omniscience, observe constamment ce que l'on fait, ce qui signifie que l'on n'a jamais de moment d'intimité : le moyen ultime d'imposer l'obéissance à leurs préceptes.

Ce que ces systèmes de pensée apparemment différents reconnaissent, la conclusion qu'ils obtiennent, c'est qu'une société où les gens sont surveillés à chaque instant est une société qui pousse à la conformité, à l'obéissance et à la soumission, ce pourquoi, tous les tyrans, du plus manifeste au plus subtil, briguent ce système. À l'autre bout du spectre, et beaucoup plus important, on a le domaine de l'intimité : qui est la possibilité d'un lieu où l'on peut penser, raisonner, interagir et parler sans sentir sur nous le jugement d'autrui, car c'est là que la créativité, la recherche et la différence d'opinion peuvent se développer. Pour cette raison, lorsque nous acceptons une société où nous sommes en permanence sous surveillance, nous acceptons qu'on fasse une entaille profonde à l'essence de la liberté humaine.

La dernière observation que je ferai sur cette façon de penser, est l'idée que seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher auraient des raisons de se cacher et donc de défendre leur intimité. Cette idée envoie deux messages destructeurs, deux principes destructeurs. Le premier est que les personnes qui protègent leur intimité, les personnes qui recherchent l'intimité seraient, par définition, de mauvaises personnes. C'est une conclusion que nous devrions éviter à tout prix. Surtout parce que lorsqu'on imagine «quelqu'un qui fait du mal», nous, on imagine des terroristes organisant un attentat, ou un criminel violent, ce qui est une conception beaucoup plus restreinte que celle de ceux qui détiennent le pouvoir lorsqu'ils disent «faire du mal». Pour eux, «faire du mal» signifie faire quelque chose qui pose un défi à l'exercice du pouvoir.

L'autre principe destructeur, plus insidieux encore, qui découle d'accepter cette vision du monde, c'est qu'il y aurait un marché implicite accepté par les gens qui souscrivent ces idées. Ce marché est le suivant : quand vous serez prêts à devenir suffisamment effacés et suffisamment inoffensifs, pour les pouvoirs en place, alors, et seulement alors, vous serez à l'abri des dangers de la surveillance. Uniquement les dissidents, qui défient le pouvoir, doivent s'en inquiéter. De multiples raisons devraient nous pousser à éviter ce principe. Peut-être que, aujourd'hui, ces comportements n'ont pas leur place dans votre vie, mais cela pourrait changer à l'avenir. Même si vous êtes certains de ne jamais vous y livrer, l'existence des gens prêts à s'opposer au pouvoir, capables de s'opposer au pouvoir - dissidents, journalistes, activistes et bien d'autres - est quelque chose qui profite à toute la collectivité et que nous devrions préserver. Tout aussi primordial, l'indicateur mesurant le degré de liberté dans une société n'est pas la façon dont elle traite ces bons citoyens obéissants, mais la façon dont elle traite ses dissidents et ceux qui résistent à sa doctrine. La raison la plus importante est qu'un système de surveillance de masse réprime notre liberté de plein de manières. Il proscrit toutes sortes de conduites sans qu'on s'en aperçoive. La célèbre socialiste Rosa Luxemburg a dit : «Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes.» On peut tenter de rendre les chaînes de la surveillance de masse invisibles et indétectables mais les contraintes qu'elle nous impose n'en deviennent pas moins puissantes.

(Remerciements / Applaudissements)

Bruno Giussani : Merci, Glenn. Je dois dire que ce plaidoyer était convaincant mais je voudrais revenir sur ces 16 derniers mois et sur Edward Snowden pour quelques questions. La première vous est personnelle. Nous avons appris l'arrestation à Londres de votre partenaire, David Miranda, et vos autres embarras. J'imagine, en termes d'engagement et de prise de risques, la pression que vous devez subir pour avoir défié les plus grands organismes souverains au monde. Dites-nous un peu plus.

Glenn Greenwald : Je pense que dans ces situations, le courage des gens est contagieux. Donc même si mes confrères journalistes et moi-même étions conscients du risque - les États-Unis sont le pays le plus puissant de la planète et n'apprécient pas que l'on révèle leurs secrets par milliers sur Internet à volonté, voir une personne de 29 ans, une personne ordinaire, qui a grandi dans un environnement tout à fait ordinaire, faire preuve d'un courage moral aussi important que celui d'Edward Snowden, sachant qu'il irait en prison jusqu'à sa mort ou que sa vie s'effondrerait, m'a inspiré, a inspiré mes confrères et je pense, des gens du monde entier. Même de futurs informateurs, qui ont compris qu'ils pouvaient aussi s'engager dans de telles pratiques.

BG : J'aimerais connaître vos liens avec Ed Snowden, car vous lui avez beaucoup parlé, et vous continuez très certainement, mais dans votre livre, vous ne l'appelez pas Edward, ou Ed, vous utilisez «Snowden». Pourquoi?

GG : C'est certainement une chose qui pourrait être examinée par une équipe de psychologues. Je ne sais pas vraiment, mais il pourrait avoir une raison :
l'un de ses objectifs les plus importants, et l'une de ses tactiques les plus importantes, était qu'il savait qu'une manière de détourner l'attention du contenu des révélations serait d'essayer de diriger l'attention sur lui. De ce fait, il s'est éloigné des médias. Il a tenté d'éviter que sa vie privée ne soit examinée. Je pense que l'appeler Snowden est une façon de le présenter comme un important acteur de l'Histoire plutôt que de lui donner un relief particulier qui aurait pu détourner l'attention de la véritable question.

BG : Ses révélations et le travail des journalistes ont beaucoup nourri le débat et plusieurs gouvernements ont réagi, avec des projets et des programmes pour remanier le concept d'Internet. De nombreuses choses vont aujourd'hui dans ce sens. Mais je voudrais savoir : vous, personnellement, quel aboutissement souhaitez-vous? À quel moment penserez-vous : «Nous avons réussi à faire bouger les choses»?

GG : Le dénouement pour moi, en tant que journaliste, est très simple. Il faut qu'on soit sûr que chaque document digne d'intérêt, digne d'être divulgué, soit divulgué, que des secrets qui ne devraient pas l'être soient dévoilés. Voilà l'essence du journalisme et voilà dans quoi je m'engage. Comme je trouve odieuse la surveillance de masse pour toutes les raisons que j'ai citées, mon travail aboutira quand les gouvernements du monde entier ne pourront plus soumettre les populations au contrôle et à l'espionnage sauf s'ils convainquent un tribunal ou une entité que la personne ciblée a vraiment agi de façon illégale. Voilà selon moi la façon de restaurer le droit à la vie privée.

BG : On a vu, à un événement TED, que Snowden se présente comme un défenseur des valeurs démocratiques et des principes démocratiques. Pourtant, beaucoup de gens ont du mal à croire qu'il n'avait pas d'autres motivations. Ils ont du mal à croire qu'il n'y avait pas d'argent en jeu, qu'il n'a pas vendu ses secrets à la Chine ou la Russie, qui ne sont pas de bons amis des États-Unis en ce moment. Je suis sûr que beaucoup de gens se posent la question : est-il possible qu'il y ait une facette de Snowden que nous n'avons pas encore vue?

GG : Non, je trouve ça absurde et idiot. (Rires) Je sais que vous jouez juste l'avocat du diable, mais si vous voulez vendre des secrets à un autre pays, ce que Snowden aurait pu faire, et devenir très riche, la dernière chose à faire serait de les communiquer à la presse, car ils perdraient toute leur valeur. Les gens qui veulent s'enrichir vendent leurs secrets discrètement. Je pense qu'il est crucial de préciser que ces accusations proviennent de représentants du gouvernement américain, de personnes au sein des médias loyales à ces différents gouvernements. Je pense que la plupart des gens qui disent : «Je ne crois pas que Snowden ait agi à cause de ses principes, il doit avoir des raisons perverses et infâmes.» en disent beaucoup plus sur eux-mêmes que sur la cible de leurs accusations, car... (Applaudissements) ces personnes, celles qui émettent ces accusations, agissent toujours en fonction de leurs intérêts corrompus. Ils pensent donc que tout le monde est infesté comme eux, par cette maladie qui est l'absence d'âme, d'où leur hypothèse.

(Remerciements / Applaudissements)

Dans la même veine :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2015/02/lepouvantail-moineaux-tweets-et-autres.html