12 septembre 2021

Legault appuie le PCC?!

Après les souvenirs des attentats, tout sujet semble futile, en particulier celui-ci. Les chefs ont l’air d’une bande d’enfants d’école qui se disputent pour le bonnet d’âne – ils devraient se calmer, des bonnets y’en a pour tout le monde...

On sait que François Legault est paternaliste, mais là, l’immixtion frise l’infantilisation. En gros sabots. Legault endosse-t-il les valeurs de la droite conservatrice fondamentaliste, pilier du PCC? Diable, ça fait peur!

Si Justin Trudeau est dangereux, Erin O’Toole pourrait l’être encore plus! Il est l’arbre qui cache la forêt de protestants et d’évangélistes pro-armes (anti-contrôle), pro-vie (anti-avortement), pro-pétrole (pipelines-GES), pro-privatisation en santé, etc. Ses propos sont donc très ambigus parce qu’il est à cheval sur la clôture. 

Comme le fait remarquer Josée Legault dans sa chronique, François Legault se comporte comme à l’époque où le clergé disait aux électeurs pour qui voter. (1)

Appuyer O’Toole, un pari risqué pour Legault

Josée Legault / Journal de Montréal 10 septembre 2021

Au lendemain de la performance décevante du chef conservateur, Erin O’Toole, au dernier débat des chefs en français, François Legault en a surpris plusieurs en se portant illico à sa rescousse.

De fait, la nette préférence exprimée par le premier ministre du Québec pour une victoire minoritaire de M. O’Toole lance un appel aux «nationalistes» à voter conservateur.

Les jugeant «dangereux» pour le Québec, M. Legault a même enjoint aux électeurs de se «méfier» du chef libéral Justin Trudeau, du NPD et du Parti vert. Tous trop «centralisateurs». Et ce, sans dire un mot du Bloc québécois et de son chef, Yves-François Blanchet.

Pour le premier ministre Legault, une ingérence aussi directe en terrain électoral fédéral, est un pari risqué. À ceux qui, parmi les nationalistes, s’apprêtent à voter pour le Bloc, pourtant l’allié indéfectible de M. Legault à Ottawa depuis 2019, un tel message est carrément désarçonnant.

Un autre risque d’appuyer Erin O’Toole est de le faire alors qu’il promet de priver le Québec de 6 milliards $ en reniant l’entente Trudeau-Legault sur les services de garde.

En tournant nommément ses canons contre Justin Trudeau, François Legault risque même de mettre à mal la relation productive qu’avaient développée les deux chefs de gouvernement ces derniers mois.

Le ciel est bleu, l’enfer est rouge

L’appui aux conservateurs, même involontairement, risque aussi de faire fi d’autres valeurs consensuelles québécoises. Y compris la reconnaissance du droit des femmes à l’avortement et la lutte aux changements climatiques. 

De toute évidence, la sortie de M. Legault témoigne surtout de son inquiétude face à la possibilité croissante d’une victoire libérale minoritaire. Le Bloc étant condamné à l’opposition, il en appelle donc aux «nationalistes» de voter bleu, mais conservateur – seul parti apte à ravir le pouvoir aux libéraux.

Pour Justin Trudeau, seul le résultat de l’élection dira jusqu’où ce coup de Jarnac lui aura nui ou non. À moins que le Bloc, largué à son tour, ne soit celui à en pâtir le plus dans l’isoloir. Impossible de le savoir pour le moment.

Les plus vieux y auront sûrement entendu l’écho d’une phrase légendaire en politique pré-Révolution tranquille : «Le ciel est bleu, l’enfer est rouge». (1)

C’est bien ce que le clergé prêchait à ses fidèles canadiens-français en leur enjoignant de rejeter l’«enfer» rouge libéral pour le «paradis» bleu de l’Union nationale.

Retour au mirage de 2006 ?

L’histoire plus récente enseigne pourtant à se méfier des sirènes conservatrices post-Mulroney. En 2006, pressés comme d’autres Canadiens de punir les libéraux pour le scandale des commandites – réaction tout à fait compréhensible –, ils ont connu un résultat qui n’en fut pas moins malheureux. 

S’est ensuivie une décennie de régime Harper, autoritaire et pro-pétrole. Le Québec, lui, avait dû se contenter de mamours «décentralisateurs» essentiellement cosmétiques.

Devant les Québécois, M. Harper excellait en effet dans les belles phrases creuses dénuées de toute substance capable d’élargir véritablement les pouvoirs du Québec.

Bref, la question que se posent plusieurs Québécois, nationalistes ou pas, n’est-elle pas plutôt celle-ci : même sous Erin O’Toole, veulent-ils vraiment succomber à nouveau au mirage conservateur?

https://www.journaldemontreal.com/2021/09/10/appuyer-otoole-un-pari-risque-pour-legault

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(1) En bref pour celles et ceux qui ne connaissent pas les heures de gloire entre le clergé et le gouvernement au temps de Maurice Duplessis.

À droite Maurice Duplessis; au centre le Cardinal Paul-Émile Léger. 

Jusqu’à la Révolution tranquille des années 1960, l’Église [catholique] exerce une grande influence sur la population et joue un rôle actif en politique, appuyant généralement les partis conservateurs, plus traditionalistes.

Notamment, lors des campagnes électorales au Québec. Les investissements considérables qu'elle offre à peu de frais à l'État lui permettent d'exercer de son influence auprès des dirigeants. L'Église contribue grandement aux fonctions de plusieurs institutions publiques de l'État. Elle fournit un nombre toujours croissant de main-d'oeuvre au gouvernement du Québec.

Le clergé use de son influence auprès du gouvernement pour exercer son influence sur les institutions publiques. Elle joue un rôle dominant dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux. L'influence s'étend aussi sur l'ensemble de la main-d'oeuvre des institutions. En plus de voir aux affaires religieuses, les clercs sont aussi des professeurs, des enseignantes, des infirmières, des travailleurs sociaux. Les membres du clergé exercent alors beaucoup d'influence sur l'État et ses institutions publiques.  

Le gouvernement de Duplessis se sert de l’influence de l’Église sur la population pour se maintenir au pouvoir. La hausse de la fréquentation scolaire devient un obstacle au gouvernement de Duplessis. La loi de l'Instruction publique rendant obligatoire la fréquentation scolaire jusqu'à 14 ans est contraint par l'arrivée des babyboomers dans le système scolaire public. Le gouvernement Duplessis se voit dans l'obligation d'accroître son parc immobilier scolaire afin de répondre à la croissance de la population. L'Église maintient toujours des intérêts dans le domaine de l'éducation étant chargée de voir à la formation de ses instituteurs et institutrices. Elle s’occupe de nombreuses sociétés, associations, journaux et œuvres de charité où elle peut promouvoir ses idées : Société Saint-Jean-Baptiste, Société Saint-Vincent-de-Paul, syndicats catholiques...

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