23 octobre 2012

Végétalisme et crise

Une communauté végétalienne défie la crise grecque
Par Deepa Babington et Lefteris Papadimas
Reuters – 2 sept. 2012


Photo 23 juillet 2012 / REUTERS / Deepa Babington : Apostolos Sianos, 32 ans, un des quatre co-fondateurs du Mont Telethrion, une communauté autosuffisante à Aghios, sur l'ile grecque d'Eubée, au nord-est d'Athènes.

AGHIOS, Grèce (Reuters) - Il y a deux ans, quand ils ont vu Panos Kantas et trois de ses amis débarquer d'Athènes pour lancer une communauté autosuffisante, vivre dans des yourtes et faire pousser leurs propres légumes, les habitants du village d'Aghios, sur l'ile grecque d'Eubée, au nord-est d'Athènes, n'ont pas caché leur surprise.

En Californie ou en Scandinavie, cette initiative n'aurait pas fait autant de bruit. Mais dans un pays où la question écologique n'existe qu'en ville, dans l'arrière-pays grec, très conservateur, elle a éveillé les soupçons des locaux et causé l'hilarité de beaucoup.

Aujourd'hui, ce sont les quatre amis qui rient.

"Il y a encore deux ans, tout le monde pensait que nous étions fous. Mais ce n'est plus le cas", se félicite Panos Kantas, un ancien programmeur informatique âgé de 29 ans qui a cofondé le projet Mont Telethrion. "La crise a validé un constat qui nous semblait évident, et qui l'est maintenant pour tout le monde."

Les débuts sur ce mont abrupt, face à la mer, n'ont pas été évidents, entre le feu de bois pour se tenir chaud l'hiver et l'inquiétude des villageois alentour qui pensaient qu'ils communiquaient avec l'espace.

Aujourd'hui, la communauté végétalienne compte entre 15 et 20 enthousiastes, membres à plein temps, et, alors que la crise économique grecque ne cesse de s'aggraver, des dizaines de personnes sont venues se renseigner pour éventuellement les rejoindre.

Près de 80% de la nourriture consommée est produite dans le potager, assure Apostolos Sianos, un des quatre co-fondateurs de la communauté, et le groupe obtient le reste en troquant ses produits avec les villageois. Le but ultime - se passer d'argent - n'est pas atteint puisqu'il faut bien payer l'électricité ou la construction d'une structure destinée aux projets d'agrandissement de la communauté, sur un terrain voisin. Pourtant, si ce sont des yourtes qui ont été choisies pour vivre, c'est parce qu'il s'agit du seul habitat qui ne nécessitait pas un permis couteux de la part des autorités locales.

La crise a changé les mentalités

Il y a dix ans, quand le pays était en plein 'boom' économique, le projet Mont Telethrion n'aurait pas trouvé beaucoup de volontaires, estime Dimitris Ibrahim, coordinateur en Grèce pour Greenpeace. "À l'époque les gens étaient davantage intéressés par leur bienêtre, gagner de l'argent, les marchés financiers. On se serait moqué de ces gens - la société grecque n'était pas prête à entendre ce genre de message", dit-il. "Aujourd'hui, c'est vraiment pertinent. Cela touche au cœur : n'importe quel Grec connait quelqu'un qui se tourne vers ce genre de pratique."

Cette communauté fait partie d'une série d'initiatives écologiques qui ont fleuri en même temps que la crise de la dette.

"D'une façon générale, la crise a donné à beaucoup de gens l'occasion de changer leur façon de penser et d'essayer de s'organiser différemment", explique Theocharis Tsoutsos, professeur à l'université technique de Crète et qui étudie les projets à énergie renouvelable. "Par exemple faire les choses à une plus petite échelle, créer son propre jardin, ou essayer de promouvoir les enjeux écologiques à une petite échelle, ou promouvoir les initiatives agricoles à bas cout."

Yannis Razakias et Maria Eikosipentaki ont ainsi quitté Athènes il y a trois mois pour venir vivre au sein de la communauté. Ce couple a appris l'existence du projet sur internet et y a vu le moyen idéal de tourner le dos à une vie urbaine emplie de stress. "La crise a clairement joué psychologiquement dans notre décision. Nos clients, nos employeurs, tout le monde parlait de la crise et de comment l'on pourrait s'en sortir", raconte Maria Eikosipentaki, qui était coiffeuse depuis 14 ans.

Néanmoins, la communauté a encore quelques batailles à gagner. Il est ainsi plus difficile de convaincre les villageois des environs du bien-fondé de leur projet que les habitants d'Athènes. "Ils ne peuvent pas s'en sortir sans argent et avec juste un lopin de terre", estime Stathis Raxiotis, un agriculteur de 65 ans, en buvant son café dans le centre d'Aghios. "Nous sommes fermiers depuis des décennies", ajoute-t-il. "Nous avons des centaines d'arbres, énormément de terres, mais avec la crise, même nous, nous ne nous en sortons pas tous seuls."

~ Baptiste Bouthier pour le service français, édité par Julien Dury

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COMMENTAIRE

Quoiqu'en dise l’agriculteur de 65 ans à la fin, il n’en demeure pas moins que les gens qui seront autosuffisants (c.-à-d. indépendants de l’agrobusiness) auront des fruits et légumes de qualité à se mettre sous la dent. Et puis, on ne meurt pas de se priver de viande…

Quelques statistiques ahurissantes :

 
Selon la FAO, il se consomme plus de 9075 kilos de viande chaque seconde dans le monde. La consommation a progressé de 2,3% par an au cours des dix dernières années. Nombre d’animaux tués depuis le 1er janvier : 232 058 976 341
 
Notre insatiable appétit de viande
Le monde a consommé 286,2 millions de tonnes de viande et 700 millions de tonnes de lait (sans parler des œufs et des 130 millions de tonnes de poissons) en 2010, la production de viande de poulet a été multipliée par 6 de 1970 à 2008, celle de la viande de porc a triplé et celle de la viande de bœuf a doublé.

Nombre d'animaux tués pour fournir de la viande dans le monde : 48 650 285 134
Les prévisions de consommation de viande sont de 463 milliards de kilos pour 2050, ce qui représenterait 100 milliards d'animaux abattus chaque année. L'abattage des animaux pour fournir de la viande représente plus de 1090 animaux par seconde soit 60 milliards d'animaux tués chaque année représentant 280 milliards de kilos (vs. 44 milliards en 1950) selon la FAO.

Consommation de poulets et volailles dans le monde : 74 257 102 529
La volaille est la 2ème viande la plus consommée au monde. 2905 kilos de poulets et viande de volailles sont produits et consommés dans le monde chaque seconde, soit 91 600 000 tonnes de viande par an. Cela représenterait 86 milliards de poulets, 1,3 milliards de dindes, 4,2 milliards de canards, etc.

Production de viande bovine dans le monde en kilos : 54 172 748 337
La viande bovine est la viande de l'espèce Bos taurus, plus couramment appelée bœuf, qui s'applique à la viande issue d'animaux différents de l'espèce (vache, taureau, taurillon, génisse ou bœuf), à l'exception du veau, pour lequel on parle plus de viande de veau. Selon la FAO, plus de 66 millions de tonnes de viande bovine produites en 2010, soit plus de 2100 kilos par seconde.

Production mondiale de saumon Atlantique : 972 803 900
Le saumon, toutes espèces confondues, pêche et aquaculture, occupe la troisième place des produits halieutiques commercialisés dans le monde, après le thon et le crevette. La production mondiale actuelle du saumon atlantique est de 1,2 million de tonnes par an, soit plus de 38 kilos par seconde. Le saumon atlantique (issu d'élevage) constitue plus de 90% du marché du saumon d'élevage, et plus de 50% du marché global du saumon. 75 % proviennent de la Norvège et du Chili.

http://www.worldometers.info/fr/ :

Environnement
- Hectares de forêt détruite cette année : 4 215 785           
- Terres arables perdues en raison de l'érosion du sol cette année (hectares) : 5 675 348
- Émissions de dioxyde de carbone (CO2) cette année (tonnes) : 27 200 766 783          
- Désertification cette année (hectares) : 9 727 342           
- Produits chimiques toxiques déchargés par les industries dans l'air, terre, et eaux cette année (tonnes) : 7 937 818 

Alimentation
- Gens sous-alimentés dans le monde : 906 825 321         
- Gens en surpoids : 1 564 760 061 
- Personnes obèses dans le monde : 521 586 687  
- Personnes mortes de faim aujourd'hui : 28 463    
- Argent dépensé pour des maladies liées à l'obésité aux États-Unis : 442 920 562 $      
- Argent dépensé en programmes de perte de poids aux États-Unis : 175 948 146 $


Photo : The Crosby Kitchen
 
Bien dans son assiette… végétarienne!

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