17 octobre 2012

Mémoire d’Alzheimer


Vous souvenez-vous de tout ce que vous avez oublié?
 
Les numéros de téléphone de vos amis, les dates importantes, etc. Ont-ils disparu de votre mémoire interne? Avez-vous besoin de bips sonores pour vous rappeler des rendez-vous importants? Comptez-vous sur vos doigts si vous n’avez pas de calculatrice i-Pad? Sauriez-vous réciter un poème par cœur? Votre mémoire est dans votre téléphone intelligent?
 
On dit qu’en ce moment, il y a plus de téléphones intelligents que d’humains (intelligents?).  :-)  
 
Nous ne faisons plus travailler notre mémoire, alors elle risque de s’atrophier, tout comme le corps qui ne bouge pas. On peut bien nous prédire que la maladie d’Alzheimer touchera de plus en plus de gens avant qu’ils n’atteignent un âge vénérable
 
Et, parlant d’âge vénérable, je relisais récemment L’étranger d’Albert Camus. Dans mon jeune temps, ce livre était à l’index, incroyable, non?! Quoiqu’il en soit, ça faisait très longtemps que je ne l’avais pas relu. C’est fou comme certains détails qui nous échappent à un moment nous accrochent à un autre.
 
Telle cette description réaliste, froide et crue :
«… C’est à ce moment que les amis de maman sont entrés. Ils étaient en tout une dizaine, et ils glissaient en silence dans cette lumière aveuglante. Ils se sont assis sans qu’aucune chaise grinçât. Je les voyais comme je n’ai jamais vu personne et pas un détail de leurs visages ou de leurs habits ne m’échappait. Pourtant je ne les entendais pas et j’avais à croire à leur réalité. Presque toutes les femmes portaient un tablier et le cordon qui les serrait à la taille faisait encore ressortir leur ventre bombé. Je n’avais encore jamais remarqué à quel point les vieilles femmes pouvaient avoir du ventre. Les hommes étaient presque tous très maigres et tenaient des cannes. Ce qui me frappait dans leurs visages, c’est que je ne voyais pas leurs yeux, mais seulement une lueur sans éclat au milieu d’un nid de rides. Lorsqu’ils se sont assis, la plupart m’ont regardé et ont hoché la tête avec gêne, les lèvres toutes mangées par leur bouche sans dents, sans que je puisse savoir s’ils me saluaient ou s’il s’agissait d’un tic. Je crois qu’ils me saluaient. C’est à ce moment que je me suis aperçu qu’ils étaient tous assis en face de moi à dodeliner de la tête, autour du concierge. J’ai eu un moment l’impression ridicule qu’ils étaient là pour me juger. ()
      À présent c’était le silence de tous ces gens qui m’était pénible. De temps en temps seulement, j’entendais un bruit singulier et je ne pouvais comprendre ce qu’il était. À la longue, j’ai fini par deviner que quelques-uns d’entre les vieillards suçaient l’intérieur de leurs joues et laissaient échapper ces clappements bizarres. Ils ne s’en apercevaient pas tant ils étaient absorbés dans leurs pensées. J’avais même l’impression que cette morte, couchée au milieu d’eux, ne signifiait rien à leurs yeux. Mais je crois maintenant que c’était une impression fausse.»
 
Brrrrr. Publié en 1942. Mais, voilà qu’aujourd’hui, c’est pire! Il n’y a même plus de «lueur sans éclat» dans le regard des vieillards et malades, dopés à l’extrême, prisonniers de leur confusion et de leur démence, qu’on voit dans les centres d’hébergement.
 
Le droit de choisir de mourir conformément à ses valeurs de liberté et de dignité  
 
En passant, L’AQDMD – Association Québécoise pour le Droit de Mourir dans la Dignité – célèbre son cinquième anniversaire par un évènement-bénéfice samedi le 20 octobre; Denys Arcand est l’invité d’honneur et l’on présentera le film Visa de départ. J’ignore s’il reste des billets, mais je vous encourage à faire un don et à devenir membre, et si vous ne le pouvez pas, à vous procurer le formulaire «Directives de fin de vie et mandat en cas d’inaptitude» (c’est gratuit) – visitez :
 
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