16 décembre 2017

Pourquoi faut-il «quêter» pour les enfants défavorisés?

Aujourd’hui se tenait la 15e édition de la Guignolée du Dr Julien

Qu’est-ce que la Guignolée du Dr Julien?

La Guignolée du Dr Julien permet d’amasser des fonds au profit des centres de pédiatrie sociale en communauté certifiés et membres du réseau de la Fondation du Dr Julien. D’autres centres, en voie de certification, tenaient aussi leur propre guignolée.
    L’argent recueilli lors de ces guignolées sert à offrir des services professionnels à près de 5 500 enfants en situation de grande vulnérabilité, ainsi qu’à leurs familles, à travers le Québec.
    Chaque centre utilise les dons amassés pour financer ses services, incluant des suivis médicaux, psychosociaux, psychoéducatifs et éducatifs; des thérapies innovantes (art-thérapie, ergothérapie et musicothérapie) et des services spécialisés (orthophonie, psychologie, pédopsychiatrie et neuropsychologie). Diverses activités sportives et culturelles (camps de vacances, cours de musique, théâtre, spectacles, etc.) sont également offertes aux enfants dans un but thérapeutique, à la suite du plan d’action établi en clinique. 


Différentes façons de donner à la Guignolée
• En ligne : www.guignoleedrjulien.org
• Par téléphone : 1-855-DRJULIEN
• Par texto : Textez DRJULIEN au 20222
• Par la poste : Fondation Dr Julien, 1601, rue Aylwin, Montréal (QC), H1W 3B9

La collecte de fonds se poursuivra la semaine prochaine.
Pour en savoir plus : www.guignoleedrjulien.org

POURQUOI FAUT-IL «QUÊTER» POUR OFFRIR UNE VIE ET UNE ÉDUCATION DÉCENTES AUX ENFANTS DÉFAVORISÉS?

Quelques réponses.  

Le Canada riche, mais inégalitaire pour les enfants, selon l'UNICEF
ICI Radio-Canada Économie | Le jeudi 14 avril 2016

En 2015, 19 % des enfants au Canada vivaient dans la pauvreté.

Le Canada est l'une des sociétés riches les plus inégalitaires pour les enfants, affirme le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), à l'occasion de la publication du rapport comparant leur situation dans les grands pays occidentaux.
    Le Bilan Innocenti 13 : Équité pour les enfants classe le Canada au 26e rang sur 35 pays dans les quatre principaux domaines utilisés pour comparer le bien-être des enfants, soit le revenu, l'éducation, la santé et la satisfaction à l'égard de la vie.
    Dans ce classement des inégalités, le Canada vient au 24e rang sur 41 pays en matière de revenu, 24e sur 35 en santé, 14e sur 37 en éducation et 25e sur 35 pour la satisfaction des enfants à l'égard de la vie. Le nombre de pays pris en compte varie en fonction de la disponibilité des données permettant de les classer.
    Selon l'UNICEF, le Canada compte en fait «parmi les quelques pays où l'égalité a nettement reculé au cours des dernières années», aux côtés de la France, de l'Islande et de la Suède. Les dividendes n'ont pas été répartis équitablement, dit-elle, et «peu de progrès, voire aucun,» a été réalisé depuis 10 ans.
    L'agence note tout de même que pour certains aspects du bien-être, le Canada «ne se situe pas très loin des pays qui affichent le meilleur rendement».
     L'UNICEF recommande aux différents paliers gouvernementaux d'investir plus tôt et davantage dans les enfants, d'œuvrer à récolter de meilleures données afin d'effectuer un meilleur suivi, et de mettre en place des politiques favorisant des services et des résultats équitables pour tous les enfants.
    «En tant que Canadiennes et Canadiens, nous avons le privilège de vivre dans un pays riche. Nous n'avons aucune excuse pour les inégalités qui continuent d'exister entre nos enfants.» ~ David Morley, président et chef de la direction d'UNICEF Canada
    «On n'a pas investi autant que les autres pays riches pour stimuler les revenus familiaux, pour offrir suffisamment de services de qualité à l'enfance. On a besoin d'investir dès le début pour les enfants qui sont au bas de l'échelle. Parce que les inégalités s'accumulent [pendant] leur vie. Si on investit dès le début, ça va être mieux pour les enfants en général.» ~ Carleen McGuinty directrice adjointe des politiques et programmes internationaux à UNICEF Canada

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Plus d'inégalités encore en 2018?
Gérald Fillion | Le vendredi 15 décembre 2017
[Extraits]  

Photo : Getty Images / Spencer Platt. Près de la moitié des richesses mondiales sont maintenant détenues par seulement 1 % de la population.

Des promesses électorales au Québec et en Ontario. Des élections majeures auront lieu au Canada en 2018 dans les deux plus grandes provinces du pays. Je m’intéresse aux cadres financiers des partis et à leurs promesses. Ces documents signifient quelque chose et il est primordial que ces engagements, qui sont un socle démocratique réel, ne soient pas que de vaines promesses. Pour refaire le lien de confiance entre les décideurs et la population, il est plus que temps que les bottines suivent les babines. Le Québec nage dans les milliards. Pourquoi ne pas lancer un vaste projet en éducation pour amener le Québec au niveau des pays scandinaves en matière d’enseignement, de connaissances, de réussite, avec un taux élevé d’obtention de diplômes professionnels, postsecondaires et universitaires?

Les impôts vont baisser en 2018 aux États-Unis. Le président Trump et les républicains misent sur des allègements fiscaux qui vont profiter à une grande partie de la population dans les premières années, mais qui, à moyen terme, finiront par bénéficier très largement aux plus riches de la société. Ainsi, selon le Tax Policy Center, le revenu après impôt des personnes qui touchent moins de 50 000 $ par année n’aura pas du tout augmenté. En retour, les personnes qui font partie du 1 % des gens les plus riches verront leur revenu croître de 2,6 %, selon la proposition de la Chambre des représentants, ou de 1,1 % selon celle du Sénat. Autrement dit, la réforme fiscale du président Trump va contribuer à aggraver les inégalités.

«Le problème avec les paradis fiscaux, ce sont les paradis fiscaux.» C’est ce que nous disait à RDI économie le philosophe et auteur Alain Denault, début novembre, dans la foulée des révélations sur les Paradise Papers. Croyez-le ou non, 63 % des profits des sociétés américaines sont déclarés dans des paradis fiscaux ou dans des pays à la fiscalité complaisante. N’est-il pas venu le temps que ce genre de mascarade s’arrête? [...] L’équipe de chercheurs de Thomas Piketty, dans un important rapport déposé jeudi sur les inégalités, propose d’imposer les profits des sociétés en fonction de la proportion de leurs ventes dans les différents pays.

L’environnement, ça vous dit quelque chose? «On ne va pas assez vite et c’est ça le drame, a dit le président français Emmanuel Macron cette semaine. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.» Deux ans après la conférence de Paris sur le climat, les choses ne bougent que très lentement. Oui, de plus en plus de banques ont décidé de cesser de financer les énergies fossiles, oui, des grands fonds ont décidé de se retirer progressivement de ces investissements. Mais, dans les faits, le travail de réduction des gaz à effet de serre doit s’accélérer. La France montre du doigt le Canada : il faut cesser de développer les sables bitumineux, ces énergies fossiles parmi les plus polluantes de la planète. Le Canada veut-il faire partie de la solution?


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Une poignée de milliardaires se partagent la richesse du monde

L’organisation non gouvernementale britannique Oxfam dénonçait cette situation lors du Forum économique mondial de 2017. «Il est indécent que tant de richesse soit concentrée dans les mains d'une si infime minorité, quand on sait qu'une personne sur 10 dans le monde vit avec moins de 2 $ par jour», déclarait la porte-parole d'Oxfam France, Manon Aubry.
    Le rapport dévoilé par son organisation montrait «comment les grandes entreprises et les individus les plus riches exacerbent les inégalités, en exploitant un système économique défaillant, en éludant l'impôt, en réduisant les salaires et en maximisant les revenus des actionnaires».
    Les entreprises optimisent leurs profits, notamment en allégeant le plus possible leur fardeau fiscal, privant ainsi les États des ressources essentielles pour financer les politiques et les services nécessaires pour réduire les inégalités. Dans son rapport, Oxfam Canada faisait en outre des recommandations au gouvernement pour rectifier la situation dès son prochain budget, dont l’augmentation des dépenses pour les services publics et autres initiatives sociales. (Ces hommes qui possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité, ICI Radio-Canada Économie, janvier 2017)

Mettons fin aux paradis fiscaux
Signez la pétition!

Tous les ans, les États perdent des milliards de dollars d’impôt parce que des individus fortunés et des multinationales dissimulent leurs richesses dans les paradis fiscaux.
   Chaque dollar perdu est une occasion ratée de lutter contre la pauvreté et les inégalités, ici comme ailleurs.
   J’exhorte nos gouvernements québécois et canadien à agir afin de mettre fin à l’ère des paradis fiscaux.

Pétition 2017 OXFAM Québec https://oxfam.qc.ca/campagnes/a-egalite/

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Les cerises sur le sundae...  

1. Les criminels s’en tirent à bon compte au Canada

Pouvons-nous faire confiance à un système de justice aussi dysfonctionnel que le nôtre? Un de mes amis, lui-même avocat, disait de la profession : «Pourquoi appeler ça le Droit, il n’y a rien de plus croche que le milieu juridique!»

L’arrêt Jordan a permis à des tueurs et criminels avérés d’échapper à leurs procès. À titre d’exemple : «Un ancien professeur de chimie de l'Université Laval et ses deux fils, tous les trois accusés d'avoir fabriqué de la drogue de synthèse, n'auront pas à subir de procès. Daniel Cozak, 68 ans, et ses fils Samuel, 26 ans, et Charles, 28 ans, ont obtenu un abandon des procédures en invoquant l’arrêt Jordan sur les délais déraisonnables. La décision a été rendue mercredi au palais de justice de Québec. La poursuite soupçonnait Daniel Cozak et ses fils d’exploiter le plus important laboratoire de drogues de synthèse en Amérique du Nord.» (ICI Radio-Canada, le mercredi 1 novembre 2017)

La nouvelle suivante n’a donc rien d’étonnant :

L'ex-vice-première ministre du Québec, Nathalie Normandeau, invoque l'arrêt Jordan pour annuler son procès
La Presse Canadienne | 15 décembre 2017 | Montréal

Dans la requête déposée vendredi auprès de la Cour du Québec, l'avocat de l'ancienne ministre libérale, Maxime Roy, demande l'arrêt des procédures, jugeant que les droits constitutionnels de sa cliente ont été «violés».
    En vertu de l'arrêt Jordan de la Cour suprême du Canada, le délai maximal d'un procès – du dépôt des accusations à sa conclusion – est fixé à 18 mois pour les dossiers devant les cours provinciales et à 30 mois pour les dossiers devant les cours supérieures ou nécessitant la tenue d'enquêtes préliminaires.
   Si le procès dépasse ce délai, la Couronne se voit obligée de prouver que le dossier revêt des «circonstances exceptionnelles», c'est-à-dire qui «sont raisonnablement imprévues ou raisonnablement inévitables, et qu'on ne peut raisonnablement y remédier», a expliqué le plus haut tribunal du pays dans ce jugement important.
   Nathalie Normandeau a été arrêtée en mars 2016; il s'est donc écoulé 21 mois depuis le dépôt des accusations et son procès doit commencer le 9 avril prochain.
   L'ancienne ministre influente du gouvernement Charest fait face à des accusations de complot, de corruption, de fraude et d'abus de confiance aux côtés de cinq coaccusés, soit son ex-chef de cabinet Bruno Lortie, Marc-Yvan Côté, Mario W. Martel et France Michaud de Roche ainsi que l'ex-maire de Gaspé François Roussy.
    Le procès devrait durer au moins quatre mois, selon la Couronne, qui disposait d'une liste de 139 témoins potentiels en septembre dernier.

2. L’ami controversé de Brian Mulroney

Dans le cadre des Paradise Papers, une autre révélation sans surprise  au sujet de ce promoteur tout azimut du libre-échange, Brian Mulroney :

L’ex-premier ministre Brian Mulroney s’est lié d’amitié avec un milliardaire syrien associé à l’un des plus gros scandales de corruption de l’histoire britannique. L’ami de Mulroney, Wafic Saïd, a aussi la citoyenneté canadienne… obtenue dans des circonstances douteuses, a découvert Radio-Canada. [...]
    En mars 2004, au chic Club Colette de Palm Beach, en Floride, Brian Mulroney organise une grande fête pour célébrer ses 65 ans. De prestigieux invités sont au rendez-vous, dont George Bush, Paul Desmarais, Conrad Black et Pierre Karl Péladeau [dauphin ou prince qu’on sort en désespoir de cause de Pauline Marois, NDLR].    
    Selon des articles de journaux de l’époque, Wafic Saïd et sa conjointe faisaient aussi partie du groupe sélect de convives. [...]

À lire :
Par Frédéric Zalac et Francis Plourde; Enquête 30 novembre 2017

15 décembre 2017

Le cri d’alarme des scientifiques quasi bâillonné

À l’émission «Dans les médias» (Télé Québec) les panelistes mentionnaient que le cri d’alarme lancé par 15 000 scientifiques au sujet de la dégradation planétaire et de l’urgence d’agir n’avait pas fait la une de nos médias traditionnels (québécois). Un document d’une importance capitale très peu médiatisé par la presse officielle en effet. Un paneliste disait que c’était peut-être parce que les gens sont las d’entendre parler de la fin du monde ou indifférents, ou parce qu’on joue à faire peur sans vraiment proposer de solutions (1). Il n’avait peut-être pas lu le document de BioScience au complet – j’ai compté au moins 13 mesures de transition concrètes qu’on peut commencer à appliquer maintenant, avec un minimum de bonne volonté bien sûr.
    Il ne faut pas compter sur la coopération des frères Koch (prononcez coke) et leurs semblables. On a découvert un vaccin contre le «bacille de Koch» à l’origine de la tuberculose. Les scientifiques devraient créer un vaccin contre la «tumeur maligne de Koch Brothers» à l’origine du cancer qui prolifère de l’Alaska à la Terre de feu.

Document original (en anglais) :

Le Devoir en a parlé deux fois, pas à la une, mais quand même...

L’humanité court à sa perte, préviennent 15 000 scientifiques à travers le monde 

La situation s'est détériorée au cours des 25 dernières années
Alexandre Shields | Le Devoir | 14 novembre 2017

Photo : Luis Tato Agence France-Presse. La déforestation, la croissance rapide de la population, la destruction des milieux et le dérèglement climatique sont des défis auxquels l’humanité n’a pas su répondre.

Crise climatique de plus en plus impossible à enrayer, croissance rapide de la population mondiale, extinction massive d’espèces et destruction généralisée des milieux naturels… Le péril auquel fait face l’humanité ne cesse de grandir, préviennent plus de 15 000 scientifiques, dans une mise en garde commune d’une ampleur sans précédent publiée lundi.
    En 1992, un groupe de 1700 scientifiques, dont plusieurs lauréats du prix Nobel, signaient un premier «avertissement» dans lequel ils détaillaient les raisons qui poussaient l’humanité vers une collision frontale avec l’ensemble du monde vivant en raison de notre «gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle».
    Les auteurs de cette déclaration insistaient ainsi sur les risques que représentaient le réchauffement climatique, le recours massif aux énergies fossiles, la croissance continue de la population mondiale, la déforestation et la destruction de la biodiversité des écosystèmes de la planète. Autant de phénomènes susceptibles de provoquer «de grandes misères humaines», à moins qu’un «changement profond» ne soit opéré.
    Or, depuis 25 ans, la réponse de l’humanité se résume à un échec quasi généralisé. «Non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés», affirment pas moins de 15 364 scientifiques provenant de 184 pays, dans un manifeste publié lundi dans la revue BioScience, mais aussi en français sur le site du journal Le Monde.
    «Dans ce document, nous avons examiné l’évolution de la situation des deux dernières décennies et évalué les réponses humaines en analysant les données officielles existantes», a expliqué à l’Agence France-Presse Thomas Newsom, professeur à l’Université Deakin en Australie, coauteur de la déclaration. Et le constat est sans équivoque : «Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse.»
    Ce «deuxième avertissement» revient bien évidemment sur la menace «potentiellement catastrophique» que représentent les bouleversements climatiques. Un phénomène provoqué par notre dépendance aux énergies fossiles, mais aussi par la déforestation et la production agricole, dont les émissions dues à l’élevage des ruminants de boucherie.


Un rapport publié lundi par le Global Carbon Project démontre d’ailleurs que les émissions mondiales de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, après trois années de stabilité. Ce constat est d’autant plus inquiétant que la communauté scientifique estime qu’il faudrait impérativement plafonner les émissions de gaz à effet de serre dès 2020, pour ensuite les faire décroître, afin de limiter le réchauffement à 2 °C, ce qui est l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat.

Population croissante

Les quelque 15 000 scientifiques signataires du nouveau manifeste déplorent par ailleurs notre incapacité à «limiter adéquatement» la croissance de la population mondiale. Celle-ci a en effet connu une augmentation de plus de deux milliards de personnes depuis 25 ans, soit près de 35 %.
    «Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales», écrivent les auteurs de ce texte.

Trop c’est trop. Le lapinisme humain (reproduction excessive) a en effet des conséquences désastreuses.

La destruction des milieux naturels et de pans entiers des écosystèmes de la Terre signifie en outre que «nous avons déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle».

Photo : Luis Robayo Archives Agence France-Presse. Depuis 25 ans, alors que la population mondiale a augmenté de 35%, le nombre de mammifères, reptiles, amphibiens, oiseaux et poissons a baissé de 29%.

Globalement, pas moins de 60 % des populations de vertébrés auraient déjà disparu depuis 1970, selon des données publiées l’an dernier par la Société zoologique de Londres. Une autre étude publiée cette année dans Proceedings of the National Academy of Sciences a permis de confirmer des reculs majeurs chez des milliers d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens. Ces régressions sans précédent de la biodiversité vont d’ailleurs de pair avec une perte croissante d’«habitats naturels» terrestres et marins.

Photo : Vyacheslav Oseledko Archives Agence France-Presse. Un léopard des neiges, une des nombreuses espèces décimées par le braconnage

Solutions

Au-delà de ces constats extrêmement graves, les scientifiques plaident pour la mise en oeuvre de plusieurs mesures «urgentes indispensables» pour opérer une «transition vers la durabilité».
    En plus de la nécessité de se tourner «massivement» vers les énergies renouvelables et de mettre fin aux soutiens financiers aux énergies fossiles, les auteurs insistent sur l’importance de «réduire le taux de fécondité» par une généralisation de l’accès à l’éducation et à la planification familiale. Ils mettent aussi en avant l’idée de «déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital».
    Les scientifiques suggèrent aussi de «promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale» et de «réduire le gaspillage alimentaire». Ils font valoir l’urgence de protéger les milieux naturels, qu’ils soient terrestres ou marins, mais aussi de «restaurer» des écosystèmes et de mettre en place les politiques nécessaires pour préserver la biodiversité.
    «Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse, concluent-ils. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer.»



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(1) À cette même émission il était question du marketing de soi via les réseaux sociaux. On donnait en exemple la photo des fesses gonflées à l’hélium de Kim Kardashian publiée en couverture de PAPER en 2014. Les fesses d’exhibitionnistes déséquilibré(e)s suscitent des millions de clicks en quelques heures; et cela nous donne une idée du niveau de maturité de la populace. De toute évidence, le cul l’emporte haut la main sur l’intelligence. On le constate d’ailleurs avec les allégations et dénonciations de harcèlement sexuel qui ne cessent de se multiplier.

Au chapitre des mesures de transition concrètes qui pourraient réduire le gaspillage alimentaire – voyons le Super Bowl, un exemple de gloutonnerie nationale hors du commun dont les conséquences environnementales sont proportionnelles.
    Croyez-vous que les fanatiques de football nord-américains seraient capables de se priver de leur menu traditionnel en regardant leur joute? Dans un monde où le style de vie est entièrement basé sur la surconsommation et la satisfaction individuelle immédiate, cela semble utopique. Il y a des démonstrations d’égoïsme extrême qui dépassent l’entendement.
– Statistiques de 2015 :
1 milliards d'ailes de poulet, soit 500 millions de poulets abattus; 28 millions de livres de croustilles au maïs et de potato chips; 53,5 millions de livres d'avocats (pour l’indispensable guacamole); 222 792 – nombre de terrains de football équivalant aux terres agricoles utilisées pour cultiver tout le maïs, les pommes de terre et les avocats; 325,5 millions de gallons de bière bus par les Américains ce jour-là – on pourrait remplir près de 500 piscines olympiques (beaucoup de bière dans les eaux usées, les poissons doivent être ivres). Près de 500 millions d'animaux abattus, non pas pour fournir des éléments nutritifs, mais simplement pour que les spectateurs d’empiffrent jusqu’à en être malades. Aux États-Unis, au lendemain du Super Bowl, entre 6 et 8 millions de personnes ne vont pas travailler à cause des excès de bouffe et d’alcool – et ce jour-là, la vente d’antiacides augmente de 18 à 23 % selon les données de l'OMS.
    Lors du Super Bowl de 2016 : 32 000 tonnes d’avocats * furent produites pour satisfaire à la demande! Cette monoculture est une réelle catastrophe pour l’environnement, les pays producteurs et la main d’œuvre – des hectares de destruction d'écosystèmes, de délocalisation de petits agriculteurs indépendants, et de terres arables bourrées de pesticides et d’hormones. Il faut 1000 litres d'eau pour produire deux avocats et demi...

La mondialisation et les accords de libre-échange sont horrifiants et totalement dépourvus d’équité socioéconomique. Ils ne rapportent qu'aux spéculateurs boursiers et aux monopoles industriels et commerciaux qui ne conçoivent la misère humaine qu'en chiffres...  Il y a de la souffrance, de la sueur, du sang, de la maladie, de l’esclavage et de la mort dans tout ce que produisent les grandes corporations – capitalistes et communistes.

* L’avocat, or maudit du Mexique

Dans l'État du Michoacan, non seulement on brûle les forêts et on assèche les cours d'eau pour planter l'avocat, mais on tue pour l'or vert.

Un texte de Jean-Michel Leprince
Publié le mardi 10 octobre 2017 | ICI Radio-Canada Info

Comme la tomate et les piments, le Mexique a donné au monde un fruit merveilleux, l’avocat. Le nom, «aguacate» en espagnol, vient du nahuatl, la langue des anciens Mexicains. «Ahuacatl», qui veut dire, littéralement, testicule.
    L’État du Michoacan est le principal producteur et exportateur d’avocats au monde. Les États-Unis et le Canada sont d'importants consommateurs. Mais, de plus en plus, l’Europe, le Japon, la Chine en raffolent.
    Il faut dire que les vertus de l’avocat sont vantées sur toutes les tribunes. Ce fruit, particulièrement riche en bons lipides, contient beaucoup de vitamines et des substances antioxydantes. Il contribuerait à la réduction du cholestérol, à une prévention des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2.

Forêts brûlées et guerre de l’eau

José Luis Alvarez est propriétaire de La Cruz, une immense pépinière de pins et de sapins. Il voit la forêt qui brûle autour de sa propriété. Il voit les taches claires, de plus en plus nombreuses, où seront bientôt plantés de jeunes avocatiers de trois ans.
    Depuis cinq ans, c’est la ruée sur les bonnes terres, qui se trouvent entre 1500 et 2500 mètres d’altitude et que le gel n’atteint pas. Là où il y a des forêts. Deux récoltes par an, c’est payant.

Photo : Radio-Canada/Jean-Michel Leprince. Une portion de cette forêt a été brûlée pour faire pousser l'avocat dans l'État du Michoacan, au Mexique

L’ingénieur forestier Francisco Javier Hinojosa estime que chaque année, les 14 municipalités du centre du Michoacan perdent 1000 hectares de forêts au profit de l’avocat. Le déboisement est pourtant illégal dans cet État.
    L’avocatier nécessite beaucoup d’eau. La nappe phréatique baisse, ainsi que le niveau des lacs Zirahuen et Patzcuaro, joyaux du Michoacan et destinations touristiques de première classe. Les villages se battent pour l’eau, dit l’ingénieur. Des canalisations sont détruites; c’est une véritable guerre, souligne-t-il.
    Chaque année, pour la seule journée du Super Bowl, le Mexique exporte pour 200 millions de dollars d’avocats. Pour faire du guacamole à déguster devant les téléviseurs. Les marchands mexicains et américains d’avocats ne lésinent pas sur la pub. Une publicité pendant le Super Bowl coûte entre 5 et 12 millions de dollars. Pas étonnant que la demande augmente sans arrêt.

Qui possède les plantations illégales?

On produit de l’avocat depuis longtemps au Michoacan. Les exportateurs sont étroitement surveillés, et la plupart des agriculteurs sont raisonnables pour ce qui est des méthodes de production.
    L’utilisation des pesticides, fongicides et fertilisants est en principe contrôlée. Mais aucune règle ne s’applique aux plantations sauvages d’avocatiers. On pulvérise allégrement dans les plantations.
    Lors de notre passage, un tournage d’une opération d’arrachage d’avocatiers illégaux par le gouvernement du Michoacan a été annulé. Le programme a été suspendu en raison de «plaintes». Qui sont les propriétaires de ces plantations illégales?

Photo : Radio-Canada/Jean-Michel Leprince. Des plantations d'avocat illégales dans l'État du Michoacan

«Il y a beaucoup de cas où on ne sait pas vraiment d’où vient l’argent avec lequel ils achètent les terres et font les plantations. C’est un peu douteux, cette histoire. Ça peut venir du trafic de drogue, du kidnapping, de l’extorsion. On n’a pas de preuves de ça, mais ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas des gens de la région.»
~ José Luis Alvarez, pépiniériste

Tuer pour l’or vert

Le jour de notre arrivée au Mexique, sept travailleurs engagés pour arracher des plantations illégales, des cousins de la même famille, ont été battus et exécutés.
    Tout ce qu’on sait, c’est que la plantation de 200 hectares a appartenu à un narcotrafiquant notoire. Il y a plusieurs cartels au Michoacan : la Familia et les Caballeros Templarios sont en déclin, et Jalisco Nueva Generación semble prendre le dessus.

12 décembre 2017

Indice Dow Jones de la survie de notre propre espèce

Évidemment à la suite de la diffusion de la vidéo du photographe Paul Nicklen «les dernières heures d’un ours polaire squelettique en quête de nourriture sur l’île de Baffin», plusieurs se sont empressés de dire que c’était un cas exceptionnel, que l’ours polaire était probablement très âgé ou malade, et même que l’espèce se portait plutôt bien – par chance qu’ils ajoutaient «pour le moment».


Or l’ours polaire est sur la liste des espèces menacées. En réalité le photographe levait un drapeau rouge, lançait un avertissement : si nous ne faisons rien pour altérer le cours des choses «maintenant», pour lutter concrètement contre les émissions de gaz à effets de serre, ces images seront de plus en plus fréquentes (1).

La nature et les animaux sont l’indice Dow Jones de notre propre survie.
Rien de mieux pour comprendre que de visiter le site du photographe http://www.paulnicklen.com/ 

Quelques  réflexions tirées de son site (traduction-maison).

«Depuis 40 ans, j'ai erré dans les régions polaires de notre monde. J'ai commencé enfant, grandissant dans une communauté inuites sur l'île de Baffin, au Canada, où j'ai appris de l'Inuit non seulement comment survivre dans notre environnement –, mais aussi à découvrir et aimer l'Arctique pour tout ce qu'il a à offrir.
    Plus tard, en tant que scientifique, j'ai essayé d'utiliser les données pour promouvoir la conservation. Mais c’est seulement quand je suis devenu photographe polaire pour Sea Legacy et le magazine National Geographic que j'ai enfin trouvé une façon de transmettre l'urgence de protéger cet écosystème fragile pour le bien de toute l'humanité.
    En tant que scientifique, ce que je sais de l'Arctique est terrifiant. En ce moment, il se réchauffe deux fois plus vite que partout ailleurs sur la planète. En tant que photographe, je peux observer et documenter ces effets de première main : ces glaciers, des populations d'espèces sauvages luttant pour leur survie, et des villes touchées par la hausse du niveau de la mer.
    Et comme le paysage se modifie, en raison du changement climatique, je vois la région arctique devenir de plus en plus vulnérable. Nous devrions voir la rapide disparition des glaciers de la mer arctique pour ce que c’est : un signe imminent de changement catastrophique. Le danger d'un déversement pétrolier porterait un coup fatal à ce splendide et très important écosystème.
    Ma carrière, en tant que scientifique, photojournaliste et co-fondateur de Sea Legacy, m'a appris que simplement dire aux gens que la glace fond ne fonctionne pas. Les températures sont en hausse. Les animaux luttent, ont faim et se noient. Les niveaux d'eau immergent peu à peu les villes. Nous ne pouvons plus seulement en parler. Nous devons montrer au monde à quel point il est nécessaire et urgent de changer à l’aide d’images et d’histoires et, plus important encore, qu’il faut de puissantes actions.
    Au rythme actuel, l'Arctique sera entièrement vide de glace en 2050. C'est un message difficile à entendre mais facile à comprendre quand vous voyez les dégâts de la fonte aux pôles de notre terre. Les espèces dont la survie est sérieusement menacée, comme le morse du Pacifique, l'ours polaire, la baleine, le rorqual commun, l’eider de Steller, ainsi que les communautés autochtones dont le mode de vie dépend de l'écosystème de l'Arctique, bénéficieront grandement de nouvelles protections.»

«The Big Melt – À mesure que le réchauffement se poursuit dans l'Arctique, la glace fond plus tôt à chaque année. La glace fondant, l’eau tourne au bleu foncé ou au noir. Les couleurs autres que le blanc absorbent jusqu'à 90 % de l'énergie du soleil, ce qui accélère le processus de la fonte. C'est ce qu'on appelle l'effet albédo.»

[Albédo NDLR : La quantité de rayonnement solaire réfléchi par la surface terrestre est appelée albédo ou facteur de réflexion, habituellement exprimé en pourcentage. Plus le rayonnement absorbé par la surface est important et moins il est réfléchi, plus la surface chauffe. Les objets noirs, tels que l'asphalte de nos routes ou un T-shirt noir, ont une valeur albédo faible et absorbent donc une grosse partie des rayons du soleil et se réchauffent fortement. Les objets blancs ont un albédo élevé et réfléchissent les rayons du soleil beaucoup plus fortement, de sorte qu'ils se réchauffent moins rapidement. Étant donné que les grandes surfaces du globe réfléchissent la lumière (eau, calottes glaciaires, nuage), la Terre a un albédo relativement important de 30 à 35%. À titre de comparaison, la lune, par sa surface de roches volcaniques, a un albédo de 7%. L'intervention de l'homme (par exemple, la déforestation à grande échelle) modifie l'albédo de la planète.]

«Les conséquences sur l'Arctique – Il y a des endroits dans l'Arctique où la glace a pratiquement disparu pendant les mois d'été. Nous avons trouvé lors d’une expédition plusieurs ours qui avaient succombé à la pénurie de nourriture et la faim. C’est uniquement en changeant notre empreinte de carbone sur cette grande terre, que nous pourrons sauver les ours.»

«Nordauslandet,  Svalbard, Norvège – «De grandes chutes d'eau se déversent du cap de glace Nordaustlandet. L'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que partout ailleurs sur terre. Cette région normalement couverte de glace toute l'année pourrait devenir complètement libre de glace pendant les mois d'été d’ici dix à vingt ans.»

«La déforestation, la fonte des glaciers et les autres impacts induits par l'homme sur ces écosystèmes aboutiront à la disparition de l'ours. Pendant vingt-mille ans les humains ont co-évolué et cohabité harmonieusement avec les ours. Les ours ont été nos compagnons sauvages les plus constants puisqu'ils partagent les mêmes habitats que nous. C’est seulement au cours des cent dernières années que nous avons déclaré la guerre à l'ours avec l’introduction des armes à feu. Pour trouver un moyen qui permette aux gens et aux ours de coexister en harmonie nous devons rendre explicite que notre destin est fondamentalement relié au destin du monde naturel et des créatures comme les ours.
    Nous avons besoin d'histoires qui nous connectent à nos émotions et nous aident à adopter une identité collective orientée vers l'espoir et la responsabilité. Nous avons besoin d'une histoire dans laquelle nous sommes à la fois des spectateurs et des intervenants clés. C'est l'histoire que j'essaie de raconter; une histoire dans laquelle nous sommes tous responsables des écosystèmes naturels dont nous dépendons et des créatures qui y vivent. J'espère qu'à travers mes images, nous allons commencer à nous rendre compte que les problèmes des ours sont identiques à ceux des gens.
    Quand les ours sont à court d'habitat, cela signifie simplement que nous sommes à court d'habitat. Tandis que les dernières régions sauvages de notre planète, les endroits où les ours se promènent, continuent à disparaître, ainsi en va-t-il du potentiel pour l'homme de profiter des services de l'écosystème que fournit la nature sauvage.
    L'eau que nous buvons, la nourriture que nous mangeons, les fibres dont nous nous vêtons, les carburants qui nous procurent chaleur et fraîcheur et les médicaments qui restaurent notre santé proviennent tous d’un enchevêtrement complexe du vivant. Les arts, les cultures et les religions – les loisirs et l’esthétique, aussi – s’inspirent de la nature. Pour moi, les ours sont la représentation vivante de ces écosystèmes et leur sort est lié au nôtre. J'ai eu le privilège de parcourir dans de nombreux sentiers en compagnie de ces magnifiques animaux. Je n'ai pas de relation d'amitié spéciale ou spirituelle avec eux, mais je serai à jamais reconnaissant aux ours qui ont toléré ma présence, m'ont permis de les photographier, et de partager avec moi une petite partie de leur monde.»

Paul Nicklen est un photographe, cinéaste et biologiste marin qui a documenté la beauté et le sort de notre planète depuis plus de vingt ans. En tant que photographe pour le magazine National Geographic, Nicklen capte l'imagination du public. En tant que co-fondateur de l'organisme à but non lucratif, Sea Legacy, il propose une ouverture progressive à la préservation des océans. Sa narration visuelle a inspiré des millions de personnes à se lever et à défendre les endroits menacés par le changement climatique.

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(1) Les émissions de gaz à effet de serre sont à l’origine d’un dérèglement du climat sans précédent et liées pour les trois quarts à la combustion des énergies fossiles.

La Banque Mondiale vient d’annoncer qu’à partir de 2020, elle ne financera plus l’extraction et la production d’énergies fossiles. Eh bien, dites donc, espérons qu'il ne s'agit pas d'une fake news...

Photo : 350.org

Près de 80 économistes de 20 pays appelaient à la «fin des investissements dans les énergies fossiles» dans une déclaration lancée par l’ONG 350.org, publiée avant le Sommet climat qui se déroule à Paris.

Des dirigeants politiques et d’institutions financières participent à ce Sommet climat, consacré au financement des politiques climatiques : «Nous appelons à la fin immédiate de tout investissement dans de nouveaux projets de production et d’infrastructures de combustibles fossiles, et encourageons une hausse significative du financement des énergies renouvelables. Il est temps que l’ensemble des acteurs économiques mondiaux se tourne pleinement vers des énergies renouvelables sûres, et les institutions de développement comme les investisseurs publics et privés ont la responsabilité urgente et l’obligation morale de montrer la voie», ont déclaré les signataires. 

Mais, pendant ce temps-là, nos banques privées et publiques, et même nos caisses d’épargne, continuent de financer le charbon et les parapétrolières. Je pense que c’est dans ce domaine qu’on entend les meilleurs exemples de discours paradoxal en matière de manipulation perverse :
    Le Mouvement Desjardins met fin au moratoire temporaire sur le financement des projets de pipelines et entend maintenir son soutien au projet Trans Mountain, de Kinder Morgan. L’institution dit toutefois vouloir «jouer un rôle proactif face au défi que représentent les changements climatiques», tout en poursuivant ses investissements dans les énergies fossiles. [!!!]
    Desjardins a ainsi annoncé mercredi qu’en vue de futurs investissements dans les secteurs pétroliers et gaziers, des critères seront pris en compte «afin de favoriser une finance qui respecte l’environnement et les collectivités».
    «Desjardins fait preuve d’incohérence, a fait valoir le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. En décidant de conserver le prêt de 145 millions de dollars octroyé pour le projet de pipeline de sables bitumineux de Kinder Morgan, le Mouvement Desjardins tourne le dos aux Premières Nations qui s’y opposent, en plus de faire un pied de nez à la lutte contre les changements climatiques.» (Source : Le Devoir, décembre 2017)

Commentaire d’un internaute (Jean-François Mellon, Le Devoir) :
    Le krach boursier
    Toutes les compagnies liées aux énergies fossiles, de l’exploitation au transport en passant par la mise en marché et par l’automobile, vont selon bien des experts subir un krach boursier.
    Cela se produira quand la majorité de la population mondiale, des gouvernements,  des financiers feront une vraie prise de conscience. On s'en va dans le mur à grande vitesse, il faut, quelles que soient les conséquences, arrêter l’exploitation des énergies fossiles. On n’aura pas les moyens de faire une transition, ce sera un krach pour tenter de survivre et de respirer un peu d’air pur (surtout en Chine et en Inde). Des traités coercitifs avec des dents verront le jour. Les mascarades comme l'accord de Paris ne seront plus de mise.
    La question est quand cela va-t-il arriver? Certains parlent de 2021, soit demain matin. Desjardins va se trouver avec des prêts bien mal placés.
    Saluons au Canada les peuples autochtones qui freinent tant qu’ils peuvent Trudeau et les pétrolières.



https://twitter.com/joshfoxfilm 

10 décembre 2017

Peuples élus et terres promises

Nous avons eu l’occasion de constater que Donald Trump était nul en négociation. Les républicains ont laissé passer des gaffes monumentales. Par contre craquer une allumette à côté d’un jerrycan d’essence au milieu d’une poudrière est très suspect... Mais, pour être républicain, il faut être pro-armes, anti-avortement et pro-Israël, disait un analyste.

(Getty images) En arrière-plan, le gendre du président, Jared Kushner (de confession juive). Qui sont les vrais meneurs? Le VP de la Maison Blanche, Mike Pence (conservateur évangéliste ultra blanc), rêve d’établir un équivalent du code civil français de 1804, dit «Code Napoléon» (1). Ce même Napoléon aurait dit : «la religion existe pour empêcher les pauvres de tuer les riches». Pence dispose d'une relation étroite avec les donateurs milliardaires conservateurs (dont les frères Koch) qui ont largement sustenté les caisses du Parti républicain au cours des dernières années. Le VP est le seul officiel de la Maison Blanche qui ne peut pas être congédié. Si Trump est destitué, c’est lui qui le remplacera. Je ne sais pas lequel des deux est le plus épeurant... (Revoyez la série The Handmaid’s Tale de Bruce Miller)

Voici une analyse lucide de la décision de Trump, qui d’une manière n’étonne pas.

Célia Belin : «Un cadeau symbolique de Trump à sa base électorale évangélique»

Par Isabelle Hanne – 7 décembre 2017 à 20:56


Pour la spécialiste de la droite radicale et des mouvements fondamentalistes Célia Belin, la décision américaine est l’aboutissement d’un positionnement de longue date du Parti républicain.

Le rôle des chrétiens évangéliques, qui façonnent l’idéologie du Parti républicain depuis plusieurs décennies, est une clé indispensable pour comprendre la décision de Donald Trump de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël. Pour Célia Belin, chercheuse invitée à la Brookings Institution (Washington), auteure de Jésus est juif en Amérique (Fayard, 2011), spécialiste des mouvements évangéliques et fondamentalistes et de la droite radicale américaine, cette décision de Trump n’a rien d’erratique ou de surprenant. Elle est au contraire un cadeau pour sa base électorale, dans un pays où les chrétiens évangéliques sont le groupe le plus pro-Israël. Selon un sondage du Pew Research Center, 82 % des évangélistes blancs pensent que Dieu a donné Israël au peuple juif – soit deux fois plus que les juifs ou les catholiques américains. «Si le président Trump déplace l’ambassade à Jérusalem, il entrera dans l’immortalité, saluait carrément, mercredi, le pasteur texan John Hagee, leader des chrétiens sionistes américains. On se souviendra de lui pendant des millénaires pour son acte de courage.»

Dans quelle logique s’inscrit la décision de Donald Trump?

Elle émane de décennies de militantisme pro-Israël au sein du Parti républicain, qui avait déjà poussé le Congrès à voter en 1995 le Jerusalem Embassy Act [qui indique que «l’ambassade des États-Unis en Israël devra être établie à Jérusalem au plus tard le 31 mai 1999», ndlr]. Pour Trump, c’est la réalisation d’une promesse de campagne qui n’a de sens que si on la comprend comme un pilier de l’idéologie républicaine. Ce n’est pas une décision folle de Trump, uniquement disruptive. C’est une décision politique, un cadeau symbolique à sa base électorale évangélique.

Qui a façonné cette idéologie pro-Israël au sein du Parti républicain?

Si on schématise, il y a deux types d’influence : celle des organisations juives pro-israéliennes, très bien organisées, qui font du lobbying, des levées de fonds, qui influencent la rédaction des lois sur la politique étrangère des États-Unis. Mais ces organisations n’ont pas ou très peu de base électorale, à part à New York ou en Floride. Ceux qui pèsent de tout leur poids sur le Parti républicain, ce sont les chrétiens sionistes, très présents parmi les évangélistes. Cette décision de Trump, à court terme, c’est gagnant-gagnant : il va faire autant plaisir au premier groupe (en gros, ses donateurs), qu’au second, l’Américain moyen du fin fond de l’Alabama, qui y voit une forme de respect de la volonté divine. À partir des années 80, la défense d’Israël s’est ancrée dans la plateforme politique du Parti républicain. Et dans les années 2000, on a vu la consolidation des relations entre les chrétiens sionistes, les groupes juifs pro-Israël et la droite américaine.

Que représentent les évangélistes aux États-Unis? Et les chrétiens sionistes?

Il y a entre 60 et 80 millions de protestants évangéliques dans le pays, environ 26 % de la population américaine. La base activiste des chrétiens sionistes est de 10 000 personnes environ. Mais on considère qu’il y a environ 3 millions de chrétiens sionistes, qui touchent un public beaucoup plus large. Quand ceux-là prêchent une parole pro-israélienne, ils ne trouvent aucune résistance, au contraire. Israël est un allié naturel des Etats-Unis depuis sa création. C’est un État qui leur ressemble, qui se voit comme un État pionnier… Il y a eu beaucoup de travail de la base militante depuis une dizaine d’années, et ça paye : le soutien en faveur d’Israël est maintenant la vision majoritaire chez les évangélistes – alors que la communauté juive américaine est très divisée sur le sujet –, et donc au sein du Parti républicain. Quand on est démocrate, c’est plus compliqué, les positions vis-à-vis d’Israël sont plus ambiguës.

En termes religieux, comment expliquer ce soutien des évangélistes à l’État hébreu?

Si on interroge un évangéliste sur son soutien à Israël, il répondra sans doute simplement que «Dieu l’a voulu». Mais il y a plusieurs grandes théologies derrière. Pour certains, la création de l’État d’Israël est la preuve que Dieu a tenu ses promesses envers le peuple juif : donner la Terre sainte aux descendants d’Abraham. D’autres s’appuient sur un passage de la Bible où Dieu s’adresse à Abraham et à sa descendance : «Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront.» Il y a cette croyance que soutenir Israël apporte des bénéfices aux États-Unis, et inversement. Les chrétiens sionistes disent d’ailleurs qu’il faut regarder le sort de ceux qui se sont opposés aux juifs : les nazis, l’URSS, l’Iran, qui «finissent tous maudits». Alors qu’à l’inverse, les États-Unis sont la première puissance mondiale… Il y a enfin une troisième explication, moins courante mais souvent retenue pas les médias, et nourrie par la guerre des Six Jours (1967). La réponse militaire d’Israël, et l’expansion spectaculaire de son territoire, a été le déclencheur de passions eschatologiques : le regroupement du peuple juif en Terre sainte serait le signe de l’approche de l’Apocalypse et du retour du Christ sur Terre, avec Jérusalem comme point focal du monde. Mais quelle que soit l’explication, elle est incompatible avec la solution à deux États et la partition de Jérusalem.

Quel rôle jouent les sentiments anti-islam?

Il y a une défiance intrinsèque envers les musulmans au sein de la droite américaine. Dans ce climat islamophobe, les Palestiniens se retrouvent dans une position extrêmement défavorable. Le sionisme chrétien marche très bien parce qu’il rencontre un terreau très fertile aux États-Unis. Encore plus dans l’ère post-11 Septembre, où Israël est vu comme cette petite démocratie dans un Moyen-Orient instable, seule à pouvoir faire face au terrorisme régional.

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Le père Moïse est une ordure
(Source : Ne dites pas à ma mère que je suis athée; Michel Morin, Perro Éditeur 2015)

Dans les journées entourant ces rares moments de l’année dont le chrétien moyen a encore conscience qu’elles ont un quelconque lien avec leur religion (nommément Noël et Pâques), les télédiffuseurs nous resservent immanquablement ce grand classique de Cecil B. De Mille : Les Dix Commandements. [...]
    Pour les impies qui ne seraient pas familiers avec cette grandiloquente mégaproduction, sachez que Les Dix Commandements raconte l’histoire de Moïse qui libère son peuple du méchant pharaon égyptien et les conduit jusqu’à la Terre promise. Vous dire à quel point le film fut populaire à l’époque : il reçut pas moins de sept nominations aux Oscars en 1957.
    Le film, hagiographique à souhait, présente bien entendu Moïse comme un héros libérateur, un personnage irréprochable, plus grand que nature.
    La lecture du Livre de l’Exode déshabille en deux temps trois mouvements le champion du petit peuple et révèle crûment le vrai Moïse : un homme soumis aveuglément aux ordres d’un Dieu méchant, un chef de tribu colérique, violent, sanguinaire, revanchard, qui se livre aux pires exactions sur ses ennemis et même sur son entourage. Il est ironique de penser que pour incarner ce méprisant personnage dans Les Dis Commandements, on a choisi l’acteur Charlton Heston, homme infréquentable, porte-parole intransigeant de la NRA (National Rifle Association) et promoteur acharné des armes à feu aux États-Unis jusqu’à sa mort.


Si les Conventions de Genève et autres lois régissant les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre avaient été en vigueur du temps de l’Exode, Moïse en aurait enfreint vraisemblablement tous les articles.
    Quand son peuple est libéré des Égyptiens et erre dans le désert, Moïse rencontre en chemin de méchants ennemis. Sur les ordres de Yahvé, Moïse et ses hommes de main pillent, exterminent, brûlent, humilient, etc. Le traitement des ennemis : jamais assez dur au goût de Yahvé. La mission de Moïse n’est qu’un enchaînement de violences et d’exactions à l’égard des autres peuples qui n’ont commis que la seule erreur de se trouver sur sa route vers la Terre promise. La barbarie et le manque absolu de miséricorde et de compassion du Tout-Puissant ne manquent pas de saisir d’horreur le lecteur non averti.
    Pour avoir un aperçu de son bilan peut reluisant, imaginons un instant que Moïse ait eu à rendre des comptes à un tribunal international ou à une commission d’enquête...

LA COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LES GÉNOCIDES DE L’EXODE
Extraits du procès-verbal des procédures; Contre-interrogatoire du témoin Moïse X

[Extrait partiel du contre-interrogatoire, NDLR]

– Monsieur Moïse, n’est-il pas vrai qu’alors que vous viviez en Égypte, vous êtes intervenu dans une altercation au cours de laquelle un Égyptien avait commis des voies de fait envers un Hébreu? N’est-il pas vrai que, pour venger votre compatriote, vous avez tué cet Égyptien, que vous avez enterré l’Égyptien dans le sable après l’agression? Vous faites ça souvent avec des gens vivants?
– On a des preuves selon lesquelles vous avez agi, depuis l’époque où vous viviez en Égypte, en tant qu’homme de main d’un certain monsieur ... Yahvé. Il aurait d’autres pseudonymes : Dieu, l’Éternel, Emmanuel... Comment vous transmettait-il ses ordres? (Moïse : Il se dissimulait dans une nuée ou me parlait par l’entremise de... eh bien, d’un buisson de feu.) 
– Bien sûr. Et on a des preuves que votre patron, le monsieur-aux-huit-pseudonymes, vous a mis au courant d’un complot visant à tuer tous les premiers-nés en Égypte. Et vous, sachant que ces horribles meurtres en série allaient se produire, vous n’avez rien fait pour l’empêcher? (Moïse : J’ai averti Pharaon, mais y m’a pas écouté. [...])
– Votre supérieur Yahvé a fait en sorte que Pharaon refuse de vous laisser partir?
– Donc, à la suite de l’extermination des premiers-nés, Pharaon vous laisse partir. Vous avez quitté l’Égypte avec un groupe évalué à 600 000 hommes, plus femmes et enfants. Quand votre groupe arrive à la mer Rouge, qu’arrive-t-il? (Moïse : Je tends la main et je sépare la mer en deux. Une fois passé, j’étends encore la main pour que la mer engloutisse l’armée égyptienne.)
– Des rapports ici nous disent que vous êtes simplement passé à marée basse et que les Égyptiens se sont fait surprendre par la marée haute.
– Parlez-nous de l’incident du veau d’or. Je crois comprendre que c’est survenu alors que votre frère Aaron avait fait fondre une espèce de statue et que les gens de votre tribu faisaient la fête alentour. Vous auriez alors demandé à vos subalternes de «passer par le fil de l’épée les membres de leurs propres familles». On parle de 3000 victimes. Vous reconnaissez les faits? (Moïse : Je ne faisais que suivre les ordres.)
– J’ai ici un rapport détaillé où on relate une attaque que vous auriez dirigée contre les Madianites. D’après ce rapport, vos commandants auraient donc attaqué Madian et y auraient tué tous les hommes. Vous avez pillé tous leurs biens, incendié leurs villes et fait prisonniers les femmes et les enfants, c’est bien ça? (Moïse : Je ne faisais que suivre les ordres.)
– Mais quand vos commandants se sont présentés devant vous, vous leur auriez déclaré, et je cite : «Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme». Est-ce bien vos paroles?
Quand vous dites à vos hommes de «garder les filles pour eux», c’est de toute évidence pour en faire leurs esclaves sexuelles? (Moïse : Ah! S’il y en a qui ont les idées mal tournées...)
– Le bilan fait état de 24 000 victimes. J’ai par ailleurs ici un document intitulé Deutéronome. On peut y lire certaines de vos déclarations. Entre autres, vous ordonnez aux parents de lapider leurs enfants rebelles, c’est exact? (Moïse : C’est Yahvé qui a dit que...)
– On vous prête une autre déclaration pour le moins inquiétante. Je vous remets le document. Pouvez-vous le lire à la cour, s’il vous plaît? (Moïse, lisant : «L’homme aux testicules écrasés ou à la verge coupée ne sera pas admis à l’assemblée de Yahvé.») 

En somme, Moïse ne fut rien d’autre qu’un officier aveuglément soumis aux ordres du patron d’en haut. Un patron à la mèche courte, toujours furax. [...]
    Les croyants, les adeptes du judaïsme en particulier, continuent à penser que Moïse lui-même aurait été l’auteur des premiers livres de la Bible, dont l’Exode. Les experts ont depuis longtemps démontré que la chose est impossible. Moïse eût-il existé, les écrits sont ultérieurs de centaines d’années à l’époque alléguée de son existence. De plus comment pourrait-il bien raconter sa propre mort? La réalité, c’est qu’on ne saura jamais l’identité de son auteur (ou de ses auteurs). [...] Nous disposons d’une abondance de documents administratifs remontant à l’époque supposée de l’exode et pas un ne mentionne quoi que soit au sujet de la captivité ou de la libération des Hébreux (600 000 hommes plus les femmes et les enfants approcherait le million et demi de personnes). L’impact socio-économique aurait été phénoménal et n’aurait pu être passé sous silence. [...]
    Au même titre que la Création, Adam et Ève, Noé, la tour de Babel, toute la saga Moïse appartient au domaine des mythes. [...] Le livre de l’Exode, ce n’est qu’un enchaînement de dialogues insensés, d’événements impossibles, d’anecdotes farfelues qui, voudrait-on les énumérer, exigeraient trop d’espace. Mais Moïse, c’est avant tout le dépositaire de la Loi. Il est LE grand secrétaire à qui Dieu a dicté ses règles. [...]
    On peut hocher la tête et être consterné : les dix commandements, c’est n’importe quoi.
    Si on oscille entre fabulation et horreur avec les premiers livres de l’Ancien Testament, avec les livres suivants, le Lévitique et le Deutéronome, on nage en plein délire. Oui, les choses vont en empirant.

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(1) Le code civil français de 1804, dit «Code Napoléon», a inspiré de nombreuses démocraties. Une catastrophe pour les femmes car il affirmait l’incapacité juridique* totale de la femme mariée :
– interdiction d’accès aux lycées et aux universités;
– interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens;
– exclusion totale des droits politiques;
– interdiction de travailler sans l’autorisation du mari;
– interdiction de toucher elle-même son salaire;
– contrôle du mari sur la correspondance et les relations;
– interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation;
– répression très dure de l’adultère pour les femmes;
– les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit.
   Napoléon définit sans ambiguïté la place de la citoyenne dans la société à l’article 1124 de ce monument de misogynie qu’est le code civil : Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. L’enfant appartient au mari de la femme. […] La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants; elle est sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier (Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène). Bref, la femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme, il en fait donc ce que bon lui semble.


* Capacité juridique : aptitude à être titulaire de droits et d'obligations.  

6 décembre 2017

Armes à feu : cui bono?

Au Québec, le 6 décembre est devenu une journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes.


Il y a 28 ans, le 6 décembre 1989, une tuerie a eu lieu à l'École polytechnique de Montréal, au Québec (Canada). Marc Lépine, âgé de vingt-cinq ans, ouvre le feu sur vingt-huit personnes, tuant 14 femmes et blessant 14 autres personnes (10 femmes et 4 hommes), avant de se suicider. Le massacre à caractère sexiste a été perpétré en moins de vingt minutes à l'aide d'une carabine semi-automatique obtenue légalement. Il s'agit de la pire tuerie en milieu scolaire de l'histoire du Canada.
   Marc Lépine est né d’un père algérien et d’une mère québécoise en 1964, sous le nom de Gamel Gharbi. Dans une classe, il a déclaré avant de fusiller les étudiantes : «Vous êtes des femmes, vous allez devenir des ingénieures. Vous n'êtes toutes qu'un tas de féministes, je hais les féministes».
   Lépine  avait trois obsessions :
– son insuccès auprès des femmes (il prétendait que les femmes avaient ruiné sa vie)
– l'électronique  
– tout ce qui se rapportait à la guerre.

La vocation première des armes à feu est de tuer.
Saviez-vous qu’une arme automatique peut tirer jusqu’à 700 balles à la minute?
Croyez-vous que les armes peuvent servir à quoi que ce soit de bon?

L’industrie de l’armement compte parmi les plus lucratives de notre beau monde. Rien d’étonnant que les pro-armes luttent bec et ongles contre le registre des armes à feu qui peut aider à en limiter la vente illégale.

Criminalité transnationale organisée : 
mettons fin à leurs activités

Vous trouverez sur ce site des rapports, fiches d’information et autres, portant sur la criminalité organisée, les produits de contrefaçon, la traite des êtres humains et la criminalité environnementale.

Données essentielles

La criminalité transnationale organisée génèrerait 870 milliards de dollars par an selon des estimations. Cela équivaut à plus de six fois le montant de  l'aide au développement officielle ou 7 % des exportations de marchandises mondiales (2009).
   Chaque année, d'innombrables personnes perdent la vie à cause de la criminalité organisée. Les principales raisons en sont les problèmes de santé liés à la drogue, la violence, les morts par armes à feu, les méthodes et les motivations peu scrupuleuses des trafiquants d'êtres humains et de migrants.
   La criminalité transnationale organisée est en constante évolution : c'est une économie qui s'adapte aux marchés et génère de nouvelles formes de délinquance. Il s'agit d'un commerce illicite qui transcende les frontières culturelles, sociales, linguistiques et géographiques et qui ne connaît ni limites, ni règles.
   Le trafic de drogue, le trafic de migrants, la traite des êtres humains, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes à feu, le trafic de contrefaçons, le trafic d'animaux sauvages,  le trafic de biens culturels ainsi que certains aspects de la cybercriminalité sont autant d'activités relevant de la criminalité transnationale organisée.

Albert Camus :
   «Il y a une fatalité unique qui est la mort et en dehors de quoi il n'y a plus de fatalité. Dans l'espace de temps qui va de la naissance à la mort, rien n'est fixé : on peut tout changer et même arrêter la guerre et même maintenir la paix, si on le veut assez, beaucoup et longtemps.»  
   «Pourrais-tu, toi, Stepan, les yeux ouverts, tirer à bout portant sur un enfant?»
(Les justes, 1952)

«Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler, et ne dire qu’une seule chose, mais la dire sans répit...»

NOUS AUTRES MEURTRIERS   
Albert Camus, Franchise No 3, novembre / décembre 1946  

Oui, c`est la vérité que nous vivons sans avenir et que le monde d’aujourd`hui ne nous promet plus que la mort ou le silence, la guerre ou la terreur. Mais c’est la vérité aussi que nous ne pouvons pas le supporter parce que nous savons que l’homme est une longue création et que tout ce qui vaut la peine de vivre, amour, intelligence, beauté, demande le temps et la maturité. Et si nous ne pouvons pas le supporter, nous devons le dénoncer. Et la première chose justement est de pousser ce cri de révolte. Car la terreur et la fatalité sont faites pour moitié au moins de l’inertie et de la fatigue des individus en face des principes stupides ou des actions mauvaises dont on continue d`empoisonner le monde. La tentation la plus forte de l’homme est celle de l’inertie. Et parce que le monde n’est plus peuplé par le cri des victimes, beaucoup peuvent penser qu’il  continuera d’aller son train pendant quelques générations encore. Il ira son train, en effet, mais parmi les prisons et les chaînes. Parce qu’il est plus facile de faire son travail quotidien et d’attendre dans une paix aveugle que la mort vienne un jour, les gens croient qu’ils ont assez fait pour le bien de l’homme en ne tuant personne directement. Mais, en vérité, aucun homme ne peut mourir en paix s’il n’a pas fait tout ce qu’il faut pour que les autres vivent et s’il n’a pas cherché ou dit quel est le chemin d’une mort pacifiée. Et d’autres encore, qui n’ont pas envie de penser trop longtemps à la misère humaine, préfèrent en parler d’une façon très générale et dire que cette crise de l’homme est de tous les temps. Mais ce n’est pas une sagesse qui vaut pour le prisonnier ou le condamné. Et, en vérité, nous continuons d`être dans la prison, attendant les mots de l’espoir.

Les mots d’espoir sont le courage, la parole claire et l’amitié. Qu’un seul homme puisse envisager aujourd’hui une nouvelle guerre sans le tremblement de l’indignation et la guerre devient possible. Qu’un seul homme puisse justifier les principes qui conduisent à la guerre et à la terreur et il y aura guerre et terreur. Il faut donc bien que nous disions clairement que nous vivons dans la terreur parce que nous vivons selon la puissance et que nous ne sortirons de la terreur que lorsque nous aurons remplacé les valeurs de puissance par les valeurs d`exemple. Il y a terreur parce que les gens croient ou bien que rien n’a de sens ou bien que seule la réussite historique en a. Il y a terreur parce que les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, la volonté de liberté par la volonté de domination. On n’a plus raison parce qu’on a la justice et la générosité avec soi. On a raison parce qu’on réussit.  Et plus on réussit, plus on a raison. A la limite, c’est la justification du meurtre.

Tout le monde aujourd’hui veut réussir, par l’argent ou par le jeu. Tout le monde veut triompher. Les nations ne souhaitent pas le succès parce qu’elles ont raison mais elles le veulent pour avoir enfin raison. Aucune d’elles ne veut plus écouter l’autre. Il n’y a plus de dialogues possibles dans un univers où tout le monde est sourd. Demain, ce sera le monologue du vainqueur et le silence de l’esclave. C`est pourquoi les hommes ont raison d’avoir peur, parce que dans un pareil monde c’est toujours par hasard ou par une arbitraire bienveillance que leur vie ou celle de leurs enfants sont épargnées. Et ils ont raison aussi d`avoir honte parce que ceux qui vivent dans un pareil monde sans le condamner de toutes leurs forces (c`est-à-dire presque tous) sont à leur manière aussi meurtriers que les autres.

Il n’y a qu’un seul problème aujourd’hui qui est celui du meurtre, toutes nos disputes sont vaines. Une seule chose importe qui est la paix. Les maîtres du monde sont aujourd’hui incapables de l’assurer parce que leurs principes sont faux et meurtriers. Que du moins, et dans tous les pays, ceux qui refusent le meurtre se réveillent, dénoncent les faux principes et entament pour leur propre compte la réflexion, le dialogue, le démarche exemplaire qui démontreront au moins que  l’histoire est faite pour l’homme et non pas le contraire. Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler, et ne dire qu’une seule chose, mais la dire sans répit, comme un témoin, comme mille témoins qui n’auront de cesse que lorsque le meurtre, à la face du monde sera répudié définitivement.

Un présent inestimable de Catherine Camus (texte presque inédit).
Source : Axel Kahn http://axelkahn.fr/autres-meurtriers-texte-presque-inedit-dalbert-camus/

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En complément :

«J'avais reconnu l'adversaire que j'avais à combattre – le faux héroïsme qui préfère envoyer les autres à la souffrance et à la mort, l'optimisme facile des prophètes sans conscience, politiques aussi bien que militaires, qui, promettant sans scrupules la victoire, prolongent la boucherie; et derrière eux, le choeur stipendié de tous ces ‘phraseurs de guerre’.» (Le monde d’hier)

«Tant qu'ils ne sont pas fin prêts, les despotes qui préparent la guerre n'ont que le mot de paix à la bouche.» (Les Très Riches Heures de l'Humanité)

~ Stefan Zweig