16 juillet 2017

La grande coupure

On parle beaucoup de la sixième extinction de masse. Je suis loin de croire que nous passerons à côté. Avec les cinglés qui nous gouvernent, et du fait que nous ayons perdu le contrôle de nos propres créations, notre disparition donnerait à la terre l’occasion de se refaire : «Elle n'a pas besoin de notre aide pour défaire la planète et la remettre en état autrement, et pas nécessairement à l’avantage des choses vivantes.» (Kurt Vonnegut) 
   Ainsi, dans quelques millions d’années, des visiteurs qui sonderaient la Terre, comme nous le faisons sur Mars, diraient peut-être : «C’est curieux, il semble y avoir eu de l’oxygène, de l’eau et beaucoup de végétaux et d’animaux sur cette planète!»

Je suggère aux climatosceptiques le Rapport Planète Vivante 2016, Risque et résilience dans l’Anthropocène :
http://assets.wwffr.panda.org/downloads/27102016_lpr_2016_rapport_planete_vivante.pdf#page=5&zoom=page-actual,-7,632

En le lisant on a envie de dire avec Philippe Claudel nous sommes devenus des monstres. «Cela ne peut plus durer. Nous allons droit dans le mur. Nous ne pensons qu’à nous-mêmes, qu’à nos pavillons, nos barbecues du samedi, nos placements défiscalisés, nos SUV, nos soins du visage.» (1)

Je reviendrai prochainement à ce Rapport car il y a des pays qui ont généreusement contribué à la disparition des espèces et qui continuent de s’en prendre à celles qui sont menacées et carrément en voie d’extinction. Il n’y a pas que les éléphants, les rhinocéros et les requins. En ce moment, les pangolins sont les mammifères les plus braconnés dans le monde. La raréfaction des espèces vivant en Asie a engendré l'effet pervers presque attendu, c'est à dire que le trafic et la traque des pangolins s'est décalée vers l'Afrique pour alimenter les marchés de l'extrême Orient. Ce commerce illégal tient à ce que leurs écailles auraient soi-disant des vertus thérapeutiques!  Hedwige, le hibou d’Harry Potter, est un harfang des neiges. Le succès de la série cause un problème : tous les fans (notamment chinois) veulent se procurer des harfangs comme animal de compagnie, au mépris de la conservation de l'espèce. Pourquoi les humains veulent-ils tout posséder? On peut admirer, aimer, sans avoir «besoin» de posséder – en tout cas, ça peut s’enseigner aux enfants en bas-âge. NOUS sommes les animaux les plus rapaces.

Photo : Arctique / Reuters 

En plus de la disparition des espèces et de la pollution, le spectre d’une guerre absolue au nucléaire est de retour dans l’air.

Le livre dont proviennent les passages suivants, L’an 2000 (Herman Kahn et Anthony J. Wiener) a été publié en 1967 (il faut en tenir compte).

La grande coupure a probablement été la Première Guerre mondiale, précédée comme elle l’était par les treize années encore connues sous le nom de Belle Époque, années qui furent pour presque tout le monde civilisé une période de croissance continue sans précédent. Bien que leur réputation ait été ternie par la comparaison avec la période faste d’après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup se souviennent de ces années avec nostalgie. Il vaudrait la peine, à notre avis, de savoir si la période qui a commencé en 1952 et qui fut elle aussi une période de progrès exceptionnel, est le début d’un «âge nouveau» ou si elle n’est qu’un des sommets du cycle économique normal. 
   La Première Guerre mondiale n’a pas seulement mis fin à la Belle Époque, elle a aussi brisé les structures morales et politiques de l’Europe. On aurait pu croire que le triomphe de la démocratie sur le despotisme (ou du moins une monarchie «non éclairée»), aurait enfin rétabli la moralité des peuples. Mais on en était loin. 
   Cette guerre que l’on avait payée trop cher avait mis en évidence l’influence de certains écrivains antimilitaristes ou révisionnistes, les accords organisant l’après-guerre n’ont fait qu’augmenter la désillusion. La perte par l’Europe de son prestige et de son moral, après cette guerre, eut un grave retentissement dans le monde entier. De nombreux admirateurs de la civilisation européenne se détournèrent de l’Occident. ... 
     La popularité d’auteurs comme Spengler illustre bien le pessimisme qui s’empara alors de l’Occident. Bien des Européens s’attendaient à voir les Russes ou les Asiatiques prendre la place de la puissance occidentale, mais ce fut une déviation de la culture occidentale, le Nazisme, qui faillit, dangereusement, conquérir toute l’Europe, puis devenir le maître du monde, grâce à son alliance avec le Japon. Par rapport à la civilisation occidentale le fascisme et encore plus le nazisme sont sans doute des hérésies, mais disons qu’ils en sont le produit comme la pollution l’est de l’industrie. Cela dit, ces hérésies ne sont pas inévitables et on peut quelquefois les prévenir. Elles sont le résultat de la poussée historique de forces religieuses, idéologiques, culturelles et structurelles connues. Le pessimisme et le sentiment de frustration qui suivirent la Première Guerre mondiale aggravèrent ces tendances. 
   On croit généralement que c’est la pauvreté qui engendre l’instabilité et les mouvements messianiques totalitaires comme le communisme et le fascisme, mais en réalité, il est historiquement prouvé que ce sont les quatre pays qui s’apprêtaient à rattraper ou à dépasser les puissances industrielles avancées qui causèrent les troubles de la première moitié du siècle. Et cela pourrait bien devenir un exemple de ce qui se passera dans les soixante-six prochaines années. 
   On comprendrait certainement mieux la situation si on faisait abstraction des clichés communs sur la pauvreté, source principale de l’instabilité mondiale et sur la suppression de cette instabilité par l’industrialisation. On a malheureusement trop vu de cas qui contredisent totalement ces clichés. 
   Il est possible que les excès et le côté pathologique de mouvements de masse comme le communisme ou le fascisme soient davantage dus à la qualité de leurs membres qu’à la déraison, ou à l’utopie de leur doctrine. 
   En effet, ces mouvements attirent surtout les gens exclus de la société, ceux qui mènent une vie inutile et sans but, ou ceux qui cherchent anxieusement à sortir d’eux-mêmes, en se consacrant à un grand idéal qui exige la soumission de leur personnalité à une unité de buts et d’actions. L’adhésion à ces mouvements d’une adolescence instable et sans racines, de classes ou de minorités frustrées mais ambitieuses et sûres d’elles-mêmes, d’un certain nombre de ratés et de hors-la-loi, de nihilistes et d’égoïstes, et enfin de paranoïaques et d’opportunistes, en est un exemple spécifique. Presque toutes les civilisations traditionnelles quand elles s’industrialisent trop rapidement ... ou même certains pays encore relativement traditionnels qui essaient de rattraper trop vite leur «retard» ... produisent souvent ce type d’individus. Il y en aurait d’ailleurs probablement encore plus s’il se produisait une crise dans le processus de l’industrialisation ou si une guerre perdue diminuait la force et le prestige des éléments les plus stables et les plus évolués de la société et des valeurs qu’ils défendent. 
   Beaucoup d’analystes estiment que les instabilités potentielles de l’actuel système international [1967] et de son environnement rendent difficile d’imaginer qu’il puisse durer indéfiniment. [...]

La course aux armements

«Si on n’arrête pas la course aux armements, une guerre nucléaire détruira la race humaine.» Modifions cette proposition en écrivant «finira par détruire», et elle devient plausible, bien qu’elle ne soit pas encore un théorème. ... Les historiens ont longtemps partagé cette opinion et Lewis F. Richardson lui a donné une base mathématique et théorique (Statistics on deadly quarrels, 1966). Par simple extrapolation à partir d’idées relatives aux premières courses aux armements, une course nucléaire produira une guerre nucléaire, et une guerre nucléaire entraînera – comme les autres guerres sont supposées l’avoir fait – l’usage d’une panoplie d’armes existantes. ... Il semble de moins en moins vraisemblable, malgré beaucoup d’opinions contraires, que si l’on utilise l’arme nucléaire, elle soit dès le départ employée avec témérité, et sans souci des conséquences. La simple image d’un responsable ayant accès à un bouton et se mettant à presser tous les boutons à partir du moment où le seuil nucléaire aura été franchi devient indéfendable. Les nations seront plutôt acculées ou entraînées dans une guerre nucléaire, mais ne s’y jetteront pas tête baissée. 
   Au milieu des années 50, les États-Unis dépensaient pour la défense un septième de leur P.N.B. Aujourd’hui, en pleine guerre vietnamienne, ils en dépensent environ le dixième. ... 
   La plupart de ces courses ont tendance à se ralentir surtout si la défensive a la supériorité sur l’offensive ou si, tout simplement, le bon sens l’emporte, de part et d’autre, ce qui empêche l’effet de spirale. 
   ... Si de tels engins tombent entre les mains de gouvernements irresponsables ou instables, il se pourrait qu’ils soient utilisés. ... Les prévisions pour l’an 2000 doivent tenir compte du fait que le XXIe siècle débutera avec un nombre relativement grand de nations possédant l’armement nucléaire et se donner pour tâche d’y trouver des solutions.

Disparités de l’économie et du développement

... L’élite des nations sous-développées prend ses modèles non pas dans l’histoire des pays développés – c’est-à-dire en considérant leur lent progrès du stade de sous-développement au stade du développement – mais dans la situation actuelle des pays avancés. Cela donne un standard si élevé que les politiques les plus efficaces risquent de se montrer décevantes à beaucoup d’égards. Les nations sous-développées, même unies, ne pourraient mettre en œuvre les ressources économiques ou militaires nécessaires à des campagnes d’envergure contre une ou plusieurs nations développées. 
    ... Si le néo-colonialisme persiste jusqu’à l’an 2000 des guerres Nord-Sud se produiront. Mais le fait même de ne pas agir influe sur les systèmes plus faibles et l’aide, ou la menace, éventuelle des systèmes plus forts exerce une grosse influence sur les plus fragiles. L’intégration en série de la communauté internationale mondiale ne résoudrait pas ce problème, à moins que l’on ne concède aux nations plus petites et sous-développées des droits de vote leur donnant plus d’importance qu’elles n’en ont. Il est difficile d’imaginer sur quel critère ce vote reposerait. Les systèmes évidents (par exemple les votes : un individu, une voix – une nation, une voix – un dollar, une voix) ont des défauts majeurs, comme leurs combinaisons. ... Même ceux qui ont examiné le problème scrupuleusement pensent souvent, en termes tout à fait hypothétiques, à un désarroi général et complet ou à un gouvernement mondial, sans considérer sérieusement les moyens d’y parvenir ni à quoi l’on aboutirait exactement. 
   Le monde connaîtra le mécontentement, la frustration et la rivalité, même si des taux de croissance favorable se maintiennent dans les régions sous-développées. Les disparités entre nations resteront grandes et toute croissance elle-même n’ira pas sans heurts. Tout cela rend possible l’emploi des armes atomiques.
   Leur prochain usage pourrait bien ne pas être le fait de deux puissances industrielles capables de représailles nucléaires, mais celui d’une puissance développée contre une puissance moindre ou encore de pays de seconde zone vidant leurs querelles entre eux. ... On pourrait enregistrer chez les grandes puissances une tendance à menacer ou contraindre leurs victimes, ce qui envenimerait dangereusement les rivalités internationales. ... De toute façon, d’autres emplois nucléaires suivront et un fossé se créera entre nations atomiques et nations non atomiques. Le désir d’hégémonie et l’état de guerre institutionnalisée pourraient s’exprimer et le XXIe siècle être celui de la violence et du désordre.

Collage : Joe Webb http://www.joewebbart.com/

Disparition de la guerre totale

Il existe, en principe, plusieurs moyens de développer des mondes qui connaîtraient peu ou point de menace de guerre internationale. Dans les «mondes de Gallois, cela se produit quand chaque contrée a des armes atomiques (même si néanmoins de petites guerres se produisent, elles servent d’avertissement aux autres nations), le système est censé se maintenir lui-même. «Plus nous nous familiariserons avec les lois de l’âge balistico-nucléaire, plus il apparaît possible – contrairement au sentiment populaire – de proscrire le recours à la force entre puissances nucléaires, même si l’agresseur éventuel est plus fort et mieux pourvu en moyens de combat que la nation qu’il menace... Il semble absurde, à nos yeux, que ce soit justement la toute-puissance des armes nouvelles qui puisse créer, même temporairement, une forme de paix qui pourrait se révéler plus stable – et plus avantageuse – que celles que l’humanité a connues jusqu’à maintenant... Si tel est le résultat auquel conduisent les techniques nouvelles, et si le mouvement est aussi irréversible que celui auquel aboutit la généralisation des armes à feu, il vaudrait mieux que les nations occidentales en viennent à un accord..., en répartissant ces armes nouvelles entre elles...» (Général Pierre Gallois, The Balance of Terror) 
   La guerre totale entre civilisés est une invention du XXe siècle, mais on peut imaginer un retour aux limitations agonistiques en partie parce que la guerre totale est devenue suicide, donc impensable. 
   Si la majorité des nations désirant la paix conserve un minimum de puissance militaire ou la possibilité d’en mobiliser une rapidement, et si elles ont un désir de préserver la paix mondiale, on peut bien imaginer un système relativement stable. Nous pensons qu’il existe malheureusement trop d’ambiguïté dans la plupart des agressions et trop d’ambivalences dans les positions prises en vue de la paix et de l’unité mondiale, pour qu’un tel système s’établisse totalement. 
   Il faut insister aussi sur la force des idéologies – aussi bien moralisatrices qu’agressives – pour fausser la perception qu’ont les peuples des événements et pour convertir le désir de paix en source de violence. 
   Mais il convient de noter que bon nombre de sociologues semblent penser qu’une forme quelconque de défense collective efficace peut voir le jour. 
   Les idéalistes, qui désirent une sorte de gouvernement mondial, oublient souvent les questions politiques importantes du genre : «Qui obtient quoi, et quand?» et «Qui dit à qui ce qu’il faut faire?» De telles questions sont difficiles à résoudre en l’absence de dangers extérieurs pressants qui forcent au compromis. Cela est une raison de croire qu’un gouvernement mondial ne peut être issu que d’une guerre ou d’une crise qui apporterait la combinaison appropriée de motivation, de peur et de nécessité.

Le meilleur moyen d’éviter les crises et les guerres consiste à les comprendre, et, les ayant comprises, on est à même d’agir sur leurs conséquences.

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Faites-vous confiance à un tandem Xi Jinping / Kim Jong-un, à un Donald Trump,  à un Poutine?

«L’histoire : une collection de faits qui n’étaient pas obligés de se produire.»
– Stanislaw Jerzy Lec (écrivain polonais, 1909-1966)

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(1) Philippe Claudel a poussé la caricature, le cynisme et l’ironie à l’extrême, mais c’est tellement «ça».

Inhumaines; éditions Stock, 2017

Résumé de l’auteur :
«Le rire contre les armes. Et l’ironie pour se moquer de nous. L’homme est sans doute le seul animal à commettre deux fois les mêmes erreurs. Il est aussi l’unique à fabriquer le pire et à le dépasser sans cesse. À observer le monde comme il va, on hésite alors entre les larmes et le rire. 
   J’ai choisi dans Inhumaines de m’affubler d’un nez rouge, d’exagérer le vrai pour en saisir l’atroce. Ma volonté était de cette façon de tempérer la cruauté née de notre société en la croquant de façon grotesque, ce qui permet de s’en moquer, en espérant contribuer à la corriger aussi, même si je n’ai guère d’illusion sur ce point : restons modeste. 
   En 2000, j’avais déjà écrit un roman, J’abandonne, sur la vulgarité de notre monde et sa bêtise. Cela ne me faisait pas rire à l’époque, et le texte était serré comme un coup de poing. Avec le temps, j’ai préféré l’humour et la satire, comme dans Le Paquet ou dans L’Enquête, pour dire comment nous allions droit dans le mur, un mur plus solide que nos pauvres caboches. 
   Je suis convaincu qu’il est des situations où la littérature doit se transformer en papier de verre pour décaper les cervelles : cela fait un peu mal au début mais cela chatouille aussi. Et après tout, à mon très petit niveau, je ne fais avec ce roman de moeurs que m’inscrire dans un sillon tracé depuis longtemps par des aînés prestigieux, Pétrone, Rabelais, Molière, Voltaire, Villiers de L’Isle-Adam, Jarry, l’Apollinaire des romans érotiques et absurdes, Georges Fourest, les Surréalistes, Ionesco, Roland Topor, Pierre Desproges et bien d’autres qui se sont servis de l’outrance et de la farce pour transcrire nos errements, et amuser leur public en le déshabillant. [...] 
   Inhumaines est inspiré de faits réels. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existant est totalement volontaire. J’ai simplement forcé un peu le trait. À peine. Et je n’ai d’autre ambition que faire rire, même jaune, à nos propres dépens, à commencer par les miens. 
   Inhumaines est à la vérité ce que le palais des glaces est au réel : exhibant un reflet convexe, parfois concave, rétréci ou agrandi, même s’il déforme, il ne ment jamais.»

14 juillet 2017

En ce 14 juillet

Comment célébrer quand les souvenirs sont salis par d'horribles tragédies?!

Photo : Maxppp / AFP 2016

La controverse entourant la commémoration du drame survenu à Nice en 2016 avec des photos des victimes me faisait réfléchir à la différence entre résignation et acceptation. Vaste sujet. Mais j’ai trouvé un article de circonstance (sur la résilience) : «chaque jour, les médias nous signalent au moins un acte terroriste cherchant à atteindre ses buts en détruisant la vie de personnes qui ne sont pas concernées autrement que par leur race, leur nationalité ou le fait qu’elles se trouvaient à un endroit particulier à un moment précis», nous dit l’auteur.

La résilience, reflet de notre époque
Par Jean Garneau, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique «La lettre du psy»
Volume 8, No 9: Octobre 2004

Introduction

Le talent de communicateur du Dr Boris Cyrulnik n’est certainement pas étranger à la grande popularité qu’a acquise depuis quelques années le concept de résilience. Mais pour comprendre cet engouement, il me semble nécessaire de voir plus largement la pertinence particulière de cette philosophie de vie pour l’époque que nous vivons. 
     Dans cet article, je vais tenter de mettre en lumière les aspects les plus importants de cette notion et d’expliquer pourquoi elle est particulièrement utile à ce moment-ci de l’histoire. Les lecteurs qui voudraient approfondir le sujet lui-même auraient intérêt à le faire directement dans les ouvrages du Dr Cyrulnik.

Qu’est-ce que la résilience?

À l’origine, il s’agit d’un terme utilisé en physique pour désigner la résistance aux chocs d’un métal. Il est particulièrement utile pour évaluer les ressorts. Par extension, on a adopté ce terme pour désigner, dans divers domaines, l’aptitude à rebondir ou à subir des chocs sans être détruit. 
     En psychologie, on s’en sert pour désigner la capacité de se refaire une vie et de s’épanouir en surmontant un choc traumatique grave. Il s’agit d’une qualité personnelle permettant de survivre aux épreuves majeures et d’en sortir grandi malgré l’importante destruction intérieure, en partie irréversible, subie lors de la crise.

Tendance actualisante

À partir de la définition sommaire ci-dessus, on peut facilement y reconnaître une des manifestations de la tendance actualisante, cet aspect crucial de l’équipement inné de tous les êtres vivants. En effet, cette tendance est la force qui pousse tout être vivant à mettre ses ressources au service de sa survie lorsque celle-ci est menacée et à les mobiliser dans la recherche du plus grand épanouissement possible quand les conditions sont favorables. (Voir Une théorie du vivant ) 
     Mais on pourrait dire qu’il s’agit d’un volet spécialisé de la tendance actualisante; celui qui permet de surmonter les pires obstacles, les événements qui, en plus de menacer notre vie, s’attaquent directement à notre identité et à notre valeur personnelle. La résilience nous fascine parce qu’elle touche des “miracles”, des solutions “magiques” à des problèmes apparemment insolubles. Elle frappe notre imaginaire de la même façon que le “mouvement du potentiel humain” le faisait au milieu du siècle dernier en nous faisant découvrir que nous sommes capables de beaucoup plus que nous ne le croyons. 
     Des dimensions supplémentaires s’ajoutent cependant dans le cas de la résilience, reflétant deux caractéristiques de l’époque actuelle. Avec l’accessibilité grandissante des moyens de communication qui ignorent les frontières et les distances physiques, cette notion a pu se faire connaître et trouver des applications dans un grand nombre de pays dont les cultures et les environnements socio-économiques sont très différents. Cela permet d’en appliquer les implications dans une grande variété de contextes (car les catastrophes et les actes destructeurs font bien peu de discrimination dans le choix de leurs cibles). 
     Ce qui est plus intéressant encore, c’est le fait que les chercheurs tentent de cerner les facteurs de résilience et les façons d’en soutenir le développement dans plus de 30 pays. Déjà en août 1994 on commençait à obtenir des résultats d’une quinzaine de pays incluant le Soudan et la Namibie. Nous pouvons ainsi espérer comprendre cette dimension de la réalité d’une façon qui transcende les cultures et les types d’organisation sociale. Quand on sait que la psychologie humaniste issue du mouvement du potentiel humain n’a pas encore réussi, après un demi-siècle, à s’implanter solidement en France, une telle convergence d’efforts est très encourageante. L’ampleur des recherches en cours laisse croire que leurs conclusions seront utilisées dans une grande partie de l’univers.

Une attitude devant la vie

L’adoption du concept de résilience est aussi le reflet d’un changement d’attitude devant la vie elle-même. Au nom de l’humanité et en vertu d’une certaine interprétation de la social-démocratie, on a voulu depuis plusieurs années éliminer de notre vie toute forme de danger, d’accident, d’injustice ou même d’inconfort psychique. Pour y parvenir, on multiplie les règlements et les précautions tout en diluant la responsabilité individuelle dans un jargon juridique de plus en plus lourd (lisez les avertissements qui accompagnent maintenant tous les produits que vous achetez). 
     En parlant de résilience, on abandonne cette vision aseptique de la vie idéale pour affirmer sans hésitation que les catastrophes et les épreuves font malheureusement partie de la vie et qu’il vaut mieux y être préparé si on veut survivre et continuer de mener une existence digne d’être vécue. Pour les parents et les éducateurs le message est puissant: il est inutile et même nuisible de chercher à mettre vos enfants à l’abri de tout car ils se retrouveront sans mécanismes de protection et sans moyens d’adaptation efficaces lorsque surviendront les problèmes importants. Il vaut mieux fournir les conditions qui permettront de développer les qualités qui favorisent la résilience.

Une méthode d’intervention

Cette vision des choses conduit aussi à une façon différente d’intervenir auprès des victimes. Curieusement, cette approche rejoint les nouvelles façons dont la médecine tente de favoriser la guérison dans certains domaines. Par exemple, au lieu d’inviter la personne qui souffre d’un mal de dos à éviter tout mouvement qui provoquerait de la douleur, on insiste maintenant sur le fait que la guérison est plus rapide si le patient se remet plus rapidement en mouvement, même s’il endure une certaine douleur.

Post-traumatique

Les études sur la résilience ont permis de découvrir un aspect important de la récupération après un choc traumatique: la reconstruction de l’estime de soi. Trop souvent on emprisonne la personne dans sa position de victime en voulant l’aider. On a maintenant compris qu’il est néfaste de tenter de tout faire pour la personne traumatisée afin de compenser pour sa douleur injuste et de la protéger de toute nouvelle souffrance.
     On a découvert que les personnes qui s’en sortent le mieux, même après les pires catastrophes, sont celles qui parviennent à regagner une estime d’elles-mêmes en réussissant quelque chose, en ayant un véritable motif de fierté. Si on veut fournir l’aide la plus propice à une reconstruction personnelle, il faut fournir des opportunités favorables à de tels succès et non aplanir soigneusement les moindres cahots. 
     On a compris en effet que la pire catastrophe est insuffisante par elle-même à créer un trauma chez les personnes qui y survivent; il faut en plus que la personne se perçoive comme une victime. En s’en tenant à la compassion bienveillante, les intervenants peuvent réduire la personne à son identité de victime et lui compliquer le combat pour la survie en la privant des motifs de fierté dont elle aurait besoin. 
     Ce nouvel aspect n’élimine pas les ingrédients qu’on connaissait déjà, notamment la nécessité de l’expression libératrice, d’un accueil soutenant, d’un encadrement rassurant. Il vient plutôt s’y ajouter comme un élément crucial sans lequel la survie est plus difficile ou même impossible.

Éducation  [...]

Une notion adaptée à la vie actuelle

Il y a quelques années à peine nous pouvions encore imaginer une vie exempte d’atrocités ou de catastrophe majeure. Nos problèmes étaient à l’échelle humaine: accidents, maladies, décès, séparations, etc. Nous savions par les média que la situation était loin d’être aussi rose dans certaines régions du globe, mais avions besoin du témoignage des aînés pour nous rappeler que la guerre n’était pas seulement une abstraction dans le monde occidental. Seule la nature pouvait nous attaquer arbitrairement par des catastrophes trop puissantes pour nous et il fallait être malchanceux pour avoir à surmonter un événement traumatique.

Le danger omniprésent

Mais depuis un certain onze septembre, nous avons compris que nous ne sommes jamais à l’abri des actes de destruction contre lesquels nous sommes sans moyens. Nous savons maintenant que nous ne sommes nulle part exemptés des retombées de combats dans lesquels nous n’avons jamais choisi de nous impliquer. (Voir En marge d’une inquiétante tragédie ) 
     Chaque jour, les médias nous signalent au moins un acte terroriste cherchant à atteindre ses buts en détruisant la vie de personnes qui ne sont pas concernées autrement que par leur race, leur nationalité ou le fait qu’elles se trouvaient à un endroit particulier à un moment précis. Le plus pacifiste, tolérant, aimant d’entre nous ne peut plus s’imaginer que son attitude suffira à lui procurer la sécurité; il peut être recruté de force à tout moment par quiconque estime avoir une cause juste à défendre ou à promouvoir. (Voir La prise d'otage comme tactique de négociation ) 
     Dans un tel contexte, la résilience n’a rien d’un luxe! Nous pouvons tous nous attendre à devoir faire face un jour à une agression humaine ou naturelle qui mettra notre survie en jeu. Nous avons besoin d’apprendre à surmonter les pires épreuves car nous savons que nous en deviendrons probablement un jour les cibles arbitraires.

Une préparation inadéquate

Pire encore, notre vie des dernières décennies a souvent été organisée en fonction de l’élimination de tous les risques qu’on prenait chaque jour sans y penser il y a trente ou quarante ans. Notre sécurité au quotidien n’était plus notre responsabilité, mais celle des autres, du gouvernement ou des compagnies dont nous consommons les produits. Le piéton n’a plus besoin de vérifier s’il se mettra en danger en traversant la rue; il peut foncer tête baissée à l’intersection et laisser les autres prendre soin de l’éviter. Au pire (?) il deviendra le nouveau gagnant à la loto des accidentés dédommagés. 
     Mais les victimes d’actes terroristes et de cataclysmes naturels ne gagnent jamais à cette loterie car leurs bourreaux sont toujours insolvables et il y a des limites à ce que nos gouvernements peuvent accepter de payer en leur nom. Sans une multinationale ou un propriétaire de voiture de luxe, on ne gagne que des prix de consolation. 
     On nous prévient au début des émissions de télévision que certaines images pourraient froisser la susceptibilité ou la sensibilité de quelques personnes, mais c’est sans avertissement que la catastrophe nous touche. On nous interdit de fumer parce qu’à long terme cela pourrait nuire à notre santé, mais on nous encourage à croire que le prochain billet de loterie pourrait résoudre sans plus d’effort l’ensemble des problèmes de notre vie. 
     Il n’est pas étonnant que nous nous sentions vulnérables devant les difficultés inhérentes à la vie. Le moindre problème imprévu risque de nous déséquilibrer car nous avons appris à fuir tout danger au lieu d’apprendre à vaincre des obstacles. Lorsqu’on nous parle de cette résilience qui permet de surmonter les pires épreuves, nous reconnaissons là une qualité qui nous manque, une solution à l’angoisse que nous n’avions pas encore clairement identifiée. 
     Je crois que la popularité de ce concept découle en grande partie de la réponse qu’elle apporte à notre angoisse. Nous avons le sentiment d’être sans défense contre les malheurs que la vie peut nous présenter à tout moment, d’être trop mal préparés à affronter les défis que nous prévoyons rencontrer brutalement tôt ou tard. L’idée d’être mieux équipés pour avoir des chances de rebondir au lieu d’être détruits est forcément séduisante et, reconnaissons-le, d’une grande pertinence.

Article intégral http://www.redpsy.com/infopsy/resilience.html

Biographie de l’auteur (décédé en 2005) http://www.redpsy.com/jgarneau.html

12 juillet 2017

Abrutis et fiers de l’être

Mon «détecteur de mensonges» interne n’arrête pas de flasher depuis des mois. Il suit le rythme de la sixième extinction qui a commencé en pantoufles au 20e siècle mais qui roulent maintenant en Formule1. Nous ne pouvons pas retourner en arrière, mais nous pourrions réduire sa vitesse. Néanmoins, il ne faut pas compter sur l’aide des grands producteurs d’énergies fossiles.

Caricature : Donald Trump Jr and Russia, par Dave Granlund http://www.davegranlund.com/cartoons/

«L'affaire russe continue de miner la présidence du président américain Donald Trump qui s'est porté à la défense de son fils aîné, Donald fils. Ce dernier a avoué, mardi, avoir rencontré une avocate russe qui lui promettait des informations compromettantes au sujet de la rivale de son père, la démocrate Hillary Clinton, au cours de la dernière campagne présidentielle américaine.
   «Mon fils Donald a fait du bon travail hier soir», a tweeté le président tôt mercredi en faisant référence à l'entrevue accordée par son fils à Fox News mardi soir. «Il a été ouvert, transparent et innocent», a-t-il estimé.»

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
http://ici.radio-canada.ca/info

Terrible de voir les États-Unis gérés par une cohorte de parvenus centrés exclusivement sur leurs intérêts personnels. On peut légitimement se questionner sur l'intelligence des hauts représentants du parti républicain qui ont soutenu la candidature de Trump à la présidence.  

Eric et Donald Jr Trump


La série Beavis and Butt-Head s’articule autour de deux jeunes délinquants laissés à eux-mêmes. Les enseignants du secondaire Highland High (Highland, Texas) ne savent pas quoi faire d’eux; d’ailleurs, ils sèchent régulièrement leurs cours. Apparemment sans surveillance parentale à la maison, ils sont sous-éduqués, ineptes et savent à peine lire et écrire. Leur principale activité consiste à regarder des vidéos de musique métal associées à la violence, au sexe et au macabre. Bien que sans expérience avec les filles, ils sont obsédés par le sexe. 

En résumé, Beavis et Butt-Head sont des abrutis dépourvus d’empathie et de scrupules dont les actes entraînent parfois de graves conséquences sur eux-mêmes et les autres. Mais ils n’éprouvent jamais de remords.

Crétin et fier de l’être! Don Jr Trump exhibe vaniteusement la queue de l’éléphant qu'il vient d'abattre. Il faut être très habile pour tirer sur un éléphant qu'un "généreux" braconnier t'amène à 3 m de ta carabine.

Dans un entretien avec Deer & Hunting magazine en août 2012, Don Jr déclarait :
«Je pense que ce qui a amplifié cette histoire et qui en a fait une information nationale, voire même internationale, est que je n’ai pas réagi comme le font les autres, qui commencent par s’excuser de ce qu’ils sont, d’être des chasseurs et tout ce qui s’ensuit. J’assume ce que je suis. J’ai fait toutes ces choses. Et je n’éprouve aucun regret.»

Notons que les frères Trump ne chassent pas des lapins de garenne mais des animaux en voie d’extinction.

Maintenant en voie d'extinction :

10 juillet 2017

Saccage du Magtogoek et poutine

L’on s’interroge sur les causes de la mort des sept baleines noires retrouvées au large des côtes de l’Île-du-Prince-Édouard (en un mois). Les scientifiques pensent que les algues toxiques, les collisions avec des navires et les filets de pêche pourraient en être responsables. J’ajouterais la pollution (1).

– La baleine noire empêtrée dans un filet à l’Est du Nouveau-Brunswick a cependant été libérée. Toujours ça de gagné!
– Le 6 juin 2017 : un rorqual retrouvé mort à la hauteur de Lévis.
– Mars 2017 : deux dauphins à flanc blanc à Sainte-Flavie. 
– Février 2017 : un dauphin à flanc blanc à Tadoussac. 
– Septembre 2016 : femelle et baleineau rorqual à Cap-Chat (total de rorquals échoués autour de cette période : cinq).
– La population de bélugas, menacée d’extinction aussi, pourra difficilement naviguer et survivre au milieu de la circulation maritime en voie d’expansion.

Pêche et océans Canada fait preuve de grande négligence à l’égard du fleuve Saint-Laurent qui représentait la plus grande réserve d’eau douce au monde (j’utilise le passé parce qu’il risque de devenir le plus pollué). Et puis, si ton voisin est le deuxième plus grand pollueur de la planète (17 tonnes de CO2 émises par an par habitant) et qu’il refuse d’y remédier, tu dois redoubler de vigilance.

Maintenant, si vous revoyez le film d’animation de Frédéric Back (1993) vous comprendrez tout. Car l’histoire du fleuve Saint-Laurent, c’est aussi l’histoire de la terre, l’histoire de l’avidité humaine, de la colonisation, du pillage des richesses et des ressources naturelles au profit d’une poignée de rapaces indécrottables. Une calamité mondiale qui aujourd’hui fait disparaître quelque 100 espèces chaque jour.

Le Fleuve aux Grandes Eaux – Magtogoek en Algonquin 
Par Frédéric Back

Frédéric Back (né le 8 avril 1924, quartier de Sankt Arnual à Sarrebruck, Territoire du Bassin de la Sarre, et mort le 24 décembre 2013, à Montréal, Canada) est un artiste peintre, illustrateur, muraliste et réalisateur de films d'animation, de renommée internationale; il est surtout connu pour ses deux Oscars (1982, 1988) et pour son film L'Homme qui plantait des arbres.


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(1) Le mercure pollue depuis au moins 60 ans. On en trouve dans les eaux de l’Arctique; il se répand dans le sol, l’eau et l’air, entre autres via les millions de tonnes de déchets électroniques.illégalement jetés dans les dépotoirs chaque année. On s’est préoccupé du mercure, mais il y a au moins 130 000 produits chimiques introduits dans l’environnement dont on parle très peu. Beaucoup de gens ignorent que ces produits toxiques sont omniprésents dans tous les objets qu’ils manipulent et dans la nourriture qu’ils consomment. Quand les scientifiques sonnent l’alarme en brandissant des preuves irréfutables pour convaincre les gouvernements, les fabricants, les négociants (qui tirent profit de l’ignorance), les médecins, les législateurs et le public, les lois ne changent (si elles changent!) que lorsque des dommages irréversibles ont été causés. Pourquoi y a-t-il tant de cancers, d’allergies et de maladies incurables?
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Le réchauffement des océans provoque des modifications géophysiques. Larsen C est sur le point de se scinder : «La fissure s'allongeait depuis son apparition, en 2010. Elle a presque rejoint l'océan Austral, à 200 kilomètres de son point de départ, libérant un iceberg de 6600 kilomètres carrés. C'est plus que la superficie de l'Île-du-Prince-Édouard. Selon l'Agence spatiale européenne, qui suit la situation avec son satellite Sentinel-1, ce nouvel iceberg sera l'un des plus gros jamais observé.» (La Presse)

Pluies diluviennes et feux de forêt semblent se multiplier...
– Des records de chaleur ont été enregistrés récemment, notamment en Californie, avec un 98°F (37°C) accompagnés de 14 feux de forêt. Les météorologues prévoient que le mercure pourrait grimper à 110°F (44°C).
– En Colombie-Britannique l’état d’urgence a été décrété. Les pompiers luttent contre plus de 229 incendies. On ne prévoit malheureusement pas de pluie dans les prochains jours. Les trois plus grands feux brûlent dans un territoire compris entre 14 et 20 kilomètres carrés. Le district régional de Cariboo estime qu'environ 6000 résidents ont dû abandonner leur domicile.

Bilan du Sommet des leaders du G20 : «Polluons dans la joie et la bonne humeur, sauvons la terre par la croissance économique, en carburant aux énergies fossiles!» Un manifestant parmi un groupe qui défilait pacifiquement disait : «La violence politique n’est pas la solution pour changer la politique. À Hambourg, il n’y a pas de place pour les casseurs ni pour les clowns politiques.»


Donc, beaucoup de bruit pour rien, dirait Shakespeare. Les leaders du Sommet auraient pu faire comme tout le monde : se brancher et placoter via Skype / Twitter. D’autant plus que plusieurs d’entre eux répugnaient à se serrer mutuellement la main! Cela aurait épargné de grosses factures en dégâts matériels, déplacements, sécurité, hébergement et réceptions. Qui paie la note?


Suggestion pour réduire les frais de repas au Sommet du G7 en 2018 (Manoir Richelieu, Charlevoix).
Menu :
Poutine (québécoise, anglaise, américaine, italienne, française, allemande, japonaise) servie dans des assiettes de carton (moins polluant que la styromousse)
«Apportez votre vin» (un des avantages du libre-échange)


La poutine et le patriotisme
Par Francine Pelletier, journaliste 

J’ai honte de dire que je n’ai jamais mangé de poutine. Pas une. Même pas à 3 h du matin un peu éméchée ou par solidarité avec des amis de passage curieux d’y goûter. Jamais. C’est là qu’on se rend compte que la vie passe franchement trop vite. On croit avoir encore le temps de sauter en parachute, apprendre le russe, aller en Micronésie ou manger une poutine en lisant la Marche à l’amour de Gaston Miron seulement pour s’apercevoir que les grandes découvertes n’arrivent pas par hasard. Il faut vouloir. Or, de toute ma vie je n’ai jamais vraiment voulu une poutine. [...]

La poutine est non seulement devenue un symbole, après le hockey et la tolérance, de qui nous sommes, mais elle est également un des rares facteurs culturels qui nous lient d’une mer à l’autre. Un vaste sondage entrepris par le magazine Maclean’s, en honneur de la grosse fête que l’on sait, révèle que le mets le plus prisé nationalement, et de loin, c’est la poutine. Coast to coast, on préfère le fameux fromage-patate-sauce (comme on l’appelait à ses tendres débuts en 1957). ... La poutine est encore plus populaire chez les 18-30 ans : 43 % la choisissent comme leur mets de prédilection, ce qui veut dire que ce «plat de pauvres», conçu pour bourrer la panse plutôt que pour flatter le palais, figurera bientôt au menu des grands dîners de chefs d’État au 24 Sussex. Vous pouvez mettre un 100 $ là-dessus.

Sachant que peu de choses nous relient culturellement dans ce pays, mis à part Leonard Cohen, Céline Dion et le sirop d’érable, il faut applaudir ce tour de force. Ce «delicious mess», comme le nomme Jacob Richler, fils du célèbre Mordecai, apprécié tant en Angleterre et aux États-Unis qu’en Corée et en Russie, serait-il devenu le nouveau visage de nos trois solitudes? Les Amérindiens, telles de vieilles racines, sont les pommes de terre. Les francophones, toujours là où on ne les attend pas, toujours intacts malgré des kilomètres de méchante sauce, toujours surprenants dans ce décor, sont les grains de fromage*. Et les anglophones, la grosse mélasse brune qui noie tout sur son passage, les intermédiaires un brin collants qui tentent de contenir ce maelström culinaire vaille que vaille, la main sur le coeur et le féculent. [...]


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* Note perso : appelés «crottes de fromage» par certains...

6 juillet 2017

G20 Hambourg : la planète Terre d’abord

Voilà l’unique préoccupation valable... Les jeunes aimeraient peut-être avoir une vie devant eux? Plusieurs organisations humanitaires ont manifesté en marge du G20, le 2 juillet 2017 à Hambourg en Allemagne. Photo AFP.

Photo : John McDougall / AFP  

«Si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins, semons des fleurs...»
~ Michel de Montaigne

Archives G20 Toronto 2010 

Si la majorité des manifestants sont pacifiques, l’ombre des gauchistes radicaux plane, avec son cortège d’actes violents. Espérons que ce ne sera pas aussi horrible qu’au G20 de Toronto.

Archives G20 Toronto 2010 

Des manifestants d’Oxfam portent des masques à l’effigie des dirigeants des pays du G20, dans le port d’Hambourg, en Allemagne, lors d’une manifestation le 6 juillet 2017. Photo : Fabrizio Bensch / Reuters

“Walking dead”. Photo : Christof Stache / AFP

La mobilisation pourrait atteindre les 100 000 manifestants selon certains médias.
Entre 15 000 et 20 000 policiers seraient à pied d'oeuvre vendredi et samedi et dimanche. 

Profit vs humanité

Ne jetons pas d’huile sur le feu, mais il reste que le pétrole, le gaz naturel, le charbon et le nucléaire sont les principales sources de pollution environnementale. Or les grandes puissances continuent, avec cynisme, à les promouvoir au nom de la croissance économique, tout en sachant très bien que c’est un cul-de-sac. Personne sur la planète n’ignore que nous sommes à un point tournant, sur le bord du gouffre, et que nous ne pourrons pas continuer ainsi bien longtemps. Nous avons le choix entre faire les changements nécessaires pour que la planète soit relativement viable (elle est déjà gravement abimée) ou laisser aller.

Lac-Mégantic – 6 juillet 2013


L’horreur. Une seule catastrophe peut causer d’infinis dégâts en chaîne. Celle-ci aurait dû susciter chez nos élus une vraie remise en question des projets de pipelines canadiens a mari usque ad mare, de même que l’exploration et l’extraction des sables bitumineux. Raté, les industries ont eu le feu vert.

Le Trans Adriatic Pipeline (TAP)

Le Trans Adriatic Pipeline (TAP) est un projet de gazoduc ayant pour objet de transporter vers le marché européen le gaz naturel de la mer Caspienne (Azerbaïdjan).Il partira de la frontière gréco-turque et traversera la Grèce, l'Albanie et la mer Adriatique pour arriver en Italie.

Carte graphique par Genti77 (via Wikipédia)

Le TAP est soutenu par les institutions européennes et est un maillon du projet de corridor gazier sud-européen qui permettra d’acheminer du gaz naturel en Europe occidentale depuis le gisement gazier de Shah Deniz. 
   En février 2013, la Grèce, l’Italie et l’Albanie ont signé un accord intergouvernemental autorisant le transit du gaz par le gazoduc TAP. 
   Fin 2013, le pétrolier britannique BP, l’entreprise belge Fluxys, l’entreprise azerbaïdjanaise SOCAR, le pétrolier français Total sont devenus actionnaires. 
   En décembre 2015, l’entreprise italienne Snam a acquis la participation de 20% de Statoil dans TAP AG. 
   Le projet du TAP est estimé à un coût de 6 milliards d’euros. 
   La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) envisage un prêt de 1,5 milliard de dollars. La BERD devrait apporter 500 millions d’euros qui pourraient être complétés par 1 milliard d’euros apporté par d’autres banques. 
   La Banque européenne d’investissement prévoit un prêt de 2 milliards d’euros pour le TAP. (Source : Wikipédia)

Les pipelines ne valent pas mieux que les autres modes de transport. Ils sont sécuritaires tant qu’il n’y a pas de bris et de déversement... C’est comme les armes à feu, elles ne tuent pas tant que personne ne les utilise.

Photo: Oil spill, Santa Barbara, California (2015). Mike Eliason / AP

8 déversements de pipelines parmi les plus graves au cours des 10 dernières années (États-Unis / Canada)

Map: pipeline spills in U.S.A.

1. Western North Dakota, near Belfield: Dec. 5, 2016
2. Yellowstone River, northeastern Wyoming: Jan. 17, 2015
3. Kalamazoo River, Michigan: July 25, 2010
4. Mayflower, Arkansas: March 29, 2013
5. Burnaby, British Columbia: July 24, 2007
6. Sissonville, West Virginia: Dec. 11, 2012
7. Salem Township, Pennsylvania: April 29, 2016
8. Shelby County, Alabama: Oct. 31, 2016

Voyez les photos :
https://www.ecowatch.com/worst-pipeline-spills-2171612418.html

Le problème des déversements n'est pas nouveau. C'est juste que plus il y a de pipelines, plus il y a de risques... c'est mathématique.  


The Biggest Oil Pipeline Spills in Canadian History
http://activehistory.ca/2015/07/the-biggest-oil-pipeline-spills-in-canadian-history/

5 juillet 2017

Au-dessus de notre tête

Si les États-Unis et la Corée du Nord commencent à s’envoyer mutuellement des missiles balistiques (à hydrogène ou nucléaires) intercontinentaux, eh bien, l’on pourra dire adieu à quasiment deux continents d’un coup. L'engin sud-coréen lancé hier pourrait atteindre l’Alaska ou Vancouver! Les films apocalyptiques auraient l’air enfantin comparés à ce qui peut se produire de facto.


On dirait que tout ce à quoi on ne veut pas croire se réalise – Trump à la présidence en est un exemple flagrant.

Quoiqu’il en soit, tous les pays détenteurs d’armes nucléaires sont à égalité en matière d’inconscience et d’irresponsabilité dans leur course à la suprématie. Nous en sommes les otages; il suffirait d’un tweet.

Dans cet ordre d’idée :
Le sud-est canadien longe le plus grand parc atomique du monde
(The Atomic States of America)
https://situationplanetaire.blogspot.ca/2017/04/le-sud-est-canadien-longe-le-plus-grand.html

Ames nucléaires : le mensonge du silence
(The Coming War on China)
https://situationplanetaire.blogspot.ca/2017/02/armes-nucleaires-le-mensonge-du-silence.html


Collages : Joe Webb http://www.joewebbart.com/


“I wanted to express how more and more mainstream culture distracts us from the realities of what’s happening. As half the world are starving or killing each other the rest of us are laughing at a talking dog on a talent show. 
   I’ve tried to mirror this juxtaposition in the collages, something sweet next to something horrific. I want to ask how we would feel if bombs were raining down outside our windows as they are in other countries. 
   The 1950’s imagery I use is mostly taken from advertisements very wholesome and innocent. The collages look at how these ideas and aspirations for the future have gone wrong.” ~ Joe Webb (Interview)
http://www.huffingtonpost.co.uk/ben-j-cotton/meet-the-artist-joe-webb_b_7306182.html

La lettre de Kurt Vonnegut (ci-après) fait figure de prémonition. En réalité, je crois qu’il dirait la même chose que Margaret Atwood à qui l’on a souvent demandé si The Handmaid’s Tale était une prédiction, et qui répondait avec lucidité : «Non, ce n’est pas une prédiction, parce que prédire l’avenir est impossible. Il y a trop de variables en jeu. En revanche, il est possible d’observer les tendances actuelles, d’extrapoler pour évaluer des milliers de possibilités, d’en choisir une et de dire : voilà ce qui pourrait arriver si nous suivons celle-là.»

En 1988, dans le cadre d'une campagne publicitaire pour le magazine Time, Volkswagen demanda à des auteurs réputés d’adresser quelques conseils aux gens qui vivraient en 2088. Ce que Vonnegut prévoyait pour 2088, c’est maintenant?

Voici des extraits de la réponse du romancier.

Je pense que notre siècle n'a pas été aussi prolifique que d'autres en paroles de sagesse parce que nous avons été les premiers à avoir accès à de l'information fiable sur la situation de l’humanité (...) et à savoir que la Nature pouvait être violente et impitoyable.

Pour moi, le plus paralysant fut d’apprendre que la Nature n’était pas partisane de la protection environnementale. Elle n'avait pas besoin de notre aide pour défaire la planète et la refaire autrement, et pas nécessairement à l’avantage des choses vivantes. Elle a mis le feu aux forêts avec la foudre. Elle a recouvert de lave de grandes étendues de terres arables qui ne pouvaient plus soutenir la vie – mais seulement des parkings dans les grandes villes. Dans un lointain passé, elle a fait descendre des glaciers du Pôle Nord pour ronger de grandes portions de l'Asie, de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Il n'y a pas de raison de croire qu’elle ne recommencera pas un jour. En ce moment même, elle est en train de transformer les terres agricoles africaines en déserts, et à tout moment, l’on peut s'attendre à des raz de marée ou à des pluies de roches blanches incandescentes venant de l'espace. Elle n'a pas seulement exterminé en un clin d’œil d’exquises espèces évoluées, mais elle a vidé des océans et englouti des continents. Si les gens pensent que la Nature est leur amie, alors ils n'ont certainement pas besoin d'un ennemi.

Et vous, cent ans plus tard, vous devez pertinemment le savoir, et vos petits-enfants le sauront encore plus : la Nature est impitoyable quand vient le temps d’équilibrer la population avec la quantité de nourriture disponible en un lieu donné. Alors, vous et la Nature, qu’avez-vous fait de la surpopulation? (...) À bien y penser, je ne suis pas sûr que je pourrais supporter d'entendre ce que vous avez fait s’il y avait trop de monde et pas assez de nourriture.

Maintenant, j’aimerais vous soumettre une idée démente : est-il possible que nous ayons braqué des fusées chargées de bombes à hydrogène, prêtes à partir dans toutes les directions, pour nous distraire du vrai problème – à savoir que la Nature peut nous traiter cruellement, que la Nature est la Nature, et que cela pourrait arriver bientôt?

Photo : documentaire The Coming War on China

... Connaissant un peu mieux le pétrin dans lequel nous sommes, j'espère que vous avez cessé de laisser des optimistes imbus d’ignorance crasse occuper des postes de leadership. Ils étaient utiles tant que personne ne savait pas ce qui était arrivé pendant les quelque sept millions d'années précédentes. Dans mon temps, ils ont été épouvantables à la tête d'institutions complexes où du vrai travail les attendait.

Les dirigeants dont nous avons besoin ne sont pas ceux qui promettent une victoire ultime contre la Nature nous permettant de continuer à vivre comme maintenant, mais ceux qui ont le courage et l'intelligence de présenter au monde les conventions de reddition à la Nature, austères mais raisonnables :

1. Réduire et stabiliser la population.

2. Cesser d’empoisonner l'air, l'eau et les terres arables.

3. Arrêter de préparer la guerre, et commencer à régler les vrais problèmes.

4. Enseigner aux enfants, et à vous-même tandis que vous y êtes, comment vivre sur une petite planète sans la détruire.

5. Arrêter de penser que la science peut tout réparer si on lui donne un billion de dollars.

6. Cesser de penser que vos petits-enfants seront saufs, en dépit du gaspillage ou de la destruction, étant donné qu'ils pourront déménager sur une jolie nouvelle planète en vaisseau spatial. C'est vraiment mesquin et stupide.

7. Et ainsi de suite.

Suis-je trop pessimiste face aux cent prochaines années? Peut-être que j'ai passé trop de temps avec des scientifiques et pas suffisamment avec des rédacteurs de discours politiques. D’après ce que j’en sais, même les femmes et les hommes sans-abris auront leurs hélicoptères personnels ou leurs fusées en 2088. Personne n'aura besoin de quitter la maison pour aller au travail ou à l'école, ni même cesser de regarder la télévision. Tout le monde sera assis toute la journée en train de taper sur des claviers d'ordinateurs connectés à tout ce qui existe, et sirotera des boissons à l’orange avec des pailles comme les astronautes.

Cheers,

      Kurt Vonnegut