9 octobre 2019

Des débats à la mitraillette verbale

Au dernier débat, on avait l’impression d’être dans une cafétéria de cegep le midi. Avez-vous déjà vu ça? Beaucoup de bruit, tout le monde parle (fort) en même temps et personne ne comprend rien.
   Les leaders répètent «sans rire» les clichés de leur «ligne de parti» et allongent des promesses à la guimauve, faciles à tenir, mais qui pourraient griller au premier feu de camp.

Caricature : Pascal, Le Devoir 08.01.2019

Le PCC promet plus d’argent de poche – une tirelire de pièces de 1$ et 2$ sonnantes et pesantes? Ce parti étant nataliste, les familles devraient recevoir des prestations parentales et de maternité libres d’impôt. Le PLC, promet une majoration des prestations de la sécurité de la vieillesse et des veuves et des veufs – jusqu’à 729 $ de plus par année dans les poches des retraités âgés de 75 ans.
   Le bon peuple devrait applaudir.
   La protection de l’environnement? Mis à part le Parti vert, aucun espoir d’une évolution minimalement favorable, même si tous les candidats savent pertinemment que la route des énergies fossiles mène à un planétaricide au premier degré.
   Les candidats auront-ils la lucidité, la conscience et le courage de résister aux grands lobbies industriels (bruns et verts) qui défendent des intérêts particuliers et corporatistes aux dépens de l’intérêt général?

L’ignorance infantilise et victimise, la connaissance responsabilise et donne le pouvoir de choisir.

 
Photo : Presse canadienne. Six chefs participeront au débat : Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh, Yves-François Blanchet, Elizabeth May et Maxime Bernier, demain 10 octobre 2019, sur Radio-Canada Télé et ses autres plateformes :

Aide-mémoire pour évaluer les performances des candidats  

La communication perverse
La mise en place de l’emprise utilise des procédés qui donnent l’illusion de la communication – une communication particulière, non pas faite pour relier, mais pour éloigner et empêcher l’échange. Cette distorsion de la communication a pour but d’utiliser l’autre. Pour qu’il continue à ne rien comprendre au processus en cours et le rendre confus, il faut le manipuler verbalement. Le black-out sur les informations réelles est essentiel pour réduire la victime à l’impuissance.  Même verbale, même cachée, étouffée, la violence transpire à travers les non-dits, les sous-entendus, les réticences.

Caractéristiques :
• Refuser la communication directe (éluder, refuser d’écouter)
• Déformer le langage (rester flou, imprécis)
• Mentir (sous-entendus et non-dits, dire sans dire pour semer la confusion)
• Manier le sarcasme, la dérision, le mépris (l’arme du faible)
• User du paradoxe (semer le doute, divulguer pour déstabiliser, transférer la culpabilité)
• Disqualifier (enfoncer l’autre pour mieux se rehausser)
• Diviser pour mieux régner (semer la dissension, provoquer des rivalités)
• Imposer son pouvoir (dominer sournoisement)

Source : Le harcèlement moral; la violence perverse au quotidien, Marie-France Hirigoyen, psychiatre et auteure 

Plaidoyer pour l’abstention

Leïla Jolin-Dahel
Le Devoir / Politique | 3 octobre 2019

Les citoyens qui délaissent les urnes seraient en fait plus engagés politiquement que certains exerçant leur droit de vote tous les quatre ans, d’après Francis Dupuis-Déri, qui signe un essai se voulant un véritable plaidoyer pour l’abstention.
   «Les abstentionnistes expriment et défendent leurs idées politiques, que ce soit dans des syndicats, dans des groupes de quartier, des groupes de gens, de militants anticapitalistes, antiracistes, écologistes, de femmes», lance-t-il en entrevue au Devoir.
   Contrairement au mythe qui veut que les abstentionnistes fassent preuve d’apathie politique, ces derniers exercent selon lui plutôt leur réflexion ou leurs actions politiques en s’impliquant davantage dans leur communauté, avance le professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal. [...]

Mille raisons de s’abstenir

M. Dupuis-Déri relève que, tout comme lui, nombre d’abstentionnistes considèrent que «le peuple est dépossédé de son pouvoir à travers les élections». Ainsi, le fait de voter devient «faux, un mensonge, une illusion», car une minorité d’élus décident pour une majorité de gens à leur place.
   Parmi les autres raisons invoquées par les abstentionnistes, l’auteur observe également que des citoyens cessent de voter parce qu’ils ne se reconnaissent dans aucun parti ou parce qu’ils considèrent que soit «les politiciens sont un peu tous pareils, soit ils se préoccupent avant tout de leur propre carrière. Ils ne respectent pas leurs promesses ». Plusieurs de ces personnes désillusionnées du système parlementaire trouvent selon lui « ridicule» de continuer de voter «pour le moins pire des partis par défaut, en se bouchant le nez». [...]

Une réforme qui ne change rien

La semaine dernière, la Coalition avenir Québec a annoncé qu’elle va demander par référendum aux Québécois de lui donner le feu vert pour l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire avec listes régionales. Une proposition que M. Dupuis-Déri qualifie d’«aristocratie élective», qui revient à porter une élite issue des classes sociales moyennes et supérieures au pouvoir, qui gouverne en étant élue par une minorité de l’électorat. Il concède toutefois que ce système réformé serait «plus équilibré» que le scrutin uninominal majoritaire à un tour, actuellement utilisé au Québec et au Canada.
   S’il n’en tenait qu’à lui, cependant, il n’y aurait pas de Parlement au Québec. Il plaide pour une société où les communautés seraient gérées de manière décentralisée, où les décisions seraient prises de manière autonome dans des assemblées générales. «Pas du tout dans des termes supercentralisés, superhiérarchisés avec quelqu’un qui prend des décisions pour sept millions de personnes au Québec et pour 35 millions de personnes au Canada», signale-t-il.
   Pour Francis Dupuis-Déri, la démocratie existe quand un peuple peut se gouverner directement. Il estime que les parlementaires ont «usurpé» le mot «démocratie» pour «justifier l’usurpation du pouvoir du peuple». «Le fait que tous les partis qui promettent de réformer le mode de scrutin renient leur promesse une fois au pouvoir démontre très clairement que les parlementaires sont avant tout obsédés par le pouvoir et les avantages qu’ils en retirent», lâche-t-il.

Nous n’irons plus aux urnes : plaidoyer pour l'abstention 
Francis Dupuis-Déri, Lux éditeur, Montréal, 2019, 192 pages


En complément
Extrait du dernier texte publié par Jack Kerouac de son vivant. Un article repris en 1993 dans Good Blonde & Others, parut d’abord sous le titre «Après moi, le déluge», en réponse à un questionnaire, dans le Chicago Tribune Magazine du 28 septembre 1969.

(À noter que les électeurs n'ont droit qu'à des soupers spaghetti ou à des hot-dogs quand les candidats s’invitent dans les comtés pour les courtiser)

Dîner de gala politicard

Mais à présent, où dois-je me tourner? Oh, je sais, je vais me diriger vers les «échelons supérieurs» de la Société Américaine [...] et comprendre que l’apparence fait l’homme, tout comme l’habit fait le moine, et courir à un dîner de gala politicard.
   Président de la Commission des Finances, Directeurs de la Santé publique, Présidents de Commissions, Directeurs Adjoints de la Planification Régionale, Directeurs des Centres de Voisinage, Présidents-directeurs des Banques, Présidents des Sous-comités de Réinsertion, Planificateurs du Plan d’Occupation des Sols, Membres des Comités d’Éthique, Entrepreneurs de la Commission des Services Publics, Directeurs de l’Administration des Autoroutes, journaleux locaux, porte-paroles, plaideurs, applaudisseurs, assistants et femmes en organdi, 2 500 dollars de nourriture et 5 000 dollars d’alcool et la part du traiteur cadeau, pour un «déjeuner», déductible d’impôts, retransmis à la télévision aux nouvelles du soir dans un spot de 15 secondes pour montrer à quel point ils savent bien faire les choses. À vos frais.
   Ici chaque poignée de main, chaque sourire, chaque applaudissement foireux rayonne d’hypocrisie, de luxure et de concupiscence politique, un braiment de niais mélodieusement appuyé par un ronronnement neurologique horrible de vénalité accompagné par le chœur d’enclume des couvercles de poubelles cognés sur des filets mignons à peine touchés et qui ne vont même pas aux chiens, encore moins aux enfants affamés des «électeurs» absents.
   Les invités du banquet, les politicards et leur entourage souriant en robes et costumes scintillants, tous brasseurs de paperasse, ploutocrates flagrants avec pattes de derrière et pattes de devant rassemblées, nouveaux riches de la veille, seraient même encore plus fiers s’ils pouvaient obtenir des «hippies parasites et non productifs» qu’ils travaillent à la construction d’une nouvelle route et fassent la cuisine et la vaisselle à ces galas de bienfaisance de sorte que ces sales paumés puissent au moins faire quelques contributions en liquide ou, mieux, payer des impôts pour permettre aux brasseurs de paperasse, de commander plus de papier et de photocopieuses avec lesquels ils pourraient, maintenant exubérants, former une commission de «planification» (pour une durée de trois ans, se consacrant à la pollution, au sexe, choisissez quoi que ce soit de bien sale) tout en s’asseyant et en admirant la vue sur leur pelouse où tous les arbres que seul Dieu peut faire ont été abattus en même temps que les nids des oiseaux.

Quid de l’écoterrorisme?

Les esclaves (involontaires) des bouchons de circulation ont grogné mardi matin quand Extinction Rebellion a tenté d’installer une bannière sur le pont Jacques-Cartier, causant la fermeture du pont. Un chroniqueur à la circulation disait : «ils font ce qu’ils dénoncent; ils provoquent une congestion et de la pollution». Avait-il temporairement oublié que tous les matins et tous les soirs les véhicules «stationnent» à la queue-leu-leu sur les ponts, les autoroutes métropolitaines et le tunnel LHL pour entrer ou sortir de Montréal? Cinq jours sur sept!

Pourquoi cette action? «Une action réaliste pour déranger le quotidien qui nous tue. L’urgence d’être entendu quand seuls les lobbies le sont.»

 
Photo : Olivier Jean, La Presse

Mardi soir :
Manifestation d’Extinction Rebellion : 41 arrestations pour entrave à Montréal  
Malgré tout, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a tenu à préciser qu’il s’agissait bien d’une manifestation pacifique, et qu’aucune violence n’a été constatée.


Rappel :
Coup d’éclat pour le climat sur le pont Jacques-Cartier
Alexandre Shields 
Le Devoir / Environnement | 8 octobre 2019

Plutôt méconnue au Québec, l’organisation écologiste internationale Extinction Rebellion a trouvé le moyen de faire parler d’elle mardi matin.  
   Les activistes ont escaladé la structure centrale du pont avant même que le soleil ne se lève, avec l’intention d’y déployer une banderole dénonçant le projet de pipeline Trans Mountain, racheté par le gouvernement Trudeau, mais aussi le projet de terminal gazier Énergie Saguenay, soutenu par le gouvernement Legault.
   L’organisation, qui dit compter près de 500 regroupements dans une cinquantaine de pays, exige d’ailleurs une réduction draconienne des émissions de gaz à effet de serre, «l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres» et la mise en place de mesures pour assurer «une transition juste et équitable».


Qui est Extinction Rebellion? (1)   
Alexandre Shields
La Devoir / Environnement | 8 octobre 2019

Professeur au Département de science politique de l’UQAM, le politologue Francis Dupuis-Déri estime qu’il était «prévisible» de voir des organisations prôner une telle «diversité de tactiques», y compris la désobéissance civile.
   Il rappelle que la science climatique nous prédit une catastrophe de grande ampleur depuis quelques années. Or, ajoute-t-il, la réaction des décideurs politiques n’est tout simplement pas à la hauteur. «Dans ce contexte, on peut se demander quelle doit être la réponse adéquate des citoyens. Lorsqu’on constate l’ampleur du problème, je ne vois pas pourquoi la réaction ne se traduirait pas par des actions d’éclat.»
   «Considérant ce qu’on a vu comme mobilisation au cours des derniers mois, de la part de la jeunesse, autour de l’enjeu climatique, il me semble évident que, dans les prochains mois et dans les prochaines années, il y aura des actions qui vont dépasser la manifestation», poursuit Francis Dupuis-Déri.
   Des gestes d’éclat pourraient-ils nuire à la mobilisation pour le climat au Québec? «Il y a des gens qui sont plus sensibles à des actions de désobéissance civile. On l’a bien vu au Québec, en 2012, puisque c’était un enjeu très polarisant. Le Québec et les médias n’ont pas une bonne compréhension de ce qu’est la désobéissance civile. Mais un mouvement social sera plus large s’il diversifie ses tactiques.»


L’écoterrorisme est-il un réel danger au Canada?
Alexandre Milette-Gagnon
ICI Colombie-Britannique-Yukon | 30 août 2019

[...] Ayant fait son apparition à la fin des années 1970 pour qualifier une forme d'opposition à l'industrie forestière et minière, le terme «écoterroriste» devrait être utilisé avec modération. La visibilité que connaît la cause environnementale dans les médias et le manque de précision de l'analyse de certaines données en lien avec l'activité humaine devraient être pris en compte.
   «Les populations occidentales sont de plus en plus réactives, et le système dans lequel nous vivons fait en sorte que nous voulons tout, tout de suite. [...] Le sentiment d'inaction devient absolument insupportable», avance Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R) et auteur d'un livre sur le sujet. «Bien sûr, ce qui se passe en Amazonie est absolument inadmissible [et] la torture sur les animaux [aussi]», affirme-il.
   Le gouvernement fédéral, lui, se tient aux aguets. Dans son plan de lutte contre le terrorisme publié en 2012, Sécurité publique Canada a inclus un passage traitant d’actes extrémistes environnementaux, qui, dit-on, demeurent une réalité au pays, mais sans donner plus de détails.
  Sécurité publique Canada a décliné notre demande d'entrevue, mais affirme par courriel que «les organismes d’application de la loi, y compris la Gendarmerie royale canadienne (GRC), surveillent et répondent de manière constante à toutes les menaces possibles à la sécurité publique, indépendamment de leur idéologie».  
   Le professeur en science politique à l'UQAM et écrivain Francis Dupuis-Déri se fait critique à l'égard des guides qui comparent l'extrémisme écologique à d'autres idéologies. Ces parallèles avec les mouvements radicaux religieux ou d'extrême droite sont ridicules, selon lui.
   «Cette comparaison permet d'amalgamer des choses qui, selon moi, d'un point de vue politique, n'ont absolument aucun rapport. Si les autorités ont pour mandat de protéger la population, [il apparaît] clairement [que] ce qui menace la population [...] ce sont ceux qui produisent cette pollution et non pas les mouvements écologistes», explique M. Dupuis-Déri.
   «Les écologistes, par principe, respectent la vie humaine, la vie animale et même, dans certains cas, la vie végétale, croit quant à lui Francis Dupuis-Déri. Il y a des milliers de scientifiques qui nous disent : "Ça va très très mal". Cela peut engendrer un sentiment de peur qu'il appelle écoanxiété.»


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(1) Mise en garde : l’article suggéré pourrait vous déprimer; attendez d’être dans un état d’esprit relativement optimiste... Tout le monde passe au rouleau-compresseur, même le média de gauche The Intercept – là j’avoue que j’ai freiné des quatre fers...
   Mais bon, je continue de penser qu’il est important de savoir ce qui passe dans les coulisses, que l’ignorance infantilise et victimise, et que la connaissance responsabilise et donne le pouvoir de choisir.
   Dans cet article intitulé Greta Thunberg, Extinction Rebellion et le mouvement pour le développement durable, on apprend que le mouvement «Extinction Rebellion s’inscrit dans la veine de ce courant soi-disant écologique qui promeut l’idée d’une civilisation techno-industrielle verte, bio, carboneutre et démocratique, certains locaux ne partagent pas cette perspective illusoire et indésirable. Perspective très utile, en revanche, pour rassurer les foules : pas de panique, une civilisation industrielle bio et démocratique existe, elle finira donc par s’imposer d’elle-même, ou grâce aux activistes qui réussiront à forcer la main de nos dirigeants. ... Une civilisation techno-industrielle bio et démocratique, ça n’existe pas.»  
   On apprend aussi que «Extinction Rebellion est financé par un groupe de richissimes philanthrocapitalistes états-uniens qui a fait don de près d’un demi-million d’euros à l’organisation britannique et à d’autres groupes d’étudiants en grève pour le climat, et promet que des dizaines de millions d’euros de dons vont suivre dans les prochains temps. L’homme d’affaire, investisseur, entrepreneur et philanthrope Trevor Neilson affirme que ce fonds servira à soutenir des actions non-violentes légales : Il fournira des ressources aux activistes populaires qui cherchent à disrupter [sic] le statu quo de manière non-violente afin de demander aux gouvernements de déclarer un état d’urgence climatique et de mettre en place les politiques adéquates pour gérer cette crise.
   Ce que tout cela nous montre, c’est simplement que les ultra-riches, les dominants, continuent de faire en sorte de contrôler et d’encourager une pseudo-contestation dans le cadre de la société qu’ils dirigent. Rien de nouveau sous les panneaux solaires photovoltaïques. Les «politiques adéquates» qu’ils veulent que les gouvernements mettent en place ne changeront grosso modo rien du tout à la société industrielle capitaliste dans laquelle nous vivons, n’ont à peu près aucune chance d’endiguer le désastre en cours, mais rapporterons sans doute beaucoup d’argent à certains investisseurs, entrepreneurs et hommes d’affaire ayant des intérêts dans les industries des technologies «vertes», «propres», «renouvelables», dans le business de la compensation, dans les marchés du carbone, dans l’industrie de la monoculture d’arbres, ou autre chose du genre. Les objectifs officiels d’Extinction Rebellion, de la branche originelle du moins (la britannique), ne sont pas pour rien compatibles avec les objectifs de ces richissimes philanthropes («neutralité carbone», «politiques adéquates» que les gouvernements devraient prendre pour gérer la crise, déclaration d’un «état d’urgence climatique»). Rien qui menace le moins du monde la société techno-industrielle capitaliste, ses États et ses entreprises.
   Greta Thunberg et le vaste réseau capitaliste de promotion des illusions vertes – Peu après son arrivée aux États-Unis à bord du bateau zéro carbone du prince monégasque Pierre Casiraghi, qui arborait, pour l’occasion, le logo des Objectifs de développement durable de l’ONU, Greta Thunberg a rencontré la célèbre journaliste Naomi Klein — une de ses idoles, à l’instar d’Al Gore.
   Naomi Klein lui a proposé de participer à une conférence organisée par le média de gauche progressiste The Intercept, pour lequel elle travaille. The Intercept est une création de l’organisation First Look Media, fondée par le milliardaire Pierre Omidyar, à qui l’on doit eBay.
   European Climate Foundation, ou Fondation européenne pour le climat, une organisation internationale à but (soi-disant) non lucratif fondée en 2008, dont l’objectif «est de promouvoir des politiques climatiques et énergétiques qui permettraient [selon elle] de réduire les émissions de gaz à effet de serre en Europe et l’aideraient à jouer un rôle international plus important dans la lutte contre le changement climatique». Cette Fondation européenne pour le climat est, entre autres, financée par le Rockefeller Brothers Fund (qui finance par ailleurs de nombreuses organisations écolos, dont l’ONG 350(.org)), la Fondation Ikea, Bloomberg Philanthropies, ou encore la Fondation ClimateWorks – elle-même financée par l’ONU, la Fondation Rockefeller, la Fondation Ford, etc.
   La grande ONG écolo internationale, “Conservation International”, est elle-même partenaire de nombreuses entreprises comme Bank of America, Apple, Hewlett-Packard, HSBC, McDonald’s, Mitsubishi, Toyota, Chevron, Pacific Gas & Electricity, BP, Shell, Northrop Grumman, etc.
   Et ainsi se suite. Ce qui précède n’est qu’un minuscule aperçu d’une vaste toile d’intérêts capitalistes, d’un vaste réseau international de promotion des illusions vertes, de promotion du mythe d’un capitalisme vert et sympa, d’une société techno-industrielle durable et équitable.
   En revanche, étonnamment, les ONG, organisations et collectifs écologistes qui s’opposent à l’État, au capitalisme, et/ou à l’industrialisme, ne reçoivent aucun financement de la part des ultra-riches et des organisations qu’ils contrôlent, et ne sont pas les bienvenus dans les médias de masse. La différence entre un pseudo-écologisme subventionné par les riches et les institutions dominantes, et un véritable mouvement d’opposition contre ceux qui détruisent le monde.
   Quoi qu’il en soit, Greta continue d’écumer les médias de gauche et progressistes des US où elle propage la bonne parole : la nécessité de mettre un coup de boost au développement du «développement durable» (ou capitalisme vert, ou industrialisme vert, c’est la même chose), de développer massivement les illusions vertes pour tout sauver, la civilisation industrielle, le climat et les oiseaux.
   Cela dit, il est important de rappeler que manipulée (ou, du moins, fortement influencée) par son entourage, par ceux qui ont orchestré sa promotion et par le système techno-industriel capitaliste dans son ensemble (en l’occurrence, par son aile développement durable), comme nous le sommes un peu tous, il ne s’agit pas de la blâmer personnellement. Les principaux responsables de cette mascarade sont les dirigeants et les promoteurs des illusions vertes, du secteur du développement durable. États, entreprises, fondations privées, richissimes capitalistes (verts), médias de masse leur appartenant.

En réponse à un commentaire sur l’article Nicolas Casaux écrit :
16 septembre 2019 à 7 h 53 min
   Merci pour cette analyse que je partage entièrement. J’ai rejoins Extinction Rebellion au Royaume Uni en toute connaissance de cause de ce greenwashing. Cependant c’est un mouvement qui permet a de nombreux activistes en herbe de se cultiver, de créer des réseaux, de s’auto organiser dans une société ultra individualiste consumériste caricaturale (j’habite Londres). C’est donc un bon début qui va permettre de politiser et de radicaliser une partie de la population. Indépendamment de ce que peuvent penser les dirigeants d’ER. À la base, on trouve aussi de nombreux activistes qui s’opposent à la civilisation industrielle, et peuvent propager cette critique au sein des militants. [...]

Source :
Greta Thunberg, Extinction Rebellion et le mouvement durable
Par Nicolas Casaux

Je suis persuadée depuis un bon moment que les industries, brunes et vertes, sont soutenues par les mêmes multinationales qui financent les deux côtés de la barricade – les écologistes et les climatosceptiques (à l’instar de l’industrie des armes de guerre qui fournit à la fois ceux qui attaquent et ceux qui se défendent, c’est plus payant).  
   Ce qui a achevé de m'en convaincre c’est le documentaire-choc Burned: Are Trees The New Coal? sur l’industrie de la biomasse : «L’industrie de la biomasse n’a de vert que les billets de banque que les spéculateurs en retirent pour répondre à une politique européenne qui n’a aucun sens. Cette politique fait en sorte que de plus en plus d’arbres sont abattus aux États-Unis pour fournir l’Angleterre et l’Europe en granules de bois.» (Derb S. Carter, directeur du North Carolina Southern Environment Law Center)

Pour en savoir plus sur la biomasse :

Concernant les coupes forestières préconisées par la CAQ pour réduire les GES et la déforestation en Colombie-Britannique pour le marché asiatique :

La goutte qui fait déborder le vase : 
20 pétrolières sont à l'origine du tiers des GES, selon un chercheur de renommée mondiale
De nouvelles données révèlent que le tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) proviennent de 20 géants du pétrole qui savaient qu'ils causaient des dommages, selon le chercheur de renommée mondiale Richard Heede.
   Selon le chercheur, les 20 compagnies ont contribué à l'émission de 480 milliards de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone, depuis 1965.
   Richard Heede a établi la prémisse que les producteurs d'énergies fossiles portent la responsabilité des effets néfastes de leurs produits. Puis, il a entrepris de déterminer ce que ces géants du pétrole, du gaz et du charbon ont extrait du sol et les émissions de GES qui ont été produites subséquemment.
   Dans son analyse, Richard Heede affirme en outre que ces entreprises ont poursuivi et accru leurs activités, en dépit du fait qu'elles connaissaient les effets néfastes qui en résultaient pour la planète.
   «Certes, affirme le chercheur, c'est l'ensemble des consommateurs, des individus aux entreprises, qui sont ultimement les émetteurs de gaz carbonique. Mais nous nous sommes concentrés sur les entreprises d'énergies fossiles qui, à notre avis, ont produit et mis en marché les carburants fossiles pour des milliards de consommateurs, en sachant que leur utilisation comme prévu aggraverait la crise climatique.


Comme on dit :
DE NOS JOURS, POUVOIR FAIRE CONFIANCE À QUELQU’UN EST UN MIRACLE!

7 octobre 2019

Un simple bonjour, c’pas sorcier

Les gens font preuve d’une formidable ingéniosité pour détourner l’attention du public des problèmes socioéconomiques les plus urgents. Avec des débats aussi ridicules que la salutation bilingue dans les commerces. On dévie ainsi des véritables fondements et objectifs de la Loi 101.

Quid du bilinguisme?

Le «bonjour» est pourtant utilisé et compris tant par les Canadiens que les étrangers – tout le monde connaît cette formule de salutation qui date du XIIIe siècle, et sait que son usage n’empêche pas les anglophones ou les immigrants qui ne parlent pas (encore) français de se faire servir en anglais s’ils le désirent dans les institutions gouvernementales.

Bref, la controverse du «Bonjour / Hi» a débuté en novembre 2017 avec la ministre libérale Marie Montpetit lorsqu’elle a qualifié en entrevue cette formule d’«irritante» pour les francophones. Le chef péquiste Jean-François Lisée avait récupéré le débat et proposé une motion invitant les commerçants à abandonner l’expression. Le Parti libéral avait refusé de l’appuyer, mais a finalement appuyé une version invitant à accueillir les clients avec le mot «bonjour». Par la suite, en décembre, le conseil municipal de Côte-Saint-Luc a adopté une résolution proclamant cette petite ville défusionnée comme «fière communauté «Bonjour / Hi». Le bal était parti...  

Simple comme bonjour... mais, certains adorent couper les cheveux en quatre pour semer la zizanie.

Devrions-nous utiliser des salutations distinctes selon les régions, ou les quartiers à Montréal? Comme «Bonjour» dans Rosemont-La-Petite-Patrie, «Bonjour  / Hi» dans Notre-Dame-de-Grâce, «Bonjour / Buon Giorno» dans la Petite Italie, «Bonjour / Nín hǎo» dans le quartier chinois, et ainsi de suite, car :
   «Ce qui caractérise Montréal, c’est bien sa richesse linguistique venue des quatre coins du monde. Depuis 2011, l’usage du tagalog (pilipino) a augmenté de 35 %, l’arabe 30 %, le farsi 26,7 %, l’hindi 26,1 %, l’ourdou (langue indo-européenne) 25 %, le russe 14,1 %, l’espagnol 12,3 %, le coréen 11 % et le vietnamien 6,4 %. Montréal, la polyglotte?» (Blogue «Maudits Français»)

Donc, un mini lexique d’appoint pour éviter de froisser quiconque 
(veuillez excuser les erreurs s’il y en a) :
  «Bonjour / Ayo» (tagalog)  
  «Bonjour / As-Salam Alaykom» (arabe)
  «Bonjour / Salâm» (farsi)
  «Bonjour / Namasté» (hindi)
  «Bonjour / Namasté ou Assalam Alaykum» selon la religion (ourdou)
  «Bonjour / Dobry den’» (russe)
  «Bonjour / ¡Hola!» (espagnol)
  «Bonjour / Annyeong» (coréen)
  «Bonjour / Xin chào» (vietnamien)

Et... «au revoir / bye!»

Origines du «bonjour»

Bonjour est la simple contraction de bon et de jour. Mais le mot ne s’est pas toujours écrit ainsi. Le Trésor de la langue française indique par exemple qu’avant l’année 1230, on notait «bon jor», soit l’équivalent de «jour favorable, temps heureux». Ce n’est que dans le deuxième quart du XIIIe siècle que le terme s’est orthographié «bonjour» et est devenu une formule de salutation courante.
   On peut par exemple dire «salut», qui vient du mot latin salutem, accusatif de salus, soit «salut, conversation», «action de saluer, compliments». Le terme apparaît des l’année 1100 comme la «démonstration de reconnaissance, de civilité». Notons dans un même registre familier, le mot «coucou» qui est un «cri» pour manifester sa présence; son emploi est tardif, au XIXe siècle.
   À noter que l’on trouve également d’autres formulations dans la francophonie. Au Québec, par exemple, le mot «allô» ne s’emploie pas seulement lorsqu’on décroche le téléphone. Il peut être entendu comme un équivalent du «salut» français ou du «hello».

Source : Alice Develey (Pourquoi dit-on bonjour? Le Figaro / langue française)

Allô, hello
«Allô» au téléphone est une interjection qui sert à établir le contact. Elle date des débuts du téléphone, époque où la réception était de mauvaise qualité. Le téléphone a été développé par la compagnie américaine fondée par Alexander Graham Bell. Les premiers utilisateurs ayant décroché par le bonjour anglais «hello». Le téléphone arrive en Europe et les français ont imité les américains. «Hello» francisé devient «allô». De nos jours de plus en plus d'usagers décrochent en disant «oui ?». Mais «allô» reste un réflexe conditionné en cas de coupure de communication.
   Dans les entreprises ou services publics, il est d'usage que les standardistes ou employés répondent au téléphone non pas avec l'interjection «allô» mais par «entreprise X, bonjour».
   Dans l'usage, il est fréquent d'utiliser le «bonjour» à l’adresse d’une personne que l'on voit pour la première fois à n'importe quelle heure, même le soir.
   L'expression «Bon (ou bonne) après-midi», ne s'emploie en France métropolitaine que pour prendre congé de l'autre, dans le sens de lui souhaiter un bon après-midi. Et non comme parfois peuvent le croire des locuteurs non-francophones, une manière de dire «bonjour», une fois passé midi.
   Au Québec, on entend depuis les années 2010, et de plus en plus, «bon matin», traduction littérale du «good morning» anglais. Il est trop tôt pour savoir si le phénomène est une mode ou une évolution du français canadien.

[En passant, ce terrible «bon matin» écorche les oreilles surtout quand on l’entend sur les ondes de Radio-Canada Première. À bannir aussi, l’irritant «ça l’a très bien été» – ajout d’une consonne qui n’existe pas à la fin d’un mot; forme correcte : «ç’a très bien été»; ndlr]

Au revoir
«Au revoir» est la formule la plus usitée pour prendre congé de son interlocuteur. L'expression originelle était au Moyen Âge «à la grâce de Dieu», qui signifiait : s'en remettre à la clémence de Dieu pour protéger la personne avec qui l'on vient d'échanger des idées. Puis une précision a été ajoutée «à la grâce de Dieu jusqu'au revoir». La formule trop longue et le processus de laïcisation de la société aidant, celle-ci s'est abrégée en «jusqu'au revoir» puis tout simplement en «au revoir».
   «Bonne journée» est une locution de séparation, elle est uniquement utilisée en fin de conversation. 
   Au Québec, «bonjour» s'utilise aussi pour dire «au revoir» dans le sens de «passez une bonne journée». Cependant, cet emploi n'est pas répandu dans tout le Canada francophone.  
   «Salut» est une expression mixte puisqu'elle est utilisée à la fois à la rencontre et à la séparation.
Source : Wikipédia  

Comment dire...

Votre vodka est russe. Votre pizza est italienne. Votre kebab est turc. Votre café est brésilien. Votre thé est sri-lankais. Votre chemise est indienne. Vos films sont américains. Vos appareils électroniques sont chinois. Votre voiture est allemande. Votre carburant est saoudien. Votre démocratie est grecque. Vos chiffres sont arabes, votre alphabet est latin. Et ça vous embête que votre voisin soit un immigrant? (Auteur inconnu)

Photo : Jacques Nadeau, Le Devoir  

Au Canada, plus d'une personne sur cinq est née à l'étranger
Deux enfants canadiens sur cinq sont issus de l'immigration
Le Canada compte plus de 250 origines ethniques 

Image : auteur inconnu 

En 2016, le Canada comptait 1 212 075 nouveaux immigrants (établis au Canada entre 2011 et 2016). Ces immigrants récents représentaient 3,5 % de la population totale du Canada en 2016. La majorité (60,3 %) de ces nouveaux immigrants ont été admis en vertu du volet économique, alors que 26,8 % sont venus rejoindre, par l'intermédiaire du regroupement familial, un proche déjà présent au Canada, et 11,6 % ont été admis au Canada comme réfugiés.

L'Asie (y compris le Moyen-Orient) demeure toutefois la principale source de l'immigration récente au Canada. En 2016, la majorité (61,8 %) des nouveaux immigrants étaient nés en Asie. Selon le Recensement de 2016, le nombre de personnes ayant déclaré être Sud-Asiatiques était de 1 924 635, soit le quart (25,1 %) de la population des minorités visibles ou 5,6 % de l'ensemble de la population du Canada.
   Les Chinois formaient le deuxième groupe de minorités visibles en importance, comptant 1 577 060 personnes. Ce groupe représentait 20,5 % de la population des minorités visibles. 
   Pour la première fois, l'Afrique a devancé l'Europe et était le deuxième continent en importance de l'immigration récente (13,4 %).
   La population noire du Canada a dépassé pour la première fois la barre du million de personnes en 2016. Ce groupe de minorités visibles, le troisième en importance du point de vue du nombre de personnes, comptait 1 198 540 personnes (soit 15,6 % de la population des minorités visibles) en 2016, comparativement à 945 670 personnes en 2011.
   Les quatrième et cinquième groupes de minorités visibles en importance, les Philippins et les Arabes, ont presque doublé leurs effectifs en 10 ans et ont affiché les taux de croissance les plus élevés parmi les groupes de minorités visibles entre 2006 et 2016.
   Viennent ensuite les Latino-Américains, les Asiatiques du Sud-Est, les Asiatiques occidentaux, les Coréens et les Japonais.
   Toronto, Vancouver et Montréal demeurent les lieux de résidence de plus de la moitié des immigrants et des immigrants récents au Canada. De plus en plus d'immigrants s'établissent dans les provinces des Prairies et de l'Atlantique.

Source : Statistiques Canada

5 octobre 2019

Dow Jones forestier

Tant que les magnats de la finance gouverneront le monde, on ne pourra pas stopper le saccage de la nature qui au final rendra la terre inhabitable, impropre à la vie.

Aurélie Lanctôt débute sa chronique (4 octobre 2019) en résumant un documentaire :   
   Il a fallu trois années à Tamara Kotevska et Ljubo Stefanov pour filmer leur documentaire Honeyland, une fable écologique en chair et en os d’une sensibilité qui n’a rien à envier à L’homme qui plantait des arbres. Le film, à l’affiche chez nous depuis peu, nous transporte en Macédoine du Nord, dans un village à l’abandon où Hatidze Muratova s’occupe seule de sa mère vieillissante et de ses abeilles, qu’elle soigne chaque jour avec abnégation. Elle élève ses ruches à l’ancienne, récoltant patiemment le miel, un petit pot à la fois, en prenant grand soin de ne pas spolier les ouvrières.
   Un jour, une famille d’éleveurs bovins plante sa caravane sur le terrain voisin, un couple et ses sept enfants. Leur troupeau ne suffit pas à nourrir toutes ces bouches, alors la famille, imitant la voisine, installe des ruches dans l’espoir de vendre du miel à un marchand gourmand et manipulateur venu de Skopje, la capitale – un personnage qui ne s’invente pas. Il faut récolter rapidement le miel, donc, alors les apiculteurs débutants brusquent les abeilles. Hatidze les avertit : cela finira par tuer la colonie, on ne peut pas voler les abeilles, il faut être reconnaissant, à l’écoute, respecter l’équilibre délicat de la ruche. Mais l’appât du gain et, surtout, la peur d’avoir faim l’emportent. Les ruches s’effondrent, décimant aussi celles d’Hatidze. Lorsqu’il ne reste plus rien, la famille repart. Hatidze reste seule au pied de sa montagne, à veiller sa mère au plus creux de l’hiver. Au printemps, lorsque sa mère a rendu son dernier souffle, elle quitte le village pour de bon.

Photo : Dogwoof films, Honeyland.

Ce film est une prouesse documentaire. On jurerait une mise en scène tant les rebondissements qui ponctuent le récit sont évocateurs. Ils illustrent, à une échelle minuscule, le drame qui se vit aujourd’hui à l’échelle planétaire : le rapport malade qu’entretiennent les sociétés humaines avec les écosystèmes, leur déni devant les conséquences pourtant prévisibles de leurs actions, ainsi que la misère qui contraint à prendre tout de suite ce qui devrait être cultivé, préservé dans la durée. [...]
   Lundi, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, présentait son plan pour l’avenir de l’industrie forestière, affichant fièrement son intention d’accroître la coupe forestière et de faciliter l’accès de l’industrie à l’exploitation des forêts. Son plan favoriserait même la captation du CO2. Il l’a dit sans rire. On prévoit en effet de «gérer la forêt» en coupant plus de bois dans les forêts d’arbres matures, améliorant ainsi leur capacité de capture du carbone. En gros, on veut raser plus de vieux pour planter du neuf, parce que le neuf, c’est toujours mieux. Ce saut périlleux argumentaire donne le tournis, mais le gouvernement caquiste nous a habitués à cette gymnastique. [...]

Une créance | Le Devoir / Chronique :

«Quand l’homme ne tue pas l’homme, il tue ce qu’il peut, c’est-à-dire ce qui l’entoure. L’homme sort de son cadre, veut prendre la place des forêts et des animaux, souille les rivières, pollue l’air, se multiplie sans raison, se bâtit un enfer et s’étonne ensuite naïvement de n’y pouvoir vivre.» ~ René Fallet

Québec permettra plus de coupes forestières pour réduire les GES
Martin Croteau La Presse 30 septembre 2019

(Québec) Couper plus d’arbres permettra de réduire les gaz à effet de serre (GES), selon le gouvernement Legault. C’est ce qu’a soutenu le ministre de la Forêt, Pierre Dufour, lundi, en présentant une nouvelle stratégie pour développer l’industrie forestière.
   Dans une conférence de presse devant plusieurs leaders de l’industrie, M. Dufour a annoncé que les entreprises forestières pourront récolter davantage de bois dans les années à venir. Non seulement auront-elles accès à des territoires plus vastes, Québec leur donnera aussi des incitatifs pour couper dans des secteurs moins lucratifs, par exemple sur le flanc des montagnes.
   En clair, le volume de bois récolté est appelé à augmenter. Et selon le ministre, c’est une manière de lutter contre les changements climatiques.

Photo : archives de La Presse.

«Le secteur forestier présente un énorme potentiel, celui de générer des émissions négatives de GES tout en créant de la richesse pour les entreprises, a déclaré M. Dufour. L’augmentation de la production de bois, l’augmentation de la récolte permettront d’augmenter la séquestration de carbone en forêt.»
   En 2017, un groupe de 190 scientifiques a mis en garde l’Union européenne contre les risques d’augmenter les coupes forestières. «Augmenter les niveaux de coupes a un impact négatif sur le climat puisque les forêts coupées ne captent plus de carbone. Cela peut prendre jusqu’à des centaines d’années pour retrouver le niveau de captation de carbone de l’ancienne forêt [en plantant de nouveaux arbres].»
   «Ce sont des prédictions trop simplistes.» Elle signale également que l’idée d’augmenter les coupes ne tient pas compte de plusieurs autres enjeux, dont la biodiversité, la protection des espèces menacées et l’objectif d’augmenter la proportion d’aires protégées. ~ Allison Munson, professeure au département des sciences du bois et de la forêt à l’Université Laval



Voyez Le Ground Zero forestier mondial (la biomasse [de bois] pour produire de l’électricité, un processus dévastateur prétendument vert) :

Autre exemple de l’ignorance et de l’incompétence de la Coalition avenir Québec en matière d’environnement (l’hameçon, ou la chainsaw, s’appelle «emplois» :

Québec va contourner [par décret] la Commission de la protection du territoire agricole (CPTAQ) pour un important projet industriel à Beauharnois : le gouvernement décidera lui-même s’il dézonera ou non un terrain agricole appartenant à Hydro-Québec, tentant ainsi d’éviter un avis défavorable de la Commission pour l’utilisation du territoire.
   L’utilisateur final du terrain serait Google, selon plusieurs rapports de presse. Le géant américain y installerait de puissants serveurs informatiques.
   La Ville de Beauharnois veut faire dézoner une terre agricole de 94 hectares qui jouxte le centre de distribution d’IKEA. Le terrain appartient à Hydro-Québec, qui exploite une importante centrale au fil de l’eau dans les environs.
   «Si le gouvernement a retiré le dossier des mains de la Commission, c’est que sa décision ne fait pas son affaire. Au lieu de non, ça va être oui» de dire Michel Myre, un producteur agricole. (Source : André Dubuc, La Presse 19 septembre 2019) 

Dézonage agricole à Beauharnois: Legault veut de bons emplois
20 septembre 2019 La Presse

Le gouvernement du Québec a justifié son intervention dans le dézonage d’un terrain agricole en Montérégie par les bons emplois que le projet industriel créera à Beauharnois.
   «On espère être capables de conclure un investissement important et une création de beaucoup d’emplois bien payés, donc on veut se donner la marge de manœuvre pour être capables éventuellement de le faire», a dit le premier ministre du Québec, François Legault, pour justifier l’intervention de son gouvernement.
   Je peux vous dire que la décision a été prise dans un contexte où c’est un terrain qui a un fort potentiel stratégique en termes de développement économique et en termes, aussi, de création de richesse.
   Selon les données d’Hydro-Québec, le Québec héberge 49 centres de données sur son territoire, une clientèle énergivore recherchée par l’entreprise, qui a d’importants surplus d’électricité à vendre.
   La société d’État, qui poursuit une stratégie clés en main pour attirer des centres de données, a indiqué à La Presse ne plus avoir de terrains excédentaires capables d’accueillir un centre de données de grande envergure, après celui de Beauharnois situé en zone agricole.


Caricature : Éric Godin, La Presse 01.10.2019

Autre exemple d’ignorance crasse et d’incompétence, et non le moindre, cette fois en Colombie Britannique :

Les vieux arbres géants du Canada de plus en plus exportés en Asie
Thomas Gerbet
Radio-Canada Info, 2 octobre 2019 


La forêt ancienne a presque complètement disparu sur l'île de Vancouver; le Canada est le dernier pays du G7 pour la protection des aires terrestres.

Des siècles pour pousser. Quelques heures pour être coupés. Le Canada exporte des quantités record d'arbres vers les marchés asiatiques ces dernières années. Pendant ce temps, le Canada est le dernier pays du G7 pour la protection des aires terrestres.
   La souche mesure au moins deux mètres de diamètre. On pourrait s'y coucher sans dépasser. Autour de nous, une immense coupe à blanc, comme un carreau dans une forêt transformée en damier.
   Nous sommes à Port Renfrew, municipalité autoproclamée «capitale canadienne des grands arbres». Sur l'île de Vancouver, certaines souches mesurent jusqu'à six mètres de diamètre, ce qui témoigne de l'âge qu'avaient ces arbres avant d'être abattus.
   Dans la forêt pluviale tempérée de l'Ouest, qui capte particulièrement bien le carbone, certains arbres ont plus de 1000 ans.

Photo : TJ Watt / Anciant Forest Alliance. Klanawa Valley huge cedar log.

«Ce sont des écosystèmes importants pour les espèces en danger, pour le climat, pour le tourisme, pour la culture autochtone, explique TJ Watt, de l'Ancient Forest Alliance. La protection de ces arbres est vraiment déficiente.»

[Vidéos / photos – des cathédrales d’arbres majestueux : https://www.ancientforestalliance.org/ ]

Photo : TJ Watt / Ancient Forest Alliance. Haida Gwaii Yakun spruce tree.

«Cette forêt est coupée à un rythme de 10 000 terrains de football par an.» (TJ Watt, Ancient Forest Alliance)  
   Comment l'intensité des coupes peut-elle se maintenir, alors que l'industrie forestière a connu un important déclin ces dernières années, avec une vingtaine de fermetures de scieries en Colombie-Britannique? La réponse se trouve du côté de l'Asie.
   Les usines canadiennes ont priorité sur l'exportation, mais comme elles sont moins nombreuses et que la demande est forte ailleurs, les billes de bois d'ici partent à l'étranger sur de gigantesques navires.
   En plus, les acheteurs japonais ou chinois sont prêts à payer plus cher nos arbres. Ironiquement, certains produits créés avec ce bois, comme des meubles, finissent par revenir chez nous et être achetés par les Canadiens.
   Le Canada compte 10,7 % de territoire protégé; en Allemagne, c’est 37 %!
   De son côté, la Chine protège de plus en plus ses forêts. Selon les données de l'ONU, les Chinois conservent 15,6 % de leur territoire terrestre, soit plus que le Canada.

Article intégral :

L’Empire Asiatique déboise dans le monde entier. Nos représentants politiques sont trop lâches pour stopper l’appropriation de nos ressources. C’est révoltant. Sans tomber dans la sinophobie, il faudrait leur mettre un holà pour sauver, non pas les meubles, mais nos ARBRES! Sinon, les changements climatiques aidant, nous pourrions avoir droit à des monocultures de palmiers nains comme en Malaisie. Ou à des bambous si nous sommes chanceux, avec quelques pandas assis sur les genoux de notre sinophile Tintin fédéral. Ou peut-être des arbres en plastique made in Asia, sait-on jamais.  

Invasion «touristique» de masse : 700 millions de Chinois (soit la moitié de la population) sont lâchés lousses cette semaine pour célébrer la Golden Week (70e révolution culturelle de Mao) – ils voyageront en Thaïlande, au Japon, en Italie, etc., bref, partout à l’international. Pouvez-vous imaginer les considérables émissions de GES? Ouf!

Photo : Valéry Hache. L’authentoc. «Ce qui compte ces jours-ci, c’est de montrer qu’on passe de bonnes vacances, pas de passer de bonnes vacances dont on ne témoignera pas.» ~ Arnaud Sagnard (Nouvel Observateur)

«Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature; elle se venge de chacune d’elles.» ~ Engels

«...quid de l’urgence climatique? L’environnement n’aura occupé qu’une place bien secondaire dans la prestation onusienne de Bolsonaro. L’alerte sonnée par Greta Thunberg, déjà précédée à maintes reprises de celles des communautés autochtone et scientifique brésiliennes, n’a eu aucun effet. Ainsi, le Brésil bolsonarisé incarne un nouveau visage de la nature confuse de la démocratie : à une époque où des adolescents font preuve d’une stature de chef d’État, il y a des chefs d’État qui se comportent comme des adolescents.» ~ Oscar Augusto Berg
(Le délire anticommuniste du Brésil bolsonarisé, Le Devoir / Idées, 3 octobre 2019)

Voyez Le Ground Zero forestier mondial (la biomasse [de bois] pour produire de l’électricité, un processus dit vert qui produit plus de GES que le charbon) :

«La forêt précède les peuples; le désert les suit.» ~ Chateaubriand

Changements climatiques : les faits sont là
Nelson Tardif
Le Devoir / Lettre, 3 octobre 2019

Nombreuses sont les personnes qui affirment ne pas croire aux changements climatiques. Or les changements climatiques ne sont pas un objet de croyance. La croyance est une adhésion à une représentation du monde subjectivement recevable, mais objectivement insatisfaisante et donc insuffisante. Il appert que l’affirmation qu’il y a effectivement des changements climatiques repose sur l’observation du monde réel et sur des faits mesurables et non sur une quelconque représentation du monde qui relève plus d’une vue de l’esprit que d’une véritable adhésion à la réalité.
   Dans cette perspective, il est primordial de se poser la question suivante : qu’est-ce qui amène des gens à affirmer qu’ils ne croient pas aux changements climatiques? Les raisons sont certainement diverses, mais il est essentiel de se pencher sur l’une d’entre elles : nier la réalité par refus de perdre ses privilèges, car les transformations profondes nécessaires pour faire face au défi que représentent les changements climatiques remettent nécessairement en question les privilèges des mieux nantis et des dominants, mais aussi de notre vie. Nous avons individuellement et collectivement à repenser l’économie de fond en comble, à déconstruire et à se délester des dogmes économiques, telle la croissance illimitée, à remettre en question la trinité surproduction-surconsommation-surexploitation, à remettre en question notre sacro-saint mode de vie et notre relation à la nature, à créer de nouveaux modèles de société en harmonie avec l’environnement, à enclencher une décroissance équitable et gérable pendant qu’il en est encore temps, à repenser nos modes de transport, à faire de la politique autrement, etc.
   Les défis sont grands. Il est impératif de choisir en toute conscience d’y faire face et de mettre en oeuvre les profondes transformations que requiert la situation inédite à laquelle l’humanité est confrontée. Si nous ne les entreprenons pas de nous-mêmes, elles nous tomberont dessus par la force des choses, nous n’y échapperons pas, car les changements climatiques ne sont pas une croyance. Ce sont des faits observables et dont les effets sont mesurables et bien réels. Que cela nous plaise ou non, la négation de la réalité ne change rien à cette réalité. Les faits sont là!