10 décembre 2017

Peuples élus et terres promises

Nous avons eu l’occasion de constater que Donald Trump était nul en négociation. Les républicains ont laissé passer des gaffes monumentales. Par contre craquer une allumette à côté d’un jerrycan d’essence au milieu d’une poudrière est très suspect... Mais, pour être républicain, il faut être pro-armes, anti-avortement et pro-Israël, disait un analyste.

(Getty images) En arrière-plan, le gendre du président, Jared Kushner (de confession juive). Qui sont les vrais meneurs? Le VP de la Maison Blanche, Mike Pence (conservateur évangéliste ultra blanc), rêve d’établir un équivalent du code civil français de 1804, dit «Code Napoléon» (1). Ce même Napoléon aurait dit : «la religion existe pour empêcher les pauvres de tuer les riches». Pence dispose d'une relation étroite avec les donateurs milliardaires conservateurs (dont les frères Koch) qui ont largement sustenté les caisses du Parti républicain au cours des dernières années. Le VP est le seul officiel de la Maison Blanche qui ne peut pas être congédié. Si Trump est destitué, c’est lui qui le remplacera. Je ne sais pas lequel des deux est le plus épeurant... (Revoyez la série The Handmaid’s Tale de Bruce Miller)

Voici une analyse lucide de la décision de Trump, qui d’une manière n’étonne pas.

Célia Belin : «Un cadeau symbolique de Trump à sa base électorale évangélique»

Par Isabelle Hanne – 7 décembre 2017 à 20:56


Pour la spécialiste de la droite radicale et des mouvements fondamentalistes Célia Belin, la décision américaine est l’aboutissement d’un positionnement de longue date du Parti républicain.

Le rôle des chrétiens évangéliques, qui façonnent l’idéologie du Parti républicain depuis plusieurs décennies, est une clé indispensable pour comprendre la décision de Donald Trump de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël. Pour Célia Belin, chercheuse invitée à la Brookings Institution (Washington), auteure de Jésus est juif en Amérique (Fayard, 2011), spécialiste des mouvements évangéliques et fondamentalistes et de la droite radicale américaine, cette décision de Trump n’a rien d’erratique ou de surprenant. Elle est au contraire un cadeau pour sa base électorale, dans un pays où les chrétiens évangéliques sont le groupe le plus pro-Israël. Selon un sondage du Pew Research Center, 82 % des évangélistes blancs pensent que Dieu a donné Israël au peuple juif – soit deux fois plus que les juifs ou les catholiques américains. «Si le président Trump déplace l’ambassade à Jérusalem, il entrera dans l’immortalité, saluait carrément, mercredi, le pasteur texan John Hagee, leader des chrétiens sionistes américains. On se souviendra de lui pendant des millénaires pour son acte de courage.»

Dans quelle logique s’inscrit la décision de Donald Trump?

Elle émane de décennies de militantisme pro-Israël au sein du Parti républicain, qui avait déjà poussé le Congrès à voter en 1995 le Jerusalem Embassy Act [qui indique que «l’ambassade des États-Unis en Israël devra être établie à Jérusalem au plus tard le 31 mai 1999», ndlr]. Pour Trump, c’est la réalisation d’une promesse de campagne qui n’a de sens que si on la comprend comme un pilier de l’idéologie républicaine. Ce n’est pas une décision folle de Trump, uniquement disruptive. C’est une décision politique, un cadeau symbolique à sa base électorale évangélique.

Qui a façonné cette idéologie pro-Israël au sein du Parti républicain?

Si on schématise, il y a deux types d’influence : celle des organisations juives pro-israéliennes, très bien organisées, qui font du lobbying, des levées de fonds, qui influencent la rédaction des lois sur la politique étrangère des États-Unis. Mais ces organisations n’ont pas ou très peu de base électorale, à part à New York ou en Floride. Ceux qui pèsent de tout leur poids sur le Parti républicain, ce sont les chrétiens sionistes, très présents parmi les évangélistes. Cette décision de Trump, à court terme, c’est gagnant-gagnant : il va faire autant plaisir au premier groupe (en gros, ses donateurs), qu’au second, l’Américain moyen du fin fond de l’Alabama, qui y voit une forme de respect de la volonté divine. À partir des années 80, la défense d’Israël s’est ancrée dans la plateforme politique du Parti républicain. Et dans les années 2000, on a vu la consolidation des relations entre les chrétiens sionistes, les groupes juifs pro-Israël et la droite américaine.

Que représentent les évangélistes aux États-Unis? Et les chrétiens sionistes?

Il y a entre 60 et 80 millions de protestants évangéliques dans le pays, environ 26 % de la population américaine. La base activiste des chrétiens sionistes est de 10 000 personnes environ. Mais on considère qu’il y a environ 3 millions de chrétiens sionistes, qui touchent un public beaucoup plus large. Quand ceux-là prêchent une parole pro-israélienne, ils ne trouvent aucune résistance, au contraire. Israël est un allié naturel des Etats-Unis depuis sa création. C’est un État qui leur ressemble, qui se voit comme un État pionnier… Il y a eu beaucoup de travail de la base militante depuis une dizaine d’années, et ça paye : le soutien en faveur d’Israël est maintenant la vision majoritaire chez les évangélistes – alors que la communauté juive américaine est très divisée sur le sujet –, et donc au sein du Parti républicain. Quand on est démocrate, c’est plus compliqué, les positions vis-à-vis d’Israël sont plus ambiguës.

En termes religieux, comment expliquer ce soutien des évangélistes à l’État hébreu?

Si on interroge un évangéliste sur son soutien à Israël, il répondra sans doute simplement que «Dieu l’a voulu». Mais il y a plusieurs grandes théologies derrière. Pour certains, la création de l’État d’Israël est la preuve que Dieu a tenu ses promesses envers le peuple juif : donner la Terre sainte aux descendants d’Abraham. D’autres s’appuient sur un passage de la Bible où Dieu s’adresse à Abraham et à sa descendance : «Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront.» Il y a cette croyance que soutenir Israël apporte des bénéfices aux États-Unis, et inversement. Les chrétiens sionistes disent d’ailleurs qu’il faut regarder le sort de ceux qui se sont opposés aux juifs : les nazis, l’URSS, l’Iran, qui «finissent tous maudits». Alors qu’à l’inverse, les États-Unis sont la première puissance mondiale… Il y a enfin une troisième explication, moins courante mais souvent retenue pas les médias, et nourrie par la guerre des Six Jours (1967). La réponse militaire d’Israël, et l’expansion spectaculaire de son territoire, a été le déclencheur de passions eschatologiques : le regroupement du peuple juif en Terre sainte serait le signe de l’approche de l’Apocalypse et du retour du Christ sur Terre, avec Jérusalem comme point focal du monde. Mais quelle que soit l’explication, elle est incompatible avec la solution à deux États et la partition de Jérusalem.

Quel rôle jouent les sentiments anti-islam?

Il y a une défiance intrinsèque envers les musulmans au sein de la droite américaine. Dans ce climat islamophobe, les Palestiniens se retrouvent dans une position extrêmement défavorable. Le sionisme chrétien marche très bien parce qu’il rencontre un terreau très fertile aux États-Unis. Encore plus dans l’ère post-11 Septembre, où Israël est vu comme cette petite démocratie dans un Moyen-Orient instable, seule à pouvoir faire face au terrorisme régional.

~~~

Le père Moïse est une ordure
(Source : Ne dites pas à ma mère que je suis athée; Michel Morin, Perro Éditeur 2015)

Dans les journées entourant ces rares moments de l’année dont le chrétien moyen a encore conscience qu’elles ont un quelconque lien avec leur religion (nommément Noël et Pâques), les télédiffuseurs nous resservent immanquablement ce grand classique de Cecil B. De Mille : Les Dix Commandements. [...]
    Pour les impies qui ne seraient pas familiers avec cette grandiloquente mégaproduction, sachez que Les Dix Commandements raconte l’histoire de Moïse qui libère son peuple du méchant pharaon égyptien et les conduit jusqu’à la Terre promise. Vous dire à quel point le film fut populaire à l’époque : il reçut pas moins de sept nominations aux Oscars en 1957.
    Le film, hagiographique à souhait, présente bien entendu Moïse comme un héros libérateur, un personnage irréprochable, plus grand que nature.
    La lecture du Livre de l’Exode déshabille en deux temps trois mouvements le champion du petit peuple et révèle crûment le vrai Moïse : un homme soumis aveuglément aux ordres d’un Dieu méchant, un chef de tribu colérique, violent, sanguinaire, revanchard, qui se livre aux pires exactions sur ses ennemis et même sur son entourage. Il est ironique de penser que pour incarner ce méprisant personnage dans Les Dis Commandements, on a choisi l’acteur Charlton Heston, homme infréquentable, porte-parole intransigeant de la NRA (National Rifle Association) et promoteur acharné des armes à feu aux États-Unis jusqu’à sa mort.


Si les Conventions de Genève et autres lois régissant les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre avaient été en vigueur du temps de l’Exode, Moïse en aurait enfreint vraisemblablement tous les articles.
    Quand son peuple est libéré des Égyptiens et erre dans le désert, Moïse rencontre en chemin de méchants ennemis. Sur les ordres de Yahvé, Moïse et ses hommes de main pillent, exterminent, brûlent, humilient, etc. Le traitement des ennemis : jamais assez dur au goût de Yahvé. La mission de Moïse n’est qu’un enchaînement de violences et d’exactions à l’égard des autres peuples qui n’ont commis que la seule erreur de se trouver sur sa route vers la Terre promise. La barbarie et le manque absolu de miséricorde et de compassion du Tout-Puissant ne manquent pas de saisir d’horreur le lecteur non averti.
    Pour avoir un aperçu de son bilan peut reluisant, imaginons un instant que Moïse ait eu à rendre des comptes à un tribunal international ou à une commission d’enquête...

LA COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LES GÉNOCIDES DE L’EXODE
Extraits du procès-verbal des procédures; Contre-interrogatoire du témoin Moïse X

[Extrait partiel du contre-interrogatoire, NDLR]

– Monsieur Moïse, n’est-il pas vrai qu’alors que vous viviez en Égypte, vous êtes intervenu dans une altercation au cours de laquelle un Égyptien avait commis des voies de fait envers un Hébreu? N’est-il pas vrai que, pour venger votre compatriote, vous avez tué cet Égyptien, que vous avez enterré l’Égyptien dans le sable après l’agression? Vous faites ça souvent avec des gens vivants?
– On a des preuves selon lesquelles vous avez agi, depuis l’époque où vous viviez en Égypte, en tant qu’homme de main d’un certain monsieur ... Yahvé. Il aurait d’autres pseudonymes : Dieu, l’Éternel, Emmanuel... Comment vous transmettait-il ses ordres? (Moïse : Il se dissimulait dans une nuée ou me parlait par l’entremise de... eh bien, d’un buisson de feu.) 
– Bien sûr. Et on a des preuves que votre patron, le monsieur-aux-huit-pseudonymes, vous a mis au courant d’un complot visant à tuer tous les premiers-nés en Égypte. Et vous, sachant que ces horribles meurtres en série allaient se produire, vous n’avez rien fait pour l’empêcher? (Moïse : J’ai averti Pharaon, mais y m’a pas écouté. [...])
– Votre supérieur Yahvé a fait en sorte que Pharaon refuse de vous laisser partir?
– Donc, à la suite de l’extermination des premiers-nés, Pharaon vous laisse partir. Vous avez quitté l’Égypte avec un groupe évalué à 600 000 hommes, plus femmes et enfants. Quand votre groupe arrive à la mer Rouge, qu’arrive-t-il? (Moïse : Je tends la main et je sépare la mer en deux. Une fois passé, j’étends encore la main pour que la mer engloutisse l’armée égyptienne.)
– Des rapports ici nous disent que vous êtes simplement passé à marée basse et que les Égyptiens se sont fait surprendre par la marée haute.
– Parlez-nous de l’incident du veau d’or. Je crois comprendre que c’est survenu alors que votre frère Aaron avait fait fondre une espèce de statue et que les gens de votre tribu faisaient la fête alentour. Vous auriez alors demandé à vos subalternes de «passer par le fil de l’épée les membres de leurs propres familles». On parle de 3000 victimes. Vous reconnaissez les faits? (Moïse : Je ne faisais que suivre les ordres.)
– J’ai ici un rapport détaillé où on relate une attaque que vous auriez dirigée contre les Madianites. D’après ce rapport, vos commandants auraient donc attaqué Madian et y auraient tué tous les hommes. Vous avez pillé tous leurs biens, incendié leurs villes et fait prisonniers les femmes et les enfants, c’est bien ça? (Moïse : Je ne faisais que suivre les ordres.)
– Mais quand vos commandants se sont présentés devant vous, vous leur auriez déclaré, et je cite : «Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme». Est-ce bien vos paroles?
Quand vous dites à vos hommes de «garder les filles pour eux», c’est de toute évidence pour en faire leurs esclaves sexuelles? (Moïse : Ah! S’il y en a qui ont les idées mal tournées...)
– Le bilan fait état de 24 000 victimes. J’ai par ailleurs ici un document intitulé Deutéronome. On peut y lire certaines de vos déclarations. Entre autres, vous ordonnez aux parents de lapider leurs enfants rebelles, c’est exact? (Moïse : C’est Yahvé qui a dit que...)
– On vous prête une autre déclaration pour le moins inquiétante. Je vous remets le document. Pouvez-vous le lire à la cour, s’il vous plaît? (Moïse, lisant : «L’homme aux testicules écrasés ou à la verge coupée ne sera pas admis à l’assemblée de Yahvé.») 

En somme, Moïse ne fut rien d’autre qu’un officier aveuglément soumis aux ordres du patron d’en haut. Un patron à la mèche courte, toujours furax. [...]
    Les croyants, les adeptes du judaïsme en particulier, continuent à penser que Moïse lui-même aurait été l’auteur des premiers livres de la Bible, dont l’Exode. Les experts ont depuis longtemps démontré que la chose est impossible. Moïse eût-il existé, les écrits sont ultérieurs de centaines d’années à l’époque alléguée de son existence. De plus comment pourrait-il bien raconter sa propre mort? La réalité, c’est qu’on ne saura jamais l’identité de son auteur (ou de ses auteurs). [...] Nous disposons d’une abondance de documents administratifs remontant à l’époque supposée de l’exode et pas un ne mentionne quoi que soit au sujet de la captivité ou de la libération des Hébreux (600 000 hommes plus les femmes et les enfants approcherait le million et demi de personnes). L’impact socio-économique aurait été phénoménal et n’aurait pu être passé sous silence. [...]
    Au même titre que la Création, Adam et Ève, Noé, la tour de Babel, toute la saga Moïse appartient au domaine des mythes. [...] Le livre de l’Exode, ce n’est qu’un enchaînement de dialogues insensés, d’événements impossibles, d’anecdotes farfelues qui, voudrait-on les énumérer, exigeraient trop d’espace. Mais Moïse, c’est avant tout le dépositaire de la Loi. Il est LE grand secrétaire à qui Dieu a dicté ses règles. [...]
    On peut hocher la tête et être consterné : les dix commandements, c’est n’importe quoi.
    Si on oscille entre fabulation et horreur avec les premiers livres de l’Ancien Testament, avec les livres suivants, le Lévitique et le Deutéronome, on nage en plein délire. Oui, les choses vont en empirant.

~~~
(1) Le code civil français de 1804, dit «Code Napoléon», a inspiré de nombreuses démocraties. Une catastrophe pour les femmes car il affirmait l’incapacité juridique* totale de la femme mariée :
– interdiction d’accès aux lycées et aux universités;
– interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens;
– exclusion totale des droits politiques;
– interdiction de travailler sans l’autorisation du mari;
– interdiction de toucher elle-même son salaire;
– contrôle du mari sur la correspondance et les relations;
– interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation;
– répression très dure de l’adultère pour les femmes;
– les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit.
   Napoléon définit sans ambiguïté la place de la citoyenne dans la société à l’article 1124 de ce monument de misogynie qu’est le code civil : Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux. L’enfant appartient au mari de la femme. […] La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants; elle est sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier (Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène). Bref, la femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme, il en fait donc ce que bon lui semble.


* Capacité juridique : aptitude à être titulaire de droits et d'obligations.  

6 décembre 2017

Armes à feu : cui bono?

Au Québec, le 6 décembre est devenu une journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes.


Il y a 28 ans, le 6 décembre 1989, une tuerie a eu lieu à l'École polytechnique de Montréal, au Québec (Canada). Marc Lépine, âgé de vingt-cinq ans, ouvre le feu sur vingt-huit personnes, tuant 14 femmes et blessant 14 autres personnes (10 femmes et 4 hommes), avant de se suicider. Le massacre à caractère sexiste a été perpétré en moins de vingt minutes à l'aide d'une carabine semi-automatique obtenue légalement. Il s'agit de la pire tuerie en milieu scolaire de l'histoire du Canada.
   Marc Lépine est né d’un père algérien et d’une mère québécoise en 1964, sous le nom de Gamel Gharbi. Dans une classe, il a déclaré avant de fusiller les étudiantes : «Vous êtes des femmes, vous allez devenir des ingénieures. Vous n'êtes toutes qu'un tas de féministes, je hais les féministes».
   Lépine  avait trois obsessions :
– son insuccès auprès des femmes (il prétendait que les femmes avaient ruiné sa vie)
– l'électronique  
– tout ce qui se rapportait à la guerre.

La vocation première des armes à feu est de tuer.
Saviez-vous qu’une arme automatique peut tirer jusqu’à 700 balles à la minute?
Croyez-vous que les armes peuvent servir à quoi que ce soit de bon?

L’industrie de l’armement compte parmi les plus lucratives de notre beau monde. Rien d’étonnant que les pro-armes luttent bec et ongles contre le registre des armes à feu qui peut aider à en limiter la vente illégale.

Criminalité transnationale organisée : 
mettons fin à leurs activités

Vous trouverez sur ce site des rapports, fiches d’information et autres, portant sur la criminalité organisée, les produits de contrefaçon, la traite des êtres humains et la criminalité environnementale.

Données essentielles

La criminalité transnationale organisée génèrerait 870 milliards de dollars par an selon des estimations. Cela équivaut à plus de six fois le montant de  l'aide au développement officielle ou 7 % des exportations de marchandises mondiales (2009).
   Chaque année, d'innombrables personnes perdent la vie à cause de la criminalité organisée. Les principales raisons en sont les problèmes de santé liés à la drogue, la violence, les morts par armes à feu, les méthodes et les motivations peu scrupuleuses des trafiquants d'êtres humains et de migrants.
   La criminalité transnationale organisée est en constante évolution : c'est une économie qui s'adapte aux marchés et génère de nouvelles formes de délinquance. Il s'agit d'un commerce illicite qui transcende les frontières culturelles, sociales, linguistiques et géographiques et qui ne connaît ni limites, ni règles.
   Le trafic de drogue, le trafic de migrants, la traite des êtres humains, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes à feu, le trafic de contrefaçons, le trafic d'animaux sauvages,  le trafic de biens culturels ainsi que certains aspects de la cybercriminalité sont autant d'activités relevant de la criminalité transnationale organisée.

Albert Camus :
   «Il y a une fatalité unique qui est la mort et en dehors de quoi il n'y a plus de fatalité. Dans l'espace de temps qui va de la naissance à la mort, rien n'est fixé : on peut tout changer et même arrêter la guerre et même maintenir la paix, si on le veut assez, beaucoup et longtemps.»  
   «Pourrais-tu, toi, Stepan, les yeux ouverts, tirer à bout portant sur un enfant?»
(Les justes, 1952)

«Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler, et ne dire qu’une seule chose, mais la dire sans répit...»

NOUS AUTRES MEURTRIERS   
Albert Camus, Franchise No 3, novembre / décembre 1946  

Oui, c`est la vérité que nous vivons sans avenir et que le monde d’aujourd`hui ne nous promet plus que la mort ou le silence, la guerre ou la terreur. Mais c’est la vérité aussi que nous ne pouvons pas le supporter parce que nous savons que l’homme est une longue création et que tout ce qui vaut la peine de vivre, amour, intelligence, beauté, demande le temps et la maturité. Et si nous ne pouvons pas le supporter, nous devons le dénoncer. Et la première chose justement est de pousser ce cri de révolte. Car la terreur et la fatalité sont faites pour moitié au moins de l’inertie et de la fatigue des individus en face des principes stupides ou des actions mauvaises dont on continue d`empoisonner le monde. La tentation la plus forte de l’homme est celle de l’inertie. Et parce que le monde n’est plus peuplé par le cri des victimes, beaucoup peuvent penser qu’il  continuera d’aller son train pendant quelques générations encore. Il ira son train, en effet, mais parmi les prisons et les chaînes. Parce qu’il est plus facile de faire son travail quotidien et d’attendre dans une paix aveugle que la mort vienne un jour, les gens croient qu’ils ont assez fait pour le bien de l’homme en ne tuant personne directement. Mais, en vérité, aucun homme ne peut mourir en paix s’il n’a pas fait tout ce qu’il faut pour que les autres vivent et s’il n’a pas cherché ou dit quel est le chemin d’une mort pacifiée. Et d’autres encore, qui n’ont pas envie de penser trop longtemps à la misère humaine, préfèrent en parler d’une façon très générale et dire que cette crise de l’homme est de tous les temps. Mais ce n’est pas une sagesse qui vaut pour le prisonnier ou le condamné. Et, en vérité, nous continuons d`être dans la prison, attendant les mots de l’espoir.

Les mots d’espoir sont le courage, la parole claire et l’amitié. Qu’un seul homme puisse envisager aujourd’hui une nouvelle guerre sans le tremblement de l’indignation et la guerre devient possible. Qu’un seul homme puisse justifier les principes qui conduisent à la guerre et à la terreur et il y aura guerre et terreur. Il faut donc bien que nous disions clairement que nous vivons dans la terreur parce que nous vivons selon la puissance et que nous ne sortirons de la terreur que lorsque nous aurons remplacé les valeurs de puissance par les valeurs d`exemple. Il y a terreur parce que les gens croient ou bien que rien n’a de sens ou bien que seule la réussite historique en a. Il y a terreur parce que les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, la volonté de liberté par la volonté de domination. On n’a plus raison parce qu’on a la justice et la générosité avec soi. On a raison parce qu’on réussit.  Et plus on réussit, plus on a raison. A la limite, c’est la justification du meurtre.

Tout le monde aujourd’hui veut réussir, par l’argent ou par le jeu. Tout le monde veut triompher. Les nations ne souhaitent pas le succès parce qu’elles ont raison mais elles le veulent pour avoir enfin raison. Aucune d’elles ne veut plus écouter l’autre. Il n’y a plus de dialogues possibles dans un univers où tout le monde est sourd. Demain, ce sera le monologue du vainqueur et le silence de l’esclave. C`est pourquoi les hommes ont raison d’avoir peur, parce que dans un pareil monde c’est toujours par hasard ou par une arbitraire bienveillance que leur vie ou celle de leurs enfants sont épargnées. Et ils ont raison aussi d`avoir honte parce que ceux qui vivent dans un pareil monde sans le condamner de toutes leurs forces (c`est-à-dire presque tous) sont à leur manière aussi meurtriers que les autres.

Il n’y a qu’un seul problème aujourd’hui qui est celui du meurtre, toutes nos disputes sont vaines. Une seule chose importe qui est la paix. Les maîtres du monde sont aujourd’hui incapables de l’assurer parce que leurs principes sont faux et meurtriers. Que du moins, et dans tous les pays, ceux qui refusent le meurtre se réveillent, dénoncent les faux principes et entament pour leur propre compte la réflexion, le dialogue, le démarche exemplaire qui démontreront au moins que  l’histoire est faite pour l’homme et non pas le contraire. Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler, et ne dire qu’une seule chose, mais la dire sans répit, comme un témoin, comme mille témoins qui n’auront de cesse que lorsque le meurtre, à la face du monde sera répudié définitivement.

Un présent inestimable de Catherine Camus (texte presque inédit).
Source : Axel Kahn http://axelkahn.fr/autres-meurtriers-texte-presque-inedit-dalbert-camus/

~~~

En complément :

«J'avais reconnu l'adversaire que j'avais à combattre – le faux héroïsme qui préfère envoyer les autres à la souffrance et à la mort, l'optimisme facile des prophètes sans conscience, politiques aussi bien que militaires, qui, promettant sans scrupules la victoire, prolongent la boucherie; et derrière eux, le choeur stipendié de tous ces ‘phraseurs de guerre’.» (Le monde d’hier)

«Tant qu'ils ne sont pas fin prêts, les despotes qui préparent la guerre n'ont que le mot de paix à la bouche.» (Les Très Riches Heures de l'Humanité)

~ Stefan Zweig  

5 décembre 2017

À l’heure des négociations avec l’Empire du milieu...

Si choisir les gens qu’on invite chez soi c’est du racisme, alors je suis raciste.
Si choisir ce qu’on met dans son assiette c’est du racisme, alors je suis raciste.
Si choisir du Made in Canada c’est du racisme, alors je suis raciste.
Et je n’en éprouve aucune honte. Aucune.

La face cachée de la tomate industrielle
Le mardi 5 décembre 2017 – Interview avec Jean-Baptiste Malet, auteur de L’empire de l’or rouge, Enquête mondiale sur la tomate d’industrie (Fayard, Paris 2017; 288 pages) à Médium large

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/medium-large/segments/entrevue/49966/face-cachee-tomate-industrielle-malet

Site de Jean-Baptiste Malet : https://twitter.com/jbaptistemalet?lang=fr

À voir...
Le documentaire L’empire de l’or rouge sera présenté au Québec le 6 décembre à 20h sur TV5.

L’EMPIRE DE L’OR ROUGE


Fruit pour le botaniste, légume pour le douanier, baril pour le courtier : en moins d’un siècle, la tomate est devenue un aliment incontournable de l’alimentation humaine. Transformée en usine, conditionnée en baril de concentré, la tomate circule d’un continent à l’autre. Pour raconter la spectaculaire diffusion universelle de cette tomate que tout le monde consomme, il fallait une fresque planétaire. Le rouge du coulis et du ketchup, de la pizza et du hamburger, nous relate une histoire méconnue du capitalisme agro-industriel qui s’avère être aux origines de la globalisation.

Des cueilleurs ouïgours du Xinjiang en Chine aux magnats de la tomate californienne, des industriels italiens aux producteurs africains, l’histoire de la tomate d’industrie et sa division internationale du travail contemporain nous offrent un récit inattendu mettant à nu la complexité de notre monde. Ce documentaire est à la fois une fresque économique relatant l’histoire du commerce impitoyable du fruit le plus consommé au monde – un commerce sans frontière – et une fresque sociale qui relate le parcours des industriels américains, italiens, français et chinois, ainsi que la vie de ces prolétaires des champs, migrants d’Afrique pour l’Italie, ou migrants de l’intérieur comme en Chine qui rendent ce marché possible.

Année de production : 2017 ǀ Pays d'origine : Canada ǀ Durée : 01:09:40
Producteur : Vincent Leroux ǀ Réalisateurs : Xavier Deleu, Jean-Baptiste Malet

En complément, mon billet du 6 août 2017 – oui, je me répète, parce que c’est loin d’être anodin, on ne parle pas de biscuits chinois là. Nous avons besoin d’un étiquetage adéquat, de gouvernements qui exigent des fabricants qu’ils révèlent tous les ingrédients de leurs produits et leur origine. Point.

Pétrole, lithium et tomates

Les Chinois comptent désormais parmi les grands prédateurs de la planète. Diable qu’on s’est moqué des futuristes qui craignaient un «péril jaune», non pas militaire tel qu’on l’imaginait au début du 20e siècle, mais économique. L’intrusion se fait à coûts d’investissements dans les industries, de partenariats majoritaires, d’achats de terres arables, de spéculations immobilières, etc.
   Pourquoi pensez-vous que l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau offre des vols sans escale Montréal-Pékin? Pourquoi Min Ying Holdings voulait-il établir son méga centre commercial en banlieue de Montréal? Pourquoi nos banques ont-elles servi de prête-noms aux Chinois pour l’achat de terres agricoles? Etc. Graduellement, la Chine est devenue le 2e partenaire économique du Québec après les États-Unis.
   Quand t’as épuisé tes propres ressources, tu vas les chercher ailleurs. Les investisseurs chinois grafignent  pour s’approprier les mines de métaux rares du Québec. Ces derniers servent à la fabrication de nombreux biens de consommation : téléphones cellulaires, processeurs, équipements informatiques; écrans de téléviseurs et d’ordinateurs; véhicules hybrides et électriques; superconducteurs; aimants permanents (moteurs électriques); alliages et superalliages en aéronautique; instruments chirurgicaux et implants; filtres pour rayons X, lasers; raffinage du pétrole, additifs et catalyseurs; verres et céramiques; batteries rechargeables et accumulateurs; éoliennes; cellules photovoltaïques; ampoules lumineuses ultra-efficaces; systèmes de radar et équipements militaires; convertisseurs catalytiques; industrie chimique et industrie nucléaire; produits de polissage. 
   Six mois après la vente de la mine Québec Lithium à la compagnie chinoise Jien International, les actionnaires étaient toujours dans l'incertitude. L'entreprise de RB Energy qui possédait la mine Québec Lithium n'avait pas déclaré faillite, mais elle n'avait plus aucun actif après la vente. Les actionnaires n'ont pas été consultés lors de la transaction qui a fait passer la mine aux mains de la compagnie chinoise.

Certains crient holà! mais nos gouvernements ignorent les alertes.  

Malheureusement, les Chinois ne respectent ni les humains, ni les animaux, ni la nature, ni le vivant, ni l’inerte. Leur contribution à la disparition de grandes espèces comme les éléphants pour leurs ridicules sculptures en ivoire, ou de plusieurs espèces menacées d’extinction comme les pangolins, pour ne nommer que celles-là, n’est que la pointe de l’iceberg.
   Ils n’ont par ailleurs aucun scrupule à maquiller des produits impropres à la consommation. En raison d’une législation laxiste en matière de sécurité sanitaire des aliments et des médicaments, nombre de consommateurs de produits chinois s’exposent à des risques de maladies ou d’empoisonnement. Ce risque est présent tant à l’achat d’une denrée aussi banale que de l’huile de cuisson, que lors de la vaccination des enfants.
   En Chine, de nombreux restaurateurs et industriels de l’agro-alimentaire badigeonnent et trempent leurs aliments dans des produits chimiques dangereux. Ces professionnels utilisent du formol ou du formaldéhyde cancérigène pour embellir leurs fruits de mer, et incluent des opiacés à leurs nouilles. En matière de trafic de stupéfiants, ils n’ont rien à envier à la mafia internationale. La Chine aura beau couvrir ses pratiques de panneaux solaires et se draper de conscience environnementale, ce n’est qu’un masque.

Voyez : Aliments à la Frankenstein 


L'or rouge ou les dessous de l'industrie de la tomate
La tomate est un fruit, celui de la convoitise, estime Jean-Baptiste Malet

Note de lecture de Fabien Deglise ǀ Le Devoir 22 juillet 2017 


La tomate permet de comprendre un peu mieux le monde dans lequel on vit et de saisir les paradoxes et les incohérences de l’économie mondialisée, résume l’essayiste.
   La sauce à «spag’» de matante Lucille, la pizza «toute garnie» du resto du coin ou la boisson aux légumes pour se donner bonne conscience risquent de ne plus avoir le même goût après la lecture de L’Empire de l’or rouge (Fayard), essai étonnant qui a conduit pendant deux ans son auteur, le journaliste français Jean-Baptiste Malet, aux quatre coins du globe, dans les coulisses d’une industrie pour le moins singulière : celle de la tomate.
   Fruit pour les botanistes, légume pour le commun des mortels, la tomate est devenue au fil des ans et sous l’effet de la mondialisation bien plus que cela : c’est désormais une matière première industrialisée et convoitée qui circule en baril, comme le pétrole, qui ment aux consommateurs sur sa véritable nature, qui abuse de leur pauvreté, de leur apathie, qui engraisse les multinationales et la mafia italienne. Pis, lorsqu’on analyse ses flux commerciaux, la tomate permet de comprendre un peu mieux le monde dans lequel on vit et de saisir les paradoxes et les incohérences de l’économie mondialisée, résume l’essayiste. Rien de moins.
   «Nous sommes entrés dans la civilisation de la tomate, la marchandise la plus accessible de l’ère capitaliste», résume à l’autre bout du fil le jeune auteur joint cette semaine par Le Devoir à Paris.

Marché globalisé

En 2013, le journaliste qui écrit entre autres pour Rue89, L’Humanité et Le Monde diplomatique s’était fait remarquer pour avoir infiltré Amazon afin de poser un regard critique nourri de l’intérieur sur les conditions de travail redoutables imposées par la multinationale américaine de la vente en ligne.
   «Tous les êtres humains mangent de la tomate dans tous les pays du monde à raison de 5 kg par an et par personne. Elle représente un marché de 10 milliards de dollars, mais aussi un marché globalisé qui en dit beaucoup sur l’économie néolibérale et sur cette idéologie qui en dicte les règles», souvent au mépris des humains qui s’en nourrissent, poursuit-il.
   Il suffit d’aller en Chine, d’ailleurs, pour en prendre conscience. Ce qu’il a fait en partant à la rencontre de Chalkis, l’entreprise militaro-agricole de l’empire du Milieu qui s’est imposée depuis le début du siècle comme l’un des grands exportateurs mondiaux de concentré de tomates, mis en baril, puis envoyé en Italie, aux États-Unis, dans le sud de la France où, après reconditionnement, il devient sauce tomate se drapant dans l’identité de son pays d’adoption, souvent avec l’exploitation d’un drapeau italien sur l’étiquette, d’une iconographie évoquant la Provence et de l’imagerie de tomates bien rondes et bien mûres dont ce concentré chinois n’est certainement pas issu.
   La tomate d’industrie, les agronomes «l’appellent pour plaisanter la tomate de combat», écrit Jean-Baptiste Malet dans son livre. «Elle est à la tomate fraîche ce qu’une pomme est à une poire. C’est un autre fruit, une autre géopolitique, un autre business. La tomate d’industrie est un fruit artificiellement créé par des généticiens, dont les caractéristiques ont été pensées pour être parfaitement adaptées à sa transformation industrielle. […] Cette tomate d’industrie n’est pas ronde : elle est oblongue. Elle est aussi plus lourde, plus dense qu’une tomate fraîche, car elle contient beaucoup moins d’eau.»

Des racines ontariennes

Soupe, sauce, pizza, condiment, boisson… La tomate d’industrie, cultivée en Chine, mais aussi en Italie, au Mexique ou en Californie, est désormais partout. La faute revient d’ailleurs à un Ontarien, découvre-t-on dans ce livre, qui dans les années 1950 a inventé le baril aseptique en s’inspirant de ceux utilisés par les compagnies pharmaceutiques pour le transport de leurs matières médicamenteuses, afin de conditionner de manière optimale la tomate et de permettre son déplacement par bateau à travers le monde.   
   L’homme travaillait dans l’usine de la Heinz Company à Leamington en Ontario, l’un des fleurons de cette compagnie spécialisée dans la tomate. Ironiquement, l’usine, qui carburait aux tomates canadiennes – y compris celles du Québec –, a fermé ses portes en 2014, frappée de plein fouet par la tomate chinoise et par les coûts d’une main-d’oeuvre chinoise que les travailleurs canadiens ne pouvaient pas concurrencer.
   «La mondialisation de la tomate, c’est aussi absurde que ça, dit Jean-Baptiste Malet. Le Canada pourrait être autosuffisant en matière de tomate, mais comme pour d’autres pays, les règles du commerce mondial érodent l’agriculture locale, tuent les industries qui y étaient liées et le font dans une opacité entretenue par les grands acteurs de ce milieu parce qu’elle leur permet de générer des mégaprofits.»
   En 2015, le Canada a importé pour plus de 800 millions de dollars de tomates fraîches, en conserve, en concentré ou en jus, avec les histoires sombres qui viennent parfois avec, indiquent les chiffres du ministère fédéral du Développement économique.

Mafia et additifs

En Chine, le journaliste a découvert que les concentrés de tomate pure ne l’étaient pas toujours. On y ajoute de la fibre de soya, de l’amidon, du dextrose, du colorant pour en influencer la texture, l’apparence, mais surtout pour les rendre plus profitables, particulièrement sur les marchés africains, où ces concentrés de tomate de très mauvaise qualité sont déversés par les Chinois, les Européens, les Américains sans vergogne, mais aussi sans que les étiquettes fassent mention de ces ajouts.
   En Italie, il a arpenté les territoires agro-industriels mafieux, qui génèrent une économie parallèle de 15 milliards dans la nourriture uniquement et par la tomate en particulier. Là-bas, on peut faire «cadeau» d’une usine de transformation de la tomate à un Chinois, pour «service rendu».
   En Californie, il a vu les dégâts sur l’environnement induits par des productions intensives qui se foutent des lendemains, guidées par la doctrine libertarienne, avec leur hyper individualisme érigé en outil de destruction sociale, politique et environnementale.
   En Chine, il a parlé pesticides interdits, et a compris aussi que les prisonniers, les minorités et les migrants sont exploités pour alimenter ce commerce de la tomate mondialisée.
   «Les industriels disent qu’il n’y a pas de problème, c’est faux. Il y en a plusieurs que l’on ne voit pas et qui, dans des démocraties comme les nôtres, devraient faire l’objet de débat. Et pour cela, le consommateur a besoin de savoir ce qu’il mange vraiment.»
   Dans son livre, il écrit : «Puisque l’industrie est un pouvoir, pourquoi l’industrie ne serait-elle pas contrôlée par des contre-pouvoirs démocratiques? Pendant combien de temps encore faudrait-il accepter de consommer des produits opaques?»
   Au téléphone, il ajoute : «Nos sociétés sont organisées selon des règles idéologiques qui se font au détriment du bon sens. Il faut réguler à nouveau plusieurs industries, plusieurs commerces, forcer, dans le cas de la tomate, la traçabilité de cette matière première, mais aussi de tous les ingrédients qui entrent dans la composition d’un produit alimentaire, afin de donner aux consommateurs l’information sur sa provenance, sur ce qu’il est vraiment, sur ce qu’il représente. Et on doit passer par la case politique pour ça», plutôt que par cette autorégulation, promue par le courant néolibéral depuis des lunes et qui, par la tomate, comme d’autres matières à importation d’ailleurs, démontre depuis longtemps son inefficacité, selon l’essayiste.
   Son livre va faire l’objet d’un documentaire qui devrait être diffusé sur les ondes de TV5 dans le courant de l’automne.
   Pour lui, la tomate est devenue «une caricature des excès du capitalisme». Excès qui, forcément, lorsqu’il est question de la table, peuvent facilement tomber sur l’estomac.


Résumé de l’éditeur

Que mange-t-on quand on ouvre une boîte de concentré, verse du ketchup dans son assiette ou entame une pizza? Des tomates d’industrie. Transformées en usine, conditionnées en barils de concentré, elles circulent d’un continent à l’autre. Toute l’humanité en consomme, pourtant personne n’en a vu.
   Où, comment et par qui ces tomates sont-elles cultivées et récoltées?
   Durant deux ans, des confins de la Chine à l’Italie, de la Californie au Ghana, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête inédite et originale. Il a rencontré traders, cueilleurs, entrepreneurs, paysans, généticiens, fabricants de machine, et même un «général»  chinois.
   Des ghettos où la main-d’œuvre des récoltes est engagée parmi les migrants aux conserveries qui coupent du concentré incomestible avec des additifs suspects, il a remonté une filière opaque et très lucrative, qui attise les convoitises : les mafias s’intéressent aussi à la sauce tomate.
   L’Empire de l’or rouge nous raconte le capitalisme mondialisé. Il est le roman d’une marchandise universelle.

4 décembre 2017

Éconocide, écocide et opiocide

Beaucoup de mots se terminant par «cide» ont un lien avec la mort – suicide, homicide, génocide, infanticide, pesticide, bactéricide, biocide, liberticide, etc. On peut même en inventer, comme éconocide et opiocide...

ÉCONOCIDE

Mise à jour 04.12.2017 – Le projet de loi visant à réduire l’imposition des riches a été adopté. Les frères Koch (prononcez coke) ont gagné avec en prime : la fin de l'interdiction pour les groupes religieux et les organisations à but non lucratif qui ont droit à des soutiens de l’État, de faire du militantisme politique. Koch Industries Inc. finance de nombreux organismes de propagande climatosceptique et religieuse via Atlas Network.
    Rappelons que Koch Industries Inc. gère quelque deux millions d’acres dans la zone d’extraction de sables bitumineux de l’Alberta, ainsi que les projets d’oléoducs Trans Mountain, Keystone KL, Énergie Est, Northern Gateway; une nouvelle mine d’extraction de sables bitumineux au nord de Fort McMurray (AL) sera gérée par Teck Resources. Les principaux domaines d’activités de l’entreprise : pétrole, gaz, fracturation hydraulique, sables bitumineux, raffinage, dérivés pétroliers, produits chimiques, élevage de bétail, agrobusiness (engrais et pesticides), produits forestiers, spéculation, agences privées de forces armées, etc. Bref, tout ce qui contribue le plus dramatiquement à l’écocide.


Les plus riches Américains pourraient recevoir un cadeau digne des années Reagan

Un texte de Gérald Fillion | Le 1er décembre 2017

ANALYSE – Les opérateurs de marché, les grands gestionnaires de fonds, les banques et quantité de multinationales jubilent à l'idée de voir leurs impôts, ceux des corporations comme des mieux nantis, être abaissés aux États-Unis. Jamais, depuis les années de Ronald Reagan, les plus riches Américains n'ont-ils eu droit à un tel cadeau, qui pourrait tomber juste à temps, ma foi, pour Noël!
    Le Dow Jones s’est envolé de 332 points jeudi, passant la barre des 24 000 pour la première fois de l’histoire de l’indice. Depuis le début de l’année 2017, depuis essentiellement l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, cet indice a bondi de 23 %.
    Ce qui s’est passé jeudi, c’est que John McCain, sénateur républicain de l'Arizona, a donné son appui à la réforme fiscale des républicains. C’est cet appui qui a déclenché une envolée boursière spectaculaire, qui s’était déjà amorcée dans les derniers jours, alors que montait le niveau de confiance quant à l’adoption de la réforme fiscale.
    John McCain est l’un des plus fervents critiques de Donald Trump depuis le début de sa présidence, ayant bloqué à plusieurs reprises les tentatives de réforme de l’Obamacare. Son appui augmente sensiblement les chances de succès pour le président et le Parti républicain.

Une réforme qui va créer plus d’inégalités

Ne nous trompons pas, toutefois. Si cette réforme est jouissive pour le milieu boursier, elle pourrait alimenter, encore une fois, les inégalités aux États-Unis, qui sont parmi les plus importantes de la planète. Ce sont ces écarts de richesse qui alimentent le cynisme, la colère et la frustration de millions d’Américains qui – quelle coïncidence n’est-ce pas? – ont voté, dans bien des cas, pour Donald Trump.
    De nombreux analystes et économistes affirment que le projet de loi des républicains s'appuie sur la théorie du ruissellement (trickle-down economics), qui consiste à réduire l'impôt des riches pour les encourager à injecter de l'argent dans l'économie afin de le faire «ruisseler» jusqu'aux plus pauvres.
    C’était la théorie qu’affectionnait Ronald Reagan, dans laquelle beaucoup de républicains ont toujours foi, mais qui a provoqué un accroissement important des inégalités. «On a eu l’occasion d’invalider cette théorie, nous a dit le chercheur Nicolas Zorn, spécialiste des inégalités, à RDI économie jeudi soir. On a eu 30 ans de réformes dans une trentaine de pays développés, où on a essayé ces réformes-là. Ça ne fonctionne pas, le résultat n’est pas là.»
    Le Fonds monétaire international (FMI) a réalisé une étude qui montre que la croissance économique est plus forte quand on redistribue la richesse vers les moins nantis et vers la classe moyenne. Si on baisse les impôts des plus riches, on déplace des sommes, qui auraient été nécessaires pour des gens qui ont besoin d’argent ou de services, vers différents placements.
    Nicolas Zorn explique que les plus riches ont tendance à investir les sommes supplémentaires qui leur sont allouées dans les marchés financiers. Avec la montée des inégalités, les occasions sont moins nombreuses, ce qui les amène à investir davantage en bourse. Et les entreprises tendent à verser plus de dividendes ou à procéder à des rachats d’actions.

80 % des bénéfices… au 1 %

Selon le Bureau du budget du Congrès, avec la réforme fiscale des républicains, en 2027, les gens qui font entre 40 000 $ et 50 000 $ auront payé 5,3 milliards de dollars américains de plus en impôt. Par contre, les Américains qui gagnent plus d'un million de dollars par année auront eu droit à des baisses d'impôt totalisant 5,8 milliards.
    La réforme fiscale va générer 80 % des gains d’impôt pour les 1 % les plus riches de la société américaine. Le président Trump et 11 des 22 membres de son cabinet vont bénéficier des nouvelles mesures fiscales prévues.
    La réforme va réduire les revenus de l'État américain de 1600 milliards de dollars sur 10 ans et va stimuler l'économie et les revenus de l'État de 400 milliards sur une décennie. Les déficits seront plus importants, la dette va s’alourdir.
    La réforme prévoit des réductions au programme Medicare pour les aînés, des compressions dans l’aide sociale, sans oublier la réforme de l'Obamacare qui pourrait priver 13 millions d'Américains d'assurance maladie.
    Pour avoir un large appui, les républicains ont inclus dans leur réforme différentes mesures qui n’ont pas grand lien avec le fondement de la réforme fiscale annoncée. Par exemple, le projet de loi prévoit la fin de l'interdiction pour les groupes religieux et les organisations à but non lucratif, qui ont droit à des soutiens de l’État, de faire du militantisme politique.


Le ruissellement de la richesse – «La contribution fiscale des plus riches et des entreprises passera de 70 % à 28 %. Avec cette réforme, la richesse ruissellera vers les plus riches, aux dépens de la classe moyenne la plus pauvre.» ~ Nicolas Zorn, Institut du Nouveau Monde (INM), spécialiste des inégalités.

ÉCOCIDE


L’écologiste Derrick Jensen, qui milite depuis longtemps pour dénoncer les problèmes de taille causés par notre civilisation industrielle, proposait cette allégorie :  
    Imaginez, disait-il, une demi-douzaine d’urgentistes en train de panser les blessures d’une personne poignardée par un psychopathe. Ils essaient désespérément de l’empêcher de se vider de son sang. L’atmosphère est extrêmement tendue car ils se demandent s’ils réussiront à juguler l’hémorragie et lui éviter la mort.
    Néanmoins, il y a un problème : pendant que les urgentistes appliquent des bandages aussi vite que possible, le psychopathe continue à poignarder la victime. Pire encore, le il poignarde tellement vite que les urgentistes n’arrivent à panser les blessures. Et puis, le psychopathe est très bien payé pour poignarder la victime, alors que la plupart des urgentistes sont des bénévoles.
    Comment faire pour empêcher la victime de se vider de son sang? N’importe quel individu sensé, plus soucieux de la santé du blessé que de la santé de l'économie (basée sur le dépeçage de la victime), vous le dira : l’unique solution est cesser de poignarder. Aucun pansement ne compensera l'assaut continuel, qui d’ailleurs s'accélère.
    En réalité, la santé de l'économie dépend de la quantité de sang que perd la victime – la croissance économique de notre civilisation est basée sur la transformation de l'espace vital en matières premières – tel que transformer les forêts vivantes en deux par quatre et les montagnes en charbon.
    Les «pressions imposées par la civilisation industrielle» ont généré les folies de la haute technologie, la prolifération des guerres, une paupérisation sans précédent et des carrières sans âme où tout sens éthique est inexistant.
    Panser les blessures est louable et essentiel, mais pour juguler l’hémorragie il faut empêcher les industriels de poursuivre leur saccage.



OPIOCIDE

Image : Pawel Kuczynski

«Il est plus facile de duper les gens que de les convaincre qu'ils ont été dupés.»
~ Mark Twain

La crise des opioïdes est une habile stratégie de conquête. Savoir permet de choisir.

Le conseiller d’un empereur chinois, il y a de cela plusieurs siècles, confia à ce dernier :
«Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies. Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera facile de les vaincre.»

Dans son traité L’Art de la guerre, rédigé vers le Ve siècle avant J.-C., le Chinois Sun Tse (Sun Zi ou Sun Tzu, mais son vrai nom était Sun Wu) disait :
«L’art de la guerre est l’art de duper, et en donnant toujours l’apparence contraire de ce que l’on est, on augmente les chances de victoire.»

Ainsi, le dessein de faire la guerre une fois formé, les troupes étant déjà sur pied et en état de tout entreprendre, ne dédaignez pas d’employer les artifices.
    Commencez par vous mettre au fait de tout ce qui concerne les ennemis; sachez exactement tous les rapports qu’ils peuvent avoir, leurs liaisons et leurs intérêts réciproques; n’épargnez pas les grandes sommes d’argent; n’ayez pas plus de regret à celui que vous ferez passer chez l’étranger, soit pour vous faire des complices, soit pour vous procurer des connaissances exactes, qu’à celui que vous emploierez pour la paie de ceux qui sont enrôlés sous vos étendards : plus vous dépenserez, plus vous gagnerez; c’est un argent que vous placez pour en retirer un gros intérêt.
    Ayez des espions partout, soyez instruit de tout, ne négligez rien de ce que vous pourrez apprendre; mais, quand vous aurez appris quelque chose, ne la confiez pas indiscrètement à tous ceux qui vous approchent.
    Lorsque vous emploierez quelque artifice, ce n’est pas en invoquant les Esprits, ni en prévoyant à peu près ce qui doit ou peut arriver, que vous le ferez réussir; c’est uniquement en sachant sûrement, par le rapport fidèle de ceux dont vous vous servirez, la disposition des ennemis, eu égard à ce que vous voulez qu’ils fassent.
[...]
    Le grand secret de venir à bout de tout consiste dans l’art de savoir mettre la division à propos; division dans les villes et les villages, division extérieure, division entre les inférieurs et les supérieurs, division de mort, division de vie.
[...]
    La division de vie est celle par laquelle on répand l’argent à pleines mains envers tous ceux qui, ayant quitté le service de leur légitime maître, ont passé de votre côté, ou pour combattre sous vos étendards, ou pour vous rendre d’autres services non moins essentiels.
     Si vous avez su vous faire des complices dans les villes et les villages des ennemis, vous ne manquerez pas d’y avoir bientôt quantité de gens qui vous seront entièrement dévoués. Vous saurez par leur moyen les dispositions du grand nombre des leurs à votre égard, ils vous suggéreront la manière et les moyens que vous devez employer pour gagner ceux de leurs compatriotes dont vous aurez le plus à craindre; et quand le temps de faire des sièges sera venu, vous pourrez faire des conquêtes, sans être obligé de monter à l’assaut, sans coup férir, sans même tirer l’épée.
    Si les ennemis qui sont actuellement occupés à vous faire la guerre ont à leur service des officiers qui ne sont pas d’accord entre eux; si de mutuels soupçons, de petites jalousies, des intérêts personnels les tiennent divisés, vous trouverez aisément les moyens d’en détacher une partie, car quelque vertueux qu’ils puissent être d’ailleurs, quelque dévoués qu’ils soient à leur souverain, l’appât de la vengeance, celui des richesses ou des postes éminents que vous leur promettez, suffiront amplement pour les gagner; et quand une fois ces passions seront allumées dans leur cœur, il n’est rien qu’ils ne tenteront pour les satisfaire.
     Si les différents corps qui composent l’armée des ennemis ne se soutiennent pas entre eux, s’ils sont occupés à s’observer mutuellement, s’ils cherchent réciproquement à se nuire, il vous sera aisé d’entretenir leur mésintelligence, de fomenter leurs divisions; vous les détruirez peu à peu les uns par les autres, sans qu’il soit besoin qu’aucun d’eux se déclare ouvertement pour votre parti; tous vous serviront sans le vouloir, même sans le savoir.
[...]
    Que vous restera-t-il à faire pour vous rendre maître d’un pays dont les peuples voudraient déjà vous voir en possession?
    Si vous récompensez ceux qui se seront donnés à vous pour se délivrer des justes craintes dont ils étaient perpétuellement agités, et pour mettre leurs jours à couvert; si vous leur donnez de l’emploi, leurs parents, leurs alliés, leur amis seront autant de sujets que vous acquerrez à votre prince.
    Si vous répandez l’argent à pleines mains, si vous traitez bien tout le monde, si vous empêchez que vos soldats ne fassent le moindre dégât dans les endroits par où ils passeront, si les peuples vaincus ne souffrent aucun dommage, assurez-vous qu’ils sont déjà gagnés, et que le bien qu’ils diront de vous attirera plus de sujets à votre maître et plus de villes sous sa domination que les plus brillantes victoires.
    Soyez vigilant et éclairé; mais montrez à l’extérieur beaucoup de sécurité, de simplicité et même d’indifférence; soyez toujours sur vos gardes, quoique vous paraissiez ne penser à rien; défiez-vous de tout, quoique vous paraissiez sans défiance; soyez extrêmement secret, quoiqu’il paraisse que vous ne fassiez rien qu’à découvert; ayez des espions partout; au lieu de paroles, servez-vous de signaux; voyez par la bouche, parlez par les yeux; cela n’est pas aisé, cela est très difficile. On est quelquefois trompé lorsqu’on croit tromper les autres. Il n’y a qu’un homme d’une prudence consommée, qu’un homme extrêmement éclairé, qu’un sage du premier ordre qui puisse employer à propos et avec succès l’artifice des divisions. Si vous n’êtes point tel, vous devez y renoncer; l’usage que vous en feriez ne tournerait qu’à votre détriment.
[...]
    Punissez sévèrement, récompensez avec largesse : multipliez les espions, ayez-en partout, dans le propre palais du prince ennemi, dans l’hôtel de ses ministres, sous les tentes de ses généraux; ayez une liste des principaux officiers qui sont à son service; sachez leurs noms, leurs surnoms, le nombre de leurs enfants, de leurs parents, de leurs amis, de leurs domestiques; que rien ne se passe chez eux que vous n’en soyez instruit.
[...]
    Défendre les États de son souverain, les agrandir, faire chaque jour de nouvelles conquêtes, exterminer les ennemis, fonder même de nouvelles dynasties, tout cela peut n’être que l’effet des dissensions employées à propos.
     Telle fut la voie qui permit l’avènement des dynasties Yin et Tcheou, lorsque des serviteurs transfuges contribuèrent à leur élévation.
[...]
    Une armée sans agents secrets est un homme sans yeux ni oreilles.

2 décembre 2017

Handle with stress

D’ici à ce qu’on passe au chinois (fine passoire conique), il est quand même intéressant de suivre les préliminaires de notre propre destruction.

La Chine est devenue exportatrice de fonds d’investissement pour les entreprises en difficulté partout dans le monde. Aujourd’hui, Justin Trudeau allait justement en Chine pour une mission de quatre jours au cours de laquelle il doit rencontrer le président chinois Xi Jinping. Selon une source gouvernementale qui s'est exprimée sous le couvert de l'anonymat, le but de la visite est de renforcer les liens économiques et d'attirer davantage d'investissements chinois au Canada. Le séjour comprendra des rencontres avec des entrepreneurs chinois et canadiens. «Une relation solide avec la Chine est essentielle pour (...) faire croître l’économie canadienne», a souligné M. Trudeau au moment où le Canada est engagé dans une difficile renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) avec les États-Unis et le Mexique. La Chine est le deuxième plus important partenaire commercial du Canada, loin derrière les États-Unis, avec des échanges bilatéraux de plus de 85 milliards de dollars canadiens (56 milliards d’euros) en 2016. Les deux pays veulent faire de 2018 «l’année du tourisme Canada-Chine» avec des initiatives pour augmenter leurs échanges dans ce domaine.

En fait, ce n’est pas l’économie canadienne qui va croître mais celle de la Chine...

Extrait du documentaire «Quand la Chine achète les usines de l’Europe» :  

Longtemps la Chine s’est pliée à un rôle de sous-traitant attirant les multinationales du monde entier. Aux États-Unis et en Europe, des entreprises ont licencié leurs salariés pour délocaliser leur production. Les ouvriers chinois bon marché leur ont permis d’engendrer des profits colossaux. Au contact de ces multinationales la Chine a beaucoup appris. Elle a surtout accumulé deux-mille-huit-cent milliards d’euros de réserve de change. Aujourd’hui la Chine est prête à se lancer à son tour à la conquête de l’Europe  en se posant comme sauveur de la crise financière. De grands groupes chinois multiplient le rachat de sociétés agonisantes et s’offrent pour une somme dérisoire des technologies jusqu’alors inaccessibles. Ils remportent des marchés publics et provoquent l’inquiétude des travailleurs européens désormais en contact avec ces nouveaux patrons. En général, les firmes européennes estiment que la concurrence chinoise est déloyale, entre autres dans le domaine de la construction d’infrastructures.
Après l’Afrique, l’Europe est-elle devenue le nouvel Eldorado de la Chine? Le pendulier de l’économie mondiale repart dans l’autre sens mais à quel prix et à quelle cause sociale?
    En 2010, Ford vendait la marque scandinave Volvo à l’entreprise Geely pour 1,2 milliard d’euros – la seule alternative pour sauver la marque. General Motors de son côté a refusé de vendre la marque SAAB. En 2008, la Chine remet un chèque de 500 millions d’euros au gouvernement grec pour la concession du port container du Pirée durant 35 ans. C’est ainsi que le port s’est réveillé un jour sous pavillon chinois, occupé désormais au deux tiers par COSCO – une entreprise d’État, un géant de la manutention portuaire implantée aux quatre coins de la planète. Les syndicats disparaissent, les ouvriers sont remplacés par de la main-d’œuvre non qualifiée moins chère et les conditions de travail se dégradent.
    «Les troubles qui se sont produits dans les pays européens résultent uniquement de problèmes accumulés par une société en fin de course qui vit sur les acquis sociaux. Je pense que les lois sociales sont dépassées. Le système social encourage la paresse, l’indolence, plutôt que l’effort. Le système d’incitation est totalement détraqué.» ~ Jin Liquin, président de la China Investment Corporation

Documentaire

Le rachat d’entreprises occidentales  

Selon le point de vue d’un économiste et d’un investisseur chinois, les Occidentaux ont peur et résistent parce qu’ils sont conservateurs et manquent de vision (un mot qu’utilisent souvent nos élus). Le nationalisme et la différence de culture sont aussi des facteurs de résistance importants. Les investisseurs chinois aimeraient qu’on les considère plutôt comme les «sauveurs» de la croissance économique mondiale.
    Pillage technologique? Il semble que les Chinois soient au deuxième rang après les États-Unis pour la certification de nouveaux brevets en technologie. La Chine a beaucoup investi dans les pays en voie de développement, entre autres en construisant des parcs industriels, en Asie du Sud (Malaisie), en Afrique (Éthiopie), en Amérique du Sud (d’un bout à l’autre) et ainsi de suite.

Une entrevue entre Chinois (en français) : «La Chine rachète le monde?»

Évidemment on ne mentionne jamais le saccage des forêts tropicales et boréales, des terres agricoles, des populations locales, des animaux sauvages, des océans, etc.

Si nous ne changeons pas notre manière de consommer, l’écocide se poursuivra jusqu’à la destruction totale. Nos dépotoirs continueront de se remplir d’objets obsolètes, non sécuritaires, inutiles, voire dangereux, etc.

La culture de la contrefaçon

Photo : CBC Doc Zone

Counterfeit Culture (La culture de la contrefaçon) est un documentaire d'une heure qui explore le monde dangereux et parfois mortel du toc, de la fraude, des imitations de produits. L’industrie de l'imitation a une longue histoire de distribution de copies de sacs à main, montres, chaussures et de vêtements de marque, mais au cours des derniers 25 ans, ce marché a explosé et est devenu un phénomène mondial.
    La gamme de produits contrefaits actuellement fabriqués inclut des produits pharmaceutiques et alimentaires, des jouets, des puces électroniques, des pièces de voiture et d’avion. Le trafic des marchandises contrefaites est maintenant estimé à la somme astronomique de 700 milliards de dollars, soit près de 10  % de tous les échanges mondiaux. Cette organisation criminelle de trafic illicite très profitable continue de croître sans relâche et est liée au crime organisé partout dans le monde.
    Tourné au Canada, aux États-Unis, en Asie et en Europe, le documentaire Counterfeit Culture invite les consommateurs à examiner de plus près les conséquences de la contrefaçon à bas prix qui, à première vue, semble inoffensive. Ce film pousse à réfléchir à ce que  représente cette menace qu’on a baptisée «crime du XXIe siècle».

Publié le 14 mai 2016, CBC News Network

Si ça peut être fabriqué, ça peut être imité.

S’il y a de l’argent à faire, aucun scrupule ne stoppera la contrefaçon, c’est un business extrêmement lucratif.

Cigares, cigarettes, vins, articles de sport, jeux, jouets, films piratés, accessoires de mode, chaussures, parfums, cosmétiques, médicaments, café, vanille, purée et sauce tomate de piètre qualité (sous fausse étiquette italienne), huiles d’olive, sirop d’érable, viandes et poissons (fausses identifications), condoms non sécuritaires qui peuvent propager sida et MTS, faux Viagra, etc.. On imite également la nature en fabriquant de faux œufs qui incluent des produits chimiques pouvant causer la démence.


Là où le bât blesse et peut tuer :
- L’Organisation mondiale de la santé estime que 10 à 15 % des médicaments vendus dans le monde sont contrefaits. Le Fentanyl n’est que la pointe de l’iceberg... C’est parti de Vancouver (une porte d’entrée asiatique privilégiée) pour se répandre jusque dans les provinces maritimes.  
- Les batteries et les produits électroniques présentent des risques réels pour la santé.
- Les pièces de voiture comme les disques de freins sont fabriqués avec des matériaux non conformes à la qualité requise, ainsi que les pièces d’avion.

Il y a de quoi frémir. Apprenez à être vigilant : vérifiez l’origine et les composants; vérifiez l’orthographe et l’authenticité des logos (marques connues) sur les emballages et les étiquettes; visitez le Better Business Bureau Review www.bbb.org ; si vous achetez en ligne, enquêtez sur le vendeur – vérifiez sa politique d’expédition, de retour / remboursement et sa garantie. Suivez votre instinct; si avez des soupçons, n’achetez pas, vous trouverez ailleurs.


http://www.cbc.ca/doczone/features/counterfeit-costs

La Chine est devenue la république de la contrefaçon, mais Xi Jinping prend très mal cette critique paraît-il. Ce n’est pas perçu comme de la corruption. Pour plusieurs, il s’agit d’une revanche...  En outre, les entrepreneurs chinois et occidentaux ferment les yeux sur la façon dont la main-d’œuvre est exploitée (beaucoup d’enfants et d’adolescents).

Oui, le Canada est «ouvert» au multiculturalisme, mais aussi à la multicontrefaçon; il est particulièrement complaisant et ne vérifie pas la qualité des produits qui arrivent par pleins containers dans ses ports – tout passe comme une lettre à la poste.

Chinese fake trillion business counterfeiting (full documentary)  

En ce qui me concerne j’ai eu de mauvaises expériences avec les produits chinois, justement avec des disques de freins. À quoi bon payer moins cher s’il faut racheter trois mois plus tard? Le garagiste les a remplacés gratuitement parce qu’il n’avait pas autre chose à m’offrir que des disques chinois. Voilà le hic : un jour, nous n’avons plus eu de choix – le Made in Canada a disparu. On nous a imposé le Made in China, et c’est alors que j’ai commencé à le haïr sincèrement.

Une expérience unique dont vous pouvez lire les péripéties sur la page Facebook du cobaye consentant :

Ma vie Made in Canada
20 juillet 2016

Salut! Je m’appelle Frédéric Choinière. J’ai 38 ans et je suis journaliste.
    Cette année, je me mets au défi de ne consommer que des aliments, biens et services produits au Canada. Pendant 12 mois, tout ce qui est importé sera hors de ma portée!
    J’ai 4 saisons pour recommencer ma vie matérielle à zéro et devenir un vrai patriote économique. Bienvenue dans ma vie Made in Canada, l’année où je tenterai de vivre 100% canadien!


L’aventure sur Facebook : #madeinCan
Les vidéos sur Unis TV : https://unis.ca/ma-vie-made-in-canada

Pierre-Luc Gilbert a tenté une expérience similaire en 2014. Après 10 mois, il a abandonné. Peut-être à cause d’une écoeurantite aiguë...

Un an sans «Made in China»

Le 4 février 2014 je me suis imposé un défi saugrenu, passer un an sans acheter d'objets fabriqués en Chine. J'avais entendu dire qu'elle produisait plus de la moitié de tout ce qui se produisait mondialement. J'ignore si c'est vrai mais ça ne serait pas étonnant. Lorsque je fais rapidement le tour des objets autour de moi, la majorité sont fabriqués là-bas : verre, tasse, calculatrice, téléphone... De prime abord ce défi me semble perdu d'avance mais c'est ce qui lui donne un petit côté excitant. Il y a quelques personnes qui m'ont déjà dit que c'était impossible. C'est ce que nous verrons. Jusqu'à maintenant tout va bien, il ne reste que 363 jours.


JOYEUX NOËL CHINOIS! 

Image : Santa, par Steve Cutts