11 janvier 2013

Prospecteurs, devenez planteurs...


De tout temps, l’homme s’est fait prospecteur
En quête de filons et filaments d’or
Extirper de la terre, par peur
De lendemains amers pour son sort

La terre généreuse donne sans compter
Mais un jour viendra la fin de sa tolérance
L’homme verra où il a péché
Volé impunément tant d’abondance

À ce moment, de la terre il sera l’allié
À l’image de nos ancêtres, il respectera
Et saura prendre, remercier
Demander et compenser…

~ Francine Guilmain

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http://artdanstout.blogspot.ca/2013/01/lor-des-arbres.html

10 janvier 2013

Le masque humain

Source photo : Captain Grub; Patrick Burg

Il y a de ces livres où l’on se retrouve de par une harmonie de pensée flagrante. C’est ce que je ressens en relisant des passages de L’espèce fabulatrice. Sans doute parce qu’il réaffirme ma propre perception du «sens» et du «pas de sens». En outre, je trouve que c’est une fabuleuse démonstration de la manière dont nous créons notre réalité par l’imagination. Le tout donne en effet du Sens à bien des choses qui semblent n’en avoir aucun.
 
Je l’ai acheté il y a deux ans  après avoir entendu la comédienne  Micheline Lanctôt en réciter un extrait à la radio; elle concluait : «tout l’monde devrait lire ça!». Entièrement d’accord.
 
[N.d.É. : j’ai souligné quelques phrases en gras.]
 
L’espèce fabulatrice
Nancy Huston
Actes Sud / Leméac; 2008

Chapitre Persona, personnage, personne [extrait]

Derechef : aussi loin que l’on remonte dans le temps, aussi profond que l’on s’enfonce dans la jungle ou le désert, on ne trouve aucune trace d’un groupement humain ayant vécu ou vivant dans la seule «réalité», la constatant et la commentant, sans (se) raconter d’histoire à son sujet.
       Si les fictions avec personnages sont omniprésentes dans notre espèce, c’est que nous sommes nous-mêmes les personnages de notre vie – et avons besoin, à la différence des chimpanzés, d’apprendre notre rôle.
       Personnage et personne viennent tous deux de persona : mot bien ancien (les Romains l’ayant emprunté aux Étrusques) signifiant «masque».
       Un être humain, c’est quelqu’un qui porte un masque.
       Chaque personne est un personnage.
       La spécificité de notre espèce, c’est qu’elle passe sa vie à jouer sa vie.
       Les rôles qu’on nous propose seront plus ou moins divers, plus ou moins figés, selon la société dans laquelle nous naissons. On nous montrera, comment nous y prendre pour les jouer, on nous apprendra à imiter des modèles et à intégrer les récits les concernant.
       L’identité est construite grâce à l’identification. Le soi est tissé d’autres.
       Oui : nous avons tous besoin (comme le disait Beckett) de compagnie.
       Notre cerveau, même celui du philosophe rationaliste le plus misanthrope et monacal, grouille littéralement de la présence des autres. […]

Aujourd’hui comme hier, une des façons les plus courantes de chercher et de trouver du Sens est de se projeter imaginairement dans l’esprit d’un autre. Se produit alors : cristallisation, essentialisation – une «précipitation», en quelque sorte, d’affects demeurés jusque-là flous et insaisissables.
       Tout au long de l’histoire humaine, les personnes ont tiré des leçons morales des personnages tels qu’ils apparaissaient dans les fabulations culturelles, grandes (religions) ou petites (contes et fables). «Et la morale de l’histoire, c’est…»
       L’identification engendre l’éthique.
       […]
       La science nous montre que, derrière les faits, il y a non une raison, mais une cause. Cela change tout.
       Les valeurs fondées sur les anciennes contraintes (religion, clans, familles) ne s’imposant plus aux Européens comme naturelles, il leur fallu en trouver, en inventer d’autres.
       D’où : mariage d’amour au lieu de mariage arrangé; littérature et philosophie au lieu de religion.
       L’individu est le résultat de cette évolution.
       L’avènement du roman est lié de façon nécessaire à celui de l’individu.
       Pour la première fois dans l’Histoire, ayant pris conscience du caractère arbitraire de sa présence au monde (mais aussi de sa liberté), l’homme se sent entièrement responsable de son destin. Vertige. De ce vertige surgit le romantisme – sous deux formes contrastées, l’une sociale, l’autre individuelle –, l’utopie politique (que j’appelle le Y a qu’à) et le nihilisme (le N’est que).
       La science ne produit pas de Sens, seulement des corrélations, indépendantes de nous. Or nous restons fragiles et le monde reste menaçant. Aucune découverte scientifique ne peut nous rendre immortels, ni même éliminer de notre existence conflits et douleurs.
       On ne s’exclame plus, quand survient une éclipse de la Lune : La fin du monde approche! Mais l’explication rationnelle de l’éclipse de la Lune – ou des maladies, ou de la foudre, etc. – n’entame en rien notre besoin de chercher et de trouver du Sens dans notre vie.
       De nos jours encore, bien sûr, les religions remplissent très largement cette fonction. Mais, en plus de ces grands récits traditionnels pourvoyeurs de Sens, l’on assiste depuis deux siècles à une prolifération sans précédent de récits profanes, véhiculés par toutes sortes de médias (romans, pièces de théâtre, cinéma, jeux vidéo, Internet…).
       Du coup, chaque individu du monde moderne (qui n’est pas le monde entier) a sa petite tête à soi, avec ses propres associations, sa propre manière de combiner les fictions pour se tenir compagnie.  

Les romanciers suscitent souvent l’incrédulité lorsqu’ils affirment que, pour eux, leurs personnages sont aussi réels que des personnes en chair et en os.
       Mais cela n’a rien d’étonnant dans la mesure où, dans notre cerveau, les personnes vivantes sont des personnages.
       Pensez aux êtres humains qui vous sont plus ou moins proches, plus ou moins connus : vos parents, voisins et amis, les politiciens de votre pays, les commerçants de votre quartier, les acteurs de cinéma, Les foules vues à la télévision… À ceux-là, ajoutez ceux que vous n’avez jamais vus, mais dont vous savez qu’ils existent ou ont existé : les fermiers du Zimbabwe, les ouvriers des centrales nucléaires russes, vos ancêtres, le frère de votre copine […]. De tous ces humains, vous portez en vous une image plus ou moins détaillée, image que vous révisez, retouchez, réadaptez spontanément, automatiquement, chaque fois que vous retrouvez ces personnes ou repensez à elles. Ces images sont par définition incomplètes mais, à tout moment donné, elles vous paraissent «complètes».

C’est sur ce processus automatique de remplissage que compte le romancier quand il campe en quelques phrases un personnage.
[…]

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Ainsi, me dis-je, ce grime serait moi? Il suffit de quelques centimètres carrés de peau lésée pour que ma personnalité physique s’abolisse, en esthétique,
tout au moins.
À cela je vis, une fois de plus, à quoi tiennent les identités charnelles.
Je ne sais qui disait que, de la femme la plus belle, il resterait peu de chose si le derme était absent.
~ Georges Barbarin

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Esprits de la nature

Nos yeux admirent les fleurs,
nos sens en apprécient la douceur et le parfum.
Les petits jardiniers du royaume des dévas
les garderont vivantes pour un temps. 

Chaque chose ne tient-elle pas
dans l’espace comme par magie?
Même si nous ne les voyons plus
ceux qu’on appelait autrefois lutins, fées ou
esprits de la nature n’ont jamais cessé
de coopérer avec bienveillance
à la réalisation matérielle des choses.

L’arbre est toujours debout au même endroit
et l’eau ne s’envole pas soudainement du ruisseau.
Je sais que si je quitte ma maison,
elle n’aura pas disparu à mon retour.
Tout le monde se plie aux conventions
de solidité et de permanence,
fixées dans le temps et l’espace.

L’on ne peut trop espérer que l’humanité,
dans un accès subit d’illumination ou de clairvoyance,
se mette à préférer l’arbre, la fleur, l’oiseau et l’or bleu
au béton, à l’asphalte et à l’or noir,
car beauté et survie de la planète
ne tiennent plus qu’à un fil.

Boudabla; 2003
 
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Pensée du jour :

L’art saisit la vie et la rend disponible à la contemplation.
L’art capture l’éternité au quotidien.
À son tour l’éternité nourrit l’âme.
L’univers entier est contenu dans un grain de sable.  
~ Thomas Moore, Le soin de l’âme

9 janvier 2013

Mémé Gaïa est fatiguée…

 
Au début des années 90, peu de gens étaient abonnés au «World Wide Web» – maintenant appelé Internet. À l’époque, nous partagions des photocopies sans nous soucier de la propriété intellectuelle; la signature des auteurs était souvent manquante. J’ai conservée une photocopie du texte qui suit, datant de la période new age où tout le monde transmettait des messages au nom de «Gaïa, Mère Nature, Terre Mère»… Nous succombons aux modes; aujourd’hui, la science est à la page. Mais, en définitive, il reste toujours quelque chose de valable qui dépasse le côté mode.

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Moi, Gaïa, je suis consciente et bien vivante. Je suis un être conscient. Je vis actuellement un processus de régénération attendu depuis fort longtemps.
  Toutefois, je n’imploserai pas ni n’exploserai sous les effets d’un holocauste nucléaire ou autre.
  Je suis fatiguée des guerres qui se perpétuent à mon corps défendant et je ne tolérerai plus cette situation.
  Sachez que tous les changements que j’initie sont bénéfiques et mènent à une fin heureuse.
  Que chaque âme choisisse bien où elle se place en ces temps de croissance.
Promenez-vous sur mes plages. Allez vers mes lacs et mes rivières. Vous m’y retrouverez. Ressentez la douceur des vagues et des ondes que mes «mains» émettent.
  Allez sur mes montagnes et mes collines. Vous m’y trouverez. Sortez de vos maisons surchauffées et prenez une marche.
J’ai un message pour chacun d’entre vous.
  Observez les multiples facettes de la nature et demandez des réponses à vos questions, car dans la nature, tout est parfait et divin.
  Viendrez-vous à ma rencontre, à mi-chemin?
  J’ai choisi la voie de l’amour et de l’harmonie.
  Je vous invite à faire de chaque jour une célébration à la Terre!

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Un message similaire (même période) :
       Pour vous expliquer vraiment qui je suis, il faudrait que je puisse agir sur votre cerveau afin de vous ouvrir davantage. Il vous serait difficile de penser comme une planète. Mais sachez que vous avez ce potentiel, qu’il est inscrit au cœur de votre être. Ce n’est que la matière qui, pour l’instant, ne contient pas les circuits requis pour peindre une image juste de ma propre nature.
      N’essayez pas de me concevoir comme un être qui aurait les limites de l’humain. Imaginez une énergie qui contiendrait la somme totale de tout de qui a été, qui est et qui sera sur cette terre. Imaginez tous les êtres de tous les royaumes comme autant de mes organes vitaux. […]
       Je suis votre Mère et je voudrais vous prendre dans mes bras, vous bercer, vous apprendre que l’espoir est au présent. Si peu de mes enfants m’écoutent et savent même que je suis leur Mère! Il faut croire que la vie peut jaillir et que l’égoïsme ne vient au fond que d’un manque d’Amour. Qui acceptera mon Amour? […]
       Gaïa

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COMMENTAIRES

1. Les lacs et les rivières non pollués et les montagnes et collines non déboisées sont maintenant rarissimes – dépêchez-vous si vous voulez voir à quoi ça ressemblait il y a une trentaine d’années! car bientôt il n’y aura plus que des documentaires pour nous rincer l’œil – comme dans le film  Soylent Green (Soleil vert) https://fr.wikipedia.org/wiki/Soleil_vert_(film) 

2. Avec Internet, propriété intellectuelle et droits d’auteur constituent un problème quasi insoluble, et proportionnel à l’ampleur du réseau. J’en suis venue à la conclusion que si un auteur ne veut pas que ses créations soient récupérées, transformées, déformées, imitées, adaptées au goût du jour, mésinterprétées, tronçonnées et grimées comme des voitures d’occasion, il devrait s’abstenir totalement de numériser quoi que ce soit – textes, photos, tableaux. Car tout ce qui est numérisé appartient à jamais au web. Les copyrights ne peuvent prévenir ni le plagiat ni la contrefaçon. Même lorsqu’un site est barricadé contre le copiage, n’importe quel expert peut décadenasser ces futiles palissades.

Map Internet, Wikipedia

En bout de ligne, Internet ressemble à s’y méprendre au jeu du téléphone arabe… https://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9phone_arabe 

Patchwork mental 

Je publie peu d’écrits personnels sur ce site. Comme je l’ai déjà mentionné, le blogue est plutôt un copié-collé de choses qui m’ont marquée ou intriguée, et j’indique l’origine quand j’en dispose.

Ainsi, je couds des petits carrés de tissu mental en patchwork. À la fin, la courtepointe peut être plus ou moins esthétique et cohérente, j’en conviens, mais il y a quand même un fil conducteur derrière tout ça : propager des idées, des connaissances et des sources d’inspiration – sans but lucratif, est-il nécessaire de le dire. Si les créateurs publiés et recommandés retirent des bénéfices de ces pubs gratuites, je ne peux que m’en réjouir! 

Et puis, on peut se demander : à qui appartient quoi? Inventons-nous quoi que ce soit? Les grands esprits et les vrais inventeurs sont des exceptions. L’écrivaine Sophie Burnham disait à ce sujet :
«Le gérant littéraire d’un théâtre de Seattle m’expliqua un jour comment les pièces lui arrivaient par cycles. Il ne peut pas ignorer le phénomène. Pendant six semaines, il ne lira que des pièces à propos d’Hitler. Durant les six semaines suivantes, il recevra des pièces à propos des grands-mères, ou des pères ayant subi une crise cardiaque, ou des femmes violées, ou des soldats à la guerre, ou des histoires de prison – comme si nous regardions tous par-dessus l’épaule des uns des autres, en train de copier nos pensées. Tandis que Charles Darwin écrivait De l’origine des espèces, un Australien travaillait sur le même thème et la même idée. Darwin publia en premier. L’Australien le poursuivit pour plagiat, même si la majorité des gens pensait qu’il s’agissait d’une coïncidence.» Le psychanalyste Carl Jung appelait ce type de connexion mentale à une même idée : synchronicité.

Autrement dit, les idées flottent dans l’air du mental collectif subtil de la planète, et sont accessibles à tous. Certains s’emparent simultanément de certaines idées. La propriété intellectuelle pourrait s'appliquer à la façon plus ou moins originale et personnelle qu’ont les auteurs d’agencer ces idées. Internet EST le mental collectif subtil de l’humanité – numérisé.

7 janvier 2013

There comes a time


There comes a time in life,
when you walk away from all the drama
and people who create it.

You surround yourself with people
who make you laugh,
forget the bad, and focus on the good.

So, love the people who treat you right.
Think good thoughts for the ones who don't.

Life is too short
to be anything but happy.

Falling down is part of LIFE... 
Getting back up is LIVING...

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Mardi, 8 janvier 2013 - J'ai passé sous silence le décès de Jim Unger en mai dernier, mais je me rattrape - vous aimerez peut-être :
http://artdanstout.blogspot.ca/2013/01/un-mot-sur-jim-unger.html

Trop de choix



Barry Schwartz a un sens de l'humour impeccable - la pilule passe mieux...

COMMENTAIRE

Il n’est même pas nécessaire d’être adepte de la «simplicité volontaire» pour comprendre le ridicule et les graves conséquences de l’hyper consommation promue par l’industrie. Le dépotoir planétaire ne finit pas de grandir et nous enterrera vivants tous autant que nous sommes si ça continue. Pas besoin de comètes venant du ciel…  
 
Le paradoxe du choix; Barry Schwartz; Éditions Michel Lafon, 2006
 
Quelque chose de pourri au royaume de l’abondance :
http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/12/quelque-chose-de-pourri-au-royaume-de-l-abondance

The story of stuff
http://www.storyofstuff.org/movies-all/story-of-stuff/

The story of change
http://www.storyofstuff.org/movies-all/story-of-change/

6 janvier 2013

Abandon animalier… encore!


Si j’avais eu un dollar à chaque fois que mon chien
m’a fait sourire, je serais millionnaire.

 
Malgré toutes les campagnes de sensibilisation, le commerce d’animaux de compagnie qu’on dump comme des objets après quelques semaines d’usage se perpétue…
 
Pour mieux comprendre les conséquences :
 
Vous aimerez peut-être «Histoire d’amour-amitié» :


5 janvier 2013

Zénie en herbe – 2


Musashi, un personnage légendaire
Les Contes des Arts Martiaux; réunis par Pascal Fauliot; Albin Michel  
 
«Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant.
       Trois rōnin (guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rōnin. Loin de se décourager, les rōnin se font de plus en plus railleurs.
       Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rōnin. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux maître : Miyamoto Musashi.» 
 
(Une scène du film Karate Kid s’inspirait de ce récit.)
 
Cette légende illustre un principe capital de la Voie du Samouraï :
on doit chercher à vaincre sans combattre.

Action efficace et sagesse

Tous les arts martiaux sont d’abord des techniques de défense. Quand on est dans l’action, il faut gagner. Pour le Bushi ou Samouraï, perdre c’est mourir... Mais la question est de savoir comment gagner par une action juste du point de vue de la tactique et de l’attitude. Le guerrier doit, par exemple, «faire perdre à l’adversaire son équilibre mental» ou encore «faire naître une certaine tension nerveuse en empêchant l’adversaire d’être sûr de lui». Musashi souligne même l’importance «de neutraliser l’adversaire directement, sans le laisser souffler, en évitant de croiser son regard». Il ajoute d’ailleurs : «Le plus important est de l’empêcher de pouvoir se restaurer»...

À propos de l’importance de savoir se rénover dans l’action, Musashi dit plus loin : «Lorsque, au cours d’un combat qui reste à l’état de mêlée, rien n’avance plus, abandonnez vos idées premières, rénovez-vous en tout et prenez un nouveau rythme. Ainsi découvrez le chemin de la victoire. Chaque fois que vous jugez qu’entre votre adversaire et vous tout grince, changez d’intentions immédiatement et parvenez à la victoire en recherchant d’autres moyens avantageux pour vous.»

Musashi se rapproche davantage de la figure du sage que du technicien des armes. Son enseignement vise d’abord à remporter une victoire sur soi. C’est le sens de sa maxime : «Devenez l’ennemi». Dans son action, le guerrier doit atteindre en lui-même le point où cesse la violence.

La vigilance dans l’action s’exerce par la concentration de l’attention au geste, au mouvement, au corps – ici et maintenant.

Épictète enseignait relativement la même chose :
«Attitude et caractère de l’homme ordinaire : il n’attend rien, en bien ou en mal, de soi-même, et tout des circonstances extérieures. Attitude et caractère du philosophe : il attend tout, en bien comme en mal, de soi-même. Signes distinctifs de l’homme en progrès : il ne blâme personne, ne loue personne, ne reproche rien à personne, n’accuse personne; il ne dit jamais rien qui tende à faire croire qu’il sait quelque chose ou qu’il est quelqu’un. En cas d’échec ou d’obstacle, il ne s’en prend qu’à soi-même. [...] En un mot, le seul ennemi qu’il ait à redouter, c’est lui-même.»
~ Épictète; Ce qui dépend de nous

«On peut se demander finalement si la véritable intelligence n’est pas celle qui généralise, l’intelligence non homogène, non close sur un domaine déterminé. L’intelligence suppose avant tout la libération de ce qui l’empêche de se manifester plénièrement, l’intelligence exige de sortir de toutes les prisons, des dogmes, des tabous, des coutumes, des opinions. Répétons ici qu’il n’y a pas d’intelligence réelle sans une totale ouverture de l’esprit, sans une curiosité insatiable. Il n’y a aucune intelligence qui soit bloquée sur des opinions établies une fois pour toutes. L’homme intelligent possède en lui tellement d’opinions diverses qu’il n’éprouve plus le moindre besoin de se fixer sur une opinion, quelle qu’elle soit.» 
~ Pierre Daco; Psychologie et liberté intérieure; Marabout

Source : archives de Par 4 chemins – «Le modèle du guerrier»
http://www.radio-canada.ca/par4/ind/musashi/samourai.html


*** 

Le mental

Le crâne est encombré de mécanismes, la bouche déblatère et l’atmosphère est polluée par cette fabrique d’opinions et de ratiocinations. «Pourtant, protestez-vous, l’intellect est ce qui nous distingue en tant que race humaine, il est la source de tous nos progrès et de toutes les grandes vérités!»
       Si vous croyez vraiment cela, allez dans votre chambre et fermez la porte. Mettez un magnétophone en route et exprimez franchement tout ce qui vous passe par la tête. Ne préméditez ni ne censurez rien. Ensuite, écoutez. Vous serez édifié par tout ce que votre précieux cerveau aura vomi.
       Voici comment je perçois votre tête : un amoncellement de volants, de pédales, d’objets hétéroclites ramassés à gauche à droite, un bric-à-brac qui a envahi tout votre espace vital. Ce fatras remue et grince dans votre crâne. Cela vous occupe. Rendez-vous compte du genre de pensées qui bourdonnent dans votre cerveau.
       Un de ces jours, prenez le temps de vous isoler. Inscrivez pendant une demi-heure tout ce qui vient à l’esprit. Cela vous aidera à comprendre ce que je veux dire. Ce qui se passe dans votre tête vous surprendra. Le chaos qui y règne est votre climat mental permanent. Votre cerveau est plein d’un brouillard de pensées qui vous empêchent de voir la réalité, d’atteindre la clarté spirituelle. Il faut le dissiper. Votre détermination suffira pour qu’il disparaisse. Souvenez-vous : le brouillard ne s’accroche pas à vous, c’est vous qui ne le laissez pas partir!

~ Tarot Zen; Éditions du Gange

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Vous aimerez peut-être :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2011_06_01_archive.html
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2012/09/zenie-en-herbe.html

 

3 janvier 2013

L’effet miroir…


Laisser tomber 
Par Nancy Ashley

«Les attitudes négatives, méfiantes ou dénigrantes envers les autres agissent contre vous... Vous ne pouvez pas échapper à vos attitudes, car elles forment la nature de ce que vous voyez... Ce que vous voyez chez les autres est la manifestation – la projection de ce que vous pensez être... si les autres vous semblent décevants, c'est parce que vous êtes déçu de vous et qu’ensuite vous projetez cette déception vers l'extérieur, sur les autres...» [The Seth Material, pp. 178, 180].

Pour moi, le plus précieux des conseils qu’on m’a jamais donnée fut : n'aye pas peur. Toutes les choses négatives de notre vie sont dues à nos peurs. Dans la mesure où nous nous concentrons sur nos peurs, elles se manifestent d'une manière ou d'une autre. Comme le dit Seth, vous obtenez ce sur quoi que vous vous concentrez. Et trop souvent cela se traduit par : vous obtenez ce que vous craignez...
       Les émotions et l'imagination sont les deux sources d'énergie les plus puissantes dont nous disposons. Lorsque nous avons une croyance qui éveille la peur, nous lui donnons plus de pouvoir par le biais de cette émotion. Et notre imagination, qui se colle toujours à la croyance, servira à renforcer ce que l’émotion a déjà amplifié. Lorsque nous choisissons de nous concentrer sur des croyances qui nous font peur, nous perpétuons la peur dans notre vie.
       La peur prend plusieurs formes. Elle peut se manifester par un mal de tête, une grippe, une dépression; se traduire par de l'anxiété, de la jalousie, de la colère ou de la haine. Elle peut se manifester par la perte d'un emploi, une rupture amoureuse, un accident de voiture. Elle peut aussi se manifester à travers les actes d'autrui. Nous pouvons voir nos peurs réfléchies à travers le comportement troublant d'autres personnes.
       Pour moi, ce fut la leçon la plus difficile à apprendre. Au départ, je pouvais admettre que j'avais créé ma propre réalité en ce qui a trait à ma condition physique, au milieu de vie que je m'étais organisé, aux gestes que j'avais posés incluant la réussite ou l’échec qui en résultait. J'ai trouvé facile d’accepter qu'il s'agissait de réalités que je m'étais créées, et que, étant donné que j’avais eu des peurs sur lesquelles je m’étais concentrée, elles puissent se réfléchir dans ma vie. Ensuite, j’ai compris que la réalité que je créais avait un rapport avec les traits de caractère et les actions des autres. C’est plus récemment que j’ai constaté que lorsque je dénonçais sans cesse l'irresponsabilité et l’étourderie des autres, au fond, j’exprimais ma peur d’être comme ça aussi, malgré mon évidente fiabilité et mon sens de l’organisation.
       Seth donne en exemple l’individu très industrieux qui pense que la plupart des gens sont paresseux et bons à rien. Bien que personne ne puisse dire de lui qu’il est paresseux et bon à rien, il a peur de l’être. De sorte qu’il projette sans pitié ces traits de caractère sur les autres afin d’échapper à ce qu’il redoute.
       Le problème est que vous ne pouvez pas échapper à la peur de cette façon. Lorsque vous projetez une peur sur autrui, vous ne pouvez pas vous en débarrasser puisqu’elle vous dérange encore. En fait, cela peut vous déranger encore plus que si la peur se manifeste d'une autre manière, car vous vous n’avez pas l’impression d’avoir du contrôle sur les actions d'autrui tel que vous en avez sur les vôtres. Ainsi, encore une fois, vous avez l’impression d’être à la merci de forces extérieures sur lesquelles vous n'avez aucun contrôle.
       Lorsque nous assumons notre peur (sous forme de colère, haine, dégoût, mépris), nous pouvons faire quelque chose pour y pallier. Mais si nous continuons à ne la voir que chez l’autre, nous ne faisons que la perpétuer et la renforcer. Nous continuerons de la rencontrer. Rejeter la personne ou la situation ne résoudra rien. Il y aura toujours quelqu’un qui acceptera de jouer le rôle de notre projection. La seule façon de «combattre» nos peurs projetées est de les reconnaître en nous, et puis de choisir de ne plus se concentrer sur elles.
       Ce qui n'est pas toujours aussi facile qu’il paraît! Nous éprouvons une grande satisfaction à nous croire bien-pensants ou supérieurs, ou même harcelés ou incompris. On se sent bien de ne pas assumer la responsabilité du comportement projeté. Quelqu'un d'autre l'a fait pour nous. Nous pouvons donner dans la colère, le dénigrement, le martyre – quelqu'un d'autre l'a fait pour nous, et nous sommes innocents. Mais dans la mesure où nous croyons à l'innocence, nous croyons aussi à la culpabilité, voilà le hic. À un certain niveau, nous nous sentons coupables, car nous reconnaissons que nous avons créé cette réalité.
       L’une des décisions les plus courageuses et bénéfiques à prendre est de laisser tomber tous nos sentiments négatifs envers les autres; de laisser tomber l'idée que les sentiments que nous éprouvons sont causés par l’autre; de reconnaître que nous sommes responsables de ce nous ressentons et percevons, et qu'il est futile de fustiger contre l'autre ou de se prendre pour une victime. Blâmer les autres ne mène nulle part; cela nous empêche de reconnaître nos peurs qui resurgiront jusqu'à ce que nous le fassions.
       Pour cet exercice de lâcher-prise, commencez par faire une liste de toutes les personnes envers qui vous éprouvez des sentiments négatifs. Ensuite, analysez chaque situation. Répertoriez les sentiments que vous éprouvez envers chaque personne. Mépris? Méfiance? Colère? Essayez de comprendre ce qu’elle fait qui déclenche ces sentiments en vous. Posez-vous la question suivante : quel genre de personne peut agir ainsi? Trouvez des qualificatifs (par exemple : brutale, imprévisible, faible, malhonnête, irresponsable, inconsciente, maladroite...).
       Maintenant, examinez les qualificatifs et voyez s’ils s'appliquent à vous d’une manière quelconque, ou bien leurs contraires. Vous êtes fiable et ordonnée, tandis que cette personne est irresponsable et désordonnée? Alors, il est possible que vous ayez peur de trouver ces qualificatifs en vous. Sinon, pourquoi vous dérangeraient-ils? En explorant vos sentiments plus à fond vous pourriez même découvrir que vous enviez cette personne parce qu’elle est «capable» d’agir d’une façon tandis que vous en êtes «incapable». Dans tous les cas, par le biais de cette analyse, vous devriez être en mesure de comprendre que vos sentiments envers la personne ont été générés par vous. Ce n'est pas de sa faute si vous vous sentez ainsi. Vous n'avez personne à blâmer. Ces sentiments sont les vôtres, alors admettez-les. À la longue, vous vous sentirez mieux si vous assumez la responsabilité de vos propres sentiments au lieu de les projetez sur les autres, et vous en arriverez à comprendre que vous avez le choix de vos sentiments. Tant que vous projetterez vos peurs sur autrui, vous ne serez pas en mesure de les surmonter.
       Une fois que vous voyez comment vous avez généré ces sentiments envers l’autre, et ce qui se cache derrière, vous devriez être prêt à les laisser tomber. Vous aurez reconnu que la personne a simplement déclenché une peur qui vous habite; et, c'est sur cette peur que vous devez travailler, et non pas perdre votre énergie à penser à l’autre négativement. Lorsque vous réalisez cela, vous pouvez lâcher-prise.

Create Your Own Reality
A Seth Workbook
Prentice-Hall, 1984

Exemplaires usagés des trois excellents workbooks de l'auteur disponibles :
http://www.sethnet.org/directory/Seth-Influenced%20Media/three-seth-workbooks-by-nancy-ashley.html

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Exercice complémentaire
 
Miroirs
Par Deepak Chopra

Ceux que nous aimons et ceux qui nous rebutent sont nos miroirs. Par qui sommes-nous attirés? À fortiori par les personnes qui ont les mêmes qualités que nous. Nous voulons les fréquenter parce qu’au niveau subconscient nous avons le sentiment que nous pourrions ainsi développer davantage ces traits de caractère.
       De la même manière, nous sommes rebutés par des personnes qui réfléchissent des traits de caractère que nous désavouons. Donc si vous avez une forte réaction négative envers une personne, vous pouvez être sûr que vous avez en commun certains traits que vous n'êtes pas prêt à accueillir. Si vous étiez prêt à les accepter, ils ne vous dérangeraient pas.

Accueillir la dualité  

Pour cet exercice, vous aurez besoin d’une feuille de papier et d’un stylo.

Pensez à une personne en particulier que vous trouvez très attirante. À gauche de la feuille listez 10 qualités ou plus que cette personne possède. Inscrivez tout ce qui vous vient à l'esprit. Écrivez rapidement.

Ensuite, pensez à quelqu'un qui vous rebute, vous irrite, vous ennuie, vous énerve ou vous dérange d’une quelconque façon. Commencez par déterminer les traits de caractères spécifiques que vous trouvez repoussants. À droite de la feuille, listez 10 de ces traits indésirables ou plus. Inscrivez autant de qualités que vous voulez, et ne vous arrêtez pas avant d’en avoir trouvé 10.

Vous avez maintenant au moins 20 traits de caractère énumérés sur votre feuille. Lisez-les et encerclez chaque qualité que vous possédez. Relisez la liste encore. Parmi les mots non encerclés, identifiez ceux qui ne s’appliquent pas à vous, les mots qui ne vous décrivent pas du tout. Cochez-les.

Enfin, regardez les mots encerclés et identifiez les 3 qui vous décrivent le mieux. Ensuite, revenez aux mots cochés et identifiez les 3 qui vous définissent le moins. Lisez ces six mots – les 3 qui vous décrivent le mieux et les 3 qui sont les moins applicables – à haute voix.

Voilà, vous êtes ces qualités et traits de caractère!

Miroir, miroir, dis-moi...

2 janvier 2013

Cher Dieu…


Crédit photo : Cyril Delacour http://www.cyrilphotos.com/

Questions et voeux d’enfants (origine des citations non certifiée; néanmoins, ils en sortent de très bonnes parfois…)
 
Cher Dieu,
Merci pour le bébé, mais j’avais demandé un chien. Je n’avais jamais rien demandé avant. Tu peux vérifier.
Joyce

Cher Dieu,
Si on revient en quelqu’un d’autre, s’il te plaît ne me laisse pas être Jennifer – parce que je la déteste.
Denise

Cher Dieu,
Comment as-tu su que tu étais Dieu? Qui te l’a dit?
Charlene

Cher Dieu,
As-tu vraiment dit «Fais aux autres ce qu’ils te font »? Si oui, alors je vais régler le compte de mon frère.
Darla

Cher Dieu,
Est-il vrai que si mon père utilise ses «mots de golf» à la maison il ira en enfer?
Anita

Cher Dieu,
J’aime l’histoire de Noé, c’est la meilleure de toutes. Tu en as inventées de vraiment bonnes. Moi aussi, j’aime ça marcher sur l’eau.
Glenn

Cher Dieu,
Est-ce toi qui dessines les lignes autour des pays? Sinon, c’est qui?
Nan

Cher Dieu,
C’est correct que t’aies fait plusieurs religions, mais t’es pas mêlé des fois?
Arnold

Cher Dieu,
Pourquoi on dit que tu es un «Dieu jaloux»? Je pensais que tu avais tout ce que tu voulais.
Jane

Cher Dieu,
Comment se fait-il que tu as fait tous ces miracles dans l’ancien temps et que tu n’en fais plus maintenant?
Billy

Cher Dieu,
Je parie que c’est très difficile pour toi d’aimer tout le monde partout sur terre. Il y a seulement 4 personnes dans notre famille et je n’y arrive pas.
Nan

Cher Dieu,
S’il te plait, envoie Dennis dans un autre camp de vacances cette année.
Peter

Cher Dieu,
Ne t’inquiète pas pour moi. Je regarde toujours de chaque côté de la rue avant de traverser.
Dean

Cher Dieu,
Ma mère m’a dit comment tu étais né, mais ça colle pas. Qu’en dis-tu?
Marsha

Cher Dieu,
À l’école on nous a dit que Thomas Edison avait inventé la lumière, mais au cours de religion on nous a dit que c’était toi. Il a volé ton idée?
Donna

Cher Dieu,
C’est fantastique que tu mettes toujours les étoiles à la bonne place. Pourquoi tu ne fais pas la même chose avec la lune?
Jeff

Cher Dieu,
Je fais toujours de mon mieux. Vraiment.
Frank

Cher Dieu,
Je ne pensais pas que l’orange et le pourpre allaient ensemble jusqu’à ce que je voie le coucher de soleil de jeudi soir. C’était vraiment cool!  
Carol

1 janvier 2013

Paix et sérénité

Lever de terre

Bonne année 2013! 

La vie est courte 
Transgressez les règles
Pardonnez rapidement
Embrassez lentement
Aimez réellement
Riez sans retenue
Et ne regrettez jamais RIEN
Qui vous fait sourire
~ Mark Twain, 1835–1910

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Ah, la paix universelle
Et la sérénité
Peut-être aujourd’hui
Demain ou après-demain
Ou l’an prochain
On attend patiemment

Certains critiques reprochent à Twain son humour cinglant. Néanmoins, il avait l’art de mettre le doigt sur les bobos… Par delà ce trait de personnalité – que d’autres apprécient grandement –, l’on se rend bien compte à quel point il a su observer la nature humaine avec lucidité et sagesse.

LE JOUR DE L'AN

Le temps est venu de prendre vos habituelles bonnes résolutions de l’année. La semaine prochaine vous pourrez commencer à paver l'enfer de vos bonnes intentions, comme d'habitude. Hier, chacun a fumé son dernier cigare, pris son dernier verre et proféré son dernier juron. Aujourd'hui, nous sommes une communauté pieuse et exemplaire. D’ici trente jours, nous aurons totalement oublié notre réforme et coupé considérablement dans nos anciens vices. Nous nous amuserons d’avoir fait la même chose l'année précédente à la même période.
       Néanmoins, allez-y! Le Nouvel An est une institution annuelle inoffensive qui n’a pas d’autre utilité que de légitimer l’ivrognerie, les visites amicales et l’hypocrisie des résolutions; et nous vous souhaitons d’en profiter avec le manque de rigueur qui sied à la grandeur de l’occasion.
- Mark Twain, Lettre à Virginia City Territorial Enterprise, janvier 1863

LA PAIX

L’idée d’obtenir la paix par la persuasion est séduisante, mais je ne pense pas que nous pourrions réussir. Il nous faudrait d'abord dompter la race humaine, et l'histoire semble prouver que cela est infaisable.
- Mark Twain, Lettre à William T. Stead, 09/01/1899

Allocution sur la paix, prononcée au Twentieth Century Club, à Boston, le 4 novembre 1905 

[...]
Je suis différent des autres personnes qui ont parlé. Ce problème de la paix universelle fut au premier plan de mes pensées. J’avais l’habitude de l’étudier. Non, je ne peux pas dire que je l'ai vraiment étudiée; j'y pensais – comment obtenir la paix universelle. Ça me dérangeait, mais je m’approchais de plus en plus de la solution; et finalement, j’y suis arrivé.
       Mais le jour même où je pensais avoir résolu le problème, j'ai été sommé de me présenter chez un empereur. «Que faisiez-vous ces temps-ci?» fut la première chose qu'il me demanda. Je lui ai dit que j'avais travaillé à résoudre un problème – le problème de la paix universelle – et que je l’avais résolu; que j’avais trouvé la seule solution – il n'y en avait pas d’autre.
       Alors, il a voulu savoir comment j'allais y arriver, et je lui ai répondu : «Je vais trouver un chimiste – un vrai génie – et lui demander de retirer tout l'oxygène de l'atmosphère pendant huit minutes. Ensuite, nous aurons la paix universelle, et elle sera permanente.» [...]
       Les jeunes gens qui ont parlé avant moi s’intéressent encore à la race humaine. Mais dans mon cas, l’horloge s’apprête à sonner soixante-dix ans. J’en suis si proche que je ne ressens pas ce genre d’intérêt. [...] Je suis arrivé au point où je peux regarder l'humanité avec objectivité. Je suis si proche de la sortie que je ne vois pas d’intérêt à essayer de résoudre ses problèmes. [...]
       Non, je ne suis pas en mesure de trouver une solution à ce problème. Mais j'espère que ces jeunes gens – s’ils n’ont rien d'autre à faire – continueront, car ce ne sera jamais fait par quelqu’un qui a autre chose à faire.

- Publié dans le Chicago Daily Tribune le 5 novembre 1905

PAIX DE L'ESPRIT

La paix de l'esprit est une chose des plus précieuses. La Bible en a privé la majorité du monde pendant plusieurs siècles; il serait équitable qu'en retour elle en procure à quelques individus ici et là. Mais vous ne devez pas faire l'erreur de supposer que l’absolue paix de l'esprit ne s’obtient qu’à travers une quelconque forme de croyance religieuse : non, au contraire, j’ai découvert qu’une paix également parfaite existe dans l'incrédulité absolue.
- Mark Twain, Lettre de Charles W. Stoddard, 01/06/1885

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Habituellement, paix et sérénité marchent main dans la main… 

Un mot de Bernard Pivot :

SÉRÉNITÉ

Comme je n’en ai guère, la sérénité est la qualité que j’admire et que j’envie le plus. Non pas la sérénité de ceux qui, irradiés par la foi, se sont retirés du monde ou s’y soustraient le plus possible pour dialoguer avec le silence. Mais la sérénité des battants, des vifs, des militants, des fonceurs, ou celle discrète, de la multitude de femmes et d’hommes qui mènent une existence banale et qui vieillissent en réagissant avec équanimité aux petits bonheurs et gros chagrins.
       On peut être agité intérieurement par des tempêtes et montrer un visage serein. Cela ne trompe pas longtemps. La quiétude jouée est à terme insoutenable. On est trahi pas ses nerfs, par ses absences, par ses regards dans le vide, par des rires qui résonnent comme des fausses notes. La vraie sérénité se lit dans les yeux comme une page d’un livre de sagesse. Elle est impressionnante. Elle est éblouissante. Elle est rassurante. On a envie de toucher, de caresser un visage réellement serein.
       On est d’autant plus impressionné quand on sait que la personne – ainsi une amie de longue date – a souffert dans sa chair et dans son cœur. Les coups durs ne l’ont pas épargnée. Elle en a bavé. L’indifférence, le fatalisme, la résignation, elle ne connaît pas. Elle a lutté. Elle s’est défendue. Elle a dû céder, il est probable, à des moments de colère ou d’accablement. Mais très vite, mue par une paix qui vient de l’âme, de la méditation, et que l’expérience a fortifiée, elle a recouvré cette sérénité qui, dût-elle vivre jusqu’à cent ans, sera toujours pour elle une rente de beauté.
       Tout compte fait, c’est à la télévision que j’aurai été réellement le plus serein. J’y affichais un calme, une maîtrise qui découlaient de mes responsabilités publiques et d’un travail intense de préparation. J’évoque ailleurs mon sang-froid sur le petit écran.
       Dans la vie de tous les jours, une contrariété m’agace, une promesse non tenue me fâche, mes étourderies et mes maladresses me déstabilisent. J’ai toujours eu la volonté de me dominer, de prendre sur moi – j’y parviens, parfois –, mais, trop souvent, même si je n’en laisse rien paraître, quelque chose en moi se délite. Et, quand il s’agit de douleurs profondes, c’est la débâcle. Je suis incapable de retenir mes larmes. Les rares fois où j’ai accepté de prendre la parole au cours d’obsèques, des sanglots impossibles à refouler ont empêché l’assistance de comprendre ce que je disais.
       Je ne mourrai pas dans la sérénité. Et, peut-être, cette fois sans embarrasser personne, dans mon cercueil, verserai-je pendant la cérémonie quelques larmes posthumes.

Les mots de ma vie
Albin Michel, 2011 

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La douce présence de Ryôkan

Parmi les privilégiés qui ont eu le bonheur de partager un moment de vie avec Ryôkan, Kera Yoshishige a laissé en notes ce témoignage :
       «Le maître était différent de tout autre. On ne pouvait pas être insensible à la supériorité de son esprit mais ce qui nous touchait davantage, c’était sa douceur.
       Il lui est arrivé de rester quelques jours dans ma famille. Le soir, de ses paroles émanait toute la pureté de son cœur. Il ne parlait pas de textes bouddhiques, ni de littérature et donnait encore moins de conseils de moralité. Non, un jour il a allumé le feu pour la cuisine, un autre jour, il a fait zazen dans la salle. Toujours calme et détendu, la douceur qui émanait de sa personne était contagieuse. Quand il était là, l’atmosphère devenait très agréable. Entre chacun de nous régnait une véritable harmonie, qui se répandait encore plusieurs jours après son départ. C’est quelque chose qui est difficile à expliquer.»

Contes Zen
Ryôkan, Le moine au cœur d’enfant
Le courrier du livre

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