18 mai 2012

Perles de l'Assemblée législative

Hier, j’ai emprunté ce recueil à la bouquinerie pour partager quelques-unes de ces perles. J’en ai démarqué certaines en gras – on peut dire que c’est dans l’air…

Citations de Jean Lesage (Parti Libéral – les rouges) alors premier ministre, et de Daniel Johnson (Parti Conservateur – les bleus) alors chef de l’opposition, et de quelques députés de l’époque.


TOUÉ, TAIS-TOUÉ!

Collections de perles (rouges et bleues) cueillies dans le journal des Débats parlementaires du Québec (1964 à 1968) 

Par René Bureau

PRÉFACE

Comme la lecture de ce petit livre ne manquera pas de soulever des réactions diverses, je m’empresse d’affirmer qu’il ne vise aucun parti politique en particulier.
      Comme n’importe quel citoyen qui s’intéresse à ce qui se passe en Chambre peut le faire, je me suis procuré le journal des Débats de l’Assemblée législative, un document public publié par les soins du Gouvernement du Québec. Contrairement aux journaux qui ne rapportent des propos de nos députés que ce qui leur parait opportun, le journal des Débats publie, en principe, tout ce qui se dit devant l’Assemblée législative.
      C’est là une lecture pleine de surprises! Souvent, devant telle énormité ou telle sottise, belle et bien dite par quelque ministre actuel ou ancien, je n’en croyais pas mes yeux. Mais puisque c’est officiel, il faut bien le croire… et se désoler. Combien de fois ne me suis-je pas dit : « Ce n’est pas possible! S’abaisser à un tel niveau! Porter la responsabilité des destinées d’un peuple et se conduire de cette façon! »
      De toute évidence, ai-je conclu, le public n’est pas au courant de tout ce qui se passe en Chambre. Naïvement peut-être, j’ai pensé qu’il suffirait de rassembler quelques spécimens des propos les plus ahurissants de nos députés pour déclencher aussitôt un mouvement d’indignation et, je l’espère, de réforme. D’ailleurs, comme nous le verrons dans l’Introduction, la plupart de nos parlementaires déplorent l’absence de dignité et de tenue qui caractérise les débats parlementaires. Ils souhaiteraient, sans doute, que cessent ces interminables chicanes entre le gouvernement et l’opposition, ce jeu puéril qui incite les adversaires à s’injurier et à se ridiculiser comme des enfants mal élevés.
      En plus des grossièretés et des injures, j’ai recueilli aussi, pour le plaisir, quelques perles de belle eau et même – tout arrive! – des mots d’esprit. Mais il faut le reconnaitre, nos députés excellent avant tout dans l’humour involontaire…

Tout cela est assez affligeant, mais… il vaut mieux en rire!

EN GUISE D’INTRODUCTION

D’ailleurs, ils sont d’accord…

Lesage : « On en a assez des insultes dans cette Chambre! » (11 mars 66)

Johnson : « On n’exige même pas d’un député qu’il sache lire et écrire pour se présenter. » (4 août 65)

Lacroix : « Les journaux ne prennent pas au sérieux le travail qui se fait ici en Chambre. C’est à cause de ces déclarations stupides de part et d’autre de la Chambre. » (30 mars 67)

Laporte : « Les gens qui lisent le journal des débats n’ont pas une très haute opinion de nous. S’ils n’ont pas une plus haute opinion de nous, nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes. » (10 février 66)

Lesage : « Je ne pense pas que nous réussirons jamais à éviter complètement les scènes disgracieuses. » (10 février 66)

Lechasseur : « On nous a taxé de donner un spectacle de foire et de carnaval. » (29 mars 67)

Johnson : (au sujet de notre parlementarisme) « C’est un système qui va encore en calèche, alors que nous sommes à l’âge des fusées. » (9 mai 67)

Bellemare : « La Chambre souffre de plusieurs maladies : l’apathie, l’insouciance totale et absolue. » (29 mars 67)

Lafrance : « Trop souvent l’intransigeance qui préside à nos délibérations nous entraine fatalement à des discussions stériles. » (21 juin 67)

Michaud :
« Les députés ministériels, aphones et dociles, ne sont que les matériaux d’une majorité parlementaire, les valets inconditionnels des volontés du pouvoir exécutif. La plupart des lois sont préparées dans la secrète intimité des cabinets ministériels. Les députés approuvent, sanctionnent et votent des mesures dont ils ne connaissent souvent ni le mécanisme ni la portée, au nom sacrosaint de la discipline des partis. Est-il possible de changer ce système aberrant dans lequel le ministre est tout et le député n’est rien? » (9 août 67)

Laporte : « Les députés de l’opposition sont traités comme des gens peu importants par le gouvernement. » (9 août 67)

Gabias : « Cette motion doit être rejetée surtout parce qu’elle est présentée par les membres de l’opposition. » (14 juin 67)

Lesage : « Quels sont les experts en démolition qui ont été consultés? »
 Bellemare : « Plusieurs, plusieurs et plusieurs. »
 Lesage : « Non, mais qui? »
 Bellemare : « Nombreux. »
(11 août 67)

Le rôle de l’opposition est conçu de bien curieuse façon…

Lesage : « L’opposition a comme rôle de surveiller le gouvernement pour l’empêcher de s’ankyloser. » (9 juin  67)

Johnson : « L’illusion et l’espoir c’est le pain quotidien de l’opposition. » (23 juin 67)

Bertrand : « C’est le rôle d’une opposition de s’opposer aux taxes. » (17 juillet 67)

Lesage : « Le rôle de l’opposition, c’est de voir à ce que le gouvernement dise à la population ce qu’il a l’intention de faire. » (29 juin 67)

Vincent : « Le gouvernement propose, l’opposition dispose. » (23 juin 67)

Johnson : «  L’esprit de la loi, c’est de percevoir de l’argent. »
Proulx : « L’État est en même temps ami et ennemi. »
(10 février 67)

LE RÉGIME LESAGE

Les amabilités adressées au premier ministre Jean Lesage…

Johnson : « Dès qu’il y a des femmes dans la galerie, le premier ministre n’est pas le même homme. » (10 mars 66)

Bellemare : « Vous avez le droit d’être comique. » (1er février 66)

Johnson : « Le premier ministre raisonne en colonial. Il raisonne comme un gars d’Ottawa. » (9 mars 66)

Bertrand : « Le premier ministre a déjà joué dans ‘Le baiser de la mort’ ». (3 mars 66)

Loubier : « Faites attention de mourir, le ridicule tue. » (17 mars 66)

Johnson : « Comme dictateur, le premier ministre actuel n’est pas battu. » (15 mars 66)

Bellemare : « Donc, nous voterons avec beaucoup de plaisir cette loi qui a été si ‘maganée’ par le premier ministre. » (17 février 66)

Johnson : « On va vous hacher, vous, on ne vous découpera pas. » (10 mars 66)

Quant au chef de l’opposition, Daniel Johnson, il reçoit sa quotepart…

Meunier : « Le quotient intellectuel du chef de l’opposition est tellement bas que je ne l’emploierais pas pour balayer un de mes entrepôts. » (11 février 64)

Lesage : « Je vais vous en faire des nerfs, vous allez voir. Vous êtes à la veille de perdre les vôtres, vous. Vous allez perdre non seulement les nerfs mais tout ce qu’il vous reste. » (15 mars 66)

Lesage : « Quelle langue le chef de l’opposition parle-t-il? » (3 août 65)

Lesage : « Vous sentez le vendredi à plein nez. » (16 juillet 65) 
   [Note : en ces années-là, l’église catholique exigeait de ses pratiquants qu’ils fassent « vendredi maigre », soit s'abstenir de viande; et ça sentait le poisson partout...]

Lesage : « Évidemment, le chef de l’opposition a toujours le privilège d’aller fumer une cigarette derrière le trône »… (6 août 65)

Gérin-Lajoie : « Le chef de l’opposition ne comprendra jamais le français. » (4 février 66)

Lesage : « Le chef de l’opposition n’a pas le droit de mentir effrontément à la Chambre surtout en se servant d’un mort. » (4 mars 66)

R. Lévesque : « Le député de Bagot, le chef de l’opposition, n’a trouvé que quelques chiures de mouche à dire à propos de l’Hydro-Québec. » (17 février 66)

Lesage : « Le chef de l’opposition est à la veille de dormir là, il vient de se pincer pour se réveiller. » (8 mars 66)

[Extraits d’autres chapitres]

Gérin-Lajoie : « Les cochons sont tous bleus! »
Johnson : « Le plus dangereux pour l’infection c’est le cochon rouge... »
(15 mars 66)

Johnson : « Il est rouge, de l’espèce la plus crasse. C’est un pléonasme car ils sont tous crasses. » (3 mars 66)

Gauthier : « Le présent gouvernement n’a pas peur des promesses et il est aussi un grand spécialiste des marches arrière, des voltefaces et des pirouettes. » (15 février 66)

Johnson : « Je m’attends à tout… de ces vertueux ministres de la justice et de ces pharisiens que j’ai devant moi. » (18 mars 66)

Lesage : « Parce que leur vie, ce qui était leur souffle de vie, c’était le patronage et la ristourne. » (15 février 66)

Dozois : « Non, mais il n’y a pas de loi, par exemple, qui dit que pour faire de l’eau bénite, ils demanderont la permission de l’ingénieur de l’aqueduc. » (15 juillet 66)

Lesage : « Un gouvernement fatigué, c’est un gouvernement qui se grouille. » (10 février 66)

Lesage : « Non seulement je ne suis pas au courant, mais je sais que c’est faux. » (9 juin 64)

Johnson : « Le gouvernement est en danger si tous les sourds commencent à entendre, les muets à parler et les aveugles à voir. » (31 mars 66)

En conclusion, nous pourrions nous poser la même question que le Président de la Chambre… 

Paul : « Je me demande si les députés ne pourraient pas s’aider les uns les autres pour faire la grève du silence. » (24 janvier 67)

[Proposition secondée par Boudabla!...]

***

Bref, un potpourri de124 pages d’injures (et d’âneries dignes du préscolaire), et je n’ai pas cité les pires... D’un chic!

Et l’on constate une fois de plus que le ton méprisant est toujours à l’honneur dans les échanges parlementaires.

Comme dit l’auteur :
« Ce n’est pas possible! S’abaisser à un tel niveau! Porter la responsabilité des destinées d’un peuple et se conduire de cette façon! »

Vous aimerez peut-être :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2011/03/quotient-emotionnel.html

17 mai 2012

Dites NON

Ne faites pas les mêmes erreurs deux fois  
Dites NON à la réincarnation
Bouddhistes réformés 

… irrésistible celle-là  
***
Pas convaincu? 
Lisez Air Karma (blog connexe) – si vous avez le sens de l’humour...
:-)

***
Je publierai des petits trucs du genre et des cartes postales d'ici à ce que je lance mon nouveau blog.
À bientôt 

8 mai 2012

Mon dernier message


NOTE : Au lieu de fermer, je laisserai le blog en ligne, même si je n’écris plus (pour celles et ceux qui aimeraient y revenir de temps à autre).

Depuis quelques mois, je murie un concept de site différent de Situation planétaire, uniquement consacré à la créativité, la beauté et à ce genre de choses dont je n’ai pas suffisamment parlé (il ne sera plus question d’actualités politiques, de catastrophes environnementales, cruauté, pagailles...). Lorsqu’il sera prêt, j’en publierai l’adresse ici.

***
Ce blog fermera samedi prochain. Je suppose qu’il sera disponible encore quelque temps dans les moteurs de recherche, alors profitez-en si vous voulez copier des articles. 


Toute chose a une fin, et le moment est venu. D’abord, parce que je commence à radoter (l’essentiel a été dit par rapport à la situation planétaire et au changement de fréquence), ensuite, parce que dans les mois qui viennent, je n’aurai plus de temps à consacrer à ce site.

Sachez que j’ai eu grand plaisir à semer quelques grains de folie, d’humour et de liberté… Mais aussi de sagesse, en laissant parler des écrivains, des poètes, des philosophes et des sages qui peuvent contribuer à nous rendre meilleurs et plus tolérants.

Et bien sûr, mon plus grand vœu reste que la situation planétaire s’améliore malgré l’ampleur des défis, que les humains apprennent à se pardonner mutuellement (à commencer par les insignifiances) et à respecter davantage les animaux et la nature. Nous faisons tous des erreurs, des gaffes, mais rien ne nous empêche de les réparer.

Toutes nos relations nous offrent la possibilité d’exprimer l’amour inconditionnel. Derrière chaque rencontre se cache toujours un but qui dépasse la superficialité apparente, une occasion de dépasser notre petitesse. À chaque fois que nous choisissons d’aimer au lieu de fermer notre cœur, nous avons l’occasion de grandir en compassion et en sagesse.

Nous ne nous sommes pas rencontrés au plan physique, mais certainement au plan de la pensée et de l’émotion.

Merci de votre présence.
Je vous souhaite le meilleur des succès dans tous vos projets.

En toute amitié,
Boudabla
Mardi, le 8 mai 2012

Pour terminer en beauté






 

5 mai 2012

Est-ce mal de mentir?

Lorsque raison et humanisme ne s’opposent pas : réflexions philosophiques brillantes sur ce site (en anglais)  http://www.samharris.org/

J’ai mordu à son ebook «Lying» dont voici une traduction maison du descriptif :

Lying

Comme dans Anna Karenina, Madame Bovary et Othello, ainsi en va-t-il dans la vie. La plupart des formes de vice personnel et public sont initiées et soutenues par des mensonges. Les actes d’adultère et de trahison individuels, la fraude financière, la corruption gouvernementale – même le meurtre et le génocide – requièrent généralement une lacune morale additionnelle : la volonté de mentir.

Dans «Lying» (Mentir), le neurologiste et auteur de bestsellers Sam Harris démontre que nous pouvons radicalement simplifier notre vie et améliorer la société simplement en disant la vérité dans les situations où d'autres mentent souvent. Il se concentre sur les mensonges «vertueux» destinés à épargner les gens d’un malaise, ceux auxquels nous succombons le plus souvent. Et ce sont les seuls mensonges que les bonnes gens utilisent en s’imaginant qu’ils font bien.

---  
Par Sam Harris

Quand j’étudiais à Stanford, j’ai suivi un cours intitulé «L'analyste éthique»; et ce dernier a profondément changé ma vie. Offert par un professeur extraordinairement doué, Ronald A. Howard, le cours était centré sur une seule question éthique :

Est-ce mal de mentir?

Au premier abord, c’est un sujet de session universitaire qui peut sembler limité. Après tout, la plupart des gens savent déjà que mentir est mal – et aussi que certaines situations semblent valider le mensonge.

Cependant, l’une des choses les plus fascinantes de ce cours, fut la difficulté de trouver des exemples de mensonges vertueux pouvant résister à l'examen minutieux du professeur Howard. Même avec des nazis à la porte et Anne Frank au grenier, Howard semblait trouver qu’il valait mieux toujours dire la vérité et que le mensonge pouvait créer des catastrophes encore plus graves.

Je ne me rappelle pas ce que je pensais du mensonge avant de suivre «L'analyste éthique», mais ce cours a remis mon cerveau à niveau comme jamais auparavant. J’en suis sorti convaincu que le mensonge, même dans les plus petites choses, endommageait inutilement les relations personnelles et la confiance du public.

Il serait difficile d'exagérer le soulagement que j’ai ressenti en réalisant cela; non pas parce que j’avais l'habitude de mentir avant de suivre le cours de Howard – mais parce que désormais je savais que plusieurs formes de souffrance et d'embarras pouvaient facilement être évitées, simplement en disant la vérité. Et, je voyais soudainement les conséquences tout autour de moi chez ceux qui ne vivaient pas selon ce principe.

Dans ma propre vie, cette expérience demeure l'un des exemples les plus clairs du pouvoir de la réflexion philosophique. «L'analyste éthique» m’a influencé comme peu de cours universitaires ont pu le faire : il a fait de moi une meilleure personne.

J'espère qu’il aura un effet similaire sur les lecteurs de Lying, mon premier ebook.

Lying a été édité en formats électroniques.

---
Critiques :

Cet essai est tout à fait brillant. (J'espérais qu'il le soit pour ne pas être obligé de mentir.) Honnêtement, je l'ai aimé du début à la fin. Lying est la lecture de l’année qui fait le plus réfléchir.
~ Ricky Gervais

Les humains ont appris à bien mentir, et sans doute avez-vous vu cette lubrification sociale à l’œuvre. Dans beaucoup de cas, on ne le perçoit pas comme un vrai mensonge; peut-être tout au plus comme un «mensonge vertueux» : omission d'un détail épineux ici et là, de faux encouragements parce que nous ne voulons pas démolir les espoirs des autres, et ainsi de suite. Dans Lying, Sam Harris démontre comment on peut bénéficier d’être brutalement – mais pragmatiquement – honnête. C'est un petit livre irrésistible de grand impact.
~ Tim Ferriss, Angel Investor, auteur de bestsellers

Dans ce bref mais lumineux ouvrage, Sam Harris applique son habituelle logique pondérée et sensée à un sujet qui nous affecte tous – la capacité humaine de mentir. Et à la fin du livre, Harris vous pousse à mener une meilleure vie, car les avantages à dire la vérité sont de loin supérieurs à raconter des mensonges – pour vous-même, les autres, et la société.
~ Neil deGrasse Tyson, astrophysicien, American Museum of Natural History


Autres ouvrages :
- Free Will
- The Moral Landscape
- The End of Faith

Articles publiés - magazines et journaux web réputés :
http://www.samharris.org/articles

Des vidéos d'argumentation, des interviews et plus encore via son site. 

***
Vous aimerez peut-être :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2010/06/en-quete-de-verite-1.html 

4 mai 2012

Tendresse à flots



La tendresse
Mouloudji

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas


On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien


Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu...
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours


À partager... c'est gratuit et thérapeutique! 
Peu importe la forme, le format, l'apparence, l'âge, le sexe, le règne...

***
"Être adulte c'est être tendre, être fragile comme tout le monde."
Érik Pillet
Tous fragiles, tous humains
Éditions Albin Michel

Les «pense-futé» de Geluck


Depuis 2011, «La Minute du Chat» est diffusée sur quelques chaines européennes, mais pas au Canada :
«Vous vous trouvez dans un pays dans lequel la diffusion de ce programme n’est pas autorisée.» (RTBF)

Vraiment dommage.  


***

«Parmi tous ceux qui sont morts pendant la guerre, il y avait peut-être un type qui s'il avait vécu serait devenu un savant fou qui aurait fait sauter la planète.»

«Il y a des gens qui arrivent à joindre l’inutile au désagréable.»

«La mort, c’est un peu comme la connerie. Le mort, lui, il ne sait pas qu’il est mort... ce sont les autres qui sont tristes. Le con c’est pareil...» 

«Au fond... La vie est une sorte de machine à voyager dans le temps.»

«Être loin d’ailleurs, c’est être ici.» 

«Le passé m'effraie, l'avenir me fait peur. Heureusement qu'il y a le présent.»

«Quitte à être réincarné, autant que ce soit en moi, comme ça mes vêtements pourront resservir.»

«Les tongs, ce sont les strings des pieds.»

«Les lois de l’humour sont très sévères : on ne peut pas se moquer des victimes, des noirs, des homos, des musulmans, des juifs, des handicapés... moi je dis : de qui se moque-t-on?»

«Se taire, c’est pareil dans toutes les langues.»

«Il m’arrive de me parler à moi-même pour être certain que quelqu’un m’écoute.» 

«Dans ce monde égoïste qui est le nôtre, on se demande parfois si on ne devrait pas se déguiser en miroir pour que les autres nous accordent un regard.»

~ Le Chat  

3 mai 2012

L'exaspération

L’humanité parait avoir atteint un niveau de déception qui peut mener soit à une destruction totale, soit à un changement de valeurs rapide et bénéfique. «On verra», comme disent certains politiciens.

Je pige souvent  des lames du Tarot Zen au hasard, sans attentes particulières – je sais que j’y trouverai sagesse à appliquer dans ma vie. Celle d’hier est trop d’actualité pour passer à côté – couleur, mots, thème, etc. Même si la situation n’est pas drôle, le fait de l’avoir pigée est plutôt cocasse.

«La pagaille extérieure est un reflet de ma propre pagaille intérieure...»
(Aphorisme zen)

La percée

Commentaire :
La couleur rouge dominante dans cette lame révèle au premier coup d’œil qu’il s’agit d’énergie, de puissance, de force. La lumière brillante émane du plexus solaire, c’est-à-dire du centre énergétique de la figure dont l’attitude dénote l’exubérance et la détermination.

Il arrive à chacun de nous d’atteindre un seuil où nous nous disons : «Cela suffit, il faut que les choses changent.» Dans de tels moments, il nous semble que nous devons faire quelque chose, n’importe quoi, même si par la suite notre initiative s’avère une erreur, afin de secouer les fardeaux et les restrictions qui nous emprisonnent. Si nous ne faisons rien, nous allons suffoquer, notre énergie vitale sera mutilée.

Si le moment est venu où vous avez la sensation que «cela suffit, il faut que les choses changent!», osez prendre le risque de briser les vieux scénarios, les limitations anciennes qui ont fait barrage à votre énergie. Vous serez stupéfait de constater le regain de vitalité et de force qu’une telle audace vous procurera.

La fonction d’un maitre est de transformer vos dépressions en percées. Le psychothérapeute se contente de vous retaper, de vous restaurer. Son travail ne va pas loin, il ne lui appartient pas de vous transformer. Pour cela, il vous faut une métapsychologie, la psychologie des bouddhas.

La plus grande aventure humaine est de traverser une dépression consciemment. C’est aussi le danger le plus grave, car rien ne garantit que l’effondrement se muera en envolée. Elle se produira, mais rien ne peut assurer quand. Votre chaos intérieur est très ancien, vous avez perdu le nord depuis de nombreuses vies. Votre confusion est massive, elle est presque devenue un monde en soi. C’est dire que le danger est bien réel au moment où vous plongez dans ce chaos armé de votre seule faiblesse. Pourtant, nul ne peut espérer l’intégration intérieure s’il n’affronte pas ce danger. C’est le seul moyen de devenir un individu, un être non morcelé.

La méditation zen est une méthode qui vous aidera à traverser le chaos, la nuit noire de l’âme, d’une manière équilibrée, disciplinée, vigilante.

L’aube n’est pas fort éloignée, mais avant de l’atteindre, il faut pleinement vivre les ténèbres. Et plus la lumière sera proche, plus la nuit sera noire.

Tarot Zen
Éditions du Gange

1 mai 2012

Cri ou murmure ou silence


Un jour, un sage demanda à ses disciples :
«Pourquoi les gens se crient-ils par la tête lorsqu’ils sont troublés?»

Ses disciples réfléchirent un moment, puis l’un d’entre eux répondit :
«Parce que nous perdons notre calme, voilà pourquoi nous crions.»

Le sage répliqua :
«Oui, mais pourquoi crier quand la personne est juste à côté de vous? Pourquoi est-il impossible de parler à voix douce lorsque vous êtes fâché?»

Les disciples fournirent d’autres réponses qui ne satisfirent pas le sage.

Il leur dit alors :
«Lorsque deux personnes sont fâchées l’une contre l’autre, leurs cœurs sont très éloignés. Pour couvrir la distance, elles doivent donc crier. Plus elles sont en colère, plus la distance s’accroit et plus elles doivent lever le ton pour s’entendre.»

Et, il ajouta :
«Lorsque deux êtres s’aiment, ils parlent à voix douce car leurs cœurs sont très proches. La distance qui les sépare est si courte qu’il leur suffit de murmurer. Et ce faisant, l’amour les rapprochent encore plus. À la fin, ils n’ont même plus besoin de murmurer, ils se regardent en silence. Voilà le niveau de rapprochement que connaissaient les êtres qui s’aiment.»

~ Auteur inconnu


Un pas en avant, trois en arrière

Oui, George Sand était en avant de son temps; mais, elle est aussi en avant de notre temps. Ce n’est pas rien. 

À la suite de la récente motion anti-avortement, on se demande s’il faudra recourir aux aiguilles à tricoter pour avorter en cas de viol, comme il y a 50 ans.

Je n'entends pas reprendre le flambeau de Sand, mais force nous est de constater que nous n'avons pas progressé autant qu'on voudrait le croire, comme dans n'importe quel autre domaine de justice sociale par ailleurs.

Et, rappelons-nous les paroles de ces canonisés à propos des femmes :

Ève, maudite à travers la maternité plutôt que d’en être bénie, fut identifiée à une forme inférieure de la matière qui attirait l’homme vers le bas de l’échelle spirituelle. Dans les excréments et l’urine de l’accouchement, tout ce qui est vil, bas, corruptible et matériel s’incarne dans la femme, la malédiction des menstruations la rapproche des bêtes.
~ Augustin

Si elles se fatiguent ou meurent, cela n’a pas d’importance. Laissez-les mourir en couche, c’est ce pour quoi elles existent.
~ Thomas d’Aquin 

Et pour ajouter l’affront à la blessure, des congrégations de frères Moralatus pédophiles ont osé répandre ces croyances ignobles, de génération en génération. Amen, alléluia… 

***
Changeant de sexe et manière,
Elle est Dudevant par-devant
Elle est George Sand par-derrière;
Lammenais s’y trompe souvent.

Insultée, souvent grossièrement, comme le prouve ce quatrain attribué à Mérimée (à tort il faut l’espérer), Aurore Dupin (alias George Sand, 1804-1876) paye très cher son désir d’être elle-même. Honnie des bienpensants, moquée des autres, elle paye plus cher encore de vouloir gagner sa vie; et si ce gagne-pain la conduit très vite à une gloire littéraire à laquelle elle ne prétendait pas, le scandale ternit cette gloire. On ne l’a plus évoquée ou représentée que le cigare à la bouche et dans cet uniforme masculin qui a nourri sa légende (des caricatures de son époque jusqu’aux films les plus récents).

Parce qu’elle transgresse les lois de la société du temps, parce qu’elle n’en n’accepte pas l’hypocrisie, elle est accusée de tous les péchés. Parce qu’elle réclame pour la femme l’égalité avec l’homme – tout au moins dans l’affection et le mariage – elle est punie de ce blasphème par la calomnie, à tel point qu’aujourd’hui encore, on la traite de tous les noms, en particulier, de «bonne femme». Elle a toujours tort en tout et pour tout.

L’on comprend pourquoi, de sa lointaine Belgique, Victor Hugo éprouve le besoin de la défendre des attaques dont elle est l’objet : «Je n’ai jamais plus senti le besoin d’honorer George Sand qu’à cette heure où on l’insulte». 

Par ignorance, les femmes elles-mêmes ne reconnaissent pas celle qui les a défendues. Ses prémonitions prophétiques, ses réussites sont tournées en ridicule.

En dépit du travail patient de quelques spécialistes, au centième anniversaire de sa mort, l’œuvre de George Sand est à peine défrichée et l’importance de sa place en littérature toujours méconnue. Malgré son succès en Grande-Bretagne et aux États-Unis où elle a été si souvent traduite, c’est en Russie qu’elle a trouvé la plus grande audience. Elle y a été tout de suite très aimée, on la lit encore.

Les conservateurs et les catholiques de son temps considèrent comme diable l’auteur d’Indiana parce qu’elle crie : «Sociétés, institutions, honte à vous, haine à mort». Ils lui reprochent surtout de vouloir abolir le mariage. Elle s’en est toujours défendue, disant vouloir remplacer cette institution par «un lien plus humain». Ce qui étonne, plus que la position des conservateurs de son époque, c’est celle des conservateurs d’aujourd’hui, qui voudraient restreindre son œuvre à des romans champêtres.

Son œuvre si vaste – cent quatre-vingts volumes sans compter la correspondance et les articles de presse – mérite que quelques chercheurs se consacrent à en dégager, selon le mot de Taine, «l’histoire morale et philosophique du siècle».

Les réalistes lui reprochent son utopie et les utopistes son réalisme. Son siècle obtient, parmi les revendications qu’elle met en avant : le suffrage universel, l’éducation du peuple, et surtout celle des filles. Il semble que George, la visionnaire, ait devancé et inspiré l’actualité. Son féminisme sage a fait école un siècle après, avec la libération du mariage et les droits reconnus aux femmes. Tout ce qu’elle prône : les problèmes de l’éducation permanente, la nécessité de la communicabilité de la langue employée par les écrivains, la participation des acteurs et du public à l’œuvre théâtrale, est encore à la pointe des débats intellectuels de nos jours.

Sa personnalité forte, riche, contrastée, passionnée, son extrême générosité, son amour des êtres, de la vie, aussi attachants soient-ils, ne doivent pas dissimuler qu’elle a passé quatorze heures par jour de sa longue vie à l’écriture, et que son plus grand amour est peut-être l’amour du travail.

Réduire George Sand, cet écrivain considérable, à n’être qu’un personnage, est très injuste. Ramener son histoire à quelques liaisons me parait sot.

Politique, religion et philosophie

Les contemporains de George Sand lui ont reproché ses théories religieuses, philosophiques, sociales, politiques et, avant tout, son féminisme.

Elle en veut à l’Église catholique et aux prêtres de trahir la religion idéale, comme elle en voudra au peuple violent, de ternir la vision qu’elle a du peuple idéal. En 1870, elle affirme sa foi dans la survie : «Je crois que nous vivons éternellement, que le soin que nous prenons d’élever notre âme vers le vrai et le bien nous fera acquérir des forces toujours plus pures et plus intenses pour le développement de nos existences futures».

Aussi enthousiaste et passionnée soit-elle, elle ne défend jamais ses idées en aveugle, au contraire : «Notre philosophie, à nous autres qui nous piquons d’être progressistes, devrait bien faire le progrès d’une certaine tolérance. Dans l’art, dans la politique, et, en général, dans tout ce qui n’est pas science exacte, on veut qu’il n’y ait qu’une vérité, et c’est une vérité en effet, mais dès qu’on se l’est formulée à soi-même, on s’imagine avoir trouvé la vraie formule, on se persuade qu’il n’y en a qu’une, et on prend dès lors cette formule pour la chose. Là commencent l’erreur, la lutte, l’injustice et le chaos des discussions vaines. Il n’y a qu’une vérité dans l’art, le beau; qu’une vérité dans la morale, le bien; qu’une vérité dans la politique, le juste. Mais dès que vous voulez faire de chacun le cadre d’où vous prétendez exclure tout ce qui, selon vous, n’est pas juste, bien et beau, vous arrivez à rétrécir ou à déformer tellement l’image de l’idéal que vous vous trouvez fatalement, et bien heureusement, à peu près seul de votre avis. Le cadre de la vérité est plus vaste, toujours plus vaste, qu’aucun de vous ne peut se l’imaginer. Tous ces catéchismes d’art et de politique que l’on se jette à la tête sentent l’enfance de la politique et de l’art».

Féminisme

Son féminisme qui a fait un tel bruit était pourtant raisonnable. Mais demander l’entière égalité de la femme et de l’homme dans le mariage, c’est blasphémer contre la sacrosainte autorité masculine. Dès le début de son mariage, elle comprend combien est peu favorable aux femmes la société qui, grâce au Code Napoléon, les traite en mineures, juridiquement et économiquement. Elle le constate encore après sa séparation conjugale à trente-quatre ans.

Bien que consciente du handicap de la femme, George croit à l’égalité sexuelle de l’homme et de la femme. Elle admet difficilement qu’on permette au mari des fredaines qu’on ne pardonne pas à l’épouse. Elle pense la même chose si le couple est légitime. «Si j’étais infidèle, je n’en n’aurais que des remords très proportionnés à l’importance du crime, et n’irais point au désert faire pénitence d’un péché que vous et beaucoup d’hommes respectables ont commis je ne sais combien de milliers de fois » écrira-t-elle à Michel de Bourges. Une telle prétention fait scandale à l’époque. La femme, obligée pour la plupart du temps de se marier sans amour, doit accepter que, selon la coutume, la société accorde son indulgence au mari et réserve sa sévérité à la femme.

George croit à l’amour et même à l’amour exclusif; elle juge le mariage nécessaire, ne serait-ce que pour élever les enfants. Elle trouve indispensable que le contrat de mariage soit un contrat honnête, entre deux êtres reconnus égaux, qui aient dans cette association «des droits égaux au bonheur et à l’épanouissement». Pour elle, le grand péché est de se donner sans amour et c’est ce qu’on lui impose, comme à tant d’autres. L’homme est sûr que «sa cupidité, sa débauche et sa violence seront pardonnées». C’est au mari qu’elle en veut. Si elle fustige les mauvais mariages, elle espère qu’il peut y en avoir de bons, mais reste «convaincue de l’impossibilité radicale de ce bonheur idéal de l’amour dans ces conditions d’inégalité, d’infériorité et de dépendance d’un sexe vis-à-vis de l’autre». Elle ne peut «conseiller à personne un mariage sanctionné par une loi civile qui consacre la dépendance, l’infériorité et la nullité sociale de la femme». Loin d’être une suffragette, elle veut seulement garder sa dignité de femme : «et puis le monde trouve fort naturel (…) qu’on se joue avec les femmes de ce qu’il y a de plus sacré : les femmes ne comptent, ni dans l’ordre social, ni dans l’ordre moral.»

Elle provoque la dérision et déclenche un tollé général : ne prétend-elle pas que l’honneur d’une femme vaut autant que celui de l’homme? Les mâles vertus, la droiture, le désintéressement, la discrétion, la persévérance dans le travail sont-elles interdites aux femmes? Il lui faudra payer cher cette impudence; elle subira une persécution qui ne s’arrêtera pas devant le seuil de sa vie privée. Aussi prudentes et raisonnables qu’apparaissent de nos jours ses opinions sur la condition féminine, George, tout le long de sa vie, est non seulement critiquée à leur propos mais moquée avec férocité.

Elle a une très claire notion de la nécessité du travail pour la femme et envisage, à la base d’une société juste, une égalité économique entre l’homme et la femme, mais elle remet à plus tard la réalisation de ce rêve. Si elle n’a pas beaucoup prêché le travail des femmes, dont elle a pourtant compris l’utilité et l’intérêt, c’est que les conditions générales du travail à l’époque, notamment dans les manufactures, étaient tout à fait révoltantes. Une transformation préalable de la société était nécessaire. L’affranchissement de la femme n’est réalisable qu’en rendant à la femme les droits civils que le mariage lui enlève et que le célibat seul lui conserve. Elle insiste : il faut réclamer «l’égalité civile, l’égalité dans le mariage, l’égalité dans la famille».

Ce que George veut, c’est reprendre à la base ce qu’on n’appelle pas encore la condition féminine, afin que les femmes soient des êtres à part entière. Sans bruler les étapes. Elle veut tenir compte des différences qu’elle reconnait entre l’homme et la femme sur le plan physiologique, sur le plan du cœur, sur le plan du travail. «Que la femme soit différence de l’homme, que le cœur et l’esprit aient un sexe je n’en doute pas (…) Mais cette différence, essentielle pour l’harmonie des choses, doit-elle constituer une infériorité morale?» Elle veut établir une égalité de principes avant de réclamer l’application de cette égalité, dans les détails, même les plus concrets.

La tempête soulevée par ses demandes réduites aux seuls principes démontre combien nécessaire était sa discrétion. Elle est accusée de saper, avec le mariage, les bases de la société. «Toutes les unions possibles seront intolérables, tant qu’il y aura dans la coutume une indulgence illimitée pour les erreurs d’un sexe, tandis que l’austère rigueur du passé subsistera uniquement pour réimprimer et condamner celles de l’autre.» George tient à ce que les femmes restent femmes, comme on le disait alors, comme on le dit encore.

Il faut que le mariage subsiste en raison de l’éducation des enfants, mais il est indispensable qu’il soit juste pour les deux partis, avec pour l’un et l’autre, les mêmes droits et devoirs. Le choix doit être le fait de ceux qui vont se marier et non des parents. Il faut que les partenaires soient conscients de la gravité de ce qu’ils font. Elle préconise le divorce par consentement mutuel dans le cas où l’obligation de se séparer apparaitra à chacun. Ces principes auxquels elle fait allusion dans tous ses romans suffisent pour heurter l’opinion qui crie au scandale. Mais pour le moment «on maltraite les femmes; on leur reproche l’idiotisme où on les plonge; on méprise leur ignorance; on raille leur savoir. En amour on les traite comme des courtisanes; en amitié conjugale comme des servantes ». Elle s’étonne qu’on espère les assujettir à la loi de la fidélité, «sans les aimer, en s’en servant, en les exploitant».

Par ailleurs elle combat un autre mal dont elle a souffert et qui intéresse toutes les femmes, le manque d’instruction. Le nombre des femmes qui savent signer est fort restreint; moins nombreuses sont celles qui savent lire et écrire. Jugeant par elle-même, George n’ignore pas que l’instruction donnée aux filles des classes privilégiées est insuffisante et frivole, et intentionnellement, très inférieure à celle que  reçoivent les garçons.

L’ignorance est la cause de bien des faiblesses inhérentes à la condition féminine. L’instruction lui est nécessaire aussi bien pour être l’égale de l’homme dans le mariage que pour trouver à l’extérieur un travail digne d’elle. C’est pourquoi la romancière prêche, avec passion, dans toutes ses œuvres critiques et créatrices, les droits de la femme à l’éducation et à l’instruction. Si on a pu accorder le suffrage universel aux hommes, avant même que l’école obligatoire passe vraiment dans les faits, c’est parce que la mentalité du temps leur donne une ouverture au monde sans comparaison avec celle offerte aux femmes.

Ainsi le féminisme de George Sand se réduit à demander pour l’homme et la femme l’égalité sexuelle, l’égalité des droits dans le mariage, l’égalité devant l’instruction, l’égalité des responsabilités dans la famille, ce qui sous-entend l’égalité des droits au travail. Elle ne veut plus que l’homme exploite la femme, que ce soit en tant que courtisane ou servante, la dignité de la femme lui parait là en jeu. Son féminisme est réfléchi. Elle ne met pas la charrue devant les bœufs. Elle espère éviter, aux femmes moins bien armées qu’elle, les difficultés qu’elle a eues.

Cette société si mal faite pour les opprimés – en particulier pour les femmes – elle contribuera de toutes ses forces à la changer. Elle éveillera la conscience assoupie des femmes affaiblies par leurs «mœurs d’esclaves». De sa révolte proviendra sa passion politique, mais sa passion politique s’arrêtera au seuil de la violence. La force de sa position résulte de ce qu’elle a prêché d’exemple et souffert des maux qu’elle combattait. Elle a démontré qu’une femme pouvait à la fois être amante et mère, jouer un rôle social, gagner sa vie et créer.

Extraits de :
George Sand
Francine Mallet
Grasset