7 août 2021

Encore Marie Grégoire!

C’est le genre de nouvelle qu’il est difficile d’ignorer car elle confirme que cette nomination est partisane... cessons de jouer les hypocrites. Imaginez, le gouvernement a abaissé les critères d’embauche juste avant la nomination pour caser Madame qui n’a qu’un baccalauréat en communications... 


Caricature : Serge Chapleau / La Presse, 13 juillet 2021 (dans le mille comme toujours!)

Le niveau de scolarité exigé pour le poste de PDG de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a été abaissé dans les semaines précédant la nomination controversée de l’ex-animatrice et chroniqueuse Marie Grégoire, a appris notre Bureau d’enquête.

La loi constitutive de BAnQ attribue aux administrateurs le pouvoir d’établir les critères de sélection. «Normalement, le seuil de scolarité est défini comme une exigence», a précisé notre source. Pourtant, après avoir reçu le profil du poste de président-directeur général de BAnQ, le Secrétariat aux emplois supérieurs a publié un affichage n’exigeant qu’un niveau universitaire de premier cycle (baccalauréat).

Cet organisme impliqué dans les nominations gouvernementales relève administrativement du Conseil exécutif, c’est-à-dire le ministère du premier ministre François Legault.

Selon les notes biographiques publiées par le gouvernement au moment de sa nomination, le 7 juillet dernier, Marie Grégoire détient un baccalauréat en communications de l’Université d’Ottawa.

La future PDG n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue sur le sujet.

https://www.journaldemontreal.com/2021/07/28/criteres-abaisses-avant-lembauche-de-gregoire-a-la-tete-de-banq

Alors qu’un baccalauréat a suffi pour que Marie Grégoire soit nommée PDG de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Québec exige une maîtrise en sciences de l’information ou en bibliothéconomie pour accéder à un simple poste de bibliothécaire au sein de la fonction publique.

La semaine dernière, notre Bureau d’enquête révélait qu’avant de pourvoir le poste, le Secrétariat aux emplois supérieurs, qui relève du ministère du premier ministre (le Conseil exécutif), a abaissé le niveau de scolarité minimal requis pour devenir PDG de la BAnQ, soit de la maîtrise au baccalauréat.

Sans cette modification, l’ex-députée adéquiste Marie Grégoire n’aurait pas répondu aux exigences établies au préalable par le conseil d’administration, puisqu’elle ne possède pas de diplôme universitaire de deuxième cycle.

Or, voilà que dans une offre d’emploi en vigueur jusqu’au 10 septembre pour un poste de bibliothécaire dans la fonction publique, le gouvernement exige une maîtrise en sciences de l’information ou en bibliothéconomie.

https://www.journaldemontreal.com/2021/08/03/un-bac-pour-la-pdg-mais-une-maitrise-pour-le-bibliothecaire

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Modifier des critères d’embauche pour caser une Madame Pot-de-miel (c'est vrai qu'on n’attire pas les mouches avec du vinaigre) est inadmissible; tout ce sucre adéquiste/caquiste est indigeste! Je suis scandalisée du manque d’éthique de François Legault et de sa ministre de la Culture, Nathalie Roy.

L’article de Bryan Myles, le directeur du Devoir, m’a aussi choquée – il semblait vouloir porter secours à cette pauvre Marie Grégoire, victime de critiques prétendument injustes parce qu'elle n'a pas eu la chance de faire ses preuves.Il faudrait ménager les sensibilités plutôt que de dire la vérité?!

L'article a indigné Lise Bissonnette (1) et Carol Couture (2) pour qui le milieu n'a guère de secrets. 

Extrait de leur lettre ouverte adressée à Bryan Myles :

[...] Vous y allez alors d’un enseignement sur la liste des qualités afférentes à l’exercice de telles responsabilités. Un p-d.g. est ainsi «le gardien de la mission et des valeurs, l’ambassadeur dans les relations avec les partenaires privés et gouvernementaux, le mobilisateur en chef, le porte-parole et principal représentant sur la place publique, l’innovateur, le gestionnaire responsable, etc.». Vous nous permettrez maintenant de laisser les lecteurs du Devoir juger à leur tour, par eux-mêmes, de votre prétention initiale à n’avoir voulu «rien enlever à la candidature de madame Beaudry». Car vous l’avez carrément charcutée.

Voici donc les grandes lignes du parcours de cette candidate, sujet crucial que Le Devoir a effleuré en un seul paragraphe plus qu’incomplet depuis le début de ce débat, en son édition du 2 juin, déjà lointaine.

Guylaine Beaudry détient des diplômes d’études supérieures en musicologie et en sciences de l’information, ainsi qu’un doctorat en histoire du livre. Pionnière et conceptrice de la plateforme Érudit reconnue partout dans le monde en matière de numérisation des revues de toutes disciplines, c’est elle qui l’a gérée et mise à jour avec la coopération de chercheurs du Québec, du Canada, du monde francophone. Sur le sujet majeur et sans cesse évoqué de l’avenir des bibliothèques en lien avec le numérique, son apport est premier et partout reconnu. La liste de ses publications et de ses coopérations se passe de commentaires. Mais encore et surtout, les lecteurs du Devoir doivent savoir que c’est Guylaine Beaudry qui, à l’Université Concordia, a entièrement dirigé la refonte et la reconstruction de la fameuse bibliothèque Webster, un projet de 40 millions inauguré en 2018 au cœur du centre-ville de Montréal. Elle l’a gérée en harmonisant le travail des professionnels, d’architectes renommés, de bailleurs de fonds publics ou privés, et d’usagers. Tous ont célébré sa conduite. L’établissement est une telle réussite qu’il est reconnu aujourd’hui comme une «bibliothèque du futur», alliant au mieux culture et technologies. Ce n’est pas tout. Guylaine Beaudry a été présidente de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec, a organisé de multiples congrès, a orchestré le rassemblement associatif des milieux documentaires, a traité avec les ministères comme avec les milieux communautaires. Alors elle serait déficiente en vision stratégique, en mobilisation, en travail avec une diversité de partenaires, en gestion responsable, en innovation?

Libre à vous, Monsieur le Directeur, de considérer que ce profil, qui allie de façon exceptionnelle les compétences scientifiques et les qualités partout recherchées du véritable leadership, n’arrive pas à la cheville de celui de la candidate que vous trouvez la plus méritoire.

Votre argument qui porte le mieux, nous en convenons, est celui de «sa connaissance fine de la pensée caquiste» qui pourrait peut-être, comme vous le suggérez sans gêne, dégager des crédits pour les budgets de BAnQ. Désormais, la «gardienne de la mission et des valeurs» de l’institution peut les offrir aux enchères. Vous accréditez parfaitement le caractère partisan de cette nomination.

Le conseil d’administration de BAnQ, partagé entre une candidature idéale et une candidature soutenue par une pression du cabinet ministériel s’exerçant à ciel ouvert (voir Le Devoir du 2 juin), a choisi de se replier sur la tactique de la chèvre et du chou, en recommandant deux candidatures à la ministre. On a toutes les raisons de le déplorer. Quand le directeur du Devoir décide pour sa part de se compromettre plus avant en cautionnant clairement la candidature la plus inappropriée, il ne nous reste qu’à désespérer.

Parmi plus de deux mille personnes qui ont signé la lettre réclamant au premier ministre l’annulation de cette nomination, il se trouve des légions de lecteurs du Devoir. [...]

Lettre ouverte et indignée au directeur du «Devoir», 21 juillet 2021 (l’article inclut la réplique de Brian Myles)

(1) Lise Bissonnette, directrice du Devoir de 1990 à1998, fondatrice et première présidente-directrice générale de BAnQ de 1998 à 2009  

(2) Carol Couture, directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal de 2001 à 2005, conservateur et directeur général des archives, Bibliothèque et Archives nationales du Québec de 2006 à 2012, premier président de la Section pour l'enseignement de l'archivistique et la formation des archivistes du Conseil international des archives, consultant auprès de l'UNESCO  

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/619407/idees-lettre-ouverte-et-indignee-au-directeur-du-i-devoir-i

Extrait de la réplique de Brian Myles : Vous estimez que Marie Grégoire ne sera pas à la hauteur pour relever les défis du virage numérique de BAnQ? J’estime que son parcours n’est pas dépourvu de mérite et qu’il faut respecter la décision prise en toute indépendance par le conseil d’administration.» Contrairement à Mme Bissonnette et à M. Couture, je n’ai pas pris fait et cause pour une candidate au détriment de l’autre dans le processus de nomination de la p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). J’ai constaté et commenté le résultat final, sans plus. 

NDLR : «...décision prise en toute indépendance par le conseil d'administration»; je me permets d'en douter. 

Article de Brian Myles :

Marie Grégoire mérite une chance 

Extrait – La nomination de Marie Grégoire comme p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales (BAnQ) ne passe pas comme une lettre à la poste. Deux reproches lui sont formulés, soit de ne pas avoir fait carrière en bibliothéconomie et de correspondre à la caricature même d’une nomination partisane. Les critiques omettent de se pencher sur ses qualités et sur la contribution qu’elle peut apporter à la transformation de l’institution. [...]

L’inexpérience de Marie Grégoire en bibliothéconomie, en sciences de l’information et en gestion documentaire est une profonde lacune. Il s’agissait d’un des 11 critères de sélection du comité, et il est impensable qu’elle puisse apprendre sur un coin de table un savoir aussi sophistiqué dans l’exercice de ses fonctions. Tout p.-d.g. honnête vous dira qu’il ne maîtrise pas l’ensemble des compétences requises pour diriger une entreprise. Le secret, c’est de savoir s’entourer.

L’expertise en bibliothéconomie et en sciences de l’information est fondamentale pour la pérennité de BAnQ. À ce chapitre, Marie Grégoire devra confier des responsabilités et de l’autonomie à des personnes qualifiées autour d’elle. C’est sur cette base que nous pourrons juger de l’à-propos de sa nomination. D’ici là, donnons-lui au moins une chance de grandir dans ses fonctions.

https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/618690/banq-marie-gregoire-merite-une-chance  

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Un must : La consternation, par Jean-François Nadeau / Le Devoir, 12 juillet 2021

[...] Marie Grégoire a été présidente du congrès de fondation de l’ADQ de Mario Dumont, le parti que finira par digérer la CAQ. C’est à cette époque que, sur les bancs de l’université, j’ai connu son conjoint, Éric Montigny. Il comptait parmi la garde rapprochée de Dumont, astre guide de cette formation qui s’enthousiasmait pour Margaret Thatcher. Le couple Grégoire-Montigny a signé ensemble un ouvrage : Le cœur des Québécois. À l’aide de sondages et d’un sondeur, Youri Rivest, ils y expliquent ce que pensent les Québécois. Rien de moins. [...]

En matière de culture en tout cas, force est d’admettre que la feuille de route de Marie Grégoire ne brille pas beaucoup au-delà du spectre du marketing politique et médiatique dont elle est un pur produit. Un de ses principaux faits d’armes, en dehors de son bref rôle de députée d’arrière-ban, a consisté à dire, la plupart du temps, du bien de la CAQ dans le cadre du Club des ex, ces séances de babillages publics télédiffusés sur le mode des émissions sportives. [...]

Il fut un temps, pas si lointain en vérité, où les élus, dans un commode entre-soi, se jouaient du pouvoir comme s’il s’agissait de leur propriété personnelle, en contrôlant toutes les nominations et en distribuant des faveurs et traitements particuliers dont ils disposaient ensuite à leur gré. Sans présumer à tout moment de la résurrection d’un pareil népotisme, il est toujours signe de bonne santé de se demander périodiquement si ces temps passés sont bel et bien derrière nous et s’il n’y a pas, quoi qu’il en soit, de nouvelles façons de faire société qui devraient s’imposer dans l’intérêt commun.» [...]

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/617439/la-consternation 

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