12 juillet 2021

BAnQ : quand les dés sont pipés...

«Le favoritisme est un raccourci qui échoue toujours sur les résultats.» (Édith Boukeu, journaliste)

Certains internautes prétendent que Marie Grégoire est victime de médisance. Il s’agit plutôt de dénoncer une manigance politique véreuse. En tout cas la contestation généralisée pointe vers des erreurs de jugement dignes d’apostasie politique pour les membres de la CAQ!

Image via le site du Syndicat canadien de la fonction publique

Le député péquiste Pascal Bérubé a dit trouver «surprenant que parmi toutes les candidatures reçues, il n’y avait personne de plus qualifiée et qui répondait aux attentes des acteurs du milieu qu’une fondatrice de l’ADQ proche de la CAQ». À ses yeux, il s’agit ni plus ni moins que d’une «nomination partisane faite en catimini juste avant le début des vacances».

La bonne maman positiviste chantera la Mélodie du Bonheur avec la famille Trapp CAQ. Comme c’était touchant d’entendre Marie Grégoire promouvoir les organismes de bienfaisance et les OBNL... mais, tout n’est pas bleu poudre – voyez qui sont ou étaient les clients de la firme TACT Intelligence-Conseil dont elle a été vice-présidente (1).

Si elle était qualifiée, les gens du milieu se réjouiraient, de même que le public. Or vu que ce n’est pas le cas, il faudra sans doute embaucher quelqu’un de plus compétent qui dirigera l’institution à sa place (dans l’ombre). Ce qui coûtera double salaire au gouvernement – bravo, une manière originale de créer des emplois à plus de 30 dollars de l’heure et d’assainir les finances!

Le 30 octobre 2019, François Legault déclarait : «Le grand défi dans les cinq prochaines années, c'est de s'assurer que cet argent-là est bien utilisé, bien géré, de façon efficace, sans p'tits amis.» C'est dans ces termes que le premier ministre a entériné le nouveau pacte fiscal avec les municipalités, en leur lançant un avertissement à peine voilé sur la corruption en milieu municipal.

«Tout est grand dans le temple de la faveur, excepté les portes qui sont si basses, qu’il faut y entrer en rampant.» ~ Duc de Lévis (Maximes et Réflexions)

Un beau résumé de l’affaire par Jean-François Nadeau qui ne craint pas de dire les choses telles qu’elles sont.

La consternation

Jean-François Nadeau / Le Devoir Chronique, 12 juillet 2021

La volonté du gouvernement de nommer Marie Grégoire, une ancienne députée de sa famille politique, à la tête de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), en a laissé plus d’un pantois. Peut-être est-ce vouloir être trop délicat que de résumer en un seul mot – celui de consternation – le flot de commentaires suscités jusqu’ici par cette nomination.

À mesure que, depuis quelques années, BAnQ se voit amputée de son horizon de sens, l’institution apparaît basculer du côté de la nuit et de son silence. Pour ceux qui observent en s’en désolant cet amoindrissement, pareille nomination n’annonce rien de bon. Les pâles rayons qui éclairent l’arrivée de la nouvelle patronne des lieux n’ont mis en lumière jusqu’ici que des yeux révulsés par cette nouvelle. Est-ce sans raison?

BAnQ se trouve placée, depuis des années, sous perfusion. Ses budgets de misère ne lui suffisent pas à assurer sa mission. Que des esprits étriqués veuillent réduire celle-ci aux simples dimensions d’un programme de numérisation et de redressement de ses finances, voilà qui n’aide en rien à ragaillardir le rôle social et culturel que doivent jouer les bibliothèques publiques et les archives dans les sociétés d’aujourd’hui.

Aucun candidat n’est parfait pour occuper des fonctions aussi importantes. Cependant, il est difficile de concevoir, en scrutant le parcours de Mme Grégoire, en quoi on se trouve ici devant quelqu’un à même de relever une institution qui a sans cesse été piétinée.

Il apparaît fort difficile de soutenir que personne au Québec n’était mieux préparé, qualifié et disposé, sur le plan des idées et de la formation, à assurer l’avenir de cette institution qui montre d’inquiétants signes de perdition. Et le rapport à l’administration de la nouvelle directrice de BAnQ a beau s’étaler comme de la confiture dans le déroulé de son curriculum vitæ, il tient en vérité à fort peu de choses.

Marie Grégoire a été présidente du congrès de fondation de l’ADQ de Mario Dumont, le parti que finira par digérer la CAQ. C’est à cette époque que, sur les bancs de l’université, j’ai connu son conjoint, Éric Montigny. Il comptait parmi la garde rapprochée de Dumont, astre guide de cette formation qui s’enthousiasmait pour Margaret Thatcher. Le couple Grégoire-Montigny a signé ensemble un ouvrage : Le cœur des Québécois. À l’aide de sondages et d’un sondeur, Youri Rivest, ils y expliquent ce que pensent les Québécois. Rien de moins. Ils en viennent à nous dire, en gros, que les Québécois, voyez-vous, sont déjà en quelque sorte indépendants et qu’il faut envisager l’avenir autrement... Les sondages, en politique, sont toujours pratiques : ils donnent l’impression de révéler des traits de société, alors qu’ils ne font que projeter les formules des sondeurs en essentialisant des populations entières. Cette mascarade permet ensuite de réduire la politique à des variables de comportement, facilement exportables en slogans publicitaires. Lors de la dernière campagne électorale, Youri Rivest était désormais consultant de l’«opinion publique» pour la CAQ. L’élection en poche, il s’est félicité de ce qu’il a appelé «la victoire du Québec moyen». Pareille rhétorique, qui confond les outils de communication avec des idées et un projet de société, ne peut en venir qu’à justifier des choix qui n’en sont pas. Dans cet esprit, en Angleterre, le publicitaire Saatchi avait créé le fameux slogan de Margaret Thatcher – There is no alternative («Il n’y a pas d’autre choix») – avant de devenir l’un des plus grands promoteurs et collectionneurs d’art contemporain, comme si du marketing politique à la culture il n’y avait qu’un petit pas à franchir...

En matière de culture en tout cas, force est d’admettre que la feuille de route de Marie Grégoire ne brille pas beaucoup au-delà du spectre du marketing politique et médiatique dont elle est un pur produit. Un de ses principaux faits d’armes, en dehors de son bref rôle de députée d’arrière-ban, a consisté à dire, la plupart du temps, du bien de la CAQ dans le cadre du Club des ex, ces séances de babillages publics télédiffusés sur le mode des émissions sportives. Marie Grégoire fut de cette quotidienne de 2007 à 2015. Loin de constituer un espace d’analyse, comme l’affirmait sa publicité, cette émission offrait essentiellement un découpage de la réalité en vignettes offertes au bénéfice de la vision, souvent indifférenciée, des trois partis provinciaux les plus en vue. De cette exposition quotidienne à fleur d’écran, Marie Grégoire aura tiré l’essentiel de sa petite notoriété. Pareil passé peut bien servir de tremplin pour accéder à la direction du Bloc québécois, mais comment imaginer qu’il puisse suffire à conduire à la direction d’une institution culturelle parmi les plus prestigieuses d’Amérique du Nord?

À l’heure où même le catalogue de BAnQ n’est pas opérationnel depuis des semaines, que nombre de services ont été supprimés au fil des années, dont l’apport des grandes expositions, et sans même parler du mauvais sort fait à l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice lestée de projets insignifiants, à quoi rime en définitive pareille nomination?

Il fut un temps, pas si lointain en vérité, où les élus, dans un commode entre-soi, se jouaient du pouvoir comme s’il s’agissait de leur propriété personnelle, en contrôlant toutes les nominations et en distribuant des faveurs et traitements particuliers dont ils disposaient ensuite à leur gré. Sans présumer à tout moment de la résurrection d’un pareil népotisme, il est toujours signe de bonne santé de se demander périodiquement si ces temps passés sont bel et bien derrière nous et s’il n’y a pas, quoi qu’il en soit, de nouvelles façons de faire société qui devraient s’imposer dans l’intérêt commun.

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/617439/la-consternation

(1) Entre 2011 et 2016, Marie Grégoire a été vice-présidente et associée principale de TACT Intelligence-Conseil, une firme de communications qui fait aussi du démarchage pour des entreprises auprès des gouvernements. En bon français : une firme de lobbyistes qui défend les intérêts privés, ceux-là même qui taraudent et manipulent les gouvernements pour obtenir des faveurs, du cash, des contrats, etc.

TACT offre des services en «affaires publiques et relations gouvernementales», mais aussi d’«accompagnement en vue d’audiences publiques et de commissions parlementaires», de «relations de presse» et de «prévention et gestion de crise». La liste des clients incluait (en 2017) la Banque Laurentienne, Labatt, Ubisoft, St-Hubert, les éleveurs de porcs du Québec, IGA, la pétrolière Valero, Sobey's, Ubisoft, Transat, Energir (ex-Gaz Métro), la Financière Sun Life, la pharmaceutique Merck, Roche Pharma, Cisco (informatique)... des entreprises mondiales locales, québécoises comme le sirop d’érable.

L’ex Marie Grégoire  

Stéphane Baillargeon / Le Devoir Chronique, 26 mai 2014

TACT pouvait conseiller la pétrolière Valero tandis que sa vice-présidente commentait le projet d’exploitation des réserves d’Anticosti ou le plan d’électrification des transports. Tact inclut Roche Pharma comme cliente et son associée principale peut juger en ondes le projet Pharma Québec de Québec solidaire. Tact aide Gaz Métro et Marie Grégoire peut parler éolienne ou nucléaire en ondes.  

D’où la question répétée il y a quelques semaines à la principale intéressée : Marie Grégoire, êtes-vous en conflit d’intérêts?

«À votre question, je réponds pas du tout, a-t-elle tranché dans un courriel. Mes propos représentent mes opinions personnelles. Elles se sont construites à travers une expérience politique et professionnelle de longue date. Elles sont cohérentes et indépendantes des organisations au sein desquelles j’ai travaillé.»

Elle poursuit en se réclamant d’une position nette et pure. «[...] Mon attitude a toujours été d’agir en toute transparence, écrit-elle encore. Je n’ai jamais caché mon parcours professionnel. Si jamais il y a une zone grise, soyez assuré que [je] n’hésite pas à le mentionner en ondes. D’ailleurs, j’ai justement choisi de faire de la consultation pour garder ma liberté et l’indépendance qui vient avec.»

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/409196/medias-l-ex-marie-gregoire   

En ce qi me concerne, c'est la dernière fois que j'en parle, j'ai mieux à faire.

«La plus totalitaire des dictatures jamais connues est celle des marchés, des intérêts économique et de la consommation, qui ne peut s’exercer à la perfection qu’en démocratie.» ~ Romain Guilleaumes

10 juillet 2021

Marie Grégoire : le favoritisme l’emporte sur le bon sens

Le gouvernement Legault ne cesse de nous prouver qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences pour être élu, gouverner et obtenir des postes de haute direction au sein de la fonction publique.

 

La ministre Nathalie Roy avait déclaré qu’elle n’excluait pas la possibilité de passer outre la recommandation du conseil d’administration de BAnQ pour placer Marie Grégoire à la tête de l’institution (comme sa prédécesseur Marie Montpetit l’avait fait il y a trois ans). La justification? Le besoin crucial d’un ou d’une gestionnaire à la tête de BAnQ. Ridicule, les gestionnaires financiers compétents sont légion, néanmoins on ne leur confierait pas la direction d’une institution culturelle comme BAnQ. 

 

Je comprends que Marie Grégoire refuse d’accorder des entrevues aux médias. Normalement lorsqu’on obtient un poste prestigieux on se réjouit haut et fort devant tout le monde. Éprouve-t-elle de la gêne? En tout cas, elle ne semble pas souffrir du syndrome de l’imposteur.

 

L’ancienne adéquiste ne critique pas les politiques de gestion de la CAQ. Quand on l’avait invitée à commenter les agissements de Fitzgibbon, elle avait habilement esquivé. Le chien ne mord pas la main qui le nourrit.

 

Des articles comme ceux qui suivent, vous en trouverez plusieurs sur le web. Tout le monde voit le problème sauf les caquistes aux yeux bandés. Si le message n’est pas compris j’ignore ce qu’il faudra... On sait que François Legault est extrêmement buté; si un projet n’a rien de bon (ex. : le troisième lien et GNL Québec) il voudra le réaliser coûte que coûte, même en l’absence d’acceptation sociale. Il a un côté tyrannique assez prononcé...

 

«La véracité n'a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques.» ~ Hannah Arendt  (Les origines du totalitarisme, Tome 3 : Le système totalitaire – 1951)

 

Nomination de Marie Grégoire à BAnQ : vent de déception dans le milieu

Charles-Éric Poulin / La Presse / 9 juillet 2021

 

«C’est une nomination qui est partisane, politique, fulmine Marie D. Martel, professeure adjointe à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (UdeM). Malheureusement, il n’y a rien dans le profil de Mme Grégoire qui correspond aux attentes et aux compétences qu’exige le poste.»

 

Je pense que l’ensemble du milieu est en état de choc, de stupéfaction. Les milieux documentaires avaient déjà communiqué certaines attentes et fait part publiquement des enjeux actuels. ~ Marie D. Martel, professeure adjointe à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’UdeM

 

Dans une lettre publiée dans Le Devoir le 8 juin, la chercheuse et une quinzaine de ses collègues à l’UdeM exposaient les défis colossaux – technologiques et budgétaires – de BAnQ et plaidaient pour la nomination d’un dirigeant «avec des qualifications véritables et appropriées pour les affronter».

 

«Dans l’appel pour l’embauche, c’était écrit noir sur blanc que ça prenait une connaissance particulière dans le domaine de la bibliothéconomie, des sciences de l’information et de la gestion documentaire, fait remarquer Mme D. Martel. On se demande ce qu’on a écrit dans la case associée à ce critère de sélection pour recommander Mme Grégoire, qui est sans doute quelqu’un de fort compétent dans d’autres domaines.»

 

Le curriculum vitæ de la communicatrice politique et ex-députée de l’ADQ, parti qui s’est greffé à la CAQ en 2012, a été retenu parmi une vingtaine de candidatures. Le Conseil des ministres a entériné la nomination mercredi.

 

«Rien, mais alors absolument rien dans le CV de Marie Grégoire ne justifie sa nomination à ce poste d’une importance capitale, a pour sa part écrit Patrick Poirier, directeur des Presses de l’Université de Montréal, sur Facebook. C’est une farce sans nom. Honte à ce conseil des ministres qui, visiblement, ne pige pas du tout ce qu’il en est de piloter une institution comme BAnQ. Quelle misère.»

 

«Mme Grégoire est une excellente communicatrice, mais est-ce suffisant pour être à la tête d’une institution culturelle aussi capitale que BAnQ?», s’est-il enquis à La Presse.

 

«On est déçus, lance Julien Bréard, président de l’Association des archivistes du Québec. On aurait aimé que ce soit quelqu’un avec une formation de bibliothécaire ou d’archiviste, ou à la limite spécialisé dans les technologies de l’information. J’ai l’impression que Mme Grégoire n’a pas ces compétences-là.»

 

https://www.lapresse.ca/arts/2021-07-09/nomination-de-marie-gregoire-a-banq/vent-de-deception-dans-le-milieu.php

 

Nominations partisanes : plus ça change...

Jean-Charles Morin / Le Devoir, libre opinion, 10 juillet 2021

 

On se doit de le dire : la nomination de l’ancienne «ex-clubeuse» Marie Grégoire au poste de directrice de BAnQ n’est que la dernière d’une longue série de nominations pour le moins douteuses où on tente chaque fois, tous partis confondus, de faire avaler la même vieille couleuvre : après une recherche de candidatures bidon, le comité de sélection nous apprend – ô surprise! – que le candidat retenu – et soi-disant le plus qualifié – est un habitué de longue date des coulisses de la scène politique et ne possède pas vraiment le profil rêvé pour occuper le poste en question.

 

Il semble que le fait d’être connu du pouvoir constitue un atout qui prime largement toute expérience pertinente ou diplôme universitaire. À ce jeu hautement partisan, la notoriété et une fidélité sans failles battent la compétence et l’expérience à plate couture. On verra donc d’anciens députés, ministres ou employés politiques dûment pistonnés atterrir comme des ovnis dans des postes stratégiques dont, au départ, ils ignorent à peu près tout.

 

Soyons clairs : je n’ai rien a priori contre Mme Grégoire, que je trouve au demeurant plutôt sympathique. Sa notoriété est bien établie et sa feuille de route est impressionnante. Le seul problème, toutefois, est que cette dernière n’a aucune pertinence avec le poste convoité et que rien, dans sa formation universitaire, ne la prédestine à ce type d’emploi. Les gens du milieu se sont d’ailleurs faits fort de relever l’incongruité de sa nomination en soulignant ce point crucial.

 

On prétendra bien sûr qu’une personne de son calibre va apprendre «sur le tas» et saura vite tirer les marrons du feu. Cette attitude de matamore trahit en fait une méconnaissance profonde de la tâche à accomplir et sous-estime grandement la nature des nombreux défis auxquels on devra faire face.

 

Dans ce genre de formation «à chaud», on apprend surtout des erreurs qu’on ne manquera pas de commettre ; il s’agit maintenant de savoir quel tribut plus ou moins lourd devra être payé à terme pour réparer les dégâts qui vont survenir. Ces derniers risquent d’être sévères et de compromettre au final l’institution qu’on croit ainsi servir. 


Au Québec, ce procédé de nomination dommageable et condamnable relève d’une tradition bien établie de copinage et de patronage. On est en droit de se demander comment un comité de sélection prétendument neutre peut arriver à faire des recommandations qui tiennent si peu compte de l’expérience pertinente et du profil universitaire des divers candidats.


Comment quelqu’un qui n’a pas au départ la formation minimale requise pour occuper un poste stratégique peut-il croire un seul instant que sa candidature sera vue comme sérieuse? À moins, bien sûr, que cette personne n’ait été approchée au préalable et ses démarches, encouragées en sous-main par des gens bien placés pouvant influer efficacement sur le processus de sélection.

 

C’est sans compter également le souverain mépris dans lequel les gouvernants et leurs mandarins dociles tiennent la formation universitaire. D’une part, on prétend encourager les étudiants à faire des maîtrises et des doctorats susceptibles de les qualifier pour des postes de pointe, mais quand vient le temps de pourvoir ces derniers, on leur fait savoir par la bande qu’on va possiblement leur préférer un candidat parachuté notoire sans qualités particulières, venu de nulle part.

 

Le gouvernement actuel avait promis de mettre fin aux nominations partisanes. À la lumière de ce qui vient de se produire, on est en droit maintenant d’être déçu et de douter sérieusement de sa parole.

https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/617127/nominations-partisanes-plus-ca-change 

L’art du favoritisme politique

https://artdanstout.blogspot.com/2021/06/lart-du-favoritisme-politique.html   

6 juillet 2021

À bon entendeur, salut!

La lumière et la bière sont au bout du tunnel, mon chum ... et la libarté!

Caricature : Serge Chapleau / La Presse, 6 juillet 2021

Des souches exotiques de Chlamydia ont été échangées comme des cartes Pokémon lors du grand déconfinement.

L’intelligence artificielle ne peut pas battre la stupidité naturelle.

Il faut beaucoup d’intelligence pour répondre à un imbécile avec des mots qu’il peut comprendre.

Une preuve de maturité (similaire au passeport de vaccination) sera désormais exigée avant de faire des enfants, de voter et de gouverner.

Mariage : union qui permet à deux personnes de supporter des choses qu’elles n’auraient jamais eu besoin de supporter si elles étaient restées seules – en effet la vie de couple en confinement forcé a fait ressortir les vilains côtés de beaucoup de partenaires (1); de sorte que les drames familiaux se sont tristement multipliés.

Irréversible signifie qu’on ne peut pas revenir en arrière.

Les armes ne servent à rien d’autre que tuer. La cadence de tir d’un fusil d’assaut est de 600 balles à la minute. Les armes peuvent-elles servir à faire le bien, à une bonne cause?

https://plus.lapresse.ca/screens/cd974331-01ec-4c63-afd7-25293fbf3db8__7C___0.html

(1) Les hommes écoresponsables sont aussi de meilleurs partenaires

En moyenne, les hommes adoptent moins de comportements pro-environnementaux que les femmes. Comme la consommation écologique est implicitement perçue comme un comportement féminin, cette réticence des hommes peut être inconsciemment alimentée par la crainte de paraître féminin, et donc peut-être de ne pas être attractif aux yeux du sexe opposé. C’est ce que certains nomment la masculinité fragile. Les résultats de notre recherche suggèrent pourtant que la consommation verte pourrait en fait augmenter l’attractivité d’un homme en tant que partenaire pour le long terme. Les hommes écoresponsables sont perçus comme altruistes, fidèles, et bons pères de famille

https://theconversation.com/les-hommes-ecoresponsables-sont-aussi-de-meilleurs-partenaires-143130?utm_source=twitter&utm_medium=bylinetwitterbutton

«Ce sont les faibles qui sont cruels. On ne peut attendre de la gentillesse que des forts.» ~ Leo Rosten

27 juin 2021

Être millionnaire : un signe de maladie mentale?

Notre société extrêmement laide et égoïste maximise le gain personnel, se dirigeant ainsi droit vers la destruction massive.

Comme on l’a appris, entre 1901 et 1979, ce sont les Sœurs de Saint-Joseph qui ont administré le pensionnat autochtone de Marieval en Saskatchewan, où l’on a découvert 750 sépultures non identifiées. Sur son site internet, la congrégation décrit ainsi sa mission : «Il s’agit de sauver de la décroissance fatale une population nomade réduite à une grande misère, par suite de la diminution rapide de la chasse et de la pêche.»

Pourquoi vivaient-ils dans la misère (et encore aujourd'hui)? Pourquoi cette «diminution rapide» de leurs moyens de substances? Il y a des raisons à tout. Les colonisateurs ont utilisé et utilisent la sélection «naturelle» par l’assassinat silencieux : acculturation/assimilation (civiliser ), métissage, transmission de maladies, dépossession de territoires (donc des sources de nourriture), parcage dans des prisons sans barbelés appelées réserves, etc. La population des Premières Nations de la colonie constituait, pour les Britanniques, un obstacle à sa croissance et à sa prospérité. En vue d’assimiler et de civiliser les Indiens, dans les écoles on forçait les enfants à renoncer à leurs langues, à leurs tenues, à leur religion et à leurs modes de vie traditionnels. C’est ainsi qu’on mit en place, partout au Canada, un réseau de 132 pensionnats de confessions catholique, unie, anglicane et presbytérienne en collaboration avec le gouvernement fédéral. De 1857 à 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont fréquenté les pensionnats.

Dommage que notre ambassadeur québécois des nations autochtones, Serge Bouchard, soit décédé récemment – il ne se serait pas privé de prendre la plume et la parole...

Photo : Serge Bouchard et son ami Jean-Charles Piétacho, chef des Innus d'Ekuanitshi

Les chefs de la Nation innue honorent la mémoire de leur grand ami Serge Bouchard.  «L’auteur, animateur radio et anthropologue a rejoint le monde des esprits et de leurs ancêtres. Il est un ami de longue date des Innus», lit-on dans un communiqué conjoint des chefs.

https://macotenord.com/hommage-des-chefs-innus-a-lanthropologue-serge-bouchard/

Dans la «note de terrain» ci-après et l’extrait du livre «Un café avec Marie», il expose l’une des causes de cette «grande misère» créée de toute pièce par les colonisateurs.

Le dentiste du lion

Serge Bouchard / Note de terrain, Québec Science, 22 septembre 2015

L’idée de pureté est une idée curieuse. Elle suppose une discrimination entre le pur et l’impur, entre le net et le moins net. Lorsque nous pensons protéger une nature vierge, nous la supposons intouchée, inaltérée, pure comme de l’eau de roche. En principe, il ne faudrait pas y poser le pied puisque nous avons le pied aussi sale que la main. Dès lors, cette nature vierge demeurerait inaccessible à jamais, puisque le seul fait d’y pénétrer pour mieux la contempler constitue un viol, une prise de virginité.

Les Américains ont un mot pour désigner les espaces sauvages : wilderness. Ils ont aussi la manière. Au XIXe siècle, ils ont développé leurs parcs nationaux en considérant qu’il fallait protéger ces territoires chastes de l’industrialisation et de la patte de l’homme. En réalité, il s’agissait de mettre de côté des réserves de paradis luxuriants pour le bénéfice des élites et des privilégiés, bien sûr au détriment des classes populaires et des couches inférieures de l’humanité. La nature pure exclut les humains cachés dans ses broussailles; seuls les anges fréquentent le paradis.

La wilderness américaine a même son icône : Theodore Roosevelt. Le président était un chasseur compulsif, tout comme ce dentiste qui a tué récemment au Zimbabwe un lion intouchable. Pouvoir se payer la tête d’un lion, cela indique bien le statut de l’ultra-prédateur. Teddy Roosevelt aimait les armes, la virilité, la race blanche. Ces qualités réunies, il ne lui restait plus qu’à créer des terrains de jeux pour les puissants de ce monde, des lieux sacrés où le prédateur suprême pourrait chasser en paix l’ours et le gros gibier, pêcher la truite à la mouche et le noble saumon, sans être importuné par le menu fretin de la société.

Nous avons été au Québec à l’avant-scène de cette comédie. La nature sauvage, dont le pays regorgeait, n’appartenait nullement aux petits Canadiens français, et surtout pas, ironiquement, aux Sauvages. La nature appartenait à celui qui avait des loisirs et assez de goût, de raffinement, pour en jouir pleinement. Servir l’Américain, guider ces messieurs, fut notre destin. Nous avions tous le statut de «boy», comme dans les colonies. Autrement, si nous affichions quelque indépendance, si nous tuions l’orignal ou le saumon pour le manger, on faisait de nous des braconniers, des moins que rien, de petits pygmées qu’il fallait chasser des bonnes terres. Bas les pattes! Laissés à nous-mêmes, nous étions capables de détruire les ressources. Nous avions de la pureté à la pelle, mais nous étions trop impurs pour en profiter.

Photo : Henri Menier choisissait les têtes de cerfs du grand Hall.

Monsieur Menier, le riche chocolatier qui devint propriétaire d’Anticosti en 1895, investit une fortune pour développer son île : il en fit une réserve de chasse pour l’élite mondiale désirant se divertir à la manière des rois. Et pour faire les choses proprement, il n’eut de cesse d’en éloigner les Innus et les Cayens, ces parasites de la nature. Le comte de Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, était un grand ami de Menier et un grand amateur de safari. Où l’on voit que tout se tient. Le cercle des bien-pensants s’entendait sur les privilèges des humains supérieurs en face d’une nature qui leur revenait de droit. Terre sauvage, carré de sable des puissants messieurs de ce monde, chasse gardée des seigneurs aryens, nature réservée à l’usage des tenants de l’infériorité des races impures. Expulsons le Massaï du Serengeti, l’Indien de Yosemite, l’Algonquin du parc de La Vérendrye, le Montagnais de sa rivière, expulsons ces peuples de Métis, ces braconniers qui chassent pour manger; ne trouvez-vous pas que l’humain original fait tache dans les décors vierges du paradis terrestre?

Au tournant du XXe siècle, des journalistes américains des magazines de type outdoor cherchaient encore des autochtones «n’ayant jamais vu d’hommes blancs», quelque part au nord du lac Ashuanipi, dans la région de Petisikapau. Car la présence de Sauvages, naturellement, était gage de sauvagerie... Il suffit pourtant d’évoquer les explorations du géologue Henry Youle Hind au Labrador vers 1860, les réflexions du chroniqueur Arthur Buies sur le territoire québécois tout au long des années 1870 ou le fameux essai sur la Côte-Nord du naturaliste Napoléon-Alexandre Comeau, publié en 1909, pour se rendre compte que la nature sauvage, déjà, n’existait plus. Les sportsmen anglais et américains s’étaient donné des privilèges exclusifs de pêche au saumon sur les rivières québécoises depuis au moins 1850. La chasse sportive, la pêche à la mouche, le droit de tirer sur tout ce qui bougeait, du martin-pêcheur jusqu’au huard et à l’ourson, sans oublier le droit de chasser le Sauvage, tout cela avait sonné le glas de la fameuse wilderness.

Le lion doit être tué par un riche dentiste du Minnesota. Cela est dans l’ordre de la nature. Seul le dentiste aux dents plus blanches que blanches a le droit d’entrer nuitamment dans la réserve faunique africaine. Autrement, ce serait le chaos. L’Américain sacrilège a tué le lion à crinière noire, un lion protégé et interdit, le symbole même de la savane pure. L’argent s’est toujours arrogé la part du lion.

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Serge Bouchard a écrit une centaine de chroniques pour Québec Science. L'anthropologue a signé «L’esprit du lieu» de 2009 à 2017 dans laquelle il relatait les origines des noms de différents endroits en Amérique du Nord. Il a ensuite tenu la chronique «Notes de terrain», dans laquelle il livrait, jusqu'en juin 2018, ses impressions du monde.

Consultez la collection : https://www.quebecscience.qc.ca/categorie/serge-bouchard/

Un café avec Marie

Serge Bouchard / Les Éditions du Boréal 2021

P. 134-135 (Le rêve flou des Taïnos)

[...] L’autre jour, je donnais une visioconférence devant un public de sept cents personnes, gracieuseté de Zoom. J’étais en compagnie de Richard Kistabish, un Anishinabe de renom que je connais depuis des lunes. Ensemble, nous avons parlé pendant trois heures devant cette grande assemblée. Richard est un sage, je dirais : un jongleur, un trickster, ce qui d’ailleurs est la signification de son nom. Durant la conférence, il s’est lancé dans une diatribe aussi touchante que révélatrice. En haussant à peine le ton, il a dit ceci que je reproduis dans mes mots :

    «Pendant neuf mille ans, nous avons vécu ici, dans ce pays. Pendant neuf mille ans, nous avons protégé ce joyau, nous avons gardé ce trésor. On pouvait boire à même l’eau de la rivière, du lac. La forêt était vaste et intacte, les animaux sauvages avaient toute la place nécessaire pour se reproduire, heureux. Nous avions l’intelligence de notre terre, nous en avions toutes les compétences. Nous étions attachés à chacun des arbres de la forêt. Nous parlions aux animaux. Cela fait beaucoup d’attachement. Une branche cassait et nous le savions. Pendant neuf mille ans, nous avons fait de beaux enfants, nous avions des familles, nous avions notre langue, notre savoir, notre foi et notre spiritualité. Puis vous êtes venus, avec vos idées de progrès sous le bras. En l’espace de cent ans, de cent petites années, vous avez détruit les paysages millénaires que nous avions protégés, vous avez coupé à blanc la forêt sacrée. En seulement cent ans, vous avez volé nos enfants pour les maltraiter dans les pensionnats indiens, vous avez tué nos savoirs, vous nous avez enfermés dans des réserves, vous avez pollué tous les cours d’eau. La beauté a disparu, car nous étions beaux, aussi beaux que la nature pouvait être belle. Je dirais même que nous étions parfaits et que nous vivions au paradis sans virus, sans maladie. Comment réparer aujourd’hui les dommages catastrophiques faits à la nature par ce maudit progrès? Nous les Indiens, nous étions des conservateurs de la beauté. Vous, les gens de progrès, vous ne pensez qu’à détruire. Dans ma vie, autour de moi, tout est laid.»

    Discours naïf, manichéen? Bien sûr que non. La présentation de Richard Kistabish a la valeur d’une fable, c’est une fresque métaphorique, qui dépasse largement la question autochtone, celle du von Indien ou du mauvais Indien. C’est un plaidoyer contre la croissance démente, contre l’avidité, contre la dévastation du monde naturel et sauvage. Richard le Jongleur s’adressait à un public québécois et international, il y avait des centaines de personnes à l’écran, des Belges, des Suisses, des Français, des Tunisiens, des Libanais, des Russes. Je ne suis certainement pas le seul à avoir été ébranlé par son discours. La leçon de Kistabish vaut bien celles de plusieurs grands philosophes. Il nous dit que le sauvage est beau. Nous aurions besoin aujourd’hui, nal pris comme nous le sommes, de plus de pensées sauvages, de plus d’espaces sauvages, d’une bonne dose de liberté sauvage. Ne dites jamais «capitalisme sauvage», car cela est une insulte pour le sauvage. Sachons que le capitalisme est démesurément civilisé.

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«Malgré tout ce que les gens disent, à long terme, y’a pas de place pour les animaux sur terre avec nous. Malgré tout ce qu’on dit, y’a pas de place pour les arbres non plus. Y’a pas de place pour rien d’autre que nous, et ce que nous faisons, et ce que nous détruisons. L’être humain détruit, change, aménage, il humanise tout.» ~ Serge Bouchard (1999)