16 février 2020

Le Guide alimentaire asiatique au temps du coronavirus

Le dernier Guide alimentaire canadien recommandait de réduire la consommation de protéines animales (viande et sous-produits) et d’augmenter la consommation de protéines végétales (tofu, légumineuses) et de légumes/fruits. Beaucoup de gens étaient horrifiés, en particulier les carnivores inconditionnels pour qui se priver de viande une fois par semaine est impossible.  

Peut-être que la diète asiatique leur plairait davantage.

Quand je me rappelle les buffets chinois montréalais «all you can eat» que nous fréquentions il y a 30 ans, le cœur me lève. L’Agence canadienne d’inspection des aliments a été créée en 1997 et les inspecteurs ne visitaient pas les restaurants...   

Ce qui suit n’est pas une fausse nouvelle, encore moins une parodie.  

Indonésie : les chauves-souris toujours au menu malgré le coronavirus
Agence France-Presse, 12 février 2020

(Tomohon) Les amateurs de viande de chauve-souris, de rat et de serpent continuent à venir se ravitailler sur des marchés spécialisés en Indonésie malgré les recommandations officielles de bannir ces animaux sauvages des menus de crainte d’une contamination par l’épidémie de Covid-19.

Sur l’île de Célèbes, les vendeurs d’un marché de Tomohon connu pour son choix époustouflant d’animaux exotiques, à consommer grillés ou en ragoût, disent que les affaires vont bien et que les touristes curieux viennent toujours pour observer leur marchandise qui scandalise les défenseurs des animaux.

Les scientifiques pensent que le nouveau virus, qui a tué plus de 1100 personnes en Chine et s’est répandu dans une trentaine de pays, est sans doute né chez la chauve-souris. Mais il serait passé par une autre espèce avant de se transmettre à l’homme, peut-être le pangolin.

La diète Coronavirus

Un marché de fruits de mer et d’animaux exotiques de Wuhan, la ville à l’épicentre de l’épidémie, est considéré comme la source probable de la transmission à l’homme. Mais ces inquiétudes ne sont pas sur le radar de ceux qui fréquentent ce marché indonésien.

Ses étals proposent un large choix d’animaux destinés à être cuisinés, des serpents géants, des rats empalés sur des bâtons, des chiens grillés dont le pelage est brûlé à la torche. Et seuls les touristes qui ont le cœur bien accroché peuvent visiter ce marché jusqu’au bout.

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Si vous avez le cœur solide, il y a des reportages sur YouTube : un massacre, un carnage perpétuel, pour satisfaire les indécrottables carnivores amateurs de chair animale exotique. Les chiens et les chats sont brûlés à la torche VIVANTS!





À Yulin, il y a un Festival de la viande de chien à chaque année! 

Heureusement, tous les Asiatiques n’appartiennent pas à cette catégorie de brutes cruelles et impitoyables.

Stop the killing

On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains.
On a un cœur ou on n’en a pas.  
~ Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Récemment, j’ai revu le film «Le vieux fusil» (1975), librement inspiré du massacre d’Oradour-sur-Glane.

Résumé : En 1944 à Montauban,  le chirurgien Julien Dandieu (Philippe Noiret), décide de mettre sa femme et sa fille à l’abri en attendant la fin de la guerre. Il les installe à la campagne, dans son château familial. Quelques jours plus tard, il décide de les visiter. Il découvre alors avec horreur que les SS sont passés par là. L’église du village est jonchée de cadavres. Au château, il constate que Clara (Romy Schneider) a été brûlée vive au lance-flammes. Selon les historiens, cette séquence du film n’a pas de rapport avec Oradour, car les SS impliqués ne disposaient pas du Flammenwerfer (FmW) lors du massacre.  

«Je viens de lire le journal. Je le fais à chaque matin – sachant très bien que je vais y trouver les habituelles dépravations, bassesses, hypocrisies et cruautés qui font la civilisation; de sorte que je passerai le reste de la journée à supplier pour que la race humaine soit damnée. Mes prières ne semblent pas exaucées, mais je ne désespère pas.
    L'homme fut créé tel un animal sanguinaire et je crois qu'il aura toujours soif de sang, et qu’il s’organisera pour en avoir. Je pense qu'il est de loin le pire animal qui existe; et le seul qui soit indomptable.
     L’homme est le seul animal qui donne dans l’atrocité des atrocités : la Guerre. Il est le seul qui rassemble ses frères pour aller calmement exterminer ses pairs de sang froid. Il est le seul animal qui, pour un salaire minable, marche et tue des étrangers de sa propre espèce qui ne lui ont fait aucun mal et avec lesquels il n'est pas en conflit. Et pendant les intervalles entre les guerres, il lave ses mains souillées de sang en travaillant pour la ‘Confrérie universelle de l’homme’.» 
~ Mark Twain (Lettre à William Dean Howells, 1899; My Father Mark Twain; What Is Man?)

«En suivant sa propre voie, l’humain a maîtrisé les éléments, repoussé ses prédateurs, combattu la faim et la maladie pour survivre puis s’épanouir. Et enfin conquérir. Il a inventé la philosophie, l’art, la science. Il a développé l’altruisme, changé d’échelle la portée et le volume de sa communication, de ses échanges et de sa réflexion. Il s’est imposé des valeurs, une morale, une éthique. Progressivement, il a aussi inventé la religion, le commerce, la politique.
   Mais également... la discrimination, la haine et la torture. Il a développé le consumérisme, la destruction des terres et des mers, l’exploitation des autres espèces, en même temps que de la sienne.
   L’homme a réussi la prouesse de souiller les plus hauts sommets du monde et les plus profonds océans, l’intérieur des espèces et l’extérieur de sa planète.» 
(Documentaire «Une espèce à part / L’homme n’est pas unique»; ARTE)

12 février 2020

La magie des énergies fossiles pour les nuls

Voici l'une des fables (fausses certitudes) dénoncées par David Wallace-Wells dans son ouvrage La Terre inhabitable : 

«La richesse sert de bouclier contre les ravages du réchauffement; la combustion des énergies fossiles est le prix à payer pour la croissance économique qui, par la technologie qu’elle produit, nous fournira un moyen d’échapper au désastre environnemental.»

C’est le contresens le plus utilisé par nos élus en ce moment, ad nauseam.

«En l’espace de trois décennies, le gaz carbonique a pollué l’atmosphère par la combustion des énergies fossiles, plus que durant tous les millénaires précédents! L’objectif de 2016 aurait beau être atteint, des vagues annuelles de chaleur continueront de causer des milliers de morts sur la Terre. Si le réchauffement s’aggrave, la baisse du rendement céréalier risque d’accroître la famine; la fonte des glaciers polaires, de favoriser l’inondation des littoraux; la sécheresse, de provoquer d’immenses incendies (1) et une pénurie d’eau potable; le rejet du gaz carbonique, d'entraîner l’acidification des océans, en plus de rendre l’air irrespirable...»

La Terre inhabitable. Vivre avec 4°C de plus
David Wallace-Wells; Robert Laffont, Paris, 2019

Une moitié du monde ne comprend pas l'autre moitié, peu importe dans quelle moitié vous êtes.

Les raisonnements illogiques (je reste polie) de François Legault et du ministre de l’Environnement Benoit Charrette dérivent du discours de l’association des producteurs d’énergies fossiles.  

Comment dire des énormités sans éveiller de soupçons... et sans rire  

GNL Québec – «Le projet de GNL Québec, autant l’oléoduc que l’usine, on parle d’un projet de 14 milliards de dollars et 4000 emplois payants. Ce qui est dans le projet, ce qui est prévu, c’est qu’il y aurait une réduction de GES. La hausse des émissions de GES au Canada [causée par le projet] serait de 400 000 tonnes par année, mais cette hausse entraînerait une réduction de 28 millions de tonnes des GES en Europe et en Asie. L’entreprise ne veut pas dévoiler publiquement les noms des acheteurs de son gaz naturel liquéfié, et ce, pour des raisons concurrentielles.» (Le 3 février 2020)

[Le gouvernement Legault avait dit non à une évaluation environnementale globale qui comprendrait le gazoduc, l’usine et le terminal maritime. Selon les évaluations des experts des ministères de l’Environnement du Canada et du Québec, les émissions liées au projet, en sol canadien, atteindraient près de huit millions de tonnes par année (l’équivalent de 3,4 millions de voitures). Le gouvernement Legault a déjà confirmé qu’il ne tiendra pas compte des émissions produites en Alberta ni du transport du gaz jusqu’au Saguenay.]  

Benoit Charrette – photo : Andrew Vaughan / La Presse canadienne. Quand je le vois, j’ai toujours le sentiment qu’il souffre d’anxiété (pas d’écoanxiété...). Les rides sinueuses du front et la surélévation des sourcils font songer à l’attention pénible d’un esprit qui fait appel à tout son entendement pour résoudre des difficultés qui le dépassent dans le milieu où il se débat. Il semble presque désespéré. Ce n’est pas étonnant, car si l’on se fie à son curriculum vitae, il serait analphabète en matière d’environnement... En tout cas, cela prouve une chose : il ne faut pas hésiter à postuler pour un job même quand on n’a aucune expérience.

«Je veux une transition juste pour les travailleurs québécois. La volonté de réduire les GES du Québec ne signifie pas que les projets industriels polluants seront écartés. L’important, c’est le total. Donc, si certains projets de développement économique génèrent davantage de gaz à effet de serre, l’important, c’est que le total doit être à la baisse. Ce total doit nous amener à -37,5 % en 2030.» (Benoit Charette)

Même si l’intention est bonne, payer une taxe carbone et planter des arbres ne changera rien. Parce que les GES que nous émettons dans l’atmosphère ne disparaissent pas, elles s’accumulent et restent là! L’idée est d’éviter le plus possible d’en augmenter le volume.

Photo : méthanier japonais. Ces gigantesques navires servent à transporter de très grandes quantités, en moyenne 160 000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié (énergie fossile), d’un bout à l’autre de la planète. Imaginez ces monstres siphonnant l’usine de liquéfaction juste à côté de la pouponnière de bélugas du fiord saguenéen. Vraiment génial!

La fable des investisseurs et des emplois

Des chercheurs minimisent les retombées fiscales du projet de GNL Québec
Mélyssa Gagnon / Radio-Canada, octobre 2019

Une étude menée par l'Institut de recherche et d'information socio-économique (IRIS) met en doute l'importance des retombées fiscales du projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel par GNL Québec à Saguenay.
   L’IRIS, qui se définit comme un institut de recherche «indépendant et progressiste» diffusant «un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques», a retracé la chaîne de la structure juridique de GNL Québec.
   L’Institut publie aujourd’hui l’organigramme des organisations connues impliquées dans le projet. L'exercice démontre que GNL Québec n’est pas aussi québécoise que ses promoteurs le laissent entendre, puisque ses principaux investisseurs sont basés dans des paradis fiscaux comme le Delaware, Hong Kong et les îles Caïmans. L'impôt payé par les commanditaires serait donc minime.
   «Tous les actionnaires sont présentement installés dans des paradis fiscaux et, grâce aux ententes commerciales et fiscales qu’on a avec les différents pays, ce qui va arriver, c’est que le Canada et le Québec vont recevoir 5 % d’impôt sur les actionnaires plutôt que 39,9 % si c’était un actionnaire situé juste à côté, au Québec», explique l’un des auteurs de l’étude, Bertrand Schepper.
   Le chercheur croit également qu’en plus de payer très peu d’impôt au Canada, les sociétés qui ont investi dans GNL Québec n’en paieront pratiquement pas dans les États où elles sont établies.

Photomontage : Aurélien R.R. Bonnetaud; parodie d’un monde sans failles / «L’appât du gain» http://arrb.fr/index.php/series/parodie-dun-monde-sans-failles/   

Mise en garde aux gouvernements
Sur la base de ce constat, l’IRIS recommande aux gouvernements de ne pas soutenir financièrement le projet Énergie Saguenay.
   «Ce serait malavisé de favoriser des stratégies fiscales d’évitement, considérant que plein d’actionnaires au Québec mettent de l’argent dans des entreprises.» (Bertrand Schepper, chercheur à l'IRIS)
   L’IRIS constate que les retombées économiques d’Énergie Saguenay sont «discutables» et que les conséquences pour l’environnement «risquent d’être négatives».
   Le complexe est évalué à 14 milliards de dollars.
   Récemment, un groupe de 40 économistes du Québec a aussi émis des réserves quant à la valeur économique et environnementale du projet, dans une lettre ouverte publiée dans le journal La Presse.


Une lettre ouverte cosignée par 40 économistes et chercheurs en économie, parue dans le journal La Presse, remet en question les retombées du projet GNL Québec.
   Les experts s’inquiètent également des impacts environnementaux qu’aurait la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel dans l'arrondissement de La Baie à Saguenay, assortie de l’aménagement d’un gazoduc de 782 km reliant le nord de l'Ontario au Québec.
   La missive de deux pages, notamment signée par Jérôme Dupras, François Delorme, Éric Pineault et Laurent Da Silva, soulève que les emplois promis par GNL risquent fort d’aggraver la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
   «Dans ce contexte inédit d’urgence climatique et compte tenu que 80 % des réserves mondiales prouvées d’hydrocarbures devront rester sous le sol pour limiter le réchauffement climatique à un seuil sécuritaire, tout nouveau projet d’infrastructures dont l’objectif est de faciliter le transport, la production et la consommation de combustibles fossiles devrait être examinée avec la plus grande précaution.» (Extrait de la lettre ouverte de 40 économistes et chercheurs)  
   Les économistes ajoutent qu’une réflexion s’impose puisque «les infrastructures que nous construisons aujourd’hui sont celles que nous aurons pour les 40 à 50 prochaines années».
   La porte-parole de l’entreprise GNL Québec, Stéphanie Fortin, rappelle que le projet vise justement la lutte aux changements climatiques : «On est convaincu que le gaz naturel liquéfié canadien fait par Énergie Saguenay a une valeur ajoutée sur les marchés parce qu’il sera produit de façon moins polluante et beaucoup plus dans les normes environnementales.» 

Emplois
Quant aux 6000 emplois directs et indirects promis par GNL Québec durant la construction, des nuances sont apportées.
   «Or, ces retombées appréhendées doivent être remises dans leur contexte. Selon plusieurs estimations, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est présentement en situation de pénurie de main-d’œuvre, avec un taux de chômage moyen en 2019 de 5,4 %», mettent en relief les auteurs de la lettre. Ils indiquent qu’il s’agit d’un «creux historique».
   De l'avis des spécialistes, les emplois promis seront donc pourvus presque exclusivement par des travailleurs provenant de l’extérieur.
   Concernant l’emploi, Mme Fortin indique que la compagnie a le pouvoir d’attraction nécessaire pour attirer des travailleurs de l’extérieur de la région. De plus, l’entreprise travaille déjà avec des établissements d’enseignement pour s’assurer que des employés spécialisés nécessaires à la production seront formés.

Radio-Canada, octobre 2019

Cinq dossiers environnementaux à surveiller au Québec
Alexandre Shields / Le Devoir, 7 janvier 2020

Photo: Alexandre Shields / Le Devoir. Québec et Ottawa sont à pied d’oeuvre afin d’ajouter potentiellement plus de 5000 km² de zones protégées dans l’estuaire du Saint-Laurent dès cette année, notamment pour protéger l’habitat de cétacés menacés.

Plusieurs dossiers environnementaux risquent de susciter des débats au Québec au cours de l’année. Le Devoir a recensé cinq de ces enjeux à surveiller en 2020.

Protection du territoire
Gaz naturel
Nouveaux ports
Gaz de schiste
Poursuite contre Ottawa

Détails :

Les marchands d’illusions vertes  
Nicolas Casaux, Le Partage

«La plupart d’entre nous sommes moins dérangés par l’idée de vivre dans un monde sans martres des pins, sans abeilles mellifères, sans loutres et sans loups qu’à l’idée de vivre dans un monde sans médias sociaux, sans cappuccinos, sans vols économiques et sans lave-vaisselle. Même l’écologisme, qui a un temps été motivé par l’amour du monde naturel, semble désormais plus concerné par la recherche de procédés un peu moins destructeurs qui permettraient à une civilisation surprivilégiée de continuer à surfer sur internet, à acheter des ordinateurs portables et des tapis de yoga, que par la protection de la vie sauvage.» (Mark Boyle, écologiste britannique)  

Bien loin des enthousiastes récits verts que nous content les écolos médiatiques, ce que l’on constate, concrètement, c’est le développement de nouvelles nuisances estampillées «vertes», «propres», «durables» (construction de parcs éoliens, de centrales solaires, etc.), qui s’ajoute au développement des nuisances industrielles classiques (routes, usines, exploitations forestières, minières, etc.) – nuisances industrielles classiques qui servent d’ailleurs parfois à permettre le développement des nouvelles nuisances vertes (il faut bien que les matériaux servant à fabriquer panneaux solaires et éoliennes, voitures électriques et batteries au lithium, à fabriquer et alimenter les centrales à biomasse, viennent de quelque part). Les forêts partent en fumée, les océans s’acidifient, se réchauffent et se remplissent de plastique. La machine est inarrêtable.
   Dans la situation présente, particulièrement complexe, des tas de questions cruciales méritent d’être posées qui ne le sont jamais par nos écologistes médiatiques – logique, leur rôle est, entre autres, d’éviter qu’elles ne le soient. En voici quelques-unes : Que voulons-nous? Quelles sont les choses les plus importantes au monde? La chose la plus importante au monde? Qu’est-ce que le monde? Une gigantesque conurbation? Des métropoles, des banlieues, des routes, des bâtiments, des magasins, des usines, des téléviseurs, des smartphones? L’habitat de l’homme, qui aurait tout intérêt à en faire un immense champ bio agrémenté d’exploitations forestières productrices de biomasse à destination de centrales d’énergie verte, et d’exploitations minières écologiques à fournir des matériaux pour les écofairphones du futur? Ou la planète Terre, l’habitat d’innombrables espèces, qu’une société humaine – la civilisation industrielle – détruit à grande vitesse? La société industrielle peut-elle être réformée? Ou constitue-t-elle une machine irréformable? Cela a-t-il un sens de compter sur les gouvernements pour sauver la situation? High-tech – technologies complexes – et écologie sont-elles compatibles? High-tech et démocratie? Société de masse et démocratie? Les technologies dites vertes le sont-elles vraiment? À quoi sert l’énergie dite verte? Les usages qu’à la société industrielle de l’énergie qu’elle obtient sont-ils bénéfiques ou nuisibles pour le monde naturel? Est-il plus probable que les destructions écologiques planétaires soient enrayées par une réforme de la société industrielle ou par son effondrement? Un mouvement visant à faire écrouler la société industrielle a-t-il une chance d’y parvenir? Est-il possible de concilier des objectifs réformistes avec des objectifs révolutionnaires? Existe-t-il des initiatives à rejoindre ou à créer qui, sans être immédiatement révolutionnaires, ou décisives, peuvent permettre de véritablement améliorer la situation sur des plans sociaux et/ou écologiques?
   Il n’y a qu’en parvenant à formuler les interrogations et les discussions les plus honnêtes possibles que nous aurons une chance de parvenir aux réponses les plus justes possibles.

Article intégral :

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(1) Un exemple concret dans une région où le nombre d’incendies a dramatiquement augmenté depuis quatre ans selon les résidants – en saison, la température atteint facilement les 40°C et la pluie est extrêmement rare. 

Californie


La majorité des survivants de Paradise accusent le réchauffement climatique que Donald Trump considère comme un canular. Des morts, des disparus et des survivants aux mains vides qui veulent quitter la Californie. 

Reportage Californie : au cœur des incendies

En 2018, la ville de Paradise, en Californie, a été ravagée par un incendie d’une ampleur sans précédent. Ce reportage revient sur ce terrible évènement en donnant la parole aux victimes et aux secouristes. (Production : Frontline PBS, États-Unis)  

Version originale en anglais si vous avez accès à la zone
Fire in Paradise, October 29, 2019

Pensons aussi à l’Australie où des incendies font souvent rage, mais cette année a peut-être été la plus sinistre : des températures autour de 45°C, d’immenses pertes d’animaux sauvages et domestiques, de végétation, et un niveau de smog insupportable. 

Australie

Coronavirus : un touriste sans frontières

En 2018, selon des statistiques chinoises, 147,72 millions de Chinois ont parcouru le monde. On prévoit qu’en 2020, ce chiffre atteindra 150 millions.
   Conséquemment, il est facile de craindre une chaîne de contamination exponentielle (1) du coronavirus 2019-nCoV dont l’épicentre se trouve en Chine, en dépit de la coopération chinoise et internationale. À l’image de la mondialisation, le virus voyage à bonne allure.

«La mondialisation a essentiellement supprimé les barrières spatio-temporelles qui protégeaient autrefois les biotopes. Les maladies, les champignons, les mammifères, les amphibiens, les oiseaux et les plantes sont tous disséminés n’importe comment sur toute la planète par les navires, les avions, les voitures, les bagages, les babioles ramenées en guise de souvenirs, les chaussures, les corps et tout ce qui bouge. Les diverses conséquences en résultant sont des déplacements d’espèces, des explosions de populations et des extinctions. 
   Des biomes incapables de faire face au pétrole se retrouvent recouverts de pipelines internationaux, et le trafic international de navires pétroliers disperse ces hydrocarbures depuis les sites d’extractions vers les zones de demandes. Le SIDA, un meurtrier de masse mondial, s’est échappé d’un village isolé d’Afrique en raison de mouvements de populations massifs à travers toute la planète. Une maladie obscure comme le virus du Nil occidental se propage en Amérique du Nord après y avoir été transportée par inadvertance à cause d’un moustique arrivé en avion à New York, en provenance de l’Europe du Sud. Des grippes mortelles sont éparpillées dans le monde entier par les marées de voyageurs internationaux.
   Ce processus de mondialisation ravage aussi les différentes cultures humaines, à mesure que le voyage, la technologie et les médias propagent une pensée unique, et une unique interprétation du monde. Des modes de vie bien adaptés à des territoires écologiques spécifiques sont détruits par ce processus d’homogénéisation. Les langues, essentielles à la préservation et à la perpétuation des cultures, sont oblitérées à raison d’une par semaine. En outre, la mondialisation embrouille et affaiblit les politiques locales et nationales en raison de l’érosion démocratique qu’entrainent les accords commerciaux, en faisant diminuer l’autonomie individuelle et en volant aux populations résidentes leur droit à l’auto-détermination.
  Malheureusement, aucun obstacle n’est de taille pour contenir la marée des mouvements massifs de la Nouvelle Pangée qui balaient la planète. Les perturbations écologiques que cela crée sont sans précédent dans l’histoire de la Terre.»
~ Ray Grigg / Le Partage


Puisque l’histoire de la planète est saturée de guerres biologiques, quoi de plus tentant que de répandre des théories complotistes.   
   «Une arme biologique peut être décrite comme l'association de tout agent infectieux avec un vecteur, quel qu'il soit (obus d'artillerie, bombes, missiles, aérosols...) dans le but de nuire à d'autres personnes. Les agents biologiques utilisés pour la fabrication de telles armes sont soit des organismes vivants, soit des toxines. Dans la première catégorie se trouvent les bactéries, qui sont à l'origine de la peste, l'anthrax ou la tularémie; les rickettsies, à l'origine de la fièvre Q; les virus, qui peuvent causer des maladies telles que la variole, la fièvre jaune, d'Ebola ou de Marbourg; et les champignons, qui agissent essentiellement sur les récoltes. Les toxines se définissent pour leur part comme des produits non vivants issus de plantes ou de micro-organismes, tels que, par exemple, le ricin ou la toxine botulique. La plupart des toxines sont cependant d'origine chimique : on entre alors dans le domaine jusqu'alors à peine exploré des biotechnologies de même qu'on se heurte au problème de la frontière floue entre le chimique et le biologique.» (Michael Mates, rapport pour la commission des sciences et des technologies de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, 1999) 
   On peut considérer que les armes biologiques sont aussi anciennes que l’existence d’organismes vivants sur la planète. Dans les guerres de l’Antiquité et jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’usage d’agents biologiques est présent à de multiples reprises. On peut signaler par exemple l’usage par les Tartares de cadavres de pestiférés comme munitions contre une ville assiégée à Caffa, en Crimée, en 1346.
   [Rappelons-nous le commandant en chef des troupes britanniques en Amérique du Nord, Jeffery Amherst, qui haïssait les autochtones au point de vouloir les exterminer. La garnison de Fort Pitts s’organisa pour que des couvertures contaminées par des malades infectés de la variole tombent entre les mains des Amérindiens Delaware, Shawnee et Mingo qui assiégeaient le fort. On estime que l’épidémie de variole a fait des dizaines de milliers de victimes autochtones. Elle se propagera même parmi des tribus du Sud-Est qui n’avaient pas participé au soulèvement.] 
   Pendant la Première Guerre mondiale, des projets et des essais ont été conçus pour l’usage d’agents biologiques contre des populations civiles, des cheptels et les ressources agricoles des pays en conflit. Par exemple, des agents secrets allemands ont inoculé des maladies aux chevaux et au bétail à destination du front en France.
   Dans l’entre-deux-guerres, les recherches dans ce domaine se sont poursuivies, notamment au Royaume-Uni avec l’anthrax. Mais c’est le Japon qui a mené des travaux très avancés dans ce domaine en Chine où, de 1937 à 1945, «l’unité 731» commandée par le général Shiro Ishii, médecin, avait pour mission de créer des armes bactériologiques nouvelles. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les résultats de ce projet ont été transmis aux Américains en échange d’une amnistie.
   La guerre froide a favorisé la réalisation de programmes de recherche et de production d’armes biologiques à grande échelle, notamment aux États-Unis et en URSS, qui ont abouti à des avancées importantes en ce qui concerne le renforcement des capacités et le développement de nouveaux agents biologiques, et leur utilisation en tant qu’armes. (Encyclopédie de L’Agora)

Et ainsi de suite jusqu’aux plus récentes horreurs contemporaines.

Il est impossible de se prémunir contre la malveillance humaine. Ainsi, trouve-t-on des hommes de science sans conscience qui s’amusent à «recréer» des virus disparus depuis 40 ans juste pour voir s’ils pourraient fabriquer un vaccin : 

La ligne rouge – Des chercheurs de l’Alberta ont ressuscité le virus de la variole équine. Une étude troublante qui soulève d’importantes questions éthiques. 
(Marie Lambert-Chan, Québec science | 29.03.2018)


Le médecin chinois qui a alerté très tôt des risques d'une épidémie de coronavirus à Wuhan est décédé vendredi le 7 février après avoir contracté le virus. Son décès a provoqué l’émoi mais aussi la colère sur les réseaux sociaux. Li Wenliang, ophtalmologue d'un hôpital de Wuhan, foyer de l'épidémie dans le centre de la Chine, est devenu l'une des figures de la crise liée au coronavirus 2019-nCoV. Le médecin de 34 ans avait publiquement révélé son existence le mois dernier. Il a été réprimandé par la police de Wuhan qui l’accusait de «perturber gravement l’ordre public et de répandre des rumeurs» sur le virus. L'attitude des autorités chinoises à l'égard de Li Wenliang a rappelé les soupçons qui pesaient sur la Chine en 2003 lorsqu'elle fut accusée de tenter de dissimuler une épidémie majeure du SRAS, virus jusque-là inconnu qui est apparu dans la province du Guangdong avant de se répandre dans d'importantes villes chinoises et d'autres pays. (Source : Reuters)

Vous pouvez cacher la vérité,
vous en cacher,
mais vous ne pouvez
d’aucune manière
la changer
~ Ashleigh Brilliant 

Ajoutons à cela un incident qui soulève de graves questions sur le comportement éthique des chercheurs chinois. À mon avis, nos médias n’ont pas suffisamment couvert cet événement inquiétant.

Une chercheuse chinoise évincée du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg  
Radio-Canada / 14 juillet 2019

Une chercheuse ayant des liens avec la Chine a récemment été écartée du Laboratoire national de microbiologie (LNM) à Winnipeg dans le cadre d'une enquête de la Gendarmerie royale du Canada pour une possible «violation des règlements».
   Le 5 juillet dernier, la Dre Xiangguo Qiu, son mari Keding Cheng, ainsi qu’un nombre inconnu d'étudiants chinois auraient été écartés du seul laboratoire de niveau 4 au Canada, rapporte CBC News.


Un centre de recherche en infectiologie de niveau 4 est un laboratoire équipé pour étudier les maladies humaines et animales les plus graves et les plus meurtrières. Cela fait du laboratoire d'Arlington Street l'un des rares en Amérique du Nord à gérer des agents infectieux (virus, bactéries, parasites) nécessitant le niveau de confinement le plus élevé, comme c’est le cas pour le virus Ebola.
   L'accès sécurisé pour le couple de chercheurs et leurs étudiants chinois a été annulé, selon des sources travaillant au sein du laboratoire et qui ne souhaitent pas être identifiées par crainte de représailles.
   Cette mise à l’écart intervient plusieurs mois après que des informaticiens du LNM furent entrés dans le bureau du Dre Qiu, en dehors des heures de bureau, et eurent remplacé son ordinateur. Ses voyages réguliers en Chine ont également commencé à être refusés.
   Lors d'une réunion tenue le 8 juillet, le personnel du LNM a appris que le couple était en congé pour une période indéterminée. On leur a spécifié de ne pas communiquer avec eux.
   Xiangguo Qiu est une éminente virologue qui a contribué au développement du ZMapp, un traitement contre le virus Ebola, qui a tué plus de 11 000 personnes en Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016.

Affilié à une université chinoise
Originaire de Tianjin, Xiangguo Qiu est arrivée au Canada en 1996 pour y suivre des études supérieures. Elle est toujours affiliée à l'université de cette ville et a fait venir de nombreux étudiants au fil des années afin de l'épauler dans son travail.
   Elle occupait jusqu'alors le poste de responsable du développement de vaccins et de traitements antiviraux au sein du Programme des agents pathogènes spéciaux du laboratoire. Son domaine de prédilection est l'immunologie, mais la Dre Qiu est également professeure auxiliaire au département de microbiologie médicale de l'Université du Manitoba.
   Son mari, Keding Cheng, travaille également au sein du laboratoire en tant que biologiste. Il a publié des travaux de recherche sur les infections du VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), les infections à l’E. coli et le syndrome de Creutzfeldt-Jakob.

Aucune menace, selon la GRC
«Selon les informations reçues à ce jour, la GRC estime qu'il n’y avait à l’heure actuelle aucune menace pour la sécurité publique», a déclaré jeudi Robert Cyrenne, porte-parole de la GRC, dans un courriel adressé à CBC News.
   L'Agence de santé publique du Canada décrit le cas comme une violation des règlements interne et une «affaire administrative» et affirme que le ministère prend des mesures pour «résoudre le problème rapidement», a déclaré Éric Morrissette, porte-parole de l’ASPC.
   Personne n’a été arrêté, a-t-il ajouté, avant de déclarer qu'il n'y aurait pas d'autre commentaire «pour des raisons de confidentialité».
   Un porte-parole de la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor a déclaré qu'elle était au courant d'une «enquête administrative» au laboratoire, mais qu'elle n'avait aucun commentaire à faire.
   «Nous pouvons assurer aux Canadiens qu'il n'y a absolument aucun risque pour le public canadien et que le travail du LNM se poursuit pour protéger la santé et la sécurité de tous les Canadiens.» ~ Mathieu Filion, directeur des communications de Santé Canada
   Matthew Gilmour, directeur général scientifique du LNM, n'a pas non plus répondu à une demande de commentaire de CBC News.
   Un porte-parole de l'Agence des services frontaliers du Canada a déclaré que le ministère ne confirmera ni ne niera le fait qu'une personne a été arrêtée ou fait l'objet d'une enquête. Cette information ne sera rendue publique que si des accusations sont portées, a dit jeudi Judith Gadbois-St-Cyr dans un courriel.
   Personne de l'ambassade de Chine n'a pu être joint pour commenter le dossier.

Une question de sécurité nationale?
Bien que peu de détails aient filtré, les éléments révélés permettent de penser qu’il pourrait s’agir d’un cas de vol de propriété intellectuelle, avance Gordon Houlden, directeur du China Institute de l’Université de l’Alberta, en entrevue à CBC News.
   Le Laboratoire national de microbiologie pourrait avoir en sa possession certaines données biologiques «sensibles» qui pourraient être «partagées, avec ou sans autorisation, avec des pays étrangers», explique-t-il.
   «Tout ceci n’est pas prouvé, mais même la microbiologie peut poser des problèmes de sécurité nationale», ajoute-t-il, précisant qu'il faudra attendre de savoir si des charges seront portées par la GRC dans ce dossier.
   Mais il n'est pas rare que la Chine ait recours à l’espionnage pour faire avancer ses propres intérêts, «qu’ils soient économiques ou bien qu’ils concernent la sécurité», soutient M. Houlden.
   «Il sera intéressant de voir comment le Canada s’y prendra à l’avenir, surtout que deux Canadiens sont toujours détenus par Pékin», souligne-t-il, évoquant le cas de Michael Spavor et de Michael Kovrig, emprisonnés en Chine dans la foulée de l’arrestation de la directrice financière du géant des télécommunications Huawei par le Canada, en décembre dernier.
   Ce n'est pas la première fois que la police enquête sur un incident dans ce laboratoire. En 2009, un ancien chercheur du laboratoire avait été reconnu coupable de tentative de contrebande de matériel génétique du virus Ebola à la frontière entre le Manitoba et le Dakota du Nord.
   Le FBI enquête également sur des cas impliquant des chercheurs chinois aux États-Unis dans des dossiers similaires de violation de règles administratives.

D'après un reportage de Karen Pauls, CBC News

Suite : 
Un envoi du laboratoire national de microbiologie vers la Chine soulève des questions
Radio-Canada / 3 août 2019

Des scientifiques [chinois] du laboratoire national de microbiologie (LNM) ont envoyé les virus de l’Ebola et de Nipah vers la Chine le 31 mars 2019 sur un vol d’Air Canada. Bien que l’Agence de la santé publique du Canada affirme que toutes les règles ont été suivies, certains se demandent s’il existe un lien entre cet envoi et une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
   Cette enquête porte sur une affaire administrative au LNM (Winnipeg) où deux chercheurs chinois et plusieurs étudiants étrangers ont été expulsés.
   Ces deux virus sont parmi les plus mortels qui existent. Ils doivent être contenus dans des laboratoires qui permettent le plus haut niveau de biosécurité. Selon de nombreuses sources qui préfèrent rester anonymes par peur de représailles, les agents pathogènes ont probablement été envoyés à l’Académie chinoise des sciences.
   La directrice de l’Institut des études sur la Chine de l’Université de l’Alberta, Jia Wang, appelle toutefois à la prudence lorsqu’il s’agit de faire des liens entre les deux affaires.
   Il est vrai, admet-elle, que la Chine a été impliquée dans des affaires d’espionnage et de vols de propriété intellectuelle dans le passé, mais le pays investit énormément dans le développement des sciences, des technologies et de l’innovation.

Article intégral :

Tableau : Fabrice Tky Burdese – «Emprise chinoise»

Une raison supplémentaire de douter de la droiture politique de l’État chinois – bien sûr Pékin nie tout :  
   Quatre officiers chinois ont été inculpés aux États-Unis pour le piratage de données personnelles de l’agence de crédit américaine Equifax, a annoncé lundi le ministre de la Justice Bill Barr.
   Il s’agit de «l’un des plus gros piratages de données de l’histoire», avec environ 145 millions de victimes aux États-Unis début septembre 2017, a souligné le ministre lors d’une conférence de presse.
   «Nous rappelons au gouvernement chinois que nous avons la capacité de lever le voile d’anonymat qui recouvre Internet et de retrouver les pirates que le pays déploie régulièrement contre nous», a ajouté Bill Barr.
   Wu Zhiyong, Wang Qian, Xu Ke et Liu Lei, membres d’une unité de recherche de l’armée chinoise, ont été inculpés la semaine dernière à Atlanta pour association de malfaiteurs en vue de commettre une fraude informatique, de l’espionnage économique et une fraude aux communications.
   Ils sont accusés d’avoir exploité une faille dans un logiciel utilisé par Equifax, dont le rôle est de collecter des données personnelles de consommateurs sollicitant un crédit.
   D’après la justice américaine, ils ont obtenu les noms, dates de naissance et numéros de sécurité sociale de près de la moitié des Américains.
   L’agence Equifax avait accepté en juillet de payer au moins 575 millions de dollars pour solder différentes enquêtes liées à ce piratage, qui avait entraîné la démission du PDG du groupe, Richard Smith. (Agence France-Presse / Washington 10.02.2020) 

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(1) Avons-nous raison de craindre ce virus?

Que sait-on sur la contagiosité et la dangerosité du coronavirus?
Marine Corniou / Québec Science, 6 février 2020

À mesure que les infections par le coronavirus se multiplient, les chercheurs commencent à dresser un portrait un peu plus clair de ce nouveau pathogène. Selon Nature, on compte déjà plus d’une cinquantaine d’articles de recherche publiés sur ce sujet.

Sa contagiosité
Combien de personnes un seul malade peut-il infecter? La contagiosité d’un pathogène se traduit par un paramètre appelé R0, ou «taux de reproduction de base». Si le R0 est égal à 2, un malade infecte en moyenne deux personnes. (Pour la rougeole, très contagieuse, le R0 est supérieur à 12, par exemple).
   Pour ce virus, les estimations (une douzaine au total) du R0 varient. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il se situe entre 1,4 et 2,5. Et on ne se sait pas encore avec certitude si une personne atteinte est contagieuse avant l’apparition des symptômes.
   Dans un article du Lancet visant à modéliser l’expansion de l’épidémie, des chercheurs de l’université de Hong Kong estiment que le R0 est de 2,68 et que le nombre de cas double tous les 6,4 jours. Neil Ferguson, de l’Imperial College de Londres, parle d’un doublement du nombre de cas tous les 5 jours, dans une entrevue publiée par son organisme de recherche.
   Dans une autre étude, des chercheurs américains et britanniques évoquent un taux de reproduction de base (donc de contagion) compris entre 3,6 et 4 et supposent que seuls 5% des cas sont identifiés à Wuhan. Selon leur modèle prédictif, il y aurait environ 200 000 cas actuellement dans l’épicentre chinois et les mesures de quarantaine ont peu de chances de contenir le virus.

Sa dangerosité
Pour l’instant, on estime le taux de mortalité à environ 2% (la plupart des décès sont survenus chez des personnes de plus de 60 ans ou affaiblies). Ceci dit, il n’est pas évident de calculer un taux de mortalité fiable, puisqu’il y a probablement beaucoup plus de personnes ayant contracté le virus que ce qui a été déclaré.
   Dans de nombreux cas, ce virus semble causer des symptômes très légers, comparables à ceux d’un rhume. «On ne repère probablement que 10% ou moins des infections, soit le haut de la pyramide qui correspond aux cas les plus sévères», confirme le professeur Neil Ferguson.
   D’un autre côté, la grande majorité des personnes malades sont encore malades actuellement – et il pourrait y avoir donc plus de morts que prévu dans cette «cohorte» non guérie.
   Chose certaine, le coronavirus a déjà montré sa capacité à se transmettre rapidement, bien plus vite que le SRAS avant lui. Des contacts très brefs avec des personnes infectées pourraient même suffire à attraper le virus, selon des médias chinois qui ont retracé, grâce à des vidéos de surveillance, les moments où certains malades ont croisé celui ou celle qui leur a transmis la maladie. Dans Vice, on rapporte un cas qui a contracté le virus après seulement 50 secondes passées à côté d’un malade. L’OMS n’a toutefois pas confirmé ces observations.

Pourquoi on s’en inquiète?
On lit un peu partout que la grippe fait davantage de morts que ce virus chaque année, ce qui est pour l’instant vrai. Cela étant, le taux de mortalité de la grippe saisonnière est d’environ 0,1%, soit 20 fois inférieur à celui pour l’instant admis pour le coronavirus.
   Autre différence: on n’a pas de vaccin préventif contre le coronavirus, contrairement à la grippe saisonnière, même si des chercheurs y travaillent.
   Enfin, il s’agit d’un nouveau virus, et on ignore encore beaucoup de choses sur son «comportement» infectieux. Il pourrait également muter au cours de l’épidémie et voir sa virulence ou sa contagiosité augmenter – ou diminuer. Ces inconnues expliquent que les experts – et les médias – soient vigilants.

6 février 2020

Boeing : le profit l’emporte sur la sécurité

Au lieu d’être traduits en justice, des dirigeants coupables de négligence criminelle tels que l’ex PDG de Boeing, reçoivent des millions de dollars après avoir été limogés : «Le directeur général de Boeing, Dennis Muilenburg, a été congédié mais il a quitté avec des options d’achat d’actions et une retraite dorée d’une valeur de 62 millions de dollars américains.»
   Ce PDG était bachelier en génie aérospatial et détenait une maîtrise en aéronautique et astronautique, ce qui le rend doublement responsable – conséquemment, 346 décès, d’une façon pré-approuvés en connaissance de cause, pèsent désormais sur sa conscience. Lors des audiences devant le Congrès américain, Muilenburg exprima des regrets, affirmant que la compagnie apprendrait de ses erreurs...


Boeing : Une catastrophe annoncée
Documentaire, émission Enquête, ICI Radio-Canada Télé 

À cinq mois d’intervalle, deux avions Boeing 737 Max se sont écrasés faisant 346 victimes, dont 18 Canadiens. Ces catastrophes ont secoué le monde de l’aviation. Des documents internes révèlent des décisions prises par Boeing afin de réduire les coûts et d’augmenter ses profits, au dépend de la sécurité. Ils dévoilent comment la compagnie a influencé les autorités réglementaires afin de faire certifier le 737 Max.

À voir :

Notes piquées au vol dans le documentaire.  

«La culture économique a pris le dessus sur la culture de la sécurité.»
~ Jean Lapointe, pilote de ligne à la retraite

Tel que le démontre une simulation, avant l’écrasement un combat inégal et terrifiant se livre entre les pilotes et le MCAS, un logiciel anti-décrochage dont ils ignorent l’existence. Deux minutes après le décollage, les pilotes ne savent absolument pas ce qui se passe. Le logiciel fournit des informations erronées de vitesse et d’altitude, une vingtaine de fois avant que l’appareil ne pique du nez. Étant donné la grande vitesse, il est alors impossible de reprendre le contrôle avec les manivelles manuelles ou en tirant sur le manche et de rectifier la trajectoire. Une dizaine de minutes de montagnes russes, tout en connaissant la finalité!
   «Le pilote, tout comme les membres de l’équipage et les passagers, vont souffrir  jusqu’à l’écrasement.
   Vous êtes un être humain et vous tentez de retenir ce manche qui veut aller vers l’avant, donc, physiquement parlant, l’avion est devenu plus puissant que la force physique de deux êtres humains. Et l’avion pique vers le sol.
   On a placé les membres de l’équipage dans une position qui les a amenés à être incapables de garder le contrôle de l’appareil, et ça, Boeing en est totalement responsable.» (Jean Lapointe) 

«Il est mort depuis une seconde, mais pour lui, cette seconde, c'est la même chose que quelques milliards de siècles.» ~ Jacques Sternberg (Le coeur froid)

Boeing n’avait pas avisé les compagnies aériennes que le système de contrôle de vol intégré depuis 2016 pouvait entraîner des difficultés à contrôler l’avion et causer un possible écrasement au sol. Le plus odieux est que les pilotes ignoraient qu’ils ne disposaient que de 4 secondes pour reconnaître une défaillance du MCAS et de 10 secondes pour la corriger et éviter la catastrophe.
   Les pilotes se sont sentis trahis par l’abominable dissimulation comportant l’absence d’instructions sur la façon de désactiver le logiciel. Le pilote en chef de Boeing s’était même vanté d’avoir réussi à manipuler les autorités réglementaires afin de les convaincre qu’une formation en simulateur de vol n’était pas nécessaire.
   «Cet accident qui aurait pu être évité est le résultat d’une culture du secret. Peu après les écrasements, Boeing m’a affirmé qu’il s’agissait d’erreurs de pilotage [ce qui n’est pas le cas]. Ces pilotes n’ont eu aucune chance; ces passagers n’ont eu aucune chance. Ils voyageaient dans des cercueils volants parce que Boeing avait décidé de ne pas divulguer l’existence du MCAS aux pilotes.» (Sénateur Richard Blumenthal, audiences du Congrès américain, octobre 2019)


Boeing avait bonne réputation en matière de sécurité jusqu’à sa fusion avec MCDONNELL DOUGLAS en 1997, moment où le profit devint la priorité. Un modèle de gestion à la Wal-Mart basé sur la cupidité : sabrer dans les coûts à tous les niveaux (personnel, qualité...) pour augmenter les profits. Les intérêts des cadres supérieurs primaient sur tout.
   Les dirigeants de Boeing seront-ils tenus responsables? «Non, répond une ex-ingénieure chez Boeing. Les cadres supérieurs ne seront jamais tenus responsables car ils sont trop étroitement reliés les uns aux autres; ils ne se retourneront jamais contre l’un des leurs.»

Les proches des victimes n’ont pas reçu de lettre exprimant des regrets de la part de Boeing.

Au Canada, la porte reste grande ouverte aux criminels...

Le 737 MAX a volé 160 fois au Canada depuis son interdiction, mais sans passagers
Radio-Canada, le 3 février 2020

Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne. Air Canada ne prévoit pas de retour sur les pistes pour ses appareils Boeing 737 MAX 8 avant avril 2020.

Le Canada a autorisé des appareils 737 MAX de Boeing à effectuer plus de 160 vols, a rapporté CBC, bien que cet appareil soit théoriquement cloué au sol depuis mars à la suite de deux écrasements. Tous ces vols se sont cependant déroulés sans passagers.
   L’avion-vedette de Boeing est interdit de vol depuis le 13 mars 2019, après deux accidents en Indonésie et en Éthiopie qui ont fait au total 346 morts, dont 18 Canadiens.    
   Le système anti-décrochage MCAS a été mis en cause dans les deux tragédies du MAX et le Canada a indiqué qu'il allait effectuer sa propre évaluation du correctif du logiciel.
   Le ministre des Transports Marc Garneau a déclaré plus tôt ce mois-ci qu'il ne lèvera pas les restrictions sur les avions tant que toutes les préoccupations du Canada en matière de sécurité n'auront pas été résolues.
   Les vols ont été autorisés par le ministère canadien des Transports pour «déplacer les avions à divers endroits à des fins de maintenance et d'entreposage, ou pour permettre à des pilotes commandants de bord de maintenir leur formation à jour», a déclaré le ministère à l'AFP. «Aucun passager n'était à bord» de ces vols, a-t-il précisé.
   Air Canada a mentionné avoir profité de ces vols pour maintenir à jour les certifications de ceux qui forment les pilotes de première ligne.
   «C'est comme recevoir une gifle», s'est insurgé Chris Moore, dont la fille de 24 ans a péri dans l’écrasement d’Ethiopian Airlines. Elle est morte «à cause de cet avion», a-t-il insisté, déplorant que les autorités soient «en train de se préparer pour le jour où ils ne seront plus immobilisés».
   La tragédie de Lion Air, le 29 octobre 2018, a fait 189 morts, et celle d'Ethiopian Airlines, le 10 mars 2019, a fait 157 morts, dont 18 Canadiens.
   Fin janvier, le nouveau patron de l'avionneur, David Calhoun, a indiqué que la production du 737 MAX devrait être «relancée» avant juin.

Article intégral :

Des révélations troublantes sur le Boeing 737 MAX 8
ICI Radio-Canada / Nouvelles

Des experts en aéronautique ont observé de nouvelles anomalies dans les deux écrasements des 737 MAX survenus à l’automne et au printemps derniers et s’inquiètent de l’interaction du MCAS avec d’autres systèmes critiques de l’avion. Ils réclament des réponses à leurs questions, et un examen plus approfondi avant le retour des 737 MAX.
   Les experts en aéronautique québécois observent des anomalies dans ces deux vols, liés potentiellement à des problèmes de structure. «Personnellement, je ne serai pas passager d’un 737 MAX, à moins qu’on réponde à mes questions», affirme Gilles Primeau.
   «Il ne s’agit pas juste de revoir le MCAS, il y a beaucoup d’interactions entre le MCAS et les commandes de vol. Et je pense qu’il faut regarder tout le système de façon plus élargie», ajoute Sylvain Alarie, ingénieur en systèmes aéronautiques depuis 30 ans, spécialisé en développement et certification de systèmes critiques et commandes de vol.

Le stabilisateur horizontal

Ces deux experts ont aussi une spécialité toute particulière : le stabilisateur horizontal, une aile située à la queue de l’avion. Et plus particulièrement, le système qui contrôle cette aile, un vérin composé entre autres d’un moteur et d’une vis qui permet de faire pivoter cette aile. Précisément le système que contrôle le logiciel MCAS.
   Toute anomalie sur ce système est inquiétante parce que le stabilisateur horizontal est une des surfaces les plus critiques de l’avion : «Si le vérin qui contrôle ce stabilisateur, ou si la logique qui commande ce vérin fait défaut, on perd l’avion. C’est aussi simple que ça», explique Gilles Primeau. «C’est une des pires situations auxquelles un pilote peut faire face.»
   C’est que de nos jours, tout avion commercial a un centre de gravité plus avancé que son centre de portance. Résultat : les avions ont tendance à basculer vers l’avant. Le stabilisateur horizontal est une aile inversée qui équilibre l’avion, comme un contrepoids sur une bascule. Ainsi, un tout petit mouvement peut avoir une grande incidence sur l’avion.
   Or, Gilles Primeau et Sylvain Alarie ont observé dans les deux vols des glissements du stabilisateur qui auraient pu nuire aux pilotes : «Au début du vol, ils arrivent à contrer le MCAS. Le MCAS se déclenche encore, ils arrivent à le contrer à nouveau, mais à la fin, ce n’est plus suffisant. Il y a un changement très net de régime. Le stabilisateur horizontal se met tout à coup à dévisser, dévisser et à mettre l’avion en piqué», observe Sylvain Alarie.
   Ils tirent ces observations des données des boîtes noires.
   Si Boeing a pu éviter la mise à niveau du système de contrôle du stabilisateur horizontal, c’est que l’avionneur serait parvenu à justifier à la FAA qu’il peut le garder inchangé.
   Pour Gilles Primeau, c’est inacceptable : «La FAA leur a concédé qu’ils peuvent continuer à bénéficier de leurs clauses grand-père. À mon avis, ça ne devrait pas être permis. On a inséré un logiciel MCAS qui fait usage de ce système. Pour moi, ça devrait automatiquement provoquer une mise à jour des systèmes avec lesquels interagit ce logiciel, pour respecter les normes contemporaines.»
   Boeing, avec le 737 MAX, vise à composer plus de 20 % de la flotte mondiale d'avions commerciaux. «Ça n’a pas de bon sens que 20 % des avions dans le monde puissent voler avec des vérins remontant à 1967!» (Gilles Primeau)

Article intégral :