14 décembre 2019

Portrait du meneur d’affaire

«Il est aussi facile de se tromper soi-même, sans s’en apercevoir, qu’il est difficile de tromper les autres sans qu’ils s’en aperçoivent.» – La Rochefoucauld

L’autre jour, je feuilletais un vieux livre au hasard. Diable! en lisant le passage reproduit ci-après, j’ai reconnu quantité de personnalités publiques de divers milieux : politique, financier, entrepreneurial, artistique, etc. Plusieurs sont en lice pour un trophée «Pire Ennemi de la Terre» – catégorie pillage planétaire / pollution atmosphérique. À chaque année, on trouve une liste partielle des récipiendaires sur Forbes.
   Dans la première partie de cet ouvrage * (Une méthode pour connaître le caractère d’autrui; V. Par la conversation) l’auteur écrit :
   «On n’étudie pas un homme comme on suppute la qualité d’un cheval, simplement en tournant autour, en lui tâtant les muscles et en examinant ses dents. Il faut bien vous décider à lui parler.»
   Les personnalités publiques sont rarement abordables. Mais il n’est pas nécessaire de parler directement au proprio d’Amazon, Jeff Bezos, pour savoir que les profits «pléthoriques» de ses entreprises, tel le commerce en ligne, n’empêcheront pas l’ambitieux milliardaire d’inventer autre chose pour combler son appétit insatiable de profit.

 
Portrait du meneur d’affaire : l’homme voué à une activité sans fin

C’est l’homme qui crée, organise, dirige une entreprise. Son influence dans la vie sociale est considérable. Même quand son activité est contrôlée ou commandée par l’État, «Monsieur le Directeur» est un personnage dont, à chaque instant, beaucoup de citoyens dépendent. Il est donc utile de se faire une opinion sur sa psychologie en tant que «meneur d’affaire».
   En général, c’est un individu qui paraît se complaire en une activité «dévorante», tourbillonnante. Dur, inflexible, exigeant, impitoyable, on le sent tendu par une volonté de réussir. Toujours pressé et cependant maître de lui, il n’a pas le temps de bavarder, ni de s’épancher en confidences sentimentales. On discerne mal le fond de son âme. Sa froideur d’acier déconcerte, rien ne transparaît sur son visage figé en une mimique de commandement. On devine seulement l’homme qui se surveille, prépare ses projets en secret qu’il exécutera avec audace au moment voulu.
   Se trouve-t-il en présence de gens qu’il a intérêt à ménager ou dont il veut conquérir les bonnes grâces? Il sait alors se composer l’attitude convenable qui va parfois jusqu’à l’amabilité. Mais avec ses subordonnés il ne tolère pas la contradiction. Il a un plan mûri; l’entreprise doit produire tant de tonnes de marchandises par an, donner tant de bénéfices; ce but doit être atteint coûte que coûte. Une moins-value de l’affaire, au bilan, est à ses yeux une catastrophe. Pour l’éviter, il mettra tout en œuvre, exigera des exécutants des efforts redoublés, il trouvera des combinaisons, des expédients, stimulera la production, augmentera la publicité, réduira les frais inutiles, etc.
   La prospérité ne ralentira pas son effort, au contraire. Les bénéfices doivent aller en croissant. Toute affaire qui ne progresse pas meurt. Voilà les dogmes qu’il a acceptés, une fois pour toute, comme base de sa conduite.
   Aussi l’usine a beau «tourner» intensément, il faut qu’elle accélère encore son allure; on achète des machines nouvelles, on agrandit les ateliers, on crée des succursales, des filiales; on cherche des débouchés nouveaux.
   L’homme qui «anime» cette ruche ne connaît pas de repos. Il reste à son poste, de plus en plus tendu, secret, machiavélique, adroit, opiniâtre; on dirait le pilote d’un navire en pleine bourrasque. Et pourtant tout va bien, les comptes en banque sont pléthoriques, l’homme règne sur un peuple d’employés, d’ouvriers, de clients, les journaux chantent la gloire de l’affaire!
   Pourquoi ce meneur d’affaire s’impose-t-il un tel effort? – Parbleu, dites-vous, il veut faire fortune pour pouvoir satisfaire tous ses désirs?
   Sans doute voit-on des hommes d’affaires jouisseurs qui, après avoir amassé de l’argent, vont le dépenser au cabaret, achètent des châteaux, un yacht, des autos, entretiennent des danseuses! On en rencontre aussi dont l’idéal est de mener la vie bourgeoise de rentier; ils marient leurs filles richement, se meublent confortablement, deviennent arthritiques pas excès d’alimentation, se glorifient d’appartenir à un club chic ou s’efforcent d’être le grand homme politique de leur canton. D’autres encore se promènent de palaces en palaces, en toutes les parties du monde, des malles de luxe et un ennui distingué; ils visitent, en baillant, tous les musées, tous les sites fameux, goûtent à toutes les cuisines exotiques, assistent à tous les spectacles, achètent de faux ou de vrais tableaux de maîtres, et meurent un beau jour dégoûtés du monde et d’eux-mêmes.
   Mais, dans la mesure où l’homme essaie ainsi de jouir de son argent, il cesse d’être un meneur d’affaire pour devenir un simple bourgeois rentier. Cette perspective déplaît souverainement à celui qui possède vraiment le goût de l’action. Le repos, le loisir, le bonheur, tout cela, à ses yeux, sont des aspects de la déchéance. Il n’est pas au monde pour être heureux, mais pour produire. Âme d’une entreprise mécanisée et emballée, il en est aussi l’esclave. En réalité, l’argent ne l’intéresse qu’en tant que signe, symbole de sa réussite.
   Il faut reconnaître que cette conception de la vie en vaut peut-être une autre. L’activité, en effet, est un plaisir en soi. Notre organisme est une machine productrice d’énergie que nous avons besoin de dépenser. Évidemment, nous pouvons l’employer à nous amuser; c’est ce que font les jouisseurs dont je viens de parler, mais s’amusent-ils vraiment tant que ça? Le métier d’homme riche et oisif est peut-être celui qui use le plus rapidement et qui satisfait le moins, car hélas! le plaisir n’est pas une sensation qu’on trouve à volonté.  
   Le meneur d’affaire sent cette vérité profonde et en tire les déductions logiques. De toutes les manières de jouir, il préfère celles qu’il trouvera dans une activité accrue. C’est même ce qui lui donne une sorte de grandeur désintéressée. On le croit, et il se dit peut-être réaliste, matérialiste; en fait, il tient moins aux choses qu’il conquiert qu’à l’effort qu’il faut faire pour les conquérir.
   Les obstacles s’accumulent-ils devant lui? Tant mieux! En les bousculant il prendra une conscience plus aiguë de sa force. Le risque ne l’effraye pas, au contraire; il en retire une excitation qui est le sel de sa vie. Volontiers, parfois, il s’expose à perdre sa fortune pour avoir le plaisir d’en regagner une autre. Subit-il des échecs? Est-il accablé par les soucis? Son visage peut se rembrunir, mais en lui, l’exaltation de l’instinct de lutte s’accroît.
   – Comment peut-il, demandez-vous, accepter sans frémir tant de responsabilités?
   Mais ce sont elles qui lui donnent le plus mâle plaisir! Ne sentez-vous pas que cet homme, en développant son «affaire», en attirant à lui des capitaux, des confiances, des sympathies, des intérêts; en prenant des engagements dont dépendent la vie d’autres êtres, ne sentez-vous pas, dis-je, que cet homme éprouve une pathétique sensation : celle de la paternité! Voilà le salaire que reçoit cet esclave opulent!
   Il est d’ailleurs probable qu’à tout cela s’ajoute la satisfaction de voir tout un petit peuple de subordonnés obéir à ses ordres. On sait que l’instinct de domination est un des mieux enracinés au cœur de tout homme; l’ascète riche, qui dirige une entreprise, en est peut-être enfiévré plus que tout autre.
   Quoi qu’il en soit, vous pouvez déduire de cette analyse que pour attirer l’attention, l’intérêt, la sympathie, l’amitié, la bienveillance d’un tel homme, il convient en principe, d’apparaître à ses yeux comme un collaborateur dévoué de l’«Entreprise» dont il est le premier serviteur. Cet homme passionné de production est habitué à juger les autres sur leurs capacités de rendement.
   Ce «Patron» n’a pas de temps à perdre aux bagatelles. Si vous écrivez des vers, mieux vaut ne pas lui en parler car, après cette confidence, il vous confierait difficilement un poste important dans son affaire.

* Source : Dictionnaire des caractères Connaître et manier les hommes; [Jean Taboureau dit] Jean des Vignes Rouges; Éditions J. Oliven. Mon exemplaire tout jauni a été imprimé en 1945, mais il n’a pas pris une ride. J’ai découvert que l’auteur avait enseigné la psychologie à Charles de Gaulles...!     

Image : Aurélien R.R. Bonnetaud. Parodie d’un monde sans failles.

Le documentaire Le monde selon Amazon avait pris l’affiche le 29 novembre dans quelques cinémas de répertoire au Québec. Si vous l’avez manqué, j’imagine qu’il est/sera achetable en ligne... sur Amazon!
   «Cette enquête, tirée du livre éponyme de Benoît Berthelot, tient plus du reportage télévisuel que du documentaire de création. En revanche, elle a le mérite d'exposer, à travers le cas précis d'Amazon, l'avenir que nous réservent les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple). Le début du film donne le ton, avec ses spectaculaires images du désert que Jeff Bezos a acquis pour le lancement de «ses» fusées dans l'espace. Il faut néanmoins attendre le dernier tiers, centré sur l'impuissance des gouvernements à encadrer ce géant, pour voir le film tenir sa promesse militante. La présence sentie de Richard Desjardins à la narration compense l'impersonnalité de la réalisation, qui mixe statistiques-chocs et témoignages informatifs mais neutres.» – Georges Privet

L’infrastructure économique d’Amazon fonctionne à peu près comme une mafia – chantage, écrasement des compétiteurs (petits, moyens et grands) et contrôle des gouvernements. Voilà sans doute pourquoi MM. Justin Trudeau et François Legault hésitent à taxer les géants du numérique. Selon M. Legault, Google a «des projets intéressants» d’investissements au Québec, mais les deux parties ont convenu de garder le tout confidentiel. «On peut parler de beaucoup d’emplois payants potentiels», s’est limité à dire M. Legault. Le gouvernement projette de dézoner un territoire agricole à Beauharnois afin de permettre à Google d’y installer un centre de stockage de serveurs informatiques. Dans la métropole, Google compte déjà un centre de données, un studio de jeux vidéo, un laboratoire de recherche en intelligence artificielle et un bureau de sa filiale DeepMind.
   Qui plus est, en raison des récents vols de données personnelles chez Desjardins et Capital One, les ministres Éric Girard et Éric Caire (ministre délégué à la Transformation numérique qui louche sur les géants américains de stockage numérique) veulent instaurer un processus d’identification numérique – empreintes digitales et/ou reconnaissance faciale – pour tous les Québécois en 2021, pour réduire le risque de fraude d’identité. Éric Caire voit très grand, il désire créer des «citoyens numériques : «Je veux développer une “start-up” du gouvernement en matière de transformation numérique [...] Pourquoi on n’irait pas chercher des gens de chez Amazon qui aimerait travailler chez nous? Il ne faut pas oublier une chose : le gouvernement du Québec, c’est la plus grosse entreprise au Québec.»  
   La biométrie n’éliminera pas les risques. Un expert en cybersécurité invite à la plus grande prudence : «Si on perd l'information biométrique à notre sujet, ça peut avoir de très graves conséquences pour toute notre vie. Qui nous sommes [biologiquement], c'est le facteur d'identification qui est généralement le plus fort, mais c'est aussi le talon d'Achille. » (Pascal Fortin, ex-président de la firme GoSecure)

Ainsi on balancerait toutes nos données personnelles dans la gueule de prédateurs numériques américains, livrées du même coup aux renseignements américains. Totalement inconscient et irresponsable. Découvrez ce qu’est le Patriot Act et le Cloud Act, et ce que pense Edward Snowden du stockage de données chez des pourvoyeurs de nuages (cloud)  étrangers (américains ou autres); une très mauvaise idée...  

– 9 décembre 2019 : Le NHS (système de santé public britannique) donne à Amazon le droit d'utiliser librement les données de santé émanant des utilisateurs d'Alexa. ~ Benoît Berthelot  https://twitter.com/benoitberthelot?lang=fr

Bezos : un digne rejeton d’Edward Bernays... En août 2019, ont estimait la valeur nette de Bezos à 131 milliards de dollars. Les bénéfices boursiers de Bezos en 2018 lui ont rapporté environ 260 millions de dollars par jour.

«Le monde selon Amazon» : l’économie, c’est moi!

Caroline Montpetit
Le Devoir, 29 novembre 2019

Vous avez probablement contribué à sa fortune, à un moment ou un autre de votre vie : Jeff Bezos, le fondateur et PDG d’Amazon, est considéré comme l’homme le plus riche du monde. Son empire étend ses tentacules partout. Et son but est de s’infiltrer encore plus, dans toutes les sphères de nos vies.
   Le documentaire Le monde selon Amazon, d’Adrien Pinon et Thomas Lafarge, qui prend l’affiche vendredi, jour du Vendredi fou (Black Friday), effectue une plongée fascinante dans l’univers de ce géant, dont l’idée a germé dans un sous-sol de Seattle, en 1994.
   À l’époque de sa fondation, Amazon livrait une vingtaine de livres par jour, raconte un ancien partenaire de Bezos, interrogé dans le film. Aujourd’hui, l’entreprise livre cinq milliards de colis par année, au rythme de 158 par seconde.
   Et les activités de l’entreprise ne s’arrêtent pas là. 60 % des bénéfices d’Amazon proviennent des stockages de données, dans les 120 centres de données qu’elle gère dans le monde, dont l’un est établi à Varennes, en banlieue de Montréal.
   Les ambitions de Jeff Bezos vont plus loin. Jusqu’où? Par le biais de sa compagnie Blue Origin, il vise rien de moins que la colonisation de l’espace, voire de la Lune, explique en entrevue Alexandre Sheldon, assistant réalisateur du film.
   «La terre suffira-t-elle à combler son appétit?», demande d’ailleurs dans le film Richard Desjardins, qui assure la narration du film pour le Québec. «Que veut Jeff Bezos qu’il n’ait déjà? Quel avenir la multinationale veut-elle nous imposer et à quel prix?», demande-t-il encore.
   Le film, une coproduction entre la compagnie française Little big story, et les productions du Rapide blanc, au Québec, explore avec brio la dynamique mise en place par Amazon au sein de l’économie mondiale, et le pouvoir que la géante exerce auprès des commerçants qu’elle dessert comme auprès de ses clients.
   «On ne veut culpabiliser personne d’acheter par exemple leurs cadeaux de Noël sur Amazon, poursuit Alexandre Sheldon. On veut que tout le monde s’interroge sur les enjeux liés à la présence d’Amazon». Selon Stacy Mitchell, de l’Institut américain pour l’autonomie locale, qui est interrogée dans le film, deux emplois sont perdus pour chacun des emplois créés par Amazon. Le chiffre fait réfléchir, au moment où Amazon s’apprête à ouvrir un nouvel entrepôt dans le secteur de Lachine à Montréal.
   L’équipe de réalisation du film s’est notamment rendue en Inde, où Amazon tente de faire sa place en livrant une concurrence féroce à deux autres géants, Flipkart et PayTm (une filiale d’Alibaba).
   Ses efforts provoquent la colère de boutiquiers indépendants du Vieux Delhi, qui y font commerce depuis des générations.
   Alors qu’un géant comme Amazon peut se permettre de perdre de l’argent durant cinq ans pour se faire une place dans le marché, ces commerçants ne peuvent tenir ainsi que quelques mois, explique l’un d’eux.
   En réponse à ces critiques, le gouvernement de l’Inde, dont ces commerçants forment la base nationaliste, réclame notamment à Amazon que 30 % des produits vendus par l’entreprise soient fabriqués en Inde.
   En Europe, où l’entreprise est déjà bien implantée, l’approche de Jeff Bezos heurte les syndicats, qui critiquent les conditions de travail difficiles de l’entreprise.
   On apprend par exemple que les personnes qui travaillent dans les entrepôts doivent obéir aux ordres d’une machine, qui leur dit quel bras lever pour atteindre l’objet par exemple, ou comment bouger dans l’entrepôt.

Photo tirée du documentaire 

Selon un employé de l’entreprise de Leipzig, en Allemagne, une personne qui effectue ainsi les mêmes gestes, 500 fois par jour, est très à risque de faire un burn out.
   «En Europe, les normes en matière de conditions de travail ne sont pas les mêmes», relève Alexandre Sheldon.
   Le Parlement européen a également décidé d’imposer des sanctions contre Amazon, déclarant illégales des exemptions fiscales dont l’entreprise a bénéficié au Luxembourg. Mais le Luxembourg est en appel de cette décision.
   Toutes ces critiques semblent d’ailleurs glisser sur le dos de Jeff Bezos comme sur celui d’un canard. «Mon impression, c’est que ça ne les inquiète pas du tout ou très peu», dit Alexandre Sheldon.
   Au début du film, il est mentionné que Jeff Bezos s’est porté acquéreur il y a quelques années du Washington Post, l’un des quotidiens les plus influents, aussi considéré comme un adversaire de Donald Trump.
   Or, Amazon espérait récemment décrocher un énorme contrat, nommé JEDI, avec le ministère de la Défense américaine. «Finalement, c’est Microsoft qui a eu le contrat», dit Alexandre Sheldon.
   Reste que Jeff Bezos est décrit dans le film comme un libertarien pur jus, qui déteste se soumettre à quelque réglementation que ce soit.
   À Seattle, où la compagnie a son siège social, une bataille musclée a eu lieu entre l’entreprise et le conseil municipal, au sujet de l’aide que les grosses entreprises devaient apporter aux sans-abri, en finançant la construction de logements abordables.
   Alors que le conseil municipal a tenté d’imposer une contribution obligatoire à ces grosses entreprises par le biais d’un règlement, Amazon a organisé une vigoureuse contestation, forçant le conseil municipal à reculer.
   Quelque temps plus tard, Jeff Bezos a annoncé un don de deux milliards de dollars pour venir en aide aux sans-abri dans l’ensemble du pays.
   Pour la conseillère municipale de Seattle qui avait lutté pour obtenir du financement de logement social par voie de règlement, cette érosion des pouvoirs publics au profit du pouvoir privé, reposant entre les mains d’un seul homme, est inquiétante.
   Jeff Bezos a refusé d’accorder une entrevue aux réalisateurs.


Regard critique sur Amazon

Silvia Galipeau La Presse, 29 novembre 2019
(Extrait)

Le tiers du cloud mondial

C’est l’une des activités les moins connues d’Amazon, et pourtant la plus lucrative : 30 % du cloud mondial appartient à Amazon (Amazon Web Services). «C’est la division la plus profitable d’Amazon», confirme l’assistant-réalisateur québécois. Netflix, Airbnb, Waze, Expedia et la plupart des applications de vos téléphones intelligents transitent par des serveurs qui appartiennent à Amazon. Même le New York Times et, bien évidemment, le Washington Post, ce dernier ayant été racheté récemment par la multinationale. «Le tiers des informations disponibles sont hébergées chez des serveurs appartenant à Amazon», révèle le documentaire.
   Pour chaque emploi créé par Amazon, que ce soit dans un entrepôt en Amérique, en Europe ou en Asie, deux autres sont perdus. On estime qu’en tout, 85 000 petites entreprises ont disparu en 10 ans et 35 000 petites et moyennes usines. Amazon ne serait pas la seule, mais la «principale» cause de ces pertes, signale le documentaire. Et quand des emplois sont créés, encore faut-il s’interroger : «Quels emplois, et de quelle qualité? s’interroge à son tour le recherchiste. Ce sont des emplois au bas de l’échelle, dans des conditions déshumanisantes, avec un rythme de travail imposé par des promesses de livraison rapide.»
   Impossible de rester ici indifférent. Car si Amazon fait déjà partie de nos vies, sa présence et son emprise soulèvent à court, moyen et long terme une foule d’enjeux économiques, mais aussi (surtout?) collectifs. En résumé : «Est-ce qu’on est juste des consommateurs, à la recherche du meilleur deal? Ou est-ce qu’on est aussi des citoyens, qui cherchent un certain tissu social, un milieu, des rencontres?» À voir. À méditer.


Commentaire sur le livre de Benoît Berthelot
Koatiraleur, 24 septembre 2019 (Babelio)
           
Des chiffres qui donnent le vertige! 10,1 milliards de $ de bénéfices... 650 000 employés – 100 millions d'abonnés; Amazon a été créée en 1995 aux USA, le 28 août 2000, la conquête du marché français commence!
   Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, est un visionnaire nourri à la Science-fiction... une devise «get big fast»! Indéniablement, c'est un génie qui a au moins dix années d'avance, mais c'est aussi un esclavagiste à l'ego démesuré dépourvu d'empathie, semblable aux robots qu'il s'ingénie à perfectionner chaque jour un peu plus! La terre ne lui suffit pas, une société dédiée à la conquête spatiale a vu le jour. [...] 


On n'imagine même pas les ramifications d'Amazon, ni les projets «démentiels» que nourrit son inventeur! Aujourd'hui il n'hésite pas à se lancer dans la bataille de l'alimentaire avec, en partenariat, en France, une grande enseigne! j'ai d'ailleurs découvert avec stupéfaction ses partenaires français... Aucun pays n'a échappé à Jeff Bezos et à son mastodonte! L'épilogue s'intitule : 2030, selon Amazon... (tout un programme).
   C'est une enquête très documentée, très détaillée et accessible à tous... rien de rébarbatif. Le journaliste a parcouru divers pays sur une durée de trois ans.
   J'ai apprécié ce livre mais j'en suis sortie complètement sonnée par la découverte de ce géant du e-commerce mais aussi par la diversité de ses sociétés satellites, abasourdie par sa manière d'exploiter sa main d'oeuvre; ses milliards le rendent intouchable... pour le moment!

Le Monde selon Amazon, Benoît Berthelot; Éd. Le Cherche midi (22/08/2019) 

Cybercommerce et enrichissement des dépotoirs

Le tsunami du commerce en ligne – certains consommateurs semblent croire que le cybercommerce est plus vert puisqu’ils n’utilisent pas leur voiture pour leur magasinage des Fêtes – comme si les paquets tombaient du ciel par magie!

Extrait de L’achat en ligne permet-il de réduire notre empreinte écologique?
CÉRSÉ – Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté; mars 2019

40 % des adultes Québécois font au moins un achat par mois sur Internet. La place du géant Amazon est telle qu’on parle d’une “Amazonization” des ventes en ligne, avec 4 Québécois sur 10 qui utilisent cette plateforme pour leurs achats en ligne.
   Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), des actions urgentes doivent être entreprise si l’on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Les ordinateurs, les centres de données et les réseaux consommeraient près de 10 % de l’électricité mondiale, et avec une augmentation de 8,5 % par an de la consommation énergétique du numérique, sa part pourrait atteindre de 20 % à 50 % de la consommation mondiale d’électricité en 2030 selon différents scénarios. Amazon prétend verdir ses installations, mais certaines pratiques comme l’obsolescence programmée laissent perplexe.
   Les produits et les services deviennent disponibles partout et à toute heure, et les coûts de transactions sont souvent moins élevés. Néanmoins, les clients n’ont pas la même expérience que dans un point de vente : ils ne peuvent voir, sentir et toucher les produits avant d’en faire l’achat. Certains d’entre eux peuvent également avoir des inquiétudes quant à la sécurité de leurs données et le respect de leur vie privée, et un manque de confiance dans les paiements en ligne.
   Bien que les achats en ligne épargnent aux consommateurs de se rendre en magasin, les articles doivent toutefois être expédiés par avion ou par camion pour être livrés jusqu’à leur domicile ou un point de livraison.
   Le transport et l’emballage sont ainsi deux facteurs majeurs qui augmentent l’empreinte écologique des achats sur Internet. Et l’empreinte écologique s’intensifie encore avec les retours de marchandise, avec des taux de retour pour les commandes en ligne variant de 25 % à 30 %, comparativement à 6 % à 10 % pour les achats en magasin. Par ailleurs, les options de livraison gratuite auraient un impact environnemental encore plus élevé.
   Pour réduire notre empreinte écologique : achetons en magasin lorsqu’on en a la possibilité, et plus globalement adoptons un comportement minimaliste.

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Extrait de : Achats impulsifs, retours, invendus et gros gâchis  
Agence France-Presse, novembre 2018

Photo : Slow Fashion Next 

Le choix du e-commerce de faciliter le retour gratuit des colis génère des montagnes d'invendus qui finissent parfois à la broyeuse, en particulier lors des opérations de super promotions. Plus on commande, plus on renvoie [...] et chaque paquet a un impact sur le climat. Plus de la moitié des jeunes consommateurs de moins de 30 ans savent, dès l'achat, qu'ils renverront une partie de leurs commandes.
   Chez le géant du secteur Amazon, le reconditionnement ou la vérification de l'état du produit retourné sont parfois jugés plus coûteux que la destruction pure et simple de l'article. Environ 30 % des articles réexpédiés par les clients déçus d'Amazon finissent à la poubelle. Des équipes sont affectées chaque jour à la destruction de meubles, téléphones, matelas, portables, ou machines à laver neuves, selon les témoignages des employés de la firme américaine, photos et vidéos à l'appui. Le géant américain  affirme «travailler continuellement» à minimiser le nombre d'articles invendus. Il cite ses circuits de seconde main, ou même de don caritatif.
   Dans le e-commerce, le client ne peut tester correctement son achat qu'après une prise en main, la possibilité du retour fait donc intégralement partie du modèle économique et intervient dès le choix du produit.
   D'autres plateformes ont intégré le coût du retour dans leur stratégie, jugeant la satisfaction complète du client et l'assurance de son retour sur leurs sites plus importante que les frais de logistique. Zalando, le géant européen de la mode en ligne, encourage ainsi ses clients à commander en plusieurs tailles.
   Cette stratégie dite de «cabine d'essayage à domicile», couplé à un service de coursiers dépêché chez le client à sa convenance pour venir récupérer par exemple les chaussures trop grandes et trop petites, est déjà mise en place dans plusieurs pays.

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Extrait de : C'est plutôt stupéfiant : les achats en ligne retournés sont souvent envoyés à la décharge, selon les recherches de la journaliste Adria Vasil
Interview par Laura Lynch, émission The Current
CBC Radio, 12 décembre 2019

Selon Adria Vasil, journaliste spécialiste de l'environnement et rédactrice en chef du magazine Corporate Knights, le magasinage en ligne a créé une pléthore de produits en parfait état qui se retrouvent dans les décharges et les dépotoirs.
   Amazon a fait face à des accusations de destruction d'articles retournés en France et en Allemagne. Le problème concerne également les produits invendus. Burberry a admis en 2018 qu'elle avait incinéré 90 millions de livres sterling de vêtements et d'accessoires au cours des cinq années précédentes. L'entreprise a mis fin à cette politique l'an dernier à la suite d'un tollé public. La marque de mode de luxe britannique Burberry se concentrera désormais sur le recyclage et les dons.


Comment l'essor des achats en ligne influe-t-il sur la quantité de bons produits qui est gaspillée?
C'est plutôt stupéfiant. L'augmentation du volume des retours a explosé de 95 % au cours des cinq dernières années. Et au Canada seulement, nous retournons 46 milliards de dollars de marchandises chaque année. Et tu penses, OK, c'est quoi le problème? Eh bien, le problème, c'est que – surtout lorsque nous retournons en ligne – beaucoup de ces produits finissent dans des sites d'enfouissement.

Pourquoi on retourne quelque chose de neuf et en parfait état?
En fait, il en coûte beaucoup plus cher aux entreprises de demander à un employé d’inspecter visuellement le produit et de vérifier s’il est conforme aux normes et au code. Pourrait-il occasionner une poursuite? Quelqu'un a-t-il trafiqué la boîte d'une façon ou d'une autre? Est-ce remboursable? Si c'est un vêtement, il faut le repasser et le remettre dans un bel emballage. Et pour beaucoup d'entreprises, ça n'en vaut pas la peine. Donc, ils vont littéralement l'incinérer ou l'envoyer à la poubelle.
   Nous achetons davantage nos vêtements en ligne, mais c'est en fait difficile parce que nous ne connaissons pas vraiment la taille qui convient. Alors, nous achèterons un petit, un moyen et un grand, ou taille 8, 10 et 12; puis nous les essayerons, et retournerons les deux qui ne font pas. Le problème, c'est que les deux que nous retournons sont en fait, dans de nombreux cas, envoyés à la décharge. Et les grandes marques ne veulent rien savoir des retours. Donc ils préfèrent les jeter.

Y a-t-il des entreprises qui essaient de mettre un frein à cette pratique? Existe-t-il des solutions?
Nous voyons tellement de grandes marques de vêtements, en particulier, jeter ou incinérer des vêtements, comme l'a fait Burberry. Ils ont été pris en train de brûler des milliards de dollars de vêtements. H&M aussi. Et vous savez, c'était un scandale pour les gens de l'industrie du vêtement. Si vous êtes un client, découvrir que des milliards de dollars sont brûlés parce que l’entreprise ne veut pas sous-évaluer ses vêtements en les remettant sur les tablettes. Cela ferait baisser les prix.
   Par contre, nous voyons certaines marques s'y opposer. Patagonia a créé un magasin en ligne et un magasin de surface pour les produits qui sont peut-être légèrement endommagés, mais qu'ils ont réparés. Il y a des marques qui réparent, qui encouragent la réparation, de sorte qu'elles remettent les colis et les marchandises sur les tablettes.
   La France interdit ... l’envoi des marchandises retournées à la décharge.
   Nous commençons donc à voir un changement d'attitude. Je pense que les gens en ont vraiment marre de cette pratique et qu'ils en sont dégoûtés.
   Les magasins jettent parfois les marchandises retournées au lieu de les vérifier et de les reconditionner.

Pourquoi les entreprises ne donnent-elles pas les vêtements à des organismes de bienfaisance?
C'est une question d'image. Elles essaient de maintenir l'exclusivité. Elles essaient de maintenir la spécificité de leur produit. Mais c'est vraiment symptomatique d'un problème plus vaste qui touche notre culture de consommation à l'heure actuelle.


Alors, que pouvons-nous faire en tant que consommateurs, surtout maintenant que nous faisons du shopping pour les Fêtes?
Je vous recommande fortement de repenser à vos retours de marchandises. Avant de le retourner, réfléchissez attentivement et voyez s'il n’y a pas quelqu'un à qui vous pourriez le donner. Si vous ne voulez pas le retourner, pouvez-vous le donner?
   Achetez des articles d'occasion. Nous sommes nombreux à acheter des articles neufs dont nous n'avons pas vraiment besoin. Néanmoins, la tendance à acheter des articles d'occasion est en hausse en ce moment. Alors, je vous encouragerais à y participer et à rechercher des marques qui font partie de l'économie circulaire, qui, comme Patagonia, réparent, reconditionnent et rénovent des biens en fin de vie pour qu'ils puissent avoir une seconde vie. Et pour qu’on ne se retrouve pas avec autant de déchets dans les dépotoirs.

Transcrit par Padraig Moran. Produit par Ben Jamieson.


Qui mettra fin à ces pratiques stupides et scandaleuses sinon les consommateurs?
En conclusion, à chacun de choisir selon ses propres valeurs, car savoir donne au moins la liberté de choisir.

Avec le libre-échange et la mondialisation, la compétition est féroce. Les moyens et les petits disparaissent à une vitesse fulgurante. Jeff Bezos (Amazon) n’a rien inventé, il a simplement transposé le catalogue imprimé d’autrefois à un catalogue numérique, mais à l’échelle planétaire, et il vise le monopole. Si jamais l’empire Bezos s’en prend à l’empire Xi Jinping, il y aura des étincelles, c’est certain.

En complément

Si l’histoire de l’achat par catalogue vous intéresse, ce site en trace les origines de 1871 à 2003. Sujets : Mode et ameublement; Accrocher le client; Profil historique des entreprises; de la commande à la livraison. Et plein de photos vintage...  


Avant le cybercommerce – Une histoire du catalogue par correspondance au Canada

1817 à 1886 Origines de la vente par correspondance dans les grands magasins européens et américains
L'industrialisation a favorisé la production et la distribution de masse. Vers la fin du XIXe siècle, des grands magasins inaugurent des services de vente par correspondance dans le but d'étendre leurs affaires au-delà de leurs établissements, jusqu'aux petites villes et aux régions rurales. Les Français et les Américains sont les chefs de file dans ce domaine.

1880-1914 Début des catalogues des grands magasins du Canada
La population canadienne augmente considérablement à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. Les catalogues de vente par correspondance, principalement associés aux grands magasins de Montréal et de Toronto, atteignent le marché des régions rurales du pays.

1914-1929 La Première Guerre mondiale et ses conséquences sur le front intérieur - Développement, croissance et innovation
Pendant la Première Guerre mondiale, un nombre considérable d'employés des grands magasins s'enrôlent. Des concurrents, comme Eaton et Simpson collaborent à l'effort de guerre. Beaucoup de marchandises, auparavant importées d'Europe, ne sont plus disponibles. Pendant et après la guerre, bien des entreprises mettent en place un programme d'expansion.

1930-1939 Les années 1930 : Croissance des entreprises et clientèle sans argent
En raison de l'optimisme des années 1920, un certain nombre de services de vente par correspondance étendent leurs activités. Toutefois, à mesure que la Dépression s'intensifie au pays, beaucoup d'entreprises sont contraintes de réduire le nombre de pages de leurs catalogues, d'arrêter la vente de certains articles et de restreindre leurs plans d'expansion ou d'y renoncer. Des centaines d'employés des services de vente par correspondance sont mis à pied. La Dépression alimente la colère des propriétaires de magasins locaux envers les entreprises de vente par la poste.

1939-1945 Catalogues du temps de la guerre
Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, en 1939, les entreprises de vente par correspondance soutiennent l'effort de guerre canadien; elles expédient des articles aux soldats à l'étranger, proposent des objets patriotiques dans leurs catalogues, travaillent avec le gouvernement à un programme de rationnement et envoient des colis aux Britanniques, touchés par le manque de marchandises, et aux prisonniers de guerre en Allemagne.

1946-2003 Suprématie du catalogue des grands magasins : Simpsons-Sears et Sears au Canada

Janvier 2018 La faillite de Sears Canada entraîne la fermeture définitive de tous les magasins à grande surface et des centres de services. Pour bien des gens, surtout ceux qui habitaient dans des régions éloignées des grands centres, c’était «le magasin du catalogue». C'est un peu paradoxal parce que Sears était le champion historique des commandes à distance, par téléphone et par catalogue... Ç'aurait été naturel pour Sears de faire la migration vers le commerce en ligne, mais c'est un changement qu'elle n'a pas fait assez rapidement. En raison de la faillite du géant du commerce du détail, les ex-employés de l’entreprise ont perdu leurs avantages sociaux, l’assurance vie et le programme d’indemnité dont ils bénéficiaient. La nouvelle que les dirigeants de l’entreprise s’étaient versé de généreuses primes salariales malgré la mise à pied de milliers d'employés avait indigné une grande partie de la population. (ICI Radio-Canada/nouvelle)  

Durant la période de l'après-guerre, la quantité et la variété des articles augmentent rapidement, tout comme le pouvoir d'achat des Canadiens. L'arrivée de l'électricité dans les régions rurales stimule le marché des appareils électriques. Le baby-boom fait croître la population du pays, et les enfants et les adolescents deviennent un public cible dans les années 1950 et 1960. Vers la fin des années 1990, le commerce électronique permet aux gens d'acheter dans des magasins locaux ou ailleurs dans le monde.
           
La vente par catalogue et les petits marchands du Canada : une lutte sans merci
Grâce à la vente par catalogue, les Canadiens peuvent enfin faire livrer, à leur porte, des produits de plus en plus modernes et variés. Ce commerce s'avère alors si rentable qu'il menace le gagne-pain d'une catégorie plus vulnérable de détaillants : les marchands des communautés rurales et des petites localités. La pérennité de ce moyen d'existence deviendra donc un enjeu national et politique.
   La vente par catalogue, qui permet aux agriculteurs, aux mineurs, aux travailleurs forestiers et à leur famille d'acheter une multitude d'articles, nuit toutefois au chiffre d'affaires des marchands des petites villes, incapables de rivaliser avec les entreprises qui utilisent cet outil de vente. Résultat : ils ferment boutique.

Injuste, la compétition?
Le volume des opérations des «grands» est si élevé qu'il leur permet d'obtenir de la part des manufacturiers des produits à prix réduit. Ils peuvent alors vendre leurs marchandises par catalogue et en magasin aux plus bas prix. Afin d'attirer la clientèle, ils n'hésitent pas à écouler des articles à perte. Cette technique, appelée «article de réclame» ou «produit d'attraction», est toujours en vogue aujourd'hui.

9 décembre 2019

Lettres à la terre

Parfois on a l’impression qu’une force obscure pousse l’humanité à s’autodétruire, propulsée par une forme de désespoir...

Tableau : Fabrice TKY Burdese

«L’obligation de subir nous donne le droit de savoir. Le fait incontournable que le déclin de la faune soit lié à la destinée des êtres humains est rapporté de plus en plus souvent partout dans le pays. La faune, fait-on remarquer, régresse parce que sa maison est détruite. Mais la maison de la faune est aussi notre maison. (30 mars 1938)
   Personnellement, je suis convaincue qu’il n’y a jamais eu un plus grand besoin qu’aujourd’hui pour des reporters et des interprètes du monde naturel. Le genre humain est allé très loin dans l’établissement d’un monde artificiel de sa propre création. Il a cherché à s’isoler, dans des villes d’acier et de béton, des réalités de la terre, des eaux et de la semence qui germe. Intoxiqué par l’impression de sa propre puissance, il semble aller de plus en plus loin dans de nouvelles expérimentations qui le détruisent ainsi que son monde. Il n’y a certainement pas qu’un seul remède face à cette situation et je ne prétends pas offrir de panacée. Mais il me semble raisonnable de croire – et en fait, je crois – que plus nous serons en mesure de centrer notre attention sur les merveilles et les réalités de l’univers qui nous entourent, moins nous aurons le goût de détruire ce monde et notre espèce. L’émerveillement et l’humilité sont des émotions très nourrissantes et elles ne peuvent coexister avec le désir de détruire.» (7 avril 1952)

~ Rachel Carson


Dans son livre Silent Spring (1962), Rachel Carson prédisait que l'empoisonnement graduel et irréversible des écosystèmes rendrait la terre impropre à toute vie. Ce cauchemar dystopique s’est avéré. Le cri d’alarme lancé par la célèbre océanographe américaine, partiellement entendu, n’a fait bouger personne. Près de soixante ans plus tard, les printemps sont de moins en moins chantés. Certaines forces destructrices dites naturelles – et d’autres découlant de l’intervention humaine qu’on peut dire malveillante  – accélèrent le processus de culbute. L’actualité nous en fournit des exemples quotidiennement.
   En 2992, un entomologiste pro-DDT avait accusé Carson d’être plus concernée par le sort des animaux que celui des humains, et d’avoir tué plus de gens que la deuxième guerre mondiale en faisant bannir le DDT. Ignorait-il que nous faisons partie d’une chaine alimentaire où nous nous mangeons tous les uns les autres, et que les résidus de pesticides/insecticides/pétrole s’additionnent d’un organisme à un autre, et que l’humain ramasse le paquet en bout de ligne?
   La science est une arme à deux tranchants, et les hommes de science sans conscience sont légion.

Perdre les oiseaux, trouver les mots : 
lettre d’excuse à la Terre mère

Nous n'avons pas réussi à relever le défi. Nous avons trahi nos origines et notre humanité même. Depuis la mort de Rachel Carson, 3 milliards d'oiseaux ont disparu en Amérique du Nord. Ils ont tout simplement disparu. Tandis que plusieurs espèces disparaissent de la surface de la Terre, leurs noms sortent du dictionnaire, de notre conscience, de l'imagination des enfants. Si «trouver les mots est une autre étape pour apprendre à voir», alors perdre les mots, c'est cesser de voir – un aveuglement volontaire à notre propre responsabilité, qui nous pousse les yeux bandés sur le chemin abrupt et tortueux de la délivrance.
   La dramaturge, militante et fondatrice du V-Day*, Eve Ensler – une artiste proche du super-héros culturel – rédemptrice de l'indicible, voix du non-dit, instrument non seulement du changement social mais de cette «révélation dans le cœur» (pour emprunter la belle phrase de Leonard Cohen) où tout changement commence – enlève son bandeau dans une lettre d'excuse à notre Terre mère, écrite comme une sorte d'addendum à son magnifique livre The Apology.

~ Maria Popova, Brain Pickings  

* V-Day, est un mouvement activiste mondial visant à mettre un terme à la violence à l'égard des femmes et des filles.


En résumé, dans sa lettre, Eve Ensler nous dit que tout a commencé avec un article sur la disparition de 2,9 milliards d’oiseaux en Amérique du Nord. Des moineaux, des corbeaux et des hirondelles n’ont pas réussi à naître, à voler, à chanter et à picorer la terre noire humide de leurs becs. Elle se remémore une chute à vélo qu’elle n’avait pu éviter. En réalisant qu’elle était tombée, elle prenait soudainement conscience que tout était en train de tomber – les corbeaux, les conifères, les calottes glacières et les espérances. Qu’elle préférerait mourir enterrée profondément sous terre plutôt que de vivre sans voir les oiseaux, les abeilles, les mouches étincelantes qui illuminent les nuits d’été et les fleurs; plutôt que de voir tout disparaître, blanchir, brûler, sécher, étouffer.
   Elle s’excuse d’être responsable du fait que les oiseaux disparaissent, que les saumons ne frayent plus, que les papillons ne rentrent plus chez eux, que l’océan bouillonne au méthane, que des millions de personnes fuient leurs terres desséchées, que les forêts brûlent et que les îles sont englouties sous l'eau. Elle regrette son arrogance, son mépris envers la terre.
   «Je suis faite de terre et de gravier, d'étoiles et de rivières, de peau, d'os, de feuilles, de moustaches et de griffes. Je suis une partie de toi, de tout cela, rien de plus ou de moins. Je suis mycélium, pistil, étamines et pétales. Je suis la branche et la ruche, le tronc et la pierre. ... Mère, je suis là maintenant. Je suis à toi.», conclut-elle.  

Photo: Cornell Lab of Ornithology, Vanishing birds – 1 in 4 Birds GONE since 1970  

Dear Mother,

It began with the article about the birds, the 2.9 billion missing North America birds, the 2.9 billion birds that disappeared and no one noticed. The sparrows, black birds, and swallows who didn’t make it, who weren’t ever born, who stopped flying or singing or making their most ingenious nests, who didn’t perch or peck their gentle beaks into moist black earth. It began with the birds. Hadn’t we even commented in June, James and I that they were hardly here? A kind of eerie quiet had descended. But later they came back. The swarms of barn swallows and the huge ravens landing on the gravel one by one. I know it was after hearing about the birds, that afternoon I crashed my bike. Suddenly falling, falling, unable to prevent the catastrophe ahead, unable to find the brakes or make them work, unable to stop the falling. I fell and spun and realized I had already been falling, that we have been falling, all of us, and crows and conifers and ice caps and expectations – falling and falling and I wanted to keep falling. I didn’t want to be here to witness everything falling, missing, bleaching, burning, drying, disappearing, choking, never blooming. I didn’t want to live without the birds or bees and sparkling flies that light the summer nights. I didn’t want to live with hunger that turned us feral or desperation that gave us claws. I wanted to fall and fall into the deepest, darkest ground and be finally still and buried there. 
   But Mother, you had other plans. The bike landed in grass and dirt and bang, I was ten-years-old, fallen in the road, my knees scraped and bloody. And I realized that even then nature was something foreign and cruel, something that could and would hurt me because everything I had ever known or loved that was grand and powerful and beautiful became foreign and cruel and eventually hurt me. Even then I had already been exiled, or so I felt, forever cast out of the forest. I belonged with the broken, the contaminated, the dead.
   Maybe it was the sharp pain in my knee and elbow, or the dirt embedded in my new jacket, maybe it was the shock or the realization that death was preferable to the thick tar of grief coagulated in my chest, or maybe it was just the lonely rattling of the spokes of the bicycle wheel still spinning without me. Whatever it was. It broke. It broke. I heard the howling.
   Mother, I am the reason the birds are missing. I am the cause of salmon who cannot spawn and the butterflies unable to take their journey home. I am the coral reef bleached death white and the sea boiling with methane. I am the millions running from lands that have dried, forests that are burning or islands drowned in water.
   I didn’t see you, Mother. You were nothing to me. My trauma-made arrogance and ambition drove me to that cracking pulsing city. Chasing a dream, chasing the prize, the achievement that would finally prove I wasn’t bad or stupid or nothing or wrong. Oh my Mother, what contempt I had for you. What did you have to offer that would give me status in the market place of ideas and achieving? What could your bare trees offer but the staggering aloneness of winter or greenness I could not receive or bear. I reduced you to weather, an inconvenience, something that got in my way, dirty slush that ruined my overpriced city boots with salt. I refused your invitation, scorned your generosity, held suspicion for your love. I ignored all the ways we used and abused you. I pretended to believe the stories of the fathers who said you had to be tamed and controlled — that you were out to get us.
   I press my bruised body down on your grassy belly, breathing me in and out. I have missed you, Mother. I have been away so long. I am sorry. I am so sorry.
   I am made of dirt and grit and stars and river, skin, bone, leaf, whiskers and claws. I am a part of you, of this, nothing more or less. I am mycelium, petal pistil and stamen. I am branch and hive and trunk and stone. I am what has been here and what is coming. I am energy and I am dust. I am wave and I am wonder. I am an impulse and an order. I am perfumed peonies and the single parasol tree in the African savannah. I am lavender, dandelion, daisy, dahlia, cosmos, chrysanthemum, pansy, bleeding heart and rose. I am all that has been named and unnamed, all that has been gathered and all that has been left alone. I am all your missing creatures, all the sweet birds never born. I am daughter. I am caretaker. I am fierce defender. I am griever. I am bandit. I am baby. I am supplicant. I am here now, Mother. I am yours. I am yours. I am yours.

Eve Ensler

Dommage, nous aimons mieux le pétrole, le plastique et les pesticides que la vie...

Photo : Pedro Ramirez, foulque d’Amérique

Lettre à la terre
Et la terre répond 

Geneviève Azam
Seuil (05/09/19)

Présentation des éditeurs :
Serions-nous accablés par les données chiffrées des désastres écologiques, soumis à l'administration des catastrophes et aux mirages d'un capitalisme vert, privés de notre univers sensible, au point d'assister passivement à une histoire «sans nous» et sans «nous», à un exil sans retour? Pour conjurer ce destin, Geneviève Azam écrit une lettre à la Terre. Comment une terrestre peut-elle s'adresser à cette correspondante étrange, vivante et sensible, blessée, à cette présence à la fois bienfaisante et menaçante, irréductible, à la Terre-mère, à la Terre-mémoire? En disant l'effroi, les attachements réciproques, les histoires communes et les lueurs d'un soulèvement éthique et politique pour défendre son altérité et les mondes qu'elle abrite.
   La Terre se rebelle. Elle menace, elle déjoue les «lois» de l'économie et sabote les projets d'une illusoire toute-puissance. Sa part sauvage réveille nos sens asphyxiés. Comment nous allier pour résister à ce monde injuste, dégradant et mortifère?
   La Terre répond aux terrestres avec un appel vibrant à désobéir et à défaire sans attendre ce qui menace la pérennité et la dignité de la vie.

Compte rendu de lecture

Une économiste et altermondialiste se rebelle contre la soif de profits

Nous venions de signer une pétition en ligne pour la création d’un tribunal international habilité à juger les crimes commis contre la Terre et la biodiversité par la société industrielle et le capitalisme global, lorsque nous parvint Lettre à la Terre de Geneviève Azam, maître de conférences et chercheuse à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, située dans le quartier Le Mirail.
   Écoutons Geneviève Azam : «Cette lettre t’est destinée. Je m’autorise à t’écrire, prolongeant par l’écriture des échanges silencieux, des rêves et des cauchemars. Des peurs aussi, des tristesses et des révoltes face à ce qui nous arrive.»
   Les raisons de cette lettre exposées, l’auteur s’apitoie sur le sort de la Terre-mère devenue un «objet inerte à éventrer, maîtriser, dominer» et déverse sa rage contre le chaos climatique. L’extinction des espèces. L’agriculture spéculative. Les délires expansionnistes. La technique gestionnaire et son arithmétique. La nourriture brevetée et génétiquement manipulée. Consciente que la Terre peut poursuivre sa vie de planète sans nous, mais que les créatures vivantes n’ont pas d’autre habitat que le sien, Azam comprend que ses colères sont des plaintes, ses tumultes des cris de détresse, et que ses débordements puissent s’amplifier et s’enchaîner. Pourquoi? Parce que les souffrances et les blessures béantes que nous lui infligeons nous accusent. Sans appel.
   Elle nous rappelle que les ruines sont les œuvres naturelles du Temps et les déchets (surtout nucléaires) des œuvres humaines, qui transforment les couches géologiques en poubelles atomiques. Elle nous rappelle aussi que ce sont les États les plus fascisants qui font le plus ouvertement la guerre à la Terre. Bolsonaro, à bon entendeur, salut! La Terre, évidemment, lui répondra. Nous vous laissons découvrir sa lettre. Sachez toutefois qu’elle s’adresse aux terrestres décidés à ruiner les «oligarchies humaines qui entendent régner en maîtres sur la vie.» Classes privilégiées avec lesquelles elle ne souhaite aucune alliance.

Anne-Marie Mitchell / La Marseillaise http://www.lamarseillaise.fr/

À écouter :
G. Azam : «On ne peut pas avoir une croissance infinie dans un monde où les ressources sont finies». Changement climatique, émissions de gaz à effet de serre, altermondialisme, croissance/décroissance, accords de libre échange, nucléaire sont abordés.

Regards, La Midinale :

Dans cette entrevue l’auteure ne se gène pas pour dénoncer l’économie verte, tout aussi destructrice pour la nature que l’économie fossile. Les composants des éoliennes, panneaux solaires, voitures électriques, n’ont rien de durable; il faut utiliser des ressources fossiles pour les fabriquer, ce qui contribue à détruire la planète et à augmenter la production GES.

   Extrait :
– Globalement, penser le monde comme un monde en croissance économique, c’est matériellement impossible. Sortir du modèle de la croissance, ce n’est pas prôner la récession, la récession fait partie du système capitaliste avec ses cycles de progression et de récession. La décroissance c’est repenser dès maintenant ce que nous voulons produire, ce qui doit croître et ce qui doit décroître car il y a des choses qui doivent décroître comme la consommation d’énergie, la production d’énergies fossiles... La croissance verte, c’est dans la logique du capitalisme, il n’y a pas de capitalisme sans croissance. C’est la logique qui consiste à dire : on ne change rien et on remplace aujourd’hui l’énergie consommée par l’énergie verte, les renouvelables... sans se poser la question que peut-être nous consommons trop d’énergie. L’énergie verte, globalement, à la grandeur de la planète, ce n’est pas possible. Il faut de l’énergie pour faire tourner les éoliennes etc., il faut de la matière, il faut des ressources naturelles, des métaux rares, il faut des tas de choses. Une éolienne ça ne fonctionne pas uniquement avec du vent. Y’a tout un système technique derrière ça aussi. Donc, ça veut dire que nous avons, en particulier pour des pays comme les nôtres, et en particulier pour les catégories sociales les plus favorisées, à repenser un modèle de production et de consommation. C’est ça la décroissance.
   Je pense à la voiture électrique de l’économie verte, qui est pensée comme la solution au transport. Non, la voiture électrique n’est pas la solution en tant que tel. Parce que si on remplaçait tout le parc automobile français actuel par la voiture électrique il faudrait sept à huit réacteurs nucléaires de plus. Alors, je pense que la décroissance et l’écologie aussi, c’est ce qui nous pousse à repenser les interdépendances. Si nous poursuivons la trajectoire actuelle nous n’arriverons pas à résoudre le réchauffement climatique. Et c’est pour ça qu’il y a urgence. On ne peut pas l’arrêter, il est enclenché. Et même si nous étions tous vertueux, internationalement, nous ne pouvons pas l’inverser, il est enclenché. Et rien n’a été fait depuis l’accord de 2015.
   Ce qui a été fait c’est la poursuite du modèle tel qu’il est. La dégradation due aux effets de serre continue à augmenter alors qu’elle devrait déjà avoir diminué au niveau international. Elle continue de s’accumuler. Le défi est absolument immense. Ce qui est inquiétant c’est le discours émergeant qui prétend que nous n’allons pas y arriver parce que politiquement nous ne prenons pas les mesures nécessaires. Alors, on se dit qu’on va y arriver avec de nouvelles technologies. C’est de nouveau l’espoir technoscientifique, la géo-ingénierie nous sauvera. C’est-à-dire qu’on cherche des «solutions» pour refroidir la planète de l’extérieur – on ne va pas changer l’agriculture pour refroidir la planète, on ne va pas changer l’industrie pour refroidir la planète, on va conserver à peu près, en verdissant un peu, le modèle que nous avons, et on va refroidir la planète, on va trouver des systèmes. Et ça, c’est expérimenté aux États-Unis (2018), par des universitaires de Californie et des entrepreneurs de la Silicon Valley. On pulvérise des particules à base de souffre dans l’atmosphère qui ont la capacité de réfléchir [bloquer] le rayonnement solaire pour refroidir la terre. Suite à des expériences faites après des éruptions volcaniques on s’est rendu compte que la température diminue parce qu’il y a un voile de particules qui protègent la terre. Alors ces techniques dont on ne connaît absolument pas les conséquences, on les expérimente, à ciel ouvert, comme pour les OGM, ce qui signifie qu’on modifie déjà l’atmosphère. C’est ça qui pointe aujourd’hui, y compris dans le GIEC : nous n’arriverons à rien sans la géo-ingénierie.»
– Si vous étiez ministre de l’environnement, vous feriez quoi? C’est quoi vos premières mesures?
– Ce serait une grande mise à plat de toutes les interdépendances qu’il y a. Je crois quand même qu’il y a des leviers important comme l’agriculture. D’abord j’arrêterais les signatures de libre-échange. Je m’y opposerais parce que ça c’est destructeur pour la planète. Ça c’est le premier point. Deuxième point, ce serait un processus d’arrêt du nucléaire. Dégager les fonds qu’on a engloutis dans la survie de la filière nucléaire française, pour soutenir l’agriculture par exemple. ... Nous connaissons des alternatives. Il faut faire le bilan de ces alternatives, les pousser. Et puis s’attaquer à certains intérêts industriels. Les lobbies industriels et les lobbies financiers ne doivent plus circuler dans les couloirs des ministères, les couloirs de l’assemblée nationale. Il faut un certain courage politique, qui n’est pas un courage si extraordinaire non plus, pour nous dégager de tous ces intérêts privés, pour arriver à trouver des compromis qui relèvent de l’intérêt général d’une société.
– Je n’ai plus qu’à espérer que vous deveniez ministre de l’Environnement.
– Peu de chance que ça arrive... (Rires)