19 octobre 2019

Anxiété électorale : pour qui voter?

Notre mode de scrutin est si étriqué, injuste et stupide qu’il est compréhensible que le tiers des électeurs canadiens s’abstiennent de voter. Les autres jouent à la roulette russe.

Les abstentionnistes se font souvent dire que, s'ils ne votent pas, ils n'ont pas le droit de se plaindre. Que répondez-vous à ça?
   Francis Dupuis-Déry : «Cet argument est fallacieux, car il n'y a aucun lien entre le vote et la liberté d'expression, y compris la liberté de critiquer le gouvernement. Cela dit, je suis d'accord avec l'humoriste irrévérencieux George Carlin : Les abstentionnistes n'ont pas participé à l'élection du gouvernement et nous avons donc le droit de le critiquer, ainsi que l'électorat qui l'a élu. Les électeurs devraient pour leur part s'excuser de l'avoir élu ou d'avoir participé au cirque électoral.»
   Un argument qui revient souvent, c'est aussi le rappel que des gens sont morts pour le droit de vote...
   Francis Dupuis-Déry : «Oui, dans certains pays. Mais les parlementaires ont aussi fait massacrer bien des gens qui voulaient s'organiser politiquement sans chef et sans Parlement, de manière autonome et égalitaire. Les parlementaires ont aussi ordonné le massacre de milliers de civils, y compris des enfants, lors de guerres menées au nom de la démocratie.»

Article intégral : Ils refusent de voter, et voici pourquoi
Par Thomas Gerbet, 19 octobre 2019

Pour ma part, le temps et l’argent gaspillés pour cette mascarade me scandalisent. Un outrage envers les démunis, et envers la minorité intelligente.

Les Canadiens se prétendent plus intelligents que les Américains (réf. élection de Trump), nous verrons si c’est vrai mardi matin.

Voici un geste qui en dit long sur l’éthique du vertueux catholique Andrew Scheer. Cela s’ajoute à la liste des raisons pour lesquelles plusieurs n’en veulent pas comme premier ministre. Scheer répond rarement par oui ou par non. Si une chose est fausse on le dit; si elle est vraie, on ment avec aplomb comme Trump.


Scheer refuse de confirmer si le PCC a engagé une firme pour salir le parti de Bernier

Le Parti populaire du Canada a déposé une plainte auprès d'Élections Canada.
Le chef conservateur, Andrew Scheer, a refusé à de multiples reprises samedi de dire si son parti a bel et bien engagé une firme de communications politiques pour ternir l’image du Parti populaire (PPC) et de son chef, Maxime Bernier.
   Pressé par les journalistes d'expliquer les circonstances qui ont mené le Parti conservateur à faire appel aux services de l’ancien stratège libéral Warren Kinsella dans la campagne électorale, comme l'ont révélé CBC/Radio-Canada et le Globe and Mail, Andrew Scheer n’a eu qu’une seule réponse : «Notre parti ne fera pas de commentaires sur les contrats qu’on a [conclus] ou non.» Appelé à clarifier pourquoi il refusait de donner plus de détails, le chef conservateur a répété la même phrase, ajoutant qu’il s’agissait «d’un enjeu interne du parti». La veille, un porte-parole du Parti conservateur avait aussi refusé de commenter l'affaire, relayant sensiblement le même message.


“One day you'll realize that the people capable of running the country are too smart to get into politics.” ~ Jim Unger, caricaturiste 

À l’émission Enquête (jeudi 17 octobre 2019) :   

Électeurs sous surveillance
Les partis politiques utilisent nos données numériques personnelles pour nous influencer. Après des semaines de porte-à-porte et d’annonces publicitaires pour tenter d’influencer le vote, les Canadiens feront leur choix lundi. Mais derrière cette campagne sur le terrain se livre une autre bataille loin des yeux des citoyens : la guerre des données. Que savent les partis politiques à votre égard et comment utilisent-ils vos renseignements personnels pour tenter de vous influencer? Pourquoi les partis politiques ne sont-ils pas soumis à une loi pour protéger vos renseignements personnels? Sans doute avez-vous reçu la visite ou l'appel d'un candidat ou de ses représentants. Et de nos jours, c'est plus qu'une démarche de courtoisie comme le démontre le reportage de notre équipe.

Dans le même ordre d’idée :
The Great Hack | Erin Barnett, Karim Amer, Pedro Kos 2019 | 1:53:07 (En anglais)  
The Great Hack est un compte-rendu d’anciens employés de la société Cambridge Analytica qui a utilisé d'énormes quantités de données personnelles extraites de portails tels que Facebook pour manipuler les élections en Inde, au Kenya, à Malte, au Mexique, au Royaume-Uni et aux États-Unis (élection de Donald Trump) au cours de la dernière décennie. Ce documentaire révèle les stratégies frauduleuses de l’entreprise qui existe  toujours mais sous la bannière Emerdata Limited dans le même bureau de Londres.

Anti-avortement 2.0
La nouvelle génération de militants anti-avortement a vraiment compris comment parler aux jeunes. À la grandeur du pays, une nouvelle génération de militants anti-avortement monte aux barricades. Ils sont plus éduqués, mieux outillés et surtout plus stratégiques que leurs prédécesseurs. Ils ne réclament pas la re-criminalisation totale et immédiate de l’avortement. Ils veulent l’éliminer petit à petit, une bouchée à la fois. Le recul de l’avortement dans plusieurs pays d’Europe et aux États-Unis les galvanise. Nous sommes allées à la rencontre de ces militants qui font le pari que les Canadiens sont beaucoup moins pro-choix qu’on ne le pense.

ou

Péril en la demeure : le fanatisme religieux conservateur
Nous n’avons aucune assurance tous risques contre le tsunami chrétien évangélique nord-américain qui traverse notre poreuse frontière, particulièrement dans les provinces de l’Ouest et les Maritimes. Andrew Scheer incarne ces idéologies d’extrême droite. Personne ne croyait que Donald Trump allait emménager à la Maison-Blanche. Et pourtant...


Les fanatiques de RightNow et We Need a Law réveillent la guerrière virtuelle en moi. Prenons le cas d’une fille de 14 ans violée par son père incestueux ou par le pédophile d’à côté, eh bien elle pourrait ne pas avoir droit à l’avortement. En Alabama les interruptions de grossesse ont été presque totalement interdites. En Arkansas, les géniteurs, incluant les violeurs, doivent donner leur permission; s’ils refusent ils peuvent même obtenir la garde de l’enfant. Quelle indécence! Ce coup de poignard asséné aux femmes par le féroce bastion républicain de mâles blancs, chrétiens et misogynes, ne fait que mettre la vie des femmes en péril, car l’interdiction favorisera les avortements clandestins et les auto-avortements.
   Au Canada, l’avortement pour des raisons thérapeutiques fut légalisé en 1969, puis il fut décriminalisé en 1988, et au Québec, il devint accessible gratuitement via le système de santé en 2006. Auparavant, les femmes utilisaient des aiguilles à tricoter ou des cintres, ingéraient des drogues et des produits toxiques pour s’auto-avorter ou allaient voir des charlatans (des bouchers). Quelle que soit la méthode, dans les années 60 l’avortement était la principale cause d’hospitalisation chez les femmes – hémorragies, blessures, empoisonnements, graves infections, etc. En 1962 on a répertorié 57 000 hospitalisations pour cette raison; plusieurs femmes ont même perdu la vie.

Un droit assiégé
Agnès Gruda
La Presse, 13 juillet 2019

Si notre époque nous enseigne quelque chose, c’est qu’il ne faut tenir aucun droit pour acquis.
   Prenez le droit à l’avortement. Aux États-Unis, la question semblait réglée depuis le fameux jugement Roe c. Wade qui a légalisé l’avortement. C’était en 1973 et la question semblait tranchée une fois pour toutes.
   Et pourtant, 46 ans plus tard, le droit pour une femme de mettre un terme à une grossesse non désirée est attaqué de toutes parts. Et cette offensive s’accélère à la vitesse grand V. Depuis le début de l’année, 14 États ont voté des lois limitant l’accès à l’avortement, contre 3 États qui ont adopté des législations protégeant ce droit. Le cas le plus connu est celui de l’Alabama, qui a adopté en mai dernier la loi anti-avortement la plus restrictive aux États-Unis, interdisant la quasi-totalité des interruptions de grossesse, incluant les cas de viol et d’inceste.
   Selon l’institut Guttmacher, qui compile des statistiques sur le contrôle des naissances aux États-Unis, seuls 4 États sur 50 protègent véritablement le droit à l’avortement. Les autres ont introduit toutes sortes de limites légales et administratives qui ont pour effet de rogner l’accès à ce service médical. Contournant ainsi la décision Roe c. Wade dont la pérennité n’est plus assurée, depuis que le président Donald Trump a nommé deux juges conservateurs à la Cour suprême.
   Toute la stratégie des militants anti-avortement passe par une série de grignotages visant, comme cible ultime, le renversement de cet arrêt historique.
   Ailleurs dans le monde, le droit à l’avortement connaît aussi d’importants reculs. Il y a deux ans, le Conseil de l’Europe a tiré la sonnette d’alarme en dénonçant une série de «restrictions rétrogrades» qui font reculer le droit des femmes en matière d’avortement, mais aussi de contraception. Au banc des accusés : la Russie, la Pologne, la Slovaquie, Malte, la Géorgie, l’Arménie et quelques autres.
   Le Canada a légalisé [décriminalisé] l’avortement il y a trois décennies. Les tentatives pour limiter ce droit se sont toutes, depuis, heurtées à un mur. Mais ce n’est pas faute d’essayer. Le discours anti-choix existe bel et bien chez nous aussi, se fraie un chemin et poursuit inlassablement sa quête de légitimation. Notamment chez les conservateurs.
   La ministre de l’Éducation de l’Alberta, Adriana Lagrange, est l’ancienne présidente du mouvement «pro-vie» de Red Deer. Un député conservateur de l’Ontario, Sam Oosterhoff, a participé en mai dernier à la traditionnelle manifestation annuelle de ce mouvement, et y a annoncé son désir de voir l’avortement devenir «impensable» encore de son vivant...
   L’homme est dans la jeune vingtaine, ça nous laisse du temps. N’empêche : le mouvement progresse au sein du Parti conservateur canadien. Selon un décompte de la Coalition pour le droit à l’avortement, 85 % des députés conservateurs qui siègent actuellement aux Communes sont des anti-choix. Pas 40, pas 60, mais 85 %. La très vaste majorité.
   Le discours anti-avortement, faussement revêtu de son étiquette «pro-vie», est de plus en plus décomplexé et son accessibilité sociale augmente, constate la porte-parole francophone de cette coalition, Marianne Labrecque. Elle cite les groupes qui militent pour forcer les jeunes femmes mineures à exiger le consentement parental pour pouvoir mettre un terme à une grossesse. La multiplication d’organismes qui se présentent comme des groupes d’aide aux femmes enceintes, mais qui, en réalité, militent contre le libre-choix. Les nombreux projets de loi privés visant à «donner des droits au fœtus». Ou encore la démarche judiciaire lancée, au Québec, par la Dre Roselyne Lebel pour contester les dispositions légales interdisant aux groupes anti-choix de s’approcher à moins de 50 mètres d’une clinique qui offre des services d’interruption de grossesse. À l’échelle canadienne, un groupe très organisé, RightNow, milite pour faire élire des députés anti-choix au prochain scrutin fédéral, cet automne.
Suite :

Le plus insidieux des Pros

Catherine Éthier / Opinions (La bise)   
Montréal Métro 11 octobre 2019

Virevents et pieds pointés. Au moment où j’écris ces menues lignes, le dernier débat des chefs n’a pas encore eu lieu. Bon, s’imaginer six paninis hurler en même temps pendant deux heures en espérant avoir transmis à l’électorat leur sentiment transi à l’égard du fait que leur adversaire est juste un «gnéseux» n’est pas pure réjouissance.
   Des gens qui hurlent en même temps. Voilà outil qui aide à planter sa graine du 21. Heureusement, HEUREUSEMENT, parfois, certaines bouches s’expriment en un rare solo et nous éclairent sur le nectar d’un candidat.
   J’aimerais m’attarder à M. Scheer, panini conservateur. Lors du dernier face-à-face à TVA, ce bon bougre de monsieur a révélé au monde son exquise capacité à maintenir sourire chérubin qu’importe ce qui sort de sa petite bouche en cœur.

Tout sourire, quels que soient ses états d'âme...

Au-delà de son faciès pur bonheur 24/7, c’est un des souffles ravis qui s’est échappé, de peine et de misère, de la petite bouche de M. Scheer qui m’intéresse, ce souffle discret où il affirma du bout des lèvres avoir toujours été «personnellement pro-vie», parce qu’alléguer être anti-avortement, c’est moins broadcast.
   La jolie nuance.
   Une nuance qui semble tout changer. La force d’un chapelet de mots en habit de Pâques qui espère, dans sa robe à frills, qu’on opinera du canotier en célébrant tout cet espoir et cette pureté baignée de lumière pour le bien commun. Pro-vie.
   Andrew Scheer n’est pas pro-vie. Personne n’est pro-vie. Andrew Scheer est pro-accouchement. Pro-«t’as quelque chose dans le bide? C’est à nous».
   La réflexion s’arrête là.
   Tant que l’enfant conçu sous les cieux de bébé Jésus est arraché du ventre d’une femme par des forceps, tout va.
   Andrew est pro-naissance.
   La vie de l’enfant non désiré, pour des raisons qui appartiennent à chacune, des raisons tragiques, de santé mentale, de trop-plein, de trop-tôt ou de survie personnelle, TOUTES des raisons valides, cette vie, la vie dont il devrait être question, Andrew s’en sacre bien.
   Ce qui arrivera à cet enfant, à cette femme, à cette famille s’il en est une, ça ne taraude pas son sommeil lové dans un oreiller de plumes d’oie aux longs cils.
   La vie brisée d’une femme et son enfant non désiré pour, j’insiste parce que les 40 dernières années ne semblent pas avoir fait vibrer son tympan comme il se doit, DES RAISONS QUI LUI APPARTIENNENT ne sont plus de son ressort une fois le petit wrappé dans un drap de «flanalette» à la pouponnière.
   «Good job», dirait-il, sans daigner croiser le regard de celle qu’on aura forcée à mettre un enfant au monde contre son gré.
   Le mouvement anti-avortement fait du chemin aux États-Unis.
   Il en fait aussi, tout doucement, dans ses chaussures de velours pourpre, au Canada.
   Au Québec. Des groupes anti-avortement comme RightNow s’échinent, au moment où j’écris ces lignes, à faire élire des députés conservateurs «pro-vie», entsoure de la couverte, faisant assidûment résonner leur discours de porte en porte jusque dans les agoras d’écoles secondaires, nombreuses, très enthousiastes.
   Ça se passe en ce moment. Nous ne sommes pas à l’abri. Et c’est chose démesurément terrifiante. L’avortement est un droit de la femme non négociable.

Mon utérus. Ta gueule.

La bise.


Programme Rad Élections 2019

Accès à l'avortement au Canada
Par Marie-Eve Maheu, 25 sept. 2019
Photo : Radio-Canada/Frédéric Lacelle auteur de l'image d'entête

Aucun parti fédéral ne veut rouvrir le débat sur l'avortement. Mais en coulisses, des militants anti-avortement s'organisent pour faire élire des députés qui vont défendre leurs valeurs au Parlement. Marie-Ève Maheu s'intéresse à la stratégie politique de ce mouvement qui se rajeunit et qui s'organise au Canada.

17 octobre 2019

Qu’on y croit ou non, la «réalité» reste la même

En passant, j’espère que les organisateurs du rassemblement des jeunes à Edmonton (Alberta), fourniront à Greta Thunberg une veste pare-balles. 
   Un convoi de camions s’opposera à Greta Thunberg en Alberta. Glen Carritt, l’organisateur du convoi «United We Roll» qui s’est rendu à Ottawa en février, a annoncé qu’un convoi similaire se mettrait en branle à Red Deer, à environ 150 kilomètres au sud de la capitale albertaine, dans la matinée. Il a indiqué que les camions devraient arriver à l’Assemblée législative de l’Alberta à midi, au moment où doit commencer le ralliement contre les changements climatiques en présence de la jeune militante. Épeurant – à l’instar du Brésil, l’Alberta est assez orientée ‘Bœuf Bible Balles’.

Ce que les climatosceptiques refusent de regarder en face : 

L’urgence climatique, une réalité au cœur de l’Arctique 

L'Arctique canadien se réchauffe plus vite que tout autre endroit sur la planète à cause de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Le Madelinot et explorateur Mario Cyr, qui sillonne les profondeurs des océans depuis des décennies, a uni ses efforts à ceux de l'exploratrice canadienne Jill Heinerth pour montrer l'ampleur du désastre environnemental.
   Le documentaire Odyssée sous les glaces diffusé dimanche dernier à l’émission Découverte, présente leur quête sur la manière dont les changements climatiques fragilisent les écosystèmes marins de l’Arctique. Un tournage qui s’est avéré plus difficile que prévu, justement à cause de la fonte plus rapide des glaces.
   «À cause du réchauffement du climat, la glace disparaît à une vitesse alarmante. Depuis 1980, l’Arctique a perdu 80 % de ses glaces d’été et 42 % de ses glaces d’hiver.» (Charles Tisseyre)
Article intégral :

À cause de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, l’Arctique canadien se réchauffe plus vite que le reste de la planète. La glace fond à une vitesse alarmante. Des millions de kilomètres carrés de banquise disparaissent l’été.
   Dans L’Odyssée sous les glaces, nous suivons deux plongeurs dont la mission est de documenter les bouleversements profonds qui menacent les écosystèmes de l’Arctique et les populations d’animaux marins qui y vivent.
   Du détroit de Lancaster, à 700 kilomètres au nord du cercle polaire où s’y retrouve presque toute la faune arctique au printemps, jusqu’au Groenland, royaume des glaces continentales et des icebergs, nous découvrons comment les changements climatiques affectent l’Arctique.

Découverte (aussi disponible sur tou.tv – pas dans l’extra)

Sites de l’explorateur Mario Cyr : Les yeux de la mer

Il est bien évident qu’on ne peut pas fermer le robinet du pétrole, mais ce n’est pas le temps de décupler l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles, de polluer notre environnement au maximum pour desservir des marchés asiatiques et européens. Les politiciens qui prétendent que c’est la solution pour la transition et résoudre sont irresponsables et complètement dans le champ. Le temps est venu de nous LIMITER À l’ESSENTIEL.

Voter pour le Parti conservateur du Canada, c’est voter pour l’écosuicide 

L’écrivaine Margaret Atwood (La servante écarlate, Les testaments) a lancé un appel aux Canadiens, dans le Globe and Mail les invitant à faire tout leur possible pour que le Parti conservateur n’obtienne pas le pouvoir : «Votez pour le parti qui sait qu’il y a une crise climatique, qui a un plan au moins semi-viable, et qui pourrait gagner dans votre circonscription.»
   Laure Waridel, a aussi lancé un appel au vote stratégique sur sa page Facebook. «Notre mission, c’est de promouvoir la transition écologique.» La militante juge que les conservateurs ont un programme «anti-climat, antisciences, anti-protection de la biodiversité, anti-santé publique». «On n’a pas quatre ans à perdre. Ça fait 30 ans que je vois des gouvernements se succéder et ne pas remplir leurs obligations.»

Caricature : Serge Chapleau, La Presse 16.10.2019 

Un aperçu de ce qui nous attend si les conservateurs d’Andrew Scheer prennent le pouvoir le 21 octobre 

Profitant de la campagne électorale, le mouvement évangélique canadien, largement infiltré dans le parti conservateur, veut conquérir la société civile et occuper les fauteuils du Parlement. Inspiré des Étasuniens, le mouvement fondamentaliste aspire à faire du Canada un pays distinctement chrétien, «guidé» par Dieu.
   Si le PCC obtient le pouvoir, Andrew Scheer et ses Crime Ministers provinciaux – Doug Ford, Jason Kenney, Blaine Higgs, Brian Pallister, Scott Moe – feraient progresser leur mission de contrôle social et économique d’extrême droite (religieux et fondamentaliste). Ce serait catastrophique. On pourrait s’attendre à des répercussions négatives sur les droits de la personne, la recherche scientifique et la lutte contre les changements climatiques. [Même scénario qu’aux États-Unis avec l’administration Trump/Pence – l’EPA (Environmental Protection Agency) a perdu la majorité de ses pouvoirs.]
   «Les conservateurs entendent réduire les investissements en infrastructures et les dépenses de fonctionnement du gouvernement dans une proportion encore plus importante que le gouvernement Harper. Voilà qui n’augure rien de bon quant à la qualité des services fédéraux et des relations avec les provinces. Pas question cependant de ralentir le soutien aux hydrocarbures; au contraire, ils ont promis d’éliminer la taxe sur le carbone et d’accélérer l’étude des nouveaux projets d’exploitation, sans oublier la création d’un corridor de l’énergie clairement imaginé pour faciliter la renaissance du projet Énergie Est.» (Jean-Robert Sansfaçon, Le Devoir Éditorial | 16 octobre 2019)

Pour avoir une idée de l’idéologie évangélique de Harper :
À la droite de Harper 1 / 2  
   Ils mènent une lutte à finir contre l'avortement et le mariage gai. Ils sont persuadés que nous vivons dans un univers décadent sous l'emprise du péché. Ils croient que la fin du monde approche et que le Canada est prédestiné à jouer un rôle de premier plan dans le retour du Christ sur terre. Ces chrétiens évangéliques ont un accès privilégié à Ottawa. En outre, plusieurs députés conservateurs, eux-mêmes très religieux, s'affichent publiquement dans des manifestations de ces chrétiens born again, qui tentent d'influencer des décisions du gouvernement Harper.

Une anecdote cocasse à propos d’Andrew Scheer qui entend refaire le Guide alimentaire canadien, s’il est élu. Une attitude infantilisante, comme si les Canadiens étaient incapables de choisir à leur guise ce qu’ils mangent. Il a révélé qu’à la fin de ses journées de campagne en autobus, son épouse et lui mangent des chips en guise de repas du soir. Il risque une crise cardiaque... Je suppose que dans son Guide alimentaire, le bœuf serait en tête et les légumes quasi absents...

Graves reculs à prévoir avec les conservateurs, même minoritaires

Jean Baril, Professeur de droit à l’UQAM et auteur du «Guide citoyen du droit québécois de l’environnement»
Le Devoir | 16 octobre 2019

Certains environnementalistes semblent considérer avec détachement la possibilité qu’un gouvernement conservateur soit élu, surtout s’il est minoritaire. Pour eux, la présence du Nouveau Parti démocratique, du Bloc et des verts serait alors suffisante pour nous préserver de graves reculs environnementaux, propres au Parti conservateur. Je veux rappeler quelques faits et enjeux juridiques qui démontrent que ce ne serait pas le cas.

Photo: Graham Hughes / La Presse canadienne. Il y a une réelle urgence climatique, rappelle l'auteur, et on ne peut perdre deux ou trois ans et reculer plutôt que prendre des mesures, même imparfaites.

C’est un gouvernement conservateur qui a retiré le Canada du Protocole de Kyoto et les tribunaux ont confirmé qu’il n’avait pas besoin de consulter le Parlement ou les provinces pour ce faire ni d’obtenir leur accord. Un simple avis du ministre des Affaires étrangères au secrétaire général de l’ONU suffisait. Andrew Scheer pourrait faire de même avec l’Accord de Paris ou tout autre traité international relatif à l’environnement, même si son parti était minoritaire.
   Dans les Conférences des parties de la Convention-cadre sur les changements climatiques, ce ne sont pas les parlementaires des partis d’opposition qui discutent et négocient, mais les représentants des gouvernements des États souverains, soit les ministres des Affaires étrangères ou de l’Environnement, qui seraient des conservateurs, même dans un gouvernement minoritaire.
   Les provinces de l’Ouest contestent présentement devant les tribunaux la validité constitutionnelle de la taxe carbone qui cherche à mettre un prix sur les GES et à faire en sorte que les provinces qui ont adopté d’autres types de mesures, comme le Québec avec son marché du carbone, ne soient pas pénalisées face à l’inaction des provinces productrices d’hydrocarbures.
   Les cours d’appel de l’Ontario et de la Saskatchewan ont donné raison au procureur général du Canada et la cause sera entendue par la Cour suprême l’an prochain. Mais, comme Andrew Scheer veut annuler cette loi, quelle sera alors la position de son procureur général (le ou la ministre de la Justice) devant la Cour suprême? Encore une fois, cette position ne dépend pas du caractère minoritaire ou majoritaire du gouvernement et les partis d’opposition n’auront rien à dire sur le sujet.
   En février 2018, le Sénat canadien, dominé par les conservateurs, a adopté un projet de loi déclarant que le projet de pipeline Trans Mountain et les ouvrages connexes étaient d’intérêt général pour le Canada, en vertu de l’article 92 (10) c) de l’Acte constitutionnel de 1867, de façon à annihiler les compétences provinciales de la Colombie-Britannique qui s’oppose à ce projet. Heureusement, cela a été rejeté par la Chambre des communes. Cependant, les conservateurs sont passés maîtres dans l’art d’inclure dans des projets de loi d’ordre budgétaire d’autres projets de loi sur des sujets divers, comme leur projet «mammouth» de 2012. Un gouvernement conservateur minoritaire pourrait tenter de faire la même chose pour imposer son corridor énergétique, sous prétexte «d’intérêt national».
   Outre ces enjeux juridiques, il faut aussi se rappeler que les conservateurs minoritaires de Stephen Harper ont pu gouverner comme s’ils étaient majoritaires parce que les autres partis étaient engagés dans des courses à la chefferie et ne voulaient pas d’élection. M. Scheer était alors au Parlement et il sait très bien que, s’il se retrouve à la tête d’un gouvernement minoritaire, il aura devant lui des partis qui, sauf le Bloc, se retrouveront probablement avec des courses à la direction et n’oseront pas provoquer d’élection. Or, il y a une réelle urgence climatique et on ne peut perdre deux-trois ans et reculer plutôt que de prendre des mesures, même imparfaites. D’ailleurs, cette urgence climatique aurait dû inciter le mouvement environnemental à adopter une attitude de «désobéissance civile» en faisant ouvertement campagne contre l’élection de tout candidat conservateur au pays, au lieu de se contenter d’une «neutralité» de parade. Pour ma part, dire oui au futur exige de voter contre les conservateurs pour éviter tout gouvernement dirigé par ce parti, minoritaire ou pas.


Je respecte les croyances religieuses des gens, même leurs superstitions et rituels les plus aberrants, tant que je n’ai pas à les subir par la bande. Cependant, je ne veux pas vivre dans une théocratie où des élus d’extrême droite entendent soumettre les citoyens à des lois basées sur leur mythologie religieuse obsolète. C’est entre la religion et l’état qu’il faut ériger un «mur».

Le projet sociopolitique de la droite chrétienne

André Gagné, professeur agrégé au Département d’études théologiques de l’Université Concordia
Le Devoir 18 juillet 2019

La bataille qui fait maintenant rage dans plusieurs États américains sur les droits reproductifs des femmes est le résultat direct des efforts de la droite chrétienne pour imposer ses valeurs religieuses dans les sphères de la famille et de la politique. La polarisation autour de l’avortement aux États-Unis est à un niveau tel que certains des dirigeants de ces groupes religieux intégristes nourrissent l’idée de l’avènement prochain d’une seconde guerre civile américaine!
   Il ne faut pas penser que certains des débats générés par la droite chrétienne aux États-Unis n’auront pas d’incidences au Canada. En effet, la sortie récente du film Unplanned montre bien que cette coalition politico-religieuse «cherche à changer» les mentalités même au Canada. C’est pourquoi il importe de prendre garde au combat que se livrent certains lobbies antiavortement au pays. Des groupes tels Campaign Life Coalition (avec ses 200 000 membres) et RightNow travaillent d’arrache-pied à faire élire des candidats pro-vie. Ils ont gagné leur pari en soutenant les candidatures des partis conservateurs provinciaux de l’Ontario et de l’Alberta. Pour eux, le débat sur l’avortement est un débat sur les droits de la personne. À l’instar de Sam Oosterhoff, député conservateur du gouvernement Ford pour la région de Niagara-Ouest, âgé de 21 ans, certains veulent rendre impensable l’idée même d’avoir un avortement d’ici une trentaine d’années au Canada. Or, si criminaliser l’avortement au pays est difficile à faire, il est néanmoins possible pour un gouvernement provincial d’éliminer le financement destiné aux établissements offrant aux femmes le choix d’obtenir un avortement. [...]

Photo: Sean Kilpatrick / La Presse canadienne. Une affiche du Christ brandie lors de la marche pour la vie qui s’est tenue le 9 mai 2019, devant le Parlement, à Ottawa.

Coalition religieuse

Mais qu’est-ce que la droite chrétienne? C’est une coalition religieuse aux visées politiques qui est composée principalement d’évangéliques et de catholiques et protestants intégristes. Ils obtiennent aussi parfois l’appui des mormons et de certains groupes juifs fondamentalistes. Cette coalition se fédère autour de causes communes telles que l’activisme antiavortement, l’opposition aux droits des personnes LGBTQ et aux cours d’éducation sexuelle, la promotion de la prière à l’école et de l’enseignement du créationnisme (ou du dessein intelligent), la lutte contre l’euthanasie, et la sauvegarde de la liberté religieuse. L’ordre du jour de la droite chrétienne se résume essentiellement à ceci : l’idée d’un nationalisme chrétien où l’établissement des «valeurs» judéo-chrétiennes est le fondement de la loi du pays. [...]
   Pour accomplir ses objectifs, la droite chrétienne adopte une stratégie que l’on appelle «dominioniste», où les chrétiens sont appelés à exercer le pouvoir et à dominer le monde, selon leur interprétation d’une citation du livre de la Genèse (1,26-28). [...]
Ils visent donc à «changer les mentalités» et la société en influençant les sphères de la religion, de l’éducation, de l’économie, de la politique, des arts, des médias et de la famille. [...] Ce projet sociopolitique nécessite la mobilisation des gens appartenant à des groupes ralliés aux causes de la droite chrétienne.
   Alors que nous sommes à l’aube de l’élection fédérale au Canada, les groupes associés à la droite chrétienne cherchent aussi à «changer les mentalités» en s’introduisant progressivement dans les différentes «sphères de la culture» au pays. Ils donneront vraisemblablement leur appui au parti d’Andrew Scheer, le candidat qui représente le mieux ses propres valeurs socioconservatrices. En fait, Andrew Scheer est actuellement dans une meilleure posture que Stephen Harper, puisqu’il y a à ce jour six gouvernements provinciaux conservateurs ou à tendance conservatrice. Même si Andrew Scheer dit ne pas vouloir ouvrir à nouveau le débat sur cette question [avortement], dit-il vrai? Nous le saurons peut-être dans un avenir rapproché.

Article intégral


On ne tient jamais compte de la minorité d’athées et d’agnostiques pour qui «Dieu», le paradis, le péché et l’enfer n’existent pas. Sans idéaliser l’athéisme, en général les athées honorent la liberté d’expression, l’égalité entre hommes et femmes, le raisonnement scientifique, et ils respectent les intellectuels et les croyants. Chose certaine, les croyants n’ont pas à craindre une potentielle conquête du monde par les athées.

Quid des droits des athées?

L’égalité de traitement des non-croyants avec les croyants reste à achever

Michel Virard Président, Association humaniste du Québec
Le Devoir / Libre opinion | 11 juillet 2019

Dans Le Devoir du lundi 8 juillet, M. Carl Therrien, professeur agrégé à l’Université de Montréal, département d’histoire de l’art et d’étude cinématographique, spécialiste des jeux vidéo, accuse nommément l’Association humaniste du Québec «d’aveuglement quant aux contradictions et déséquilibres introduits par cette loi [la loi 21]» et «remet en question les prétentions humanistes de plusieurs intervenants dans ce débat». Au moins cette attaque frontale a le mérite de la clarté : Carl Therrien a une vision de l’humanisme qui diffère sensiblement de celle prônée et pratiquée par les organisations humanistes séculières nées au Québec.
    Lorsque la première association humaniste est née au Québec (Humanist Association of Canada, 1968), c’était le Dr Henry Morgentaler qui en était cofondateur et premier président. Tout comme aujourd’hui avec la neutralité de l’État, sa lutte ne faisait pas l’unanimité ni au Québec ni au Canada. Il avait dû trancher dans une situation délicate : l’avortement n’est jamais un acte qu’on choisit de gaîté de coeur. C’est précisément cette capacité d’évaluer les conséquences à long terme d’une action qui distingue les décisions humanistes de celles inspirées par des codes moraux inflexibles et myopes. Henry voyait plus loin, il connaissait très bien les conséquences du refus de l’avortement, que ce soit pour la mère ou pour l’enfant non désiré. Il avait aussi perçu que la société québécoise de l’époque refusait désormais l’hypocrisie entourant l’avortement, en pratique permis aux femmes aisées et interdit aux femmes pauvres. C’est parce que nous voulons voir plus loin que, comme Henry en son temps, nous avons choisi de soutenir des mesures, telle celle concernant les signes religieux dans la fonction publique, qui ne font pas forcément l’unanimité.

Trois objectifs

Lorsque nous avons créé l’Association humaniste du Québec, en 2005, pour avoir une association francophone, nous avions trois objectifs majeurs soutenus par tous nos membres, au-delà de notre mission officielle qui demeure toujours le développement de la pensée critique dans la population du Québec. Il y avait le droit de mourir dans la dignité, la sécularisation de l’État et l’égalité de traitement des non-croyants avec les croyants. Nous avons aidé à la création de l’AQDMD, et le droit de mourir dans la dignité est maintenant une réalité, même si incomplète. Une étape importante de la sécularisation de l’État s’est faite finalement le 16 juin 2019, quoique l’on puisse considérer que le jugement Gascon du 15 avril 2015 soit, en fait, la première vraie description de ce que la neutralité de l’État impose. C’était le jugement qui mettait un terme à la saga du maire de Saguenay, Jean Tremblay, qui était convaincu que « sa liberté de religion » lui permettait d’imposer une prière théiste à tous ceux présents aux sessions du Conseil municipal.
   L’égalité de traitement des non-croyants avec les croyants reste à achever et cela dépend des trois ordres de gouvernement. L’État québécois nous refuse l’égalité de traitement en matière de cérémonies de mariage réalisées par nos célébrants (à la différence de l’Ontario). L’État fédéral continue de nous imposer la «primauté de Dieu» dans le préambule de sa charte des droits et les municipalités et autres commissions scolaires continuent de conserver des crucifix là où ils n’ont rien à faire. Mais surtout le poids fiscal des activités religieuses continue de s’appliquer aux non-croyants. Et ici je ne parle pas d’activités véritablement charitables, mais bien d’activités de promotion des mythes religieux. Toutefois, et c’est là que la loi 21 est immensément importante, la déclaration formelle de la laïcité de l’État québécois permettra enfin de contester les privilèges fiscaux des clergés. N’en doutez pas, ce sera la prochaine étape. Récemment, Le Devoir a d’ailleurs participé à cette prise de conscience par une série magistrale d’articles sur cette question. M. Therrien nous connaît bien mal s’il pense que nous sommes satisfaits de la loi 21. Oui, nous l’appuyons car elle représente clairement une première étape vers une laïcité de fait, mais, comme lui, nous regrettons les crucifix laissés au bon vouloir de décisions locales, ce qui est une abdication de la responsabilité de l’État de fournir en environnement neutre aux citoyens.
   Si l’État n’a pas à financer les cultes, il n’a pas non plus à prêter sa puissance, son rayonnement, ses moyens, à des mouvements politico-religieux qui, sous le couvert de la «liberté de religion», entendent usurper son influence à leur profit. Il faut une bien grande naïveté et une ignorance crasse de l’Histoire pour croire un instant que les religions soient intéressées à autre chose que leur propre prééminence. Elles sont parfaitement capables de manipuler des individus, à leur insu. La loi 21 met un frein à ces tentatives de perversion de l’État et elle le fait sans même qu’une seule personne perde son emploi. Je m’étonne que M. Carl Therrien, athée ou agnostique (selon le jour), vole si vite à la défense d’idéologies qui ne veulent rien de moins que l'«invisibilisation» des non-croyants. L’AHQ n’a jamais proposé une laïcité à «géométrie variable» et encore moins une «catholaïcité». D’habitude, on nous reproche plutôt de proposer une laïcité sans adjectif et donc sans concession. M. Therrien devrait lire nos mémoires au gouvernement avant d’entreprendre de crucifier les humanistes séculiers sur la place publique.

Une version précédente de ce texte, qui indiquait qu'«une étape importante de la sécularisation de l’État s’est faite finalement le 16 juillet 2019», a été modifiée.



La laïcité, c’est la démocratie

Instituer la laïcité de l’État, contrairement à ce que tous ses détracteurs prétendent, ce n’est pas discriminatoire. Au contraire, c’est le socle de prévalence de la première des libertés : la liberté de conscience. Celle-ci est au cœur de la pensée démocratique depuis le siècle des Lumières. Elle n’est nulle autre chose que le respect du droit de tout citoyen de croire ou de ne pas croire; et pour faire respecter ce droit, il faut empêcher la prévalence ou l’influence des croyances religieuses dans l’État et ses organismes publics.
   Pour y parvenir, il faut donc séparer les religions de l’État. Il en va de même pour les enfants à l’école. D’aucune manière n’ont-ils à subir les croyances religieuses d’enseignants qui décident d’afficher leur religion comme s’ils étaient eux-mêmes des panneaux publicitaires. Ce prosélytisme affecte directement la liberté de conscience des enfants et leurs parents. L’école doit être un lieu de libre pensée pour de jeunes cerveaux en devenir, condition essentielle pour connaître, s’épanouir et forger sa propre conscience.

Article : Élections fédérales 2019 : «Just watch me!» 2.0
André Lamoureux, politicologue, Université du Québec à Montréal
La Presse, 12 octobre 2019

14 octobre 2019

Un hot-dog et une poutine avec ça?

Parodie du ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charrette (3e lien et coupes forestières) :

– (Philippe Laguë) : Bonjour M. Charrette, comme ministre de l’Environnement  vous êtes sous le feu des projecteurs. Alors, pouvez-vous nous dire comment s’est faite la sélection à la CAQ?
– Eh bien ça s’est fait selon un processus très rigoureux qu’on appelle la courte-paille. Et c’est moi qui ai perdu.
– C’est toute une responsabilité en tout cas.
– Oui, mais heureusement j’ai très bien été formé par MarieChantal Chassé.
– Oui... Et, M. Charrette, vous avez dit que le 3e lien allait aider à lutter contre les changements climatiques.
–  Oui, je vous l’explique. Plus on a d’autos qui passent dans le tunnel payant, plus on a d’argent pour lutter contre la pollution faite par les autos qui passent dans le tunnel.
– Oui, oui, oui... Et vous avez ajouté que vous n’aviez pas besoin d’études sur le sujet.
– Mais non, j’en n’ai pas faites, et je réussis très bien. 
– Le ministre des Forêt, de la faune et des parcs Pierre Dufour a quant à lui dit qu’en coupant plus d’arbres on allait aider à réduire les gaz à effet de serre. 
– Certainement. On manque d’arbres. Alors, pour faire de la place on va couper des arbres pour replanter des arbres. Des arbres neufs. C’est ça l’ingéniosité de la CAQ.
– Avez-vous d’autres mesures comme celles-là?
– Oui. Gênez-vous pas pour jeter vos bouteilles en plastique. Si tout le monde s’y met, l’océan va bientôt être recouvert de plastique et on va pouvoir aller en Europe en chars [autos]. Plus de chars, moins d’avions. Moins d’avions, moins de pollution.
– Ben oui, le message commence à rentrer.
– J’invite aussi tous les Québécois et Québécoises à  laisser couler l’eau froide à la maison. Toute cette belle eau pure va s’en aller directement dans le fleuve Saint-Laurent. Plus d’eau pure, plus de poissons. Plus de poissons, plus de gens qui votent pour la CAQ.
– Très logique tout ça. Merci pour votre visite M. Charrette.
– Ça me fait plaisir. Plus ça me fait plaisir, plus ça vous fait plaisir. Plus ça vous fait plaisir...  
– Euh... c’est bon, c’est bon!

Audiofil À la semaine prochaine, ICI Radio-Canada Première :

Ce n’est même pas caricatural, c’est textuel sauf les deux dernières mesures suggérées par le ministre. Dans notre monde hyper mercantile, tout doit être rentabilisé, monnayé, offert en bourse, dans les plus brefs délais – humains, animaux, nature. Le futur? On s'en fiche!
   «Malgré tout ce que les gens disent, à long terme, y’a pas de place pour les animaux sur terre avec nous. Malgré tout ce qu’on dit, y’a pas de place pour les arbres non plus. Y’a pas de place pour rien d’autre que nous, ce que nous faisons et ce que nous détruisons. L’être humain détruit, change, aménage, il humanise tout. ... On va frapper le mur climatique dans une chambre cinq étoiles.» ~ Serge bouchard, anthropologue, écrivain, conférencier et animateur radio

 
Crédit image : R.R. Bonnetaud, parodie d’un monde sans failles.

Je lisais hier que la candidature d’Anticosti à l'UNESCO est menacée par Québec. Pourquoi cet acharnement à vandaliser Anticosti, encore et encore? Ce qui suit est insensé et totalement à l’encontre de la protection de l'environnement : 

Soucieux de protéger les intérêts de l’industrie forestière, le gouvernement de François Legault menace directement la candidature de l’île d’Anticosti pour une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, selon les informations obtenues par Le Devoir. Le maire de la municipalité craint même pour la survie de sa communauté si l’obstruction de Québec se poursuit.
   Soutenue depuis 2017 par le gouvernement fédéral, la candidature de l’île s’appuie essentiellement sur la «valeur universelle exceptionnelle» et «mondialement reconnue» de sa géologie. Il faut dire qu’on retrouve sur Anticosti le témoignage de «la première extinction massive de vie animale à l’échelle mondiale», principalement à travers ses fossiles.
   Le directeur scientifique du comité de pilotage du dossier de candidature pour l’UNESCO, André Desrochers a étudié pendant plusieurs années la géologie et la paléontologie d’Anticosti. Et selon lui, la plus grande île du Québec est carrément «une première de classe» comme témoin de cette période qui remonte à plus de 445 millions d’années.
    Afin de faciliter le cheminement du dossier d’Anticosti jusqu’à son inscription sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial, le gouvernement de Philippe Couillard avait promis de protéger les 7900 km2 de son territoire d’ici 2020. Un cas de figure qui aurait constitué un atout majeur en vue d’une reconnaissance par l’UNESCO, selon M. Desrochers.
   Or, ce projet de protection de l’île est tombé à l’eau avec l’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec, déplore le maire de la municipalité, John Pineault.
   Selon les informations obtenues par Le Devoir et selon ce qu’affirme John Pineault, le ministère veut ainsi protéger des territoires qui pourraient faire l’objet de coupes forestières industrielles. Les coupes de bois avoisinent chaque année les 100 000 mètres cubes sur Anticosti, soit 0,3 % des 34,2 millions de mètres cubes de «possibilités forestières» annuelles à l’échelle du Québec.
   «Le gouvernement met non seulement en péril la relance de l’île, mais aussi la survie de la communauté. C’est tellement décevant, surtout que le fait d’avoir une île comme Anticosti qui serait classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce serait une très belle vitrine pour le Québec à l’international. On fait notre possible pour développer des projets touristiques, pour diversifier notre économie, mais tout ce qu’on reçoit, ce sont des coups de bâtons de baseball dans les genoux», précise-t-il, dépité.
   En fin de journée, vendredi, le MFFP a finalement indiqué au Devoir qu’il «analyse d’autres options» de protection qui seront soumises au ministère de l’Environnement du Québec, mais sans plus de précisions.

Alexandre Shields | Le Devoir | 12 octobre 2019

Commentaire d’une internaute :
Elisabeth Bossé - 12 octobre 2019 08 h 15
   Il faut protéger Anticosti
   J'ai séjourné deux fois sur l'île d'Anticosti comme simple touriste, et je planifie y retourner.
   Anticosti est une perle quasi intacte, exempte des monstres commerciaux et industriels qui spolient notre monde. Cette île est d'une magnificence indicible.
   Il faut la préserver, la chérir, en faire un emblème de préservation.
   Il y a bien assez de bois au Québec pour que l'industrie se serve ailleurs, ou bien qu'elle le fasse décemment sur l'île en respectant son caractère précieux, unique et fragile.
   Pourquoi les intérêts commerciaux ont-ils le pouvoir d'écraser des projets de conservation majeurs qui auraient des répercussions de rayonnement international et la préservation de nature unique, et pourquoi les politiques se soumettent-ils à ces dictateurs?
   Est-ce que l'industrie forestière a complètement infiltré les ministères, à l'instar de la dénonciation de M. Robert, l'agronome du ministère de l'agriculture, qui lui avait fait perdre son poste?


Sculpture : Isaac Cordal. Ego Monuments; écocide, «les pilleurs» (1)

Urgence climatique : le plaidoyer de l’ex-astronaute Chris Hadfield pour sauver la planète

Chris Hadfield a répondu aux questions de Matthieu Dugal dans le cadre du Coopérathon 2019, qui se déroule à Montréal jusqu'au 20 novembre.

«Nous avons une planète limitée, une planète unique, une planète incroyable avec une histoire de plus de 4 milliards d'années, mais maintenant, nous avons un problème», indique l'ex-astronaute Chris Hadfield au micro de Matthieu Dugal, en parlant de l'urgence climatique, son principal cheval de bataille. Celui qui s'est rendu à trois reprises dans l'espace (1995, 2001 et 2013) a été à même de constater, au fil du temps, les répercussions de l'activité humaine sur notre planète. Le premier Canadien à avoir fait une sortie dans l'espace, en avril 2001, garde néanmoins bon espoir pour l'avenir de l'humanité.
   Chris Hadfield qualifie d'incroyables et de terribles les changements survenus sur la planète en si peu de temps en raison de l’activité humaine. Il prend l’exemple de la mer d’Aral, partagée entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan.
   «Il y a à peine 30 ans, c’était un lac, une mer énorme, mais maintenant, ce n’est presque rien. Et c’est le résultat de nos décisions d’irrigation. Les décisions humaines ont changé le quatrième plus grand lac sur notre planète. Et si c’est possible de voir ça d’un vaisseau spatial, [...] ce n’est pas difficile d’imaginer les changements sur toute la planète.»
   Selon Chris Hadfield, il est plus que nécessaire de trouver des solutions pour lutter efficacement contre l’urgence climatique et le réchauffement de la planète. Se disant optimiste, l’ex-astronaute fonde beaucoup d’espoir dans la science et le génie canadien. «L’avenir, c’est un choix. [...] Nous devrons trouver des solutions, mais ce n’est pas impossible. C’est juste notre défi. C’est possible de trouver des sources différentes d’énergie.»

Moteur de recherche, ICI Radio-Canada Première | 3 octobre 2019
Audiofil :

À propos des climatosceptiques l’ex-astronaute dit : «Pour moi, discuter avec un idiot, c’est pas efficace. C’est tellement facile de croire quelque chose, je peux croire quelque chose juste après une seconde. Mais ça ne donne rien. C’est nécessaire de comprendre quelque chose pour faire un changement. Et si quelqu’un croit quelque chose d’idiot, eh bien... 
– (Dugal) Mais ces gens-là votent, on vit avec ces gens-là, il faut trouver une manière de...
– (Hadfield) Pour moi, c’est juste du bruit. Et ce n’est pas nouveau. Dans toute l’histoire de l’humanité nous avons eu une grande majorité qui croyait en quelque chose. Mais il y a des petites étoiles parmi nous qui peuvent trouver d’autres moyens et c’est leurs décisions qui sont importantes. Et moi je veux parler avec eux, avec lui et avec elle. Il y a des paresseux qui ne veulent rien faire, c’est leur choix. Mais c’est pas eux qui vont trouver des solutions. C’est juste le bruit typique de la vie. Mais moi je veux me concentrer sur le changement, pas sur le grand bruit du mégaphone de l’internet.»

«Un argument se discute, une superstition ne se discute pas.» ~ Amin Maalouf

En tout cas, il y a matière à polarisation.  

Ce qu’un débat sur le hot-dog nous dit sur la polarisation

Par Bouchra Ouatik
Radio-Canada Info | Décrypteurs / 11 octobre 2019
(Extrait)

Le tribalisme est bien ancré dans la nature humaine, quel que soit l'enjeu 

Un hot-dog est-il un sandwich? Cette question insolite, qui suscite des débats enflammés sur les réseaux sociaux, est révélatrice de la nature humaine et de notre tendance à la polarisation. [...]
   Il existe des sujets naturels de division dans la société : l’origine ethnique, la religion, les convictions politiques, la classe sociale, etc. Mais des recherches scientifiques ont démontré qu’il ne suffit de presque rien pour créer des divisions profondes dans la société.
   Le psychologue turc Muzafer Sherif l’a démontré dans son expérience de «la caverne des voleurs» en 1953. L’expérience a été menée dans un camp de vacances avec 22 garçons de 10 ans à 12 ans, qui venaient tous du même milieu social. Les garçons ont été séparés en deux groupes, de manière aléatoire. Même si les garçons étaient en tous points semblables, la polarisation fut immédiate.
   «Ces deux groupes se sont transformés en tribus extrêmement hostiles», explique David Berreby, auteur du livre Us and Them: Understanding Your Tribal Mind (Nous et eux : comprendre son esprit tribal). «Ils ont développé leur propre drapeau, leur propre culture, ils refusaient de manger ensemble, et l’expérience a dû être interrompue parce qu’ils commençaient à faire des plans pour s’attaquer les uns aux autres.»
   Cette tendance à se polariser devient problématique lorsqu’elle est instrumentalisée par des dirigeants politiques, souligne David Berreby. «Pour en arriver à se dire : “Je ne veux pas que tel groupe ait le droit de vote” ou “Je veux qu’ils soient dans un camp de réfugiés”, il faut une action, il faut que quelqu’un exploite cette tendance et aille à l’encontre de notre tendance à être flexible sur nos positions.» [...]
   Lorsque le débat touche des sujets plus sensibles, tels que l’avortement ou la religion, le sentiment d’appartenance à son camp devient encore plus fort, ajoute M. Berreby. «Quand ça implique des valeurs sacrées, essentielles à votre groupe, à votre identité et à votre sentiment d’être une bonne personne, alors vous ne pouvez plus faire de compromis. Cela devient un affront à votre identité.» [...]
   Dans le débat autour des changements climatiques, M. Berreby est d'avis que la division se dissipera d’elle-même à mesure que les gens feront face aux conséquences de ces changements. «La nature se fiche de ce nous que croyons, dit-il. Les gens vont se dire : “Nous faisons face à des inondations, nous ne pouvons plus vivre ici” [...] On voit que c’est déjà le cas.» [...]

«Les gens vont s’unir quand ils feront face à une menace.» (David Berreby)


Sculpture : Isaac Cordal, Transportation (1)

Malheureusement, notre mode de scrutin est tellement inadéquat que, par exemple, voter pour un candidat du Parti vert équivaut à annuler son vote... «Les citoyens s’abstiennent de voter parce qu’ils ne se reconnaissent dans aucun parti ou parce qu’ils considèrent que les politiciens sont un peu tous pareils. ... Plusieurs de ces personnes désillusionnées du système parlementaire trouvent ridicule de continuer de voter pour le moins pire des partis par défaut, en se bouchant le nez. Le fait que tous les partis qui promettent de réformer le mode de scrutin renient leur promesse une fois au pouvoir démontre très clairement que les parlementaires sont avant tout obsédés par le pouvoir et les avantages qu’ils en retirent.» ~ Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal

Vote donc avec ton cœur, Québec!

Par Boucar Diouf, humoriste, conteur, biologiste et animateur
La Presse | 5 octobre 2019

L’offre politique de cette campagne électorale prend une tournure un peu angoissante quand on la regarde du Québec. Pour cause, les deux favoris que sont le Parti conservateur et le Parti libéral ont chacun de quoi nous effrayer advenant un gouvernement majoritaire.
   Si, avec l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, le Québec risque de se faire passer un tuyau, les libéraux, dans le même confort, tireront massivement sur les politiques nationalistes de la CAQ qui jouissent pourtant d’un large soutien dans la population. D’une part, il y a un favori qui veut t’enfoncer dans la gorge quelque chose que tu n’aimes pas et de l’autre, un qui cherche à t’arracher des morceaux de ton anatomie auxquels tu tiens.
   Alors, Québec, que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face? À moins d’un miracle, il faudra choisir entre les conservateurs et les libéraux.
   Le Parti conservateur, c’est Andrew Scheer et son attachement aux pipelines devenus poétiquement des corridors énergétiques dans sa rhétorique de campagne.
   Le chef conservateur incarne aussi le cheval sur lequel ont misé les dinosaures de la cause environnementale, dont les Doug Ford en Ontario, Jason Kenney en Alberta, Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick, Brian Pallister au Manitoba et Scott Moe en Saskatchewan, qui espèrent secrètement profiter de son règne pour faire un doigt d’honneur à tous ceux qui pensent que la conscience environnementale devrait toujours guider la machinerie économique. Galvanisé par ce boys' club qui rêve d’une carte du Canada nervurée d’oléoducs, Andrew, qui est pourtant le moins réfractaire aux politiques nationalistes de la CAQ, a fini par faire peur à beaucoup de Québécois avec ses croyances pro-vie et son désir irrépressible de ressusciter Énergie Est.
   Mais deux questions m’habitent depuis le fameux débat de TVA. Andrew réussira-t-il à sortir de son dynamisme et de son aura de servant de messe pour stopper sa chire au Québec? Le prochain débat en français nous le dira.
   Que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face, Québec? Entre le chef conservateur pas climato-sympathique qui avance à visage découvert et le vert pastel qui joue au vert foncé alors qu’il est Just’in peu mieux que Harper, le choix n’est pas facile. [...]  
   Que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face, Québec? Entre le repenti de l’appropriation culturelle et le fervent de l’appropriation utérine, le libre choix électoral n’est pas facile non plus.
   Je sais que ton vote est souvent imprévisible et irrationnel, mais cette fois-ci, la situation est plus délicate et moi, je suis de ceux qui pensent qu’à moins d’une remontée spectaculaire du NPD ou du Parti vert, seul un gouvernement minoritaire t’éviterait de subir une dérive partisane côté Trudeau ou côté Scheer. Oui, il y a des avantages à voter pour un parti qui peut prendre le pouvoir, mais il y a aussi de très bonnes raisons de choisir le Bloc, le NPD ou le Parti vert, qui peuvent servir de garde-fous contre ces abus qu’on a connus sous les années Harper et Trudeau!
   Dans un pays aussi balkanisé socialement et économiquement que le Canada, on gagnerait à ne jamais donner tous les leviers du pouvoir à un seul parti. Un gouvernement minoritaire, c’est un peu comme cette muselière qui permet de ne pas avoir très peur à côté du molosse. C’est aussi une prudente façon de guider le Canada vers le chemin du juste équilibre entre économie et environnement, entre droite et gauche sociale, mais aussi entre centralisation fédérale et autonomie provinciale.
   Voilà pourquoi, Québec, je crois qu’en ce rendez-vous électoral du 21 octobre, tu gagnerais beaucoup à voter avec ton cœur et pas comme la fois où il fallait absolument tasser Harper, se débarrasser du Bloc ou récompenser le gentil et très francophile Jack Layton après son passage historique à Tout le monde en parle.


~~~
(1) Comme on dit, le «timing» était parfait, en pleine campagne électorale...
L’exposition Ego Monuments fut présentée à la Galerie C.O.A, Montréal (Canada), du 12 septembre au 12 octobre 2019  

EGO MONUMENTS
Isaac Cordal reflects here on our monumental ego, our inability to be part of nature, our arrogance as a species.
   Progress has put us on a pedestal, and no one longer knows how to get off, some people even think they are gods. At some point, we must have lost ourselves in the corridor of a shopping mall and we haven’t been able to find our way out. Maybe because we have industrialized the role of spectator so much that we don’t even pay attention to anything anymore. We have become absent spectators: everything that doesn’t interest us doesn’t seem to exist (although Google insists on it).
   Almost all the sculptures that are part of the exhibition have their eyes closed, immersed in their smartphones or virtual reality headsets. Blind to their own reality, they don’t want to see beyond their own perimeter. As seeking to feel unique the opposite effect happens, in fact: we repeat patterns in an industrial way, just as the faces of the sculptures often reproduced identically. As if they were eternally in love with themselves, they all wear a collective mask of boredom. In the meantime, tourists have become an army that demolishes everything around them and nature agonizes on a stretcher. We are the new version of colonialism; we are waiting for climate change by sunbathing on the beach. We live permanently exposed, controlled, leaning out to the public balcony of the social networks and Big Brother has become our flatmate. Monuments to the ego would be so big that it was necessary to change the scale to place them into the gallery.
   We need a change of scale.
   We need to change.