22 septembre 2019

Existe-t-il une «thérapie de conversion» pour les climatosceptiques?

Pour éviter le pire, nous sommes encore réduits en 2019, à voter pour des candidats dont nous ne voulons pas. Aucun parti traditionnel ne propose un modèle d’administration adéquat en réponse aux défis de la crise environnementale alors que c’est d’une importance capitale. Ahurissant et navrant.

Même s’il est «blanc», le Parti conservateur du Canada est incontestablement noir. S’il obtenait la majorité, ce serait catastrophique : ministère de l’Environnement réduit à néant, augmentation des GES, subventions aux pétrolières, expansion du corridor d’énergies sales d’ouest en est, porte ouverte aux armes à feu, droits durement acquis menacés (par ex. l’avortement), montée du racisme et de l’homophobie, etc. Et, «la main de dieu» s’abattra sur les scientifiques et les écologistes. C'est ça le paradis? Non merci. 

Péril en la demeure : le fanatisme religieux conservateur

Nous n’avons aucune assurance tous risques contre le tsunami chrétien évangélique nord-américain qui traverse notre poreuse frontière, particulièrement dans les provinces de l’ouest et des Maritimes. Andrew Scheer incarne ces idéologies d’extrême droite. Personne ne croyait que Donald Trump allait emménager à la Maison-Blanche. Et pourtant...

La criminalisation de l’avortement sera à l’ordre du jour de la Chambre des communes

Raymond Côté, député du NPD de Beauport-Limoilou de 2011 à 2015
Le Devoir | Lettres, 17 septembre 2019

Le 11 novembre 2012 se tenait le vote no 466 portant sur la motion 312 du député conservateur Stephen Woodworth. À notre grande stupeur, une majorité de députés conservateurs, 86 pour et 74 contre, demandaient la criminalisation de l’avortement en exigeant un statut d’être humain pour le foetus encore dans le sein de sa mère. Plusieurs ministres ont bravé la solidarité ministérielle, dont l’actuel premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, et l’ancienne cheffe intérimaire Rona Ambrose.
   Au total, 91 députés, dont 4 libéraux en comptant l’actuel secrétaire parlementaire de la leader du gouvernement à la Chambre, Kevin Lamoureux, ont exprimé leur appui contre 203 qui se sont opposés. Il manquait seulement 57 voix pour prendre le chemin du bannissement de l’avortement et de la possibilité de poursuivre au criminel une femme qui vivait le drame d’une fausse couche.
   Woodworth se présente à nouveau pour les conservateurs dans Kitchener Centre, mais il a fondé en 2016 le Democraty Defence Initiative, groupe qui dénonce la «répression de l’affiliation religieuse» chez les élus et qui est strictement anti-avortement. Ce groupe est un des nombreux qui fédèrent le petit mais bruyant mouvement pro-vie au Canada. Nous apprenions d’ailleurs le 5 septembre dernier que RightNow, organisation anti-avortement bien structurée, fournissait des bénévoles dans 50 circonscriptions chaudement disputées où le mouvement pro-vie espère élire des députés ayant fait allégeance contre le droit à l’avortement (1).
   Parmi les 91 appuis à la criminalisation de l’avortement, 83 sont le fait de députés de l’Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. En 2012, la Chambre des communes comptait 308 députés; 30 se sont ajoutés depuis, dont 27 pour l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. De plus, 4 des 32 libéraux ont appuyé la motion 312, 12,5 % du caucus libéral.
   Durant les années 60, la première cause d’hospitalisation chez les femmes au Québec résultait de tentatives d’avortements clandestins. Nous devons tout faire pour empêcher le retour de ce problème colossal de santé publique.
   Considérant le degré d’organisation et les moyens dont dispose le mouvement anti-avortement;
     considérant le flou conservateur au sujet du droit à obtenir un avortement et le manque de confiance que nous pouvons ressentir vis-à-vis des libéraux et des verts sur la question de la criminalisation de l’avortement;
     nous pouvons à bon droit faire de la liberté de choix des femmes une question centrale de cette campagne électorale, sinon la 43e législature du Parlement du Canada pourrait nous réserver une très mauvaise surprise.


(1) Andrew Scheer s'attire les foudres d'un lobby pro-vie  

Faire élire des «pro-vie»
La Coalition nationale pour la vie a l'intention d'inciter les citoyens à voter pour tous les candidats qui appuient sans réserve leurs idées, qu'ils soient du Parti conservateur du Canada, du Parti populaire du Canada ou du Parti de l'héritage chrétien du Canada.
    M. Scheer s'est retrouvé embourbé dans un débat sur l'avortement, après que son lieutenant québécois, Alain Rayes, eut affiché une position légèrement différente de la sienne. M. Rayes avait déclaré que les députés sous un gouvernement conservateur n'auraient pas le droit de déposer des projets de loi ou des motions sur l'avortement.
   Le bureau de M. Scheer a dû réajuster le tir et confirmer que c'était faux. Il a répété qu'il n'empêcherait pas les députés de déposer de tels projets de loi, mais qu'il n'était pas question de rouvrir le débat. 

Radio-Canada, 30 août 2019 

En résumé, les fondamentalistes chrétiens souhaitent le respect intégral de leurs croyances religieuses et en réclament l’intégration dans la vie politique et la morale publique.


En 1989, l’écrivain Douglas Kennedy publiait un reportage de terrain intitulé In God’s Country: Travels in the Bible BeltAu pays de Dieu / Récit – où il constatait l’emprise grandissante de la religion sur les politiques de l’État.

Les Canadiens auraient avantage à lire ce livre avant le jour du scrutin. Les groupes évangéliques ont mis en place une stratégie offensive internationale très agressive. Le fondamentalisme religieux  est largement représenté au sein de nos partis politiques conservateurs. Les revenus générés par les Églises évangéliques, qui se comptent en millions de dollars, servent à financer leur propagande.
  
Dans l’avant-propos de la réédition de 1996, Douglas écrit :
La droite chrétienne est devenue une force spécifique, et hautement influente, sur la scène politique du pays. Une force électorale qu’il est impossible de qualifier de «marginale et illuminée» lorsqu’on brigue un siège au Congrès, ou un poste de gouverneur et, bien entendu, la présidence elle-même.

Dans celui de 2004, il ajoute :
Bien que le conservatisme et la religiosité se soient accrus aux États-Unis durant les deux dernières décennies écoulées, et même si des chrétiens évangélistes occupent désormais des postes-clés au plus haut niveau de l’administration, il faut toutefois souligner que la séparation de l’Église et de l’État y demeure une réalité. D’ailleurs, des millions de mes compatriotes éprouvent une sincère inquiétude face à la montée de la droite religieuse. Ils redoutent aussi que, au cas où il serait élu et où certains juges de la Cour suprême prendraient leur retraite, Bush soit en mesure de faire entrer dans la plus haute instance juridique du pays des «compagnons de route» idéologiques et religieux susceptibles de priver les femmes du droit à l’avortement, ou d’introduire la prière dans les écoles.

Grâce au duo Pence/Trump c’est chose faite!

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil 17.05.2019

Photo : CarolynCaster / AP. En mars 2019, lors d’une visite après une tornade en Alabama, Donald Trump a autographié les Bibles des enfants dans une église baptiste d’Opelika (AL). «Hannibal Lecter signing cookbooks», disait un internaute, se référant aux enfants d’immigrants séparés de leurs parents et enfermés dans des camps. 
C’est ça la «charité» chrétienne?
Kidnap and Torture on the US border (BBC) 

Photo : jaquette du jeu vidéo Far Cry 5, un remake de la dernière Cène. En résumé, les nouveaux ennemis de l’Amérique sont des suprématistes blancs communément appelés «rednecks», un terme péjoratif désignant aujourd’hui ces habitants de l’Amérique profonde, ignares, pro-NRA et conservateurs, dont le pick-up, le second amendement, les chemises à carreaux et les barbes hirsutes sont des symboles. Joseph Seed, le leader religieux charismatique de cette meute, prépare un soulèvement. Aveuglé par sa foi, il est «persuadé d'avoir raison et d’obéir sincèrement à Dieu», raconte le directeur créatif du jeu Dan Hay. «C’est un pur produit de l'Amérique trumpienne désabusée, qui ne croit plus aux médias ni à la science. Je n’ai rien inventé, nous nous sommes minutieusement renseignés sur les sectes chrétiennes américaines qui comptent des milliers de groupes religieux.»

La stratégie du mouvement fondamentaliste chrétien selon ce qu’a noté Kennedy lors de son périple Au pays de Dieu 

(p. 44 / 48) ... [La période Reagan] a vu le triomphe de la thérapie télévangéliste et le retour du fondamentalisme chrétien sur le terrain politique. Les croisés du petit écran offrent la paix intérieure garantie à qui invite Jésus dans son cœur, tout en encaissant les sommes colossales récoltées par leurs sermons électroniques, tandis que les politiciens de la droite religieuse vendent du réconfort à leurs partisans, leur soutenant que la morale chrétienne est la seule valide, que les électeurs sont les commandos de choc de Jésus face aux forces de la perdition, et seront admis dans la caserne céleste en récompense de leurs actions terrestres.
   La sécurité spirituelle, dans cette vie comme dans l’autre. Est-ce cette technique de base du marketing qui a transformé le télévangélisme en une industrie des plus prospères? Les milieux fondamentalistes ne poursuivent-ils pas d’autres desseins occultes, en premier lieu la destruction des barrières constitutionnelles entre l’Église et l’État? [...] Les néochrétiens ne se cantonnent pas à une seule région d’Amérique, évidemment ... mais il est certain que la faveur religieuse de ces dernières années émane essentiellement du terrain de chasse traditionnel des prédicateurs : le Sud, la «Ceinture de la Bible».
   On a souvent dit que la Ceinture de la Bible représente un état d’esprit plutôt qu’un espace géographique. Peut-être que ce terme a toujours été une manière facile et peu précise de désigner cette vaste étendue du Sud américain qui, des années 1870 à nos jours, a été le paradis des prêcheurs itinérants et des colporteurs de la bonne parole. On a maintes fois expliqué la prédisposition des États du Sud au fondamentaliste chrétien par leur défaite au cours de la Guerre civile : une collectivité ruinée et humiliée cherchant consolation en un Dieu colérique, omnipotent, capable non seulement d’accomplir des miracles mais aussi de «casser la gueule» à Ses Ennemis. Puisque la Confédération avait échoué dans son entreprise terrestre, les héritiers de ce rêve brisé pouvaient au moins se dire qu’ils obtiendraient finalement leur part dans le royaume du Tout-Puissant.
   Que le Sud soit généralement resté à l’état de fossile économique et social jusqu’au début des années 1970 est sans doute aussi l’une des raisons pour lesquelles le christianisme ultra a pu laisser des marques indélébiles sur la conscience collective de la région, un trait distinctif venu aggraver sa piètre image dans le reste du pays.
Presque tous les «Yankees» ayant grandi dans les États du Nord au cours des décennies 1950 et 1960, comme c’est mon cas, ont été imprégnés de l’idée reçue que le «Sud profond» était notre Néanderthal national, un territoire baroque de superstition et de bigoterie, peuplé de «petits Blancs» illettrés, de bullies ne se déplaçant jamais sans une carabine dans leur vieux pick-up, de flics ventrus qui ne quittaient jamais leurs lunettes teintées, appelaient les Noirs «négros» et regardaient ailleurs en cas de lynchage. Un pays à ce point pourri, en fait, que – selon une blague très en vogue durant mon adolescence – la seule fille de seize ans encore vierge dans tout l’Alabama était celle qui courait plus vite que ses frères et tenait mieux l’alcool que son père. Le Sud était aussi un terrain interdit aux étrangers, bien entendu, à commencer par les Yankees, car les autochtones n’aimaient pas qu’on vienne fourrer le nez dans leur linge sale et, selon un autre mythe répandu dans le Nord, n’hésitaient pas à manifester leur déplaisir par quelques décharges de chevrotine.
   Au moment où j’ai décidé ce voyage, pourtant, on ne parlait plus que du «Nouveau Sud», débarrassé des stigmates de la ségrégation raciale et fier de son récent développement dans le secteur des technologies de pointe. Du coup, mon expédition dans la contrée de la renaissance chrétienne devenait l’exploration d’un territoire qui vivait une seconde naissance. (Prologue, 2004)

(p.136) ...Je suis entré dans le sud de l’Alabama. C’était plus que le passage d’une frontière administrative. Soudain, je me projetais dans le Sud le plus profond, l’épicentre de la mauvaise réputation sudiste. Dans les années 1960 encore, cet État partageait avec celui du Mississippi le triste privilège de constituer le principal réservoir des préjugés racistes les plus obstinés. L’Afrique du Sud, version petit Blanc paumé.

(p. 166) «Le racisme que je ressens, aussi bien chez les Blancs que chez les Noirs, s’exprime tout simplement par le fait que les deux groupes ne se côtoient pas. On ne se parle pas, on ne se fréquente pas. [...] Oui, c’est honteux qu’il n’y ait pas d’effort pour établir des ponts, tout comme il est honteux que le racisme institutionnalisé existe encore dans le Sud, mais que voulez-vous, certains changements demandent beaucoup de temps. Je ne vois pas la division entre Blancs et Noirs disparaître avant au moins une ou deux générations.» [Robert Birt, pasteur] 
   Montgomery présentait un aspect achromatique qui blessait presque les yeux. Même le Capitole semblait passé à la chaux, la seule tache de couleur étant appuyée par le drapeau confédéré qui flottait au-dessus de son toit en couvercle de théière.
   Ce drapeau était peut-être l’élément le plus distinctif de la capitale d’État, une façon de rappeler qu’en dépit des apparences, l’Alabama continuait à verser du sel sur les plaies de la Guerre civile et n’avait toujours pas fait taire le «cri de la révolte», ce long glapissement propre aux soldats sudistes. ...
   Bien entendu, certains citoyens de Montgomery réprouvaient la présence de la bannière confédérée au-dessus du Capitole, notamment les membres de la communauté noire, forcément sensibles à l’ironie choquante de ce drapeau hissé à quelques jets de pierre de l’église baptiste de Dexter Street où Martin Luther King avait entamé sa campagne pour les droits civils.

(p. 223 / 224) «Que Son Règne arrive, que Son Royaume soit sanctifié» : tout au long de l’histoire des pratiques religieuses en Amérique, cette consigne a encouragé nombre de chrétiens à imaginer une reproduction terrestre de l’espace divin tout là-haut.
   ...La Théologie du Royaume encourageait-elle réellement les chrétiens à prendre le contrôle du monde, ici et maintenant? S’agissait-il d’un mouvement de restauration qui préconisait une forme de théocratie en Amérique? Ou bien ces histoires de «filet de sécurité» n’étaient-elles que de la théorie apocalyptique dans une très, très mauvaise version?

(p.232) Le Royaume évoque des notions d’autorité, de gouvernement, de pouvoir, et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il rencontre une telle opposition, à notre époque de permissivité. Il manifeste aussi ceci : Dieu entend que Sa volonté soit faite dans les cieux comme sur terre, cela signifie appliquer l’ordre céleste à notre planète, jusqu’à ce qu’elle devienne une réplique du Ciel dans son fonctionnement. [...]

(p. 233) Après avoir défendu une forme de christianisme agressif, voire militant, l’évêque sortait l’artillerie lourde :
«Permettez-moi d’expliquer comment je vois l’action de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. Nous vivons un moment critique. L’influence de l’Église sur la société a été prépondérante pendant des siècles. De nos jours plus limitée, elle doit s’accentuer nettement afin d’opposer aux royaumes séculiers le pouvoir et l’autorité de Dieu.
   Je crois que les systèmes séculiers vont finir par s’effondrer. [...] La Bonne Nouvelle, c’est l’Évangile du Royaume. Les portes de l’enfer ne lui résisteront pas, si seulement nous voulons bien semer et labourer notre champ. [...]
   ...Ensemble, nous ferons trembler Babylone (les royaumes séculiers) jusque dans ses fondations, parce que nous avons en nous le pouvoir de Dieu.»
   (p. 236) «Ce qui se passe en ce moment dans la vie religieuse de notre pays est très intéressant, parce que ce mouvement n’est pas seulement spirituel, il s’accompagne d’un réveil de la conscience politique chrétienne et repose sur deux principes de base. Le premier, c’est que Jésus règne sur chaque aspect de la vie; le second, c’est que la Bible fait autorité sur tous les sujets qu’elle aborde, et elle les aborde tous. Il est de notre devoir d’amener le monde entier au Royaume de Jésus, de ne ménager aucun effort jusqu’à ce qu’Il l’imprègne totalement. ...
   ‘Centré autour du Seigneur’, le mouvement était aussi un farouche adversaire des préceptes humanistes, que «le christianisme biblique veut bannir de la société américaine jusqu’au dernier». [...]

(p.244) L’évêque Earl Paulk, de son côté, ressemblait à un vrai bâtisseur d’empire. «Vous savez, je pense que nous sommes la congrégation où l’esprit d’intégration est le plus fort, en Amérique. C’est pourquoi il est tellement important que nos offices soient retransmis en Afrique du Sud : nous avons une énorme influence, là-bas, énorme. Pourquoi? Parce que c’est l’Église qui détient la clé des problèmes de l’homme d’aujourd’hui. Notre rôle, c’est de montrer aux politiques que la religion est seule capable de transformer les cœurs. Ainsi que je l’ai dit un jour à George Bush : ‘En Amérique, ce que l’Église fait avec les gens, vous ne pouvez pas le faire avec l’État.’ C’est pour cela que nous allons assister à un gigantesque réveil de l’Église dans ce pays, nous allons la voir entrer dans les affaires de cette nation. Bien sûr, un constat tel que celui-ci évoque l’idée de théocratie. Pour cette raison, notre mission est de faire exister l’Église «sur le marché», de la rendre viable et rentable. Il faut que le Royaume soit un style de vie. C’est la responsabilité de l’Église de reprendre les arts à son compte, par exemple, à la façon dont nous le pratiquons ici. D’être le garant de tout ce qui dans la vie est beau et bon. ...La renaissance chrétienne ne va pas se cantonner à l’Amérique, elle sera reprise dans tout le tiers-monde, où elle entrera en conflit avec la Théologie de la Libération.»


Au pays de Dieu – Récit | Douglas Kennedy | Belfond 2004
In God’s Country: Travels in the Bible Belt, USA | Unwin Hyman 1989

19 septembre 2019

Blackface, brownface, redface, yellowface...

«Pourquoi payer pour retrouver votre ascendance généalogique? Entrez en politique et vos adversaires s’en chargeront.» Même chose pour les «erreurs» qu’un politicien aurait pu commettre.

Avec le web, nous avons acquis le don d’ubiquité, un pouvoir autrefois réservé à «dieu». Aujourd’hui, on vogue simultanément dans le passé et le présent à la vitesse d’un click. Si vous n’avez pas publié de photos de vos partys de jeunesse sur le net, d’anciennes connaissances pourraient s’en charger... avec plaisir.

Je me souviens être allée à des partys costumés, déguisée en africaine, indienne (pardon, autochtone), mexicaine, espagnole et ainsi de suite. Par chance que je ne suis pas candidate, je pourrais être accusée de racisme ou d’appropriation culturelle. Rappelons-nous le spectacle annulé SLAV monté par Robert Lepage. Aïe, c’est de plus en plus compliqué!

Durant les quatre dernières années tout le monde a pu remarquer que Trudeau adore s’harmoniser aux communautés qu’il visite en portant des déguisements contextuels – indien, autochtone, chinois, cowboy, etc. C’est dans son héritage patriarcal paternel (Trudeau père était comme ça). Justin a peut-être raté sa vocation, soit être comédien. Par contre, pour être politicien il faut être comédien; certains sont simplement plus bouffons que d’autres.

Loin de moi l’envie de défendre Justin Trudeau. Mais le traiter comme s’il avait commis un crime est disproportionné. Les leaders des partis adverses ont sauté sur l’occasion. Un vrai panier de crabes. Mais, fouillez donc le passé de ces critiques et vous trouverez des tas de choses pas très «catholiques». Pendant ce temps-là, on oublie les positions d’extrême droite d’Andrew Scheer (PCC) et de ses candidat/e/s évangéliques, homophobes, anti-choix, anti-immigration (voire racistes), pro-pétrole, et leur intention de nous enfoncer le pipeline Énergie Est dans la gorge s’ils sont élus. Pf!

L’autoroute de l’enfer est pavée de rectitude politique.   

Je comprends le principe du «politiquement correct» contemporain, qui entend protéger les victimes de discrimination, racisme, xénophobie et autres. Cependant, «l’intolérance des tolérants» fait en sorte qu’on a tendance à voir de la malveillance, de la persécution et du racisme partout. Je ne veux pas minimiser non plus les enjeux moraux et les problèmes de fond des minorités culturelles, mais, je me demande si nous sommes capables, tous autant que nous sommes, de sortir de notre propre cage – quelle que soit notre couleur, race ou ethnie.

Comme disait Leonard Cohen : «Nous sommes fatigués d’être blancs et nous sommes fatigués d’être noirs, et nous allons cesser d’être blancs et nous allons cesser dorénavant d’être noirs.» (Fatigués, Livre du constant désir)

Les deux meilleurs commentaires sur cette stupide controverse. Je suis entièrement d’accord avec leurs propos. J’ai aussi pensé hier que Justin Trudeau n’avait pas à s’excuser. Qui n’a pas fait de conneries au cours de sa vie? La preuve : criez «espèce de con!» dans la rue et tout le monde se retourne...

«Blackface» : une affaire de politiciens blancs, dénonce Dany Laferrière

Hugo Prévost Radio-Canada, 19 septembre 2019 | 21 h 05

L'écrivain et académicien Dany Laferrière dénonce vivement le traitement politique et médiatique de la controverse provoquée par la publication d'une photo de Justin Trudeau en «brownface» et « blackface », estimant même que les adversaires du chef libéral font preuve d'«hypocrisie» dans cette affaire.
   En entrevue à l'émission 24/60, sur les ondes d'ICI RDI, l'auteur déplore que l'on oublie le contexte de la première photo qui a alimenté l'affaire, publiée mercredi soir par le magazine américain Time, où l'on peut voir M. Trudeau déguisé pour ressembler à Aladin, dans Les mille et une nuits.
   «Aladin ne se réfère pas à un être vivant, c’est un personnage littéraire», affirme ainsi M. Laferrière.
   Celui-ci est d'ailleurs catégorique : le geste posé par M. Trudeau n'est pas un acte de blackface. «Il faut qu’il y ait une volonté certaine de vouloir ridiculiser et déshumaniser l’autre, et dans le cas de la première image que j’ai vue, où il était accompagné d’une jeune femme magnifique, et où il avait un très beau turban, et les femmes ne semblaient pas effrayées par sa présence… Aux États-Unis, quand on faisait du "blackface" pour ridiculiser, on mettait un regard effrayé, de grosses lèvres, des yeux un peu entourés de blanc pour obtenir un regard à la fois effrayé et effrayant.»
   De fait, pour l'écrivain, l'affaire est avant tout politique. Voilà pourquoi il juge que non seulement il n'a pas à accepter les excuses du chef libéral, présentées mercredi soir, puis encore une fois jeudi, mais que les excuses en question «n'ont rien à voir avec cette histoire».
   «C'est la politique, c'est l'Amérique du Nord. Nous nous disons société laïque, mais en fait, nous sommes toujours dans la confession publique.» (Dany Laferrière)

Article intégral :

Commentaire du président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philip.

Radio-Canada | 19 septembre 2019 | 15 h 42 :

La Ligue des Noirs du Québec estime que les personnes qui critiquent le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, pour les images passées où on le voit en ‘brownface’, «nagent dans un bassin d’hypocrisie, car ils n’ont rien fait pour promouvoir l’intérêt de la communauté noire et culturelle».
   Le groupe de défense des droits de la communauté noire croit que le chef libéral ne devrait même pas avoir à répondre aux questions ou encore à s’excuser.
La Ligue juge que le chef libéral «démontre sa sensibilité pour les peines de toutes les communautés».

En ce qui me concerne, je connais très peu de gens qui ne portent pas de masques en société...

 

En écoutant cette pièce de l’album Ubiquité, je voyais un noir marchant lentement sur les berges d’une rivière. Puis, j’ai pensé à la poésie afro-américaine, et enfin au célèbre poème de Dunbar. Voilà pour le fil conducteur de mes élucubrations.

Paul Laurence Dunbar avait une intuition aiguë de la double conscience à l’œuvre au cœur de sa poésie, et il devait la déplorer dans son poème le plus célèbre, figurant dans maintes anthologies : «We Wear the Mask» / «Nous portons le masque».


We Wear the Mask

WE wear the mask that grins and lies,
It hides our cheeks and shades our eyes, –
This debt we pay to human guile;
With torn and bleeding hearts we smile,
And mouth with myriad subtleties.
Why should the world be over-wise,
In counting all our tears and sighs?
Nay, let them only see us, while
We wear the mask.
We smile, but, O great Christ, our cries
To thee from tortured souls arise.
We sing, but oh the clay is vile
Beneath our feet, and long the mile;
But let the world dream otherwise,
We wear the mask!

Nous portons le masque

Nous portons le masque grimaçant du mensonge,
Qui couvre nos joues et accoutre nos yeux, –
À la duplicité humaine nous payons cette dette;
Nous sourions, cœur déchiré, saignant,
Et déclamons des myriades de subtilités.
Pourquoi le monde serait-il juste à l’excès,
À compter nos larmes et nos soupirs?
Non, qu’ils nous voient seulement, alors
Que nous portons le masque.
Nous sourions, mais, Ô Christ tout-puissant, nos cris
Vers toi montent de nos âmes torturées.
Nous chantons, mais comme la glaise est vile
Sous nos pieds, et long le chemin;
Mais que le monde ait d’autres rêves,
Nous portons le masque!

Dans cette œuvre, il est important d’observer que, même si le poète concède que c’est peut-être la double conscience qui a forcé les Afro-Américains à «porter le masque» de la capitulation et du compromis, il précise également qu’elle les a également dotés d’une «bouche aux myriades de subtilités». Ce que signale le poème, ce n’est pas seulement une dénonciation du carcan déformant imposé aux écrivains afro-américains par l’esthétique dominante, mais, de façon plus significative, une affirmation de la capacité de ce même écrivain à transcender la condition de double conscience et à adapter sa voix à ses contraintes restrictives d’une manière positive et créatrice.

Source : OpenEdition; Mémoire(s), identité(s), marginalité(s) dans le monde occidental contemporain | Cahiers du MIMMOC
La représentation et la poétisation de l’esclavage dans diverses productions américaines de la fin du XIXe siècle; par Geoffrey Pitcher

18 septembre 2019

Le Ground Zero forestier mondial

Parmi les théories complotistes, certaines avancent que des extraterrestres malveillants, voire «sataniques», gouverneraient notre monde. Néanmoins, nous n’avons aucune preuve scientifique de l’existence de tels êtres. À mon avis, les humains n’ont pas besoin d’aide extérieure; ils sont très capables de détruire leur environnement de fond en comble de leur propre chef. En ce moment, il existe une pléthore d’humains malveillants qui s’acharnent à exterminer tout ce qui vit sur terre. On invoque souvent l’avidité comme principale motivation. C’est indéniable. Mais, y aurait-il d’autres raisons moins évidentes? Question sans réponse. Je cherche.

Quoiqu’il en soit, le gros cerveau de l’homo sapiens a échoué son test d’intelligence.

En voici une énième preuve.

Les arbres remplacent le charbon dans les centrales électriques  

Les forêts perdent du terrain à une vitesse foudroyante. Le documentaire choc «Burned: Are Trees the New Coal?» m’a jetée par terre, comme un arbre qu’on abat. Je l’ai regardé par petits segments parce que j’étais trop en colère, frustrée et triste de voir ce qu’il y a de plus beau sur terre rasé – songeant aux animaux, aux oiseaux, aux plantes... qui disparaissent simultanément aux arbres. C’est terrifiant.

En résumé, on rase des forêts entières pour fabriquer des granules de bois qui servent à produire de l’électricité. Ce «nouveau» carburant de remplacement au charbon – propre selon les promoteurs – produit davantage d’émissions de carbone que la combustion de charbon. Destruction durable, devrait-on dire car la névrotique industrie verte n’est pas mieux que la névrotique industrie brune (charbon, pétrole, gaz). Ce sont les mêmes multinationales qui achètent des forêts privées ou de la Couronne et gèrent l’économie basée sur la biomasse. Cette fumisterie fonctionne de la même manière que l’agriculture industrielle (à la Monsanto/Bayer) : des monocultures arboricoles arrosées de pesticides et d’insecticides contaminent irrémédiablement les sols et n’assurent pas la captation de carbone comme les forêts naturelles le font.

Photo : Anna Growthrope PA Wire / AP. On compte 200 centrales de biomasse aux États-Unis, et à peu près 3600 à travers le monde; on en prévoit 5700 d’ici 2025.

BURNED: Are Trees the New Coal?

Par Alan Dater et Lisa Merton 2017 | 1:14:24

Ce qu'on appelle la biomasse est un euphémisme pour désigner la coupe à blanc des forêts et l’incinération de granules de bois pour produire de l’électricité. D’abord, on prétend qu'il s'agit d'une méthode verte, durable et bio de création d'électricité, mais ensuite, et plus mensonger encore, on prétend qu'elle est carboneutre et respectueuse de l'environnement. Comment ce procédé est-il devenu le prétendu sauveur de la production d'électricité et, par extension, du mouvement environnemental?

À chaque étape du processus, l'industrie dévaste les forêts, nuit à la santé des communautés et compromet nos chances de résoudre la crise climatique

L'histoire de la destruction accélérée de nos forêts pour en faire du combustible est peu connue, de même que les failles politiques, les énormes subventions et le blanchiment vert flagrant derrière la production de biomasse.
   Dans le Sud des États-Unis, les forêts sont perturbées à un rythme quatre fois plus élevé que dans les forêts tropicales d'Amérique du Sud. Dogwood Alliance a documenté la pression accrue que l'industrie a exercée sur ces paysages fortement déboisés des États du Sud américain. Chaque année, des dizaines de milliers d'acres de forêts sont abattues, transformées en granules de bois, expédiées à l'étranger par le plus grand fabricant mondial Enviva, et brûlées pour produire de l'électricité.
   BURNED a eu un impact profond sur le travail de Dogwood Alliance et sur la diffusion du message. «J'ai suivi Enviva et l'industrie des granulés de bois pendant des années, et j'ai été témoin de la dévastation. Ce documentaire a permis au public et aux décideurs politiques de se joindre à moi dans les enquêtes de Dogwood Alliance sur les coupes à blanc choquantes, de voir la destruction par eux-mêmes et de se poser la question : à quoi ressemble l'énergie propre?», dit Adam Colette, directeur des programmes de Dogwood Alliance. «Nos forêts valent tellement plus quand elles sont debout que lorsqu’elles sont brûlées pour produire de l'électricité», ajoute-t-il.
   Dans le comté de Southampton, en Virginie, la compagnie Enviva produit 250 000 tonnes métriques de granules de bois par année...


«L’industrie de la biomasse n’a de vert que les billets de banque que les spéculateurs en retirent pour répondre à une politique européenne qui n’a aucun sens. Cette politique fait en sorte que de plus en plus d’arbres sont abattus aux États-Unis pour fournir l’Angleterre et l’Europe en granules de bois.» ~ Derb S. Carter, directeur du North Carolina Southern Environment Law Center
   Sans réfléchir, les états de l’Union européenne ont décidé de réduire leurs émissions de carbone de 20 % d’ici 2020 en remplaçant le charbon par la biomasse. La grande centrale verte, DRAX Power Station, est la plus grande émettrice de dioxyde de carbone du Royaume-Uni et du monde; elle brûle 7 millions de tonnes métriques de granules de bois par année. Puisqu’elle est largement subventionnée par les fonds publics, les contribuables paient pour augmenter les émissions de gaz à effet de serre et la facture énergétique de leur pays.

Tout le monde devrait voir ce documentaire!
Site Dogwood Alliance :
Ou à cette adresse :

L'exploitation forestière en Caroline du Nord est une urgence climatique

Par Sam Davis, 10 septembre 2019

Notre nouveau rapport conjoint avec le Center for Sustainable Economy met l'accent sur la Caroline du Nord et raconte l'ampleur de la catastrophe climatique que représente l'exploitation forestière dans cet état. Nous espérons reproduire cette recherche pour tous les États du Sud des États-Unis, où les taux d'exploitation forestière sont parmi les plus élevés du pays.


Les faits montrent que la destruction des forêts est une source majeure d'émissions de gaz à effet de serre et qu'elle aggrave la crise climatique.
   Les habitants de la Caroline du Nord et nos voisins du Sud souffrent déjà du fardeau du changement climatique. Ces derniers jours, après avoir dévasté les Bahamas, l'ouragan Dorian a balayé la côte sud-est et apporté de fortes pluies, des inondations, des ondes de tempête et du vent dans toute la région – y compris sur la côte de la Caroline du Nord et sur les bancs extérieurs, où la tempête a frappé le cap Hatteras. Bon nombre de ces collectivités sont encore en train de se remettre de l'ouragan Florence de l'an dernier et de l'ouragan Matthew en 2016.
[...]
Article intégral (anglais) :

«La compensation du CO2 du bois qui brûle est une façon de compter qui m’a toujours dérangé. Je voudrais plaider pour la remise en question de ce mode de calcul, parce que, associé à d’autres arguments qui parent le bois énergie de toutes les vertus, il favorise l’apparition de nouveaux outils utilisant du bois : les centrales électriques à bois et les chaudières à pellets. Et ces machines font tranquillement changer la dimension de l’utilisation du bois énergie : de «locale et ponctuelle» elle devient «industrielle».
   J’ai donc du mal à partager l’optimisme ambiant sur la capacité de la forêt à assumer cette nouvelle charge, sachant que ce n’est pas la seule charge qui menace la forêt.
   Le bois est bien plus précieux qu’un simple combustible, et il me semble aussi déplacé de le mettre dans une chaudière que de mettre de l’électricité dans un convecteur.
   Et le bois d’œuvre a une qualité supplémentaire sur laquelle il n’y a aucune ambiguïté de calcul : il garde le carbone soigneusement stocké. La forêt mondiale est un jardin partagé, il est déjà trop petit pour nous tous.» (Terra Eco, 2015) 

Avant : 

Photo : Nicholas A. Tonelli 

Après :


Burned n’a pas reçu toute l’attention médiatique qu’il mérite de notre côté de la frontière. Aucune province canadienne n’échappe à la mangeuse de forêts qui n’est pas un insecte mais bien une armée de tronçonneuses. En 2014, le Canada comptait 70 centrales de bioénergie. La capacité de production d’énergie à partir de biomasse provient essentiellement des provinces comptant une activité forestière importante : Colombie-Britannique, Ontario, Québec, Alberta et Nouveau-Brunswick.  


La tendance à exploiter les forêts de la Couronne pour la biomasse, à l’insu de la population, gagne du terrain en Nouvelle-Écosse. Plusieurs suggestions pour contrer le manque de transparence des élus et cette façon d’exploiter les forêts ont émergé de la discussion suivant la projection; vous les trouverez sur ce lien :  

Résumé du documentaire par Bev Wigney. 
Source : Nova Scotia Forest Notes, Nov. 19, 2018  

La Nouvelle-Écosse détruit ses forêts en poursuivant l'illusion de la biomasse
Brûler de vieilles forêts de feuillus pour en faire de la biomasse, c'est de la folie. C'est exactement le contraire d'une gestion responsable des forêts.

Le documentaire Burned traite de l'utilisation non durable des forêts pour créer de la biomasse comme alternative «verte» aux combustibles fossiles. La plupart des forêts et des centrales de biomasse présentées dans le film sont situées dans l'est des États-Unis. Les plus grandes usines de transformation de la biomasse sont situées le long de la côte est ou dans la partie Est du golfe du Mexique. La raison de leur emplacement est que la majorité de la biomasse transformée en granules de bois est expédié à partir de divers ports américains vers l'Angleterre et l'Europe.
   L'énormité de l'industrie de la biomasse dépasse l'entendement. Des multinationales créent des filiales de biomasse et achètent des forêts dans de larges zones de prélèvement. Dès le début du film, plusieurs personnes parlent de la façon dont, au «départ», on leur a fait croire que la biomasse utilisait principalement de l'écorce, des branches et du bois mort. Cependant, ce mythe est rapidement dissipé, car il devient évident que les centrales de biomasse ont besoin de beaucoup plus de bois qu'il n'est possible d'en obtenir avec les «résidus» forestiers typiques.
   Par conséquent, de vastes étendues de forêts ont été rasées pour maintenir les camions forestiers en marche – dans certaines usines, on compte jusqu'à 50 chargements de camions par heure

C'est clair qu'il ne s'agit pas de branches, d'écorce et de bois mort... 

La récolte n'est pas écologique. Dans quelques extraits du film, des biologistes discutent de la façon dont les arbres qui ont de la valeur dans un écosystème forestier – comme les arbres creux qui font partie intégrante d'une forêt naturelle – sont considérés comme des «déchets» pouvant servir à la biomasse. Les images des forêts défrichées sont plutôt choquantes – je m'y attendais – mais c'est quand même choquant. Les effets de la déforestation sont abordés – tels que l'impact sur les bassins versants, le lessivage des nutriments du sol et l'érosion du paysage.
   Le film étudie ensuite l'économie de l'industrie de la biomasse. Celle-ci est fortement subventionnée – selon toute vraisemblance – car autrement, elle ne pourrait pas exister. Si la véritable valeur des forêts devait être «payée», l'industrie ne serait pas viable. Ce qui fait que tout fonctionne, c'est qu'il y a énormément de subventions octroyées à l’«énergie verte» – puisque les pays clament à grands cris qu’ils respecteront leurs engagements à réduire leur consommation de carburants fossiles.
   Cependant, il n'y a rien de «vert» à brûler du bois dans les centrales au charbon converties en centrales de biomasse. La même pollution est répandue dans l'air. Le «mythe» de cette forme d'énergie «verte» repose sur l'idée que, pendant que les arbres sont brûlés, leurs arbres de remplacement (en cours de plantation) absorberont le carbone. Mais, comme tous ceux qui connaissent bien les arbres vous le diront, il faut beaucoup de temps pour que les arbres nouvellement plantés puissent capter et stocker le carbone. De plus, les arbres replantés sont des arbres qui ne compensent pas une écologie forestière naturellement diversifiée – ce sont des «espèces» à croissance rapide qui seront une fois de plus récoltées à une date ultérieure.
   Le film se penche ensuite sur les problèmes de pollution associés à la fabrication et à la combustion des granules de la biomasse. Bon nombre des usines qui brûlent de la biomasse brûlent aussi «d’autres choses» – traverses de chemin de fer en bois créosoté, vieux pneus en caoutchouc, aggloméré toxique, déchets de matériaux de construction – tout cela sous la classification douteuse de biomasse. Ce matin, j'ai fait des recherches sur les sites web des usines ENERGY JUSTICE, et plusieurs classent dans la catégorie «biomasse» de multiples matériaux contaminés et cancérigènes. En conclusion, on ne veut surtout pas vivre à proximité d'une de ces centrales.

Commentaire d’un ou une internaute : «J'avais lu les statistiques sur la perte de forêts associée à l'industrie d'exportation de copeaux dans le sud-est des États-Unis, mais le film nous ramène tout droit chez nous. Difficile de croire à quel point nous (notre société industrialisée) accordons peu de valeur à ces magnifiques forêts de basses terres riches en biodiversité, mais c'est crédible, car il en va de même dans notre forêt acadienne en Nouvelle-Écosse. Je n'oublierai jamais les images des citoyens suffoquant de la combustion des traverses de chemin de fer imprégnées de créosote provenant du Canada

En effet. Au Michigan, le brûlage des traverses de bois créosoté produit un constant nuage de poussière toxique qui se répand sur la ville. On voit la suie sur la neige en hiver, elle colle aux vêtements, l’eau est polluée, etc. Une dame arrose son jardin tous les jours pour l’enlever; elle porte un masque parce que la poussière lui brûle les poumons. Un homme dit qu’il n’ouvre pas ses fenêtres parce que la poussière s'infiltre partout dans la maison. Parlez-moi d’énergie verte!

Et comment ces compagnies obtiennent-elles l’acceptation sociale? Toujours avec le même hameçon : les emplois. La santé, on s’en fout.

Lors d’une consultation municipale, après avoir énuméré tous les pays où TRAXYS Group Worldwide a des installations, un citoyen demande : «Pensez-vous que cette multinationale a la moindre considération pour notre bien-être et notre santé?» 

Un autre citoyen avait fait des caluls : «Avec ce contrat, vous permettez à la compagnie de brûler  20 tonnes de traverses créosotées par heure, ce qui représente à peu près 480 tonnes par jour. Ainsi, l'usine au centre-ville peut brûler les chargements de traverses de 19 camions chaque jour. Vous vous moquez de nous ou quoi? Vous avez négocié ça pour nous, pour notre communauté? En pensant à nous? Parlons des pneus : quatre tonnes par heure. C'est 8000 lb de pneus jetés dans la chaudière. Un pneu pèse 20 lb. Divisez 8000 tonnes par 20 et multipliez par 24 : vous permettez à l'usine de brûler près de 10 000 tonnes de pneus par jour. C'est un incinérateur! C'est terrible! Vous devez jetez votre entente à la poubelle, retourner à vos bureaux et refaire vos devoirs. C'est un incinérateur et notre communauté n'en veut pas. Les citoyens de L'Anse n'acceptent pas ça.»

12 septembre 2019

Le bar à promesses électorales est ouvert

Pourquoi les politiciens sont-ils si désespérés d'être réélus? Parce qu'ils ne pourraient jamais gagner leur vie en vertu des lois qu'ils font adopter.

Cette déclaration est adaptable aux chefs de tous les partis (fédéraux et provinciaux) :
«Et n’oubliez pas, après chaque promesse... des conditions s’appliquent, détails après les élections, l’offre est en vigueur pour une durée limitée et peut être modifiée ou annulée sans préavis.»

Caricature : Serge Chapleau, La Presse 24.08.2019

«Regardez la tyrannie du parti – ce qu'on appelle allégeance au parti, loyauté au parti. C’est un piège inventé par des hommes à des fins égoïstes qui transforme les électeurs en biens meubles, esclaves, lapins, et pendant tout ce temps leurs maîtres hurlent des obscénités sur la liberté, l'indépendance, la liberté d'opinion et d'expression, totalement inconscients de cette fantastique contradiction...» ~ Mark Twain (in The Character of Man)

La seule façon de connaître la véritable «ligne d’un parti» (discipline, règles, standards) est de consulter les liste des lobbies qui sillonnent les ministères (agriculture, santé, foresterie, pétrochimie, recherche, etc.) et les municipalités. Ministres, députés, sénateurs et fonctionnaires travaillent en fait pour les entreprises privées, sous la table.

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil 01.09.2019

«Le bon sens est devenu si rare qu'il devrait être considéré comme un superpouvoir.»

À retenir pendant la campagne électorale : ce texte qui résume le système politico-judiciaire corrompu dans lequel nous vivons.

L’action se déroule dans l’état de la Floride. Deux avocats sont chargés d’enquêter sur une magistrate présumée corrompue. Elle serait mêlée à la construction d’un casino sur une réserve indienne sous l’emprise de la Coast Mafia, qui se sert largement dans la caisse. Elle reçoit sa part du butin et ferme les yeux sur ces activités illicites. Certains élus, fonctionnaires et shérifs sont aussi compromis.

   North Dunes était sa dernière conquête dans son empire du golf. Un trente-six trous, avec lacs, étangs, appartements de luxe, et des maisons plus luxueuses encore, le tout construit autour d’un centre d’affaires avec un parc et une salle de spectacle, à un kilomètre de la plage.
   – Vous avez le soutien de tout le monde?
   – Quatre contre un. Poley fait de l’obstruction évidemment.
   – Pourquoi ne pas le mettre hors jeu?
   – Ce n’est pas nécessaire. Il ne faut pas que ça paraisse tout cuit. Quatre voix contre une, c’est bien. C’est crédible.
   Les dessous-de-table n’étaient pas absolument nécessaires dans cette partie du pays. Quel que soit le projet, du lotissement privé haut de gamme au centre commercial de troisième zone, il suffisait de produire une brochure élégante jetant de la poudre aux yeux, avec écrit partout «développement économique», en laissant entendre des rentrées fiscales et de la création d’emplois, pour que tous les responsables et élus s’empressent de sortir leur tampon. Si quelqu’un évoquait des problèmes écologiques, du clientélisme, ou le risque de classes surchargées, par l’accroissement soudain de population, il suffisait de les étiqueter gauchistes, écolos, ou pire «nordistes». Vonn était devenu maître dans cet art de la discréditation.

– Je suis remontée onze ans en arrière, et ai étudié  trente-trois projets d’aménagement dans le comté de Brunswick. Tout y passe : parcours de golf, centres commerciaux, lotissements, une galerie marchande à Sea Stall, et même un cinéma multiplex avec quatorze salles. La Nylan Title des Bahamas apparaît souvent. Mais ce n’est pas la seule. Il y a aussi une dizaine d’autres sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux, propriétaires elles-mêmes d’autres sociétés offshore, ainsi qu’une ribambelle de cabinets sous contrôle de compagnies étrangères. ... Une opération de cette ampleur, je n’ai jamais vu ça.

– Au cas où vous ne seriez pas au courant, il n’y a pratiquement aucun contrôle quand on voyage en jet privé. Pas de scan des bagages, pas de fouilles corporelles. Faut croire que nos petits génies  à la Sécurité intérieure se disent que les riches n’ont aucune envie de faire sauter leur propre jet en vol. Bref, on peut prendre cinquante kilos d’héroïne et l’emmener partout dans le pays.

Source : L’informateur, John Grisham; Éditions Jean-Claude Lattès, 2017
(The Whistler; Doubleday 2016)

En lisant cela, j’ai pensé au projet Royal Mount (jumelé au REM) qui défigurera irrémédiablement Montréal et entraînera des nuisances logistiques et routières hors de proportion, sans parler de l’augmentation des GES. Pourquoi l’administration municipale a-t-elle approuvé la construction de ce monstre? L’appât des retombées économiques prévalent sur la jugeote et les conséquences désastreuses immédiates et à long terme...

Artiste : Isaac Cordal, Follow the leaders, Allemagne 2011. http://cementeclipses.com/portfolio/ En passant, la crise climatique n’existe pas.

Un beau scandale revient à la une des médias. Question à 60 millions de dollars : pourquoi confier la construction d’un traversier à un chantier naval italien de mauvaise réputation?!

Des lanceurs d’alerte dévoilent les vices de construction du traversier F.-A.-Gauthier Les coûts imprévus s’élèvent à 60 millions de dollars, a appris Enquête

Vices de construction, contrôle de qualité déficient, représailles contre ceux qui sonnent l’alarme… Pour la première fois, d’ex-employés de la Société des traversiers du Québec dénoncent les conditions dans lesquelles a été construit le F-A.-Gauthier. Les déboires de ce traversier, qui fait la liaison entre Matane et la Côte-Nord, font la manchette depuis des mois.
   En 2013, René Lebrun [le lanceur d’alerte] a été déployé pendant plus d’un an au chantier du constructeur Fincantieri, près de Naples. Le géant naval a fait la plus basse soumission pour construire le traversier qui allait remplacer le Camille-Marcoux, arrivé en fin de vie utile en 2015.
  «Vraiment, nous étions en sous-nombre. Normalement, en Italie, pour superviser la construction d'un tel navire, il aurait fallu être à peu près une douzaine d'inspecteurs», dit l’inspecteur René Lebrun.
   Au chantier, René Lebrun et Martin Saint-Pierre travaillaient sous les ordres du chargé de projet Luc Martin. Ce consultant était l’homme de confiance de la direction de la Société des traversiers du Québec pendant la construction en Italie.
   La STQ se défend d’avoir fait des représailles contre ses employés qui dénonçaient des vices de qualité au chantier de Fincantieri.
   La Société des traversiers du Québec fait une interprétation restrictive de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Par exemple, Enquête a tenté d’obtenir, sans succès, plusieurs documents concernant la construction du F.-A.-Gauthier en Italie. La STQ fait valoir que ces documents appartiennent en partie à Fincantieri, le chantier naval. [...]
Article intégral :

Les représentants de notre système judiciaire kafkaïen cherchent à regagner la confiance du public – bonne chance!

Tôt ou tard, dit-on, la vérité sortira et la justice l’emportera. (Rires)

Prenons par exemple ce fameux arrêt Jordan qu’on dirait conçu pour protéger les criminels, tant économiques que politiques. En tout cas, cette procédure inclut par essence un mépris flagrant de l’application de la justice.
   Brièvement, les magistrats peuvent invoquer l’arrêt Jordan pour mettre un terme aux longues procédures judiciaires si le procès ne peut avoir lieu dans un délai de 18 mois à la Cour du Québec et de 30 mois à la Cour supérieure. La Couronne doit déposer la totalité de la preuve au moment où les accusations sont formellement déposées, et cela peut parfois prendre beaucoup de temps pour les rassembler. Vu la lourdeur et l’inefficacité du système, le manque de ressources, de juges et de salles de cour (en particulier au Québec), les criminels peuvent échapper à la justice pour cause de délais déraisonnables.
   Autrement dit : tu commets un crime (on s’entend qu’il ne s’agit pas du vol d’un sac de chips chez le dépanneur), tu t’arranges pour que les procédures traînent longtemps et t’es quitte! En fait, t’as pas besoin de rien faire, le système s’en occupe. Pas de procès, donc pas de condamnation. Sympa, non?!

C’est ainsi qu’une juge a décrété l’arrêt des procédures contre Paolo Catania. Près de 1000 chefs d'accusation sont tombés d'un seul coup lorsque la magistrate Magali Lepage, de la Cour du Québec, a invoqué l'arrêt Jordan pour ordonner l'arrêt des procédures intentées contre les anciens dirigeants de Construction Frank Catania. En tant que dirigeant de l'entreprise fondée par son père, Paolo Catania, qui est toujours actif dans le milieu de la construction, était le personnage central de ce procès, mais ses associés André Fortin, Pasquale Fedele, David Chartrand, Martin D'Aoust et Pascal Patrice faisaient aussi l'objet de divers chefs d'accusation.
   Paolo Catania et son entreprise ont été accusés d’avoir obtenu, entre 2005 et 2009, des crédits et des remboursements de taxes grâce à un stratagème de fausses factures, une fraude fiscale de l’ordre de 1,2 million commise au détriment du fisc québécois, ce qui se doublait d’une fraude de 700 000 $ relative à la taxe d’accise fédérale. Revenu Québec réclamait aux accusés des amendes de 12 à 25 millions, assorties de peines d’emprisonnement ferme. Les défendeurs ont plaidé non coupables. On ne saura jamais le fin mot de l’histoire. La magistrate Magali Lepage reproche à la poursuite «un climat de désorganisation certaine qui frôle dangereusement l’irrévérence», et à l’Agence de s’être fait tirer l’oreille pour divulguer la preuve aux procureurs des accusés, tout en se lançant dans des procédures exceptionnelles qui reportaient à 2020 le début du procès sur le fond, soit sept ans après la signification des chefs d’accusation.
   Une enquête avait déjà mené à l'arrestation, en mai 2012, de Paolo Catania et de ses associés en lien avec le scandale du Faubourg Contrecoeur, un projet immobilier de l'Est de l'île. L'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino avait également été interpellé et accusé.
   Tous ont finalement été acquittés par le juge Yvan Poulin le 2 mai 2018 des accusations de fraude, d'abus de confiance et de complot qui avaient été portées contre eux.

Un autre exemple de paralysie judiciaire : le cas de l’ancienne vice-première ministre du Québec sous le régime libéral de Jean Charest, Nathalie Normandeau. Arrêtée en mars 2016 à la suite d’une enquête de l’UPAC * (Unité permanente anticorruption), elle attend son procès, mais bénéficie de l’arrêt Jordan en rapport à des chefs d’accusation la concernant personnellement.

Radio-Canada / Presse Canadienne/ Le Devoir, 31 août 2019 :
   Soucieux d'optimiser les délais du processus judiciaire, le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) abandonne plusieurs chefs d’«accusation portés contre Nathalie Normandeau et ses cinq coaccusés, Marc-Yvan Côté, Mario W. Martel, France Michaud, Bruno Lortie, François Roussy.
   Dans le cas de Nathalie Normandeau, la poursuite abandonne 5 des 8 chefs d’accusation qui la concernaient personnellement.
   À chaque accusation qui tombe, les Québécois perdent espoir que justice soit rendue. Les institutions comme le DPCP et l’UPAC jouent leur crédibilité sur ce dossier.
   Mme Normandeau et ses coaccusés subiront tout de même un procès puisqu’ils font toujours face à des accusations d’abus de confiance, de fraude envers le gouvernement, de souscription de la part d’entrepreneurs à une caisse électorale et d’actes de corruption dans les affaires municipales. «Il y a actuellement encore sept chefs d’accusation très sérieux contre ces gens-là et si éventuellement il y a des condamnations, je pense que justice aura été rendue», a affirmé le procureur Richard Rougeau. Ce qui joue dans notre décision, c’est la décision Jordan et la décision Cody. La Cour suprême nous a demandé d’être le plus efficace possible, de tenter de gérer les délais. C’est sûr que cet aspect du dossier a été pris en considération. Je ne vous dis pas que c’est la seule des raisons ou la plus importante, mais c’est certainement quelque chose qui fait partie à tous les jours de la réflexion des procureurs de la Couronne.»
   «Ça fait un an et demi qu'on veut qu'un juge, que quelqu'un apprécie cette situation et détermine s'il doit y avoir procès ou non», a réagi Me Maxime Roy [avocat de Nathalie Normandeau] exaspéré de devoir attendre.
   [L’un des co-accusés] Marc-Yvan Côté a réclamé un arrêt des procédures en raison des fuites médiatiques qui l'auraient privé de son droit à une défense pleine et entière. Le Bureau des enquêtes indépendantes fait toujours des vérifications.

Devant la commission Charbonneau, l'ancienne ministre des Affaires municipales s'était dite «révoltée» par les firmes de génie qui auraient «magouillé dans son dos et celui de son ministère pour obtenir des contrats». (Rires)

* Ne comptez plus sur l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour endiguer la corruption dans les plus hautes sphères de la politique québécoise. Le corps policier qui devait achever le travail laissé en suspens par la commission Charbonneau, sur les allégations de financement illégal du PLQ, est en totale déroute. [...]
   Les récents scandales qui ont plombé non seulement l’UPAC, mais aussi la SQ [Sûreté du Québec] et le SPVM [Service de Police de la Ville de Montréal] présentent des similitudes. De un, les rivalités internes sont si toxiques qu’elles conduisent des personnes en situation d’autorité à déclencher des enquêtes criminelles dans le but de faire taire les dissidents. De deux, la reddition de comptes est absente, au motif qu’on ne commente pas les enquêtes en cours. Cette réserve est compréhensible jusqu’à un certain point, mais lorsque les enquêtes s’éternisent sans perspectives d’en arriver au dépôt d’accusations, surtout dans les cas de corruption politique, le silence contribue à alimenter l’incompréhension et le scepticisme du public sur l’efficacité du dispositif de lutte contre la corruption. De trois, les corps policiers ont fait un travail inégal de recrutement et d’encadrement des témoins repentis, ce qui a contribué par exemple à l’acquittement du président du comité exécutif à la Ville de Montréal, Frank Zampino, et de l’entrepreneur Paolo Catania. De quatre, l’absence d’expertise en matière de crimes économiques, renforcée par la désuétude du Code criminel sur les affaires de collusion, a amenuisé la valeur probante des enquêtes. [...]
Lutte contre la corruption : une amère déception 

Un autre fleuron de paralysie judiciaire : SNC-Lavalin

Après avoir multiplié les démarches pour s’éviter de faire face à la justice, SNC-Lavalin devra subir un procès criminel pour corruption d’agents publics étrangers et fraude en Libye, a tranché mercredi un juge. Le géant québécois de l’ingénierie a rapidement annoncé qu’il plaidera non coupable puisqu’il entend être acquitté.
   Au terme de l’enquête préliminaire, dont une ordonnance de non-publication empêche les médias de rapporter la preuve qui y a été présentée, le juge Claude Leblond de la Cour du Québec a déterminé que la preuve est suffisante pour justifier la tenue d’un procès contre les entités Groupe SNC-Lavalin inc., SNC-Lavalin International inc. et SNC-Lavalin Construction inc.
   La firme fait face à deux accusations dans ce dossier, soit corruption d’agents publics étrangers et fraude de 2001 à 2011. Selon les accusations portées par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 2015, la firme aurait versé une somme de près de 48 millions à des agents libyens dans le but d’influencer les décisions de leur gouvernement dirigé à l’époque par Mouammar Kadhafi. [...]


CONCLUSION

Les gens mentent par crainte de perdre la face, pour obtenir ce qu’ils veulent, et pour esquiver la responsabilité, la punition et le jugement.
   Un seul mensonge découvert suffit pour créer le doute sur chaque vérité exprimée. La phrase «je n'ai rien à cacher» rappelle le vieil adage «plus quelqu'un clame son honnêteté haut et fort, plus vite on peut compter l'argent». De la même manière, si quelqu’un commence sa phrase en disant «pour être parfaitement honnête», vous pouvez parier que ce qui suit est de la dissimulation ou du mensonge pur et simple.