16 décembre 2018

Écosuicide et paix ne peuvent coexister

COP24

Pour pousser les plus grands pollueurs-prédateurs (entre autres, l’industrie pétrochimique et l’agrobusiness) à devenir éco-responsables, tout ce que nous pouvons faire c’est changer nos propres habitudes de consommation, nos comportements. Sinon, ils continueront à détruire la terre sans se faire de souci.

Quand on sait, on peut choisir.
Choisir d’aller d’un côté ou de l’autre selon sa propre conscience.
L’ignorance n’offre aucun choix.


Certaines personnes sont si pauvres qu’elles n’ont que de l’argent!  

L’aristocratie

Par William Martin | 24 mars 2015
(From The Tao Te Ching, Chapter 30 – trans. Stephen Mitchell)

Le terme «aristocratie» désigne généralement un groupe d’individus considérés comme supérieurs, c’est-à-dire les plus élevés et privilégiés de la hiérarchie – bref, ce sont les gens qui croient avoir le droit inné de gouverner le monde à leur guise.
   Les aristocraties traditionnelles étaient composées de membres de la royauté et de riches propriétaires terriens. Aujourd'hui l'aristocratie se compose principalement de quelques privilégiés au contrôle de vastes quantités de richesses et dont l’influence s'étend sur tout le globe grâce aux structures d'entreprises. Cette aristocratie moderne contrôle la structure politique des pays du «premier-monde» (first-world) sous une façade de «démocratie» où la richesse équivaut à des votes. À l’instar de tous ces groupes durant l'histoire, ces aristocrates modernes autoproclamés ne voient pas les conséquences de leurs actions ni qu’ils s’exposent à la révolution et à la destruction. Cependant, contrairement aux aristocraties précédentes, cette version moderne a le pouvoir de détruire non seulement son propre statut privilégié, mais aussi le tissu même de la vie sur la planète.
   La dernière pièce d’Anton Tchekhov, La Cerisaie, constitue une puissante illustration des forces en opération au sein de la structure des groupes d'élites. C'est l'histoire d'une famille d’aristocrates russes menés à la faillite en raison de leur autogratification. Ils se voient contraints de vendre leurs biens immobiliers, y compris leur fameuse cerisaie. On leur propose diverses solutions pour sauver leur propriété, notamment en rentabilisant le verger. Mais ils refusent. Au lieu de cela, ils continuent de vivre comme s’ils n’allaient jamais faire face aux conséquences de leur mode de vie, empruntant et dépensant jusqu'au dernier centime. Dans l'acte final, ils quittent leur propriété pour toujours, abandonnés à un avenir inconnu. Pendant qu’ils quittent, on entend au loin le bruit des haches dans le verger.
   Nous continuons tous (pas seulement l'aristocratie) de nous accrocher à notre manière de vivre. Beaucoup de gens proposent des solutions de rechange qui pourraient aider à sauver la planète et créer un monde juste et équitable, mais l'arrogance, le pouvoir aveugle, les habitudes et l'évitement dominent les discussions. Le bruit de la hache dans le bois est de plus en plus fort, mais peu de gens l’entendent. En fin de compte, si jamais nous devons quitter la «propriété», nous n’aurons nulle part où aller; et le rideau tombera sur notre pièce de théâtre humaine, peut-être pour toujours.

[...] ça, c'est la grande connerie des hommes, on se dit toujours qu'on a le temps, qu'on pourra faire cela le lendemain, trois jours plus tard, l'an prochain, deux heures après. Et puis tout meurt. On se retrouve à suivre des cercueils [...]
~ Philippe Claudel (Les âmes grises, p.78, Stock, 2003)

Collage : Joe Webb http://www.joewebbart.com/    

Les champions et les championnes du climat

Sur tous les continents, des citoyens s'activent au quotidien pour lutter contre les changements climatiques. Jeunes activistes, scientifiques, économistes, écologistes ou ministres tentent à leur façon d'influencer et d'inverser le cours des choses. Notre envoyé spécial à la COP24 en Pologne en a rencontré quelques-uns.

[Extraits]

Étienne Leblanc, envoyé spécial en Pologne | Le 15 décembre 2018

«La forêt amazonienne et les peuples qui y vivent sont très menacés par les effets des changements climatiques. Je passe tout mon temps à tenter d'attirer l'attention sur des pratiques barbares de compagnies qui, avec le soutien des gouvernements, coupent la forêt pour faire place à du bétail. Couper des arbres pour produire de la viande, c'est absolument tout le contraire de ce qu'il faut faire pour atténuer les effets des changements climatiques.» ~ Juan Carlos Jintiach Arcos, activiste pour l'organisation Peuples autochtones de l'Amazone, Équateur 

«Je n'ai pas besoin de lire un rapport scientifique pour comprendre les effets des changements climatiques. Dans mon pays, on voit le niveau de la mer augmenter sans cesse. Les terres agricoles sont envahies par l'eau salée, les gens sont obligés de se déplacer à l'intérieur des terres, ou de partir. Nous sommes le canari dans la mine. Tous les jours, je travaille pour que les décideurs politiques des pays riches entendent notre message.» ~ Mereseini Marau, Secrétariat du Forum des îles du Pacifique, Fiji

«Il y a une grande injustice climatique sur la planète et il faut l'éliminer. Nous ne sommes pas vraiment responsables des changements climatiques, mais nous en subissons les effets de façon très intense. Je passe beaucoup de temps à rencontrer des élus des pays industrialisés pour les sensibiliser à notre réalité.» ~ Diego Pary Rodriguez, ministre des Affaires étrangères de Bolivie 

Article intégral :

Tchadienne, 34 ans et «porte-parole» des sans voix du climat

[Extraits]  

Étienne Leblanc, envoyé spécial en Pologne | Le 14 décembre 2018 

On entend rarement parler des peuples autochtones d'Afrique, de ceux et celles qui, dans les faits, sont en première ligne des changements climatiques. À 34 ans, Hindou Oumarou Ibrahim est la porte-voix de ces sans voix du climat, dont les femmes sont les premières victimes.
   Les perturbations du climat bouleversent le savoir traditionnel des peuples nomades. «On avait les saisons qui commençaient exactement toujours le même mois, mais maintenant, on ne sait plus. On a des saisons de pluie qui sont de plus en plus violentes ou de plus en plus rares. On finit avec des sécheresses ou des inondations, qui ont des impacts sur la sécurité alimentaire.» ~ Hindou Oumarou Ibrahim
   Ces mutations climatiques génèrent des conflits entre des communautés qui vivaient paisiblement entre elles. «Les ressources se raréfient, la population augmente, les besoins augmentent et du coup, on ne sait plus qui peut avoir accès aux ressources. La loi du plus fort s'applique», explique la jeune femme.
   Mis ensemble, les 54 pays d'Afrique ne comptent que pour 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. À lui seul, le pays de Hindou Oumarou Ibrahim est officiellement responsable de… 0,00 % des émissions mondiales, selon l'Atlas Mondial du Carbone. En d'autres mots, le niveau est trop faible pour apparaître dans les statistiques.
   «Dans ma communauté, les gens se déplacent à dos d'âne, à dos de cheval ou à dos de taureau, donc c'est zéro émission de CO2», dit Mme Ibrahim.
   «C'est là où j'appelle à l'injustice climatique et environnementale», poursuit-elle, expliquant que son peuple subit ces perturbations sans en être l'origine.
   «Ceux qui ont causé [ces changements climatiques] perdent du temps en discutant au lieu de faire des actions concrètes», déplore-t-elle.
   De son aveu, ces grandes rencontres ne l'emballent pas vraiment. «Quand on vient dans les négociations sur le climat et qu'on se projette dans la vie des communautés à la maison, on est frustrés, on est déçus. C'est deux mondes séparés, dit-elle. Les gens qui devraient parler de ça, ceux dont le destin est entre les mains des négociateurs, sont très loin de ces négociations.»
   Hindou Oumarou Ibrahim trouve qu'on y parle trop d'économie et pas assez des êtres humains qui subissent les effets des changements climatiques.
   «Ce ne sont pas les cercles économiques qui vont compter, dit-elle. C'est les cercles qu'on ne voit pas. Cette valeur qu'on ne voit pas dans l'immédiat, mais qui contribue énormément dans notre vie. Comme lorsqu'on protège les forêts en Afrique centrale et qu'on contribue ainsi à atténuer les changements climatiques en Europe.»
   Elle promet toutefois de continuer à participer aux négociations sur le climat pour tenir les décideurs à l'oeil : «Un monde meilleur ne se construit pas par une poignée de gens qui vont décider pour le reste du monde.»

Article intégral :

Collage : Joe Webb http://www.joewebbart.com/    

«Sur le chemin de l'école, il faut faire attention aux gens qui ont des fusils, car ils peuvent tirer avec, te tirer dessus, et puis là aussi tu es mort. Le problème, c'est qu'il y a plein de gens avec des fusils : il y a les militaires de mon pays, et puis des militaires d'autres pays qui sont venus dans mon pays pour faire la paix en faisant la guerre.» 
~ Philippe Claudel (Le monde sans les enfants, p.66, Stock, 2006)

Les conflits et les destructions que l’économie de marché néolibérale a entraînés sont abominables et impardonnables. Les oligarques économiques ont soulevé des peuples les uns contre les autres, ont dépouillé d’immenses territoires de toute végétation, pollué les réserves d’eau potable, exterminé des peuples quasi entièrement et quantité d’espèces animales, et nous les laissons continuer en toute impunité. Que pouvons-nous faire contre la corruption, contre des bandes de tueurs et de violeurs armés?

J’ai pleuré en écoutant les discours bouleversants du Dr Denis Mukwege et de Nadia Murad, lauréats du Prix Nobel de la Paix 2018.

Le Dr Mukwege me réconcilie avec l’espèce humaine. D’une rare ténacité, il n’a jamais dévié de son idéal en dépit des menaces contre ses œuvres et d’une tentative d’assassinat en octobre 2012 à laquelle il a échappé de justesse. Son discours sur la paix contraste méchamment avec ceux de nos guignols politico-économiques préhistoriques.

Extraits tirés de l’allocution du Dr Mukwege

Vidéo et transcription 

Photo : Skynews. Le Dr Denis Mukwege a dédié sa vie aux victimes des violences sexuelles.

"Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hôpital à Lemera, en République Démocratique du Congo (RDC). Plus de trente personnes tuées. Les patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir tué de sang-froid.
   Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’était que le début.
   La violence macabre ne connaissait aucune limite.
   Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée.
   Ce qui s’est passé à Kavumu et qui continue aujourd’hui dans de nombreux autres endroits au Congo, tels que les viols et les massacres à Béni et au Kasaï, a été rendu possible par l’absence d’un État de droit, l’effondrement des valeurs traditionnelles et le règne de l’impunité, en particulier pour les personnes au pouvoir.
   Le viol, les massacres, la torture, l’insécurité diffuse et le manque flagrant d’éducation, créent une spirale de violence sans précédent.
   Le bilan humain de ce chaos pervers et organisé a été des centaines de milliers de femmes violées, plus de 4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et la perte de 6 millions de vies humaines. Imaginez, l’équivalent de toute la population du Danemark décimée.
   Nous avons tous le pouvoir de changer le cours de l’Histoire lorsque les convictions pour lesquelles nous nous battons sont justes.
   Je viens d’un des pays les plus riches de la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde.
   La réalité troublante est que l’abondance de nos ressources naturelles – or, coltan, cobalt et autres minerais stratégiques – alimente la guerre, source de la violence extrême et de la pauvreté abjecte au Congo.
   Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J’ai moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu’on trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants, victimes d’intimidation et de violences sexuelles.
   En conduisant votre voiture électrique, en utilisant votre smartphone ou en admirant vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets.
   En tant que consommateurs, le moins que l’on puisse faire est d’insister pour que ces produits soient fabriqués dans le respect de la dignité humaine.
   Fermer les yeux devant ce drame, c’est être complice.
   Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard.
   Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens qui prétendent être nos dirigeants. Pillé pour leur pouvoir, leur richesse et leur gloire. Pillé aux dépens de millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnés dans une misère extrême… tandis que les bénéfices de nos minerais finissent sur les comptes opaques d’une oligarchie prédatrice.
   Cela fait vingt ans, jour après jour, qu’à l’hôpital de Panzi, je vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays.
   Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public et en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales.
   Je vous épargne les détails.
   Le peuple congolais est humilié, maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su de la communauté internationale.
   Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, plus personne ne peut dire : je ne savais pas.
   Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas.
   Agir c’est un choix.
   Agir, c’est refuser l’indifférence.
   S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés.
   Nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes et de leurs proches et nous devons tous nous approprier ce combat ; y compris les États qui doivent cesser d’accueillir les dirigeants qui ont toléré, ou pire, utilisé la violence sexuelle pour accéder au pouvoir.
   Les États doivent cesser de les accueillir avec le tapis rouge et plutôt tracer une ligne rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre.
   Une ligne rouge qui serait synonyme de sanctions économiques, politiques et de poursuites judiciaires.
   Poser un acte juste n’est pas difficile. C’est une question de volonté politique.
Finalement, après vingt ans d’effusion de sang, de viols et de déplacements massifs de population, le peuple congolais attend désespérément l’application de la responsabilité de protéger les populations civiles lorsque leur gouvernement ne peut ou ne veut pas le faire. Il attend d’explorer le chemin d’une paix durable.
   Le défi est clair. Il est à notre portée."

Extraits tirés de l’allocution de Nadia Murad  

Vidéo et transcription 

Photo: Reuters / Rodi Saïd. Des réfugiés fuient la violence des forces loyales à l'État islamique dans la ville de Sinjar, et marchant vers la frontière syrienne, à la périphérie de la montagne de Sinjar, près de la ville frontalière syrienne d'Elierbeh du gouvernorat d'Al-Hasakah, le 11 août 2014. Des militants de l'État islamique ont tué au moins 500 membres de la minorité ethnique Yézidi irakienne au cours de leur offensive dans le nord de l'Irak, a déclaré le ministre irakien des droits humains à Reuters. L'État islamique a poussé des dizaines de milliers de Yézidis et de chrétiens à fuir pour sauver leur vie.

"Je souhaite m’adresser à vous du fond de mon cœur et vous rappeler comment le cours de mon existence et la vie de toute la communauté yézidie ont changé à la suite de ce génocide, et comment Daech a tenté d’exterminer une des composantes de l’Irak en enlevant ses femmes, en tuant ses hommes et en détruisant ses lieux de pèlerinage et de culte.
   J’espère qu’aujourd’hui marquera le début d’une ère nouvelle, où la première priorité sera la paix, et où le monde pourra collectivement commencer à définir une nouvelle feuille de route pour protéger les femmes, les enfants et les minorités de la persécution, et particulièrement les victimes de la violence sexuelle.
   Encore petite fille, je rêvais de finir mes études secondaires, d’ouvrir un salon de beauté dans notre village et de vivre près de ma famille à Sinjar. Mais ce rêve a tourné au cauchemar. Des évènements inattendus se sont produits. Un génocide. J’y ai perdu ma mère, six de mes frères et les enfants de mes frères. Chaque famille yézidi peut rapporter la même histoire, l’une plus horrible que l’autre, du fait du génocide.
   Oui, nos vies ont changé du jour au lendemain, d’une manière que nous avons peine à comprendre. Chaque famille yézidie compte des parents séparés de leurs proches. Le tissu social d’une communauté pacifique a été lacéré, toute une société réunie sous la bannière de la paix et d’une culture de la tolérance a été consumée dans une guerre absurde.
   Dans notre histoire, nous avons subi de nombreux pogromes du fait de nos croyances et de notre religion. En conséquence de ces massacres, il ne reste plus que quelques rares Yézidis en Turquie. En Syrie, qui comptait jadis quelque 80 000 Yézidis, il n’en reste aujourd’hui plus que 5 000. En Irak, les Yézidis font face à un destin similaire, leur nombre a diminué de manière significative. Le but de Daech, qui est d’éradiquer notre religion, deviendra réalité si une sécurité adéquate des Yézidis n’est pas assurée. C’est aussi le cas d’autres minorités d’Irak et de Syrie.
   Après le génocide, nous avons reçu des témoignages internationaux et locaux de sympathie, et de nombreux pays ont reconnu ce génocide, mais le génocide ne s’est pas arrêté. La menace d’anéantissement perdure.
   Au XXIe siècle, à l’âge de la mondialisation et des droits humains, plus de 6 500 femmes et enfants yézidis ont été faits prisonniers, vendus, achetés, abusés sexuellement et psychologiquement. Malgré nos appels quotidiens depuis 2014, le sort de plus de 3000 femmes et enfants aux mains de Daech reste encore inconnu. Chaque jour, des jeunes filles dans la fleur de l’âge sont vendues, achetées, retenues captives et violées. Il est inconcevable que la conscience des dirigeants de 195 pays ne se soit pas mobilisée pour libérer ces filles. S’il s’était agi d’un accord commercial, d’un gisement de pétrole ou d’une cargaison d’armes, gageons qu’aucun effort n’aurait été épargné pour les libérer.
   J’entends tous les jours des histoires tragiques. Des centaines de milliers, des millions même de femmes et d’enfants du monde entier souffrent de persécutions et de violences. Tous les jours, j’entends les cris des enfants de Syrie, d’Irak et du Yémen. Tous les jours, nous voyons des centaines de femmes et d’enfants d’Afrique et d’ailleurs devenir la cible de massacres et un combustible pour les guerres, sans que personne ne bouge pour les aider ou demander des comptes à ceux qui commettent ces crimes.
   Depuis bientôt quatre ans, je sillonne le monde pour conter mon histoire, celle de ma communauté et celle d’autres encore, tout aussi vulnérables, sans obtenir justice. Les auteurs de violences sexuelles contre les Yézidies  et d’autres femmes et filles ne sont toujours pas poursuivis pour leurs crimes. Si la justice n’est pas rendue, ce génocide se répétera contre nous et contre d’autres communautés vulnérables. La justice est la seule façon d’assurer la paix et la coexistence entre les différentes composantes de l’Irak. Si nous ne voulons plus revoir de femmes captives et violées, nous devons demander des comptes à ceux qui ont utilisé la violence sexuelle comme arme pour commettre des crimes contre les femmes et les filles."

14 décembre 2018

La «pétroleuse» albertaine

J’attribue à Rachel Notley le vocable pétroleuse, parce qu’elle est douée pour jeter de l’huile sur le feu. Toujours prête à monter aux barricades pour défendre son cher pétrole de schiste albertain – il coule dans ses veines, elle en boit, elle en mange. Mais il y a de l'espoir car c’est une maladie qui se soigne...  

Caricature d’une «pétroleuse» d’après une carte postale versaillaise oblitérée en juillet 1871. [Mythe au sujet des pétroleuses réputées avoir allumé des feux avec du pétrole à Paris (1)] 

Parmi les élus, Rachel Notley est sans doute celle qui a subi la plus radicale lobbytomie de la part de l’industrie pétrolière. Elle devrait descendre de ses grands chameaux et réfléchir au jour, peut-être pas si loin, où en raison de l’exploitation bitumineuse, l’eau potable vienne à manquer dans sa province. Elle voudra peut-être construire un pipeline pour transporter de l’eau potable du Québec vers l’Alberta... péréquation ou pas. 


Quand des provinces s’opposent à ce qu’elle répande son pétrole partout, elle utilise le boycottage – ce fut le cas avec Colombie Britannique et maintenant c’est le tour du Québec.
   Le problème c’est que l’Alberta a mis tous ses oeufs (pourris) dans le même panier. Or, à mesure que les dérèglements climatiques feront leur œuvre, divers problèmes surviendront. Il n’y a aucun pays dans le monde capable de cesser d’utiliser ces énergies sales du jour au lendemain. Une vicieuse dépendance a été créée au cours du dernier siècle – les pétrochimistes ont décidé d’en mettre dans tout à cause des surplus. Or au lieu d’augmenter la production, il faudrait la limiter à l’essentiel si l’on veut éviter l’hécatombe.
   Y a-t-il quelqu’un qui veut payer un cours 101 sur les dérèglements climatiques aux élus récalcitrants qui veulent poursuivre la course écosuicidaire?
   Ce n’est pas parce que le pétrole «finance des écoles, des hôpitaux et des routes» qu’on peut le dire propre – c’est comme financer des bonnes œuvres avec l'argent du crime organisé.


En général, je désapprouve la manière dont la Coalition avenir Québec s'apprête à gérer les défis environnementaux. Cependant, je suis d'accord avec le rejet du pipeline Énergie Est. On se doit de souligner les bons coups tout autant que les mauvais.

«Pétrole sale albertain» : Rachel Notley répond à François Legault

Mylène Crête
Presse canadienne

François Legault s'est fait dire de descendre de ses grands chevaux par la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, mardi, alors qu'un ex-député fédéral appelle au boycottage des produits du Québec.
   Selon Mme Notley, le premier ministre québécois doit réaliser que son gouvernement tire beaucoup d'avantages du pétrole albertain.
   «Je dirais au nouveau premier ministre du Québec qu'il a besoin de descendre de ses grands chevaux, qu'il a besoin de jeter un coup d'oeil à ce qu'il y a dans le sol et qu'il a besoin de comprendre que, non seulement notre produit n'est pas sale, mais qu'il finance les écoles, les hôpitaux, les routes et potentiellement certaines des infrastructures hydroélectriques au Québec», a-t-elle dit.
   Celle-ci réagissait aux propos tenus par François Legault vendredi à l'issue de la conférence des premiers ministres à Montréal. Il se prononçait alors sur le projet d'oléoduc Énergie Est, que l'Alberta, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick tentent de raviver et dont le tracé traverserait le Québec. Ce projet, abandonné en 2017 par TransCanada, visait à transporter le pétrole des sables bitumineux albertain vers les raffineries de l'est du pays.
   François Legault a refusé cette «énergie sale» pour laquelle il n'y a pas d'acceptabilité sociale sur le territoire québécois, tout en soulignant que le Québec pouvait vendre son hydroélectricité.
   «Je ne me sens pas du tout gêné de refuser de l'énergie sale, alors que, nous, on offre de l'énergie propre à un prix très concurrentiel», avait-il affirmé.
   Depuis, l'ex-député conservateur au fédéral et ex-chef du Parti Wildrose à la législature albertaine, Brian Jean, incite les Albertains au boycottage des produits québécois puisque le Québec reçoit «près de 60 % de toute la péréquation» «financée par le pétrole de l'Alberta». Sa publication a été partagée près de 11 500 fois sur Facebook depuis samedi.
   Le Québec a fait l'objet de critiques lundi, lors de la rencontre des ministres des Finances à Ottawa, parce qu'il recevra la part du lion du transfert de péréquation en 2019-2020, soit plus de 13 milliards, alors qu'il nage dans les surplus.
   Le gouvernement fédéral versera en tout près de 20 milliards en péréquation à cinq provinces la même année pour assurer un niveau de services publics équivalents partout au pays. Outre le Québec, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick recevront un chèque.
   L'Alberta, considérée comme l'une des provinces riches, se plaint de vivre une crise en raison du faible prix du pétrole. Le gouvernement néodémocrate prévoit un déficit de 7,5 milliards pour l'année financière en cours.


Les craintes climatiques sont réelles, alors l’industrie des sables bitumineux doit fermer

Par Thomas Walkom
The Star | Affaires nationales, le 4 décembre 2018

Photo : Jeff McIntosh / La Presse canadienne. Un bassin de résidus reflète l'installation de la mine de sables pétrolifères Syncrude près de Fort McMurray, en Alberta, en juillet 2008. De nouvelles recherches financées par le gouvernement indiquent que les niveaux actuels d'émissions des sables bitumineux finiront par acidifier une région du nord de l'Alberta et de la Saskatchewan de la taille de l'Allemagne.

En Pologne, le Canada et près de 200 autres pays font un effort de dernière minute pour sauver le monde des changements climatiques dévastateurs.

Ici, les gouvernements canadien et albertain tentent de sauver une industrie qui est l'une des plus grandes émettrices de gaz à effet de serre au pays et qui contribue aux dérèglements climatiques.
   Si cela semble une contradiction, c'est parce que c'est le cas.
   Le compromis libéral conçu par le premier ministre Justin Trudeau et son gouvernement il y a deux ans ne fonctionne pas. Il s'agissait d'un grand marché qui d’une façon a permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans que les Canadiens n'aient à en souffrir.
   En fait, ce devait être un pacte entre Ottawa et l'Alberta. Le gouvernement fédéral aiderait la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, à exploiter et à transporter le pétrole des sables bitumineux de la province. En retour, elle appuierait une sorte de taxe nationale sur le carbone demandée par Trudeau.
   Chaque partie donnerait un peu pour parvenir à un compromis canadien classique. C'était la théorie.
   Et en des circonstances normales, ça aurait dû marcher.
   Mais les circonstances actuelles sont loin d'être normales. Les changements climatiques ne sont pas simplement une autre faille dans les relations fédérales-provinciales que l'on peut résoudre en modifiant, par exemple, la formule de péréquation.
   Si le consensus scientifique est exact, il s'agit d'une crise comparable à une guerre nucléaire mondiale.
   Déjà, le changement climatique provoque des sécheresses exceptionnellement graves dans certaines régions et des tempêtes exceptionnellement violentes dans d'autres. Elle menace d'inonder une grande partie de la Floride. Il fait fondre les glaces de l'Arctique.
   Il s'est exprimé par des inondations en Europe et des incendies dévastateurs en Colombie-Britannique, en Californie et en Alberta. Il est généralement considéré comme l'une des causes profondes de la guerre civile syrienne et on s'attend à ce que cela débouche sur une recrudescence de conflits.
   Lorsque la présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Maria Espinosa, a averti que l'humanité était «en danger de disparition» à cause du changement climatique, elle n'exagérait pas.
   Le monde a tenté d'y faire face depuis le sommet de Paris en 2015. Là-bas, les nations ont convenu de travailler ensemble pour éviter que les températures mondiales n'augmentent trop rapidement.
   Mais l'accord de Paris n'était pas contraignant. Les pays fixent leurs propres objectifs de réduction des émissions et ne sont pas tenus de les atteindre.
   Depuis lors, les groupes scientifiques de l'ONU ont fait deux constats troublants. Premièrement, les objectifs annoncés ne suffisent pas; le changement climatique se produit plus rapidement que prévu. Deuxièmement, la plupart des pays, y compris le Canada, ne sont pas en voie de tenir les promesses faites, même inadéquates.
   La conférence de deux semaines sur le changement climatique à Katowice, en Pologne, vise à encourager les signataires de Paris à devenir plus ambitieux.
   Bonne chance. Le président américain Donald Trump a abandonné l'Accord de Paris. D'autres menacent de faire de même.
   Le Canada est probablement plus typique. Bien qu'il soit théoriquement un ardent partisan de l'accord, il est le moins enthousiaste à l'idée de prendre les mesures qui s'imposent.
   Plus précisément, Ottawa insiste pour appuyer une industrie des sables bitumineux qui est l'un des plus anciens contributeurs aux changements climatiques au Canada.
   Bien que les sables bitumineux ne soient responsables que de 10 % des émissions de carbone du Canada, ils comptent parmi les plus importantes sources ponctuelles de gaz à effet de serre du pays et un puissant symbole de ce que l'humanité fait de travers.
   Sur le plan économique, les sables bitumineux sont condamnés. Dans un monde inondé de schiste bitumineux bon marché, les nouveaux projets de sables bitumineux sont finalement trop coûteux à développer – même si le pipeline Trans Mountain de 4,5 milliards de dollars qu'Ottawa a acheté pour acheminer le bitume de l'Alberta vers la côte Pacifique se concrétise.
   D'un point de vue environnemental, c'est un désastre, tant en ce qui concerne les bassins de décantation créés pour stocker leurs déchets que les émissions de carbone qu'ils rejettent dans l'air.
   Les réductions de production imposées et l’achat de wagons-citernes par le gouvernement peuvent permettre aux sables bitumineux de boiter encore un peu. Mais dans un monde dont l'existence même est menacée par les gaz à effet de serre créés par cette industrie, l'option la plus raisonnable est de fermer.


Un article à monter sur ses grands chevaux :

CO2 vs the COPs

By Barry Saxifrage in Analysis
Canada’s National Observer | December 12th 2018

   “Whatever our world leaders are 'doing' to reduce emissions, they are doing it wrong.”
   "We have to understand what the older generation has dealt to us, what mess they have created that we have to clean up and live with.”
– Greta Thunberg, 15-year-old Swedish climate hero speaking at COP24

The primary force overheating our planet, destabilizing our climate and acidifying our oceans is the surging levels of carbon dioxide in our atmosphere.
   Since 1990, at the Rio Summit, world leaders have met annually and pledged to stop this "speeding freight train" before it gets too dangerous. Right now they are meeting in Katowice, Poland, for the twenty-fourth year in a row, at a United Nations Conference of the Parties (COP 24).
   Despite decades of global promises and negotiations CO2 levels have not stabilized. Not only are emissions still rising, they are actually accelerating upwards.
   There is no mystery about where all this new CO2 is coming from – fossil fuels like oil, gas and coal. Every year, humanity digs up and burns more fossil carbon than it did the year before. And every year we continue to dump the resulting tens of billions of tonnes of CO2 pollution directly into our atmosphere.


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(1) Le terme «pétroleuses» se référait aux femmes accusées d’avoir utilisé du pétrole pour allumer des incendies, en 1871, lors de l’écrasement de la Commune de Paris par les versaillais. Après l’incendie de l’Hôtel de ville de Paris le 24 mai, on affubla de ce terme les femmes qui avaient pris part aux combats armés, faisant d’elles les boucs émissaires du vandalisme survenu pendant la Semaine sanglante. (Wikipédia)

Les gravures publiées au moment où le mythe de la pétroleuse naît, et alors que les femmes impliquées dans la Commune sont traduites devant les conseils de guerre, elles viennent fournir à l’opinion publique des représentations efficaces de ces allégories noires ou négatives de la Commune comme règne du chaos et de la destruction. Cette iconographie recourut souvent à l’excès pour alimenter l’imagerie anti-communarde et le mythe de la pétroleuse, en dépit des démentis. Dans tous les cas, les pétroleuses ont servi à exorciser la «grande peur» de la Commune et de ses incendies. Malgré le mythe populaire de la pétroleuse, aucune femme n’a jamais été reconnue coupable d’incendie criminel délibéré selon les archives désormais accessibles. (L’histoire en images)

11 décembre 2018

Dans sa tête, il y a un petit roi

Les 42 propositions (1) des Gilets Jaunes sont concrètes, pertinentes et très raisonnables. Où puiser l’argent? Mais dans les poches et les paradis fiscaux des gloutons de l’«aristocratie corporative»! Je dirais des «élites», mais ce mot doit être redéfini; tout comme «populiste», récupéré à des fins qui n’ont rien à voir avec le bien commun et l’équité sociale. Par ailleurs, les dictatures (capitalistes ou communistes) gagnent du terrain; songeons à Bolsonaro, Jinping, Duterte, Poutine, etc.


Les rois s’appellent maintenant «présidents» ou «premiers ministres». Les représentants politiques honnêtes manquent cruellement puisque la plupart sont «lobbytomisés». Alors, réfléchissons pour une énième fois à la mise en garde de mon bien-aimé Mark Twain (1835-1910) :

«Chaque civilisation porte les semences de sa propre destruction, et ce cycle apparaît dans toutes les civilisations. Une République naît, s’épanouit, se délabre dans la ploutocratie, puis, un cordonnier s’en empare à l’aide de mercenaires et de millionnaires qui feront de lui un souverain. Les gens créent leurs oppresseurs, et les oppresseurs remplissent la fonction pour laquelle ils ont été créés.» ~ Mark Twain, Eruption  

«La monarchie a la parole, et celle-ci lui a permis de convaincre l'homme qu'elle différait du serpent à sonnette, que quelque part elle avait quelque chose de précieux, quelque chose qu’il valait la peine de préserver, quelque chose de bon et de grand, lorsqu'elle était bien «modifiée», quelque chose lui donnant droit à la protection contre le bâton du premier venu qui l’attraperait si elle sortait de son trou.» ~ Mark Twain

Photo : Ludovic Marin/Reuters; message de M. Macron aux Gilets Jaunes, le 10 décembre 2018. On aurait dit un robot-clone avec discours pré-enregistré totalement dépourvu de sentiment et d'émotion. «Applaudis-toi toi-même si tu veux, du moment que ce ne soit pas sur le visage de ton prochain.» (Stanislaw Jerzy Lec)

«Lorsque l'on considère Mark Twain cent ans plus tard, on ne peut que se demander ce qu'il aurait à dire sur l'Amérique de 2010 [ndlr : et 2018!]. On peut imaginer le choc et la consternation de Twain en voyant se métastaser les tendances sociales et politiques malignes dont il avait observé les développements initiaux.
   Que de cibles trouverait-il! Les hypocrites et menteurs bien nantis de la Maison-Blanche et du Congrès, les avaricieux compulsifs de l'aristocratie corporative, les éditeurs patriotiques, justifiant la réémergence du colonialisme, les prédicateurs millionnaires  et leur bigoterie, les bonzes souriants de la télévision, les charlataneries des experts en «croissance personnelle» et tous les autres détrousseurs de la population – tous mûrs, dans les mots de Twain, pour un enclos chauffé en enfer»! Où sont ses héritiers aujourd'hui?»
~ James Brookfield et David Walsh
Centenaire de la mort de Mark Twain, 10 juillet 2010; World Socialist Web Site

Le billet de Francis Lagacé * 
Le 4 décembre 2018

«Ce qui se passe en France (la révolte des Gilets jaunes, du nom de la veste jaune obligatoire dans les voitures pour signaler une situation d'urgence et que portent les manifestantEs) est d'une gravité que l'on ne sait pas très bien mesurer ici au Québec, l'indigence analytique de nos médias n'aidant pas particulièrement.
   Si l'origine de cette contestation est l'opposition à une taxe sur les carburants, qui affectera surtout les familles modestes des régions périurbaines, lesquelles n'ont pas le choix d'utiliser leur voiture (un peu comme la modulation des tarifs d'hydro-électricité pénalise les pauvres et favorise la consommation des plus riches), la suite est rapidement devenue l'expression d'un ras-le-bol général contre un gouvernement prétentieux, arrogant, uniquement tourné vers la grande entreprise ou vers l'obsession technologique des star-teupes (start-up prononcé avec le joli accent du guignol qui préside la république française et qui n'a que ce mot à la bouche, car il croit que la vie est une entreprise dans laquelle il faut récompenser les gagnants et laisser les perdants aux hyènes). [...]
   Cette révolte, qui risque de se muer en révolution si les oligarques qui contrôlent la poupée mécanique que les FrançaisES ont en guise de président n'abandonnent pas leur mode de pensée archaïque qui voit la démocratie comme un jeu de manipulation qui donne la baguette au plus roublard et s'ils ne s'avisent pas de réfléchir sérieusement à ces 42 propositions dont beaucoup ne souffriront pas de moyen terme, a été allumée par l'attitude outrancière de ce pouvoir où les éluEs se comportent comme des parvenus égoïstes qui viennent de gagner le gros lot du 6/49.
   Premier président sacré dans une téléréalité coûteusement offerte par l'oligarchie, le petit caporal en polléon s'est révélé un provocateur inconscient se comportant comme un véritable boutefeu. Il traite les pauvres en gens «qui ne sont rien». Il insulte les travailleurs en leur disant : «Si tu veux un costard, t'as qu'à travailler.» Et à ceux qui se cherchent un emploi, il propose : «Pour trouver un travail, je traverse la rue.»
   Quand on constate qu'il a autorisé un barbouze à casser du manifestant, il prétend assumer entièrement et déclare, derrière une rangée de gardes : «Qu'ils viennent me chercher». Elles sont très nombreuses les personnes qui dans les récentes manifestations ont affirmé qu'elles répondaient à son appel. «Venez me chercher, mais je vais me cacher derrière les CRS.» Voilà ce qu'il aurait dû dire, ce rigolo qui parle sans réfléchir. Il ose en plus se vanter d'avoir «été élu par effraction» et se désoler parce que «si les Français se plaignaient moins, ça irait mieux».


* Francis Lagacé détient un doctorat en études françaises (Création littéraire et narratologie). Il fut chargé de cours dans plusieurs universités de Montréal et milite pour de nombreuses causes, dont le syndicalisme.

Festival mots creux de Macron

«Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une.»
«Vous n’allez pas me faire peur avec votre T-shirt, la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler.»
«Je ne suis pas là pour beurrer les tartines.»

Arrestations de jeunes manifestants à Mantes-la-Jolie, dans le style des années 1940-45...  La répression des militants par les forces armées est désormais systématique. Les ventes d'armes ont dramatiquement augmenté en 2018. Allez, parlez-nous de la paix et de la liberté d'expression dans le monde! 

Agora Vox, 2017 : La rhétorique de M. Macron s'appuie pour l'essentiel sur des formules qui se suffisent à elles-mêmes, par exemple le Discours de La Mutualité, 12 juillet 2016 :  
«Il faut changer le pays.»
«Il n'y a pas de plus belle chose que de servir son pays.»
«Ce monde est ancien, il est usé, il est fatigué, il faut en changer.»
«Nous vivons une refondation.»
«Il faut un souffle nouveau.»
«Le moment est venu de faire des choix clairs.»
«Cette histoire, elle dérange. Ça arrive, j’en sais quelque chose. Parce qu’elle vient contrarier l’ordre établi, parce qu’elle inquiète le système.»  
   Ce type de petites phrases représente bien les deux tiers de son discours. L'argumentation de M. Macron n'est jamais avare de confusion et de non-sens, notamment «révolution démocratique»... Cela ne veut pas dire grand chose et c'est pourtant le titre de son dernier ouvrage.


J'ai l’impression d’entendre François Legault, Éric Girard ou Youri Chassin de la CAQ – la bonne vieille théorie du ruissellement. Comme disait le prospère cashman Brian Mulroney, que l'argent soit canadien ou québécois ou d'ailleurs, c'est sans importance, tout ce qui compte c'est l'argent.

L’insurrection, et après?
Michel Onfray | Agora Vox | Le 8 décembre 2018 

(Extrait) 

«Macron prend prétexte de sauver la planète pour serrer la ceinture des pauvres (tout en desserrant celle des riches dispensés d'impôts sur la fortune) afin de les soumettre à la règle maastrichtienne des 3 %. Mais il s'agit moins pour lui de sauver la planète que de sauvegarder l'Europe libérale, une espèce en péril – sinon, pourquoi ne pas taxer les supertankers, les avions de ligne, les aéronefs commerciaux, les paquebots de croisière, les entreprises qui polluent, les constructeurs automobiles ayant fraudé sur leurs émissions de carbone, plutôt que l'infirmière qui effectue ses visites en campagne?
   Dès lors, quiconque croit pouvoir répondre favorablement aux demandes des gilets-jaunes sans envisager une sortie de l'Europe maastrichtienne ment éhontément : Les Républicains et le Parti Socialiste, La France insoumise et le Rassemblement national, le Modem et le Parti communiste français sont à mettre dans le même sac. Il n'y a donc aucune raison de faire confiance à cette classe politique jacobine, parisienne, mondaine, partidaire qui se trouve à l'origine du malaise qu'elle prétend désormais vouloir combattre... si on l'installe à nouveau au pouvoir! On ne peut créer les conditions du chaos depuis des décennies puis vouloir y mettre fin avec la politique qui a causé ces dégâts!


Le roi est nu. La chose est désormais vue et sue. Elle l'est même, sue et vue, de façon planétaire grâce aux télévisions du monde entier. Jupiter a vécu. Qu'on se souvienne de ce que j'ai jadis nommé dans un livre «le principe de Gulliver» : Gulliver peut être terrassée et anéanti par les Lilliputiens. Autrement dit : les nains peuvent avoir raison d'un géant. Disons-le d'une autre façon encore : les gilets-jaunes ont potentiellement les moyens d'abolir «Macron» qui n'est que le faux-nez du système : il suffit pour ce faire d'un programme commun, d'une fraternité d'action, d'une méthode avec une stratégie (que veut-on?) et une tactique (comment s'y prend-t-on pour y parvenir?), enfin d'une volonté.
   Le programme commun s'élabore avec les comités fédérés; la fraternité d'action surgit à l'occasion de la mise en place de ces comités; la méthode est celle de la coopération libertaire qui suppose le mandat impératif afin de désigner des représentants, puis une fédération de ces représentants avec une fédération de fédérations afin de disposer d'un comité directeur révocable lui-aussi; la stratégie vise l'alternative à la démocratie représentative par l'instauration d'une démocratie directe; la tactique pour y parvenir consiste à ne rien lâcher dans l'action revendicative, puis à multiplier les actions de façon ciblée, tout en se désolidarisant des violences et en les empêchant. La volonté est là : elle est jaune vif.
   Macron qui, non sans arrogance juvénile, voulait tous les dégager et a cru y parvenir semble lui aussi prendre la vague qu’il a initiée. C'est la jurisprudence du boomerang... Ironie du sort, il voulait faire de la politique autrement : ce pourrait bien être le programme de ceux qui ne veulent plus de lui et de ses semblables. Ce si jeune Jupiter nous apparaît dès lors vraiment pour ce qu'il est : vieux, terriblement vieux...»

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(1) Les 42 revendications des Gilets Jaunes adressée à l’Assemblée Nationale


PDF original enregistré sur «Scribd» :

7 décembre 2018

Dépotoir planétaire : le rôle de l’industrie publicitaire

Cette industrie est à l’origine de notre monde de surconsommation et de la chaîne de calamités écologiques qui en ont découlé. Certaines erreurs ne peuvent pas être corrigées, même avec la meilleure volonté du monde.

Au lendemain des attentats au WTC, George W. Bush invitait les Américains à aller magasiner comme d’habitude. Alors, une crise économique empêcherait-elle les gens de dépenser sans compter pendant les fêtes? Jamais de la vie. En janvier prochain, comme à tous les ans, plusieurs seront épuisés, déçus, déprimés, endettés, sinon ruinés. La foire mercantile avec ses promesses de bonheur pogne encore. Les folles dépenses? Un peu plus sur la carte de crédit, c’pas grave, on règlera ça en février au retour de la croisière en Martinique.

L’authentique esprit de Noël : dépensons beaucoup d’argent pour de la merde dont nous n’avons pas besoin  

«Carte de crédit : Chacun des petits rectangles de plastique, dont l'ensemble constitue un jeu de société de consommation, aussi appelé jeu de cash-cash.» ~ Albert Brie 

«Organiser l’inflation, on appelle ça aider. Les gens achètent des fausses pièces.»
(Série satirique Kaamelott)

Au coeur du cercle vicieux du consumérisme

Fabrication/production – Publicité – Distribution – Consommation : un système machiavélique dont il est de plus en plus difficile de nous extirper, surtout avec Internet...

«La publicité est basée sur une chose : le bonheur. Tu sais ce qu'est le bonheur? C'est l'odeur d'une voiture neuve, c'est l'absence de peur, c'est un panneau d'affichage sur le bord de la route qui crie et te rassure : quoi que tu fasses, c'est ok. Tu es ok.»
   «Les gens veulent tellement qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire qu'ils écouteront n'importe qui.»
   «Tu associes l’amour à des palpitations cardiaques, tu n’es plus capable manger ni de travailler, tu te maries et tu fais des enfants. La raison pour laquelle tu ne l'as pas senti, c'est parce qu'il n'existe pas. Ce que vous appelez l'amour a été inventé par des gars comme moi... pour vendre des bas de nylon.»
~ Don Draper, série Madmen   

Le plus cruel avec la publicité c’est qu’elle ne reflète pas ce que font les gens, mais ce qu’ils rêvent de faire. Et, la notion de bonheur est basée sur la satisfaction des désirs à travers la consommation d’objets. La pub présente donc des contextes de relations humaines joyeuses, festives, amicales, romantiques, sexuelles associés à leurs marques. Par exemple la bière au beach party, le VUS à l’aventure, la grosse maison cossue au statut social, les vêtements au pouvoir de séduction, etc. Complètement dingue. Mais les gens mordent encore à l’hameçon, malgré tous les résultats de recherche en psychologie comportementale, largement accessibles au grand public, qui ont démontré que les choses ne procurent pas le bonheur.

Un documentaire à voir sur le sujet (en anglais) :
Advertising at the Edge of the Apocalypse
Jeremy Earp, Sut Jhally 2017  

Dix ans après son précédent film, Advertising & the End of the World, le célèbre spécialiste des médias Sut Jhally poursuit en explorant les retombées personnelles et environnementales dévastatrices de la publicité et la culture commerciale quasi-totalitaire. Le film retrace l'émergence de l'industrie de la publicité au début du XXe siècle jusqu'à la commercialisation à grande échelle de la culture d'aujourd'hui, en identifiant le mythe qui traverse toute la publicité : l'idée que les marques d'entreprise et les biens de consommation sont les clés du bonheur et de la réalisation humaine. Nous voyons comment ce récit puissant, soutenu par des milliards de dollars annuellement et propagé par des manipulateurs intelligents, nous a aveuglés sur les coûts catastrophiques de l'accélération constante des taux de consommation. Le résultat est un film puissant qui déballe les questions fondamentales concernant le mercantilisme, la culture des médias, le bien-être social, la dégradation de l'environnement et la dichotomie entre le capitalisme et la démocratie.

Street art : Banksy, "Shop till you drop" 

J'ai trop de larmes pour pleurer

ils font la guerre à la nature

Moi qui tutoyais le soleil

je n'ose plus le regarder en face
~ Jacques Prévert

Consumérisme et environnement

«Notre économie extrêmement productive exige que nous fassions de la consommation notre mode de vie. Nous avons besoin que les choses soient consommées, brûlées, usées, remplacées et jetées à un rythme de plus en plus rapide. Nous avons besoin que les gens mangent, boivent, s'habillent, roulent, vivent d’une consommation toujours plus dispendieuse. Cela exige que nous convertissions l'achat et l'utilisation des biens en rituels, que nous trouvions nos satisfactions spirituelles, les satisfactions de notre ego, dans la consommation.»
~ Victor Lebow, analyste en commerce de détail, 1955

Aussi offensant que cela puisse paraître pour beaucoup de gens, cet énoncé résume assez bien l'orientation que notre société a prise au cours du siècle dernier. Nous sommes actuellement enfermés dans un modèle de consommation élevée et sans cesse croissante, dont l'impact sur la planète et sur la santé de notre société et des gens qui la composent est évident.

Notre consommation illimitée prend la forme :
- de produits jetables, souvent non recyclables
- d’immenses maisons
- de grandes banlieues luxueuses
- d’habitudes de voyage polluantes et invasives dans le monde entier
- de grosses et puissantes voitures

L'on s'attend à une consommation infinie sans pénalité.  Le paradigme de la croissance à perpétuité sert bien les élites, car il crée les conditions dans lesquelles leur richesse croîtra le plus rapidement. Pour le reste de la population, la fascination pour les biens matériels masque les faiblesses sous-jacentes :
- l’endettement
- l’épuisement des ressources
- les longues heures de travail
- la diminution de la qualité de vie

Mondialisation (auteur inconnu) 

Le fantasme de l’analyste en commerce de détail des années 1950 ne peut plus servir de guide à une société progressiste. La surconsommation est au cœur de plusieurs de nos problèmes fiscaux, sociaux et environnementaux actuels.  Les paramètres de contrôle d'une société de consommation sont complètement déformés en ce qui concerne le bien-être national et individuel. À mesure que nous nous dirigeons vers une société de conservation, nous pouvons voir plus clairement à quel point le consumérisme insoutenable va à l'encontre du progrès social.
   Au-delà d'un certain point, plus de richesse matérielle et de confort ne rendent pas les gens plus heureux.  Ce fait a été établi dans de nombreuses études. Le niveau de richesse requis pour le bonheur et la satisfaction de vivre à grande échelle est peut-être à la moitié de ce dont jouissent actuellement les citoyens des pays les plus industrialisés. Cependant, il est tout aussi clair que les élites tirent le maximum de profit et de puissance de la consommation maximale et de l'activité économique qui en découle.
   En créant davantage de biens aux coûts les plus bas, le consumérisme et son acolyte, le mondialisme, ont créé un système commercial interdépendant extrêmement complexe. Un tel système produit en effet des quantités massives de biens, mais il diminue aussi la base des économies qui y participent et les laisse ouvertes à de graves dommages en cas de perturbation sur les longues chaines d'approvisionnement en biens essentiels, y compris la nourriture et l'énergie.
   D'excellentes études ont identifié les impacts de telles perturbations sur les civilisations passées. Les effets sont dévastateurs. Dépendre trop fortement du commerce, se spécialiser à un degré trop élevé et créer des systèmes financiers complexes a semé les graines de l'effondrement dans beaucoup de civilisations avancées pour lesquelles des documents sont disponibles. La recherche qui a donné naissance au livre 1177 BC, The Year Civilization Collapsed par Erich H. Cline établit ce schéma d'effondrement des sociétés avancées de la Méditerranée. Il s'agit du premier exemple dont les dossiers adéquats sont disponibles.
   Global Crisis, de Geoffrey Parkers, couvre les effondrements sociétaux qui se sont produits dans le monde entier au 17e siècle. L'incroyable précision et la clarté du mécanisme du commerce et de la désintégration sociale sont rendues possibles par la richesse comparative de la documentation avec laquelle Parker a dû travailler. Cline, par comparaison, a dû effectuer beaucoup plus de travail de détective, en grande partie basé sur l'archéologie.
   L'incapacité de changer est le point culminant de nombreuses archives sur le déclin social. Plus la base économique est restreinte, plus la prise de décisions est entre les mains d'une élite dont la fortune est liée à cette même base. Il devient très difficile pour une société de retirer le pouvoir et les ressources à cette base et de diversifier l'économie, surtout lorsque l'élite est sous la pression des rendements décroissants dans son activité principale.
   Des longues chaînes d'approvisionnement et énergivores pour les ressources vitales, une base économique et une assiette fiscale restreintes, couplée à des flux complexes des monnaies fiduciaires est un château de cartes qui n’attend qu’un coup de vent pour s’écrouler. L'histoire traite surtout des guerres, des révolutions et des drames sociaux qui se produisent quand une société de consommation se résigne à cause de son incapacité de produire ce dont elle a besoin pour se maintenir.
   Toute société qui fait passer la consommation avant la production, l'investissement et la conservation de ses ressources va inévitablement connaître une transformation spectaculaire et peut-être rapide en une économie plus large et un mode de vie plus égalitaire. Cette nouvelle norme sociétale pourrait bien se situer à un niveau de sophistication bien inférieur à celui qui aurait été possible si la société précédente avait défendu la durabilité plutôt que la consommation.

Source :
Canadians for a Sustainable Society https://sustainablesociety.com/

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Dans la même veine :

The Age of Stupid (L’âge de la stupidité)
Franny Armstrong, 2009

Le pétrole EST le gouvernement, dit le commentateur

2055 – Un homme vit seul au sommet d’une tour. Celle-ci contient les œuvres d’art qui étaient il y a seulement deux générations éparpillées aux quatre coins de la Terre. Cet homme allume son ordinateur relié à l’ensemble des archives vidéo du monde. Face à notre planète bleue dévastée, il cherche à comprendre : pourquoi n’avons-nous pas réagi lorsqu’il était encore temps? N’y avait-il pas de signes annonciateurs des dérèglements climatiques dès le début des années 2000? Réponse à travers une série de reportages montrant l’homme face à sa propre compagnie d’aviation indienne lowcost et analyse l’impact environnemental de l’aviation. Il place aussi le spectateur devant la fonte des glaciers alpins et les conséquences de l’ouragan Katrina. Suite à cela, le gâchis du pétrole est dénoncé ainsi que les désastres orchestrés par Shell en Afrique. Un reportage en Irak montre également la vie d’enfants vendant les chaussures jetées dans les pays riches. Enfin, un installateur d’éoliennes est suivi dans un combat face à l’ignorance des populations. Intéressant et dérangeant! (Natura-Sciences)


«Le Président est un produit. Ne l'oublie pas.» ~ Pete, série Madmen

«Le gouvernement a lâché des lance-flammes contre les nazis et des bombes à fragmentation contre les Japonais. Le napalm a été inventé en 1942. C'était partout en Corée, j'étais là. Et maintenant c'est au Vietnam. Mais l'important est que si nos boys se battent et qu'ils en ont besoin, si l'Amérique en a besoin, Dow le fabrique et ça marche.» 
~ Don Draper, série Madmen

Auteur : Banksy. Désolé! Le mode de vie commandé est présentement en rupture de stock