11 novembre 2019

À la mémoire des animaux de guerre

Place du Carrousel
vers la fin d'un beau jour d'été
le sang d'un cheval
accidenté et dételé
ruisselait sur le pavé
Et le cheval était là
Debout
Immobile
sur trois pieds
Et l'autre pied blessé
blessé et arraché
pendait
Et le cheval se taisait
le cheval ne se plaignait pas
le cheval ne hennissait pas
il était là il attendait et il était si beau si triste si simple
et si raisonnable
qu'il n'était pas possible de retenir ses larmes

– Jacques Prévert

Cheval de guerre abandonné

«Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder de projectiles une ville assiégée que d’assassiner quelqu’un à coups de hache.» ~ Fiodor Dostoïevski (1821-1881)

Moi non plus! Et je ne vois aucune raison d’être fiers et de rendre hommage aux hommes stupides qui participent aux guerres orchestrées par des hommes-empires stupides. Qui plus est, comme nous tuer entre humains ne suffit pas à étancher notre appétit pour la cruauté, nous contraignons des êtres intelligents comme les chevaux, les chiens, etc., à collaborer à nos ignominies, à nos actes les plus morbides et psychotiques. Ce que nous faisons à nos meilleurs amis est totalement méprisable et inacceptable.

   «L'homme fut créé tel un animal sanguinaire et je crois qu'il aura toujours soif de sang, et qu’il s’organisera pour en avoir. Je pense qu'il est de loin le pire animal qui existe; et le seul qui soit indomptable.» (What Is Man?)
   «L’homme est le seul animal qui donne dans l’atrocité des atrocités : la Guerre. Il est le seul qui rassemble ses frères pour aller calmement exterminer ses semblables de sang froid. Il est le seul animal qui, pour un salaire minable, marche et tue des étrangers de sa propre espèce qui ne lui ont fait aucun mal et avec lesquels il n'est pas en conflit. Et pendant les intervalles entre les guerres, il lave ses mains souillées de sang en travaillant pour la ‘Confrérie universelle de l’homme’.» (Lettre à William Dean Howells, 1899)

~ Mark Twain

L’horreur est humaine

Devoir de mémoire mon œil. On se souvient pour mieux récidiver avec des tactiques militaires plus efficaces et sophistiquées pour éliminer l’ennemi. Les guerres ont toujours les mêmes motifs – rivalités politiques, économiques et colonialistes – et sont financées par ceux qui ne se battent jamais mais qui élaborent des stratégies sur des cartes géographiques maintenant modélisées. Les États tirent grand profit de la guerre pour accroître leurs pouvoirs et leurs domaines de compétences. À la tête des forces armées on trouve des hauts-gradés dont plusieurs démontrent des caractéristiques de psychopathe. Les budgets alloués à l’industrie de la guerre ne cessent d’augmenter. Donc, l’espèce la plus sanguinaire (l’humain) perpétue les mêmes écoeurantes boucheries, à pied, à cheval, en chars d’assaut, en bombardiers, en sous-marins et à drones. Bien sûr, les militaires participent à des opérations de sauvetage en cas de catastrophes naturelles – incendies, inondations, famines, etc. – mais les pompiers, les membres de la Croix rouge ou de Médecins sans frontières le font aussi sans s’entraîner à tuer leurs semblables.

On peut penser que la Première Guerre mondiale n’était qu’une avant-première de la Seconde, une sorte de test. Aujourd’hui, les guerres ne sont pas «mondiales» comme tel, car la stratégie consiste à attaquer un peu partout, ouvertement ou sournoisement, en vue de s’approprier les biens et les ressources d’autrui. Rien de nouveau, les voleurs et les envahisseurs ont toujours procédé ainsi : «Donne-moi ta femme, tes enfants, ta terre, ta maison, ton cheval, ta charrette, ton arme, ou ton pétrole, tes métaux rares, ton uranium, ton lithium, ton or, tes diamants, sinon je te tue.»

Voulez-vous être poignardé, abattu, asphyxié, brûlé vif ou bombardé?

Les soldats qui ont survécu à l’une ou l’autre des deux grandes guerres du siècle dernier pouvaient bien devenir fous après avoir eu sous les yeux tant de carnages, de boucheries.

Chevaux de guerres portant des masques à gaz. Horrifiant! 

Les animaux de guerre

On estime qu’environ 14 millions d’animaux furent enrôlés durant la Première Guerre mondiale – chevaux, mulets, bœufs, ânes, chiens, pigeons voyageurs... En plus du lourd bilan humain (9 millions de morts au cours du conflit), on oublie souvent que la Grande Guerre a entraîné d’énormes pertes animales. Les chevaux ont été les plus touchés, avec environ 10 millions de chevaux furent tués entre 1914 et 1918. Une fois la guerre terminée, beaucoup de «rescapés» ont dû être abattus en raison de leurs blessures, de leur grand âge, ou simplement parce qu’on ne leur trouvait plus d’utilité. En Australie par exemple, sur 13 000 chevaux enrôlés, 15 % ont été euthanasiés à l’issue du conflit car on ne savait pas où les placer. Une bien triste fin pour ces héros de guerre...

Source :

Crédit photo : Yva Momatiuk / John Eastcott. Comme le dit si bien Esther Granek «T’es pas beau l’Humain! ... Le cheval a plus de noblesse en chaque patte, en chaque fesse, que toi déployant ton meilleur». Poème intégral :

«J’ai vu tellement de chevaux mourir. Ils hennissaient. Et ils pleuraient. Je ne savais pas que les chevaux pleuraient. Ils étaient tombés et ne pouvaient plus se relever. Ils luttaient contre la mort, leurs flancs éventrés, ils se vidaient de leur sang par tellement de blessures... Certains avaient baissé les armes et attendaient la fin sans bouger, les yeux grands ouverts. De temps à autre, leurs naseaux frémissaient un peu plus fort. Il y avait une telle tristesse dans leur expression... Pour moi, ce sont les victimes les plus innocentes de toute cette guerre [14-18]. Toutes les nuits je rêve des chevaux.» (Charlotte Link, La maison des sœurs)

Photo : carnage d’équidés / archives Robin des Bois  

Le vétéran canadien A. Lloyd Swick, décédé à l’âge de 94 ans en 2017, avait servi en Corée, en Inde au Pakistan et en Haïti, et il réclamait un monument commémoratif en hommage aux animaux de guerre. À sa plus grande joie, l’Animals in War Memorial a été inauguré au parc de la Confédération, le 3 novembre 2012 au centre-ville d’Ottawa.
   Ce monument rend hommage aux animaux qui ont servi aux côtés de leurs compagnons humains. Cet hommage est symboliquement installé près du Monument de la guerre des Boers, une guerre pour laquelle le Canada a fourni 50 000 chevaux aux troupes à cheval.
Principaux services rendus :
– Les mules transportaient des sacoches et des pièces d’artillerie.
– Les chevaux transportaient les troupes et tiraient les canons de campagne.
– Les pigeons voyageurs transportaient des messages vers des destinations précises.
– Les chiens étaient messagers, assistants médicaux, détecteurs de mines et ils participaient à des opérations de recherche et de sauvetage. Les chiens font toujours partie des forces armées canadiennes.

Le lieutenant-colonel John McCrae et son chien Bonneau – Bibliothèque et Archives Canada/CC BY 2.0

Lectures suggérées

Bêtes des tranchées. Des vécus oubliés.
Éric Baratay
Éditions CNRS, 2013


11 millions d'équidés, 100 000 chiens, 200 000 pigeons : les animaux ont été enrôlés en masse dans la Grande Guerre, pour porter, tirer, guetter, secourir, informer... Les tranchées ont également abrité des milliers d'animaux domestiques ou de ferme abandonnés par des civils en fuite, et des animaux sauvages coincés au milieu du front, mais aussi des rats, des mouches, des poux, attirés par l'aubaine. Parfois pourchassés, plus souvent gardés et choyés, ils ont fréquemment aidé les soldats à survivre dans l'enfer, à s'accrocher à la vie, à occuper leur temps. Mais, alors que les combattants de tous bords ont beaucoup évoqué ces compagnons de guerre, nous les avons oubliés.
   Ce livre invite à retrouver ces «soldats à quatre pattes» et tous ces animaux ayant vécu la guerre en empruntant leur point de vue, de manière à restituer leurs vécus, leurs actions, leurs émotions, leurs coopérations ou leurs résistances, leurs souffrances et leurs destins, afin aussi de mieux comprendre les attitudes et les sentiments des soldats. L'auteur nous convie à suivre l'itinéraire de ces bêtes des tranchées, de leur enrôlement à leur sortie de guerre, dans un panorama international des deux côtés du front ouest.

Les animaux dans la Grande Guerre
Jean-François Saint-Bastien
Éditions Sutton, 2014


«Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des trous d’obus, des cadavres, du sang, de l’eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la boue, des balles, des tirs de mortier, du feu, de l’acier, c’est ça, la guerre! L’oeuvre du diable!» ~ Otto Dix, peintre et soldat de la Grande Guerre.
   Dans cette funeste énumération, on trouve quelques animaux, des nuisibles surtout, mais il y en avait bien d’autres sur le front. Ainsi, chevaux, chiens et pigeons avaient un rôle militaire. Présents aux côtés des soldats, ils assumaient des tâches logistiques ou de transmission. Dans cet ouvrage très illustré et très documenté, Jean-François Saint-Bastien déniche les bêtes et bestioles de tout poil qui furent les amies ou les ennemies du soldat. Vous y apprendrez que l’équivalent de la Croix-Rouge existait pour les chevaux et que les chiens aussi étaient réquisitionnés pour l’effort de guerre. Vous découvrirez des héros à quatre pattes et des sauveteurs ailés, ou encore des recettes miracles utilisées pour se débarrasser de la vermine.  
   L’auteur décortique également la symbolique animale utilisée dans la propagande et nous montre comment les soldats rendaient hommage à leurs compagnons d infortune. Il livre ici une approche originale et inédite de la première guerre mondiale.

Encore des illusions sur les humains?

Je suis d’accord avec les propos de John Gray qui perçoit l’humanité comme «une espèce rapace déterminée à détruire toutes les autres formes de vie; les humains ne peuvent pas détruire la terre, mais ils sont capables d’anéantir totalement l’environnement qui les soutient».
   Extraits d’une critique de son ouvrage The Silence of Animals (2013) : 
«Les Napolitains affamés en 1944 chassaient et consommaient des chats errants, ou se nourrissaient de poissons tropicaux trouvés dans l'aquarium de la ville; les prisonniers soviétiques internés par les Nazis bouffaient les cadavres des autres détenus tels des meutes de chiens voraces. Voilà ce qui arrive quand les faux-semblants de civilisation et d'humanisme dégringolent – ils ne sont guère plus qu’une prétention qui procure un support moralisateur à la religion. Dans le jardin d’Éden, Dieu a flatté l’homme en lui accordant la suprématie sur les autres animaux; la vérité est que notre capacité de rationalisation nous a effectivement permis de nous comporter comme des bêtes.
   La barbarie est une maladie de la civilisation. Toutes nos institutions – les familles et les Églises, les forces policières – sont impliquées dans la mesquinerie humaine. Il est absurde de croire à l'évolution de notre espèce ou à l'amélioration progressive de la société : au Congo Belge ou dans la Russie stalinienne ou en Iraq, en Iran et en Syrie, des idéologues qui s'extasient sur la régénération du monde entier comptent sur les massacres à grande échelle pour établir leur version personnelle du ciel sur terre.»

Source :

10 novembre 2019

Code vestimentaire et autres futilités parlementaires

Catherine Dorion, la «rebelle» de l’Assemblée nationale, bouscule le conformisme vestimentaire des parlementaires jupettées ou cravatés comme des Témoins de Jéhovah.

Catherine Dorion, députée de Québec solidaire.    

Geneviève Guilbault (ministre Sécurité publique) et Simon Jolin-Barrette (ministre Immigration, diversité et inclusion), Coalition avenir Québec. Photo : Sébastien St-Jean / Agence QMI.  

Signature de documents sous le regard bienveillant de François Hollande et compagnie.

Je dédie cette photo à Denise Bombardier qui la jugera peut-être plus acceptable que la carte d’Halloween de Catherine Dorion.
   Bombardier ne s’est pas privée pour foncer en Ski-Doo sur la députée, à renfort de psycho-pop et d’insultes :  
«Elle a choisi l’Halloween pour sévir. Car l’iconoclaste attitrée de Québec solidaire joue à la sorcière au cœur même de l’Assemblée nationale.
   Catherine Dorion devait piaffer d’impatience depuis quelque temps, car les médias ne s’occupaient plus d’elle. Elle s’est donc «déguisée» en bourgeoise de la ville de Québec – ce qu’elle est de naissance. À l’insu du président de l’Assemblée nationale, elle a squatté le Salon rouge le temps de prendre une photo. Assise sur le bureau qu’encadrent les drapeaux du Québec et du Canada, elle offre son corps à l’admiration des hommes qui adorent les jupes à ras le c... Détail. C’est sur ce bureau que les députés signent les documents de leur assermentation. Symbolique, on en conviendra.
   Mademoiselle Dorion, l’égérie sulfureuse de la gauche déjantée et féministe, n’hésite guère à jouer une fille de joie, collier de perles et talons aiguilles en sus, ce qui, paraît-il, exciterait les mâles.
   Plutôt que de travailler sur ses dossiers, la députée consacre une partie de son énergie à attirer l’attention en brisant les règles de la bienséance ou ce qu’il en reste dans notre monde de relâchement général.
   Cette députée, qui éclabousse à travers ses tenues les lieux mêmes où se vit la démocratie au quotidien, est indigne de la fonction qu’elle occupe, et envers les citoyens du Québec. Qui eût cru qu’un jour un membre de l’Assemblée nationale entacherait de la sorte la vie politique? Qu’aurait fait le président François Paradis si un député homme, sans sa permission, s’était fait prendre une photo dans une position sexuellement ambiguë avec un sourire carnassier aux lèvres pour faire une blague?»  

Autres pays, autres codes...

La tenue veston/cravate ne garantit pas le respect des règles de la bienséance...



Ah, le style britannique :




Je dédie à Catherine Dorion cette pièce de Leo Kottke. 
Si je travaillais à l'Assemblée nationale j'écouterais ça le matin en m'y rendant, c'est stimulant. Standing in my shoes...

Pour des détails sur ce guitariste hors du commun voyez :
 
World Turning – Album: Standing in my shoes 
Leo Kottke



Everybody's trying to say I'm wrong
I just wanna be back where I belong

World Turning
I gotta get my feet back on the ground

World Turning
Everybody's got me down

Maybe I'm wrong but who's to say what's right
I need somebody to help me thru the night

World Turning
I gotta get my feet back on the ground

World Turning
Everybody's got me down

Everybody's trying to say I'm wrong
I just wanna be back where I belong

World Turnin
World Turnin

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Citations du jour

«Ça fait au moins vingt ans qu’on m’accuse de pessimisme parce que je dis que nous sommes au milieu d’une catastrophe. Ce qu’il faut maintenant c’est trouver l’attitude à adopter dans cette catastrophe. Tu n’es qu’un petit morceau de bois dans un torrent, une autre personne arrive, tu lui dis quoi? Je suis de gauche et tu es de droite? Es-tu pour ou contre l’avortement? On n’en a rien à foutre quand tout est en train d’exploser.» ~ Leonard Cohen (1993)

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil, 05.11.2019

«Personnes morales, c’est ainsi qu’on désigne les entreprises en Droit Français, pour les distinguer des personnes physiques. Personnellement, il m’eût semblé plus judicieux de les appeler Personnes amorales. Question de morale, justement.» ~ Nikholaos

8 novembre 2019

Le pouvoir exercé sur celles et ceux qui n'en ont pas

Depuis quelque temps, des scandales et des événements horribles ont projeté les enfants et les adolescent/e/s  sous le radar. On souhaiterait que les organismes et les ministères responsables de la jeunesse cessent de multiplier les commissions parlementaires et AGISSENT concrètement.

L’éducation sexuelle fait gravement défaut en milieu scolaire. On a besoin, non pas d’un programme improvisé datant de l’époque victorienne comme dans les provinces conservatrices, mais d’un programme adapté au 21e siècle, conçu par des biologistes, sexologues et psychologues compétents.

Voilà ce que je me dis à chaque fois que je regarde un épisode de «Toute la vie», un scénario créé par Danielle Trottier, auteure de la dérangeante série Unité 9 dont le sujet était la vie des femmes en milieu carcéral. Cette fois, l’enclos est une école pour jeunes filles enceintes. J’ai failli lâcher après le deuxième épisode avec l’impression que c’était une série pro-vie; mais j’ai continué. On verra.

Synopsis (Radio-Canada / télé) : 
Toute la vie gravite autour d’un établissement unique au monde : l’école Marie-Labrecque. Elle accueille une soixantaine de jeunes filles âgées de 12 à 17 ans, toutes enceintes ou jeunes mamans. Elle a la double mission de veiller à leur scolarité et de les préparer à assumer leur rôle de mère au point où, après l’accouchement, elles seront aptes à prendre soin du petit être fragile et totalement dépendant qu’elles ont mis au monde. Rien n’est moins sûr! C’est un défi de taille et il faut y parvenir en quelques mois.
   À l’instar de la soixantaine de filles qui fréquentent l’école, Edwidge, Flora, Den, Camille et Jolène se sont engagées fermement à poursuivre leurs études, tandis qu’Anaïs, 13 ans, souhaite ardemment être admise, mais elle devra convaincre ses parents. Parallèlement, ces filles doivent faire une entrée précipitée dans le monde adulte, même si elles sont aux prises avec des problèmes qui sont le lot de bien des adolescents d’aujourd’hui : faible estime de soi, conflits familiaux, hyper sexualisation, troubles alimentaires, anxiété, abandon ou autres. Le rêve est là, mais la réalité est exigeante et rien ne garantit qu’à l’accouchement, on leur laissera leur enfant.

Crédit photo : Véro Boncompagni. Anaïs (13 ans) à la clinique d’avortement. Au dernier moment elle refuse la procédure. On ne connait pas les raisons de son entêtement à poursuivre sa grossesse en dépit des nombreux obstacles. Cherche-t-elle à fuir une famille dysfonctionnelle – père violent, mère soumise, couple mal assorti et chicane dans la cabane? Elle refuse de réfléchir sur les répercussions de cette naissance sur sa propre vie, celle de sa famille et celle du petit copain qui sort à peine de l’adolescence.

Composée d’enseignants et d’intervenants dévoués dont Christophe, le nouveau psycho-éducateur, l’équipe de Marie-Labrecque, dirigée par Tina, les appuie autant qu’elle le peut pour les aider à réussir leurs études et à mettre assez d’ordre dans leur tête et dans leur vie pour prouver qu’elles sont capables de s’occuper de leur enfant. Ce sont des aidants qui feront souvent la différence, mais pas toujours. Ils seront parfois des témoins impuissants face à une pente trop dure à remonter ou des chocs imprévus de l’existence.
   Le métier de parent est peut-être le plus difficile qui soit. L’assumer prématurément réclame non seulement de l’amour, mais une bonne dose de résilience et sans doute un peu de chance.

Lecture suggérée :

Boucar disait...
Pour une raison X ou Y
Les éditions La Presse, mai 2017


«Si vous ne pouvez pas lire ce livre avant votre premier baiser, ce n'est pas grave. Il vous sera aussi bien utile avant de tomber amoureux, de former un couple, de vous marier, de fonder une famille, d'élever vos enfants et même de devenir grands-parents.
   Ce livre est une exploration humoristique et scientifique sur la reproduction humaine depuis le coup de foudre jusqu'à ce que les enfants nés du couple quittent la maison familiale et se reproduisent à leur tour. Comprendre pour mieux célébrer l'amour, l'attachement, la vie de couple, mais aussi pour lutter contre les discriminations et les violences sexuelles, tel est le sens de ma démarche, ce qui me tient à coeur.»
~ Boucar Diouf, biologiste, humoriste, conteur et animateur


Série suggérée :

Destinée aux jeunes de 13 à 15 ans, On parle de sexe est une série de capsules éducatives qui aborde sans détour l’identité de genre, la première fois, les préliminaires, l’orgasme féminin, l’exploitation sexuelle... des sujets qui préoccupent les ados et piquent leur curiosité.

Télé Québec

Le problème plus qu’alarmant de la prostitution juvénile, requiert des cours d’éducation sexuelle de toute urgence – en plus des jeunes il faudrait inscrire les parents, les proxénètes et les clients!  

Exploitation sexuelle des mineurs : «Le Québec, une pépinière pour le reste du Canada»

Valérie Gamache
Radio-Canada / nouvelle, 4 novembre 2019

Le Québec est devenu une plaque tournante de l'exploitation sexuelle de mineurs au Canada. Si dans les milieux policiers il ne fait plus de doute que la province se trouve en tête du palmarès, le sujet demeure tabou au sein de la population.
   Pour lever le voile sur le phénomène, une commission parlementaire transpartisane s'ouvrira lundi après-midi à Québec. Les députés veulent brosser le portrait de la prostitution juvénile et de ses conséquences sur la vie adulte. 
   Il faut maintenant parler d'un véritable trafic d'êtres humains entre les provinces canadiennes. Les jeunes filles recrutées ici sont en effet très demandées dans les autres provinces. «Les jeunes Québécoises sont très prisées, très exotiques à cause de la langue», soutient Ian Lafrenière ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal, devenu député de la Coalition avenir Québec.
   Au Canada, les policiers estiment qu'une jeune fille peut rapporter entre 200 000 $ et 300 000 $ par année à son proxénète. «Les policiers observent que les plus payantes sont celles qui ont le moins d'expérience et qu’il y a aussi une recrudescence du sexe sans protection», explique le député. «Et quand elles ne font plus l'affaire, elles sont vendues à un autre proxénète pour une somme de 15 000 $ à 25 000 $», ajoute-t-il.
   Au Canada, près de 40 % des victimes de la traite sont des mineurs et, dans la majorité des cas, la traite vise l'exploitation sexuelle.
   «C'est une question de produits d'exportation. Les proxénètes se prennent pour des hommes d'affaires», raconte Maria Mourani. Cette criminologue sera appelée à témoigner devant les élus cette semaine. Elle donne l'exemple du projet Convalesce qui a permis aux policiers de démanteler, le 16 octobre, un réseau de prostitution en Ontario et dans l'Ouest canadien qui faisait la traite de personnes à partir du Québec.

Article intégral :

Documentaire suggéré :

L'enquête documentaire choc Trafic plonge le spectateur dans les rouages du monde de la prostitution juvénile. Rapidement, l'enquête se tourne vers le client. Si toute cette industrie existe, c'est pour répondre à ses besoins. Et pourtant, c'est rarement de lui dont on entend parler dans les médias. Qui est-il? Qu'est-ce qui le pousse à vouloir acheter les services sexuels de jeunes filles? Est-ce que la police fait réellement quelque chose pour l'arrêter?

Télé Québec, mercredi 13 novembre 2019 à 20 H

Lecture suggérée :

14 ans et portée disparue
Arielle Desabysses
Éditions De Mortagne, 2015


Un long cauchemar qui entraînera l’auteure malgré elle jusque dans un réseau de trafic humain, là où les jeunes filles de son âge sont très populaires en tant qu'esclaves sexuelles... Une autobiographie infiniment triste, une expédition dans l’ignoble système d’exploitation sexuelle. Ces drames sont malheureusement fréquents. Les parents et les jeunes devraient lire ce livre. Il vaut mieux prévenir que guérir. Et pourquoi  ne pas en faire une lecture obligatoire en milieu scolaire? L’histoire nous offre du même coup un aperçu de ce que vivent les familles autochtones – à ce jour, on n’arrive même pas à dénombrer les disparitions et les assassinats!

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L’entêtement de la Coalition avenir Québec à remplir des promesses, fréquemment insensées, oblige les ministres à rétropédaler constamment pour corriger ou amender des lois élaborées sans réflexion sérieuse. Une perte de temps et d’argent.
   Par exemple, l’École du Grand Voilier de Lévis a réclamé une aide financière de 2,4 millions de dollars pour ajouter trois classes de maternelle 4 ans à ses travaux d’agrandissement – ce qui équivaut à 800 000 $ par classe. François Legault a justifié la dépense en expliquant que les classes sont «amorties sur 40 ans» et «qu’on doit bien ça à nos enfants pour être capables d’offrir ce qu’il y a de mieux». On prévoit construire 1300 classes au cours des prochaines années – faites les calculs...
   Si la CAQ voulait «offrir ce qu’il y a de mieux aux enfants», elle pourrait utiliser ses surplus de revenus pour subventionner les cliniques d’obésité infantile (menacées de fermeture par manque de fonds), restructurer la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pour renforcer les services de prévention contre l’exploitation sexuelle des mineur/e/s au Québec et pour offrir de vrais cours d’éducation sexuelle en milieu scolaire.  

Mais, la Coalition avenir Québec est constituée d’une horde de comptables, d’économistes, de gestionnaires, de gens d’affaires, d’entrepreneurs et d’investisseurs obsédés par le rendement, la productivité, le libre marché capitaliste néolibéral, les profits et la construction d’infrastructures. Les ministres gèrent les ministères comme si c’était leur business privé. Ce sont de dignes complices de l’Institut économique de Montréal (IEDM), un copié/collé de l’idéologie conservatrice de l’Institut Fraser (à la Reagan/Thatcher). Voilà pourquoi on prône la réduction de la taille de l'État, la privatisation des sociétés d'État (Hydro-Québec, SAQ, etc.), de l’enseignement public, des soins de santé, l’affaiblissement des lois du travail et des syndicats, l’abolition du salaire minimum, la purge des finances publiques, une grande ouverture au secteur privé et aux investisseurs étrangers, et la création d’une économie de propriétaires. On reconnait les positions de l’ancien directeur de la recherche à l’IEDM et porte-voix des lobbies pétroliers, Youri Chassin, élu député de Saint-Jérôme et très bon ami de François Legault. Il est membre de la Commission des finances publiques et adjoint parlementaire du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Il n’a pas obtenu un poste de ministre, mais on constate l’énorme influence que l’économiste exerce sur le cabinet et les députés de la CAQ, entre autres sur le ministre de l’Immigration, de la francisation et de l’intégration, Simon Jolin-Barrette. La réforme sur les règles entourant le Programme de l’expérience québécoise inclut des formations qui n’existent plus ou pas...! François Legault a décidé de suspendre sa mise œuvre le temps d’analyser la réforme en profondeur.

Catalogue des incohérences :

La logique mercantile et compétitive du député Youri Chassin, qui se défend bien d’être de la droite idéologique :

Youri Chassin a affirmé que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) «était devenu toxique pour le développement économique en déviant (...) de sa mission», et il a critiqué le Fonds vert.
    Avant les élections, il s'est notamment prononcé en faveur de la production de pétrole au Québec, contre la taxe sur le carbone du gouvernement Trudeau et contre la gratuité des Centres de la petite enfance (CPE).
   «À propos du réseau de CPE du Québec, il a écrit en février 2017 que le «système s’occupe d’abord et avant tout de ceux qui le gèrent, au lieu de se préoccuper des parents et des enfants». Plus tôt, en 2011, alors que le débat sur la hausse de la contribution de 7 $ par jour avait lieu, il avait déclaré, selon TVA, qu’il «serait préférable de donner l’argent aux parents plutôt qu’aux garderies» afin de permettre aux parents d’acheter sur le marché les services qu’ils préfèrent. Il avait aussi déploré que les éducatrices en milieu familial soient syndiquées, alors qu’elles sont travailleuses autonomes.
   Dans un article de son blogue personnel, il a aussi exposé les «dangers de l'interventionnisme» d'État. «Si je me montre si suspicieux envers les solutions étatiques, c'est principalement parce que je ne crois pas au mythe d'un État au service du bien commun. Déjà, l'idée qu'il puisse exister un "bien commun" sonne l'alarme. La joute politique se fonde justement sur l'absence de consensus quant à la nature du fameux bien commun.» (Billet publié du 22 mars 2018 sur le blogue personnel de Youri Chassin)  
   En août 2016, il a utilisé sa tribune dans le Journal de Montréal pour promouvoir l’abolition des commissions scolaires «pour donner davantage d’outils aux écoles». «L’autonomie des écoles serait un facteur important d’amélioration de la réussite scolaire», plaidait-il.
   Dans une tribune publiée en novembre 2016 dans La Presse, il faisait activement la promotion d’une privatisation progressive des actifs de la SAQ. «Dans un tel scénario, la SAQ en tant qu’entreprise n’est pas condamnée à disparaître. Elle devra toutefois s’ajuster à la concurrence», écrivait-il.
   Il milite aussi pour une réduction substantielle du nombre d’employés à Québec. «On devrait, à terme, être capable d'imaginer un État québécois où les employés reçoivent de bonnes augmentations et sont bien payés, […] mais où il y a par ailleurs beaucoup MOINS d'employés de l'État», écrivait-il en mai 2014.

Source : Radio-Canada / nouvelle

Photo : François Léger-Savard / flsphoto

Les jeunes demandent des comptes aux gens en position d’autorité. Imitons-les! On devrait écrire aux députés sans relâche et collectionner leurs réponses mensongères, s'ils répondent...

«Le pouvoir expliqué à ceux qui l’exercent (sur moi)»

À l’origine du projet, se trouve une gageure : demander à des adolescents, n’ayant pour le moment qu’un pouvoir d’achat, de se pencher sur la nature des différents pouvoirs auxquels ils sont exposés et soumis : le pouvoir politique, économique, familial, parental, médiatique, institutionnel, scolaire, sans oublier celui de leurs pairs.
   Le pouvoir expliqué à ceux qui l’exercent (sur moi) s’offre comme un vibrant kaléidoscope composé des questionnements inquiets, réinterprétations du monde et tentatives d’espérance de plus de deux cents adolescents sondés dans les deux dernières années. Créé avec eux, porté par eux, mais adressé aux adultes, le spectacle présente une radiographie saisissante de ceux et celles qui, ni enfants ni adultes, s’apprêtent à hériter de l’état actuel du monde.
   Des lettres portant sur le pouvoir, écrites par des jeunes du 4e secondaire ont donné naissance à une pièce de théâtre. Plusieurs élèves de l'École Sophie Barat se sont donc retrouvés sur les planches.
   Le texte, une création collective de fragments de textes d’étudiants, a été composé l’an dernier. «On a écrit des lettres adressées à des personnes en position de pouvoir», explique une étudiante. Certaines sont intégrées au spectacle, et visent les Trump, Bolsonaro, Trudeau, Legault; Jeff Bezos (Amazon); Lyne Robitaille (les magazines de TVA), sur l’utilisation de l’image des femmes.
   «On a monté un glossaire politique. L’an dernier, il y a eu une nuit blanche de création avec deux stations de micros ouverts sur des thèmes imposés – ça a été marquant, parce qu’il y a beaucoup de ces petites choses écrites cette nuit-là sur le vif qui sont dans le show, et super-frappantes, et authentiques.»

Extrait :

Mais vers où il faut se tourner pour la dire notre colère? Où est-ce qu’il faut aller pour le dire qu’on n’est pas d’accord? À l’ONU justement? Dans les bureaux de l’Organisation mondiale du commerce? Le vrai pouvoir, il se trouve où? Au fond des paradis fiscaux? À Washington? À Ottawa? À Québec? À l’école? Chez nous? Dans la rue? Sur Facebook, Instagram pis Twitter? Il est où? Pis c’est quoi? C’est qui?



Le spectacle fut présenté une première fois au théâtre en juin dernier, et une seconde fois du 31 octobre au 3 novembre 2019. Idéation et accompagnement dramaturgique : Michel Stringer, professeur à l’École Sophie-Barat. Production : Système Kangourou en collaboration avec l’École Sophie-Barat et le Théâtre Aux Écuries.

5 novembre 2019

La lutte contre la pollution de l’air est-elle futile?

Il existe des poussières de minerai visibles, mais les microparticules fines, toxiques, invisibles, inodores et incolores sont sournoises; elles s’infiltrent dans le système sanguin et lymphatique via les poumons. Bienvenus allergies, maladies respiratoires et cancers!  

Portrait préoccupant de la pollution près de nos routes

Les années lumière, 3 novembre 2019

Une étude pilote publiée cette semaine par des chercheurs de l'Université de Toronto révèle l'état préoccupant de la pollution atmosphérique aux abords des routes et autoroutes des grands centres urbains. Gino Harel en livre le compte rendu.
   La recherche compile des mesures de nombreux polluants – comme le dioxyde d’azote et le noir de carbone – prises à partir de six sites de surveillance à Toronto et à Vancouver. Les travaux ont été menés en collaboration avec Environnement et Changement climatique Canada, le gouvernement ontarien et la Ville de Vancouver.

Film d'animation "Let's Pollute : Détruisons la planète dans la joie et la bonne humeur"

Outre les polluants soupçonnés, comme ceux liés à la combustion de carburant diesel des gros camions, le rapport dévoilé cette semaine constate aussi les répercussions de la multiplication des véhicules de promenade de plus en plus lourds, comme les véhicules utilitaires sport. Les auteurs de l’étude ont notamment pris en considération les particules qui se dégagent de l’usure des freins et de pneus de ce type de véhicules.

Audiofil :

Poussière au Port de Québec : la ministre Guilbault n’interviendra pas

Patricia Cloutier
Le Soleil, 3 mai 2019

La ministre responsable de la Capitale-Nationale Geneviève Guilbault n’a pas l’intention d’intervenir auprès du Port de Québec pour que cessent les épisodes de poussière sur le quartier Limoilou, comme le réclame le député solidaire Sol Zanetti.
   Lors de l’étude des crédits à l’Assemblée nationale, le député de Jean-Lesage Sol Zanetti a voulu savoir si la ministre allait demander au port de Québec de mettre sous couvert toutes ses activités de transbordement de minéraux. «Non, parce que les activités portuaires sont évidemment très importantes pour l’économie régionale», a répondu Mme Guilbault, qui a par la suite ajouté que «le port a fait plusieurs efforts dans les dernières années», pour éviter que de tels épisodes se produisent.
   «Je trouve un peu grave qu’aussi brutalement, la ministre de la Capitale-Nationale dise non», a spontanément réagi M. Zanetti. Selon lui, les quelques dizaines de millions de dollars nécessaires pour mettre sous couvert les activités de transbordement ne nuiraient pas à l’économie de la région, parce que les opérations se poursuivraient quand même.
   Appelée vendredi à préciser sa pensée, la ministre n’a pas voulu aller plus loin. Son cabinet a fait valoir que les activités du Port de Québec sont de juridiction fédérale.
   La ministre Guilbault s’était également portée à la défense du Port de Québec il y a quelques semaines, lorsque Le Devoir avait révélé que le projet d’agrandissement Beauport 2020 menaçait l’habitat du bar rayé, un poisson en voie de disparition. Encore une fois, la ministre avait évoqué les retombées économiques importantes et les emplois de qualité que ce projet amènera.

Caricature : Pascal, Le Devoir 02.11.2019 

Le député explique que Glencore, une compagnie qui loue des espaces à Arrimage Québec, fait déjà ses opérations de transbordement de vrac sous couvert. «La ministre ne peut pas se cacher derrière l’argument que c’est de compétence fédérale. Sur plein d’autres sujets, la CAQ fait pression sur le fédéral pour défendre les Québécois», commente M. Zanetti.
   Un rapport de la Santé publique dévoilé en février démontre que la qualité de l’air dans Limoilou est l’une des pires au Québec.


Le fil de l’histoire : 

 



Le documentaire :

Bras de fer : des citoyens se mobilisent

Le 26 octobre 2012, une poussière rouge recouvre la ville de Québec, plus particulièrement le quartier Limoilou, où Véronique Lalande et son conjoint, Louis Duchesne ont acheté et rénové un petit duplex pour élever leur garçon d’un an, Léo. Oxyde de fer, nickel, zinc, cuivre, arsenic et autres métaux lourds tombent sur les quartiers avoisinants. Le port de Québec abrite Arrimage du Saint-Laurent, le plus important transbordeur de nickel en Amérique du Nord. Depuis cet épisode, Véronique appelle, écrit, convoque; elle propage son indignation et son désir d’un environnement sain. Cette simple citoyenne réussira-t-elle à obliger cette multinationale à se conformer aux lois?

Production : Les films by the Sea, Canada 2019; réalisation : les frères Jean-Laurence et Jonathan Seaborn; invités : Véronique Lalande et Louis Duchesne

Ce documentaire sur la pollution engendrée par le transbordement de minerai au Port de Québec montre à quel point l’acceptabilité sociale n’est que du baratin pour endormir la masse crédule. L’argent et les lobbies internationaux passent avant la santé publique et la protection de l’environnement. Véronique Lalande qui avait sonné l’alarme et initié un recours collectif après enquêtes, recherches et tests, a finalement obtenu la confirmation que la poussière de nickel répandue à dans l’air de Limoilou provenait d’une seule source : le Port de Québec. Ce que l’entreprise Arrimage Québec, l’administration portuaire et l’administration municipale refusaient d’admettre.
   La lutte contre le vampire à trois têtes, faisait dire à la militante : «C’pas vrai que je vais me battre pendant 10-15 ans, troquer mon cancer du poumon pour un cancer de l’estomac, et continuer à payer des impôts et des taxes qui ne nous sont d’aucune aide. Donc, on sera peut-être obligés de déménager. Mais je ne le ferai pas avant de m’être battue. Des fois j’ai des fantasmes. Par exemple de me faire invitée à un 5 à 7 chic à 300 $ le billet, organisé par le directeur du Port de Québec. Je m’habillerais chic, pis j’irais lui droper sous le nez un sceau de poudre comme ceux qu’on ramasse.»
    Le Devoir, 30 octobre 2019 : Les discussions entre le Port et la ville étaient mentionnées dans un courriel présenté au palais de justice dans le cadre du recours collectif sur les contaminants émis dans l’air. L’avocat de Mme Lalande et de son conjoint, a présenté au tribunal un courriel envoyé par le vice-président d’Arrimage Québec Yvan Boileau au président Denis Dupuis. M. Boileau y écrit «que la ville continue d’appuyer ce comité [le comité de vigilance] parce qu’il est plus facile de contrôler ainsi Mme Lalande.»
   Composé de représentants du Port, de la ville et de citoyens, le Comité de vigilance avait été créé en mai 2013 par le gouvernement du Québec et la ville après qu’une étude du ministère du Développement durable eut établi que le Port était une source de pollution au nickel. Véronique Lalande y siégeait. Dans le courriel, M. Boileau dit tenir ses informations de Mario Girard, le président du Port de Québec, et d’Anick Métivier, l’un de ses directeurs.
   Il écrit que le Port «ne peut se désister» du comité «pour ne pas irriter la ville et le gouvernement provincial». Il ajoute plus loin que le port «formera dans la prochaine année un nouveau comité environnement port-ville avec des intervenants crédibles» et qu’il «espère que ce nouveau comité se substitue au comité de Vigilance.»
   Pour rajouter à l’affront, Port Québec Expansion 2020 doublera ses capacités de transbordement – un projet de 500 millions de dollars.

Propos tirés du documentaire :
   François Desbiens, directeur régional de santé publique, Capitale-Nationale : «Depuis 15 ans dans Limoilou, il y a dépassement du seuil sécuritaire des particules fines émises dans l’air fixé à 2 nanogrammes par mètre cube. Ces dépassements causent des problèmes de santé à court terme. Le pourcentage de maladies respiratoires ou cardiaques et de cancers du poumon est plus élevé que la moyenne régionale et provinciale.»
   Louis Duchesne : «Les émissions de poussières toxiques dans des grandes villes industrielles comme Hong Kong, à Beijing, à New Delhi et à Manchester sont moins élevées que dans la ville de Québec. À Limoilou, le taux est de 52 nanogrammes avec des pics de 1600. Le seuil pour éliminer tout risque de cancer est de 2.»
   Citoyenne de Limoilou : «Sinusites, rhinites et dermatites à répétition sont ma réalité.»
   Véronique Lalande : «C’est le Port de Québec qui gère tout. Ce qui signifie que ce sont les minières et les pétrolières qui décident de la qualité de notre milieu de vie.»
   Richard Desjardins : «Nous sommes de plus en plus confrontés à la pollution industrielle. Le problème majeur c’est que ce sont les pollueurs qui écrivent la loi. Le fardeau de la preuve repose sur le dos de la victime dans la philosophie de la loi. Et ça pèse lourd.» 
   Mario Girard, PDG, Port de Québec : «Le port est un rouage important du commerce international qui crée dans la région des opportunités d’affaires exceptionnelles. Un record de tous les temps a été atteint en 2012 avec 33 millions de tonnes de matières manutentionnées. La façon dont le port est intégré à la ville est une référence mondiale dont s’inspirent d’autres villes industrielles.»
   Jean-François Dupuis, DG, Arrimage Québec : «On a à cœur la qualité de vie des gens qui vivent dans ce secteur-là et de nos travailleurs. En ce moment, on se fait diaboliser, mais on est une entreprise sérieuse qui s’inscrit dans une démarche de développement durable. Et pour nous, être durable c’est plusieurs choses : que nos travailleurs soient en santé, que les citoyens le soient, qu’on développe des méthodes durables au niveau de l’environnement [ndlr : il dit ça sans rire!]. Durable veut dire aussi que l’entreprise progresse. On met 10 à 12 millions de dollars parce que tout ça nous tient à cœur.»

Photo : Edward Burtynsky, boue résiduelle de l'exploitation du nickel, Sudbury, Ontario 1996. Ces photos ne sont truquées : les rouges intenses et les oranges sont causés par l'oxydation du fer qui reste dans le processus de séparation du nickel des autres métaux.


EN FAIT, ÉCONOMIE DURABLE SIGNIFIE POLLUTION DURABLE 

C’est fou comme le pouvoir éveille la mégalomanie chez les politiciens (1).

En lien avec un autre dossier d’actualité, soit l’empoisonnement à l’arsenic des citoyens de Rouyn-Noranda, je vous suggère de revoir le documentaire coup-de-poing Trou Story réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie en 2011 (une production de l’Office national du film). Le film dénonce l'exploitation «éhontée» des ressources minières de leur région [bouclier canadien, soit l’axe Sudbury-Val-d’Or]. par les compagnies minières. Ces derniers accusent les gouvernements canadien, ontarien et québécois de complaisance et de complicité dans ce saccage des ressources naturelles et d'avoir sans sourciller bradé nos richesses collectives en délivrant à bas prix «des permis de polluer». «Un contrat complaisant qui lie l'industrie à l'État et qui s'apparente à du vandalisme corporatif», dit Richard Desjardins. Dans la semaine suivant la sortie du film, la compagnie minière Osisko a acheté plusieurs pleines pages de publicité dans les journaux, espérant redorer son blason.


Biographie du gars de Rouyn-Noranda, né à deux rues de la plus grosse fonderie de cuivre du monde :

L'arsenic déchire les citoyens de Rouyn-Noranda

Jean-Philippe Robillard
ICI Radio-Canada Info 4 novembre 2019

«Si tu as un bébé qui échappe sa suce par terre dans la terre, qu'il la remet dans sa bouche, il peut avoir pris une bonne dose d'arsenic.»
   Quand on arrive à Rouyn-Noranda, impossible de ne pas remarquer les deux immenses cheminées de la Fonderie Horne. Peu importe où on se trouve dans la ville, elles sont là, omniprésentes, un rappel constant de l’importance de la fonderie pour son économie. Et pourtant, sa présence déchire la population en raison de ses émissions d’arsenic qui posent un réel danger pour la santé publique. Un rapport tout récent est d’ailleurs sans équivoque : les enfants vivant près de la fonderie en font les frais.

Mireille Vincelette connaît bien la Fonderie Horne exploitée par Glencore. Elle a grandi dans le quartier Notre-Dame, près de l'usine, et y élève maintenant ses deux enfants avec son conjoint.
   De sa cour, la femme de 38 ans peut apercevoir les deux immenses cheminées et ses panaches de fumée. Elle admet que chaque fois que ses enfants jouent à l'extérieur, elle s’inquiète de la présence possible d'arsenic dans l'air.
   «Il nous a été recommandé, pour diminuer l'exposition des enfants, de toujours mettre un couvert sur notre carré de sable et de fermer les fenêtres quand il ventait», explique Mireille Vincelette.
   Dans un rapport fort attendu rendu public à la fin de septembre, la Direction de la santé publique d'Abitibi-Témiscamingue a établi que les enfants vivant près de la fonderie sont de trois à quatre fois plus imprégnés que la normale à l'arsenic, une substance cancérigène.
   Selon la Direction de la santé publique, l'arsenic augmente les risques de développer notamment des cancers du poumon et de la peau, et a un impact sur le développement des enfants.
   Le directeur du développement durable à la Fonderie Horne, Pierre-Philippe Dupont, admet que même en investissant plusieurs millions de dollars, il sera difficile pour la fonderie d'atteindre la norme permise par Québec en ce qui concerne les émissions d'arsenic de 3 nanogrammes par mètre cube.
   «Notre cible actuelle, c'est 200 nanogrammes, explique-t-il. On obtient des résultats autour de cent nanogrammes.»
   Actuellement, Québec permet à la fonderie de rejeter dans l'air des taux d'arsenic jusqu'à 67 fois plus élevés que la norme québécoise.


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(1) En 2013, François Legault, dans son livre Cap sur un Québec gagnant – Le Projet Saint-Laurent, proposait des recettes de base pour enlaidir et encombrer le fleuve. D’autres recettes se sont ajoutées depuis. L’expansion du Port de Québec qui va en effet multiplier la circulation de méga conteneurs ainsi que la présence de gros bateaux de croisière. Le croiriez-vous, François Legault voulait limiter l’étalement urbain, lui qui entend multiplier les autoroutes et réaliser son troisième lien contre vents et marées... malgré les bâtons dans les hélices, le mauvais marin s’obstine. Ajoutons l’exploitation du gaz naturel «propre» dans la vallée du Saint-Laurent et le projet GNL Saguenay avec ses gigantesques méthaniers – une politique d’embellissement qui séduit assurément les investisseurs (tant pis pour les gens qui apprécient la faune et la flore régionale, notamment la pouponnière de bélugas). 

Y a-t-il plus subjectif que la notion de beauté? 

Quelques-unes des idées «phares» qu’avançait le chef de la CAQ :

Il souhaite relancer le Québec et rattraper le retard de richesse avec l'Ontario en misant sur le fleuve, le Québec deviendrait «la Norvège de l'Amérique du Nord». Il veut aussi créer une Vallée de l'innovation en s'inspirant de la Silicon Valley en Californie.
   Comme préalable à la mise en place de sa Vallée de l'innovation, François Legault veut instaurer une «politique de l'embellissement», facteur d'attraction pour les investisseurs. Il rappelle dans son livre que 80 % des Québécois boivent l'eau du fleuve et y rejettent leurs eaux usées. Il critique «le niveau primaire» des usines de traitement, qui n'éliminent pas assez de polluants, et regrette que Montréal soit «en tête de liste des pires pollueurs de l'eau au Canada». Afin de lutter contre l'étalement urbain, il propose de «se réapproprier les terrains contaminés», souvent vacants ou inutilisés près du fleuve.

Augmenter le transport fluvial
François Legault estime que la voie maritime est sous-utilisée. Il aimerait miser davantage sur le transport par bateau qu'il juge «plus sûr, plus économique, et plus écologique». Il critique l'état des infrastructures portuaires et le délabrement des quais, de même que les écluses de Beauharnois «qui entravent la circulation des embarcations». Le chef de la CAQ veut étendre l'utilisation du cabotage, créer une offre de croisière «digne de ce nom» et offrir un service de navette fluviale entre le Vieux-Port, le parc Jean-Drapeau et Longueuil.

Développer le port de Montréal sur la Rive-Sud
François Legault encourage l'expansion du port de Montréal sur les rives de la Montérégie pour désengorger les ponts quand les produits sont destinés aux États-Unis. Il pense que ce projet sera facilité avec le prolongement des autoroutes 30 et 35. «La Montérégie pourrait ainsi devenir la plaque tournante du transport au Québec, voire en Amérique du Nord».

Exploiter les hydrocarbures du golfe
Le chef de la Coalition avenir Québec croit au potentiel du sous-sol du golfe du Saint-Laurent qui renfermerait des milliards de barils. L'exploiter est «incontournable», selon lui, même si, «oui, il y aura un jour des accidents, des fuites». Il aimerait que Québec envisage sérieusement la possibilité de devenir copropriétaire des sociétés d'exploration, comme Junex et Pétrolia, sur l'île d'Anticosti : «le coût serait loin d'être astronomique et cela pourrait rapporter beaucoup à long terme», comme en Norvège. François Legault en profiterait pour rembourser la dette du Québec.

Article de Thomas Gerbet :