12 août 2019

Parmi les mangeurs de terres : les aérodromes

À l’heure où il serait crucial de plafonner le transport aérien, on fait tout le contraire, bien évidemment.

La croissance du transport aérien est fulgurante. Le nombre de voyageurs augmente, tout comme le nombre de compagnies aériennes et la quantité de gaz à effet de serre (GES) produits par ces déplacements.
   L’avion est un grand pollueur, soutiennent ses détracteurs. Le transport aérien produit 2,1 % des émissions mondiales de CO2, soit l’équivalent de celles produites par l’Allemagne.
   «Les émissions de GES produites par l’aviation ont augmenté de 26 % en Europe au cours des cinq dernières années », soutient Andrew Murphy, spécialiste de l'aviation au sein de l'ONG Transport & Environment à Bruxelles.
Qui plus est, le nombre de passagers dans le monde est en croissance constante. Entre 1999 et 2018, on est passé de 2,8 milliards à 8,2 milliards de passagers-kilomètres payants (PKP, l’unité de mesure utilisée par l’OACI, qui correspond au transport d’un passager sur une distance d’un kilomètre).
   D’ici 2035, le trafic de passagers et le volume du fret devraient doubler, prévoit l’OACI. 
   Les transporteurs à bas coût, qui ont pris leur envol plus récemment, jouent un rôle majeur dans cette expansion. Leur croissance est plus rapide que la moyenne mondiale et ils accaparent une part de plus en plus grande du marché. Ces entreprises ont transporté en 2018 environ 31 % du trafic de passagers régulier mondial.
   C’est ce qui fait dire à Andrew Murphy que «Ryanair [une des compagnies à faible coût les plus importantes d’Europe] est le nouveau charbon».
   En 2018, le transporteur irlandais s’est classé dans le top 10 des plus gros pollueurs européens, selon les données de la Commission européenne. Avec des émissions de 9,9 mégatonnes d'équivalent CO2, le transporteur est arrivé 10e, derrière neuf centrales au charbon.

Article intégral :

Illustration : Steve Cutts. «Chipper»

L’expropriation sauvage pour construire des aérodromes : Mirabel, Saint-Hubert (ça c’est une horreur, j’y reviendrai), Mascouche, Saint-Roch-de-l’Achigan... 

Raz-de-marée contre un aérodrome lors d'un référendum consultatif

Stéphane Blais | La Presse Canadienne | 11 août 2019 à 23h25

Les citoyens de Saint-Roch-de-l'Achigan, dans la région de Lanaudière, se sont prononcés résolument contre la relocalisation de l'aérodrome de Mascouche dans leur municipalité.

Photo : bannière à Saint-Roch-de-l’Achigan

Le porte-parole du mouvement contre ce projet, Sébastien Marcil, rapporte que 96 % de ses concitoyens y ont dit «non» dans le cadre d'un référendum, dimanche. Le taux de participation était de 52 %, précise-t-il.
   «Il n'y a aucune interprétation possible sur la volonté de la population de Saint-Roch-de-l'Achigan», a-t-il fait valoir, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.
   La consultation n'étant toutefois pas contraignante, M. Marcil exhorte Justin Trudeau à en respecter les résultats.
   «À l'aube des élections fédérales, on trouverait inconcevable que le premier ministre du Canada vienne nous dire que le vote de citoyens canadiens ne compte pas, plaide M. Marcil. Ce qu'on lance à M. Trudeau, c'est de respecter la démocratie, à plus forte raison que lui-même va solliciter les votes dans quelques semaines.»
   Le promoteur, Aérodrome SRA, souhaite relocaliser l'aérodrome de Mascouche qui a fermé en 2016.
   Les opposants au projet soutiennent que ceci affecterait la qualité de vie, l'environnement et l'économie de la région.
   Lorsqu'on circule dans le secteur de Saint-Roch-de-l'Achigan, il est difficile de ne pas remarquer les immenses pancartes aux abords de l'autoroute 25 qui demandent au gouvernement fédéral de rejeter le projet.
   Le groupe «la Coalition SRA», qui a déployé ces affiches, parle d'un projet bâclé et inacceptable.
   «Il s'agit du déménagement d'un des aérodromes le plus achalandés au Canada. À Mascouche, il y avait 30 000 avions qui décollaient ou atterrissaient par année, c'est inacceptable pour une petite municipalité de 5000 habitants», souligne Sébastien Marcil, qui agit à titre de porte-parole pour la coalition.
   Il soutient que les promoteurs n'ont pas «présenté d'études d'impact, acoustique, environnemental ou économique, concernant le projet».
   En entrevue avec La Presse canadienne, Alexandre Caron, propriétaire du Camping Horizon, a dit craindre pour «la tranquillité de ses clients» en raison de la nuisance sonore. «Les gens profitent de mon camping de juin à septembre, c'est le moment ou cet aéroport va fonctionner au maximum de sa capacité. C'est comme avoir une tondeuse au-dessus de la tête à longueur de journée. Ça va avoir un impact direct sur mon entreprise.»
   C'est le maire de Saint-Roch-de-l'Achigan, Yves Prud'homme, qui était à l'origine du référendum de dimanche. Il indique toutefois que «le conseil municipal avait décidé de ne pas prendre position sur le sujet».
   «Notre responsabilité est de représenter les citoyens, la municipalité sera porte-parole des citoyens auprès du ministre des Transports, peu importe le résultat du référendum», avait-il avancé.
   Selon le maire, le ministre fédéral Marc Garneau doit statuer sur le projet d'ici le début du mois de septembre.
   Même s'il dit que son «administration est neutre dans le dossier», Yves Prud'homme qualifie de «bâclé» le travail des promoteurs de l'aérodrome.
   «Normalement, lorsqu'on met de l'avant un projet semblable, on doit travailler en partenariat avec les citoyens. On doit s'asseoir avec les représentants de la municipalité.»
   De son côté, l'Union des producteurs agricoles (UPA) dénonce les conséquences d'un tel projet dans une région largement agricole. «On asphaltera des terres de grande qualité, lesquelles sont cultivées depuis des décennies en cultures maraîchères et en grandes cultures» peut-on lire dans un communiqué émis par l'UPA.
[«Comment un citoyen peut-il accepter qu’un aérodrome privé, essentiellement utilisé à des fins récréatives, puisse, sans égard aux lois québécoises et aux réglementations municipales, être implanté à proximité de sa résidence et perturber la quiétude de son milieu de vie? Comment des législations québécoises aussi fondamentales que la LPTAA et la Loi sur la qualité de l’environnement peuvent-elles être balayées du revers de la main?», Marcel Groleau et Marcel Papin, UPA, dans une lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau]
   Dans un document publié en ligne, les promoteurs du projet indiquent que le site aéroportuaire, qui aura une superficie de 357 000 m2, «deviendra un centre d'attraction pour le développement d'entreprises reliées à l'entretien mécanique, électrique et avionique» et que le projet créera «des emplois de haute technologie et bien rémunérés».
   Ce même document fait aussi valoir que l'ancien aéroport de Mascouche employait 75 personnes à plein temps et 70 à temps partiel.
   La Presse canadienne a tenté de rejoindre les promoteurs d'Aérodrome SRA, mais n'a pas obtenu de réponse de ceux-ci.

Yvan Albert, qui a créé l'organisme sans but lucratif Aérodrome Saint-Roch-de-l'Achigan (anciennement la Corporation de l'aéroport de Mascouche), a songé à construire son aérodrome à Mirabel, mais son projet a été refusé.
 «On ne peut pas scraper 35 hectares de bonne terre agricole», lance Pierre La Salle, préfet de la MRC de Montcalm, qui englobe la municipalité de Saint-Roch-de-l'Achigan, où la colère gronde depuis l'annonce, début juin, de ce projet d'aérodrome privé. «C'est clair que ce n'est pas acceptable», renchérit Yves Prud'homme, maire de cette municipalité agricole de 5300 âmes.
   «Le pire, c'est le manque d'éthique des promoteurs hautement questionnables», ajoute le citoyen Sébastien Marcil. Au fil de ses recherches sur l'internet, il a découvert des messages mis en ligne par Yvan Albert sur Facebook dans lesquels il incitait les résidants mécontents du bruit des avions à déménager – «à crisser le camp», en fait.
  

L’échec de l’aéroport [international] de Mirabel

Le 27 mars 1969, le gouvernement canadien annonçait qu’il comptait bâtir un aéroport à Mirabel, pour lequel il allait réquisitionner 97 000 acres de terres, touchant 14 municipalités. Or, avant même l’inauguration de l’aéroport, Ottawa permettait aux vols internationaux de contourner Montréal, alors un pôle majeur du transport aérien, au profit de Toronto. L’aéroport de Mirabel, destiné à être un échec avant même son ouverture, connut son dernier vol de passagers en 2004.

«Ce qui devait devenir le plus grand aéroport du Canada et peut-être d’Amérique du nord, est au final devenu une simple piste d’essais pour le développement d’avions et les aérogares ont été détruites. Beaucoup d’argent dépensé, de très nombreuses et douloureuses expropriations, des vies de labeur ruinées, tout cela pour accoucher d’un éléphant blanc.» ~ Niala Celda K, 6 août 2019 (Quora)

Photo : démolition de l’aérogare en 2014

Ottawa veut retourner les terres expropriées pour l’aéroport de Mirabel

Pierre Saint-Arnaud | La Presse canadienne à Mirabel | 16 avril 2019

«On a commis une grosse erreur il y a 50 ans.»
C'est avec cette rare admission de la part d'un politicien que le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, est venu tourner la dernière page de la triste saga des expropriés de Mirabel, lundi, un demi-siècle après le grand bouleversement provoqué par la construction de l'aéroport.
   Il s'était rendu dans la municipalité pour annoncer qu'Ottawa relance le processus de rétrocession des quelque 750 acres expropriés en 1969.
   Il s'agit des dernières terres situées à l'extérieur du périmètre de l'aéroport qui n'avaient pas encore été offertes aux expropriés et à leur succession.
   L'aventure a laissé des traces profondes dans la population locale, est venue témoigner à son tour Françoise Drapeau-Monette, une autre expropriée.
   «Lorsque vous dites que c'est une erreur, dans mon livre à moi c'est une horreur. Il ne faut plus que ça se reproduise», a-t-elle martelé avec fermeté.

Terres enclavées
Ces derniers terrains font partie des 11 000 acres de la réserve aéroportuaire dont la rétrocession avait été annoncée en 2006, amorcée en 2008 et prolongée jusqu'en 2013.
   Cependant, cette portion de 750 acres avait été exclue du programme de vente parce qu'elle était enclavée et inaccessible, un obstacle qui est maintenant levé à la suite d'une entente entre le gouvernement fédéral et la Ville de Mirabel pour y donner accès.
   «Ce sont principalement des érablières qui étaient exploitées à l'époque», a expliqué Marcel Denis, représentant des expropriés, lui-même fils d'exproprié et président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) locale.
   «Ce sont des terres qui vont retourner à l'agriculture», a-t-il assuré, tout en reconnaissant que les producteurs qui reprendraient ces terres n'auraient pas une mince tâche. «C'est évident que, depuis 50 ans, personne n'a fait de ménage dans les boisés, mais il reste que le potentiel est encore là.»

Échec monumental
Le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avait exproprié quelque 97 000 acres de terres agricoles en 1969 pour la construction de l'aéroport qui devait devenir la plaque tournante du trafic aérien de passagers dans la région de Montréal. Environ 3000 familles avaient été touchées par ces expropriations. Depuis, quelque 80 000 acres de terrains ont été rétrocédés dans les années 1980.
   L'aventure fut un échec sur toute la ligne, culminant avec la démolition de l'aérogare en 2014.
   Il reste également une autre portion de terrains inutilisés, mais ceux-ci se trouvent à l'intérieur du périmètre clôturé de l'aéroport et le ministre Garneau a également annoncé la tenue de consultations publiques pour décider du sort qui leur sera réservé.
   La Ville de Mirabel lorgne depuis fort longtemps ces terres excédentaires pour son propre développement industriel.


La similitude entre l’aéroport de Mirabel et le projet de méga aéroport dans la région de Notre-Dame-des-Landes en France est frappante. Même période de démarrage et même vision mégalomane. Par contre, Pierre Elliott Trudeau a rencontré peu de résistance car il a immédiatement appuyé sur la gâchette; le gouvernement a rapidement exproprié à bas prix et entamé la construction dès 1970. Espérons que Trudeau Fils fera preuve de plus de discernement à l’égard de Saint-Roch-de-l’Achigan.

La folle histoire de Notre-Dame-des-Landes (ZAD)

Depuis près de 50 ans, l’histoire de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes défraie la chronique et déchaîne les passions. Mercredi 17 janvier (2018), l’État a décidé de tirer un trait sur le projet. Voici le récit complet de cette folle histoire, faite de combats, de résistance, de décisions de justice et d’immobilisme politique.

Tout commence à la fin des années 1960. Le préfet de Loire-Atlantique se met en quête de trouver un nouveau site aéronautique. On est en 1965. On parle même d’y faire atterrir et décoller le Concorde. Deux ans plus tard, le site de Notre-Dame-des-Landes est choisi. Cette plateforme aéroportuaire doit ouvrir en 1985. Les experts de la chambre de commerce de l’époque prévoient de 5 à 9 millions de passagers en 2000.
   En 1972, Michel Chauty, sénateur-maire de retour des États-Unis, revient d’un voyage à New-York. Et va plus loin. Il rêve pour Nantes d’un «Rotterdam aérien», une plateforme internationale de fret. Une façon de compléter le grand aéroport de Roissy qui va voir le jour.
   L’idée fait son chemin et en 1974, le préfet publie une note détaillant avec précision à quoi pourrait ressembler le futur aéroport du Grand-Ouest. Elle dit ceci : «L’emplacement devait permettre de dessiner une piste de 4 000 mètres orientée est-ouest (compte tenu de la direction des vents dominants), sur un terrain plat, résistant, ladite piste devant pouvoir être doublée par la suite [...]. Après de longues études, il est apparu qu’une zone située sur les communes de Grandchamp-des-Fontaines, Notre-Dame des Landes, Treillières et Vigneux-de-Bretagne répond à ces exigences. Elle est située à 20 km de Nantes; à 50 km de Saint-Nazaire; à 95 km de Rennes; à 100 km d’Angers.»
   Le 11 janvier 1974, les pouvoirs publics décident de créer, par arrêté préfectoral, une Zone d'aménagement différé (ZAD) à vocation aéroportuaire. Il faudra ensuite près de 30 ans, par voie de préemption, au Conseil général pour acquérir 850 hectares sur la Zone d’Aménagement Différé (sur les 1650 nécessaires). Une association se constitue, la première, pour défendre les intérêts des paysans.
   Le temps s’étire sans que rien ne se passe. L’essor de l’aviation ralentit, et l’acquisition des terrains prend du temps. En 1998, Dominique Voynet prend position à l’assemblée en faveur de Notre-Dame-des-Landes. Puis c’est en 2000 que Lionel Jospin, alors Premier ministre, relance le projet. Il rêve pour la France d’un grand aéroport «à vocation européenne», dimensionné pour 4 à 5 millions de passagers. Les commentateurs de l’époque parlent de ces avions qui s’envoleront, courant 2010, «à destination de l’Asie ou des Etats-Unis». Le Syndicat mixte aéroportuaire voit le jour, réunissant les collectivités locales (Région, Département, métropole, communes...). Il défend ce projet estimant qu’il comporte un enjeu économique («3000 emplois doivent être créés») et écologique («fin des nuisances aux portes de Nantes»).  
   Mais rien ne se passe comme prévu. La résistance s’organise. Pas question, disent les opposants, de détruire une zone humide encore préservée.
   C’est le statu quo. En attendant la fin des recours, les pro-aéroports mettent la pression, et les anti-aéroports dérapent lors d’une manif à Nantes, dépassés par une mobilisation incontrôlable. On est en 2014 et la lutte atteint son paroxysme. Certains parcourent plus de 700 km pour venir manifester à Nantes.
   En 2016, le chef de l’État, qui est persuadé que le projet ne se fera jamais, décide d’engager une grande consultation. Quelque 500 000 personnes vont voter, soit presque la moitié des habitants de la Loire-Atlantique, et le «oui» l’emporte. Plus rien ne s’oppose au démarrage des travaux dans la Zad, même si le préfet repère à plusieurs reprises qu’il ne s’agit que «d’un avis».
   Manuel Valls va annoncer à trois reprises que l’intervention finale est imminente. Mais il ne se passera rien. Au gouvernement, Ségolène Royal, ex-compagne de François Hollande, est farouchement opposée au transfert de l’aéroport. La campagne électorale va démarrer. François Hollande ne tranche pas. «À l’été 2016, nous étions dans une période où le terrorisme mobilisait énormément. Je n’allais pas consacrer des moyens pour évacuer la ZAD», confiait-il récemment.
   Après 50 ans de projet, l’État décide de ne pas faire cet aéroport controversé, dans une période où Emmanuel Macron se pose en tant que défenseur du climat dans le monde.


Cependant, Emmanuel  Macron a procédé à des opérations d’expulsion extrêmement violentes :
9 avril 2018, à 3 heure du matin les cabanes de l’Est de la zone sont détruites; toujours en avril, 11 000 grenades sont lancées dont 8000 grenades lacrymogènes et 3000 grenades assourdissantes; le 17 mai 2018, 1 800 hommes, des dizaines de fourgons et quatre véhicules blindés sont rassemblés pour une opération d’évacuation; le 24 mai 2018, lors de l'évacuation par la gendarmerie de la ZAD, les gendarmes déversent une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, un homme a la main arrachée par une grenade GLI-F4. Une procédure est lancée le 22 octobre 2018, au tribunal administratif de Nantes, par cinq blessés afin de démontrer la responsabilité de ces grenades pour des blessures ayant provoquées fractures, brûlures au 3e degré ayant nécessité une greffe de peau, des éclats de grenade définitivement sous la peau – 2 journalistes et 3 habitants de la ZAD (maraîcher, cuisinier et étudiant). Le but est de prouver la liaison devant un tribunal administratif pour ensuite faire reconnaître la responsabilité de l'État, via le ministre de l'intérieur et le préfet pour cette pratique. (Wikipédia)

Alessandro Pignocchi a créé une BD sur cette histoire : «La Recomposition des mondes» 

ZAD

Marche pour le climat


ZAD

6 août 2019

La destruction de l’environnement : un crime de guerre

J’ai glissé, parmi les hideuses créations industrielles humaines, quelques éléments de beauté qui passeront éventuellement sous le rouleau compresseur avant ou en même temps que nous. La terre se fait littéralement vitrioler.

Si nous suivons le raisonnement illogique de l’industrie et de nos gouvernements, à savoir qu’il faut extraire et vendre à l’étranger de plus en plus d’hydrocarbures de schiste pour financer notre transition «verte», eh bien la vallée du Saint-Laurent (merci à Questerre/Utica et la CAQ) deviendra une jolie courtepointe constituée de puits de fracturation. Mignon, n’est-ce pas?

Freaking fracking...

Photo: Simon Fraser University, Flickr CC BY 2.0. Vue aérienne de puits de fracturation et de routes qui ont transformé une région rurale en réseau d'infrastructures industrielles.

Peu importe le parti pour lequel vous voterez en octobre, la courtepointe couvrira le pays et nous gardera au chaud dans la serre. L’idéologie néolibérale ne tolère que la «transition lente»... verbale. À tour de rôle, les partis élus ont ignoré les ententes internationales de réduction de GES et ont fait tout leur possible pour accroître la production d’hydrocarbures pour le bien de l’économie. Et ils le font toujours plus agressivement. Alors, amusez-vous, polluez, faites tout ce que vous voulez dans la joie et la bonne humeur car voter n’aidera aucunement la cause environnementale.

Photo : Ashley Cooper / Corbis 
“Boreal forest trees clear felled to make way for a new tar sands mine north of Fort McMurray, Alberta, Canada. The Alberta tar sands are the largest industrial project on the planet, and the world's most environmentally destructive. The tar sands are responsible for the second fastest rate of deforestation on the planet. Second only to that of the Amazon Rainforest. Each 2.5 square Km of Boreal forest supports 500 breeding pairs of migrant birds, as well as being home to Wolf, Lynx, Cougar, Black Bear, Grizzly Bear, Wolverine, Bison, Moose, Caribou, Beaver. It is also an important carbon sink.” (Ashley Cooper)  

L’énorme désastre écologique du pétrole bitumineux – La forêt boréale est la première victime de l’exploitation des sables bitumineux – des millions de sapins, mélèzes et thuyas ont été abattus en Alberta pour aménager les quelque142 000 kilomètres carrés de carrières – une superficie supérieure à celle de l’Angleterre. Et l'on prévoit en ajouter d'autres. 

D'autres photos d'Ashley Cooper :

Gif: Head Like an Orange, European Robin  https://headlikeanorange.tumblr.com/

Vive la transition durable ...à la torchère gazière!

La combustion de carburants fossiles atteint un nouveau record, écrasant les efforts en matière d'énergie propre et de lutte contre le changement climatique

Barry Saxifrage | National Observer, 31 août 2019

Malgré des décennies de promesses visant à prévenir une crise climatique, sa principale cause – la combustion d’énergies fossiles dans le monde – continue d'augmenter rapidement. Celle-ci a battu tous les records l'an dernier selon les dernières données de «BP Statistical Review of World Energy».
   Et l'énergie renouvelable – une solution climatique espérée – n'a pas seulement échoué à stopper l'explosion de la combustion de carbone, elle est de plus en plus en retard.
   J'ai fouillé le dernier rapport de BP Oil sur l'énergie et créé 10 graphiques qui illustrent notre montée en flèche vers le sommet de la crise climatique.

Le feu continue de monter
Au total, l'humanité brûle aujourd'hui deux tiers de plus de combustibles fossiles qu'en 1990.
   Voyez-vous un indice de «progrès climatique» dans ces données? Bien sûr que non. Je vois exactement le contraire. (Les graphiques de cette chronique sont ahurissants)
   Il n'est pas étonnant que des millions de jeunes dans le monde aient de plus en plus peur de ce que les adultes font à leur avenir et qu'ils aient commencé à «faire la grève à l'école» pour essayer de se sauver. Ou que la rébellion contre l'extinction, ou le contrôle de la natalité, ou l’écoanxiété émergent.
   En fait, plus de 80 % de toute la combustion de carburants fossiles s'est produite durant la vie de la génération des baby-boomers. C'est ma génération. Nous avons profité des avantages étonnants d'un climat stable.
   Au lieu de sauvegarder ce patrimoine pour le transmettre aux générations futures, nous y avons mis le feu. Et chaque année, nous agrandissons le bûcher.
   Ce que nous transmettons aux jeunes générations, c'est une Hydre climatique turbocompressée qui commence à s'en prendre aux humains et aux écosystèmes dont nous dépendons.

 
Hercule / Héraclès combattant l'Hydre

Dans la mythologie grecque, Hercule / Héraclès combattit l'Hydre [le serpent à plusieurs têtes – quand on en coupait une, il en poussait deux autres]. Dans notre réalité moderne, nous en nourrissons de plus grandes quantités d’année en année. Les serpents de la sécheresse, des vagues de chaleur, des inondations, de la montée des eaux, des super tempêtes, des incendies de forêt, des océans acidifiés et de l'effondrement écologique, sont de plus en plus puissants et agressifs.
   Les politiciens canadiens aiment à dire que nous sommes des chefs de file mondiaux dans la lutte contre le changement climatique.
   Les données sur l'énergie dans ce rapport de BP montrent le contraire. Il montre que les Canadiens brûlent plus de combustibles fossiles par habitant que dans presque tous les autres pays. Et cela montre qu'au lieu de freiner comme il se doit pour éviter une véritable crise climatique, nous continuons à en produire de plus en plus.
   Si les Canadiens veulent transmettre un système climatique sain et sécuritaire aux générations futures, nous devons rapidement changer de cap. Bon nombre de pays pairs ont atteint un pic de combustion de carburants fossiles il y a des années et ont des politiques que nous pourrions adopter.

Photo : Jacques Demers / Le Devoir, mars 2017. Tim McMillan, président et chef de la direction de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP)

Le serpent à cravate ne rit plus. Il sollicite l’aide des accros au pétrole, bitume, béton, etc.

Le lobby du pétrole réclame davantage de soutien pour les pipelines

Le Droit, 3 juin 2019 / mise à jour 4 août 2019

À l'approche de l'élection fédérale de l'automne, le plus grand lobby pétrolier et gazier au pays exhorte tous les partis politiques à soutenir les grands projets de gazoducs et de gaz naturel liquéfié et à créer un régime de réglementation permettant de mener à terme ces projets plus rapidement.
   L'Association canadienne des producteurs pétroliers a publié lundi sa «plateforme» fédérale sur l'énergie, qui décrit les problèmes auxquels est confrontée l'industrie pétrolière et gazière et explique comment le gouvernement fédéral peut créer de meilleures conditions pour la croissance du secteur.
   Le chef de la direction de l'association, Tim McMillan, affirme que le Canada a perdu son avantage concurrentiel à la suite de modifications apportées à la réglementation et aux politiques, qui ont dissuadé les investisseurs.
   Il a ajouté que le gouvernement devrait avoir pour priorité de veiller à ce que les grands projets d'oléoducs tels que Trans Mountain soient complétés, afin de permettre aux producteurs de pétrole de vendre leurs produits sur les marchés mondiaux, où la demande en énergie augmente.
   Le groupe s'est également associé à Manufacturiers et exportateurs du Canada et à l'association canadienne des entrepreneurs en puits de forage pour demander à la Chambre des communes d'adopter les quelque 200 amendements que le Sénat a apportés à la nouvelle législation des libéraux en matière d'évaluation environnementale.
   Le regroupement affirme que sans les changements proposés par le Sénat, le projet de loi C-69 rendrait trop difficile la construction de projets énergétiques au Canada.

Gif: Head Like an Orange, Mushroom

Le Québec, route des Indes du pétrole des sables bitumineux

Alexandre Shields | Le Devoir | 1er  mars 2017

La construction du pipeline Énergie Est de TransCanada est essentielle pour permettre à l’industrie pétrolière canadienne de rejoindre un marché indien lucratif et de plus en plus gourmand. La route du pétrole des sables bitumineux passe donc par le Québec, a fait valoir le président et chef de la direction de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), Tim McMillan. [...]
   L’industrie doit plus que jamais se tourner vers de «nouveaux marchés» promoteurs.
   Avec l’approbation du pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan, le pétrole des sables bitumineux devrait se frayer un chemin vers la côte ouest canadienne. S’il est construit, ce pipeline transportera au total 890 000 barils par jour, des barils qui devraient ensuite être exportés vers la Chine.
   M. McMillan a toutefois insisté sur l’importance de rejoindre également le marché indien. Ce pays de plus d’un milliard d’habitants est déjà le troisième importateur mondial de pétrole et de produits pétroliers. Qui plus est, la demande quotidienne de pétrole devrait atteindre 10 millions de barils en 2040. Pour le Canada, qui détient les troisièmes réserves pétrolières mondiales, il s’agit donc d’un marché prometteur.
   Pour rejoindre le marché indien, a insisté Tim McMillan, il faudra impérativement construire le pipeline Énergie Est, de TransCanada. Ce pipeline voué surtout à l’exportation transporterait chaque jour 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux en sol québécois, sur une distance de 625 kilomètres.

Pendant ce temps... explosions et déversements se multiplient. Aucun mode de transport n’est sécuritaire – cargo, pipeline, gazoduc, wagons, camions – aucun. Plus il y aura de matière dangereuses en circulation, plus il y aura d’incidents. Mais les lobbytomisés de l’industrie s’en moquent éperdument.

Gif: Head Like an Orange, Great Spotted Woodpecker  

Quatre explosions dans des installations pétrolières en deux jours (USA)

Au cours des deux derniers jours, quatre explosions survenues dans des installations pétrolières et gazières de différents États, ont eu des résultats tragiques. Ces événements nous rappellent tragiquement ce que notre société n’a pas encore laissé derrière elle.

Mercredi 31 juillet :
– Une personne est décédée lors d’une explosion sur un site pétrolier, près de Windsor, Colorado.
– Cinq personnes ont été blessées et une maison a été rasée par une explosion de gaz naturel dans le comté de Washington, en Pennsylvanie. Columbia Gas effectuait des travaux de maintenance qui ont augmenté la pression dans une conduite de service et causé l'explosion.
– Des rapports contradictoires après l'explosion dans une raffinerie de pétrole d'Exxon-Mobile à Baytown, au Texas : certains rapportent 37 blessés et d’autres 66. Il s'agit du quatrième incendie majeur à cette raffinerie cette année.

Jeudi 1er août :
– Une explosion de gazoduc dans le Kentucky a coûté la vie à au moins une personne et en a fait disparaître sept autres. Les images aériennes de l'explosion montrent des maisons rasées et carbonisées qui traversent une voie ferrée en activité.


Quelques déversements et fuites de pétrole en 2019


28 juillet 2019 La Marine chilienne confirme le déversement de 40 000 litres de pétrole à la suite d’un incident sur le terminal d’une compagnie minière. Lieu : Terminal de l’Île de Guarello dans l'archipel Madre de Dios en Patagonie à 250 kilomètres au nord-ouest de la petite ville de Puerto Natales dans l’extrême sud du Chili. Le pétrole s'est déversé dans une zone réputée pour ses eaux parmi les plus pures de la planète et pour son riche écosystème marin. Source : Sputnik News.  

17 juillet 2019 Le producteur américain d'hydrocarbures ExxonMobil a annoncé que sa plateforme Hibernia a déversé environ 12 000 litres d'un mélange d'eau et de pétrole depuis l'un des réservoirs de la plateforme. La nappe s'étendait, le 18 juillet 2019, approximativement sur un rayon de trois miles nautiques, soit 5.6 km à environ 328 km à l'est de Saint-jean-de-Terre-neuve et dérivait vers l'est à moins de 2km/h. Lieu : Atlantique Nord, au large de l'île canadienne de Terre-Neuve (Terre-Neuve et Labrador, Canada). Source : Agence France-Presse / TVA Nouvelles.

06 juillet 2019 Un déversement d'hydrocarbures (entre 200 et 400 litres) s’est produit durant une opération de soutage en mer, une opération de transfert de carburant vers le MV Chrysanthi S. battant pavillon libérien. Lieu : Océan Indien dans la baie d'Algoa à Anchorage 1, du port de Ngqura, Province du Cap oriental, Afrique du Sud. La baie d'Algoa qui abrite la plus importante colonie de manchots au monde, a été partiellement souillée. Source : World Maritimes News / Fiducie de soutien à La Presse.
   Ce n'est pas tant la quantité déversée d'un événement de pollution qui effraie mais le nombre de déversements au quotidien qu'un site comme MétéoPolitique ne peut couvrir. Ce n'est pas parce que nous en présentons un en Afrique qu'il n'y en a pas ailleurs. Nous voulons simplement démontrer qu'il y en a partout.  


10 mai 2019 Il y a eu collision entre le Genesis River, un pétrolier de 230 mètres et le remorqueur Kirby Inland Marine tirant deux barges contenant 25 000 gallons d’essence. Environ 9 000 gallons (USA) d’essence se sont déversés dans le canal. Lieu : Houston Ship Channel près de Bayport dans l’État du Texas, États-Unis. C’était le deuxième déversement en deux mois dans le canal qui connecte la ville de Houston au golfe du Mexique. L’hydrocarbure déversé se nomme Reformat, un mélange d’essence produit par le procédé de raffinage par reformage catalytique. Source gCaptain / World Maritimes News.


La calotte glaciaire du Groenland a déversé 197 milliards de tonnes d'eau dans l'Atlantique Nord en juillet seulement 

Il s'agit d'une fonte glaciaire rugissante, sous le pont de Kangerlussiauq, au Groenland, où il fait 22°C aujourd'hui et les autorités danoises disent que 12 milliards de tonnes de glace ont fondu en 24 heures, hier. Deuxième fonte cet été! – Laurie Garrett, scientifique et écrivaine américaine
Vidéo :

Aux amateurs de tourisme de masse – participez à l’accélération de la fonte :

Image : Bob Al-Greene / Mashable

Partout dans le monde, les gouvernements font de plus en plus souvent l’objet de poursuites judiciaires relatives aux droits de la personne pour leur inaction vis-à-vis les changements climatiques. Plus de 20 poursuites sont actuellement en instance devant des tribunaux nationaux et régionaux. Nombre d’entre elles ont été intentées par des acteurs de la société civile représentant de grands groupes de personnes et ont pour but de léguer un environnement viable aux générations de demain.
   En novembre 2018, une demande a été déposée auprès de la Cour supérieure du Québec au motif que les actions du gouvernement du Canada en matière de changements climatiques violeraient les droits des jeunes. En l’occurrence, ENvironnement JEUnesse soutient qu’il y aurait violation du droit à la vie et à la sécurité des jeunes ainsi que de leur droit à l’égalité, garantis respectivement par les articles 7 et 15 de la Charte canadienne des droits et libertés. Ces cas nous amènent à nous demander si les droits environnementaux pourraient, aujourd’hui ou demain, être protégés par la Charte. (Notes de la colline; Ottawa 6 février 2019)


Gif: Head Like an Orange, Patagonian Mara

Un groupe de scientifiques poussent l'ONU à faire de la destruction de l'environnement un crime de guerre

Paola Rosa-Aquino
Mother Jones | 27 juillet 2019

Cette histoire a été publiée à l'origine par Grist et apparaît ici dans le cadre de la collaboration Climate Desk.

«Le tribut toxique de la guerre sur le monde naturel est bien documenté.»

Qu'il s'agisse de l'épandage de l'herbicide «agent orange» sur la jungle vietnamienne ou sur les marais des barrages de Saddam Hussein en Irak, les conflits humains ont souvent intentionnellement infligé d’immenses dommages à la fois aux écosystèmes et aux populations. Et tout comme certains actes de violence contre les personnes sont considérés comme intolérables, un groupe de chercheurs a demandé qu'un ensemble de préjudices contre l'environnement soit qualifié de «crimes de guerre».
   Les scientifiques ont cosigné une lettre ouverte aux législateurs internationaux les exhortant à adopter un nouvel élément aux Conventions de Genève, l'ensemble des accords internationaux sur le traitement des victimes et des prisonniers des conflits armés, négociés après la Seconde Guerre mondiale. La nouvelle convention proposée ajouterait certains types de destruction de l'environnement – comme l'extinction de la mégafaune et l'empoisonnement des sources d'eau – à la liste des actes inacceptables.
   «Le bilan toxique de la guerre dans le monde naturel est bien documenté; elle a détruit les moyens d'existence des communautés vulnérables et poussé vers l'extinction de nombreuses espèces, déjà soumises à une pression intense», a déclaré Sarah Durant, chercheuse à la Zoological Society of London et l'une des signataires, à The Guardian.
   Les quatre Conventions de Genève existantes et leurs trois protocoles additionnels sont des traités mondialement reconnus pour réglementer la conduite de la guerre, y compris l'établissement de normes en vertu du droit international humanitaire pour le traitement des troupes blessées sur le terrain, des soldats naufragés en mer, des prisonniers de guerre et des civils. Violer les traités équivaut à un crime de guerre.
   «L'industrie militaire doit être tenue davantage responsable de l'impact de ses activités», peut-on lire dans la lettre. Et bien qu'il soit naturel de se concentrer sur le coût immédiat d'une guerre pour la vie humaine, les actes de destruction environnementale peuvent entraîner des douleurs et des souffrances à long terme qui durent de nombreuses années après le conflit.
   Ce n'est pas la première fois que les scientifiques demandent une cinquième convention. Après la guerre du Golfe de 1991, lorsque les troupes de Saddam Hussein ont incendié des centaines de puits de pétrole koweïtiens et que les États-Unis ont largué des bombes et des missiles contenant de l'uranium appauvri sur l'Irak, un mélange de préoccupations environnementales et de droits humains s'est fait jour.
   Comme l'a rapporté le Guardian en 2014, «Les chercheurs ont suggéré que les radiations de ces armes ont empoisonné le sol et l'eau de l'Irak, rendant l'environnement cancérigène».
   Mais l'idée remonte à la guerre du Vietnam. Afin de débusquer les guérilleros, les Américains ont dépouillé les feuillus de la jungle avec des défoliants, dont l'infâme agent orange – un herbicide forestier qui a été associé à de graves anomalies congénitales des décennies après exposition. La Croix-Rouge vietnamienne estime que l'agent orange a touché 3 millions de Vietnamiens, dont au moins 150 000 enfants. Au Vietnam, des bébés naissent encore avec des malformations congénitales dues à l'agent orange.


De même, dans les années 1990, les deux côtés du conflit rwandais et congolais ont déboisé de vastes étendues de végétation que les arbres ne pouvaient plus dissimuler une attaque. Quelque 720 000 Rwandais ont été contraints de s'installer dans des camps de réfugiés en marge d'un parc national, qui a été dénudé et transformé en abris et en bois de chauffage.
   Et aussi au début des années 1990, Saddam Hussein a frappé à nouveau : il a endigué et drainé de nombreux marais célèbres d'Irak pour punir les tribus rebelles qui vivaient à proximité. En l'an 2000, cette série de digues et de canaux avait réduit les marais du pays à moins de 10 % de leur superficie d'origine, transformant le paysage en un désert desséché. Les températures locales ont augmenté de 9 degrés Fahrenheit. (Après le renversement d’Hussein, les habitants ont démoli de nombreux barrages et réparé une partie des dégâts.)
   Les victimes de la guerre environnementale ne sont évidemment rien de nouveau, mais la lettre ouverte des scientifiques aux législateurs est délibérément chronométrée. L'argument arrive juste avant une réunion de la Commission du droit international des Nations Unies, qui se tiendra à l'Office des Nations Unies à Genève, en Suisse, plus tard ce mois-ci. [La réunion se termine le 9 août 2019]
   «Nous espérons que les gouvernements du monde entier intégreront ces protections dans le droit international», a dit M. Durant. «Cela permettrait non seulement de sauvegarder les espèces menacées, mais aussi de soutenir les communautés rurales, tant pendant qu'après les conflits, dont les moyens d'existence sont victimes à long terme de la destruction de l'environnement.»

2 août 2019

La firme Cambridge Analytica n’est pas morte

Cambridge Analytica a déclaré faillite parce qu’elle était sous le coup d’enquêtes au Royaume Uni (Brexit), aux États-Unis (campagne présidentielle de Trump), en Australie et également en Israël (utilisations frauduleuses de données personnelles). Mais cela ne signifie pas que les arnaqueurs de tête ont cessé leurs activités de propagande commerciale et politique. Elles se poursuivent, mais sous la bannière d'Emerdata Limited, une pieuvre d’extrême droite aux nombreux tentacules, dont le siège social est situé dans les bureaux de SCL Group, société mère de Cambridge Analytica, à Londres (1).
   «Ça ne sert à rien de mener une campagne électorale en s’appuyant sur des faits, expliquait le directeur général de Cambridge Analytica. Il n’y a que les émotions qui comptent.» Ces commentaires de Mark Turnbull avaient été captés en caméra cachée par la chaîne britannique Channel 4. Les hauts cadres de Cambridge Analytica évoquaient leur capacité de manipuler les élections et même de faire chanter les opposants politiques, parce qu’ils savaient ce qui choque ou effraie les électeurs.
Les formules informatiques développées avec les données de Facebook leur auraient donné cet avantage. Ces craintes et ces émotions se sont retrouvées au cœur de la controversée campagne de Donald Trump : la peur des immigrants illégaux et des terroristes, le contrôle des armes à feu et le désir de rejeter les élites. Les conséquences de l’arnaque furent loin d’être anodines, on l’a constaté.
   Rien ne nous dit qu’Emerdata Limited, ou une firme similaire, ne tripatouillera pas la campagne électorale fédérale pour favoriser les conservateurs d’Andrew Scheer... Les vols de données chez Desjardins et Capital One Financial étaient peut-être une pratique...

«Nous avons tous des secrets. Nous racontons tous des mensonges... C'est un miracle d’avoir confiance en quelqu'un.» (Nessa Stein, série La femme honorable)

J’ai été hameçonnée

Francine Pelletier | Le Devoir 31 juillet 2019

J’étais la troisième victime de la semaine, me dit, flegmatique, le technicien de la boutique Apple. Je devais changer tous mes mots de passe, en plus d’effacer tout le contenu de mon ordinateur. Aussi bien dire, mourir un peu. Ayant une connaissance très sommaire du merveilleux monde de l’algorithme, toute excursion inusitée dans ce domaine déclenche une certaine panique en moi. Toute ma vie, comme sans doute la vôtre, est aujourd’hui tenue par le collet par le «World Wide Web» : travail, loisirs, vie personnelle. Je contemplais soudain les profondeurs abyssales du néant.
   Moi qui croyais (fièrement) avoir échappé à une arnaque de 300 $ par un supposé technicien d’imprimante, j’étais en magasin pour y voir plus clair, j’apprenais que mon prestidigitateur au suave accent indien, pendant qu’il me faisait la description apocalyptique de mes bris de sécurité, de mes «logiciels malveillants», de mes piratages en tout genre, le fin finaud captait, imaginez-vous, mes contenus informatiques! Croyant qu’il était le digne représentant de la compagnie Hewlett-Packard, dont je possède une imprimante, j’avais naïvement permis qu’il prenne contrôle de mon ordinateur. (Je sais, je sais. Où avais-je la tête?)
   «En 15 minutes, il aurait pu saisir une grande partie du contenu de votre ordi», me dit mon cool conseiller. «Si j’étais vous, je changerais aussi de numéro de téléphone.»
   Comme si ça ne suffisait pas d’avoir été parmi les piratés chez Desjardins, deux fois (car deux comptes) plutôt qu’une, en plus d’un vol semblable par l’intermédiaire de Radio-Canada/CBC quelque temps auparavant, surveillée en permanence par le grand Cerbère de la sécurité financière (Equifax), bien que même le chien à trois têtes n’inspire plus tellement confiance par les temps qui courent. Me voilà royalement «hameçonnée», pour reprendre le terme employé par le département de fraude de la Caisse pop (qui m’a au passage obligée à changer de carte de guichet). En plus de tout le reste. [...]
   Vous avez vu qu’après les trois millions de membres piratés chez Desjardins, six millions de Canadiens viennent de subir le même sort aux mains de Capital One? C’est sans parler des piratages à Bell Canada, CBC, Uber, la chaîne hôtelière Marriott et j’en passe. Des piratages qui ont été faits de l’intérieur, pour la plupart. Sans parler de l’effronterie de Facebook qui a vendu à des tiers, sans permission, les données de milliers de ses membres. À l’heure actuelle, il est facile d’imaginer que tout le monde va y goûter à un moment donné. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’on soit tous «hameçonnés» car le ver est non seulement dans la pomme, mais il en fait également intrinsèquement partie.
   Ce qui fait la merveille de la révolution numérique – la notion d’un village global infiniment connecté où l’information circule plus aisément que l’eau des rivières et où chacun (en principe) peut venir s’abreuver, s’inventer des histoires, se monter une business, donner son opinion, se sentir moins seul – porte flanc également à tous les excès. Sa facilité, sa gratuité, le fait que par définition il n’y a pas de barrières à l’Internet, que tout est possible et que tout le monde est bienvenu, expliquent pourquoi, au sein de ce village global, les bandits pullulent et les autorités se tournent les pouces. Prenez la sanction de 5 milliards $US dont vient d’écoper Facebook pour son manque de sécurité. L’amende peut paraître salée, mais pas pour cette institution devenue, littéralement, le nombril du monde, et dont les profits équivalent à ce montant aux trois mois. En l’absence de nouvelle réglementation vis-à-vis d’Internet, la mesure équivaut à un soufflet, guère plus.
   Nous ne sommes pas prêts à remettre en question le fonctionnement des géants du Web, de peur de devoir renoncer au rêve d’un monde au bout des doigts et aux possibilités infinies. Mais ça ne peut plus continuer. J’ai eu ma leçon. À quand la vôtre?

Article intégral :

Six millions de Canadiens touchés par le piratage de données chez Capital One

Armina Ligaya 
La Presse canadienne à Toronto / Le Devoir 30 juillet 2019

Un énorme piratage de données chez le géant américain des cartes de crédit Capital One Financial a compromis les données personnelles d’environ six millions de Canadiens et exposé un million de numéros d’assurance sociale, ce qui en fait l’une des plus grandes atteintes à la sécurité de l’histoire du Canada. 100 millions de clients américains ont été atteints.
   Au Canada, où Capital One fournit des cartes de crédit MasterCard au réseau de magasins de Costco et à celui de la Compagnie de la Baie d’Hudson, environ un million de numéros d’assurance sociale ont été compromis.
   Capital One a affirmé qu’il était peu probable que les informations aient été utilisées à des fins frauduleuses, mais M. Masson a souligné qu’une fois que les données avaient quitté les canaux sécurisés, n’importe quel partage était possible.
   «Si ces informations se sont trouvées ailleurs, il est maintenant possible pour quelqu’un d’autre d’utiliser exactement les mêmes informations pour obtenir une carte de crédit, un compte bancaire, un prêt, une hypothèque, un instrument financier. C’est pourquoi c’est si sérieux. Dans le monde entier, ce type de données est pratiquement une monnaie qui peut être achetée et vendue, en particulier sur le Web caché.»
   Le 19 juillet, Capital One Financial a été informée par une tierce partie que les données de ses clients étaient apparues sur le site d’hébergement de code GitHub, qui appartient à Microsoft. La compagnie de McLean, en Virginie, a indiqué avoir immédiatement averti le FBI.
   La faille de sécurité n’est que le dernier d’une série de piratages de données qui ont touché les Canadiens récemment.
   Le Mouvement Desjardins a révélé en juin un vol de données qui a entraîné la fuite de noms, adresses, dates de naissance, numéros d’assurance sociale et autres informations confidentielles appartenant à environ 2,7 millions de personnes et à 173 000 entreprises.
   En mai, l’opérateur de téléphonie sans fil Freedom Mobile a confirmé avoir été victime d’une brèche de sécurité, mais a précisé que le nombre de clients potentiellement exposés à cette violation s’élevait à 15 000. Des chercheurs chez vpnMentor, qui ont découvert la faille et alerté la société, ont affirmé que jusqu’à 1,5 million de clients avaient été potentiellement touchés.

Article intégral

AIDE-MÉMOIRE 

Ce piratage Wifi si répandu...
Situation planétaire | 29 août 2015
(Extrait)

L’article qui suit a largement été relayé en octobre dernier, mais on dirait que personne n’a lu ou compris... L’expérience est pourtant concluante et devrait inciter les utilisateurs à redoubler de vigilance. Voyez aussi «Surveillance intrusive»

Le cybercrime est un business lucratif, et les pirates peuvent se servir à volonté au bar ouvert Wifi. Mais, il existe des «pirates éthiques» qui enseignent aux individus et aux entrepreneurs à se garer des intrusions. Comme le mentionne l’auteur de l'article, on ne le répétera jamais assez : ne vous branchez pas sur les réseaux Wifi des espaces publics sans protection adéquate.

Passez une journée en ville avec Wouter Slotboom et vous verrez que presque tout ce qui est connecté à un réseau Wifi peut être piraté.

Wouter Slotboom, 34 ans, transporte dans son sac-à-dos un appareil noir, à peine plus gros qu'un paquet de cigarettes, gréé d’une antenne. Je le rencontre dans un café au centre-ville d'Amsterdam. C'est une journée ensoleillée et presque toutes les tables sont occupées. Certaines personnes causent, d'autres travaillent sur leurs ordinateurs portables ou jouent avec leurs smartphones. En 20 minutes, le pirate savait où chaque client était né, quels collèges il avait fréquentés et les cinq dernières choses qu'il avait googlées.
   Ma dernière requête : Slotboom me montrera ce qu’il ferait s'il voulait réellement me causer du tort. Il me demande d’ouvrir Live.com (site de messagerie Microsoft) et d’entrer un nom d'utilisateur et un mot de passe au hasard. Quelques secondes plus tard, l'information que je viens juste de taper apparaît sur son écran. «J'ai maintenant les détails de connexion de ton compte de messagerie», déclare Slotboom. «Je commencerais par changer le mot de passe de ton compte et je signalerais aux autres comptes que tu utilises que ‘j'ai oublié mon mot de passe’. La plupart des gens utilisent le même compte de messagerie pour tous leurs services. Ces nouveaux mots de passe seront ensuite envoyés à ta boîte de réception, ce qui signifie que je les aurai également à ma disposition.» Nous faisons la même chose avec Facebook : Slotboom peut intercepter le nom de connexion et le mot de passe que je viens d’enregistrer avec une relative facilité.
   Un dernier truc : Slotboom détourne mon trafic Internet. Par exemple, si j'essaie d'accéder à la page web de ma banque, il demande à son programme de me réorienter vers une page qui lui appartient : un site cloné qui semble identique à Trusted Site, mais en réalité totalement contrôlé par Slotboom. Les pirates appellent ça usurpation DNS. L’information que j'ai entrée sur le site est a été stockée chez le serveur appartenant à Slotboom. En 20 minutes, il a obtenu les détails de connexion et les mots de passe de mes comptes Live.com, SNS Bank, Facebook et DigiD.

À lire, vous n’en reviendrez pas :

Un exemple corroborant les démonstrations de Wouter Slotboom

Un numéro de téléphone et un courriel peuvent suffire pour effectuer un vol d'identité

Olivier Bachand | ICI Radio-Canada Info | 31 juillet 2019

Mathieu Legault s'est aperçu que quelque chose clochait la semaine dernière, quand son téléphone a soudainement cessé de se connecter au réseau cellulaire. Il a rapidement compris qu'il était victime d'un voleur d'identité, qui avait usurpé son numéro.
   «La personne a acheté un téléphone prépayé et a demandé le transfert de ce numéro de téléphone-là de mon opérateur Fido chez Bell et a fourni les renseignements que Bell a demandé à ce moment-là», explique le Montréalais.
   Le voleur en question connaissait vraisemblablement son numéro de téléphone et son adresse courriel. Avec ces deux informations, il a réussi à prendre le contrôle de son compte PayPal, associé à sa carte de crédit et à sa carte de débit.
   Une fois sur le site web du service de paiement en ligne, le voleur a probablement entré l'adresse courriel de Mathieu Legault, et ensuite indiqué qu'il avait oublié le mot de passe pour se connecter. Il a par la suite eu l'option de recevoir un code de sécurité par texto pour entrer dans le compte.
   Comme le fraudeur était en possession du numéro de téléphone associé au compte, c'est lui qui a reçu le texto permettant d'y entrer. «Et voilà, ils étaient à l'intérieur de mon compte, ils ont changé le mot de passe et je n'avais plus accès à mon compte à partir de ce moment-là», explique le trentenaire.
   La personne mal intentionnée a ensuite acheté pour 1700 $ de marchandises avec son compte PayPal, en donnant deux adresses de livraison dans l'est de Montréal. [...]

Vidéo

À essayer :


La cerise sur le sundae

Si le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, possède un quelconque certificat en technologie numérique, il a dû le trouver dans une boîte de Cracker Jack. Car ce qu’il propose pour protéger les données numériques personnelles et gouvernementales est totalement absurde.

Éric Caire louche sur Amazon


Il avait annoncé en février 2019, et il l’a répété récemment, que plus de 80 % des données du gouvernement seraient confiées à des sous-traitants privés comme Amazon, Google, Microsoft, IBM, ou encore aux sociétés québécoises SherWeb et Micro Logic. Les ministères et organismes y auront accès grâce à l'infonuagique.    
   Autrement dit, il entend livrer les données des Québécois au renseignement américain... Le Cloud Act, adopté par l'administration Trump permet aux autorités américaines d'obtenir un mandat judiciaire qui force les entreprises d'infonuagique américaines à leur fournir des données, qu'elles se trouvent physiquement aux États-Unis ou non. Selon plusieurs experts, le plan du ministre met en péril les renseignements personnels de millions de Québécois.

Edward Snowden «Data and Privacy in the Age of Surveillance» 2017

Dans cette conférence vidéo, Edward Snowden répond à un interlocuteur qui demande :     
Q : Devrions-nous sauvegarder nos données sensibles chez un pourvoyeur de nuage [stockage] américain?
R : Quel est le véritable risque? Si vos données sont hautement sensibles et ne doivent pas être exposées à une compagnie ou à un gouvernement, elles ne devraient pas être entreposées chez un pourvoyeur de nuage américain. Pas davantage chez un pourvoyeur allemand ou d’un autre pays. La question qui se pose est la suivante : le pourvoyeur du nuage a-t-il accès à votre data? La data est-elle encryptée d’un bout à l’autre, un genre de drop box : vous avez une clé et toute autre personne qui doit y accéder en une aussi; si le serveur-pourvoyeur n’a pas de clé, la data est inintelligible pour lui. C’est sécuritaire pour tous. À l’inverse, si le serveur/pourvoyeur de Google lui donne accès à tout ce qui transite, Google peut en faire ce qu’il veut selon sa propre régulation conjointement à celle du gouvernement américain. Ce n’est pas fiable.»

Article intégral :
Nos données personnelles à vau-l’eau! 

Série Surveillance abusive et espionnage 1, 2, 3 :

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(1) Ce documentaire révèle les stratégies frauduleuses de l’entreprise. 

The Great Hack | Erin Barnett, Karim Amer, Pedro Kos 2019 | 1:53:07
(En anglais)  

The Great Hack est un compte-rendu d’anciens employés de la société Cambridge Analytica qui a utilisé d'énormes quantités de données personnelles extraites de portails tels que Facebook pour manipuler les élections en Inde, au Kenya, à Malte, au Mexique, au Royaume-Uni et aux États-Unis au cours de la dernière décennie. La société, détenue par SCL Group – une société britannique qui a une expérience dans les campagnes de désinformation militaire et la guerre psychologique – a attiré l'attention du public après la campagne du Brexit au Royaume-Uni et celle de l'élection de Donald Trump aux États-Unis. Toutes deux avaient été soigneusement élaborées par Cambridge Analytica et son commanditaire milliardaire, Robert Mercer. Cela a donné lieu à des enquêtes sur Facebook et Cambridge Analytica, mais l'entreprise a été liquidée, de même que ses documents internes. Deux anciens employés repentis ont choisi de raconter ce qui se passait dans le monde obscur du data mining et de la propagande personnalisée. Le film suit ces ex-employés qui aimeraient que les scandales ne se répètent pas car Cambridge Analytica vit toujours mais sous la bannière Emerdata Limited dans le même bureau de Londres. The Great Hack illustre les grandes questions sur la démocratie à l'ère de la manipulation ciblée de l'information par le biais de l'écran, et la quantité de pouvoir sur notre conscience qui a été cédé aux grandes entreprises.