11 janvier 2019

Sexualité pour chrétiens conservateurs

Les autorités ecclésiastiques catholiques québécoises rétropédalent en soutenant un manuel anti éducation sexuelle dans les écoles : Réflexion pour susciter le dialogue parents/enfants sur le programme Éducation à la sexualité du Ministère de l’Éducation du Québec. Auteurs : Dr Riouf Ayas / abbé Robert Gendreau

Extraits :
   «Les dérapages du programme pourraient faire des enfants des proies faciles pour les prédateurs pédophiles qui attendent d'en abuser.» (Ils n’ont pas de leçons à donner!)
   «Encourager une initiation précoce à la sexualité pose question car cela peut attaquer la pudeur naturelle des enfants, déranger leurs sentiments d'intimité personnelle et détruire leur belle innocence.»
   «En premier lieu il faut développer chez l'enfant la pudeur, une pudeur saine et qui serait une première ligne de défense [contre les agressions sexuelles].»
   «Cette réflexion sur l’anatomie et la diversité des corps n'est-elle pas prématurée à l'âge de 7 à 8 ans? À cet âge, l'enfant est beaucoup plus disposé à entendre parler de Jésus que de sexualité.»
   «Il faut apprendre à ne pas en dire plus que ce que l'enfant veut savoir.»
   «Les filles seront toujours plus portées à jouer avec des poupées que les garçons.»

C’est à la fois loufoque et dramatique.
Le manuel propose-t-il aux enfants des façons de se prémunir contre les prêtres pédophiles? L’Église fournira-t-elle des condoms à ses membres dépravés?

L’éducation sexuelle sert justement à limiter les dérapages – prêtres pédophiles, violence, harcèlement, viol, #MeToo.

Le gouvernement devrait engager le biologiste Boucar Diouf pour former des profs en éducation sexuelle.

Boucar disait...
Pour une raison X ou Y
Les éditions La Presse, mai 2017

«Si vous ne pouvez pas lire ce livre avant votre premier baiser, ce n'est pas grave. Il vous sera aussi bien utile avant de tomber amoureux, de former un couple, de vous marier, de fonder une famille, d'élever vos enfants et même de devenir grands-parents.
   Ce livre est une exploration humoristique et scientifique sur la reproduction humaine depuis le coup de foudre jusqu'à ce que les enfants nés du couple quittent la maison familiale et se reproduisent à leur tour. Comprendre pour mieux célébrer l'amour, l'attachement, la vie de couple, mais aussi pour lutter contre les discriminations et les violences sexuelles, tel est le sens de ma démarche, ce qui me tient à coeur.»
~ Boucar Diouf   


Voici une excellente analyse de la propagande chrétienne :  

Les curés de la grande noirceur

Josée Legault
Journal de Montréal | 11.01.2019

On parle beaucoup du voile islamique comme symbole de fondamentalisme religieux et d’inégalité des femmes. Tellement qu’on en a oublié les catholiques intégristes.
   Bien cachés dans notre angle mort collectif, laïcs ou prêtres, ces intégristes sont de toutes origines. Ils ont leurs lobbys. Ils ont l’appui ouvert ou tacite du haut clergé. Ils ont leurs émissions de radio. Certains siègent même à des conseils de parents d’écoles pourtant déconfessionnalisées.
   Leur but : propager les dogmes catholiques, dont l’opposition à l’avortement, à l’homosexualité et à l’égalité des femmes. Cette fois-ci, l’offensive entre à l’école. La Presse rapporte qu’un «manuel» spécial est offert aux parents «inquiets» du retour d’une éducation minimale à la sexualité.
   Il est rédigé par un médecin catholique et l’abbé Robert Gendreau de l’archevêché de Montréal – tous deux connus pour leur catholicisme intransigeant. Ce «manuel» propose carrément aux parents de retirer leur enfant de la classe. Question de leur donner eux-mêmes, à la maison, une éducation sexuelle conforme aux préceptes catholiques. [...]
   Cette histoire ne va pas sans rappeler les débats acrimonieux qui, en Ontario, entourent aussi l’éducation à la sexualité. Des parents rigoristes, toutes religions confondues, rejettent la version modernisée présentée par l’ancien gouvernement libéral. Résultat : le premier ministre ultraconservateur Doug Ford s’est engagé à la révoquer. [...]

Caricature : Serge Chapleau, La presse | 15.08.2018 
N'importe quoi pour séduire des électeurs, quitte à passer pour un idiot fini.

Depuis l’annulation des cours d’éducation sexuelle dans les années 2000, c’est le porno qui, violent et dégradant pour les femmes, «enseigne» la sexualité aux enfants et aux ados. C’est un désastre. Le retour de l’éducation sexuelle, même timide, en est un premier contrepoids essentiel.
   Comprenons-nous bien. Cette histoire n’a rien à voir avec la «foi» ou la «liberté de conscience». Laquelle, comme il se doit, est protégée par nos chartes. Ce «manuel» – et son invitation tordue aux parents catholiques zélés à sortir leurs enfants de leur classe – est une entreprise intégriste délibérée visant à les priver d’une partie vitale de leur éducation. [...]


Tabous et stéréotypes à la carte – un article truculent (l’auteur est humoriste) :    

Ils vécurent heureux et voici comment on fait des enfants

L'évolution des livres d'éducation sexuelle

Colin Boudrias-Fournier
Urbania | 24 août 2017

Bien avant qu’Internet vienne faire notre éducation sexuelle (à des kilomètres des cigognes, des fleurs pis des condoms sur une banane), les parents pouvaient compter sur les livres pour expliquer «la chose» à leur progéniture. Curieux, on s’est demandé si les ouvrages jeunesse qui abordent la sexualité avaient bien vieilli. La réponse? Ishhhh.
   On peut dire sans hésiter que certains livres d’éducation sexuelle sont expirés depuis un méchant boutte. Avec des titres comme L’éducation à la pureté ou Le tutoiement des parents par les enfants à l’éducation sexuelle (wtf?), on peut franchement se demander comment nos parents ont réussi à se rendre à leurs premiers ébats.
   Êtes-vous de ceux qui gardent un souvenir inconfortable des livres utilisés par vos parents pour vous expliquer comment on fait des bébés? Eh bien, consolez-vous en vous disant que vous, vous n’avez jamais eu à demander à la bibliothécaire des Archives nationales de vous donner accès aux vieux livres sur l’éducation sexuelle des tout-petits... Feuilletage d’ouvrages phares.

Parlons à nos enfants : une bonne initiation sexuelle des enfants et des adolescents | Roméo Meloche, Éditions de la Gerbe de blé, Montréal (1952), 170 p.


Délectable! Le recueil est à la hauteur de tous les préjugés qu’on peut avoir sur un livre d’éducation sexuelle publié pendant la Grande Noirceur. Des réponses vagues et circulaires comme : «À l’enfant qui demanderait “maman, quelle est la différence entre un garçon et une fille?” la mère pourra répondre qu’un garçon est de sexe masculin et une fille du sexe féminin».
   L’auteur fait tout de même preuve d’une certaine rigueur scientifique en précisant avoir consulté «les meilleurs auteurs […] sur le sujet : le pape Pie XI, Pie XII, le cardinal Villeneuve, des évêques, des prêtres et de sérieux médecins catholiques.»

La masturbation expliquée aux garçons
«Il se peut que ces émissions nocturnes soient précédées d’une couple de jours de tentations. C’est alors qu’il faudra redoubler d’efforts pour maîtriser ton imagination et occuper ton esprit à des pensées plutôt absorbantes, comme t’intéresser à des problèmes de mécanique ou de mathématiques. Tu pourras en ce temps-là te livrer avec ardeur à des jeux, même un peu violents : l’idée, ici, est de fatiguer les muscles.»

Les menstruations expliquées aux filles
«Tu auras là une belle occasion d’acquérir de la maîtrise de soi, de dominer la nervosité et la sensibilité, de développer le courage, la patience et l’esprit de devoir, de renforcer ta volonté. L’acquisition de toutes ces belles qualités te préparera bien à devenir une femme et peut-être une épouse idéale. Tâche de rester souriante et personne ni
à la maison ni au-dehors ne s’apercevra de tes malaises.»

Je dois initier mes enfants à la vie | Collectif Rayonnement, Montréal (1962), 61 p.

Ici, on délaisse un peu la religion pour tomber sans détour dans la culpabilité. Cet ouvrage vise moins à éduquer les enfants qu’à terroriser leurs géniteurs. On leur rappelle constamment que sans leur supervision, la sexualité sera expliquée à leurs enfants par des pervers débauchés qui vont «gâcher leur vie». Mention spéciale au passage qui suggère aux enfants de se blesser pour résister aux tentations de la masturbation. Mention, aussi, aux nombreuses fautes qu’on retrouve dans ce livre, laissées ici.

Comment faire grimper dans l’tapis le niveau d’anxiété des parents
«Vous ne pouvez croire, chers parents, combien sont nombreux, hélas ! ceux et celles qui ont gâché leur vie à cause d’influences mauvaises. Ces influences perverses et néfastes, se sont infiltrées en leur vie de jeunes à la période où les parents auraient dû initier dans la vérité les enfants à ces problèmes. [...] On ne peut envoyez une jeune fille de quatorze ans au travail dans une usine et garder une conscience tranquille et paisible, sans l’avoir avertie des conversations qu’elle aura à subir et des offres qu’elle devra refuser catégoriquement. »

Devenir maman > toute
«Être maman, c’est ce qu’il y a de plus grand sur terre ! Il y a sur cette terre des aviateurs, des marins, des médecins, des hommes qui travaillent dans des bureaux, dans des usines. Mais tout cela est encore moins merveilleux qu’une maman qui donne naissance à un petit bébé.»

La masturbation des garçons, un exercice de domination
«Dompte ton corps et ne crains pas de lui imposer de sévères corrections que tu choisiras toi-même ; n’aie pas peur de t’imposer personnellement des mortifications pour te prouver que c’est ton esprit qui mène et non pas ton corps qui l’emporte sur ta volonté.» (!!!)

La Sexualité expliquée aux enfants : quoi dire, comment le dire... | Françoise Cholette-Pérusse, Éditions du Jour, Montréal (1965),159 p.


Un incontournable pour toute personne à la recherche d’un ouvrage rédigé par une psychologue qui fait référence à ses clientes avec une délicieuse condescendance! Preuve : «Comme cette dame qui me consultait au sujet des difficultés de comportement que présente sa fille de 12 ans. Je lui demandai [...] si son éducation sexuelle avait été bien faite. “Oh, me répondit-elle, vous savez [...], je lui ai dit que les enfants sortaient par le péteux.” Mon vocabulaire s’est enrichi depuis lors d’un nouveau mot.»

C’est du sport! (L’accouchement expliqué aux filles)
«– Est-ce que cela fait mal d’avoir un bébé? – Non cela ne fait pas mal. C’est seulement un peu fatigant, car la maman doit aider le bébé à sortir. Cela ressemble à ce que l’on éprouve quand on fait beaucoup d’exercice. Lorsque tout est fini, que le bébé est sorti, la maman se sent très contente et a le goût de se reposer, comme toi quand tu as bien pelleté de la neige.»

L’éducation des enfants de 0 à 14 ans. Réponses aux questions embarrassantes des enfants | Christoph Wolfensberger, Traduit de l’allemand, Éditions Pauline, Sherbrooke (1969), 175 p.

Coup de cœur personnel, ce livre donne des orgasmes d’absurdité. Impossible de comprendre l’intention de l’auteur. On s’éloigne ici du document éducatif pour tomber dans quelque chose qui ressemble plutôt à un mauvais scénario de film d’intérêt public. L’auteur élabore des mises en situation aussi détaillées que peu instructives. On sent qu’il aurait voulu être auteur de fiction et non sexologue. Trêve de présentations, laissons l’œuvre parler d’elle-même.

Comment naissent les bébés
«La scène se passe dans la salle de bain, le samedi soir. Personnages : la Maman, Pierre (6 ans), Ursula (4 ans). Les enfants viennent de se baigner. Ils sont encore dans la baignoire, debout l’un en face de l’autre. Ursula rit en montrant le ventre et les organes sexuels de Pierre, sur lesquels coule l’eau de la douche.

Pierre : Pourquoi ris-tu si fort ?
Ursula : À cause de ce petit robinet que tu as.
Pierre : Quand je serai grand, je serai un homme comme Papa et j’aurai des petites graines dans ces petits sacs.
Ursula : Moi, j’ai aussi des petites graines?
Pierre : Non, tu sais bien, toi tu as des petits œufs.
Ursula : Et on peut les manger ?
La maman : Mais non, voyons. [...] Mais quand tu seras grande, un de tes œufs deviendra un petit bébé [...].
Pierre : C’est bien ce que je pensais! Et qu’est-ce qu’il y a ce soir pour le dîner?»

Rideau! Personnellement, je n’avais vraiment pas vu venir la twist finale.

The True Story of How Babies are Made | Per Holm Knudsen, Traduit du danois (éd. originale 1971), Children’s Press, Chicago (1973), 20 p.


Avec ses descriptions directes et ses illustrations qui semblent avoir été faites par un psychanalyste qui s’autoprescrit des drogues expérimentales, ce livre est devenu un grand classique du genre. Maintenant devenu un objet de collection valant plus de 400 $ à l’état neuf, c’est LE livre d’éducation sexuelle incontournable pour les parents hippies.

La conception expliquée aux enfants
«Le père et la mère s’aiment beaucoup, et veulent être très très proches. Parfois quand le père se sent particulièrement amoureux, son pénis devient plus large. Alors, pour montrer son amour, le père met son pénis dans le vagin de la mère. Le père et la mère se tiennent très serrés, et bougent ensemble avec bonheur. Ils font l’amour ou ont des rapports sexuels.» (Traduction libre.)

Mais l’expérience n’est pas complète sans les images...  

 

 


Full Sexuel : la vie amoureuse des adolescents | Jocelyne Robert, Éditions de l’Homme, Montréal (2002), 191 p.


Malheureusement pour notre divertissement, mais heureusement pour l’avenir de l’humanité, les livres d’éducation sexuelle publiés après les années 1980 sont nettement moins ridicules. Full sexuel, ouvrage incontournable dans l’éducation des milléniaux, est beaucoup plus de son temps. On y parle notamment de difficulté à atteindre l’orgasme, d’homosexualité, de harcèlement, et ce, en relativisant toujours la «normalité» de la sexualité. Seul bémol : les expressions comme «full sexy», «pas rap» ou «trippant», utilisées dans les mises en situation, vieillissent moyennement bien. C’est donc un livre que je recommande chaudement à tous les jeunes qui n’ont pas peur de se faire parler de sexualité.

Le harcèlement, c’est pas très lit !
«Faire pression sur une fille, insister pour obtenir ses faveurs sexuelles, c’est complètement nul. Et on n’est pas moins nul si elle finit par céder. Si le chapeau te va, demande-toi comment tu peux te valoriser d’obtenir un faux consentement par le chantage. [...] En contrepartie, si tu es celle qui se fait servir une pareille salade, [...] affirme-toi : “Écoute, man : faire l’amour dans ces conditions, c’est un peu comme se résigner lorsqu’on a un revolver sur la tempe. Non, merci.”»

9 janvier 2019

Le contrôle à toutes les sauces

Accuser les Mexicains d'être responsables des maux qui affligent les États-Unis, notamment de faire couler «le sang américain» (meurtres, viols, drogues, etc.) est enfantin. Le pays est une passoire pour le trafic de tout genre, d’est en ouest et du sud au nord. Et puis, armés comme ils le sont, les Américains n’ont besoin de l’aide de personne pour s’entretuer.

Caricature : Serge Chapleau (La Presse 09.01.2019)  

Pendant les fêtes, j’ai revu en rafale mes DVD de la série The Handmaid’s Tale (saisons 1 et 2). Ce faisant, j’ai souffert d’une overdose de : Sous Son Oeil (Under His Eye), Béni soit le fruit (Blessed be the fruit), Que le Seigneur Ouvre (May The Lord Open) Louons-le (Praise be), Jour béni (Blessed Day)... jusqu'à la nausée.
   Mais il y a pire. Certaines scènes sont d’une violence perverse. Par exemple, à la suggestion de sa digne épouse Serena, le commandant Fred Waterford viole June/Defred avec une brutalité inouïe afin de provoquer l’accouchement (Serena a hâte de prendre possession du bébé tant désiré). L’assujettissement sexuel fait partie du système – les hommes se donnent le droit de posséder et de maltraiter le corps des femmes, et malheur à  celles qui voudraient résister.

«Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux; les femmes ont peur que les hommes les tuent.» ~ June/Defred, saison 2 

Eh oui, le contexte est tristement déprimant et révoltant. Mais plus on regarde, plus on fait de liens avec les tsunamis politico-religieux qui déferlent sur le monde. Plus on réalise que ce n’est même pas une dystopie, qu’on y expose simplement ce qu’un régime militarisé, autoritaire et Théocratique signifie en perte des droits individuels et collectifs : guerre, forces armées omniprésentes, castes, hommes au pouvoir, femmes au foyer, individus privés de liberté, contrôle du corps de la femme, surveillance, dénonciations, trahison – tous les ingrédients naturels d’une dictature sont réunis. Les hommes ne se sont jamais privés de tuer au nom de «Dieu»... 
Patriarcat créationniste :
1. Dieu au-dessus de toutes les créatures  
2. Hommes au-dessus des femmes, enfants, animaux, et nature
3. Femmes au-dessus des enfants
4. Humains (globalement) au-dessus des animaux
5. Animaux au-dessus de la nature ou ex aequo
6. Nature en dessous de tout
Voilà la pyramide d’autorités auxquelles chaque catégorie d’inférieurs doit se soumettre. Cet état de chose perdure parce que ce sont les hommes qui, encore aujourd’hui, désignent le rang qu’occuperont les «autres». Puisque l’homme se prend pour le roi de la création après «Dieu», cela lui assure le droit de vie ou de mort sur tout ce qui est «en dessous» de lui. C’est la principale cause de toutes les horreurs qu’on a vues et qu’on voit sur la planète!

Le Brésil : un duplicata de la République de Gilead (note 1) 

Le slogan NOLITE TE BASTARDES CARBORUNDORUM a inspiré les designers de T-shirts et de tatouages   

“Don't let the bastards grind you down” / «Ne laissez pas les salauds vous tyranniser» – une blague d’étudiant en faux latin explique le commandant Waterford à June/Defred dans la première saison (note 2)  

La saison 2 de la série a été diffusée entre avril et juin 2018, au moment où la «gestion» de la crise des immigrants illégaux atteignait un paroxysme. Un critique disait au scénariste / réalisateur Bruce Miller : «Vous écrivez ces histoires des mois à l'avance, puis elles atterrissent avec cet impact horrible qui fait écho à l’actualité au moment de leur diffusion.»

Affrontant la grogne croissante de la classe politique américaine face à la politique de «tolérance zéro» vis-à-vis des immigrants illégaux, qui comprend la séparation des familles, le président Donald Trump persiste et signe. Le locataire de la Maison-Blanche propose une sortie de crise... à la condition de financer son «mur frontalier» avec le Mexique.
   En mai 2018, la manière de contrôler l’arrivée des immigrants illégaux consistait à les garder en détention dans des cages, à leur arracher leurs enfants (une loi interdit de les emprisonner) et à confier ces derniers à des familles d’accueil par le biais d’organismes de charité comme Bethany Christian Services. Les illégaux viennent principalement du Mexique, du Honduras, du Guatemala et du Salvador.
   La procédure ayant soulevé l’indignation des Américains, et les Nations Unies jugé la pratique de séparer les immigrants illégaux de leurs enfants «inadmissible» et «cruelle», il fut alors question de réunifier les familles. Comment fait-on pour retrouver les parents sans papiers d’enfants non identifiés (sans noms) parfois envoyés à de grandes distances des lieux d’incarcération des parents? Gros problème.

Caricature : Dave Granlund, «plan de réunification des familles d'immigrants»   

Parallèles avec la série The Handmaid's Tale

Le régime politique de la République de Gilead entend régler le problème d’infertilité survenu en raison de la pollution, en capturant le plus de femmes fertiles possible pour en faire des mères porteuses. On leur arrache leurs enfants qu’on place dans des familles d’accueil de haut rang. Les servantes sont violées à tous les mois au moment de l’ovulation jusqu’à ce qu’elles soient finalement enceintes. Après l’accouchement et le sevrage elles sont relocalisées dans d’autres familles et le scénario se répète. Les lesbiennes sont envoyées dans les colonies, à l'exception des homosexuelles fertiles. Les colonies sont des camps de la mort où l’on envoie les dissidentes, les servantes récalcitrantes et les improductives nettoyer les déserts de déchets radioactifs.

La Servante écarlate et les bébés volés

...Nous savons que lors d’une interview, la romancière a évoqué l’un des scandales les plus marquant de la dictature argentine : les bébés volés.
   Rappelons que Margaret Atwood écrit son roman à Berlin en 1984. Quelques années auparavant, des femmes en Argentine défient la junte militaire au pouvoir et se battent pour retrouver leurs petits enfants nés et volés sous la dictature argentine. Ces femmes, des grands-mères, ont été surnommées les «folles de la Place de Mai».
   Margaret Atwood s’est, en effet, inspirée des camps de détention argentins (clandestins) et de son cortège de persécutions, de tortures, des femmes tuées et de leurs bébés volés. Au sujet des accusations, la plupart du temps sans fondement, et de ces emprisonnements sans procès, elle explique dans article récent :
   «Cette structure – coupable parce que accusée – a été appliquée dans bien plus d’épisodes de l’histoire de l’humanité. Elle a tendance à se manifester pendant la phase «Terreur et Vertu» des révolutions – quelque chose a mal tourné, et il doit y avoir une purge, comme dans la Révolution française, les purges de Staline en URSS, la période des Gardes rouges en Chine, le règne des généraux en Argentine et les premiers jours de la révolution iranienne.»
   Pour les lecteurs du roman et les spectateurs de la série The Handmaid’s tale, l’histoire de ces femmes et de leurs bébés est monstrueusement similaire. En Argentine les bébés seront donnés et élevés par des généraux militaires (les élites) ou des familles proches du pouvoir en place.
   Lors d’un voyage en Argentine Margaret Atwwod affirmait :
   «Les femmes qui ne peuvent pas décider si elles veulent des enfants ou non sont des esclaves, car l’État revendique la propriété de leur corps et le droit de décider de l’usage qui doit en être fait. Un enfant est un cadeau, donné par la vie elle-même. Mais un cadeau doit être librement donné et reçu. Il peut aussi être rejeté. Un cadeau qui ne peut être rejeté n’est pas un cadeau mais un symbole de tyrannie.»

Source :

Les régimes à la Gilead favorisent la traite des humains     

La traite d'êtres humains, qui concerne hommes, femmes et enfants victimes d'activités criminelles allant de l'exploitation sexuelle au prélèvement d'organes, reste largement impunie dans le monde, déplore un rapport des Nations unies.
   La traite à des fins d'exploitation sexuelle est de loin la plus courante et représente 59 % des victimes identifiées en 2016.
   Le travail forcé est la deuxième forme de traite la plus répandue. Il représente un tiers des victimes couvertes par les données et prévaut particulièrement en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient.
   Sur la période 2014-2017, 100 cas relatifs à du trafic d'organes ont été signalés. Les camps de réfugiés sont des terrains d'action privilégiés pour les trafiquants qui recrutent les victimes «avec de fausses promesses d'argent ou de transport vers des lieux plus sûrs». Dans certains cas, des preuves de collusion entre trafiquants et «professionnels de la santé, recourant à des pratiques corrompues et frauduleuses», ont été relevées.
   L'ONUDC relève que 70 % des victimes de traite détectées dans le monde sont des femmes et 23 % de l'ensemble des victimes sont des mineures.

Source :

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(1) Au Brésil, les évangéliques vont chercher dans les textes sacrés ce qui appuie leur projet de société

La montée en puissance des Églises évangéliques qui, dans un pays très religieux, ont soutenu les positions ultra conservatrices du candidat d’extrême droite, a grandement participé à la victoire de Bolsonaro. Nous vivons un moment délicat pour le pays, pour la démocratie, l’État laïc et les droits de l’homme. Parce qu’une partie des Églises évangéliques détient un véritable pouvoir politique, médiatique – en particulier à la télévision – et économique. Leurs visées sont anti-laïques et non démocratiques, elles ne célèbrent pas la diversité, ne reconnaissent pas les différences, qu’elles soient raciales ou dans les orientations sexuelles. [...]  
   Ce serait une erreur de réduire le problème de la démocratie brésilienne à la montée de l’Église évangélique. Le Brésil est l'enfant du colonialisme, du patriarcat et du racisme structurel. ... La Chambre des députés compte aujourd'hui plus de 80 députés appartenant à des groupes évangéliques. Le front évangélique de l’Assemblée, plus large, compte près de 180 députés qui se réclament de la «préservation de la famille monogame formée par des hommes et des femmes». Ce front rassemble également des députés catholiques et représente ce qu’on appelle le groupe BBB («Balle, Bœuf et Bible»), avec les grands propriétaires terriens et les défenseurs du port d'arme. Ils partagent une vision conservatrice et réactionnaire de la société. [...]  
   Le sociologue Boaventura de Sousa Santos dit que l’approfondissement du néolibéralisme mondial conduit à la renaissance des fondamentalismes religieux dans le monde. Le néolibéralisme démantèle les réseaux de protection sociale, mine les structures publiques qui soutiennent la vie quotidienne, dilue les spécificités culturelles. Ce «globaritarisme» impose partout un modèle qui massacre les pauvres et détruit les liens sociaux. Face à ce vide individualiste néolibéral, le fondamentalisme religieux apparaît comme une réponse objective à l'angoisse de la vie. Il se développe un peu partout dans le monde en réaffirmant les identités culturelles et les repères moraux de manière rigide. Le fondamentalisme s’appuie sur une demande de sécurité.
   Il faut faire le lien entre cette ascension politique et le contrôle des médias. [...]

Source :

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(2) Atwood dira à propos de ce slogan : «Je vais vous dire ce qui est bizarre : c'était une blague dans nos cours de latin. Donc cette chose de mon enfance est maintenant en permanence sur le corps des gens.»
   Détail amusant, les traducteurs du roman ont décidé de traiter ce “mock latin” en “mock latin à la française”. On notera en effet que dans la version française du roman comme de la série, ce n’est pas “Nolite Te Bastardes Carborundorum” que l’on trouve, mais “Nolite Te Salopardes exterminorum”. Les deux mots les moins latins ont été remplacés par deux autres mots plus évidemment identifiables pour un public français

Source : article faisant partie du dossier «latin, grec ancien et références antiques dans les séries télé» (rédigé le 7 mai 2017, mis à jour le 13 juillet 2018)

5 janvier 2019

Comment se fabriquent les chefs d’état

La névrose obsessionnelle de Trump : «son» mur. Il a opposé une fin de non-recevoir à la réouverture des services de l'État fédéral, réclamée par les démocrates, si son exigence d'impartir une enveloppe budgétaire de 5,6 milliards de dollars américains à la construction du mur à la frontière sud n'était pas respectée. Cette demande, que rejettent les démocrates, est à l'origine de la paralysie actuelle de l’administration qui touche quelque 800 000 employés fédéraux; 380 000 d’entre eux sont présentement en congé forcé sans solde, et 420 000 autres continuent leur travail sans être payés. Trump entend maintenir cette paralysie indéfiniment s’il n’obtient pas ce qu’il veut.

Illustration : Ricardo Martinez

En avez-vous marre d’entendre parler de Donald Trump? Armez-vous de patience. Et puis, même s’il était éjecté du siège, des centaines de copiés-collés peuvent le remplacer. Ce matin j’ai lu un article fascinant, et inquiétant car il confirme ce que nous soupçonnons ou savons (Agora http://agora.qc.ca/). L’auteure décortique la façon dont fonctionne l’usine à présidents. L’analyse est centrée sur les États-Unis, mais on retrouve la même procédure partout dans le monde.
Un article assez long mais qui se lit comme un polar :

Quelques passages pour piquer votre curiosité...

Haine rouge et peur blanche
Nicole Morgan

Comment cinquante ans de pilonnage intellectuel systématique ont préparé le terrain américain pour qu'un Donald Trump puisse accéder à la présidence. Voici des précisions étonnantes sur les talkshows, Fox News et les procédés des frères Koch pour diffuser les idées d'Ayn Rand dans les universités.

Ce texte est l’introduction d’un livre à paraître sur une révolution des pouvoirs à destinée mondiale. Il reprend et approfondit une partie d’un livre de Nicole Morgan publié aux Éditions du Seuil dont le titre est évocateur : Haine froide à quoi pense la droite américaine. Paru à la fin de 2012 peu avant la réélection du Président Obama ce livre documente entre autres la fabrication, sur un demi-siècle et à coups de milliards de dollars, d’une idéologie dure, celle du fondamentalisme de marché dont Donald Trump ne serait que la représentation la plus caricaturale.
   Dans cet extrait, elle nous invite à dépasser l’événementiel, le journalier et le théâtral, et à plonger dans la longue durée en passant par les coulisses : voici donc un aperçu de la construction médiatique du mécanisme non institutionnel le plus puissant jamais mis en place dans une démocratie, dans le seul but de promouvoir un système de croyances. Prêtons-y attention car il est mondial.

Haine rouge
Cette réflexion vise à prendre la distance nécessaire avec l’émotionnel qui envahit, avec des trémolos plus ou moins intenses, non seulement les États Unis mais de nombreux pays, la France notamment. Côté américain, cet émotionnel gravite autour de la personnalité du Président, absorbant presque toute l’énergie médiatique, tel un trou noir anéantissant toute la lumière. [...]

Les ficelles de la marionnette
Commençons donc par ce que l’on a cru être le départ de cette montée fulgurante au pouvoir de Donald Trump, grâce à un mouvement populiste en colère qui a fait les choux gras de bien de commentateurs et le bonheur de tous ceux, et ils sont nombreux, qui pensent trouver dans les mouvements populaires la manifestation d’une saine révolte politique qui s’exprime contre des pouvoirs oppressants ou qui n’a pas su les écouter et encore moins les comprendre. [...]

C’est bien une révolution
De fait, une révolution (au sens de changement radical de pouvoir) se préparait depuis un demi-siècle, et qui n’avait de populiste que l’apparence. C’est le temps du grand passage de la sphère d’un pouvoir public à un celle d’un pouvoir privé, d’un nouvel ordre mondial reposant sur des critères radicalement différents. Nous ne parlons pas ici d’une étape du capitalisme mais d’une redéfinition du bien commun lequel est calculé en fonction de son utilité dans les lois du marché. [...]
   Aux États-Unis donc, une partie du «secteur privé» voulait le pouvoir, non pas plus de pouvoir mais tout le pouvoir qu’il n’était même pas question de partager avec le secteur public qu’il fallait privatiser : santé, armée, police et prisons inclusivement. Nous sommes dans un tout autre registre que celui auquel l’Europe est habituée. [...]
   On ne regarda pas à la dépense à commencer par la reconstruction de la pensée dans les centres de recherches et les universités avec l’aide des toutes puissantes «fondations». [...] Cette mutation s’est opérée dans les années 1990, sous l’impulsion de «familles» de pensée financièrement puissantes comme la Scaife Family Foundation, la Koch Family Foundation, la John M. Olin Foundation ou The Tentacles of Rage. Harper’s Magazine ou encore Adolph Coors Foundation. Elles financent et soutiennent les cinq principales institutions de la Nouvelle Droite – The Heritage Foundation, The American Enterprise Institute, The Free Congress Research and Education Foundation, The Cato Institute et Citizens for a Sound Economy – ainsi que quatre magazines conservateurs – The National Interest, The Public Interest, The New Criterion et The American Spectator. [...]
   ... Les règlements et lois (vus comme non naturels, immoraux et inefficaces) ne sont pas jugés nécessaires car une main invisible veillera à tout, nous disciplinant au besoin. Selon cette doctrine, c’est le marché qui s’est chargé de discipliner et mettre au pas la Grèce, la France et l’Espagne, pays coupables d’être trop généreux envers des improductifs. [...]
   Il était temps donc pour les milliardaires à la barre de faire du clientélisme populaire et d’appeler un sauveur. Ou plutôt on devait maintenant chauffer à blanc les émotions de toute une partie de la population qui avait été savamment grillée sur les braises pendant des décennies. Si des milliards de dollars avaient été investis pour former dans la bonne direction le monde universitaire et une partie de la presse, des sommes encore plus importantes furent versées années après années dans les médias populaires. Nous ne le répéterons jamais assez : il ne s’agit pas de quelques donations à des groupes partisans qui sont de mise dans la vie politique moderne depuis qu’elle existe.  Nous allons parler milliards de dollars et d’un auditoire captif qu’on estime à plus du tiers de l’électorat américain.
   On ne peut pas comprendre le phénomène Trump si on ne comprend pas que le «trumpisme» l’a précédé et va lui survivre. [...]

Le Tea party et ses papas gâteaux
... Le mouvement du Tea Party a été largement financé par trois géants de la finance que Frank Rich appela les sugar dadies (papas gâteau) aux poches très profondes et très discrètes : «Il y en a trois particulièrement généreux. Vous avez entendu parler de l’un d’eux, Rupert Murdoch. Les deux autres, les frères David et Charles Koch, sont encore plus riches, avec une richesse combinée dépassée uniquement par celle de Bill Gates et de Warren Buffett parmi les Américains.» [...]
   C’est un mouvement d’immense colère populaire contre ceux qui sont perçus comme des moochers, ceux qui profitent du système : immigrants, femmes célibataires qui font porter la responsabilité de leurs enfants au gouvernement, bénéficiaires du bien-être social, vus comme paresseux, escrocs, tire-au-flanc, faux malades, vrais drogués.
   Une des autres attaques importantes porta sur le système scolaire américain qui garantit le droit de tous les enfants à une éducation. Sous le prétexte de faillite dans cette mission, le Tea Party demande ni plus ni moins que l’enfant soit rendu corps et âme aux parents et aux églises, notamment à celles de la christianité toxique, qui entrent dans la lice, évangélistes en tête. L’Église catholique, celle qui déclare le riche indigne de rentrer au Paradis (tel le chameau qui ne pourra pas passer par le trou d’une aiguille) ne sera pas, c’est le cas de le dire, en odeur de sainteté. [...]

La rage des Talkshows
Dans les années quatre-vingt, les talkshows radiophoniques avaient commencé le travail de la répétition, distillant sans relâche sur les ondes, insultes, calomnies et haine ouverte envers les féministes, les écologistes, les minorités et plus particulièrement les immigrants. [...]
... L’animateur n’est pas un journaliste qui dans des émissions de radio ou de télévisions enquête sur les crimes politiques avec preuves et analyses à l’appui, interviewant de multiples sources et demandant des réformes. Les talk-shows ne sont pas là pour informer, enquêter et faire de l’éducation civique. Ils veulent le rejet total de Satan, le Big Government. [...]

La Fox News
Intéressons-nous aux variations de la colère lorsqu’elle devient visuelle avec la Fox News, la chaine de télévision regardée par 85 millions de ménages (il s’agit de ménages composés de personnes seules et de couples). La Fox News fait partie du groupe Fox Entertainment, possédé en majorité par le groupe de Rupert Murdoch, un papa gâteau particulièrement puissant, incontournable. Il est l'actionnaire majoritaire de News Corporation, l'un des plus grands groupes médiatiques du monde. [...]
   Il faut un ennemi, c’est d’une manière générale celui qui pense différemment, qui refuse l’hégémonie des armes à feu, le débat contradictoire et posé, le parti démocrate étant une cible régulière, puis désormais l’étranger quel qu’il soit, et, inversement, le parti républicain est encensé outrageusement et en permanence. [...]
   Les pauvres sont présentés d’abord comme paresseux et dangereux. Ils sont bien évidemment étrangers en général dans la logorrhée foxienne (et donc ce ne sont pas de vrais américains) et vivent aux dépens des autres. Inlassablement Fox News n’a qu’un but, cliver, rejeter, mépriser celles et ceux qui pensent, agissent, se comportent différemment. Encenser les riches et les puissants, mettre au pilori les pauvres, les déshérités, tel est le programme quotidien à travers des mensonges. Quant à la pensée de Fox News et de son propriétaire. elle consiste à susciter la haine. [...]

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NDLR 
Ici s’applique à merveille le tweet de Bernard Pivot :
Traduire l'horrible «fake news» par «infox», contraction d'info et d'intox, est une idée géniale. Qui l'a eue? À bas les fake news! Vive les infox! Enfin, le mot, pas le contenu...
bernard pivot @bernardpivot1 21 déc. 2018  

The godfather of fake news
Meet one of the world’s most prolific writers of disinformation
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Ayn Rand la passionaria du capitalisme
Cette Américaine d’adoption, née en Russie au début du siècle dernier, fut la pasionaria d’un capitalisme fondamentaliste attaquant le marxisme, cela va sans dire, mais aussi toutes les formes de socialisme européen, vers lesquelles se tournaient trop, selon elle, les États-Unis. Elle le fit à travers un discours philosophique à la gloire de l’individu mais ce ne sont pas ces écrits philosophiques qui furent la source de sa popularité. Ce sont des romans fleuves à la gloire de l’individu entrepreneur qui en firent l’égérie incontestable d’une déferlante dont le but était de détruire l’état. Un but très clair puisque Rand le répétait : l’état c’est le mal. [...]
   Il est possible que Donald Trump se soit inspiré du discours qu’elle prononça à West Point en 1974 pour inscrire sur sa casquette Make America great Again  : «Je peux dire – et il ne s’agit pas d’une banalité patriotique, mais avec une connaissance complète des racines métaphysiques, épistémologiques, morales, politiques et esthétiques nécessaires – que les États-Unis d’Amérique sont le pays le plus grand, le plus noble et, dans ses principes, le seul moral de l’histoire du monde. L’Amérique c’est le pouvoir de l’argent : Si vous me demandez de nommer la plus remarquable caractéristique des américains, je choisirais – parce qu’elle inclue toutes les autres – le fait qu’ils sont le peuple qui a inventé l’expression ‘faire de l’argent’». [...]
   Les plus âgés qui entourent Donald Trump ne tarissent pas d’éloges. L’ex secrétaire d'État Rex Tillerson a désigné La révolte d’Atlas comme son livre préféré, tandis que le premier choix de Donald Trump (plus tard abandonné) au poste de secrétaire du travail, Andy Puzder, est le PDG d'une chaîne de restaurants appartenant à Roark Capital Group – un fonds d'investissement privé nommé d'après un des héros randiens. L’ex directeur de la CIA, Mike Pompeo, est un autre conservateur qui est un fervent admirateur.
   Trump n’est pas un idéologue et ne connaît probablement d’Ayn Rand que ses positions sommaires. Cela dit, il ne peut qu’avoir été inspiré par elle. [...]

Voici pour la partie consacrée à la préparation de l’avènement de Donald Trump. Elle ne traite ici que des Media classiques de ce qui fut le mécanisme non institutionnel le plus puissant jamais mis en place dans une démocratie, dans le seul but de promouvoir un système de croyances. Mais ce n’est pas la fin de notre analyse des médias : la toile ajouta non seulement une dimension nouvelle mais comme nous allons le voir tisse des fils invisibles qui rendent les pouvoirs non seulement plus puissants mais quasiment indestructibles. ...

Date de création : 2018-12-16 | Date de modification : 2018-12-17

1 janvier 2019

«Transition» 2018-2019

Bienheureux les optimistes : I’m still looking for a permanent end to global insanity.

Que nous réserve 2019?   

Voilà bien l’une de nos préoccupations les plus grignoteuses d’énergie, de temps et d’argent. À chaque nouvel an, les astrologues et les diseurs de bonne aventure font fortune; on consulte pour connaitre sa propre bonne (ou mauvaise) fortune.  Des probabilités existent, mais ce ne sont que les résultats de choix antérieurs que nous avons oubliés (cause/effet). Par exemple, si vous avez trop levé le coude au réveillon, vous avez possiblement un mal de bloc carabiné. À plus grande échelle, nous avons pris des décisions qui nous affecteront tôt ou tard. Tout ce que nous faisons a des conséquences, qu’on le veuille ou non.

La classe moyenne sera-t-elle prospère, les pauvres pourront-ils encore se payer du baloney, les voitures électriques réduiront-elles le nombre de véhicules à passager unique (le conducteur), le pétrole restera-t-il la principale source d’énergie jusqu’en 2050? – des préoccupations périmées auxquelles il aurait fallu répondre avant hier.
   Justin Trudeau disait (à Davos) que l’accord transpacifique était bon pour le Canada parce que cela créerait plus d’emplois pour la classe moyenne. Cet accord pourrait signifier en effet plus de production/fabrication, mais aussi plus de main-d’œuvre jetable, plus d’objets jetables et encore plus de consommation (voie royale vers une culmination de pollution et de GES) : 
   Ratifié par le Canada en octobre dernier, l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est entré en vigueur dimanche. Représentant la plus vaste zone de libre-échange au monde, avec 500 millions de consommateurs provenant de 11 pays, cet accord vise aussi à faire contrepoids à l'influence commerciale de la Chine. Le Partenariat transpacifique lèvera les droits de douane sur 99 % des exportations canadiennes vers les pays partenaires. (Un texte de Michel Marsolais)

Probable que les consommateurs canadiens trouveront en épicerie de la viande de chiens et de chats, très populaire en Asie...

Notre merveilleux monde du plastique. Photo : Biju Boro Agence France-Presse. Tel Atlas condamné à porter la Terre sur ses épaules, cet ouvrier indien traîne sur lui un énorme sac contenant des bouteilles de plastique. Photographié le 4 juin, l’homme se dirige vers l’un des plus grands dépotoirs du nord-est de l’Inde, près de la ville de Guwahati. «D’ici 2050, il y aura plus de plastique dans les mers que de poissons», a déclaré cette année Erik Solheim, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement. (Source : Photos de l’année 2018, Le Devoir, 31.12.2018)

L’absence de vision à moyen et long terme des décideurs politiques et de leurs économistes (atteints de cécité environnementale volontaire) nous enfonce chaque jour un peu plus dans un gouffre collectif – une doline colossale (sinkhole).
   Pourquoi perdre du temps à expliquer scientifiquement les effets du réchauffement climatique à des machines à cash pour qui les rationalistes, les vrais scientifiques et écologistes sont des ennemis.
   La bourse joue au yo-yo et pourrait nous concocter un krach – un combiné de 1929 et de 2008. Quand l’économie va trop bien, on crée de l’inflation, une récession ou on déclenche une guerre – ça remet les choses en place. Ajoutez à cela quelques catastrophes, naturelles et causées par les activités humaines, et 2019 pourrait être assez hideux.
   Nous nous divertissons en regardant des guignols faire semblant de régler le sort du monde et de vouloir la paix... Dans quel état sortirons-nous de ce cauchemar, si nous en sortons?

«Maintenant, il appartient aux peuples du monde entier de choisir : voulons-nous vivre, ou voulons-nous mourir tranquillement? Je ne dis pas cela à la légère. Personne ne veut dire à ses enfants et petits-enfants : «Je suis désolé de tout ça. Je suppose que nous vous avons laissés avec des défis menaçants dans un monde de plus en plus toxique et appauvri. Mais ne vous inquiétez pas. Vous pourrez toujours regarder la téléréalité pour éviter de regarder la réalité. Oui, la crise est une occasion d'évoluer. Mais... la fenêtre ne restera ouverte qu’un certain temps. Lorsque la fenêtre sera fermée, eh bien... il sera trop tard.» ~ Steve Bhaerman (18 décembre 2013)

«Le remarquable développement de l’intelligence humaine s’est accompagné de la faculté de s’aveugler volontairement devant la réalité. Une colonie de fourmis, une bande d’oiseaux migrateurs ou une meute de loups ne se comporte jamais de façon ‘stupide’ et ne prend pas de décision qui nuit de toute évidence à leur survie ou à celle de leur espèce. La ‘stupidité est le propre de l’homme’, et mon intention en disant cela n’est pas d’offenser les humains mais de les inciter à davantage de bon sens.
   Il y a deux langues distinctes maintenant – le langage de l'économie et le langage de l'écologie – et elles ne convergent pas. C’est l’économie qui doit servir les gens, et non pas les gens qui doivent servir l’économie.» ~ Manfred Max-Neef, économiste et environnementaliste

Plusieurs Américains aimeraient voir Donald Trump démissionner ou être destitué. Mais il faudrait que le vice-président Mike Pence subisse simultanément le même sort car à mon avis c’est lui qui mène la galère. Son rêve le plus cher a toujours été de devenir président...

Pence, la main de la Main de Dieu. Photomontage : Tim O’Brien, The Atlantic

Aux États-Unis, nous voyons une sorte de djihad chrétien orchestré par Mike Pence en vue d’établir un gouvernement chrétien radical. Il se déclare, dans cet ordre d’importance : ‘chrétien, conservateur et républicain’. Je le cite : «Le réchauffement climatique est un mythe; l’accord de Paris est un désastre. L’ennemi est la laïcité. Nous voulons un gouvernement dirigé par Dieu. C'est le seul gouvernement légitime. Nous voulons un capitalisme biblique, fondé sur l'idée que notre système économique est organisé par Dieu. C’est Dieu qui commande et guide les décisions de l’administration Trump.» Pourtant, l’homme est un humain ordinaire, cependant outrageusement prétentieux, qui se déresponsabilise de ses actes en prétendant être guidé par Dieu.
   Le tsunami chrétien hardcore (catholique, protestant, évangéliste born again) prend de l’expansion à travers les Amériques, du sud au nord, et au Canada nous avons des copiés-collés de Pence ou de Bolsonaro qui grafignent pour obtenir le pouvoir.

La main invisible a-t-elle le pouce vert?

Les faux-semblants de «l’écologie industrielle» au XIXe siècle 
Jean-Baptiste Fressoz, 2016

Cet article propose une critique historique de l’écologie industrielle en étudiant son émergence au début de la révolution industrielle. Dès cette époque, le discours du recyclage était aussi une forme de greenwashing avant la lettre servant à désamorcer les contestations environnementales. Dans l’économie politique anglaise le recyclage sanctifiait la grande industrie en l’intégrant dans l’horloge chimique de la nature. En France, les industriels insistaient sur la congruence naturelle entre la réduction de la pollution et l’augmentation de leurs profits pour mettre en avant leur capacité à transformer sans perte la matière. L’intérêt d’exhumer l’ancienneté de la promesse d’une écologie industrielle, de souligner sa répétition à deux siècles et une crise environnementale globale d’écart est de questionner le rêve d’une main invisible gérant de manière optimale les flux de matières.

Ndlr : article que je n’ai pas lu car il faut être abonné. En tout cas, la main invisible qui guide l’administration Trump/Pence a le pouce noir de pétrole et de charbon.

Avec un Jair Bolsonaro d'extrême droite, qui prenait aujourd’hui ses fonctions à la présidence du Brésil, on peut s’attendre au pire. Il est massivement soutenu par les conservateurs du pays, notamment les chrétiens évangéliques qui représentent un quart de l'électorat. Bolsonaro entend ouvrir de larges zones de l’Amazonie à la culture du soya et à l’exploitation minière. Conséquemment il abolira les mesures de protection des terres indigènes pour les livrer à l’agrobusiness. Pour les communautés autochtones, cela signifie : esclavage (main-d’œuvre jetable) ou déportation vers des bidonvilles ou carrément assassinats/génocide. Vidéo (1).  Bible|Balles|Bœuf... «En enfer le Diable est un personnage positif.» ~ Stach 

Jour de la terre 2035

Y aura-t-il une COP50 gérée par intelligence artificielle?

Entre déni et espoir, «les mécanismes de défense» face au changement climatique

Par François Vantomme
Le Courrier australien | Le 16 décembre 2018

Déni, espoir ou même Dieu... Face à la terrible vérité scientifique du changement climatique, les humains mettent en place divers «mécanismes de défense psychologiques», explique à l’AFP le philosophe australien Clive Hamilton. Peu nombreux sont ceux capables de «vivre avec, au quotidien», poursuit l’auteur du best-seller «Requiem pour l’espèce humaine».

Q: Est-ce que la menace liée au changement climatique a été minimisée?
   R: L’accusation d’«alarmisme climatique» est une invention astucieuse d’une entreprise de relations publiques travaillant pour les énergies fossiles. En fait, les scientifiques et les défenseurs de l’environnement ont hésité à dire la vérité au public sur l’ampleur et l’irréversibilité du réchauffement.
   Il y a plusieurs raisons pour minimiser les dangers. Certains scientifiques se sont laissés intimider, subissant les attaques constantes des négationnistes de la science climatique et des politiques conservateurs. Ce sont des êtres humains, mais en tant qu’experts ils ont une responsabilité d’informer la population sur la science, surtout quand les pires scénarios deviennent réalité.
   Les défenseurs de l’environnement ont d’autres raison. Ils sont convaincus que raconter des histoires de fin du monde est contreproductif, qu’ils doivent donner de l’espoir aux gens parce que la morosité les immobiliserait ou bien  ils voudraient faire la fête en attendant de mourir. En fait, l’histoire montre qu’une fois que les êtres humains sont mis en face de la vérité, aussi horrible soit-elle, ils répondent de la meilleure manière possible.
   Quand quelqu’un me dit «nous devons donner de l’espoir aux gens», je lui réponds : «Espoir de quoi?» Nous avons dépassé le cap d’un réchauffement climatique réversible. La question est maintenant: que devons-nous faire pour le contenir sous les +2°C et non +4°C?
   [En face], un vœu pieu est propagé par certains, convaincus [...] que les humains vont créer un monde magnifique de prospérité pour tous dans un jardin des délices. De manière surprenante, cette vision a de l’influence, surtout aux États-Unis où l’optimisme est enraciné dans la culture. Avec leur longue histoire sanglante de violences des hommes, les Européens sont mieux préparés psychologiquement pour ce qui va arriver.

Q: Vous avez dit un jour «nous sommes tous des climatosceptiques». Que vouliez-vous dire?
   R: Le nombre de gens ayant accepté l’entière vérité de la science climatique a longtemps été très réduit. Mais récemment ça a augmenté. De plus en plus de jeunes apprennent cette science climatique à l’école, sont en colère et réclament des actes.
   Mais même ceux d’entre nous qui connaissent toute la vérité ont du mal à vivre avec au quotidien. Il y a ceux qui nient la vérité, ceux qui se disent que ça ne peut pas être si terrible, ceux qui croient qu’une solution sera trouvée pour faire disparaître le problème, et ceux qui connaissent la vérité mais qui ne la laisse sortir que par moment. Seuls quelques uns, avec des ressources psychologiques fortes, sont capables de vivre avec en permanence. Certains militants sont comme ça.
   Cela fait peur de penser à un monde à +4°C, les extinctions, les mauvaises récoltes, les migrations de masse, les tempêtes et les incendies. Alors on se protège en utilisant des mécanismes de défense psychologiques. On l’ignore, on ne lit pas certains reportages, on se dit que les humains ont résolu d’autres problèmes difficiles, ou on espère que Dieu nous sauvera.

Q: À la COP21 à Paris, en 2015, vous étiez optimiste sur le fait que l’humanité parvienne à être à la hauteur. Qu’en est-il aujourd’hui?
   R: La COP de Paris était unique (...), on avait l’impression d’être enfin à un tournant. L’ambiance était grisante, et je suis tombé dans le piège. Quelques obstinés comme (le scientifique) Kevin Anderson, disaient «il est trop tard, ça ne marchera pas», mais j’ai choisi d’écouter des gens engagés convaincus que c’était un tournant. Une lueur d’espoir après des années d’accablement semblait libérateur. J’aurais dû me méfier. Qu’est-ce qui s’est passé? En un mot, Trump. N’oubliez-pas qu’il a été élu en tant que climatosceptique.


Le deuil environnemental : voilà où j’en suis. Le néologisme solastalgie correspond au désarroi et à la tristesse ressentis face à la destruction de notre environnement individuel et planétaire. Le concept a été développé par le philosophe Glenn Albrecht pour donner plus de sens et de clarté à la détresse provoquée par les changements environnementaux. La solastalgie apparaît quand on est privé de l’essence même de son environnement dans la réalité présente, dont s’ensuit un sentiment de ne plus se sentir chez soi sur son propre territoire.


Ainsi que l’écrit Peter Dauvergne dans son livre Environmentalism of the rich (L’écologisme des riches) :
    «Il est facile de se laisser happer par l’écologisme des riches. Il suinte l’optimisme et se prétend pragmatique et réaliste, en faisant appel à la volonté compréhensible de dépasser le pessimisme et le cynisme – dont est souvent taxé l’activisme écologique de la «vieille école». Les solutions qu’il propose sont le fruit de l’innovation et du business, de la création de richesse, des nouvelles technologies, des éco-marchés, du libre-échange, des investissements étrangers, d’un développement plus poussé, et non pas de nouvelles législations pour contenir les excès et transformer les modes de vie. Tout ce qui est nécessaire, ce sont de petites étapes et de petits changements, permettant de faire croire aux gens qu’ils progressent en direction de la soutenabilité sans avoir à sacrifier quoi que ce soit.»
   Il ne faut pas confondre des riches qui cherchent à préserver leur mode de vie de riche avec l’écologie. Ce sont deux choses très différentes. L’écologie, c’est Jairo Sandoval Mora, tué le 31 mai 2013 alors qu’il protégeait les nids des tortues marines sur la plage de Moin à Limon, sur la côte caraïbe du Costa Rica. C’est Berta Caceres, assassinée le 2 mars 2016 au Honduras parce qu’elle luttait contre la construction d’un barrage hydroélectrique, ces mégamachines qui tuent les fleuves et les rivières mais dont les gouvernements, les multinationales et les médias grand public disent qu’elles produisent une énergie «verte», ces énergies que les Cyril Dion du monde promeuvent. L’écologie, ce sont tous ceux que l’on assassine chaque année, en Afrique, parce qu’ils s’opposent au braconnage d’animaux sauvages ou aux trafics de bois précieux, et ceux qui sont menacés de mort ou que l’on jette en prison pour ces mêmes raisons, comme Clovis Razafimalala, à Madagascar. L’écologie, c’est Isidro Baldenegro López, assassiné le 15 janvier 2017 à Coloradas de la Virgen, au Mexique, parce qu’il luttait pour préserver les forêts de la Sierra Madre. L’écologie c’est Rémi Fraisse. L’écologie, ce sont les zadistes qui luttent pour préserver la vie sauvage à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Et tous les autres qui, partout sur Terre, cherchent à défendre le monde naturel, les biomes et leurs communautés biotiques, par amour et parce qu’ils savent que sans eux, ils ne seraient pas.
   Tandis que l’on s’enfonce collectivement dans une dystopie digne de 1984 et du Meilleur des mondes, où l’appareil de surveillance étatique ne cesse de se perfectionner et d’être toujours plus envahissant, où l’individu, toujours plus dépossédé, au point de n’avoir plus aucune influence sur le développement de la société dont il participe, subit, impuissant, les décisions prises par les élites au pouvoir, tandis que toutes les tendances indiquent clairement que la situation écologique ne fait et ne va faire qu’empirer au cours des prochaines décennies (triplement de la surface mondiale urbanisée, croissance frénétique de la production mondiale de déchets et des extractions minières, réchauffement climatique qui ira en s’aggravant étant donné que les émissions de GES ne cessent d’augmenter, etc.), les discours absurdes des Cyril Dion et autres Isabelle Delannoy ne nous sont d’aucune aide. Bien au contraire.  
~ Nicolas Casaux, Le Partage

Article intégral :

 
(1) Isidro Baldenegro López, assassiné le 15 janvier 2017 

Un exposé lucide sur ladite transition énergétique : 

Transition, piège à con?  


Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences des technologies et de l'environnement et chercheur au CNRS

En matière d'écologie, la transition énergétique est l'un des grands sujets abordé à longueurs de COPs. Nos sociétés seront-elles capable de basculer d'un régime d'énergies fossiles à un nouveau modèle basé sur les énergies renouvelables? La question est discutée depuis des décennies, les rapports et les expérimentations concrètes se succèdent mais pour Arcadia, nous avons choisi d'aborder la question autrement. De revenir aux bases. Qu'est-ce qu'une réelle transition énergétique? Une telle bascule a-t-elle déjà eu lieu dans l'histoire de l'humanité? Que peut nous raconter l'histoire des énergies face à cet enjeu climatique?
Sommaire :
00:00 : Présentation
00:45 : Le mythe de la transition énergétique
04:00 : Une histoire d'additions
13:04 : Les (tristes) exemples de transitions «radicales»
16:42 : L'origine de l'expression «transition énergétique»
21:15 : L'histoire oubliée des énergies alternatives
22:25 : L'ère de la pédale
25:23 : L'énergie hydraulique
30:45 : L'énergie éolienne
31:30 : L'énergie solaire
37:23 : L'imposition du monopole automobile
48:19 : L'histoire de l'énergie et ses luttes
50:16 : «L'environnement» dans Révolution Industrielle
54:26 : La transition énergétique aujourd'hui?
55:20 : L'armée dans l'histoire de l'énergie
59:02 : La voiture électrique et autonome
1:00:54 : Au-delà des énergies primaires
1:02:42 : Échanges


«L’expression transition énergétique est source de confusion. Cette appellation masque la persistance des systèmes anciens et sous-estime la transformation à opérer. Mais l’usage du mot «transition» repose ici sur un sérieux malentendu. Ce que les historiens étudient sont en fait des «additions énergétiques» et non des transitions.
   Par exemple, le gaz d’éclairage n’a pas supprimé les bougies, et les machines à vapeur n’ont pas remplacé la force musculaire : au contraire, la production de bougies explose au XIXe siècle, et le nombre de chevaux atteint son sommet historique dans les années 1900. Même dans l’industrie sidérurgique, où l’usage de la houille est précoce, le bois reste dominant jusque dans les années 1860 en France et jusqu’au XXe siècle en Suède.
   Des énergies additionnées au cours du temps : On ne passe pas simplement du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire, ces sources d’énergie n’ont fait que s’additionner au fil du temps.
   Si, au cours du XXe siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et qu’on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2017. Et pour l’instant, le nucléaire et les renouvelables n’ont fait qu’ajouter une fine couche supplémentaire à un mix énergétique qui demeure fondamentalement carboné selon les scientifiques.» (Jean-Baptiste Fressoz, Le Monde, 23 octobre 2018)

BIBLIOSURF

L'Apocalypse joyeuse Une histoire du risque technologique
Jean-Baptiste Fressoz; Seuil 2012

Résumé – Sommes-nous les premiers à distinguer dans les lumières éblouissantes du progrès technique, l’ombre de ses dangers? En occultant la réflexivité environnementale des sociétés passées, ce schéma simpliste dépolitise l’histoire longue de la destruction des environnements et nous empêche de comprendre les ressorts de la crise contemporaine. Pour éviter cette amnésie, une histoire politique du risque technologique et de sa régulation sur la longue durée était nécessaire.
   L’Apocalypse joyeuse expose l’entrée de la France et de la Grande-Bretagne dans la modernité industrielle (fin XVIIIe-XIXe siècle) : celle des vaccins, des machines, des usines chimiques et des locomotives. Elle nous plonge au cœur des controverses vives qui surgirent autour des risques et des nuisances de ces innovations, et montre comment les critiques et les contestations furent réduites ou surmontées pour qu’advienne la société industrielle.
   L’histoire du risque ici racontée n’est pas celle d’une prise de conscience, mais celle de la construction d’une certaine inconscience modernisatrice.

L'Événement Anthropocène La Terre, l'histoire et nous; co-auteurs Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil; Seuil 2013

Résumé – Les scientifiques nous l’annoncent, la Terre est entrée dans une nouvelle époque : l’Anthropocène. Ce qui nous arrive n’est pas une crise environnementale, c’est une révolution géologique d’origine humaine.
   Depuis la révolution thermo-industrielle, notre planète a basculé vers un état inédit. Les traces de notre âge urbain, consumériste, chimique et nucléaire resteront des milliers voire des millions d’années dans les archives géologiques de la planète et soumettront les sociétés humaines à des difficultés considérables. Comment en sommes-nous arrivés là?
   Faisant dialoguer science et histoire, les auteurs dressent l’inventaire écologique d’un modèle de développement devenu insoutenable, ébranlent bien des idées reçues sur notre prétendue «prise de conscience environnementale» et ouvrent des pistes pour vivre et agir politiquement dans l’Anthropocène.

«En fait, dans le discours de l’anthropocène il y a deux versants : il y a un versant plutôt écolo et puis il y a un versant très technophile. Il y a cette idée que pendant deux siècles on a été dans un anthropocène un peu bête, et que maintenant on va vivre dans un «bon anthropocène». C’est un discours qui est en train de s’imposer et qui revient à donner une fois encore le pouvoir aux savants. Ce n’est pas un hasard si Paul Crutzen, l’inventeur du mot anthropocène est aussi l’un des promoteurs de la géo-ingénierie qui consiste à manipuler la haute atmosphère pour la rendre plus réfléchissante, pour envoyer un peu d’énergie dans l’espace et réduire ainsi les effets du changement climatique. C’est très critiquable pour toute une série de raisons, mais disons que l’aspect le plus dangereux c’est qu’on ne sait pas trop ce que ça peut donner, c’est extrêmement incertain. Et puis surtout, une fois qu’on aura fait ça, on ne peut plus s’arrêter. Si on commence à manipuler artificiellement les caractéristiques de l’atmosphère, on ne va plus faire d’effort de réduction de CO2. Ce qui fait que, le jour où on arrête ces techniques-là, il va y avoir un effet de rattrapage catastrophique puisqu’en quelques années la température va augmenter beaucoup plus brutalement qu’elle ne l’aurait fait sinon.
   Il va encore y avoir des débats sur le fait de savoir si on est vraiment rentrés dans l’anthropocène, sur la date de départ, mais d’un point de vue symbolique, ce qui est important, c’est que ce qu’on vit n’est pas simplement une crise environnementale, mais c’est une révolution géologique d’origine humaine. C’est important par rapport à la temporalité relativement courte de la crise environnementale parce que derrière le mot «crise» il y a l’idée qu’on va sortir à un moment ou un autre de la crise, qu’on va clore cette période de crise, qu’on va rentrer à nouveau dans une époque normale. Ce que dit la notion d’anthropocène, c’est que ça, c’est vraiment illusoire!»

Source :
Interview de Jean-Baptiste Fressoz