9 août 2017

Les droits des peuples autochtones : une résolution juridiquement non contraignante

C’était La Journée internationale des peuples autochtones (ONU). La question fondamentale demeure : qui a le droit de vivre (ou non), et qui en décide? Notre monde fonctionne selon un seul principe : il faut payer pour avoir le droit de vivre. Alors, imaginons la situation des populations autochtones où qu’ils soient dans le monde...  

Thème 2017 : Dixième anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Les peuples autochtones représentent environ 370 millions de personnes et vivent dans 90 pays. Bien qu’ils ne forment que 5 % de la population mondiale, ils constituent aujourd’hui 15 % des individus les plus marginalisés de la planète.

Les peuples autochtones sont les héritiers d’une grande diversité linguistique et culturelle, ainsi que de coutumes et de traditions ancestrales. Ils représentent 5 000 cultures différentes, parlent la vaste majorité des quelque 7 000 langues de la planète. Malgré la diversité des communautés autochtones à travers le monde, la plupart d’entre elles partagent des points communs, notamment les liens qu’ils entretiennent avec leurs terres ancestrales et leur environnement, de même que la volonté de préserver leur mode d’organisation, leurs valeurs culturelles, sociales et économiques, qui varient souvent des normes qui dominent dans les sociétés dans lesquelles ils vivent. Bien que pluriels, les peuples autochtones partagent donc des défis similaires liés à la reconnaissance et à la protection de leurs droits les plus fondamentaux.
   Depuis des décennies, les peuples autochtones demandent la reconnaissance de leur identité, de leur mode de vie, de leurs terres, territoires et ressources naturelles mais, malgré leurs efforts, ils continuent d’être victimes de discriminations et d’injustices.
   La communauté internationale a reconnu que des mesures particulières devaient être mises en œuvre afin de protéger les droits fondamentaux des peuples autochtones. Malgré d’importants progrès enregistrés ces dix dernières années, la reconnaissance officielle et la mise en place de mesures adéquates restent les principaux enjeux au niveau mondial.
   Il y a dix ans, à la date du 13 septembre 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Cet instrument international représente un jalon majeur en faveur de la coopération et de la solidarité entre les peuples autochtones et les États Membres.
   La Déclaration est l’instrument international le plus complet sur les droits fondamentaux des peuples autochtones. Elle instaure un cadre universel de normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones. Le texte affirme que les peuples autochtones peuvent jouir pleinement, collectivement ou individuellement, de l'ensemble des droits de l'homme et des libertés fondamentales reconnus par la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme et la législation internationale relative aux droits de l'homme.
   Malgré des progrès notables enregistrés aux niveaux national, régional ou international dans la mise en œuvre de la Déclaration au cours de la décennie, il reste encore beaucoup à faire pour combler le fossé entre la reconnaissance des droits des peuples autochtones et la mise en œuvre de politiques sur le terrain.

Source : site de l’ONU

Droits des peuples autochtones

La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU en 2007, puis validée à l'issue d'un vote, malgré l'appel des auteurs du texte pour une adoption par consensus, le 13 septembre 2007 par 143 voix pour, 4 contre (États-Unis, Canada *, Australie et Nouvelle-Zélande) et 11 abstentions (Colombie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Géorgie, Burundi, Fédération de Russie, Samoa, Nigéria, Ukraine, Bhoutan et Kenya).

* Mise à jour : Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait voté contre, jugeant le texte trop vague. Il s’inquiétait qu’il puisse donner lieu à toutes sortes d'interprétation, concernant notamment de potentielles revendications territoriales.
   Sous la pression, il avait finalement appuyé la DDPA en 2010, par un énoncé qui ne manquait pas de rappeler ses réserves quant à l’application des principes énoncés.
   Ce n’est qu’en 2016 qu’Ottawa a finalement appuyé sans réserve la Déclaration.
   Au moment de l’annonce, la ministre fédérale des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, avait assuré qu’Ottawa allait respecter la DDPA, et ainsi «redonner vie à l’article 35» de la Constitution canadienne, qui reconnaît les droits des Autochtones.
   Or, un an plus tard, la mise en oeuvre complète annoncée par Ottawa se fait toujours attendre. (ICI Radio-Canada, espaces autochtones)
   M. Harper doit regretter de ne plus être sur la scène politique – comme il se serait bien entendu avec Mike Pence, Scott Pruitt, Rex Tillerson, enfin, tout le cabinet de Trump.

Cette fameuse déclaration non contraignante stipule que les peuples autochtones ont le droit à l'autodétermination interne et qu'en vertu de ce droit ils déterminent librement leur statut politique et recherchent librement leur développement économique, social et culturel. Elle stipule que les peuples autochtones ne peuvent être expulsés de leur terre. Qu'ils ont droit aux ressources naturelles situées sur leur terre.
   Malheureusement, cette résolution est juridiquement non contraignante.

Survival International

Survival International est une ONG créée en 1969 dont l'objet est la défense des droits des peuples indigènes par des campagnes d'opinion, en s'appuyant sur l'éducation, les campagnes et la recherche de fonds et en relayant la parole des peuples indigènes dans le monde, en lien étroit avec les organisations indigènes locales. 

Survival International a été fondée en 1969 en Grande-Bretagne, entre autres par Edward Goldsmith, en réaction à un article dans le journal britannique The Sunday Times, écrit par Norman Lewis, dénonçant les massacres, le vol des terres et le génocide en Amazonie brésilienne.

Survival estime que l'opinion publique est la force la plus efficace pour faire changer les choses, son pouvoir rend plus difficile, éventuellement impossible, aux gouvernements et aux grandes compagnies de réaliser les entreprises qui oppriment et spolient les peuples indigènes.

Survival mène, dans le monde entier, des campagnes de soutien aux peuples indigènes, de la Sibérie au Sarawak, du Canada au Kenya; l'organisation a été la première dans son domaine à utiliser l'envoi massif de lettres de protestations. En 2000 par exemple, après avoir reçu de 150 à 200 lettres par jour de sympathisants de Survival du monde entier, le gouvernement indien dut abandonner son projet de déplacer la population isolée des Jarawas vivant sur les îles Andaman. Peu de temps auparavant, le gouverneur de la Sibérie occidentale avait imposé un moratoire de cinq ans aux forages pétroliers dans le territoire des Yugan Khanty quelques semaines après que Survival ait diffusé un bulletin d'action urgente sur la question.

Selon Survival, la perte de leurs terres caractérise la situation des peuples autochtones. Bien que les droits de propriété sur les territoires indigènes soient reconnus par le droit international, ils ne sont véritablement respectés nulle part dans le monde. Compagnies industrielles (pétrolières, minières, d'exploitation du bois), commerciales, colons, éleveurs, projets de 'développement' (construction de réseaux routiers, de barrages hydro-électriques), établissement de réserves de vie sauvage ou de gibier, envahissent leurs territoires et les expulsent avec l'assentiment des gouvernants et pour le profit d'intérêts privés.

Les maladies, souvent fatales, suivent généralement ces invasions. La perte de leurs terres leur ôte leurs moyens d'existence, particulièrement leurs capacités d'autosubsistance et affaiblit leur résistance physique. Dans des cas extrêmes, les indigènes sont tués ou emprisonnés pour «vider» leurs terres; ces invasions et attaques criminelles se déroulant sur fond de racisme, qui considère ces peuples comme «primitifs» ou « arriérés », et en raison d'une recherche effrénée de profits. [...]

Nous sommes la seule organisation qui se consacre exclusivement à la défense des peuples autochtones du monde entier. Nous les aidons à défendre leurs vies, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.

Notre mission
Notre mission consiste à empêcher l’anéantissement des peuples autochtones. Nous leur offrons une plate-forme pour s'adresser au monde afin qu’ils puissent témoigner de la violence génocidaire, de l’esclavage et du racisme dont ils sont quotidiennement victimes. En faisant pression sur ceux qui détiennent le pouvoir, nous aidons à défendre leurs vies, leurs terres et leur avenir. Ces peuples devraient avoir les mêmes droits que les autres sociétés.

Notre vision
Un monde dans lequel les peuples autochtones sont considérés comme des sociétés contemporaines et où leurs droits fondamentaux sont respectés.
   Les sociétés industrialisées soumettent les peuples autochtones à la violence génocidaire, à l’esclavage et au racisme dans le but de leur voler leurs terres et leurs ressources et d'exploiter leur force de travail au nom du 'progrès' et de la 'civilisation'.

Racisme dans les médias
Survival lance une nouvelle campagne pour attirer l’attention des médias sur l’usage abusif d’un vocabulaire chargé de stéréotypes et de préjugés dans leur traitement de l’actualité des peuples autochtones. Elle est activement soutenue outre-manche par d’éminents journalistes.
   Depuis l’époque coloniale, des termes tels que ‘primitifs’ ou ‘vivant à l’âge de pierre’ sont couramment utilisés à propos des peuples autochtones. Ils renforcent l’idée que ces peuples n’auraient pas – comme nous – évolué depuis des générations. Cela est faux. Toutes les sociétés s’adaptent et changent, pas seulement les nôtres.
   Les peuples autochtones ne sont pas plus ‘sauvages’ que nous. L’idée que ces peuples sont arriérés mène directement à leur persécution. On affirme par exemple que c’est ‘pour leur bien’ que leur est imposé le développement et que celui-ci les aidera à ‘rattraper’ le monde civilisé. Le résultat est presque toujours catastrophique : misère, alcoolisme, prostitution, maladies et mort.

Survival demande aux journalistes de s’efforcer d’éviter un vocabulaire aussi inexact et préjudiciable aux peuples autochtones.


Bruno Manser et la tribu Pénan  

Manser est mort une deuxième fois
Par Tristan Ranx (2008)

- Je me souviens qu’à l’époque vous aviez parlé de ce Suisse devenu le défenseur des tribus penans de Bornéo…”
- Bien sûr, c’est Bruno Manser!
- Cela fait des années qu’il a disparu, dis-je.
Bertolino hoche la tête.
-Il a été tué…
Dit-il.

Je laisse Jean Bertolino à son présent minéralisé. Le nom de Bruno Manser aura été prononcé au Baron ce soir. La chose est certainement unique et historique. Une remise à niveau entre 1968 et 2008. La température monte. Le fantôme de Bruno Manser passe devant le bar. Il est torse nu, les cheveux coupés au bol à la manière Pénane et il porte ses petites lunettes rondes d’universitaire. Je le vois faire l’accolade à Thierry Théolier et Samuel Segas. Il leur raconte certainement son combat contre les compagnies forestières japonaises et les potentats locaux, sa lutte acharnée pour sauver la forêt et les derniers hommes libres de Bornéo.

Bruno Manser me fait penser à Learoyd, le Roi irlandais de Bornéo, le personnage de “l’Adieu au roi” de Pierre Schoendoerffer. Je regarde Jean Bertolino, et lui aussi me fait penser à un personnage : Fergusson, l’étrange officier supérieur de Learoyd.

“Fergusson restait imperturbable. Il était un mur, une digue qui résistait à tous les assauts. Pourtant derrière ce masque de certitude, un doute poursuivait lentement son chemin aveugle, jusqu’au jour d’octobre 1946 où comme la solution d’un problème difficile apparait soudain évidente et lumineuse, Fergusson sauta à l’eau.”

La révolte écologique prend la teinte de la tragédie et la petite bouteille d’eau vire au rouge. Le gouvernement malaisien avait envoyé 200 commandos pour traquer et tuer Bruno Manser, le Roi de Bornéo. Aujourd’hui, accompagné des riffs d’Eudeline, entre les suaves velours du Baron, nous pouvons imaginer un nouvel adieu au Roi.

Blessé, Bruno Manser agonise entre le bar et la porte du Baron. Les soldats d’élite ont sortis les kriss pour en finir une fois pour toutes avec le rebelle étranger. Bruno Manser sait qu’il va mourir. “La vie est courte comme un pet!” avait-il l’habitude de dire. Manser fait face à ses tortionnaires, il sait ce qu’il lui reste à faire en tenant fermement son poignard devant lui.

“La nuit, disait-il, c’est toujours pire que dans la journée. Tout est noir autour de toi et tu te traines dans la douleur. Ce que j’ai vécu pendant les quatre semaines après la morsure du serpent, si c’était la fin de ma vie, je me serais directement coupé la gorge ou j’aurais demandé à quelqu’un de le faire. Je ne voudrais pas souffrir comme ça une deuxième fois.”

Bilan 

2001 : À Bornéo (Malaisie), 50% des forêts de l’île appartiennent à un propriétaire unique. Il y a quelques décennies, 60% de cette forêt était encore debout – on parle ici d’arbres centenaires de 92 m (300 pieds) de hauteur et de bois rares. Or, le pillage des douze années précédentes fait en sorte qu’il n’en reste que 10%! La majeure partie des coupes sert à fabriquer des résidences, meubles et objets de luxe, entre autres. Par conséquent, les aborigènes de l’île sont en voie d’extinction. L’écologiste Suisse a mystérieusement disparu lors de son dernier voyage à Sarawak en décembre 2000; on n’a pas trouvé trace de lui depuis. Site de la Fondation Bruno Manser : http://www.borneoproject.org/article.php?id=273

Mars 2006 : Aux dernières nouvelles, le gouvernement de l’État du Sarawak (Bornéo) a accompli un pas important vers la protection de l’une des dernières zones de forêt vierge de la Malaisie orientale en créant officiellement le parc national de Pulong Tau. La Suisse contribue pour une large part à la réalisation de ce projet qui bénéficie quand même d’un soutien international. 

Mars 2010 : il ne reste plus qu'une cinquantaine de familles qui habitent à l'intérieur de la forêt. 

Tong Tana, Bornéo :

8 août 2017

Poison Papers (suite) : les ingrédients secrets de l’écocide

Vu la crise des oeufs contaminés en Europe, je pense qu’il est crucial de revenir sur les révélations publiées dans Poison Papers. Imaginez l’ampleur de la contamination en chaîne puisque les œufs entrent dans la fabrication d’une multitude de produits alimentaires usinés. Par contre, la filière des coupables n’est pas difficile à retracer... Tous les chemins mènent à l’industrie chimique.

L’agent chimique en cause est le fipronil, une molécule interdite dans le traitement des animaux destinés à la chaîne alimentaire. Des éleveurs néerlandais de volailles ont fait appel à Chickfriend, une société spécialisée dans l’éradication du pou rouge, qui en a utilisé dans son produit.
   Le fipronil a été mis au point en France par la société Rhône-Poulenc en 1987 et mis sur le marché en 1993. Il est ensuite devenu la propriété d'Aventis à la suite de la fusion de Rhône-Poulenc avec Hoechst, puis a été revendu à Bayer en 2002 et finalement à BASF en 2003. Une controverse s'est développée dans les années 2000 quant à son écotoxicité qui semble plus importante qu'annoncée par les fabricants pour les abeilles domestiques et peut-être d'autres apidés sauvages (importants pollinisateurs).
   Depuis 2013, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) considère qu'il présente «un risque aigu élevé» pour la survie des abeilles quand il est utilisé comme traitement des semences de maïs. Cet usage a été interdit en juillet 2013 par la Commission européenne. Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Fipronil  

L’Office suisse de la sécurité alimentaire (OSAV) a expliqué dans un communiqué que «les quantités constatées jusqu’à présent ne mett[ai]ent pas en danger la santé des consommateurs».

Si l’OSAV est aussi corruptible que l’EPA, alors bonne chance!
Voyez l’article THE SWAMP (1).   


Les 27 pays qui cultivent des OGM. Au total, les OGM sont cultivés dans les 27 pays qui figurent sur cette carte. Et 10 de ces 27 pays (en rouge sur la carte) représentent, à eux seuls, 98 % de la superficie mondiale des cultures transgéniques. La carte fait donc clairement apparaître que la géographie des OGM est dominée par le continent américain, le sous-continent indien et la Chine. Pour protéger leurs innovations, les multinationales font breveter les gènes qu’elles ont décodés ou modifiés. Le vivant peut désormais être breveté, appartenir à une personne ou à une entreprise, tout comme les inventions industrielles. Aujourd’hui, dans le monde, à l’exception de la Chine où la recherche est publique, la totalité des OGM commercialisés sont détenus par des firmes privées. Et Monsanto détient 90% de ces brevets. Le marché mondial est tenu par très peu de firmes agrochimiques. Il y a donc une très forte concentration. On trouve d’abord l’américain Monsanto, également leader pour la production d’un désherbant commercialisé sous le nom de Roundup. On peut citer aussi Pioneer Hi-Bred, qui est une filiale de DuPont de Nemours aux États-Unis; le suisse Syngenta et les allemands BASF et Bayer Crop Science, en Europe. (ARTE)

Le Canada est un cancre 

La majorité des OGM sont développés pour leurs tolérances aux herbicides, pour leurs résistances aux insectes ou pour les deux. Le Canada est le cinquième producteur mondial d’OGM derrière l’Inde, l’Argentine, le Brésil et les États-Unis. Au Canada, la commercialisation d’une dizaine de plantes GM a été approuvée : maïs-grain, canola, pomme de terre, tomate, courge, soja, lin, luzerne, coton, betterave à sucre, papaye et pomme. En mars 2015, deux pommes résistantes aux brunissements ont été autorisées pour l’alimentation humaine.
   En mai 2016, la commercialisation d’un saumon transgénique à croissance accélérée a été approuvée. Ce saumon, développé par AquaBounty Technologies (dont l’actionnaire principal est Intrexon Corporation), a été modifié pour grandir quatre fois plus vite. Il contient des gênes d'autres animaux, notamment d'anguille. Selon de nombreuses publications scientifiques, dont l’étude publiée en 2002 dans la revue American Society of Animal Science, l’hormone de croissance, produite par transgénèse, aboutit à plusieurs dégâts collatéraux. Ainsi, ces animaux ont une tendance supérieure aux autres à devenir diabétiques et les poissons d’AquaBounty devront probablement être vendus sous forme de filets ou dans des plats cuisinés du fait de leurs difformités. Il s’agit du premier animal GM destiné à la consommation humaine commercialisé au Canada. Nous sommes les cobayes; il n'a pas encore été approuvé aux États-Unis - on attend d'avoir des résultats de recherche plus poussés.

Ne vous fiez pas aux beaux saumons de la pub d'AquaBounty... 

Vous en avez déjà peut-être mangé sans le savoir, et conséquemment sans votre consentement, car au Canada l’étiquetage des OGM se fait de façon volontaire. Ottawa a carrément dit non à l’étiquetage. «Je ne suis pas surpris», confie Thibault Rehn, porte-parole du groupe Vigilance OGM, qui milite pour l'affichage obligatoire des OGM. «Nous sommes vraiment déçus, poursuit-il. Justin Trudeau voulait diriger un gouvernement ouvert et transparent, et ce n'est visiblement pas le cas dans le dossier des OGM. Les Canadiens demandent l'étiquetage depuis 20 ans.»

Or qui dit OGM, dit Monsanto, Roundup, glyphosate, 2,4-D (un des ingrédients actifs de l’Agent Orange), et plus.


D’où l’importance de faire circuler les histoires sordides de l’industrie chimique partout dans le monde. Merci Internet. 

When enough is enough, justice comes.

Présentation officielle du projet Poison Papers par les initiateurs.

The “Poison Papers” represent a vast trove of rediscovered chemical industry and regulatory agency documents and correspondence stretching back to the 1920s. Taken as a whole, the papers show that both industry and regulators understood the extraordinary toxicity of many chemical products and worked together to conceal this information from the public and the press. These papers will transform our understanding of the hazards posed by certain chemicals on the market and the fraudulence of some of the regulatory processes relied upon to protect human health and the environment.
   The Poison Papers are a compilation of over 20,000 documents obtained from federal agencies and chemical manufacturers via open records requests and public interest litigation. They include internal scientific studies and summaries of studies, internal memos and reports, meeting minutes, strategic discussions, and sworn testimonies. The majority of these documents have been scanned and digitized by us for the first time and represent nearly three tons of material. The regulatory agency sources of these documents include: the EPA, the USDA Forest Service, the FDA, the Veterans Administration, and the Department of Defense. Chemical manufacturers referenced in the documents include: Dow, Monsanto, DuPont, and Union Carbide, as well as many smaller manufacturers and the commercial testing companies who worked for them.
   The Poison Papers are a project of the Bioscience Resource Project and the Center for Media and Democracy. The Poison Papers were largely collected by author and activist Carol Van Strum.
   The Poison Papers catalogue both the secret concerns of industry and regulators over the hazards of pesticides and other chemicals and their efforts to conceal those concerns.
   Corporate concealment is not a new story. What is novel in the Poison Papers is abundant evidence that EPA and other regulators were, often, knowing participants or even primary instigators of these cover-ups. These regulators failed to inform the public of the hazards of dioxins and other chemicals; of evidence of fraudulent independent testing; even of one instance of widespread human exposure. The papers thus reveal, in the often-incriminating words of the participants themselves, an elaborate universe of deception and deceit surrounding many pesticides and synthetic chemicals.
   The chemicals most often discussed in the documents include herbicides and pesticides (such as 2,4-D, Dicamba, Permethrin, Atrazine, and Agent Orange), dioxins, and PCBs. Some of these chemicals are among the most toxic and persistent ever manufactured.
   Except for PCBs, almost every chemical discussed in the Poison Papers is still manufactured and sold today, either as products or as product contaminants. Recent research from Australia, shows that many newly-synthesized chlorinated chemical products, including the herbicide 2,4-D, remain contaminated with dioxins. Notably, 2,4-D has just been authorized by EPA for use on Dow’s new GMO 2,4-D-tolerant soybeans.
   Some of the 20,000+ documents in this repository have surfaced over the years. Many have never been either read or publicly written about. The Poison Papers therefore offer a unique opportunity for researchers, the public and the media to discover much more about what was known about chemical toxicity, when, and by whom.

Chemical Lowlights — Some of what the Poison Papers Reveal:

Secrecy – They disclose EPA meeting minutes of a secret high level dioxins working group that admitted dioxins are extraordinarily poisonous chemicals. The internal minutes contradict the Agency’s longstanding refusal to regulate dioxins or set legal limits.

Collusion – They demonstrate EPA collusion with the pulp and paper industry to “suppress, modify, or delay” the results of the congressionally-mandated National Dioxin Study, which found high levels of dioxins in everyday products, such as baby diapers and coffee filters, as well as pulp and paper mill effluents.

Deception – They provide important new data on the infamous Industrial Bio-Test (IBT) scandal. By the late 1970s, it was known that more than 800 safety studies performed by IBT on 140 chemicals produced by 38 chemical manufacturers were nonexistent, fraudulent, or invalid. The Poison Papers, however, show that EPA and its Canadian counterpart, the Health Protection Branch (HPB), colluded with pesticide manufacturers, to keep invalidly registered products on the market and covered up problems with many IBT tests.

Cover-up – The papers also show that EPA staff had evidence that this IBT scandal involved more independent testing companies and more products than ever officially acknowledged.

Concealment – The papers show that EPA concealed and falsely discredited its own studies finding high levels of dioxin – 2,3,7,8-TCDD – in environmental samples and human breast milk following routine use of 2,4-D and 2,4,5-T (Agent Orange) by the federal Forest Service and Bureau of Land Management.

Intent – They show Monsanto chief medical officer George Roush admitted under oath to knowing that Monsanto studies into the health effects of dioxins on workers were written up untruthfully for the scientific literature such as to obscure health effects. These fraudulent studies were heavily relied upon by EPA to avoid regulating dioxin. They also were relied upon to defend manufacturers in lawsuits brought by veterans claiming damages from exposure to Agent Orange.

~~~

(1) Evaggelos Vallianatos a publié un article intitulé THE SWAMP le 4 août 2017 (HUFFPOST). À noter qu’il a travaillé pour l’EPA. Full article:

Excerpts

Let’s assume you are interested in public and environmental health. Let’s assume further you accidentally enter a huge laboratory in suburban America. The receptionist is a chemist. She informs you the lab has been testing all kinds of chemicals, including pesticides and drugs to make certain these chemicals don’t cause unreasonable harm to people and the environment. You ask the receptionist who founded the lab and she cheerfully recites that a distinguished biochemist from an ivy university came up with the idea to satisfy government demands for safety. Then the receptionist leaves you alone, telling you to wait to talk to one of the scientists who knows more about the lab.
   You wait but no one shows up. You decide to explore the place. You enter a large room with the infrastructure of a lab: tables loaded with knives, glass tubes, chemicals, and equipment for operations and pathology studies. You immediately react, wishing to get out of the room. An awful stench is hanging in the air. A broken water sprinkler is throwing water over cages full of mice, rats, and dogs. Rats are running into a swamp: water mixed with animal excrement covering the floor. Then, astonishingly, you see a technician holding a canister of sleeping gas running after rats. You back off in horror and reenter the reception room where the calm receptionist is on the phone calling the police for an intruder, you.
   This could be the beginning of a science fiction drama: madmen running a dangerous lab funded by the government and industry.
   However, this is no science fiction at all. It happened in a series of large facilities known as Industrial Biotest headquartered in Northbrook, Illinois. The time IBT did its dirty work covered most of the years from the 1950s to the 1970s. [...]
   But testing pesticides and other chemicals at IBT was primarily a fraudulent affair. The lab had the appearance of a scientific testing facility. In fact, it was a swamp of filth and corruption. It had nothing to do with science. The animals were the front. The scientists were the props.
   The animals ate feed poisoned by the chemical seeking government approval. However, it did not matter what the poisoned food did to the animals. The technicians-scientists doing the testing simply trashed the animals that developed tumors, cancer, or other disease. Then the technicians speeded up the execution of the studies by making up data. [...]
   This story of fraudulent testing explains the unreliability of company evidence in support of their “registered” (approved) pesticides. The swamp tradition of testing pesticides continues to this day.
   EPA shut IBT down in 1983. EPA also shut down several other IBT-like labs.
   But what EPA did not shut down was the fraud behind IBT. [...] EPA has been ranking pesticides more important than public and environmental health.
   For example, Monsanto’s best-selling weed killer glyphosate came out of the IBT swamp. This is something I did not know while serving at EPA. I learned about it from a stream of Monsanto documents that saw the light of the day because so many people have been suing Monsanto for cancer from exposure to glyphosate. [...] 
   Monsanto has been making so much money from glyphosate that it has become paranoid and immoral in its defense of glyphosate. Yet, lucidity sometimes prevails and the truth comes out. [...] 
   Roundup is a carcinogen. It includes glyphosate, carcinogens like formaldehyde, and other chemicals, some of which may be more toxic than the IBT-tested glyphosate. The pesticides law classifies these toxic materials as “inerts.” [...] 

Drain the swamp – now. No more deception, cover-up and collusion. ...

6 août 2017

Pétrole, lithium, tomates : les jaunes l’emportent

En passant, j’ai apprécié l’entrevue de Michel Lacombe avec Alexandre Trudeau au sujet de son livre sur la Chine (émission Le 21e)  


En 1989, Alexandre Trudeau accompagne son père lors d’une rencontre diplomatique en Chine. Le jeune homme de 16 ans est charmé par ce pays qui sort tout juste de la tourmente des événements de la place Tiananmen. Il se jure alors d’y revenir pour découvrir le pays dans ce qu’il appelle de «meilleures conditions».
   Il y retourne au début des années 2000 avec l’objectif de mieux comprendre le géant chinois. «Il y a 20 ans, le modèle de réussite [dans le monde] était basé sur les États-Unis, explique-t-il. La Chine est quant à elle arrivée avec un modèle d’autocratie.»
   Il en tire l’ouvrage Un barbare en Chine nouvelle dont le titre est un clin d’œil à Deux innocents en Chine rouge, coécrit par Pierre Elliott Trudeau et Jacques Hébert à la fin des années 1960.
   La sortie de son livre coïncidait avec la mission économique de Justin Trudeau en Chine. «J’ai envoyé mon livre à mon frère six mois avant son voyage. Il m’a dit qu’il l’avait lu.» Que ce soit pour la Chine ou la délicate question des droits et libertés, Alexandre Trudeau n’hésite pas à aller à contre-courant des idées de son frère aîné.

Audiofil

Parlant de la Chine. Les Chinois comptent désormais parmi les grands prédateurs de la planète. Diable qu’on s’est moqué des futuristes qui craignaient un «péril jaune», non pas militaire tel qu’on le voyait au début du 20e siècle, mais économique. L’intrusion se fait en pantoufles à coûts d’investissements dans les industries, de partenariats majoritaires, d’achats de terres arables, de spéculations immobilières (allez faire un tour à Vancouver), etc.
   Pourquoi pensez-vous que l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau offre des vols sans escale Montréal-Pékin? Montréal deuxième Vancouver? Pourquoi Min Ying Holdings voulait-il établir son méga centre commercial en banlieue de Montréal? Pourquoi nos banques ont-elles servi de prête-noms aux Chinois pour l’achat de terres agricoles? Etc. La Chine est devenue au cours des dernières années le 2e partenaire économique du Québec après les États-Unis.
   Quand t’as épuisé tes propres ressources, tu vas en chercher ailleurs. Les investisseurs chinois grafignent  pour s’approprier les mines de métaux rares du Québec. Ces derniers servent à la fabrication de nombreux biens de consommation : téléphones cellulaires, baladeurs, processeurs, pièces informatiques; écrans de téléviseurs et d’ordinateurs; véhicules hybrides et véhicules électriques; superconducteurs; aimants permanents (moteurs électriques); alliages et superalliages (aéronautique); instruments chirurgicaux et implants; optique filtres pour rayons X, lasers; raffinage du pétrole, additifs et catalyseurs; verres et céramiques; batteries rechargeables et accumulateurs; éoliennes; cellules photovoltaïques; ampoules lumineuses ultra-efficaces; systèmes de radar et équipements militaires; convertisseurs catalytiques; industrie chimique et industrie nucléaire; produits de polissage.  
   Plus de six mois après la vente de la mine Québec Lithium à la compagnie chinoise Jien International, des actionnaires sont toujours dans l'incertitude. L'entreprise de RB Energy, qui possédait la mine Québec Lithium avant d'avoir des problèmes financiers, n'a toujours pas déclaré faillite, mais n'a plus aucun actif depuis la vente. Les actionnaires n'ont pas été consultés lors de la transaction qui a fait passer la mine aux mains de la compagnie chinoise.

Certains crient holà! mais les gouvernements les ignorent. Attendez de voir ce qui se passera avec les producteurs de fromages québécois...

Malheureusement, les Chinois ne respectent ni les humains, ni les animaux, ni la nature, ni le vivant, ni l’inerte. Leur contribution à la disparition de grandes espèces comme les éléphants pour leurs ridicules sculptures en ivoire, n’est que la pointe de l’iceberg. Ils n’ont aucun scrupule à maquiller des produits impropres à la consommation.
   En raison d’une législation laxiste en matière de sécurité sanitaire des aliments et des médicaments, nombre de consommateurs de produits chinois s’exposent à des risques de maladies ou d’empoisonnement. Ce risque est présent tant à l’achat d’une denrée aussi banale que de l’huile de cuisson, que lors de la vaccination des enfants.
   En Chine, de nombreux restaurateurs et industriels de l’agro-alimentaire badigeonnent et trempent leurs aliments dans des produits chimiques dangereux. Ces professionnels utilisent du formol ou du formaldéhyde cancérigène pour embellir leurs fruits de mer, ainsi que des opiacés mélangés aux nouilles. En matière de trafic de stupéfiants, ils n’ont rien à envier à la mafia internationale. La Chine aura beau couvrir ses pratiques de panneaux solaires et se draper de conscience environnementale, ce n’est qu’un masque.

Voyez : Aliments à la Frankenstein 

En tout cas, je salue bien bas le courageux auteur de L’empire de l’or rouge, Enquête mondiale sur la tomate d’industrie (Fayard, Paris 2017; 288 pages)  

Photo site de Jean-Baptiste Malet : https://twitter.com/jbaptistemalet?lang=fr

L'or rouge ou les dessous de l'industrie de la tomate
La tomate est un fruit, celui de la convoitise, estime Jean-Baptiste Malet

Le Devoir 22 juillet 2017   
Par Fabien Deglise


La tomate permet de comprendre un peu mieux le monde dans lequel on vit et de saisir les paradoxes et les incohérences de l’économie mondialisée, résume l’essayiste.

La sauce à «spag’» de matante Lucille, la pizza «toute garnie» du resto du coin ou la boisson aux légumes pour se donner bonne conscience risquent de ne plus avoir le même goût après la lecture de L’Empire de l’or rouge (Fayard), essai étonnant qui a conduit pendant deux ans son auteur, le journaliste français Jean-Baptiste Malet, aux quatre coins du globe, dans les coulisses d’une industrie pour le moins singulière : celle de la tomate.
   Fruit pour les botanistes, légume pour le commun des mortels, la tomate est devenue au fil des ans et sous l’effet de la mondialisation bien plus que cela : c’est désormais une matière première industrialisée et convoitée qui circule en baril, comme le pétrole, qui ment aux consommateurs sur sa véritable nature, qui abuse de leur pauvreté, de leur apathie, qui engraisse les multinationales et la mafia italienne. Pis, lorsqu’on analyse ses flux commerciaux, la tomate permet de comprendre un peu mieux le monde dans lequel on vit et de saisir les paradoxes et les incohérences de l’économie mondialisée, résume l’essayiste. Rien de moins.
   «Nous sommes entrés dans la civilisation de la tomate, la marchandise la plus accessible de l’ère capitaliste», résume à l’autre bout du fil le jeune auteur joint cette semaine par Le Devoir à Paris.

Marché globalisé

En 2013, le journaliste qui écrit entre autres pour Rue89, L’Humanité et Le Monde diplomatique s’était fait remarquer pour avoir infiltré Amazon afin de poser un regard critique nourri de l’intérieur sur les conditions de travail redoutables imposées par la multinationale américaine de la vente en ligne.
   «Tous les êtres humains mangent de la tomate dans tous les pays du monde à raison de 5 kg par an et par personne. Elle représente un marché de 10 milliards de dollars, mais aussi un marché globalisé qui en dit beaucoup sur l’économie néolibérale et sur cette idéologie qui en dicte les règles», souvent au mépris des humains qui s’en nourrissent, poursuit-il.
   Il suffit d’aller en Chine, d’ailleurs, pour en prendre conscience. Ce qu’il a fait en partant à la rencontre de Chalkis, l’entreprise militaro-agricole de l’empire du Milieu qui s’est imposée depuis le début du siècle comme l’un des grands exportateurs mondiaux de concentré de tomates, mis en baril, puis envoyé en Italie, aux États-Unis, dans le sud de la France où, après reconditionnement, il devient sauce tomate se drapant dans l’identité de son pays d’adoption, souvent avec l’exploitation d’un drapeau italien sur l’étiquette, d’une iconographie évoquant la Provence et de l’imagerie de tomates bien rondes et bien mûres dont ce concentré chinois n’est certainement pas issu.
   La tomate d’industrie, les agronomes «l’appellent pour plaisanter la tomate de combat», écrit Jean-Baptiste Malet dans son livre. «Elle est à la tomate fraîche ce qu’une pomme est à une poire. C’est un autre fruit, une autre géopolitique, un autre business. La tomate d’industrie est un fruit artificiellement créé par des généticiens, dont les caractéristiques ont été pensées pour être parfaitement adaptées à sa transformation industrielle. […] Cette tomate d’industrie n’est pas ronde : elle est oblongue. Elle est aussi plus lourde, plus dense qu’une tomate fraîche, car elle contient beaucoup moins d’eau.»

Des racines ontariennes

Soupe, sauce, pizza, condiment, boisson… La tomate d’industrie, cultivée en Chine, mais aussi en Italie, au Mexique ou en Californie, est désormais partout. La faute revient d’ailleurs à un Ontarien, découvre-t-on dans ce livre, qui dans les années 1950 a inventé le baril aseptique en s’inspirant de ceux utilisés par les compagnies pharmaceutiques pour le transport de leurs matières médicamenteuses, afin de conditionner de manière optimale la tomate et de permettre son déplacement par bateau à travers le monde.   
   L’homme travaillait dans l’usine de la Heinz Company à Leamington en Ontario, l’un des fleurons de cette compagnie spécialisée dans la tomate. Ironiquement, l’usine, qui carburait aux tomates canadiennes – y compris celles du Québec –, a fermé ses portes en 2014, frappée de plein fouet par la tomate chinoise et par les coûts d’une main-d’oeuvre chinoise que les travailleurs canadiens ne pouvaient pas concurrencer.
   «La mondialisation de la tomate, c’est aussi absurde que ça, dit Jean-Baptiste Malet. Le Canada pourrait être autosuffisant en matière de tomate, mais comme pour d’autres pays, les règles du commerce mondial érodent l’agriculture locale, tuent les industries qui y étaient liées et le font dans une opacité entretenue par les grands acteurs de ce milieu parce qu’elle leur permet de générer des mégaprofits.»
   En 2015, le Canada a importé pour plus de 800 millions de dollars de tomates fraîches, en conserve, en concentré ou en jus, avec les histoires sombres qui viennent parfois avec, indiquent les chiffres du ministère fédéral du Développement économique.

Mafia et additifs

En Chine, le journaliste a découvert que les concentrés de tomate pure ne l’étaient pas toujours. On y ajoute de la fibre de soya, de l’amidon, du dextrose, du colorant pour en influencer la texture, l’apparence, mais surtout pour les rendre plus profitables, particulièrement sur les marchés africains, où ces concentrés de tomate de très mauvaise qualité sont déversés par les Chinois, les Européens, les Américains sans vergogne, mais aussi sans que les étiquettes fassent mention de ces ajouts.
   En Italie, il a arpenté les territoires agro-industriels mafieux, qui génèrent une économie parallèle de 15 milliards dans la nourriture uniquement et par la tomate en particulier. Là-bas, on peut faire «cadeau» d’une usine de transformation de la tomate à un Chinois, pour «service rendu».
   En Californie, il a vu les dégâts sur l’environnement induits par des productions intensives qui se foutent des lendemains, guidées par la doctrine libertarienne, avec leur hyper individualisme érigé en outil de destruction sociale, politique et environnementale.
   En Chine, il a parlé pesticides interdits, et a compris aussi que les prisonniers, les minorités et les migrants sont exploités pour alimenter ce commerce de la tomate mondialisée.
   «Les industriels disent qu’il n’y a pas de problème, c’est faux. Il y en a plusieurs que l’on ne voit pas et qui, dans des démocraties comme les nôtres, devraient faire l’objet de débat. Et pour cela, le consommateur a besoin de savoir ce qu’il mange vraiment.»
   Dans son livre, il écrit : «Puisque l’industrie est un pouvoir, pourquoi l’industrie ne serait-elle pas contrôlée par des contre-pouvoirs démocratiques? Pendant combien de temps encore faudrait-il accepter de consommer des produits opaques?»
   Au téléphone, il ajoute : «Nos sociétés sont organisées selon des règles idéologiques qui se font au détriment du bon sens. Il faut réguler à nouveau plusieurs industries, plusieurs commerces, forcer, dans le cas de la tomate, la traçabilité de cette matière première, mais aussi de tous les ingrédients qui entrent dans la composition d’un produit alimentaire, afin de donner aux consommateurs l’information sur sa provenance, sur ce qu’il est vraiment, sur ce qu’il représente. Et on doit passer par la case politique pour ça», plutôt que par cette autorégulation, promue par le courant néolibéral depuis des lunes et qui, par la tomate, comme d’autres matières à importation d’ailleurs, démontre depuis longtemps son inefficacité, selon l’essayiste.
   Son livre va faire l’objet d’un documentaire qui devrait être diffusé sur les ondes de TV5 dans le courant de l’automne.
   Pour lui, la tomate est devenue «une caricature des excès du capitalisme». Excès qui, forcément, lorsqu’il est question de la table, peuvent facilement tomber sur l’estomac.


Résumé de l’éditeur

Que mange-t-on quand on ouvre une boîte de concentré, verse du ketchup dans son assiette ou entame une pizza? Des tomates d’industrie. Transformées en usine, conditionnées en barils de concentré, elles circulent d’un continent à l’autre. Toute l’humanité en consomme, pourtant personne n’en a vu.
   Où, comment et par qui ces tomates sont-elles cultivées et récoltées  ?
   Durant deux ans, des confins de la Chine à l’Italie, de la Californie au Ghana, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête inédite et originale. Il a rencontré traders, cueilleurs, entrepreneurs, paysans, généticiens, fabricants de machine, et même un «  général  »  chinois.
   Des ghettos où la main-d’œuvre des récoltes est engagée parmi les migrants aux conserveries qui coupent du concentré incomestible avec des additifs suspects, il a remonté une filière opaque et très lucrative, qui attise les convoitises : les mafias s’intéressent aussi à la sauce tomate.
   L’Empire de l’or rouge nous raconte le capitalisme mondialisé. Il est le roman d’une marchandise universelle.

~~~

Clin d’œil au procureur Robert Mueller chargé d’enquêter sur les liens entre le clan Trump et la Russie :

Vous ne pouvez pas être «moitié-moitié». Vous êtes soit «coupable» ou «non-coupable».

4 août 2017

Poison Papers : les terribles méfaits de l’industrie chimique

On sait que les agronomes-vendeurs de pesticides et d’herbicides, rémunérés par des industries comme Monsanto par exemple, reçoivent aussi des ristournes, ou des cadeaux... Cette mafia internationale utilise depuis des décennies l’intimidation, les menaces, voire les représailles si nécessaire. Le Québec n’y échappe pas. Plusieurs pesticides parmi les plus dangereux (par ailleurs bannis en Europe) sont encore en usage ici. Pourtant on sait que leurs effets toxiques affectent la santé des humains, exterminent la faune et détruisent la flore. La totalité des champs de maïs et de canola au Québec sont traités aux néonicotinoïdes. Sympa non?
Pour en savoir plus, l’article de Thomas Gerbet 
Trop de pesticides inutiles dans les champs 

Photo : iStock

Si vous n’êtes pas convaincu de la nécessité de bannir ces poisons omniprésents dans notre environnement et qui au final aboutissent dans notre assiette sans notre consentement, lisez l’histoire de Carol Van Strum. Cette femme qui habite en Oregon a conservé une quantité colossale de requêtes et dossiers juridiques reliés aux activités délétères de l’industrie chimique. D’une importance capitale pour tout environnementaliste digne de ce nom. En tout, sa bibliothèque contient plus de 200 000 pages d'information qui retrace «40 ans de mensonges et de collusion entre l'industrie chimique et les organismes de réglementation qui étaient censés protéger la santé humaine et l'environnement», déclarait le journaliste Peter von Stackelberg, qui, avec Center for Media and Democracy et Bioscience Ressource Project a contribué à la numérisation des dossiers ainsi que plusieurs autres recueillis par des militants. Quelque 20 000 dossiers en ligne sur le site :

Sharon Lerner a rencontré Carol Van Strum  
The Intercept 26 juillet 2017

Article intégral en anglais :  
https://theintercept.com/2017/07/26/chemical-industry-herbicide-poison-papers/  

Extraits (traduction maison)

100 000 pages de secrets sur l’industrie chimique couverts de poussière dans une grange – jusqu’à aujourd’hui

Photo : Carol Van Strum et sa voisine Kathy nettoient les dossiers et retirent les agrafes tandis que le journaliste Peter von Stackelberg numérise les documents sur deux scanners à la fois (mai 2017). Stackelberg a couvert les activités d’Industrial Bio-Test Laboratories pour Leader-Post (Regina, Saskatchewan).  

Pendant des décennies, certains des secrets les plus sales et les plus sombres de l'industrie chimique ont été conservés dans la grange de Carol Van Strum. La vieille structure de 80 ans, abimée, humide et visitée à l’occasion par un ours noir, abritait plus de 100 000 pages de documents liés à des procès contre Dow, Monsanto, DuPont, Union Carbide, l'Agence de protection de l'environnement, le Service des forêts américain, l'Armée de l'air et des entreprises de pâtes et papiers, entre autres.

En 1974, Carol Van Strum, souhaitant une vie simple en milieu rural, déménageait à Siuslaw National Forest en Oregon. Peu après son arrivée, elle constata que le Service des forêts avait pulvérisé sa propriété avec les herbicides 2,4,5-T et 2,4-D. Ces poisons sont les deux principes actifs de l’Agent Orange que l’armée américaine a cessé d’utiliser à la suite des protestations du public. On savait qu’ils causaient des cancers, des malformations congénitales et de graves préjudices aux humains, aux animaux et à l'environnement. Mais, aux États-Unis, le Service des forêts continua de les pulvériser. Entre 1972 et 1977, 20 000 livres de 2,4,5-T ont été répandus sur une zone de 1 600 kilomètres carrés comprenant la propriété de Van Strum et la ville voisine, Alsea.

Un jour, ses quatre enfants furent directement aspergés tandis qu’ils pêchaient dans la rivière. Immédiatement après, ils commencèrent à saigner du nez, à avoir des diarrhées sanguinolentes et des maux de tête. Plusieurs voisins tombèrent malades aussi. Après un épandage, plusieurs femmes de la région avaient des fausses couches spontanées. Les résidents avaient aussi remarqué que les animaux mouraient ou avaient des malformations bizarres – des oiseaux à becs difformes, des wapitis aveugles, des chats et des chiens qui se mettaient à saigner des yeux et des oreilles. Lors d'une rencontre communautaire, les résidents décidèrent d’envoyer au Service des forêts un rapport détaillé des effets de l’épandage dont ils avaient été témoins. «Nous pensions [naïvement] que s'ils savaient ce qui nous était arrivé, ils ne recommenceraient pas.» Le Service des forêts ayant refusé de cesser l’épandage, Strum et ses voisins entamèrent une poursuite qui mena à une interdiction temporaire du 2,4,5-T dans leur région en 1977. L’accès aux données d'une entreprise frauduleuse, l’Industrial Bio-Test Laboratories, favorisa l’interdiction définitive en 1983.

«Nous n’étions pas des écologistes, le mot n’existait même pas à l'époque. Nous ne voulions pas être empoisonnés, voilà tout.» (Van Strum)

À ce jour, la bibliothèque contient plus de 200 000 pages. Tout au long de ces années d’investigation, Van Strum a amassé quantité de preuves troublantes démontrant les dangers des produits chimiques industriels et les pratiques frauduleuses des entreprises qui les fabriquent. Par exemple, deux documents rapportent que Dow a retenu les services d'un dermatologue de l'Université de Pennsylvanie pour mener des expériences sur des prisonniers dans les années 1960 afin d’étudier les effets du TCDD – un contaminant particulièrement toxique inclus dans le 2,4,5-T. Un autre document rapporte qu’en 1985 Monsanto mit sur le marché un produit chimique contenant du TCDD, le Lysol, qui fut utilisé comme désinfectant pendant vingt-trois ans. Un autre document indique qu’à partir de 1990, la politique de l'EPA permettait, en certaines circonstances, l'ajout de déchets toxiques dangereux comme ingrédients inertes dans certains pesticides et autres produits.

Van Strum a dû faire la paix avec une tragédie personnelle. En 1977, sa maison fut réduite en cendres et ses quatre enfants périrent dans l'incendie. Les pompiers venus sur le site ont déclaré que le fait que toute la maison ait brûlé si rapidement indiquait la possibilité d'un incendie criminel. Mais l’enquête n’a jamais déterminé les causes. Van Strum soupçonnait certains de ses adversaires d’avoir provoqué l’incendie (1). C’était une période de conflit intense entre les militants locaux et les employés des compagnies forestières, les fabricants de produits chimiques et les organismes gouvernementaux. Un groupe de résistants en colère avait détruit un hélicoptère du Service des forêts utilisé pour l’épandage. Un jour, en arrivant chez elle, Van Strum trouva des promoteurs d’herbicides (qu'elle poursuivait en justice) rôdant sur sa propriété.

«J'ai accepté que je ne saurais jamais vraiment ce qui s'est passé.» Elle n’a pas reconstruit et vit maintenant dans une dépendance à côté du site dénudé où se trouvait sa maison autrefois. Mais son engagement à lutter contre les produits chimiques toxiques a survécu à l'épreuve. «Si c'était intentionnel, alors c’était la pire chose qui pouvait m’être arrivée. Après cela, rien ne pouvait m’arrêter.»

Maintenant, après toutes ces années, Van Strum, âgée de 76 ans, estime qu'il est temps de transmettre sa collection de documents afin que «d'autres puissent prendre la relève». L’origine d'un grand nombre de luttes actuelles contre les produits chimiques peut être retrouvée dans ses documents. Le scandale de l'Industrial Bio-Test Laboratories est central dans le litige sur la cancérogénicité du Roundup de Monsanto, par exemple. En outre, le 2,4-D, l'autre ingrédient actif de l'Agent Orange, est encore en usage. Les sociétés forestières continuent d’utiliser largement à la fois le 2,4-D et le Roundup. Les batailles juridiques sont loin d’être terminées.

«Je jouerai le rôle de Lorax. Ce sera amusant.» (Carol Van Strum)

~~~

Quand je pense que j’ai déjà salué les initiatives à connotation environnementale de Nicolas Hulot sur mon blogue. Pouah. C’est notre naïveté, ou notre crédulité, qui nous tue. Est-ce que tous les élus sont achetables? Je le crois de plus en plus. Comme dit l’auteur de cette vidéo «on se fout de not’ gueule». Et comment...  



Hulot sacrifie notre santé aux lobbies : Les perturbateurs endocriniens
(Osons causer)
Découvrez comment Hulot a enterré 10 ans de luttes en Europe pour la réglementation des perturbateurs endocriniens, ces substances qui détruisent notre santé et causent baisse de fertilité, cancers, malformations... On ne peut pas y échapper, ils sont partout, mais il reste un espoir pour protéger notre santé.
►► LA PÉTITION : http://bit.ly/PetitionGenerationsFutures

La question demeure : à quand un VRAI PROCÈS pour GÉNOCIDE PLANÉTAIRE DEVANT un GRAND JURY capable de condamner nos assassins à la prison à vie?

----
(1) Je n’ai aucun doute qu’il s’agissait de représailles. Quand on prend connaissance du rapport de Global Witness 2016, on voit que les grandes compagnies industrielles n’hésitent pas à faire assassiner, brutaliser et emprisonner les militants qui veulent protéger leurs milieux de vie, leur travail et leurs terres. De sorte que près de quatre personnes par semaine ont été tuées en 2016. Beaucoup de violence testostéronique... cinq policiers contre une femme non armée, assise par terre, qui ne veut pas être embarquée. Un humain «normal», équilibré, ne peut pas agir de la sorte. Je commence à me demander si l’agrobusiness n’injecte pas de la testostérone dans la nourriture des forces de répression,  causant ainsi des perturbations endocriniennes dramatiques...


Across the world people are being murdered, attacked and arrested for standing up to companies that want to take their land. A new Global Witness report has found that nearly four people a week were killed in 2016 fighting for their homes, their livelihoods and the land, forests and rivers we all depend on.


D’autres vidéos à partir de ce lien :

1 août 2017

Bannir l’arme atomique? L’idée a moisi dans le carton.

Laissons de côté les jouets du maire qui mettent Montréal sur la map – «nous faisons maintenant partie des grands», disait-il à la clôture du championnat ePrix. Beaucoup de bruit pour rien, trois semaines de construction et déconstruction pour quelques tours de piste samedi et dimanche. J’ai hâte de connaître le bilan de cette folie, et sa facture environnementale (bouchons de circulation, smog, inaccessibilité, pertes de revenus, etc.). Est-ce confidentiel? Pourquoi la course doit-elle absolument se dérouler en plein centre-ville? C’est ridicule. But the show must go on. Sacrer est salutaire : @&#$!

Toutefois, il y a plus grave. Néron était un ange comparé à certains chefs d’état, dont les jouets sont plus que terrifiants.

Dresde 1945. Photographe : Richard Peter.
Cette photo a largement circulé, ainsi que celles d’Hiroshima et de Nagasaki, nous rappelant que notre civilisation s’articule sur le mode «œil pour œil, dent pour dent». Entre les 13 et 15 février 1945, les forces alliées bombardèrent la ville de Dresde, en Allemagne. Il est difficile de trouver des données exactes. Donc, à peu près 1070 bombardiers britanniques et américains ont largué 3430 tonnes de bombes explosives et incendiaires sur les populations civiles – trois attaques surprise en quinze heures. L’immense brasier raya la ville de la carte, désormais réduite à un amas de décombres, de cendres et de cadavres. On ne s’entend pas sur le nombre de morts ni sur les justifications nébuleuses de la stratégie «tapis de bombes». Avant la guerre, Dresde, surnommée la «Florence de l’Elbe», comptait parmi les plus belles villes européennes pour son architecture et ses musées.

«Quiconque lutte contre des monstres devrait, ce faisant, prendre garde à ne pas devenir un monstre lui-même. Et, si vous scrutez l'abîme assez longtemps, l'abîme vous scrutera à son tour.» ~ Friedrich Nietzsche
                     
Certains «experts» suggèrent que les «démonstrations de force» de Kim-Jong-un auraient pour unique but de mettre la Corée du Nord sur la «map». J’en doute. À mon avis, il faut toujours prendre les psychopathes au sérieux, ils sont imprévisibles et ne rigolent jamais.

~~~

Que veut la Corée du Nord?
Radio-Canada avec New York Times

Pyongyang a récemment procédé à deux tirs de missiles balistiques intercontinentaux et cette escalade militaire pourrait cacher un agenda politique bien simple selon des experts : la reconnaissance internationale. [...]
   «On peut voir dans leur langage et dans leur approche qu’ils s’inspirent beaucoup de la relation sino-américaine.» ~ Joshua H. Pollack, rédacteur au Nonproliferation Review
   Le professeur John Delury de l’Université Yonsei à Séoul partage cette opinion : il s'agit d'une stratégie qui s’appuie sur le développement parallèle de l’économie et du programme nucléaire. «Idéalement, la Corée du Nord pourrait reproduire le modèle chinois en normalisant ses relations avec les États-Unis à l’aide de la dissuasion nucléaire», explique le professeur.
   Joshua H. Pollack fait valoir que les démonstrations de force nord-coréennes sont souvent accompagnées de demandes, tel le retrait des troupes américaines de la péninsule coréenne et l’arrêt des exercices militaires, pour ainsi obtenir de petites concessions sur plusieurs décennies. [...]

Article intégral :

~~~ 

 
L’ONU adoptait un traité bannissant l’arme atomique... sans l’aval des pays qui la possède déjà

Associated Press ǀ Le 7 juillet 2017

Plus de 120 pays ont adopté un traité pour bannir les armes nucléaires, vendredi, lors d'un vote des Nations unies boycotté par tous les pays détenteurs de cette technologie de même que par plusieurs de leurs alliés, dont le Canada.
   Un total de 122 pays ont voté en faveur de ce traité contraignant, les Pays-Bas s'y sont opposés et Singapour s'est abstenu.
   La présidente de la conférence où il a été négocié, Elayne Whyte Gomez, soutient qu'il s'agit de la première entente multilatérale de désarmement à être conclue en plus de 20 ans.
   L'ambassadrice costaricaine a avancé que «le monde attend cette norme légale depuis 70 ans», soit depuis le largage des premières bombes atomiques sur les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
   Elle précise que 129 pays membres de l'ONU sur 193 ont pris part à l'élaboration de l'accord. Parmi les pays membres de l'OTAN, seuls les Pays-Bas y ont participé, sous mandat du Parlement.
   Aucune des neuf nations détentrices ou présumées détentrices de l'arme nucléaire – les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine, la France, l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord – n'a appuyé le traité. La plupart de leurs alliés, dont le Canada, n'ont pas assisté au vote.
   «Nous n'avons pas l'intention de signer, de ratifier ou de devenir partie à ce traité», ont déclaré les représentants permanents des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France auprès des Nations unies après l'adoption du traité, ajoutant que «cette initiative ignore clairement les réalités de l'environnement de sécurité internationale». «Au contraire, précisent-ils, ce traité ne fera que multiplier les divisions à un moment où le monde doit rester uni face aux menaces croissantes, y compris celle posée par les efforts continus de prolifération nucléaire de la République populaire démocratique de Corée. À cet égard, nous réitérons nos engagements au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et réaffirmons notre détermination à préserver et à continuer de promouvoir son autorité, son universalité et son efficacité.»
   Le traité requiert que chaque pays qui y adhère, «dans aucune circonstance, ne développe, teste, produise, manufacture, acquière, possède ou entrepose des armes nucléaires ou d'autres engins explosifs nucléaires». Il interdit également toute menace de recourir à de telles armes.
   Il pourra être ratifié à compter de septembre et entrera en vigueur dès que 50 pays en seront signataires.

~~~

70 ans après Hiroshima, quels pays possèdent l'arme nucléaire?
Alain Labelle
ICI Radio-Canada Info ǀ Le 8 août 2015

Armement nucléaire lors d'une parade militaire à Moscou en 2005. Photo : iStockphoto

Après la Seconde Guerre mondiale, le recours à l'arme nucléaire a plongé la planète dans une course à l'armement sans précédent. Rien n'aura fait craindre la perte de l'humanité plus que la prolifération de la bombe nucléaire. Mais la planète est-elle plus sûre aujourd'hui?
   Les essais d'armes nucléaires ont grandement diminué depuis les années 1990. Des traités signés par les États-Unis et la Russie ont aussi permis d'en réduire le nombre et de démanteler des milliers de bombes depuis les années 1980. Mais ces pas dans la bonne direction ne sont pas suffisants, estime Gordon Edwards, expert canadien et militant d'un monde sans nucléaire.
   «Il y a quand même des milliers d'armes nucléaires en fonction actuellement. Pas moins de 5000 armes sont toujours opérationnelles et prêtes à être utilisées rapidement dans les deux minutes. Lorsqu'elles sont lancées, il n'y a pas moyen de les rappeler si nous changeons d'idée.» ~ Gordon Edwards
   Selon lui, réduire le nombre d'armes nucléaires n'a pas de véritable effet, tant qu'il ne sera pas près de zéro. Il existe encore aujourd'hui assez armes pour détruire toutes les villes de l'hémisphère nord... Et plusieurs fois.
   La situation actuelle est en ce sens toujours inquiétante, dit-il, précisant que la crainte réside moins dans le fait qu'un pays ne développe la bombe que dans la possibilité qu'un groupuscule ne s'en empare.
   «Il y a les groupes comme Al-Qaïda et l'État islamique, ou même le Ku Klux Klan - qui sait - qui pourraient l'obtenir. Et elle n'est pas difficile à fabriquer. Ce qui semblait difficile lors de la création des premières bombes larguées sur le Japon ne l'est plus maintenant. Nous pourrions nous lever un matin et réaliser que la ville de Washington a été détruite par une bombe et nous ne serions pas en mesure de dire qui l'a fait exploser.» ~ Gordon Edwards
   Le scientifique ajoute que cette bombe n'aurait pas besoin d'être larguée à partir d'un avion, mais simplement dissimulée dans une voiture ou un conteneur. La menace nucléaire a ainsi beaucoup évolué depuis la guerre froide, poursuit Gordon Edwards.
   «À l'époque, tout le monde savait que si une guerre nucléaire éclatait, le responsable serait l'une des deux superpuissances. Vous saviez qui était votre ennemi et contre qui vous deviez vous protéger et riposter. Mais dans le monde actuel, il serait difficile d'établir le responsable. Comment gagner une guerre quand il n'y a personne pour se rendre à la fin?» ~ Gordon Edwards
   Après quelques années plus ou moins tranquilles sur le front nucléaire, il y a maintenant une recrudescence des activités associées à l'armement nucléaire.
   «La Chine, la Russie et les États-Unis ont recommencé à dépenser pour moderniser leur arsenal. Cela est très inquiétant.» ~ Gordon Edwards
   Pour M. Edwards, ce qui se produit actuellement s'apparente à une seconde course au nucléaire entre les États. Combinée au risque représenté par les groupes terroristes, cette nouvelle flambée nucléaire n'est pas sans menacer la sécurité mondiale, estime-t-il.

Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)
– Entré en vigueur en 1970
– Ratifié par 189 pays
– Repose sur trois assises : la non-prolifération, le désarmement et les utilisations pacifiques de l'énergie nucléaire
– Les États dotés d'armes nucléaires sont ceux qui ont fait exploser un dispositif nucléaire avant le 1er janvier 1967
– Israël, l'Inde et le Pakistan sont les seuls pays dotés de l'arme nucléaire à ne pas y avoir encore adhéré
– La Corée du Nord est devenue en 2003 le premier pays à invoquer son droit de retrait

La course au nucléaire

Après l'explosion des bombes atomiques américaines à Hiroshima et Nagasaki, les relations internationales sont entrées dans une nouvelle ère, celle du nucléaire. La puissance inégalée de la bombe atomique a poussé plusieurs pays à vouloir la posséder, explique Gordon Edwards.
   L'Union soviétique arrive deuxième dans la course en mettant la main sur les connaissances nécessaires à sa fabrication : elle teste sa bombe A dès l'été 1949.
   Suivent le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960, puis la Chine en 1964.
   Ces cinq pays constituent encore aujourd'hui les seuls pays à posséder officiellement la bombe nucléaire. L'Inde l'aurait toutefois acquise en 1974, Israël et l'Afrique du Sud en 1979, le Pakistan en 1998, puis la Corée du Nord en 2013.
   L'Irak avait, dans les années 1980, multiplié les tentatives pour se doter d'une capacité d'armement nucléaire et n'était pas loin d'en mettre au point. Elle a cependant perdu depuis toutes ses capacités de production.
   L'Iran a quant à lui signé en juillet 2015 un accord de principe avec les grandes puissances après que le pays fut pratiquement parvenu à utiliser son programme nucléaire civil pour produire des armes nucléaires.
   Le monde compterait donc neuf puissances nucléaires : les cinq États dotés d'armes nucléaires selon le TNP, trois puissances nucléaires de fait qui n'ont pas ratifié le TNP (Inde, Israël, Pakistan) et la Corée du Nord qui, après avoir annoncé son retrait du TNP, a procédé à des explosions nucléaires.
   D'autres pays membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique nord (OTAN) possèdent des armes nucléaires sur leur territoire, sans pour autant les contrôler directement : la Turquie, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la Belgique.
   Après l'éclatement de l'Union soviétique, plusieurs anciennes républiques soviétiques se sont aussi retrouvées avec des stocks d'armes nucléaires sur leurs territoires. Ces pays ont, de 1994 à 1996, volontairement renoncé à ces armes, selon les Nations unies.

L'équilibre de la terreur

En 1982, on estimait qu'il y avait environ 50 000 armes nucléaires dans le monde, totalisant entre 12 000 et 14 000 millions de tonnes, soit l'équivalent de 3 tonnes par habitant quand la Terre comptait 4 milliards d'humains. En comparaison, la bombe larguée sur Hiroshima en 1945 avait une puissance d'environ 15 000 tonnes de TNT. La bombe H - la plus puissante jamais testée à ce jour - est soviétique. La « Reine des bombes » était équivalente à 57 millions de tonnes de TNT.
   L'année suivante, la diffusion dans les pays occidentaux du téléfilm Le Jour d'après (The Day After) marque les esprits, alors que la tension est vive entre les gouvernements de Ronald Reagan et de Youri Andropov. Puis est venue la détente du climat international à la suite de l'effondrement de l'URSS.
   En 2012, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm estime que le nombre de têtes nucléaires dans le monde à environ 19 000, dont 4400 opérationnelles.

Le saviez-vous?

En 1991, l'Afrique du Sud accède au TNP. En 1994, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) confirme que le pays est le premier État au monde (le seul à ce jour) à avoir développé l'arme atomique et s'en être séparé volontairement.


~~~ 

À quoi ressemblerait une guerre avec la Corée du Nord?
Scénario possible  

What Would War With North Korea Be Like?
The Inquiry ǀ BBC World Service

Alarm about North Korea has spiked. Earlier this month, the North claimed to have successfully test-launched an intercontinental ballistic missile that could hit Alaska. Some experts estimate that North Korea is now 18 to 36 months away from launching a missile able to reach Los Angeles.
   President Trump has warned that a "major, major conflict" with North Korea is possible. His closest advisers have said that "the era of strategic patience is over".
   So, in this week's Inquiry, we take a look at the two sides' war plans and ask: what would war with North Korea look like?
Producer: Sarah Shebbeare
Presenter: Neal Razzell

http://www.bbc.co.uk/programmes/p05951pc