Il fut un
temps où la tentative de suicide était passible de la peine de mort (post-mortem
s’il y avait lieu). !!! L’avantage
était qu’en bout de ligne (ou de corde) la personne avait atteint son but.
Avec une troisième chimio et un peu de chance, elle
aura peut-être trois mois supplémentaires de belles expériences de vie...
Non mais, allons-nous cesser de
tergiverser?
Le dossier de l'aide médicale à mourir risque de stagner : le
gouvernement fédéral demande à la Cour suprême du Canada d’accorder à Ottawa
une période de six mois pour mettre sur pied une législation pancanadienne.
En
février 2015, les juges avaient rendu une décision unanime, invalidant
notamment l'article 14 et l'alinéa 241 b) du Code criminel (est coupable d'un acte criminel et passible
d'un emprisonnement maximal de quatorze ans quiconque, selon le cas, aide ou
encourage quelqu'un à se donner la mort, que le suicide s'ensuive ou non) qui
interdisent à un médecin d'aider quelqu'un (dans des circonstances précises) de
s'enlever la vie. Ils avaient accordé
12 mois au gouvernement fédéral pour offrir une réponse législative respectant
le droit, pour les adultes consentants aux prises avec des souffrances
physiques ou mentales intolérables, de demander l'aide de leur médecin pour
mettre fin à leurs jours.
Si le
sursis de six mois est accordé, les malheureux patients devront encore attendre.
Certains médecins continuent à diaboliser l’aide médicale
à mourir. En revanche, ils permettent aux patients de se suicider par refus de traitements,
médicaments et nourriture – beaucoup de souffrance et une agonie pouvant durer
jusqu’à deux semaines et plus. Sadique, non? Pourquoi agissent-ils de la sorte?
Parce qu’ainsi le malade assume l’entière responsabilité morale de son acte. Les
médecins peuvent s’en laver les mains au Purell tout en les regardant agoniser.
Le
respect de l’autonomie de la personne, en droit, a justifié la dépénalisation
du suicide (ou tentative de). Cette décision des législateurs ne préjuge pas de
la moralité du geste, elle implique seulement que, pour autant qu’elle soit seule
en cause, toute personne doit pouvoir juger en toute conscience si elle peut mettre
fin à ses jours; et la société doit respecter sa décision. Sans la dépénalisation de l’aide médicale à
mourir les patients incapables de se suicider en raison de leur incapacité
physique restent indéfiniment prisonniers de leurs corps, cloués à leurs
grabats. On appelle ça vivre...
«Vivre
est un droit, non pas une obligation.» ~ Ramon Sampedro
(Du film Mer intérieure, basé sur un fait vécu;
il s’agit d’un plaidoyer en faveur du libre arbitre face au droit de mourir
quand on ne peut ou ne veut plus vivre; et d'avoir de l'aide, médicale ou autre -- amis, famille...)
Le pire argument invoqué contre l’aide médicale à mourir est cette peur irrationnelle des
dérapages. Le personnel médical se mettra-t-il soudain à assassiner tous les
handicapés mentaux/physiques, les séniors et les malades incurables – sans leur
consentement ou celui de leur famille? Une sorte d’eugénisme nazi? Je ne dis
pas que la possibilité n’existe pas, il y a des médecins malveillants et l’on
sait que les humains sont capables des pires ignominies. Cependant, selon ce
que j’ai vu dans les foyers d’accueil pour personnes en grave perte d’autonomie,
l’expérience nazie consiste à utiliser les hébergés comme cobayes (sans leur
consentement) pour tester des traitements et des médicaments (tranquillisants,
anxiolytiques, antidouleurs...) et étudier la démence et la maladie d’Alzheimer.
Je me croyais parfois au milieu d’un zoo ou d’un laboratoire de vivisection – à
la différence que les chimpanzés étaient des humains. Et il est faux de dire qu’on réussit à éliminer complètement les
souffrances physiques, encore moins les souffrances psychologiques; j’en ai été
témoin. Aucun médicament ne soulage un malade de 90+ affligé d’arthrose et
de démence. L’efficience en soins palliatifs tient à l’administration graduelle
de bonnes doses de morphine jusqu’à la dose létale (la phase 4 qu'un patient en CHSLD a pu signer en toute conscience mais qui en général ne sera pas respectée, même avec un mandat d'inaptitude et un testament biologique bétonnés).
Ceux qui sont contre l’aide médicale à mourir
n’ont qu’à s’en abstenir, c'est simple. Pourquoi priver la majorité de ce droit – près de 80
% de la population est en faveur. La question demeure : à qui appartient ce
corps – à Dieu, à l’Église, à l’État, au système médical, etc.?
«Je parie qu’un jour il y aura des manoirs [pour retraités] où chacun pourra choisir à la carte
sa façon de crever. Il faut inventer un monde où les gens seront impatients de
devenir vieux.» (Film Trois fois 20 ans
de Julie Gavras – une manière d’aborder le cap du 60+ avec humour; très drôle en passant)
Il existe des centres de prévention du suicide. Parfait.
Mais, il devrait également y avoir des centres d’aide
à l’euthanasie volontaire comme
dans le film Soleil vert (1). Ce qui pourrait
résoudre nombre de problèmes éthiques et moraux – il est évident que seules les
personnes vraiment désireuses de se suicider s’y présenteraient. Ce qui ne signifie
pas que tout le monde s’y précipiterait, loin de là. Car comme le disait Guy
Bedos, «Le suicide, c’est l’ultime
expression de la liberté. De savoir que l’on peut choisir sa mort, ça aide à
vivre.»
À lire (interview) :
Le
plaidoyer de Denys Arcand pour l’aide médicale à mourir
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/12/11/002-aide-medicale-mourir-euthanasie-denys-arcand-invasions-barbabres.shtml
Extrait :
Q. : On
m'a déjà dit que la mort est une expérience enrichissante pour nos proches.
Vous croyez à ça, vous?
D.A. : Non, pas du tout. Cela étant dit, les lois qui s'en viennent
ne sont pas coercitives. Si vous voulez mourir et vous rendre à votre dernier
souffle, libre à vous. Et si moi j'ai une autre idée, vous ne pouvez pas m'en
empêcher.
J'ai
assisté à plusieurs morts, étant un peu vieux. Et non, ça ne m'a rien appris,
sinon que dans bien des cas, les gens mouraient dans des souffrances
épouvantables et que je ne voyais pas de raison de prolonger ces souffrances
comme la médecine voulait le faire, c'est
tout.
Et ce
n'est pas enrichissant de voir souffrir son grand-père comme un chien dans un
lit pendant des mois et des mois sous prétexte que ça va faire quoi? Enrichir
qui, moi? Non, ça ne m'enrichit pas. J'espérerais mettre fin à ses douleurs et
la loi ne me le permettait pas. Donc je n'ai rien appris du tout.
Si vous vous avez accès à la zone, voici l’interview
d’Alain Crevier avec Denys Arcand à Second regard (à l’origine de l’article) :
~~~
«Si nous
mourons vieux, nous mourons comme l’arbre sans feuilles et sans oiseaux.» ~ Jacques Jaujard (1895-1967)
~~~
En
conclusion : le gros bon sens d’Hector Berlioz (1803-1869)
L'inutile torture
Les choses et les hommes changent cependant, il
est vrai, mais si lentement que ce n’est pas dans le court espace de temps
embrassé par une existence humaine que ce changement peut être perceptible. Il
me faudrait vivre deux cents ans pour en ressentir le bienfait.
J’ai
perdu ma sœur aînée, Nanci. Elle est morte d’un cancer au sein, après six mois
d’horribles souffrances qui lui arrachaient nuit et jour des cris déchirants.
Mon autre sœur, ma chère Adèle, qui s’était rendue à Grenoble pour la soigner
et qui ne l’a pas quittée jusqu’à sa dernière heure, a failli succomber aux fatigues
et aux cruelles impressions que lui a causées cette lente agonie.
Et pas un
médecin n’a osé avoir l’humanité de mettre fin à ce martyre, en faisant
respirer à ma sœur un flacon de chloroforme. On fait cela pour éviter à un
patient la douleur d’une opération chirurgicale qui dure un quart de minute, et
on s’abstient d’y recourir pour le délivrer d’une torture de six mois. Quand il
est prouvé, certain, que nul remède, rien, pas même le temps, ne peut guérir un
mal affreux; quand la mort est évidemment le bien suprême, la délivrance, la
joie, le bonheur!...
Mais les
lois sont là qui le défendent, et les idées religieuses qui s’y opposent non
moins formellement.
Et ma
sœur, sans doute, n’eût pas consenti à se délivrer ainsi si on le lui eût proposé.
«Il faut que la volonté de Dieu soit faite.» Comme si tout ce qui arrive
n’arrivait pas par la volonté de Dieu... et comme si la délivrance de la
patiente, par une mort douce et prompte, n’eût pas été aussi bien le résultat
de la volonté de Dieu que son exécrable et inutile torture...
Quels
non-sens que ces questions de fatalité, de divinité, de libre arbitre, etc. !!
c’est l’absurde infini; l’entendement humain y tournoie et ne peut que s’y
perdre.
En tout
cas, la plus horrible chose de ce monde, pour nous, êtres vivants et sensibles,
c’est la souffrance inexorable, ce sont les douleurs sans compensation possible
arrivées à ce degré d’intensité; et il faut être ou barbare ou stupide, ou l’un
et l’autre à la fois, pour ne pas employer le moyen sûr et doux dont on dispose
aujourd’hui pour y mettre un terme. Les sauvages sont plus intelligents et plus
humains.
(Mémoires
de Hector Berlioz; chap. LIX)
Commentaire : 150 ans plus tard, on n’est
pas plus avancé!
Dans la veine : libellé Euthanasie
Sol Roth au Foyer (mourir en Imax) Soylent Green
(1) Le film Soylent
Green s’inspire du roman Make Room!
Make Room! de Harry Harrison; il est sorti en 1973. En 2016, ce n’est plus
de la science fiction en bien des villes surpeuplées du globe où le ciel
est brun :
L'action
se déroule en l'an 2022 à New York qui est devenue une mégapole de 44 millions
d'habitants. Il règne en permanence une température élevée, soit plus de 30 °C.
L'eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. La nourriture issue
de l'agriculture également. La plupart des habitants n'ont pas les moyens d'acheter
des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger
des produits de synthèse, fournis par la multinationale agroalimentaire «Soylent
Corporation», des tablettes de forme carrée, jaunes ou rouges. Un nouvel
aliment vient d'être lancé, le soylent green *, beaucoup plus nutritif, prétendument
à base de plancton. Dispendieux, il est disponible uniquement le mardi : ce
jour-là, les émeutes de citoyens affamés ne sont pas rares et sont sévèrement
réprimées. Sol Roth, un vieil érudit qui vit dans un appartement minable, peste
contre l'état du monde et a la nostalgie du passé tandis que son ami et colocataire
Robert Thorn, un enquêteur policier, se contente des seules choses qu'il a
connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle. Un
jour, Roth décide alors d'aller au Foyer, endroit où l'on se fait euthanasier.
Thorn arrive trop tard pour l'en empêcher mais réussit à assister aux dernières
minutes de son ami : sur un immense écran, il voit défiler, en écoutant un
extrait du 1er mouvement de la Sixième symphonie de Beethoven (la Pastorale),
les images de ce qu'était la Terre autrefois, des paysages magnifiques, la vie
sauvage, la beauté de la nature. https://fr.wikipedia.org/wiki/Soleil_vert
* Appelé «Soylent steak» dans le livre de Harrison, et fabriqué à
partir des cadavres des humains euthanasiés. Monsanto serait bien capable de nous
concocter ça...