22 janvier 2016

Si on la cherchait, on la trouverait

Il y a une fatalité unique qui est la mort et en dehors de quoi il n'y a plus de fatalité. Dans l'espace de temps qui va de la naissance à la mort, rien n'est fixé : on peut tout changer et même arrêter la guerre et même maintenir la paix, si on le veut assez, beaucoup et longtemps. (Albert Camus, 1913-1960) 


Image : Pawel Kuczynski (1)

À la guerre. Les gens qui évaluent le degré de danger particulier à chaque front. «C'est le mien qui était le plus exposé.» Ils font encore des hiérarchies dans l'avilissement universel. C'est comme ça qu'ils en sortent. (Albert Camus)

Novembre 39
Avec quoi on fait la guerre :
1) avec ce que tout le monde connaît
2) avec le désespoir de ceux qui ne veulent pas la faire
3) avec l'amour-propre de ceux que rien ne force à partir et qui partent pour ne pas être seuls
4) avec la faim de ceux qui s'engagent parce qu'ils n'ont plus de situation
5) avec beaucoup de sentiments nobles tels que 
    a) la solidarité dans la souffrance 
    b) le Mépris qui ne veut pas s'exprimer 
    c) l'absence de haine.
Tout cela est bassement utilisé et tout cela conduit à la mort.
(Albert Camus)


Image : Pawel Kuczynski

On se demandait où était la guerre – ce qui, en elle, était ignoble. Et on s'aperçoit qu'on sait où elle est, qu'on l'a en soi – qu'elle est, pour la plupart, cette gêne, cette obligation de choisir qui les fait partir avec le remords de n'avoir pas été assez courageux pour s'abstenir ou qui les fait s'abstenir avec le regret de ne pas partager la mort des autres. (Albert Camus)

Source : Carnets Albert Camus Tome I (Mai 1935 – février 1942)
Lien : http://classiques.uqac.ca/classiques/camus_albert/camus_albert.html

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(1) Pawel Kuczynski est un illustrateur diplômé de l'Académie des beaux-arts de Poznan; il a reçu plus d’une centaine de prix et distinctions pour ses satires qui incitent à la réflexion sur les enjeux socioéconomiques et politiques de notre monde.
http://pawelkuczynski.com/index.php

20 janvier 2016

Patriarcat et génocides


«Peu m’importe qu’il soit blanc, noir, jaune ou rouge. Il suffit qu’il soit un homme, il ne peut rien être de pire.» ~ Mark Twain 

On a l’impression que le monde est plus horrifiant qu’il ne l’a jamais été. C’est sans doute à cause de l’explosion démographique (plus on est de fous, plus il y a de folie) et aussi parce qu’on voit tout  en temps réel. En réalité, rien n’a changé depuis les débuts de l’histoire de l’humanité. J’ai ressemblé quelques pièces d’un vaste puzzle (des milliards de morceaux) qui semble impossible à résoudre.

L’antagonisme se retrouve dans toute la chaîne évolutive, entre espèces et à l’intérieur de chacune d’elles. La terre étant un plan d’existence basé sur la dualité, il va de soi que nous sommes confrontés aux paires d’opposés – féminin/masculin, fort/faible, beau/laid, riche/pauvre, bien-portant/malade, intelligent/idiot, bon/mauvais, supérieur/inférieur, etc. Notre façon individuelle de nous en accommoder peut faire toute la différence... La hiérarchisation fait partie du jeu. Chez l’humain, l’attribution arbitraire de valeurs sert à déterminer des prérogatives et à dominer. En outre, le pattern du bouc émissaire (souffre-douleur) renforce la hiérarchie et permet aux dominants de défouler leur agressivité; on voit cela quotidiennement. La compétition et les luttes internationales pour la suprématie sont toujours féroces et barbares.

Chez les humains les hiérarchies s’ébauchent sur des superstitions, des croyances, des idéologies et des principes spirituels, religieux, matériels, politiques et socioculturels. Le patriarcat est une structure hiérarchique qui englobe tous les règnes, auxquels on attribue une valeur supérieure décroissante. Plusieurs religions prétendent que c’est «Dieu» qui en a décidé ainsi, lui qui, bien entendu, est au-dessus de tout :
1. Hommes au-dessus des femmes
2. Femmes au-dessus des enfants
3. Humains (globalement) au-dessus des animaux
4. Animaux au-dessus de la nature
5. Nature en dessous de tout

Nous voici donc en face d’une pyramide d’autorités auxquelles chaque catégorie d’inférieurs doit se soumettre. Cet état de chose perdure parce que ce sont les hommes qui, encore aujourd’hui, désignent le rang qu’occuperont les «autres». Puisque l’homme se prend pour le roi de la création (après «Dieu»), cela lui assure le droit de vie ou de mort sur tout ce qui est «en dessous» de lui : femmes, enfants, animaux et nature.

C’est la principale cause de toutes les horreurs qui se déroulent en ce moment même sur la planète!

«L’éducation est la clé pour vaincre le terrorisme», dit Frédéric Carrier, un Québécois qui a perdu quatre membres de sa famille dans l’attentat de Ouagadougou, au Burkina Faso. «Je ne veux pas faire de politique, mais je pense que cette guerre-là, au terrorisme, que ce soit ISIS ou Al-Qaïda, il y a plusieurs moyens de les combattre. Militariser oui, je suis heureux que la coalition fasse ce qu'il faut, mais un des moyens, une des armes les plus fortes, c'était l'éducation. C'était tous des professeurs et c'est ça qu'ils allaient faire là-bas. La journée où ces jeunes-là vont arrêter de se faire endoctriner aussi jeunes et qu’ils auront une connaissance du monde, une connaissance du monde extérieur, ils diront ‘arrêtez de me conditionner, c’est fou ce que vous dites, ce n’est pas ça le bien, le mal, la morale’.» (Interview ICI Radio-Canada)
   Lors d’un autre entretien (dont j’ai perdu la trace) il disait "ce n’est pas une solution à court terme évidemment, mais à long terme elle aura son son effet". Il suggérait une éducation sans affiliation religieuse, catholique ou autre. (Non textuel)

Je suis d’accord, l’éducation est la seule arme efficace contre le terrorisme et toutes les autres formes de persécution. Enseigner le discernement et développer l’esprit critique chez les jeunes est un must, ici comme partout ailleurs.

Les hommes au-dessus des femmes et des enfants

Toutes les religions traditionnelles et les sectes de moindre envergure perpétuent une forme quelconque de misogynie, particulièrement virulente chez les intégristes. Elle est également présente dans les idéologies politiques non religieuses.

Les rabbins affirmaient que les femmes étaient incapables de recevoir une instruction religieuse profonde. La tradition islamique intégriste glorifie le meurtre des femmes et accorde à la violence conjugale un statut d’acte sacré. En Inde, les épouses sont brûlées au vitriol lorsque leurs parents sont incapables d’assumer la dot mensuelle due à l’époux; il arrive aussi qu’on les assassine pour sauver l’honneur de la famille.

Certains écrivains du Nouveau Testament (Paul en l’occurrence) et plusieurs autres «saints» étaient macho à divers degrés. Les dommages causés par leur propre peur et méfiance à l’égard des femmes sont incalculables dans notre monde d’aujourd’hui. Deux exemples de grave mépris judéo-chrétien : 
   - Augustin (354-430) : «Ève, maudite à travers la maternité plutôt que d’en être bénie, fut identifiée à une forme inférieure de la matière qui attirait l’homme vers le bas de l’échelle spirituelle. Dans les excréments et l’urine de l’accouchement, tout ce qui est vil, bas, corruptible et matériel s’incarne dans la femme, la malédiction des menstruations la rapproche des bêtes.» 
   - Thomas d’Aquin (1224-1274), parlant de ce que les femmes allaient subir en donnant naissance à leur progéniture : «Si elles se fatiguent ou meurent, cela n’a pas d’importance. Laissez-les mourir en couche, c’est pour cela qu’elles existent.»

Si ce n’étaient pas les femmes qui donnent naissance, il y a longtemps qu’elles auraient disparu de la terre; peut-être que des clones de laboratoire les remplaceront dans un avenir prochain.

Cet autre exemple de misogynie religieuse se passe de commentaire : 
   L’Inquisition catholique est à l’origine d’une publication que l’on peut à bon droit qualifier d’ouvrage le plus sanguinaire de l’histoire humaine. L’encyclique Malleus Maleficarum (Le Marteau des Sorcières) était destinée à l’endoctrinement des chrétiens sur les dangers des libres penseuses, en instruisant le clergé sur la manière d’identifier ces femmes, de les torturer et de les détruire. L’Église appelait sorcières toutes les femmes érudites et mystiques, les prêtresses, les bohémiennes, les amoureuses de la nature, les herboristes, ainsi que toutes celles qui montraient un intérêt suspect pour le monde naturel. Les sages-femmes étaient également poursuivies et mises à mort pour l’utilisation hérétique de leurs connaissances à des fins de soulagement des douleurs de l’enfantement. Après tout, ces souffrances, arguait le Vatican, n’étaient que le juste châtiment d’Ève, qui en consommant le fruit de la connaissance du bien et du mal avait perpétré le péché originel. 
   En trois cents ans de chasse aux sorcières, cinq millions de femmes furent ainsi brûlées sur le bûcher par l’Église. Le monde actuel porte encore les stigmates de cette guerre sans merci. Autrefois célébrées comme un chaînon indispensable de l’éducation spirituelle, les femmes ont été définitivement bannies de tous les cultes du monde. On ne trouve pas plus de femmes rabbins que de femmes prêtres ou imams. (Da Vinci Code)

Les femmes ont subi et subissent des indignités invraisemblables au nom de la prétendue supériorité masculine. Les femmes et les filles sont du «raw material». De la marchandise. En temps de guerre ou de guérilla elles font partie du butin. Le viol collectif des femmes est valorisé et utilisé comme arme tactique. Dans plusieurs cultures, les femmes ont encore relativement le même statut que les animaux.

Les lois et coutumes favorisent les hommes au détriment des femmes. En Occident, on a longtemps refusé aux femmes le droit à l’éducation et le droit de vote. Actuellement, certains pays refusent aux femmes le droit de propriété et de divorce tandis que l’homme en jouit; et l’adultère, permis à l’homme, entraîne pour la femme des sentences telles que le bannissement, la lapidation, la mort. Saviez-vous que dans la majorité des cultures de confession islamique radicale, et même modérée, les femmes ont le statut de mineures (donc d’irresponsables) jusqu’à leur mort? Et puis, le proverbe suivant en dit long sur l’estime qu’on porte aux femmes en Asie : «Dans la vie, la chose la plus triste, c’est de naître femme.» Et d’une façon c’est vrai étant donné la façon dont les hommes traitent les femmes. 
   «Partout dans le monde, des millions de femmes de toute race sont séquestrées, exclues, chassées, persécutées, mutilées, violées, battues, torturées et exécutées du fait qu'elles sont de sexe féminin. Crime «d'honneur», crime de guerre, crime conjugal, crime de la misogynie et du patriarcat, matricide, infanticide des filles, fratricide, etc. Les violences contre les femmes et les filles, dont la violence ultime, le meurtre, sont universelles. Pourquoi? À cause de la haine d'individus envers l'autre sexe, comme certains groupes ethniques sont victimes de la haine d'individus envers d'autres groupes (pas de tous les individus de l'autre sexe, évidemment, ni de tous les individus d'autres ethnies). Dans les deux cas, on agit au nom de motifs religieux, moraux, sociaux, culturels et politiques. Au nom de la Tradition. Une tradition qu'on préserve jalousement parce qu'elle donne à la domination sa légitimité. Partout dans le monde et au sein de nombreuses ethnies, des femmes et des filles sont persécutées parce qu'elles sont des femmes et des filles, comme les Juifs l'ont été parce qu'ils sont juifs, comme les Croates l'ont été parce qu'ils sont croates, comme des gens de couleur l'ont été parce qu'ils sont de peau noire, jaune ou rouge.» (Micheline Carrier, Sisyphe 2002)

«Tous les mâles sont construits avec les mêmes réseaux neuronaux qui ont poussé Gengis khãn à conquérir un empire deux fois plus grand que celui de Rome, avec les mêmes circuits qui ont motivé chaque descendant de Gengis à accumuler des centaines de femmes et encore plus de concubines, avec les mêmes instincts qui ont incité les sultans turcs à se faire envoyer par bateau des femmes ravissantes des quatre coins de leur royaume pour quelques nuits de gloire physique.» (Howard Bloom, Le Principe de Lucifer, Une expédition Scientifique dans les forces de l’Histoire! Le jardin des Livres)


Photo Noorullah Shirzada, AFP. On a juste envie de les prendre dans nos bras et de les bercer... Ça arrache le cœur.

Trafic d’enfants en hausse – En Europe et en Asie centrale, l'exploitation sexuelle intervient dans les deux tiers des cas, alors que dans le reste de l'Asie, le travail forcé est très largement majoritaire. Certaines formes de trafic, comme celui des enfants pour le combat armé ou pour la petite délinquance ou la mendicité forcée, peuvent représenter un problème significatif en certains endroits. (AFP)

Selon les données récentes de l’ONU au sujet du trafic des femmes et des enfants : 
   «Plus les filles sont jeunes, plus le prix demandé est élevé. Les enfants âgés de 1 à 9 ans – qui peuvent aussi être des garçons – sont vendus pour l'équivalent de 215 $CA. L'EI demande 160 $ pour une adolescente. Le prix diminue à 105 $ dès qu'une femme a atteint 20 ans, et les femmes de plus de 40 ans sont vendues pour 50 $. Des Irakiens mineurs sont de plus en plus souvent utilisés par le groupe islamiste pour commettre des attentats suicides, jouer le rôle d'informateurs ou servir de boucliers humains chargés de protéger des installations des bombardements L'État islamique est responsable de ‘violences sexuelles systématiques’ et notamment ‘d'enlèvement et d'asservissement sexuel d'enfants’. Les enfants des minorités ont été capturés dans beaucoup d'endroits, vendus sur des marchés avec sur eux des étiquettes portant des prix, ils ont été vendus comme esclaves.»

Les hommes ont du chemin à faire avant d’acquérir le statut d’humain.

Les génocides

Le siècle que l'on vient de quitter restera comme le siècle des génocides. Jamais dans l'Histoire de l'Humanité, ils ne furent si nombreux et ne firent tant de victimes. [...] 
   Pour la définition «officielle» du terme de génocide, il faut se reporter à la Convention 260.a des Nations Unies sur la prévention et la répression, en date du 9 décembre 1948, s'inspirant des travaux du chercheur polonais Raphaël Lemkin. S'entendent comme génocides des actes commis dans l'intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux :
- Meurtre des membres du groupe
- Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale des membres du groupe
- Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
- Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
- Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. 

Plus récemment est apparu le terme d'épuration ethnique. Ces nuances sémantiques recouvrent une réalité atroce : du point de vue du droit pénal international, le génocide est un crime spécifique contre l'Humanité.

L'histoire du XXème siècle a été écrite avec le sang des victimes des guerres et des génocides. [...]

Un phénomène bureaucratique – Face à ces massacres, on est souvent pétrifié d'effroi. On traite leurs auteurs de fous, de malades, on met cela sur le compte d'une explosion irrationnelle : il ne peut y avoir d'explications logiques car cela dépasse l'entendement. On a peur de perdre nous aussi notre humanité, alors on se désolidarise de ces «hommes». Ou bien encore, on avance des explications racistes : «les Allemands, ils ont ça dans leurs gènes, les Africains ce sont des sauvages...» 
   Mais à y regarder de plus près, comme l'ont fait un certain nombre de chercheurs, le génocide apparaît comme «un acte criminel prémédité, systématiquement organisé et mis en œuvre, avec pour objectif l'élimination de communautés civiles choisies selon des critères de race, de nationalité ou de religion.» Par ailleurs, il faut se garder d'analyser chaque génocide comme un cas spécifique n'ayant aucun point commun avec les autres. Il existe des constantes qui permettent de dresser une sorte de «schéma type» du génocide. 
   Ainsi, les génocides et massacres à caractère génocidaire ont tous été organisés par des Gouvernements officiels, jamais en période de vacance du pouvoir ou d'anarchie. Leur idéologie de la haine a été systématiquement propagée par l'appareil bureaucratique que tous les États modernes possèdent. En outre, la passivité de l'opinion mondiale (le cas du Rwanda est, à cet égard, frappant) a toujours facilité la mise en œuvre des politiques meurtrières de ces régimes. 
   Un climat de guerre, d'insécurité a, par ailleurs, toujours servi de toile de fond à ces tueries, comme si l'angoisse des populations était instrumentalisée. Au demeurant, les victimes étaient à chaque fois au cœur de la société concernée : un ennemi lointain ne pourrait pas servir de la même manière de catalyseur à ces peurs collectives. Un voisin, qui appartient à une autre classe, une autre religion ou à une autre ethnie, est plus inquiétant... Cet ennemi de l'intérieur a toujours été qualifié «d'ennemi du peuple», car perçu comme une menace pour l'identité nationale. Dans chaque cas, les massacres ont été précédés par une période de souffrance, de famine et de terreur, de sorte que la mort puisse être ressentie par les victimes en quelque sorte comme une délivrance, un acte «généreux». 
   Enfin, dans tous les cas, le génocide a été préparé et conduit dans un contexte de crise économique, politique et morale profonde, où la capacité de distinguer le Bien du Mal était presque totalement annihilée. 
   [...] Rien ne nous permet de dire qu'il n'y en aura plus, au contraire. Ici ou là, des ferments nauséabonds font craindre le pire. [...] Bien qu'imparfaite, ô combien, la démocratie est un rempart efficace contre les tentations génocidaires. Raison supplémentaire pour la défendre, mieux même, d'œuvrer à son développement à travers le monde mais aussi chez nous.

~ Régis Coromina [Inspiré d'articles de Ryszard Kapuscinski (Le Monde Diplomatique – Mars 2001) et Ben Kierman (Le Débat – Mars 1999)]


Sans squelette, ni cerveau, dépourvue de poumons et de sang, la méduse est un être mou sans queue ni tête, sans droite ni gauche, rangé au début de la classification zoologique, juste après les éponges. ~ Jacqueline Goy, ichtyologue passionnée des méduses.

Intéressant :
http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/dossiers/d/zoologie-dame-meduses-81/page/4/

16 janvier 2016

E.O. Wilson : prise de conscience ou...


Edward Osborne Wilson, né en 1929 à Birmingham, Alabama, est biologiste, entomologiste, myrmécologue de notoriété mondiale, fondateur de la sociobiologie, concepteur de la biodiversité développée au début du XXIe siècle, champ scientifique dans lequel, depuis, il met ses expertises à contribution.

Florilège de citations :

La civilisation sur terre : une civilisation Star Wars avec des émotions de l'âge de pierre.

L'éducation des femmes est le meilleur moyen de sauvegarder l'environnement.

La nature détient la clé de notre satisfaction esthétique, intellectuelle, cognitive et même spirituelle.

À présent, lorsque vous détruisez une forêt, une forêt ancienne en particulier, vous ne faites pas que supprimer des grands arbres et quelques oiseaux qui volent dans les feuillages. Vous mettez en grand danger un nombre important d'espèces sur une surface d'un mile carré autour de vous. Le nombre de ces espèces peut aller jusqu'à des dizaines de milliers. La plupart d'entre elles sont encore inconnues de la science, et nous ne connaissons pas encore le rôle probablement primordial qu'elles jouaient dans la préservation de cet écosystème, comme dans le cas des champignons, des microorganismes et de nombreux insectes. ... Abandonnons immédiatement la notion selon laquelle il suffit de conserver une petite portion de la nature originelle, quelque part, et que l'on peut faire ce que l'on veut du reste de la planète. C'est une notion fausse et extrêmement dangereuse. 

Capitalisme sauvage – colonialisme, exploitation, esclavage, surproduction, surconsommation, gaspillage, destruction irréversible : Working Ants



Le monde dépend des champignons, parce qu'ils sont des joueurs importants dans le recyclage des matériaux et de l'énergie partout dans le monde.

Si nous éradiquions totalement les insectes de cette planète, toute la vie (incluant l’humanité) disparaîtrait de la terre avec eux. Dans un délai de quelques mois.

Nous n'avons pas besoin de détruire les 4 à 6 pour cent restants des forêts pluviales tropicales de la surface de la terre, avec la plupart des espèces animales et végétales qui y vivent.

Nous devrions préserver tous les rebuts inestimables de la biodiversité, apprendre à les utiliser et tenter de comprendre ce qu’ils signifient pour l'humanité.

Détruire la forêt tropicale pour le gain économique c’est comme mettre le feu à un tableau de la Renaissance pour cuire un repas.

J'avais un message en tête, j'espère qu’il n’est pas trop intrusif, c’était de convaincre les Américains, et surtout les gens du Sud, de l'importance cruciale de la terre, de notre environnement naturel et de nos espèces sauvages en train de disparaître.

Les entrepreneurs qui sont prêts à partager, à freiner la croissance de leur entreprise, à créer une meilleure atmosphère selon les principes démocratiques d'équité et de coopération, et à offrir un meilleur produit, sont ceux qui gagneront à la fin.

Les ravages du capitalisme sauvage : The Hard Side of Life



L'idéologie politique peut corrompre l'esprit, et la science.

À moins que les humains deviennent plus honnêtes et pleinement conscients d'eux-mêmes, je ne vois pas de solution aux problèmes que la religion organisée et le tribalisme créent.

La science et la religion sont les deux plus puissantes forces du monde. Faire en sorte qu’elles s’opposent... est improductif.

La foi aveugle, même exprimée avec la plus grande passion, ne suffira pas. La science, pour sa part, testera sans relâche toutes les hypothèses concernant la condition humaine.

Nous devons reconnaître que les conflits religieux ne sont pas la conséquence des différences entre les gens. Il s'agit de conflits autour des histoires de la création.

Religions et rituels : Sunset of Religion



Les croyances religieuses ont évolué par la sélection de groupes, par la compétition entre tribus, et l'illogisme de la religion n'est pas une faiblesse, c’est sa force essentielle.

Dans une interview accordée à New Scientist publiée le 21 janvier 2015, E.O. Wilson disait : «La religion nous entraîne vers le bas et elle doit être éliminée pour l'amour du progrès humain.  Je dirais que dans l'intérêt du progrès humain, la meilleure chose à faire serait de diminuer jusqu’à éliminer les confessions religieuses.»
   Concernant Dieu, Wilson ne s’associe pas à l'étiquette athée, mais plutôt à agnostique. Il expliquait que sa foi suivait une trajectoire loin des croyances traditionnelles : «Je me suis écarté de l'église, non pas en tant qu’agnostique ou athée, je ne suis simplement plus ni batiste ni chrétien.» Selon Wilson la croyance en Dieu et aux rituels religieux sont des produits de l'évolution. Dans son livre The Creation, Wilson suggère que les scientifiques devraient ‘tendre la main de l'amitié’ aux dirigeants religieux et construire une alliance avec eux, indiquant que ‘la science et la religion sont les deux forces les plus puissantes sur terre et qu'elles doivent s’unir pour sauver la création’.

Les vidéos sont tirées du magistral documentaire BARAKA qui n’a pas pris une ride depuis 1992. D’autres extraits sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=4cW97MV8dVk

Mes commentaires sur le film : http://situationplanetaire.blogspot.ca/2010/10/twit-face.html

11 janvier 2016

Lois absurdes

Il fut un temps où la tentative de suicide était passible de la peine de mort (post-mortem s’il y avait lieu). !!! L’avantage était qu’en bout de ligne (ou de corde) la personne avait atteint son but. 


Avec une troisième chimio et un peu de chance, elle aura peut-être trois mois supplémentaires de belles expériences de vie...

Non mais, allons-nous cesser de tergiverser?

Le dossier de l'aide médicale à mourir risque de stagner : le gouvernement fédéral demande à la Cour suprême du Canada d’accorder à Ottawa une période de six mois pour mettre sur pied une législation pancanadienne. 
   En février 2015, les juges avaient rendu une décision unanime, invalidant notamment l'article 14 et l'alinéa 241 b) du Code criminel (est coupable d'un acte criminel et passible d'un emprisonnement maximal de quatorze ans quiconque, selon le cas, aide ou encourage quelqu'un à se donner la mort, que le suicide s'ensuive ou non) qui interdisent à un médecin d'aider quelqu'un (dans des circonstances précises) de s'enlever la vie. Ils avaient accordé 12 mois au gouvernement fédéral pour offrir une réponse législative respectant le droit, pour les adultes consentants aux prises avec des souffrances physiques ou mentales intolérables, de demander l'aide de leur médecin pour mettre fin à leurs jours. 
   Si le sursis de six mois est accordé, les malheureux patients devront encore attendre.

Certains médecins continuent à diaboliser l’aide médicale à mourir. En revanche, ils permettent aux patients de se suicider par refus de traitements, médicaments et nourriture – beaucoup de souffrance et une agonie pouvant durer jusqu’à deux semaines et plus. Sadique, non? Pourquoi agissent-ils de la sorte? Parce qu’ainsi le malade assume l’entière responsabilité morale de son acte. Les médecins peuvent s’en laver les mains au Purell tout en les regardant agoniser.
   Le respect de l’autonomie de la personne, en droit, a justifié la dépénalisation du suicide (ou tentative de). Cette décision des législateurs ne préjuge pas de la moralité du geste, elle implique seulement que, pour autant qu’elle soit seule en cause, toute personne doit pouvoir juger en toute conscience si elle peut mettre fin à ses jours; et la société doit respecter sa décision. Sans la dépénalisation de l’aide médicale à mourir les patients incapables de se suicider en raison de leur incapacité physique restent indéfiniment prisonniers de leurs corps, cloués à leurs grabats. On appelle ça vivre...

«Vivre est un droit, non pas une obligation.» ~ Ramon Sampedro
(Du film Mer intérieure, basé sur un fait vécu; il s’agit d’un plaidoyer en faveur du libre arbitre face au droit de mourir quand on ne peut ou ne veut plus vivre; et d'avoir de l'aide, médicale ou autre -- amis, famille...)

Le pire argument invoqué contre l’aide médicale à mourir est cette peur irrationnelle des dérapages. Le personnel médical se mettra-t-il soudain à assassiner tous les handicapés mentaux/physiques, les séniors et les malades incurables – sans leur consentement ou celui de leur famille? Une sorte d’eugénisme nazi? Je ne dis pas que la possibilité n’existe pas, il y a des médecins malveillants et l’on sait que les humains sont capables des pires ignominies. Cependant, selon ce que j’ai vu dans les foyers d’accueil pour personnes en grave perte d’autonomie, l’expérience nazie consiste à utiliser les hébergés comme cobayes (sans leur consentement) pour tester des traitements et des médicaments (tranquillisants, anxiolytiques, antidouleurs...) et étudier la démence et la maladie d’Alzheimer. Je me croyais parfois au milieu d’un zoo ou d’un laboratoire de vivisection – à la différence que les chimpanzés étaient des humains. Et il est faux de dire qu’on réussit à éliminer complètement les souffrances physiques, encore moins les souffrances psychologiques; j’en ai été témoin. Aucun médicament ne soulage un malade de 90+ affligé d’arthrose et de démence. L’efficience en soins palliatifs tient à l’administration graduelle de bonnes doses de morphine jusqu’à la dose létale (la phase 4 qu'un patient en CHSLD a pu signer en toute conscience mais qui en général ne sera pas respectée, même avec un mandat d'inaptitude et un testament biologique bétonnés).

Ceux qui sont contre l’aide médicale à mourir n’ont qu’à s’en abstenir, c'est simple. Pourquoi priver la majorité de ce droit – près de 80 % de la population est en faveur. La question demeure : à qui appartient ce corps – à Dieu, à l’Église, à l’État, au système médical, etc.?

«Je parie qu’un jour il y aura des manoirs [pour retraités] où chacun pourra choisir à la carte sa façon de crever. Il faut inventer un monde où les gens seront impatients de devenir vieux.» (Film Trois fois 20 ans de Julie Gavras – une manière d’aborder le cap du 60+ avec humour; très drôle en passant)

Il existe des centres de prévention du suicide. Parfait. Mais, il devrait également y avoir des centres d’aide à l’euthanasie volontaire comme dans le film Soleil vert (1). Ce qui pourrait résoudre nombre de problèmes éthiques et moraux – il est évident que seules les personnes vraiment désireuses de se suicider s’y présenteraient. Ce qui ne signifie pas que tout le monde s’y précipiterait, loin de là. Car comme le disait Guy Bedos, «Le suicide, c’est l’ultime expression de la liberté. De savoir que l’on peut choisir sa mort, ça aide à vivre.»

À lire (interview) :
Le plaidoyer de Denys Arcand pour l’aide médicale à mourir 
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/12/11/002-aide-medicale-mourir-euthanasie-denys-arcand-invasions-barbabres.shtml

Extrait : 
   Q. : On m'a déjà dit que la mort est une expérience enrichissante pour nos proches. Vous croyez à ça, vous? 
   D.A. : Non, pas du tout. Cela étant dit, les lois qui s'en viennent ne sont pas coercitives. Si vous voulez mourir et vous rendre à votre dernier souffle, libre à vous. Et si moi j'ai une autre idée, vous ne pouvez pas m'en empêcher. 
   J'ai assisté à plusieurs morts, étant un peu vieux. Et non, ça ne m'a rien appris, sinon que dans bien des cas, les gens mouraient dans des souffrances épouvantables et que je ne voyais pas de raison de prolonger ces souffrances comme la médecine voulait le faire, c'est
tout.
   Et ce n'est pas enrichissant de voir souffrir son grand-père comme un chien dans un lit pendant des mois et des mois sous prétexte que ça va faire quoi? Enrichir qui, moi? Non, ça ne m'enrichit pas. J'espérerais mettre fin à ses douleurs et la loi ne me le permettait pas. Donc je n'ai rien appris du tout.

 
Si vous vous avez accès à la zone, voici l’interview d’Alain Crevier avec Denys Arcand à Second regard (à l’origine de l’article) :

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«Si nous mourons vieux, nous mourons comme l’arbre sans feuilles et sans oiseaux.» ~ Jacques Jaujard (1895-1967)

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En conclusion : le gros bon sens d’Hector Berlioz (1803-1869)

L'inutile torture

Les choses et les hommes changent cependant, il est vrai, mais si lentement que ce n’est pas dans le court espace de temps embrassé par une existence humaine que ce changement peut être perceptible. Il me faudrait vivre deux cents ans pour en ressentir le bienfait. 
   J’ai perdu ma sœur aînée, Nanci. Elle est morte d’un cancer au sein, après six mois d’horribles souffrances qui lui arrachaient nuit et jour des cris déchirants. Mon autre sœur, ma chère Adèle, qui s’était rendue à Grenoble pour la soigner et qui ne l’a pas quittée jusqu’à sa dernière heure, a failli succomber aux fatigues et aux cruelles impressions que lui a causées cette lente agonie. 
   Et pas un médecin n’a osé avoir l’humanité de mettre fin à ce martyre, en faisant respirer à ma sœur un flacon de chloroforme. On fait cela pour éviter à un patient la douleur d’une opération chirurgicale qui dure un quart de minute, et on s’abstient d’y recourir pour le délivrer d’une torture de six mois. Quand il est prouvé, certain, que nul remède, rien, pas même le temps, ne peut guérir un mal affreux; quand la mort est évidemment le bien suprême, la délivrance, la joie, le bonheur!... 
   Mais les lois sont là qui le défendent, et les idées religieuses qui s’y opposent non moins formellement. 
   Et ma sœur, sans doute, n’eût pas consenti à se délivrer ainsi si on le lui eût proposé. «Il faut que la volonté de Dieu soit faite.» Comme si tout ce qui arrive n’arrivait pas par la volonté de Dieu... et comme si la délivrance de la patiente, par une mort douce et prompte, n’eût pas été aussi bien le résultat de la volonté de Dieu que son exécrable et inutile torture... 
   Quels non-sens que ces questions de fatalité, de divinité, de libre arbitre, etc. !! c’est l’absurde infini; l’entendement humain y tournoie et ne peut que s’y perdre. 
   En tout cas, la plus horrible chose de ce monde, pour nous, êtres vivants et sensibles, c’est la souffrance inexorable, ce sont les douleurs sans compensation possible arrivées à ce degré d’intensité; et il faut être ou barbare ou stupide, ou l’un et l’autre à la fois, pour ne pas employer le moyen sûr et doux dont on dispose aujourd’hui pour y mettre un terme. Les sauvages sont plus intelligents et plus humains.

(Mémoires de Hector Berlioz; chap. LIX)

Commentaire : 150 ans plus tard, on n’est pas plus avancé!

Dans la veine : libellé Euthanasie
  

Sol Roth au Foyer (mourir en Imax) Soylent Green  

(1) Le film Soylent Green s’inspire du roman Make Room! Make Room! de Harry Harrison; il est sorti en 1973. En 2016, ce n’est plus de la science fiction en bien des villes surpeuplées du globe où le ciel est brun :
   L'action se déroule en l'an 2022 à New York qui est devenue une mégapole de 44 millions d'habitants. Il règne en permanence une température élevée, soit plus de 30 °C. L'eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. La nourriture issue de l'agriculture également. La plupart des habitants n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse, fournis par la multinationale agroalimentaire «Soylent Corporation», des tablettes de forme carrée, jaunes ou rouges. Un nouvel aliment vient d'être lancé, le soylent green *, beaucoup plus nutritif, prétendument à base de plancton. Dispendieux, il est disponible uniquement le mardi : ce jour-là, les émeutes de citoyens affamés ne sont pas rares et sont sévèrement réprimées. Sol Roth, un vieil érudit qui vit dans un appartement minable, peste contre l'état du monde et a la nostalgie du passé tandis que son ami et colocataire Robert Thorn, un enquêteur policier, se contente des seules choses qu'il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle. Un jour, Roth décide alors d'aller au Foyer, endroit où l'on se fait euthanasier. Thorn arrive trop tard pour l'en empêcher mais réussit à assister aux dernières minutes de son ami : sur un immense écran, il voit défiler, en écoutant un extrait du 1er mouvement de la Sixième symphonie de Beethoven (la Pastorale), les images de ce qu'était la Terre autrefois, des paysages magnifiques, la vie sauvage, la beauté de la nature. https://fr.wikipedia.org/wiki/Soleil_vert  

* Appelé «Soylent steak» dans le livre de Harrison, et fabriqué à partir des cadavres des humains euthanasiés. Monsanto serait bien capable de nous concocter ça...

6 janvier 2016

Refus de rendre les armes

Dans le documentaire «L’Amérique ne veut pas rendre les armes», le président de l’association Gun Owners of America dit : «limiter la possession et le port d’armes à feu est une atteinte à l’identité américaine». IDENTITÉ? Wow.

Un promoteur a un jour lancé : «les armes à feu ne tuent pas les gens, ce sont les gens qui tuent les gens». Autrement dit, les fusils et les revolvers sont des objets totalement inoffensifs. Bien sûr, tant que personne n’y touche. Quelle subtile découverte!

Donc, si ce ne sont pas les fusils qui tuent les gens...
Alors, ce ne sont pas les crayons qui font des fautes
Ni les autos qui roulent en état d’ébriété
Ni les fourchettes qui prennent du poids
Etc.

Quelle charmante famille, si chaleureuse et accueillante... on a envie de les connaître :


Photo: Tim & Eric on Gun Culture

About the set-up (Emily Royal –Tim Heidecker – Eric Wareheim)  
Eric: You probably know there's a massive gun-violence problem in the US.
Emily: Yes, we've heard.
Eric: A lot of kids with guns. I've had some personal experience of kids with guns and we'd been looking at these pictures of kids in Middle America that have family portraits, Christmas portraits, school portraits, with these guns. And I wanted to do that, like, "Tim and Eric are these two strange dads teaching their kids how to use guns."
Emily: What did you have to deal with in terms of the parents? Did you have to explain what would be happening?
Eric: Same with our TV shows: you get there and you talk to the parents and the kids at the same time saying, "This is for comedy, but our version of comedy is very serious." So once we get into the characters and the guns we're all laughing for about five minutes and then you kind of calm down and get serious and that's when you get the shot.
Emily: So was the house real?
Tim: Yes, the house was real; I think the photographers found it. This guy was a hoarder, almost.
Eric: It was a little bit art-directed once we got there – the blue-collar vibe.

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Excellent résumé de la controverse ci-après. Néanmoins, je suis persuadée que beaucoup d’Américains sont encore capables de réfléchir et d’exercer leur libre-arbitre à bon escient. On les entend peu parce la brigade pro-armes est omniprésente et bruyante. Mais comme disait Mark Twain «le bruit ne prouve rien; parfois une poule qui vient de pondre un œuf caquette comme si elle avait pondu un astéroïde». Je veux croire à la sagesse des silencieux – pas ceux qu’on installe sur les armes à feu...!


Pourquoi la NRA gagne la guerre
Elspeth Reeve / 14 décembre 2012

http://www.thewire.com/national/2012/12/nra-guns-2012/60008/

[Extraits]

La National Rifle Association a pu maintenir sa réputation d’organisation respectable en défendant le droit de posséder des armes comme moyen de prévenir le crime - un moyen pour avoir une société moins violente. C'est le génie derrière son petit slogan «les armes à feu ne tuent pas les gens, ce sont les gens qui tuent les gens». Mais, dans la foulée d'une année remplie d’actes de violence par armes à feu, il est important de se rappeler qu’en réalité la NRA n’a pas cessé de plaider pour une société plus violente, une société où il y a de plus en plus de scénarios où tuer des gens est sans conséquences. Et les lois préférées de la NRA sont adoptées. La NRA gagne.

La NRA n’a pas seulement poussé pour empêcher l’interdiction des armes très efficaces pour tuer un grand nombre de personnes en quelques minutes [...], elle a poussé pour faire voter des lois permettant aux gens de porter une arme au travail dans 17 états. Elle a poussé sur la campagne «Tenez bon» et fait voter des lois qui encouragent l'utilisation de ces armes dans plus de 20 états. Ces lois élargissent le principe du «château fort» qui autrefois permettait aux gens craignant pour leurs vies d'utiliser une arme pour se défendre dans leurs domiciles (mais pas à l’extérieur), ou de tirer sans préavis sur quelqu'un qui tentait de pénétrer dans leurs domiciles. [...]

... «Le but ultime est peut-être bon, mais en pratique, cela permet aux gens de tirer d'abord et de dire plus tard qu'ils avaient une justification. C’est quasiment une passe gratuite pour tirer.» (David Frankel, ancien procureur du comté de Broward)
[...]

Tandis que la NRA gagne ses batailles juridiques, les lois autorisant plus d'armes dans les lieux publics continuent de se répandre, souvent pour des raisons qui défient toute logique. Par exemple, le raisonnement du sénateur démocrate de l'état d'Alabama, Bedford Roger, qui explique pourquoi il a présenté un projet de loi qui permettrait aux gens de garder leurs armes à feu dans leurs voitures dans le parking de leur lieu de travail : «Cela offre une sécurité et une protection aux travailleurs qui voyagent souvent de 30 à 80 km pour aller travailler.» Qu'est-ce que cela signifie? S'il y a une fusillade en milieu de travail, les gens doivent-ils avoir leurs armes à feu dans le stationnement pour transformer la situation en vrai massacre? Ou veut-il simplement dire que les gens devraient pourvoir tirer et tuer tandis qu’ils roulent sur l’autoroute en se rendant au travail?
[...]

... La peur vis-à-vis de la NRA est tellement ancrée dans la politique américaine que le groupe n'a même plus à punir les partisans en faveur du contrôle des armes à feu. Ce n'est pas de bon augure pour la majorité rationnelle même pas si discrète que ça.

5 janvier 2016

Les animaux ne sont plus des meubles


Je n’ose même pas imaginer l’épouvante des chevaux – on sait qu’ils éprouvent une peur incontrôlable des flammes : «Les flammes ont détruit une écurie à Puslinch, à l'est de Cambridge (Ontario), dans la nuit de lundi à mardi, tuant une quarantaine de chevaux de course. Les propriétaires de l'écurie Classy Lane Stables Training Centre sont en voyage en Floride et tentent de rentrer au pays dès que possible. Selon eux, au moins 43 chevaux ont perdu la vie. Aucun des animaux n'a survécu. La valeur des dommages n'a pas été chiffrée pour l'instant. Des pompiers de cinq services différents, incluant ceux de Guelph et de Hamilton, ont combattu l'incendie, qui a éclaté vers 23 h, lundi.» (ICI Radio-Canada Info) 
   Les proprios vont sûrement regretter les pertes de revenus. Il y aurait plus de 200 chevaux sur le site.

L’industrie très lucrative d'élevage de chevaux de course compte parmi nos coutumes barbares similaires à celles de la Rome décadente. On pousse constamment les chevaux à bout jusqu’à l’épuisement éventuel complet; ensuite, ils finissent généralement à l’abattoir en nourriture pour les chiens et les humains – à ma connaissance il n'existe aucun plan de survie lorsqu'ils ne sont plus rentables pour les courses. Chaque année, des dizaines de milliers de poulains sont produits pour l'industrie des courses et des centaines de pur-sang sont vendus à des écuries. Les chevaux de course sont exploités comme des marchandises.
http://www.peta.org/


Move ton châr Ben Hur! (Chuckwagon crash)

J’étais si engluée dans le pétrole récemment, que j’ai omis de parler de l’adoption de la Loi 54 sur le statut juridique des animaux. Dommage qu’elle ne soit pas adoptée à la grandeur du pays, et même de la planète. Mais cette initiative est encourageante, on progresse, en effet. Si Frédéric Back n’était pas décédé, il se réjouirait sans commune mesure, lui qui a tant milité pour les droits des animaux, notamment avec la SQDA :
http://www.fredericback.com/artiste/position/proteger-animaux/media_la-sqda_SS_4.fr.shtml

«La protection de l’animal c’est au fond le même combat que la protection de l’homme.» ~ Marguerite Yourcenar

Situation juridique de l’animal

L’animal n’est plus un «bien meuble»

À la suite de l’adoption de la Loi visant l’amélioration de la situation juridique des animaux, le Code civil du Québec a été modifié. Désormais, les animaux sont considérés légalement comme des êtres doués de sensibilité ayant des impératifs biologiques.

La nouvelle loi vise un grand nombre d’espèces animales, à savoir :
- les animaux domestiques tels que le chat, le chien, le lapin, le bœuf, le cheval, le porc, le mouton, la chèvre, la poule et leurs hybrides
- le renard roux et le vison d’Amérique gardés en captivité à des fins d’élevage en vue du commerce de la fourrure.

D’autres espèces d’animaux ou de poissons pourront être désignées par règlement. En ce qui concerne les animaux sauvages qui sont des animaux de compagnie, les inspecteurs du MPAQ vont désormais pouvoir veiller à l’application des règles de bien-être animal. Un animal de compagnie est un animal domestique ou sauvage qui vit auprès de l’humain en tant que compagnon et à des fins d’agrément.

Des amendes plus élevées, des peines plus sévères

La Loi visant l’amélioration de la situation juridique des animaux interdit :
- à quiconque de causer de la détresse à un animal
- l’abandon d’un animal
- les combats d’animaux ainsi que la possession d’équipement de combat.

Également, la Loi :
- exige des permis pour les exploitants d’animaleries et pour toute autre personne qui offre à la vente un animal, pour les éleveurs de renards roux ou de visions d’Amérique, ainsi que pour les propriétaires ou les gardiens de 15 équidés ou plus (cheval, âne, mulet, cheval miniature ou âne miniature)
- oblige les médecins vétérinaires et les agronomes à dénoncer tout cas d’abus ou de négligence envers un animal
- accorde l’immunité à toute personne qui, de bonne foi, rapporterait des cas d’abus ou de mauvais traitements envers un animal
- prévoit des amendes jusqu’à 250 000 $ pour une première offense
- prévoit des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 18 mois pour les cas de récidive
- prévoit le pouvoir d’adopter par règlement des normes et des codes de pratiques à l’égard des animaux
- permet à La Financière agricole du Québec ainsi qu’au MAPAQ de tenir compte des prescriptions de cette loi au moment de l’attribution des aides financières. En effet, la conformité d’un exploitant agricole avec la nouvelle loi sera dorénavant une condition du versement d’une aide financière.

Afin d’endiguer les comportements inacceptables, des mesures particulières sur le bien-être et la sécurité de l’animal ont aussi été adoptées.

http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Productions/santeanimale/securitebea/Pages/situationjuridiqueanimal.aspx

http://acracq.com/MemoiresLoi54/dl.pdf

~~~

L’«inhumanité» de l’homme envers les humains n’est surpassée que par son inhumanité envers les animaux. Elle est excusée et même approuvée par plusieurs et fondée sur l’idée que «les animaux sont différents», c’est-à-dire le spécisme. Et le spécisme se situe au niveau du racisme et du sexisme. 
   La majorité des gens se disent contre le racisme, soit traiter différemment les gens en raison de leur race; ou contre le sexisme, soit discriminer les gens en raison de leur sexe. Alors, quelle excuse morale peut-il y avoir pour traiter des groupes d’êtres vivants avec rudesse, indifférence et même cruauté parce qu’ils appartiennent à des espèces différentes? 
   (...) C’est seulement lorsque les humains perçoivent les autres animaux comme des êtres vivants dignes de respect, qu’ils commencent à changer leur attitude, et conséquemment, leurs comportements envers eux. 
   La pensée humaine semble avoir atteint un niveau de polarisation considérable. D’un côté, il y a ceux qui voient les animaux comme des «personnes» dans le sens où ils sont dotés de personnalités individuelles et capables de ressentir et de souffrir tout comme nous, de sorte qu’ils ont certains droits de base. De l’autre côté, il y a ceux qui ont l’impression que la supériorité cérébrale et la connaissance technologique  de l’homme l’élève bien au-dessus des autres espèces de ce monde, c’est-à-dire à un niveau différent, non seulement de pensée mais de sentiment aussi. 
   Plusieurs personnes de cette dernière catégorie se sont persuadées qu’étant donné que les animaux ne pensent pas comme nous, ils n’ont pas la capacité d’éprouver des sentiments ni de ressentir de la souffrance émotionnelle. «Mais les animaux ne ressentent pas les choses comme nous!» disent-ils avec une froide suffisance qui excuse tout. Comment le savent-ils? 
   Je sais que ma chienne Cindy déteste les injections, et elle démontre autant, sinon plus, d’anticipation horrifiée que moi devant l’aiguille. Elle semble aussi ressentir la même douleur à la piqûre que moi. (...)
   Le développement intellectuel, ou son absence, n’a rien à voir avec la capacité de souffrir physiquement. Sinon, pour être logique, il faudrait considérer que les bébés et les handicapés intellectuels sont incapables d’éprouver de la souffrance. 
   Les animaux, tant mieux pour eux, ne semblent pas avoir la même capacité d’anticipation que nous – c’est-à-dire qu’ils ne pensent pas à leur prochaine visite chez le vétérinaire comme nous pensons à notre prochain rendez-vous chez le dentiste. Mais selon toute probabilité, un animal pourrait ressentir la même chose que nous s’il était témoin de tortures infligées à d’autres. Par exemple, le fait que Cindy panique de peur en voyant le vet préparer une seringue en est une preuve. 
   Aucun animal ne présente des indices que sa mémoire serait plus courte que la nôtre. En fait, après plusieurs années, ils montrent des signes de peur et d’appréhension s’ils sont confrontés à une personne, une action ou un ensemble de circonstances, qui éveille le souvenir aigu d’une expérience douloureuse passée.
   Quand j’achetais des chevaux, je pouvais deviner avec pas mal de précision quelques-unes des choses qui leur étaient arrivées chez leurs anciens propriétaires. 
   Le cheval qui détourne constamment la tête (head-shy) quand on l’approche le fait habituellement pace qu’il a été frappé à la tête. Celui qui garde la queue serrée entre ses pattes ou menace de kicker quand vous marchez derrière lui a reçu de brutales raclées. Et l’on peut dire sans se tromper que si un âne ne peut supporter qu’on lui touche les oreilles c’est qu’on l’a probablement tiré par les oreilles, des appendices extrêmement sensibles. 
   Cela fait maintenant cinq and que Cindy vit dans un foyer aimant où elle ne connaît rien d’autre que la tendresse. Mais elle bondit et s’éloigne rapidement si un membre de la famille assis près d’elle bouge soudainement le pied. Il n’est pas très difficile de deviner qu’elle a reçu des coups de pied pendant les huit mois précédant l’adoption. 
   Plus nous connaissons les animaux, plus nous les comprenons. Et plus nous tenons compte des aspects inhérents de la vie et des sentiments, plus nous réalisons qu’il y a peu de différences, voire pas du tout, entre eux et nous. Ce qui rend l’excuse «Mais les animaux ne ressentent pas les choses comme nous!» totalement inacceptable, et le spécisme encore plus; c’est un mot inventé par des fanatiques. (...) 
   Nous devons, en tant qu’humains, reconnaître les similitudes entre les animaux et nous, et cesser de mettre l’emphase sur les différences. Tant que nous refuseront d’admettre que tous les êtres, humains et animaux, font partie d’un formidable et fantastique ensemble qu’on appelle la vie, alors le spécisme, le racisme et le sexisme continueront, et les humains continueront d’exploiter les autres espèces. 
   Presque tous les actes cruels commis par les gens envers les animaux, des petits actes individuels aux pires actes barbares comme la vivisection, sont la conséquence directe de notre refus de voir et d’accepter le fait que les animaux éprouvent des émotions et des souffrances. 
   Les arguments d’aujourd’hui pour justifier notre façon de traiter les animaux sont les mêmes qui servaient autrefois d’excuse à l’esclavage et à la violente exploitation des travailleurs («les noirs primitifs ne ressentent pas comme les blancs!»). «Les classes inférieures ne souffrent pas comme nous», affirmaient les classes supérieures et moyennes des siècles derniers. (...) 
   Dans l’hypothèse que la cruauté engendre la cruauté, tout comme l’amour engendre l’amour, privilégier l’amour, la compassion et la compréhension envers les autres espèces serait un bénéfice pour eux et pour nous.

Ann Walker
Talk with the Animals
Thomas Nelson Australia; 1983 (Out of print)
http://www.annwalkerbooks.com/aboutann.html

Un divertissement! Agrandissez la photo et observez le regard des chevaux : croyez-vous qu’ils ne ressentent rien?



Dans la même veine :
http://situationplanetaire.blogspot.fr/2010/12/au-moins-par-pitie.html

Aussi : libellés Zoofriendly et Végétarisme

2 janvier 2016

Plus de joie. Plus de liberté.



Apprécier (aimer) sans vouloir posséder : plus de joie, plus de liberté.

Pour être heureux avec quelqu’un, il faut apprendre à être heureux seul.
Ainsi, fréquenter sera un choix, non pas une nécessité. 

Se libérer du connu
Krishnamurti
Stock+Plus, 1970

Chapitre 4, p. 43-48

La poursuite du plaisir. Le désir. La perversion de la pensée. La mémoire. La joie.

... Nous sommes engagés à la poursuite du plaisir, sous une forme ou l’autre, intellectuelle, sensuelle, culturelle; nous avons le plaisir de réformer, de donner des conseils, de corriger, de faire du bien; celui de l’érudition, des jouissances physiques; celui d’acquérir de l’expérience, une plus grande compréhension de la vie, et celui de toutes les ruses, des artifices de l’esprit, le plaisir ultime étant, bien sûr, celui de connaître Dieu. 
   Le plaisir est la structure même de la société. Depuis l’enfance jusqu’à la mort, en secret avec ruse, ou ouvertement, nous sommes à sa poursuite. Donc, quelle que soit notre forme de plaisir, je pense qu’il nous faut être très clairs à son sujet, car elle guidera et façonnera toute notre existence. Il est important que chacun explore de très près, avec hésitation et délicatement, cette question, car trouver son plaisir et ensuite l’alimenter est une exigence fondamentale de la vie, sans laquelle l’existence deviendrait morne, stupide, solitaire et n’aurait pas de sens. 
   Vous pouvez alors vous demander pourquoi la vie ne devrait pas être guidée par le plaisir. Pour la simple raison que le plaisir engendre nécessairement de la douleur, des frustrations, la peur, et celle-ci la violence. Si c’est ainsi que vous voulez vivre, vivez ainsi, puisque d’ailleurs presque tout le monde le fait, mais si vous voulez vous affranchir de la douleur, il vous faut comprendre toute la structure du plaisir. 
   Comprendre le plaisir, ce n’est pas y renoncer. Nous ne le condamnons pas, nous ne disons pas que c’est bien ou mal de le poursuivre; mais faites-le, du moins, les yeux ouverts, en sachant que sa recherche constante trouve toujours son ombre : la douleur. Plaisir et douleur ne peuvent être séparés, bien que nous courions après l’un et essayons d’éviter l’autre. 
   Demandons-nous pourquoi le plaisir est un besoin. Pourquoi accomplissons-nous des actes nobles et ignobles, poussés par ce besoin? Pourquoi ces sacrifices et ces souffrances sur le fil ténu du plaisir? Qu’est-il et comment naît-il? Je me demande combien parmi vous se sont posé ces questions en allant jusqu’au bout des réponses. 
   Le plaisir prend forme en quatre étapes : perception, sensation, contact, désir. Je vois, par exemple, une belle voiture; j’en ai la sensation, puis, en la regardant, se produit en moi une réaction; je touche ou je m’imagine toucher la voiture; ensuite vient le désir de la posséder et de me montrer en train de la conduire. Ou encore, je vois un beau nuage, une montagne claire se détachant sur le ciel, une feuille que le printemps vient de faire surgir, une vallée resplendissante, un superbe coucher de soleil, ou le visage, intelligent, vivant d’une personne. Je vois ces choses avec une joie intense et pendant que j’observe, il n’y a pas d’observateur, mais une beauté telle que l’amour. Pendant un instant, je suis absent, moi et mes problèmes, mes angoisses, mes tracas : il n’y a que cette merveille. Je peux la voir avec joie et l’instant suivant l’oublier; mais si la pensée et l’émotion interviennent, le problème commence; je me remémore ce que j’ai vu, je pense à cette beauté, je me suis dis que je voudrais la revoir de nombreuses fois. La pensée se met à comparer, à juger, à vouloir un lendemain : la continuité d’une expérience qui a donné une seconde de plaisir est alimentée par la pensée. 
   Il en va de même du désir sexuel et de toute autre forme de désir. Il n’y a rien de mal à désirer. Toute réaction est parfaitement normale. Si vous me piquez avec une épingle, je réagis, sauf si je suis insensible. Mais dans certains cas, la pensée intervient pour ruminer une réaction. Elle la transforme ainsi en plaisir. Elle veut répéter l’expérience, et plus on la répète, plus elle devient mécanique. Plus on y pense, plus on confère de l’énergie au plaisir. La pensée crée et alimente le plaisir au moyen du désir : elle lui donne une continuité, de sorte que la réaction naturelle qui consiste à désirer un bel objet est pervertie par la pensée. La pensée transforme le désir en mémoire et la mémoire est alimentée parce qu’on y revient maintes fois par la pensée. 
   La mémoire a, bien sûr, sa place à un certain niveau. Dans notre vie quotidienne, nous ne pourrions pas exister sans elle. Il la faut efficace dans son propre champ, mais il existe un état d’esprit où la mémoire occupe fort peu de place. L’esprit que ne mutile pas la mémoire est véritablement libre. 

   Avez-vous jamais remarqué que lorsqu’on réagit, lorsqu’on répond à quelque chose totalement, de tout son cœur, très peu de mémoire s’y attache? Ce n’est que lorsqu’on ne répond pas de tout son être à une provocation que se produit un conflit, une lutte, qui créent de la confusion, du plaisir, ou de la douleur. Cette lutte engendre une mémoire, tout le temps, à laquelle s’ajoutent  d’autres, et ce sont elles qui répondent aux événements. Tout ce qui résulte de la mémoire est vieux, et par conséquent n’est jamais libre. La liberté de pensée n’existe pas. C’est une sottise que de le croire. 
   La pensée n’est jamais neuve, car elle est une réaction de la mémoire, de l’expérience, du savoir. Parce qu’elle est vieille, elle vieillit l’objet que vous avez regardé avec délectation et que vous aves, dans l’instant, senti profondément. Et c’est ce qui est vieux qui donne du plaisir, jamais ce qui est neuf, car, dans le neuf, le temps n’existe pas. 
   Donc si vous pouvez considérer chaque chose sans permettre au plaisir d’intervenir : un visage, un oiseau, la couleur d’un sari, la beauté d’une nappe d’eau brillante de soleil, ou tout autre objet délectable; si vous pouvez la regarder sans vouloir que l’expérience se répète, aucune douleur, aucune crainte n’interviendront, et il se produira une joie immense. 
   C’est la lutte en vue de répéter et de perpétuer le plaisir qui devient de la souffrance. Observez cela en vous. Vouloir cette répétition c’est inviter la douleur, car l’expérience d’hier, répétée, n’est plus la même. On fait de grands efforts pour retrouver non seulement le même plaisir et le même sens esthétique, mais aussi la même qualité interne de l’esprit, et on est blessé et déçu car elle vous est refusée. 

   Avez-vous observé ce qui vous arrive lorsqu’un petit plaisir vous est refusé? Lorsqu’on n’obtient pas ce que l’on veut, on devient anxieux, envieux, on se prend à haïr. Avez-vous remarqué que lorsque vous sont refusés vos plaisirs – boisson, tabac, sexe ou autre chose –, avez-vous observé les batailles qui se livrent en vous? Et tous ces conflits sont des aspects de la peur, n’est-ce pas? Vous avez peur de ne pas trouver ce que vous cherchez ou de perdre ce que vous avez. Lorsque telle ou telle foi ou idéologie, dont vous avez été tributaires pendant des années, chancelle ou vous est arrachée par une logique ou par les circonstances, n’avez-vous pas peur de vous retrouver seuls, sans secours? Cette croyance, pendant des années, vous a procuré de la satisfaction et du plaisir. Lorsqu’elle vous est retirée, vous demeurez égarés et vides, et la peur s’installe en vous jusqu’à ce que vous trouviez une autre forme de plaisir, une autre croyance. 
   Tout cela me semble très simple et parce que c’est si simple nous refusons de voir sa simplicité. Nous aimons tout compliquer. Si votre femme vous délaisse, n’êtes-vous pas jaloux? N’êtes-vous pas en colère? Ne haïssez-vous pas l’homme qui l’a attirée? Et qu’est tout cela si ce n’est la peur de perdre ce qui vous a procuré beaucoup de plaisir, une vie en commun, une sorte de sécurité dans la possession? 
   Donc si vous comprenez que la recherche du plaisir est toujours accompagnée de souffrance, et si vous voulez vivre ainsi, du moins faites-le en connaissance de cause. Mais si, par contre, vous voulez mettre fin au plaisir, ce qui veut dire mettre fin aussi à la douleur, il vous faut être attentifs à toute la structure du plaisir. Il ne s’agit pas de l’expulser à la façon de ces moines et sannyasis qui s’interdisent de regarder les femmes, pensant que ce serait un péché, et qui, de ce fait, détruisent la vitalité de leur entendement, mais de comprendre tout son sens et sa signification. Alors vivre sera pour vous une joie immense. On ne peut penser à la joie : c’est une chose immédiate. En y pensant, on la transforme en plaisir. La vie dans le présent est la perception immédiate de la beauté et la délectation qu’elle comporte, sans la recherche du plaisir qu’elle pourrait procurer.



Santa : Ho, ho,ho.
Kid : De quoi te réjouis-tu?
Pourquoi ne donnes-tu pas aux enfants ce qu'ils veulent vraiment?
Un environnement propre, une bonne éducation...
Et un avenir économique prometteur.
Santa : Quelle quantité de charbon nous reste-t-il?