18 décembre 2011

Le hasard 2

Derrière les masques ou les marionnettes...

Les bases fondamentales du jeu de la Vie

Je pourrais faire un livre basé uniquement sur le physique, le mental ou le moral, et même sur les trois ensemble. On en a rédigé des centaines au cours de ces dernières années, surtout en Amérique, et nul ne songe à nier leur bienfaisante action.

Faillite des systèmes mentaux

Mais ces systèmes ou ces philosophies ont le tort de séparer le spirituel du matériel, oubliant que l’homme est à cheval sur deux états de vie et qu’on n’a rien fait pour son corps tant qu’on ne s’est occupé que de son âme et qu’on n’a rien fait pour son âme tant qu’on ne s’est occupé que de son corps.

C’est vous dire que mon intention n’est pas d’ajouter deux pages de plus à l’hygiène, aux respirations, aux sports, à l’alimentation, à l’autosuggestion et autres divisions logiques. J’entends que vous trouviez ici autre chose de plus original et de plus sûr. D’autant que si vous avez, comme moi, pratiqué les divers professeurs de l’art de vivre, vous avez constaté que leur enseignement – excellent dans la vie normale et les circonstances ordinaires – est parfaitement inefficace dans les grandes détresses et les grands périls. Or ce qu’il faut à l’homme, c’est se délivrer de sa peur congénitale et acquise. Et il n’existe qu’un procédé pour ce faire, c’est celui qui m’a toujours réussi. Depuis que je l’indique comme il me fut à moi-même indiqué, toute crainte durable à disparu de ma vie comme celle de mon entourage. Je puis faire un plongeon sous la vague, mais je reviens toujours dessus.

Comment se soustraire aux sentiments d’impuissance et d’isolement

Deux choses contribuent essentiellement à alimenter la peur que vous éprouvez ainsi que tous les hommes, en présence des autres hommes, des animaux, des événements, de la pauvreté, des phénomènes de la nature, des maladies, des accidents, du mystère, de la mort.

- La première est le sentiment de votre impuissance personnelle dans l’univers.
- La seconde est le sentiment de votre isolement dans le vaste monde.
Ces deux raisons suffisent à elles seules à créer le complexe d’infériorité.

Si hardi ou téméraire que vous soyez, vous savez très bien qu’il est des forces naturelles ou sociales tellement puissantes qu’en cas de conflit brutal avec elles vous seriez nécessairement brisé. Il vous faut donc ou vous résigner à subir ces forces sans les discuter, ou composer avec elles. Dès maintenant, je vous dis qu’il existe une manière de faire alliance avec les Forces supérieures et cette alliance vous fait passer automatiquement de l’esclavage à la coopération.

En outre, le sentiment d’impuissance est dû au fait que vous vous méprenez sur votre nature véritable et que vous n’engagez la grande partie de la Vie qu’avec une fraction – et la plus faible – de vos moyens.

D’autre part, aussitôt que vous avez quitté vos parents, tuteurs naturels, ou que ceux-ci vous ont quitté, vous éprouvez une impression d’isolement et de nudité sociale. Je me rappelle avoir connu ce malaise le jour où, ayant passé l’examen du permis de conduire, sans avoir jusque-là cessé d’avoir un moniteur à mes côtés, celui-ci m’abandonna en plein Paris au volant de ma voiture. Il me sembla que je ne reviendrais jamais au garage par mes seuls moyens.

À plus forte raison si vous êtes orphelin, pupille de l’Assistance publique, ou enfant moralement abandonné, connaissez-vous depuis longtemps l’étendue de votre isolement parmi les hommes et dans l’édifice social.

Quel est le secret des hommes forts?

Considérant à quel point votre corps est friable et naturellement exposé aux mille dangers qui le menacent, confirmé dans cette opinion par les recommandations familiales et les préceptes traditionnels, vous appréhendez sans cesse pour votre intégrité physique et recourez à la moindre alerte aux hygiénistes et aux médecins. Mais ceux-ci ne sont pas plus assurés que vous et paient tribut à la peur encore plus que les hommes ordinaires.

Les chefs que vous admirez pour leur attitude publique sont souvent de pauvres gens dans l’intimité. Tel foudre de guerre, qui transporte des bombes au-dessus des populations innocentes, tremble d’effroi devant la maladie ou les fantômes qu’engendre son cerveau. Pas un grand conducteur d’hommes n’a usurpé l’autorité suprême sans être isolé parmi ses fidèles eux-mêmes et sans gémir en secret d’être seul.

Est-il surprenant, dès lors, qu’au milieu de cet effroyable déterminisme vous assigniez un rôle médiocre à votre infime personnalité?

N’en doutez pas. Voilà qui explique les doctrines et les philosophies de négation assisses sur cette hypothèse étroite : «Il n’existe de l’homme que ce que l’homme voit.» Théorie aveugle et aussi ancienne que l’homme lui-même et qui a davantage fait pour empoisonner sa vie que tous les périls matériels réunis. Conception ignorante aussi et conjecture sans issue, grâce à quoi tant d’hommes ont refusé de poursuivre leur expérience vitale jusqu’au bout.

L’humanité semble un troupeau découragé. D’une part son intelligence est assez grande pour comprendre sa propre tragédie et, d’autre part, cette intelligence est trop faible pour qu’elle puisse se transfigurer.

Et cependant, on trouve ça et là des hommes résolus, au-dedans comme au-dehors d’eux-mêmes, que la crainte ni la peur n’atteignent et qui semblent vivre sous d’autres lois. Rien de ce qui submerge le commun des mortels ne leur vient à la cheville. Sans distinction de condition sociale ni de latitude, ils sont véritablement maîtres d’eux-mêmes et ce qui paralyse autrui les laisse clairvoyants et forts.

Pourquoi? Où ces hommes puisent-ils leur résolution, leur clairvoyance et leur force? Qu’ont-ils de plus que les autres? De quelle matière spéciale sont-ils faits?

Les «au-delà» de vous-même

L’être humain, bien loin d’être borné à son corps visible, s’étend considérablement dans l’invisible. Même matériellement, il existe une grande et agissante partie de lui qui ne peut être explorée par vos cinq sens. Nul esprit éclairé ne conteste plus aujourd’hui les prolongements fluidiques et magnétiques de l’homme. Chacun de nous est entouré d’une zone humaine invisible, inaudible, impalpable et inodore qui se déplace avec lui. L’étendue de cette zone extrasensorielle varie avec chaque individu et selon sa faculté de rayonnement qui peut être grande ou petite.

Vous-même n’êtes pas sans avoir perçu, par d’autres moyens que par vos sens, ce domaine d’autrui qui se mêle au vôtre, sous forme de sympathie ou d’antipathie, d’euphorie ou de malaise, de chaud ou de froid.

Eh bien! dites-vous que l’homme ne s’arrête même pas à ces prolongements subtils de la matière et qu’il s’agrandit et se continue dans les territoires encore plus subtils de l’Esprit. Y a-t-il une ligne de démarcation dans cette invisibilité? Je ne le crois pas ou, du moins, cela échappe à notre connaissance. Mais, ce qui est certain, c’est que les échelons mortels de l’homme nous amènent, de degré en degré, au voisinage de l’immortalité.

Est-ce à dire que nous pourrions être immortels? N’en doutez pas car vous l’êtes. Non pas au moyen de votre partie physique, dont on sait la désorganisation cellulaire dans le tombeau, mais au moyen de la partie invisible et la plus spirituelle de vous-même qui ne comporte pas d’atome et que les vicissitudes nucléaires n’affectent point.

Cet état pur de l’humain a été présenté de tous les temps sous le nom d’âme, de souffle. Psyché n’est autre que l’esprit pur. Mais cette conception a été tellement adultérée par les philosophies et les théologies qu’un grand désarroi s’est manifesté dans la conscience humaine, jusqu’au jour où la pensée, guérissant comme l’épée antique les blessures qu’elle avait faites, aveugla la voie d’eau du scepticisme dans les bordages de la Foi.

Quand j’ai écrit en collaboration et sous la poussée de l’Esprit, La Clé, suivie bientôt de mes autres livres, j’avais pour but essentiel de montrer clairement à chaque homme son propre chemin en lui.

Le Je immortel et le Moi mortel

De là naquit la proposition du Je, ou partie immortelle de l’homme, opposée au Moi, sa partie de mortalité. Dès lors, il apparaissait que l’inégalité des conditions, véritable problème social des créatures humaines, n’affecte en rien votre individualité (le Je) mais uniquement votre personnalité (le Moi).

C’est ce qui explique que, personnellement, vous pouvez être roi, forgeron, grande dame, balayeuse, milliardaire ou mendiant car vos Moi apparents sont différents. Et cependant votre construction intérieure est identique et il y a similitude absolue entre la réalité de vos Je.

Si vous réfléchissez un instant à l’égalisation complète qui résulte de la mort, du point de vue de la personnalité et de l’apparence, vous ne manquerez pas de reconnaître tout ce que le Moi a de précaire, de provisoire, d’inexistant. C’est cependant avec ce décor visible que votre existence terrestre doit être vécue. Tenons-en donc un compte exact, mais sans exagérer son crédit.

Qui que vous soyez et dans quelque condition que le sort charnel vous ait fait naître, vous avez en vous l’étincelle divine parfaitement égale à celle de tous. Votre rôle est de faire évoluer votre personnalité de telle manière qu’elle cesse de masquer votre individualité, car le dégagement de votre Je est le thème essentiel de votre vie. Plus votre personnalité sera puissante, donc égoïste, plus votre individualité désintéressée sera impuissante à sortir de son écorce de matérialité.

Dans le territoire du Je, l’inégalité humaine n’existe pas.

Le Je est la carte maîtresse du jeu

Mais, dès votre naissance, votre lot immortel est égal à tous les autres lots. Votre Moi peut se trouver dans une triste condition; votre Je n’a rien de supérieur au Je d’un autre homme. Égaux donc vous serez à l’arrivée, égaux donc vous êtes au départ.

Or non seulement le fait d’avoir un Moi défavorisé, c’est-à-dire inférieur en apparence au Moi de certains autres (sous le rapport des biens, de l’intelligence, de la beauté, de la santé, etc.) non seulement, dis-je, cette infériorité apparente ne diminue pas vos chances, mais encore elle les accroît. Cela ne vous semble pas d’abord évident parce que vous êtes un myope de la vie. Mais quand vous aurez pratiqué le jeu un certain temps, tout cela s’éclairera pour vous.

(…) Le jeu consiste à utiliser le Je dans la partie merveilleuse de la Vie car le Je est réellement la carte maîtresse du jeu.

(…) La pensée humaine n’accède au territoire de l’Esprit qu’après décantation du mental. La manière de raisonner puis d’agir ne participe en rien de la pure logique, telle du moins que le cerveau étroit des hommes la conçoit. Il est donc indispensable que, la première période d’étonnement passée, vous admettiez l’invraisemblable comme vrai et le vrai comme invraisemblable. Car vous êtes présentement victime d’une hallucination collective qui ne vous montre pas l’univers comme il est.

Vos possibilités sont sans limites

Pour résumer, je vous répète qu’il est au fond de vous une partie – la plus importante de vous-même – qui possède des pouvoirs étendus et traite à égalité avec les autres puissances des l’Univers. Vous êtes donc virtuellement puissant et doté de moyens d’action incroyables sur le monde et sur vous-même (1).

Mais vous n’en savez rien! Votre conception de vos moyens se borne à la constatation superficielle que font votre œil, votre oreille, votre nez, votre langue, votre main d’un domaine physique limité. Vous êtes, mais à une échelle infiniment supérieure, comparable au cheval inconscient de sa force et qui se laisse mener par un enfant. Là aussi, c’est l’esprit qui meut le corps. Et que pèse la masse charnelle auprès de lui?

Vos possibilités sont sans limites et n’avez d’elles qu’un concept extrêmement limité. Ce n’est ni la grosseur des muscles, ni la présence de gardes du palais, ni la possession d’un yacht, d’une forêt ou d’une usine, ni la beauté du visage, ni rien de ce qui pèse ou se voit, qui participe au gouvernement des choses cachées. Il y a de grands pauvres parmi les riches de ce monde et de grands démunis parmi les puissants du jour.

Le sens de la puissance est faussé chez les hommes de ce temps, car ils la mesurent avec une aune défectueuse. Si vous pouviez pénétrer, ne fut-ce qu’une journée, dans la conscience d’un «puissant» de ce monde, vous seriez effrayé de ce qui s’y trouve de faiblesse et de puérilité.

«Il n’y a pas, a-t-on dit, de grand homme pour son valet de chambre.» Il existe cependant des hommes réellement grands, mais ceux-là n’ont point de valet.

Georges Barbarin
LES CLÉS DE L’ABONDANCE
Le jeu passionnant de la vie

Suivent : Délivrez-vous de vos chaînes, Le Protecteur invisible, L’union avec le Divin, etc.

***
(1) Barbarin ne réfère jamais à ce pouvoir comme à une force servant à acquérir la prospérité sur le dos d’autrui, bien sûr…

Un livre très enrichissant… une invitation à brancher le petit moi sur plus grand que lui.

Résumé de quatrième :
La véritable abondance dont il est ici question n’est pas limitée à la vie superficielle, au monde purement matériel ou aux sensations factices. Ce n’est pas le règne de la «grande quantité», mais celui de la «grande qualité», celui de la véritable plénitude de l’être sur tous les plans :
- Biens matériels, bien sûr, mais seulement en suffisance et non en excès.
- Sentiments sincères et profonds d’amour, de joie, d’enthousiasme, de contentement…
- Paix et sérénité du cœur, de l’esprit et de l’âme.
- Qualités humaines développées : intelligence, courage, désintéressement, persévérance, initiative, altruisme…

L’abondance est partout et indépendante du monde matériel : on la porte en soi. Les moyens pour y accéder sont simples : ce sont essentiellement une ouverture d’esprit aux autres, au monde et au Créateur, une confiance sincère et inébranlable. La vie est un jeu passionnant dont vous devez apprendre les règles. La partie se joue non contre un adversaire, mais avec le grand Partenaire Invisible à l’origine de toutes choses. Cette union parfaite avec le Divin constitue le but de la partie dont l’enjeu n’est autre que votre épanouissement total, c’est-à-dire votre joie de vivre, votre satisfaction intérieure, votre abondance sur tous les plans.

***
Autres articles incluant des extraits de cet auteur :
http://situationplanetaire.blogspot.com/2011/02/la-peur-et-les-epidemies.html
http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/11/votre-sante.html
http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/08/lheure-des-exces.html
http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/11/illogisme.html
http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/12/dieux-personnels.html

16 décembre 2011

Le hasard 1

Une autre manière de concevoir le «hasard»…


La vie n’est pas un jeu de hasard

Effectivement la vie est un jeu de hasard et, sans doute, le plus hasardeux de tous quand on la pratique sans en connaître les lois profondes. Car, sachez-le bien, il n’y a pas de hasard.

Hasard est un mot destiné à expliquer ce que la logique humaine ne comprend pas et Dieu sait s’il existe de choses que la logique humaine ne peut comprendre. Cela explique pourquoi tout, dans la vie des hommes, fourmille littéralement de «hasards».

La science, fondée sur des expérimentations dont le point de départ est, le plus souvent, empirique, donc dû à un hasard, tire de ce qu’elle sait ou croit savoir des déductions qu’elle vérifie, jusqu’au moment où elle se heurte à l’inconnu, aussitôt qualifié par elle de «hasard». De sorte que la science humaine, investie de toutes parts par ce faux hasard que, faute de le saisir, elle repousse, se replie constamment sur elle-même par peur de ce qu’elle ne comprend pas.

Or le hasard n’existe nulle part. Il y a partout des lois ignorées ou mal démontrées qui régissent le monde et constituent le mécanisme secret de l’évolution. Nous, hommes, ne connaissons pas ces lois, mais des Puissances invisibles les régissent. Vous êtes présentement de simples pions dans le jeu de ces Puissances. Il dépend de vous de participer délibérément à la partie et de devenir des joueurs conscients.

Rares sont ceux qui savent jouer le jeu

Les doctrines «nouvelles» de nausée et de corruption, proposées par des hommes qui sont eux-mêmes des épaves spirituelles, ne peuvent qu’aggraver l’incompréhension et la misère des êtres visés par ces spécialistes du désespoir. Cela prouve que la majeure partie des hommes d’aujourd’hui, leaders et intellectuels en tête, ne comprennent pas le jeu.

On peut être un grand savant, un grand écrivain, un grand médecin, un grand philosophe, un grand industriel, un grand artiste, un grand commerçant, un grand agriculteur, un grand explorateur, un grand orateur, un grand pontife, un grand chef de parti, un grand ministre… et ne rien comprendre au jeu de la Vie. C’est même parce qu’ils ignorent le jeu invisible de la Vie que tant de personnages font faillite devant la postérité. Comment ces pauvres gens dirigeraient-ils la vie des autres quand il est de notoriété publique que la plupart ne savent pas diriger leur propre vie et sont à la remorque de leur famille, de leur dogme, de leur égoïsme et de leurs biens?

Ceux qu’on appelle les «grands hommes» n’ont été vraiment grands que si l’humanité a progressé grâce à eux, et s’ils ont progressé eux-mêmes non seulement d’esprit mais de cœur.

Se révolter contre les lois du monde ne sert à rien; il vaut mieux collaborer avec elles. Celui qui ne collabore ni avec lui-même, ni avec les autres êtres, ni avec les événements, ni avec les objets et les choses, ni avec la nature, ni avec l’Intelligence cachée que sous-entend l’univers, ne sera jamais qu’une poussière dans la tempête et qu’un fétu dans le torrent.

Cela n’est pas surprenant car, depuis que vous êtes tout petits et même depuis que vous êtes d’âge adulte, on vous a habitué à vivre dans la crainte des circonstances, de la nature, des bêtes, des hommes et de Dieu.

On vous a lancé dans la vie avec un complexe d’infériorité si touffu que vous ne vous en débarrasserez plus durant votre existence tout entière. Bien plus, à mesure que vous avancerez en âge, de nouveaux liens le fortifieront. À moins que vous n’appreniez les règles du jeu et, rejetant votre harnais d’impuissance, ne vous fabriquiez de toute pièce un complexe de supériorité.

Jouez toujours gagnant

Dès lors, nul besoin de vous suicider physiquement ou moralement, comme font tant de jeunes gens qui jettent le manche après la cognée faute d’avoir compris que tous ont leur place marquée dans le jeu, ni de vous expatrier (autre sorte de suicide partiel), car la partie peut se jouer en n’importe quel endroit du monde.

Le chemin de l’abondance n’est bouché nulle part, sauf pour ceux qui ont des œillères. Il existe partout un passage et un moyen d’accès. Ceux-ci ne vous conduisent peut-être pas exactement là où vous vouliez aller. Il arrivera même souvent qu’ils vous mèneront dans la direction opposée mais, quand vous saurez jouer le jeu de la Vie, vous n’en serez pas affecté.

Dans le jeu de l’oie, qui est une allégorisation plusieurs fois millénaire de l’existence humaine, vous êtes sans cesse arrêté, immobilisé et même rétrogradé. On vous jette dans le puits, on vous met en prison et, bien souvent, l’arrivée au but est subordonnée à l’une de ces misères apparentes qui sont l’apanage des joueurs. Mais vous savez quel est ce but parce que votre intelligence embrasse toutes les cases et que, sauf le hasard des dés, votre intelligence embrasse tout le jeu.

Lorsque vous posséderez le jeu de la Vie et saurez le conduire intelligemment en face du Partenaire inconnaissable, vous ne perdrez jamais de parties parce que, quoi qu’il arrive, vous jouerez toujours gagnant.

On dirige le hasard

C’est qu’en effet le hasard peut être dirigé. Et c’est là toute la clé du problème; quand on la possède, aucune serrure ne résiste. Mais des portes restent closes si on ne l’a point! Il peut vous sembler étrange que le hasard soit susceptible d’une direction. Ce serait vrai si le hasard était ce que tout le monde pense. Mais, précisément, nous disons que rien n’est aussi peu hasardeux que le hasard.

Croyez-moi. Ce que j’avance là n’est pas une simple affirmation, mais repose sur une expérience personnelle que d’autres ont pratiquée avant moi.

Ma vie est divisée en deux parts : celle du hasard libre et celle du hasard dirigé. Dans la première, j’ai véritablement été le jouet de la Vie, avec tout ce que cela suppose de médiocrités, de sottises, d’incompréhensions. J’ai tenté parfois de me révolter, mais avec le sentiment aigu de mon impuissance; il me semblait être un pot de terre balloté dans un camion rapide au milieu d’innombrables pots de fer. L’admirable est que je sois demeuré entier après tant de heurts et en dépit de mille ébréchures. Je me l’explique maintenant par l’armature invisible et immortelle qui est en moi, comme en tous.

On ne peut dire que j’aie été en proie au malheur. Nulle catastrophe grandiose ne me fut spécialement dévolue, mais je demeurais un homme ordinaire, incompréhensif et mécontent. Ce que j’appelais en ce temps «la réussite» me fuyait. Ce que je nommais «fortune» refusait de se laisser prendre. J’avais l’impression comme tant de jeunes gens à l’époque, de monter à l’assaut d’un mur sans fin avec une échelle d’un mètre de haut.

L’impuissance est la caractéristique de mon existence d’autrefois. Beaucoup d’ambition et peu de moyens, tel était mon pauvre bagage. À 20 ans, mon âme était une chapelle illuminée dont la vie éteignit successivement les cierges un à un. Heureusement, dans le chœur obscur mes orgues intérieures continuaient à faire de belle musique. Et c’est ainsi que, sans m’être démis de mes espérances, je me réveillai un jour sur un autre plan. Rien n’avait changé en apparence et tout était changé en réalité. Les astres continuaient la même ronde dans le ciel, les saisons poursuivaient leur rythme quadruple, les hommes – mes frères – s’intéressaient toujours aux affaires, à la mode, aux honneurs, à la politique… seulement je contemplais tout cela d’un autre œil.

L’union contre nature de la logique et du hasard

Il me fut donné d’assister à l’effondrement de cet esprit cartésien au moyen duquel la science d’aujourd’hui s’est dressée sur sa taupinière pour analyser l’univers. La logique humaine est obligée d’admettre la notion de hasard, ne serait-ce que pour expliquer (ou pour esquiver l’explication) de ce qui n’est pas logique. Or n’est-ce pas la condamnation de tout le système scientifique, que cette cohabitation de deux notions qui s’opposent : logique et hasard?

Je fus frappé de cette contradiction qui faisait des savants logiciens les esclaves d’un dieu illogique. Et je le fus bien plus encore en constatant que ces prétendus maîtres de la science étaient, plus que tous les autres, esclaves de leurs préjugés, de leurs rancunes, de leurs écoles, de leurs milieux et de leurs corps. Toute l’ingénieuse et artificielle hiérarchie des valeurs que j’avais édifiée en vertu des traditions et de l’opinion conformiste était irrémédiablement par terre et même en menus morceaux.

Le saut dans l’inconnu

Tout était à réédifier avec de nouvelles conceptions, sur de nouvelles bases. Qui en serait l’architecte et où trouver les matériaux?

Architectes et matériaux étaient en moi, comme ils sont en vous et dans tous les hommes. Ils m’attendaient depuis ma naissance, prêts à surgir de moi-même et à se manifester. Il suffisait d’un signe de ma part, d’une simple adhésion de la pensée pour qu’un nouveau processus se déroulât harmonieusement. Et c’est parce que ces moyens éminents étaient déjà en moi que je pouvais entreprendre la reconstruction du nouvel homme sur les débris de l’homme ancien.

D’ordinaire, les débuts d’un apprentissage sont fastidieux. Celui-ci fut une illumination et une féérie car j’étais l’apprenti de moi-même et d’un moi-même inouï. Les trésors de vie qu’il me fut alors donné d’entrevoir m’apparurent tels que toutes mes ambitions antérieures me semblèrent sans éclat. Je me demandai avec étonnement comment j’avais pu prendre le cuivre pour l’or, le strass pour le diamant, l’ombre pour la lumière. Et cette stupéfaction morale est celle de tous les chercheurs sincères qui s’engagent dans le chemin que j’ai pris.

Je n’eus plus une minute d’hésitation en présence de la nouvelle Vie. Je ne m’attardai pas à chercher un régime de transition. Il y avait une si absolue différence entre la pauvreté de ce à quoi je devais renoncer et la splendeur de l’abondance qui m’était montrée que je coupai les ponts derrière moi avec allégresse. J’osai enfin exécuter ce devant quoi j’avais tremblé toute ma vie : sauter dans l’inconnu. (…)

C’est avant de sauter que l’inconnu nous semble l’inconnu. Dès qu’on est en lui, tout est familier, clair, sympathique. Et ce qu’on laisse derrière soi apparaît obscur et noir. (…)

Vous êtes né dans la peur, au milieu des peurs de votre entourage; votre enfance puis votre jeunesse ont été une suite de concessions à la peur. Regardez bien en vous et vous verrez que, depuis l’âge de raison, la peur oppose des limitations à tous vos élans, à toutes vos entreprises.
(…)
Ce qui va suivre n’a rien de mystique ni de fumeux. C’est de l’expérimentation vitale, longuement contrôlée, dont l’efficacité est telle que celui qui la pratique une fois n’y renonce jamais plus.

Faites donc, de toute urgence, vos «classes intérieures». Elles vous révéleront à vous-même tel que vous êtes, c’est-à-dire en possession de dons majeurs. Ces dons vous les méconnaissez le plus souvent parce que vous regardez à travers les autres et que ce n’est pas le jeu des autres que vous avez à apprendre, mais votre propre jeu.

En outre, vous vous imaginez être seul dans l’âpre mêlée de la vie courante. C’est encore une erreur – et la plus funeste – que je vais dissiper pour vous.

Puisque l’abondance est «une affaire de relations», je vais vous indiquer un Protecteur inégalable, admirablement placé pour vous faire avancer dans la Vie, au sens le plus élevé du mot, pour vous faire réussir.

Georges Barbarin
LES CLÉS DE L'ABONDANCE 
Le jeu passionnant de la vie

***

À suivre…

14 décembre 2011

Elle est toujours vivante!

J'ai reçu ce vœu de Noël d'une de mes amies.  

For me Christmas is a time of love:
Here's to love, and onward and upward in the way that we and everyone else loves (aha, a Freudian unintentiaonal but potentially accurate innuendo).

Plus onward and backward to evolve old hurts and inhumanities into love, and onward and downward to go deeper into our connection to the earth and to each other and to our unconscious awareness of what love potentially is. 

AND a ton of merrys and joys
Merry Christmas 


Et d'une autre amie, cette vidéo qui «respire»… et complète le poème du message précédent par Louise Ackermann.




This is a non-commercial attempt to highlight the fact that world leaders, irresponsible corporates and mindless 'consumers' are combining to destroy life on earth. It is dedicated to all who died fighting for the planet and those whose lives are on the line today. The cut was put together by Vivek Chauhan, a young film maker, together with naturalists working with the Sanctuary Asia network (www.sanctuaryasia.com).

«Assassin qu’on encense»

L'homme est un pendule oscillant de la brute à l'ange.
~ Victor Hugo
  
***
Les nuits sans nuage à la campagne, nous sommes abasourdis par le ciel étoilé. Dire l’insignifiance des humains, de leur planète et de leurs problèmes, à l’échelle de l’univers, c’est une banalité mais il est des banalités inépuisables. (…) 
Je suis certes une géante pour la fourmi qui escalade ma jambe pendant que j’ai le nez en l’air, mais ma taille lui indiffère; son cerveau n’est pas fichu de s’en émerveiller. Le miracle n’est donc pas que l’univers soit grand, mais que l’espèce humaine, après des millénaires passés à rouler les mécaniques et à se croire le centre de la création, ait fini par reconnaître sa propre petitesse. 
Proposition : rendre obligatoire, au moins deux fois par mois, la contemplation du ciel étoilé par les leaders de ce monde, dont la plupart raisonnent toujours en fourmis. 
~ Nancy Huston

***
Louise Ackermann a écrit le poème suivant en 1871; d’autres, avant et après, on écrit sensiblement la même chose. Des guerres tribales à nos guerres du jour, seuls les outils, la vitesse, la distance et la grandeur du territoire couvert – la planète au complet – ont changé.

À la fin, c’est vraiment exaspérant, désespérant, de constater que l’humain n’a pas évolué – du tout! Yack…


LA GUERRE

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques
À la mémoire de son neveu, le Lieutenant Victor Fabrègue, tué à Gravelotte

1

Du fer, du feu, du sang! C’est Elle! C’est la Guerre!
Debout, le bras levé, superbe en sa colère,
Animant le combat d’un geste souverain.
Aux éclats de sa voix s’ébranlent les armées;
Autour d’elle traçant des lignes enflammées,
Les canons ont ouvert leurs entrailles d’airain
Partout chars, cavaliers, chevaux, masse mouvante!
En ce flux et reflux, sur cette mer vivante,
À son appel ardent l’Épouvante s’abat.
Sous sa main qui frémit, en ses desseins féroces,
Pour aider et fournir aux massacres atroces
Toute matière est arme, et tout homme soldat.

Puis, quand elle a repu ses yeux et ses oreilles
De spectacles navrants, de rumeurs sans pareilles,
Quand un peuple agonise en son tombeau couché,
Pâle sous ses lauriers, l’âme d’orgueil remplie,
Devant l’œuvre achevée et la tâche accomplie
Triomphante elle crie à la Mort : bien fauché!

Oui, bien fauché! vraiment la récolte est superbe;
Pas un sillon qui n’ait des cadavres pour gerbe.
Les plus beaux, les plus forts sont les premiers frappés.
Sur son sein dévasté qui saigne et qui frissonne
L’Humanité, semblable au champ que l’on moissonne,
Contemple avec douleur tous ces épis coupés.

Hélas! au gré du vent et sous sa douce haleine
Ils ondulaient au loin, des coteaux à la plaine,
Sur la tige encor verte attendant leur saison.
Le soleil leur versait ses rayons magnifiques;
Riches de leur trésor, sous les cieux pacifiques,
Ils auraient pu mûrir pour une autre moisson.


2

Si vivre c’est lutter, à l’humaine énergie
Pourquoi n’ouvrir jamais qu’une arène rougie?
Pour un prix moins sanglant que les morts que voilà
L’homme ne pourrait-il concourir et combattre?
Manque-t-il d’ennemis qu’il serait beau d’abattre?
Le malheureux! il cherche, et la Misère est là!
Qu’il lui crie : À nous deux! et que sa main virile
S’acharne sans merci contre ce flanc stérile
Qu’il s’agit avant tout d’atteindre et de percer.
À leur tour, le front haut, l’lgnorance et le Vice,
L’un sur l’autre appuyé, l’attendent dans la lice;
Qu’il y descende donc, et pour les terrasser.

À la lutte entraînez les nations entières.
Délivrance partout! effaçant les frontières,
Unissez vos élans et tendez-vous la main.
Dans les rangs ennemis et vers un but unique,
Pour faire avec succès sa trouée héroïque,
Certes, ce n’est pas trop de tout l’effort humain.

L’heure semblait propice, et le penseur candide
Croyait, dans le lointain d’une aurore splendide,
Voir de la Paix déjà poindre le front tremblant.
On respirait. Soudain, la trompette à la bouche,
Guerre, tu reparais, plus âpre, plus farouche,
Écrasant le Progrès sous ton talon sanglant.

C’est à qui le premier, aveuglé de furie,
Se précipitera vers l’immense tuerie.
À mort! point de quartier! l’emporter ou périr!
Cet inconnu qui vient des champs ou de la forge
Est un frère; il fallait l’embrasser on l’égorge.
Quoi! lever pour frapper des bras faits pour s’ouvrir!

Les hameaux, les cités s’écroulent dans les flammes.
Les pierres ont souffert, mais que dire des âmes?
Près des pères les fils gisent inanimés.
Le Deuil sombre est assis devant les foyers vides,
Car ces monceaux de morts inertes et livides
Essaient des cœurs aimants et des êtres aimés.

Affaiblis et ployant sous la tâche infinie
Recommence, Travail! rallume-toi, Génie!
Le fruit de vos labeurs est broyé, dispersé.
Mais quoi! tous ces trésors ne formaient qu’un domaine :
C’était le bien commun de la famille humaine.
Se ruiner soi-même, ah! c’est être insensé!

Guerre, au seul souvenir des maux que tu déchaînes,
Fermente au fond des cœurs le vieux levain des haines;
Dans le limon laissé par tes flots ravageurs
Des germes sont semés de rancune et de rage,
Et le vaincu n’a plus, dévorant son outrage,
Qu’un désir, qu’un espoir : enfanter des vengeurs.

Ainsi le genre humain, à force de revanches,
Arbre découronné, verra mourir ses branches.
Adieu, printemps futurs! adieu, soleils nouveaux!
En ce tronc mutilé la sève est impossible.
Plus d’ombre, plus de fleurs, et ta hache inflexible,
Pour mieux frapper les fruits, a tranché les rameaux.


3

Non, ce n’est point à nous, penseur et chantre austère,
De nier les grandeurs de la mort volontaire.
D’un élan généreux il est beau d’y courir.
Philosophes, savants, explorateurs, apôtres,
Soldats de l’Idéal, ces héros sont les nôtres;
Guerre, ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.
Mais à ce fer brutal qui frappe et qui mutile,
Aux exploits destructeurs, au trépas inutile,
Ferme dans mon horreur, toujours je dirai : Non!
Ô vous que l’Art enivre ou quelque noble envie,
Qui, débordant d’amour, fleurissez pour la vie,
On ose vous jeter en pâture au canon!

Liberté, Droit, Justice, affaire de mitraille!
Pour un lambeau d’État, pour un pan de muraille,
Sans pitié, sans remords, un peuple est massacré.
Mais il est innocent ! Qu’importe? On l’extermine.
Pourtant la vie humaine est de source divine;
n’y touchez pas; arrière! un homme, c’est sacré!

Sous des vapeurs de poudre et de sang quand les astres
Palissent indignés, parmi tant de désastres,
Moi-même à la fureur me laissant emporter,
Je ne distingue plus les bourreaux des victimes;
Mon âme se soulève, et devant de tels crimes
Je voudrais être foudre et pouvoir éclater.

Du moins, te poursuivant jusqu’en pleine victoire,
À travers tes lauriers, dans les bras de l’Histoire
Qui, séduite, pourrait t’absoudre et te sacrer,
Ô Guerre, Guerre impie, assassin qu’on encense,
Je resterai, navrée et dans mon impuissance,
Bouche pour te maudire et cœur pour t’exécrer.

Paris, 8 février 1871 

***
À pied, à cheval, en chars d'assaut, en F-35 ou à drones :
même problème...

Jérôme Bosch : L'excision de la pierre de Folie.
C'est dans le COEUR que se trouve la pierre de la folie guerrière. 

10 décembre 2011

«Orgueil sans mesure»

«Nous sommes venus ici et maintenant pour une visite.
Nous sommes de passage.
Nous sommes venus observer, apprendre, grandir, aimer,
Puis retourner d’où nous venons.»

~ Maxime aborigène, Australie


La Nature à l'Homme

Dans tout l’enivrement d’un orgueil sans mesure,
Ébloui des lueurs de ton esprit borné,
Homme, tu m’as crié : «Repose-toi, Nature!
Ton œuvre est close : je suis né!»

Quoi! lorsqu’elle a l’espace et le temps devant elle,
Quand la matière est là sous son doigt créateur,
Elle s’arrêterait, l’ouvrière immortelle,
Dans l’ivresse de son labeur?

Et c’est toi qui serais mes limites dernières?
L’atome humain pourrait entraver mon essor?
C’est à cet abrégé de toutes les misères
Qu’aurait tendu mon long effort?

Non, tu n’es pas mon but, non, tu n’es pas ma borne
A te franchir déjà je songe en te créant;
Je ne viens pas du fond de l’éternité morne.
Pour n’aboutir qu’à ton néant.

Ne me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,
Remplir l’immensité des œuvres de mes mains?
Vers un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,
M’élancer par mille chemins.  

Appelant, tour à tour patiente ou pressée,
Et jusqu’en mes écarts poursuivant mon dessein,
A la forme, à la vie et même à la pensée
La matière éparse en mon sein?

J’aspire ! C’est mon cri, fatal, irrésistible.
Pour créer l’univers je n’eus qu’à le jeter;
L’atome s’en émut dans sa sphère invisible,
L’astre se mit à graviter.

L’éternel mouvement n’est que l’élan des choses
Vers l’idéal sacré qu’entrevoit mon désir;
Dans le cours ascendant de mes métamorphoses
Je le poursuis sans le saisir.  

Je le demande aux cieux, à l’onde, à l’air fluide,
Aux éléments confus, aux soleils éclatants;
S’il m’échappe ou résiste à mon étreinte avide,
Je le prendrai des mains du Temps.

Quand j’entasse à la fois naissances, funérailles,
Quand je crée ou détruis avec acharnement,
Que fais-je donc, sinon préparer mes entrailles
Pour ce suprême enfantement?

Point d’arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche!
Toujours recommencer et toujours repartir.
Mais je n’engendre pas sans fin et sans relâche
Pour le plaisir d’anéantir.

J’ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,
J’ai trop enseveli, j’ai trop exterminé,
Moi qui ne suis au fond que la mère idolâtre
D’un seul enfant qui n’est pas né.

Quand donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,
Après tant de travaux et tant d’essais ingrats,
A ce fils de mes vœux et de ma longue attente
Ouvrir éperdument les bras?

De toute éternité, certitude sublime!
Il est conçu; mes flancs l’ont senti s’agiter.
L’amour qui couve en moi, l’amour que je comprime
N’attend que Lui pour éclater.

Qu’il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,
Je laisse dans mon sein ses regards pénétrer.
- Mais un voile te cache. - Eh bien! je le déchire :
Me découvrir c’est me livrer.

Surprise dans ses jeux, la Force est asservie.
Il met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,
Découvertes enfin, les sources de la Vie
Vont épancher leur flot sacré.

Dans son élan superbe Il t’échappe, ô Matière!
Fatalité, sa main rompt tes anneaux d’airain!
Et je verrai planer dans sa propre lumière
Un être libre et souverain.

Où serez-vous alors, vous qui venez de naître,
Ou qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,
Qui, saisis tout à coup du vertige de l’être,
Sortiez en foule de mon sein?

Dans la mort, dans l’oubli. Sous leurs vagues obscures
Les âges vous auront confondus et roulés,
Ayant fait un berceau pour les races futures
De vos limons accumulés.

Toi-même qui te crois la couronne et le faîte
Du monument divin qui n’est point achevé,
Homme, qui n’es au fond que l’ébauche imparfaite
Du chef-d’œuvre que j’ai rêvé.  

A ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.
Ah! ton orgueil a beau s’indigner et souffrir,
Tu ne seras jamais dans mes mains créatrices
Que de l’argile à repétrir.

Nice, novembre 1867

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

***
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9 décembre 2011

Débats d’opinions

Clichés et affirmations a priori font partie de notre menu quotidien : abondant «buffet à volonté» pour tous et gratuit!  

Il y a quelques années, lors d’un brainstorming, nous discutions des opinions toutes faites. Ce faisant, nous pensions qu’il serait peut-être amusant de créer un jeu de société autour de ce thème. Mais avant d’élaborer un concept, j’ai vérifié si de tels jeux n’existaient pas déjà. Évidemment, il y en avait plusieurs (j’en ai même acheté un : Polémique). Rien d'étonnant car il n’y a pas une seule journée où nous n’avons pas l’occasion d’être 'pour' ou 'contre' des tas de choses.


En 2009, la chaîne Télé-Québec diffusait un jeu de débats captivant «d'après le concept croate Piramida. La joute propose un jeu débat hebdomadaire. Un trio de vedettes médiatiques, reçu par notre maître de jeu Stéphan Bureau, s'affronte en temps limité dans une discussion vive, drôle, parfois sérieuse et engageante, mais toujours divertissante. Quatre sujets, choisis dans l'actualité et représentant les préoccupations de l'heure des Québécois, amorcent les débats.»

C’était un excellent divertissement, riche en altercations de tous genres; supérieur à un combat de boxe par exemple…  

Tout ça pour dire que si vous prévoyez vous ennuyer à un party des Fêtes, les jeux de débats peuvent agréablement animer les rencontres – dépendant du degré de maturité émotionnelle des débatteurs, bien sûr... Et essayez de ne pas trop picoler pendant la joute parce que l’exercice requiert un minimum de clarté d’esprit.

Déconseillé aux gens dépourvus de sens de l’humour, d’ouverture d’esprit ou de tolérance aux divergences d’opinions. On ne veut surtout pas provoquer de chicane à Nawel ou au Jour de l’An. Autrement, il vaudrait mieux jouer à la «chaise musicale» ou à la «bouteille»…

Même si vous n’avez pas le jeu Polémique (ou un similaire) vous pouvez créer votre propre banque d’opinions à débattre – vous n’avez qu’à écouter/lire les médias si vous manquez d’idées.

Exemples d’affirmations qu’on trouve dans Polémique (il y en a une centaine) :

Catégorie Société/politique/monde 
- L’être humain va sans doute s’autodétruire un jour, car nous sommes trop violents, trop égoïstes et trop stupides.
- Il y a trop d’humains sur la terre; nous devrions tous imiter la Chine et limiter le nombre d’enfants à un par couple.
- Dans les pays riches, les gens très pauvres sont bien souvent responsables de leur état.

Catégorie Famille/éducation 
- Les parents doivent inciter leurs enfants à quitter le domicile familial une fois leurs études terminées, sinon ils les encouragent à devenir des fainéants.
- Une mère qui ne travaille pas à l’extérieur risque de s’abrutir avec le temps.
- La jeunesse d’aujourd’hui est plus paresseuse que les anciennes générations.

Catégorie Culture/Psycho/Religion  
- Si mère Teresa s’était retrouvée dans le corps d’une jolie blonde, elle n’aurait jamais consacré sa vie à aider les pauvres de Calcutta.
- Les parents sont en grande partie responsables de la santé psychologique de leurs enfants.
- Étant à la source de la plupart des conflits armés, il faut bien admettre que les religions causent plus de mal que de bien sur la terre.

Morale/Éthique 
- On ne devrait jamais acheter des marchandises provenant de pays où les gens se font exploiter, même si leurs prix sont des plus compétitifs.
- On ne devrait jamais interdire à un honnête citoyen de posséder une arme à feu. Tout le monde a le droit de se défendre en cas de danger.
- Le monde se porterait sûrement mieux si nous retournions aux valeurs d’antan.

Sexualité/Érotisme
- On doit sûrement avoir l’impression d’avoir vécu une vie sexuelle incomplète si, au cours d’une vie on n’a fait l’amour qu’avec une seule et unique personne.
- Si j’étais condamné à vivre un an sur une île déserte, je préférerais m’y retrouver seul plutôt qu’avec 50 personnes de sexe opposé.
- Peu importe les époques et les cultures, les hommes aimeront toujours davantage faire l’amour que les femmes.

Amour/Vie de couple
- Il faut profiter de sa jeunesse pour connaître plusieurs amours. N’en vivre qu’un et l’épouser est une erreur.
- Une histoire d’amour réussie entre deux personnes sera toujours celle qui dure une vie.
- Lorsque deux êtres décident de vivre ensemble, il est préférable que tout l’argent qu’ils possèdent soit mis en commun.
- En règle générale, les gens en couple vivent une vie plus agréable que les célibataires.

Bonheur/Style de vie
- Il est préférable de vivre pleinement et de mourir jeune, que de mener une vie routinière et de mourir centenaire.
- On devrait réduire la semaine de travail à trois jours pour tous. On gagnerait moins d’argent, mais on vivrait mieux.
- Pour le bonheur d’une femme, il est préférable d’être belle et peu intelligente plutôt que laide et très brillante.

Déjà matière à controverse, n’est-ce pas? Hum…

Déroulement adapté (si vous n’avez pas de jeu officiel)  

4 à 8 joueurs. Chaque joueur pige une affirmation. Le premier débatteur (choisi au hasard) lit l’affirmation à haute voix et donne son opinion – pour ou contre – et justifie son choix (on ne peut être à moitié d’accord, il faut trancher; et l’on ne peut changer d’opinion en cours de route sinon on passe son tour). Ensuite les participants à la joute questionnent le débatteur pour tenter de le contredire et de réfuter son argumentation.

Une fois la période de questions terminée, chacun des participants doit écrire en cachette sur un pad s’il partage ou non l’opinion du débatteur. Et c’est là que le jeu devient intéressant. Le débatteur doit évaluer le nombre de joueurs qui partagent son opinion en disant par exemple «Je crois que trois personnes pensent comme moi» ou «tout le monde partage mon opinion». Les participants montrent leurs réponses. Il vaut mieux chronométrer le temps des argumentations comme dans La joute.

GARANTI : DES HEURES DE PLAISIR à rire de nos préjugés.