Les
révélations au sujet de Kamloops venaient à peine de nous jeter par terre, qu’on
apprenait l’existence de 751 sépultures non identifiées sur le site de l’ancien
pensionnat autochtone de Marieval en Saskatchewan. Un pensionnat géré
par des missionnaires oblats de l’Église catholique, a indiqué le chef autochtone
Cadmus Delorme. Néanmoins, ce sont les Sœurs de Saint-Joseph, arrivées de
Saint-Hyacinthe, qui ont administré le quotidien des élèves autochtones de 1901
à 1979, selon des archives du diocèse de Regina.
Les
preuves physiques des tentatives de
génocide sortent enfin au grand jour. «Il fallait tuer l’Indien dans l’enfant»,
clamait-on. Et John A. McDonald souhaitait littéralement les rayer de la carte.
En 1883 il autorisa donc la création du système de pensionnats indiens. Les pensionnats avaient pour mission de
retirer les enfants indiens à leurs parents afin de les soustraire à leur culture : «Les enfants indiens devraient être retirés
le plus possible de l’influence de leurs parents, et la seule manière d’y
arriver est de les placer dans des écoles industrielles où ils vont acquérir
les habitudes et les pratiques des Blancs.» (J. A. McDonald) En
1892, le fédéral signa un accord officiel avec l’Église catholique, lui
confiant la gestion des pensionnats.
En 1920 le surintendant général adjoint des Affaires indiennes, Duncan Campbell
Scott, rendit les pensionnats obligatoires pour les enfants de 7 à 16 ans; les
récalcitrants étaient emmenés de force et les parents emprisonnés.
Les connivences
entre État et religion ont toujours des répercussions abjectes et injustes. On
le savait que l’Église catholique était pas belle, mais là, j’espère que les
fervents catholiques vont se réveiller et cesser d’enrichir cet immonde réservoir
de d’hypocrites qui prêchent l’amour et la pauvreté, mais qui refuse d’admettre
ses responsabilités et de s’excuser parce que ça va lui coûter trop cher; pourtant
les coffres de l’État du Vatican débordent (1). Les protestants, les anglicans
et les évangélistes ne sont pas mieux.
Photo :
entre 1962 et 1971, dans le cadre de la politique d’assimilation et d’un
programme d’adoptions forcées appelé Sixties
Scoop, ce sont des milliers d’enfants indiens qui ont été enlevés à leurs
familles. On évalue officiellement le nombre d’enfants à 20 000.
«Le
délire de la suprématie chrétienne et occidentale, de l’élimination des
hérétiques, n’est pas nouveau chez les catholiques. Et le caractère durable de
cette philosophie ressemble à un véritable credo, un véritable objectif.
Entre 1890 et 1996, ce sont
de 50 à 100 000 enfants qui sont morts dans ces endroits lugubres. [...] Et
puis, il y a eu la politique de stérilisation. Des centres de stérilisation ont
existé, dans lesquels les jeunes gens étaient drogués et stérilisés, surtout
s’ils n’étaient pas chrétiens. Mais tous les registres concernant ces
stérilisations ont été détruits à partir de 1995, quand l’enquête de l’État a
démarré. Les garçons étaient parfois mis devant des rayons X intensifs afin
d’être rendus stériles, ou bien on leur faisait boire des poisons. Royce
White Calf, un ancien Lakhota qui a été juge au Tribunal concernant ces
pensionnats en juin 1998 à Vancouver, estime qu’entre un tiers et la moitié de
toutes les femmes aborigènes du Canada Ouest et de l’Alaska ont été stérilisées
par des méthodes intrusives physiques ou chimiques autour de 1980. [...] Quand les bébés, souvent le fruit de
viols par les pasteurs et compagnie, naissaient, on les tuait.
En avril
2008, Kevin Annett a distribué aux médias du monde entier une liste de 28 charniers contenant les restes des
enfants qui sont morts dans ces pensionnats indiens. De fait, les enfants à
avoir vu le personnel des pensionnats enterrer des camarades, ou à avoir vu des
cadavres, sont nombreux. Un des hommes de dieu qui a frappé à mort et enterré
un gamin inuit battu à mort finissait toujours ses sermons du dimanche par souviens-toi : le seul bon indien est un indien mort.»
On a souvent dit que ces allégations étaient
exagérées. Eh bien là on commence à comprendre qu’il ne s’agit aucunement de
fabulations. Si vous voulez avoir une idée claire de l’ampleur du génocide
délibéré, lisez ce dossier extrêmement bien documenté :
https://www.siwel.info/le-canada-demande-pardon-aux-peuples-autochtones-lindescriptible-histoire-des-pensionnats-indiens_7337.html
«Qu’y
a-t-il de mal à susciter une aversion intense contre la religion si les
activités de cette religion sont tellement scandaleuses, irrationnelles ou à
l’encontre des droits de l'homme qu'elles méritent d'être intensément
détestées?» ~ Rowan
Atkinson
Mes
pensées de plus sincère de dégoût aux églises chrétiennes et je leur souhaite
la damnation éternelle (telle qu’elles la conçoivent)!
https://www.siwel.info/le-canada-demande-pardon-aux-peuples-autochtones-lindescriptible-histoire-des-pensionnats-indiens_7337.html
Photo :
Bibliothèque et Archives Canada. Pensionnat de Brandon, Manitoba 1946
Que sont
devenus les enfants arrachés à leur famille?
Par Marcelline
Boivin-Coocoo *
[Extraits]
J’avais fait ma première communion cet été-là.
Quelques jours avant le départ, mes parents me mirent au courant. Cette
fois-ci, j’allais faire partie du voyage moi aussi. Cela m’inquiétait un peu,
car j’allais vers l’inconnu et je ne savais pas ce qui m’attendait. Cela
m’excitait aussi car je me sentais assez grande pour partir avec ma sœur et mon
frère. Mes parents préparaient notre départ. Un terrible silence commençait à
s’installer dans l’atmosphère de la maison. On me faisait beaucoup de
recommandations. Mes parents m’avaient acheté du linge et des articles de
toilette ainsi qu’une petite valise. J’étais très fière de toute cette attention. […]
Une fois rendu à Amos, le train s’est arrêté
et on s’est préparés à débarquer. Un gros camion avec une boîte en arrière est
venu se placer devant la porte du train et on nous a poussés comme des animaux,
sans que l’on ait le temps de mettre le pied à terre. C’est dans ce camion que
nous nous sommes dirigés vers le pensionnat situé douze milles plus loin.
Rendus là, ç’a été le tri, les garçons d’un bord et les filles de l’autre. Je
regardais mon frère s’en aller avec les autres garçons et moi je tenais la main
de ma sœur et on s’en allait du côté des filles. On nous a amenés dans une
autre grande salle et on s’est assises sur des bancs tout autour de la grande
salle et là on s’est toutes mises à pleurer. Les religieuses s’occupaient de nous,
elles nous parlaient des règlements, nous donnaient des numéros pour nos
casiers et notre linge qui étaient identifiés avec ces mêmes numéros qu’on
devait porter durant toute l’année. Je ne me souviens pas quelle heure il était
quand on est arrivées. Encore là, on nous a séparées : les petites, les
moyennes et les grandes.
Ensuite ce fut la cérémonie de l’épouillage.
Très dégradant. Il y avait des tables devant nous, des bassines d’eau et aussi
un peigne fin en fer et des produits contre les poux. Les religieuses et
quelques filles qui travaillaient là se mirent à nous peigner la tête avec le
peigne fin en fer, pour voir si on avait des poux. Elles n’y allaient de main
morte. Ça faisait très mal sur le cuir chevelu. Elles nous mettaient aussi je
ne sais quel produit sur la tête, contre les poux je suppose. Ensuite, c’était
la coupe des cheveux. Elles ne nous demandaient
même pas si on voulait se faire couper les cheveux. On voyait nos
cheveux tomber par terre. Je sais que moi, j’ai pleuré lors de cette cérémonie.
Ensuite, on nous a amenés vers les douches
pour le nettoyage corporel. C’était une petite salle avec plusieurs douches
communes, même pas de rideaux pour s’isoler, c’était vraiment écœurant. Elles
nous brossaient tout le corps avec une petite brosse semblable à celle qu’on
prend pour les ongles. Je suppose qu’elles essayaient d’enlever notre bronzage
pour qu’on soit plus blanches. Ensuite, on nous a désigné notre dortoir et
notre lit. À chaque endroit, il y avait une série de règlements qui allaient
avec. Je ne me souviens pas si on nous avait donné quelque chose à manger
depuis notre arrivée. Voilà, c’est l’accueil auquel j’ai eu droit quand je suis
arrivée la première fois au pensionnat.
Le premier soir, une fois que l’on a été
couchées chacune dans son lit, une personne a commencé à pleurer, puis une
autre, et une autre : pour finir tout le monde pleurait dans le dortoir.
C’était comme ça chaque année. Nous étions trois à notre arrivée : mon
frère était du côté des garçons, ma sœur était chez les grandes et moi chez les
petites. Nous étions tous séparés. Même nos parents étaient loin.
La vie
dans le pensionnat n’était pas facile, la discipline était très sévère. Il
fallait obéir au doigt et à l’œil. J’ai subi toutes sortes de violences :
verbale, physique et psychologique. J’ai été rabaissée, ridiculisée, contrôlée,
battue et même harcelée sexuellement par un prêtre dans le confessionnal. Il
nous faisait entrer là où le prêtre s’assied habituellement pour confesser et
il nous tripotait les fesses, le salaud. J’ai été brisée dans tout mon
être : physiquement, mentalement, affectivement et spirituellement. Depuis
que je suis sortie du pensionnat, je ne pratique plus ma religion. Il fallait
aller à la messe tous les jours, se confesser chaque semaine et prier à peu
près trois fois par jour.
La nourriture qu’on mangeait était infecte.
Une fois, j’ai été témoin d’une chose qui m’a révoltée au plus haut point, mais
je ne pouvais rien faire car j’étais trop petite. J’ai vu une petite fille qui
ne voulait pas manger ce qu’il y avait dans son assiette. Je ne sais pas si
elle était malade ou si elle n’aimait pas ça, elle pleurait et ne voulait pas
manger. Une religieuse la forçait à manger. Soudain, la petite fille a vomi
dans son assiette et la religieuse a continué, en lui faisant manger son vomi.
Écœurant. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs du temps que j’ai passé dans ce
pensionnat, mais ceux qui me reviennent m’ont marquée pour le reste de ma vie.
Le jour où on nous a dit qu’on ne reviendrait plus dans ce pensionnat, on a
toutes lancé un grand cri tellement on était contentes.
L’autre pensionnat que j’ai connu était moins
pire que le premier, en tout cas j’étais en mesure de me défendre. La
discipline était aussi sévère, la nourriture aussi infecte, encore beaucoup de
prières, mais au moins je n’y ai pas subi d’abus sexuels, car j’aurais été
capable de me défendre. Je sais qu’il y en a eu là aussi. C’étaient toujours
les plus jeunes qui étaient ciblés. J’ai vécu dix ans dans deux pensionnats. [D’abord le pensionnat d'Amos en
opération de 1955 à 1973, puis le pensionnat de Pointe- Bleue en opération de
1960 à 1973.]
* Née à Wemotaci (Mauricie) en 1950, Marcelline
Boivin-Coocoo est aujourd’hui conseillère pédagogique dans sa communauté. […] Plusieurs de ses textes qui ont circulé surtout chez les
Atikamekw, concernent les abus dans les pensionnats et les autres sources de
problèmes sociaux présents à Wemotaci. […]
Source :
Littérature
amérindienne du Québec; Écrits de langue française, rassemblés et
présentés par Maurizio Gatti; Société d’édition Bibliothèque Québécoise, 2009
La vie dans
un pensionnat :
http://www.racontemoilhistoire.com/2017/05/pensionnats-autochtones/
Citation du
jour :
«Si l'on examine les généalogies de nombreuses
"vieilles familles", on découvre des épisodes de trafic d'esclaves,
de contrebande d'alcool, de trafic d'armes, de commerce de l'opium, de
revendications territoriales falsifiées, d'acquisition violente de droits sur
l'eau et les minéraux, d'extermination de peuples indigènes, de vente de
marchandises de mauvaise qualité et dangereuses, d'utilisation de fonds publics
pour des spéculations privées, d'opérations frauduleuses sur des obligations et
des bons d'État, et de paiements pour des faveurs politiques. On trouve des
fortunes bâties sur le travail d'esclaves, le travail sous contrat, le travail
en prison, le travail des immigrants, le travail des femmes, le travail des
enfants et le travail des briseurs de grève, le tout soutenu par la force
meurtrière des voyous armés et de la milice. Le 'vieil argent' n'est souvent
guère plus que de l'argent sale blanchi par plusieurs générations de
possession.
Le
principe directeur des élites dirigeantes était – et est toujours : «Quand le
changement menace de régner, alors les règles sont changées».
L'objectif
d'une bonne société est de structurer les relations et les institutions
sociales de manière à ce que les impulsions coopératives et généreuses soient
récompensées, tandis que les impulsions antisociales sont découragées. Le
problème du capitalisme, c'est qu'il récompense au mieux la pire partie de
nous-mêmes : les pulsions impitoyables, compétitives, complices, opportunistes
et cupides, en accordant peu de récompenses pour l'honnêteté, la compassion, le
fair-play, l'amour de la justice et le souci de ceux qui sont dans le besoin. ~
Michael Parenti
http://www.michaelparenti.org/quotes.html
Michael
Parenti (né en 1933
à New York)
est historien, politologue et critique culturel américain. Il a enseigné dans
des universités américaines et étrangères. Ses écrits ont été traduits dans de
nombreuses langues.
(1) «Certains hommes vénèrent le rang, d'autres
les héros, d'autres le pouvoir, d'autres encore Dieu, et sur ces idéaux ils se querellent
et ne peuvent s'unir – mais ils vénèrent tous l'argent.» ~ Mark Twain, Notebook
Depuis
le 13 mars 2013, le Pape François est le nouveau chef de file de l’Église
catholique. Celui qu’on surnomme le «Pape des Pauvres» a notamment déclaré le
16 octobre dernier (2015) qu’il fallait que «l’humanité renonce à idolâtrer
l’argent». Pourtant, l’État de la Cité du Vatican, nation du Saint-Siège, peut
se targuer d’être l’un des pays les plus riches au monde alors qu’il ne compte
en 2015 que 921 habitants!
Il est
difficile de connaître avec précision les avoirs d’une entité religieuse
chargée de venir au soutien des pauvres et des nécessiteux, mais qui affiche un
train de vie qui peut sembler aux antipodes des valeurs qu’elle déclare
défendre.
Le principal poste de recettes reste le don
des fidèles. Près de 368 millions de dollars chaque année. Ramené aux
presque 2,5 milliards de fidèles, cela reste malgré tout peu : moins de 15
centimes de dollars par chrétien et par année. Il faut ajouter à cela 213 millions de recettes commerciales
(souvenirs, timbres) et 130 millions de
recettes provenant des seules entrées des Musées des Vatican. Enfin, 35 millions proviennent des dons récoltés
dans les diocèses et envoyés au Vatican.
Mais le
Vatican, ce n’est pas qu’une grande boutique de produits dérivés et de musées
somptueux. C’est aussi un très grand
propriétaire immobilier et financier. Ainsi, 182 millions proviennent de loyers et produits financiers quand 75
millions sont des dividendes versés directement par la banque du Vatican,
l’Institut pour les œuvres de religion. Car la banque du Saint-Siège est une
institution puissante.
Article intégral :
https://www.exemplaire.com.ulaval.ca/dossiers/eledoss/les-richesses-cachees-du-vatican/