J’imagine
l’humiliation que doit ressentir Donald Trump, lui qui a mis tant d’énergie à
nier l’existence du virus et à ridiculiser les mesures sanitaires dont le port
du masque. De par son influence, en banalisant la pandémie, il a contribué au boycott
des mesures sanitaires, avec les conséquences que l’on sait. À ce jour, les
États-Unis comptent 7 382 194 cas déclarés depuis le 22 janvier 2020.
La science-fiction médicale de Trump
Il semble
qu’on le soigne avec un cocktail de médicaments – peut-être sa propre médecine –
non homologués par les services de santé.
Agence France
Presse :
– Le 23
avril, Donald Trump consterne la communauté scientifique en semblant envisager,
lors du point de presse quotidien sur la pandémie à la Maison-Blanche, de
traiter la COVID-19 par injection de
désinfectant. «Je vois que le désinfectant l’assomme en une minute. Une
minute. Et est-ce qu’il y a un moyen de faire quelque chose comme ça avec une
injection à l’intérieur ou presque comme un nettoyage?».
Devant la polémique mondiale, il assure le
lendemain s’être exprimé de façon «sarcastique».
– Donald Trump
a également évoqué «les ultraviolets» ou «une lumière très puissante» qu’on pourrait projeter «à l’intérieur du corps» pour combattre
le coronavirus.
– Donald
Trump a longtemps défendu la «liberté» individuelle en matière de port du
masque, et expliqué le 1er juillet qu’il ne voyait pas l’utilité pour lui-même
d’adopter cette mesure préventive, toutes les personnes qu’il rencontre étant
selon lui testées à l’avance.
Le 11, il apparaît pour la première fois
publiquement avec un masque, lors d’une visite à des militaires blessés au
combat à l’hôpital Walter Reed de Bethesda (Maryland), dans la banlieue de
Washington.
– Le 22, il
admet que l’épidémie prend des proportions «inquiétantes» dans une partie des
États-Unis, et demande «à tout le monde de porter un masque quand la distanciation
physique n’est pas possible».
~~~
Dans l’épilogue
de son livre, Mary L. Trump, ne s’empêtre pas dans les fleurs du tapis et met
en évidence les caractéristiques sociopathes et psychotiques du président.
Too Much and
Never Enough; How My Family Created the World’s Most dangerous Man
Mary L. Trump, Ph.D.; Simon & Schuster 2020
Quelques
passages (traduction maison).
«Donald est
aujourd'hui à peu près comme il l'était à l'âge de trois ans : incapable de
grandir, d'apprendre ou d'évoluer, incapable de réguler ses émotions, de
modérer ses réactions, ou d'assimiler et de synthétiser des informations.
Le besoin d'affirmation de Donald est si
grand qu'il ne semble pas remarquer que le plus grand groupe de ses supporters
sont des personnes avec lesquelles il ne condescendrait pas d'être vu en dehors
d'un rassemblement. Ses insécurités profondes ont créé en lui un trou noir qui
requiert constamment la lumière des compliments et qui disparaît dès qu'il s'en
imprègne. Rien n'est jamais suffisant. ... Donald n'est pas simplement faible,
son ego est une chose fragile qui doit être renforcée à chaque instant parce
qu'il sait au fond de lui qu'il n'est rien de ce qu'il prétend être.»
«Ses
véritables compétences – l'autoglorification, le mensonge et les tours de
passe-passe – ont été interprétées comme des forces propres à sa marque de
succès. En perpétuant sa version de l'histoire qu'il voulait raconter sur sa
richesse et ses «succès» ultérieurs, notre famille, puis beaucoup d'autres gens,
ont entamé le processus de normalisation de Donald. ...»
«Bien que la
nature fondamentale de Donald n'ait pas changé, le stress qu'il subit a
considérablement évolué depuis son investiture. Ce n'est pas le stress du
travail, car il ne fait pas son travail – sauf si regarder la télévision et
tweeter des insultes comptent. C'est l'effort pour nous distraire du fait qu'il
ne sait rien – de la politique, de l'instruction civique ou de la simple
décence humaine – qui exige de lui une énorme quantité de travail. Pendant des
décennies, il a fait l'objet de publicité, bonne ou mauvaise, mais il a
rarement été soumis à un examen minutieux et il n'a jamais eu d'opposition
significative. Toute la perception qu'il a de lui-même et du monde est en train
d’être remise en question.»
«Sa cruauté
sert, en partie, à nous distraire, ainsi qu'à se distraire lui-même, de la
véritable étendue de ses échecs. Plus ses échecs sont flagrants, plus sa
cruauté l'est aussi. ... S'il réussit à faire tourner en l'air sept mille
assiettes, personne ne peut se concentrer sur aucune d'elles. Voilà : c'est
juste une distraction.»
«Sa cruauté
est aussi un exercice de pouvoir. Il l'a toujours exercé contre des personnes
qui sont plus faibles que lui ou qui sont contraintes de par leur devoir ou
leur dépendance à ne pas se défendre. Les employés et les responsables
politiques ne peuvent pas se défendre lorsqu'il les attaque sur Twitter, car
cela mettrait en danger leur emploi ou leur réputation. ... Les gouverneurs des
États bleus, qui cherchaient désespérément à obtenir une aide adéquate pour
leurs citoyens pendant la crise COVID-19, ont été contraints de taire son incompétence
de peur qu'il ne leur refuse les ventilateurs et autres fournitures nécessaires
pour sauver des vies. Donald a appris à choisir ses cibles il y a longtemps.»
«Le 9
novembre 2016, mon désespoir a été déclenché en partie par la certitude que la
cruauté et l'incompétence de Donald feraient des victimes. À l'époque, je
pensais que cela se produirait à cause d'un désastre qu'il aurait lui-même
provoqué, comme une guerre évitable qu'il aurait initiée ou dans laquelle il serait
tombé. Je n'aurais pas pu prévoir combien de personnes allaient volontairement
permettre la manifestation de ses pires instincts, qui se sont traduits par
l'enlèvement d'enfants (avec l’accord du gouvernement), la détention de
réfugiés à la frontière mexicaine et la trahison de nos alliés, entre autres
atrocités. Et je n'aurais pas pu prévoir qu'une pandémie mondiale se
présenterait, lui permettant d'afficher sa grotesque indifférence à l'égard de
la vie des autres.
La réponse initiale de Donald à la COVID-19
souligne son besoin de minimiser la
négativité à tout prix. La peur – un équivalent de la faiblesse dans notre
famille – est aussi inacceptable pour lui aujourd'hui qu'elle l'était quand il
avait trois ans. Lorsque Donald est en grande difficulté, les superlatifs ne
suffisent plus : la situation et ses réactions doivent être uniques, même si
elles sont absurdes ou insensées. ...
Donald n'a pas traîné les pieds en décembre
2019, ni en janvier, février et mars [2020] à cause de son narcissisme; il l'a
fait par peur de paraître faible ou de ne pas projeter le message
que tout était «formidable», «beau» et parfait». L'ironie est que son
incapacité de faire face à la vérité a inévitablement conduit à un échec massif
de toute façon. Dans ce cas, la vie de centaines de milliers de personnes sera
potentiellement perdue et l'économie du pays le plus riche de l'histoire
pourrait bien être détruite. Donald ne reconnaîtra rien de tout cela, en
déplaçant les poteaux du but pour cacher les preuves et en se convainquant par
la même occasion qu'il a fait un meilleur travail que n'importe qui d'autre si
seulement quelques centaines de milliers de personnes mouraient au lieu de 2
millions.»
«Pourquoi
Donald a-t-il mis autant de temps à agir? Pourquoi n'a-t-il pas pris le nouveau
coronavirus au sérieux? En partie parce que, comme mon grand-père, il n'a pas
d'imagination. La pandémie n'a pas eu de rapport immédiat avec lui, et gérer la
crise à chaque instant ne l'aide pas à promouvoir son récit préféré selon
lequel personne n'a jamais fait un meilleur travail que lui.
Alors que la pandémie entrait dans son
troisième, puis quatrième mois, et que le nombre de morts continuait à
augmenter pour atteindre des dizaines de milliers, la presse a commencé à
commenter le manque d'empathie de Donald pour les personnes décédées et les
familles qu'elles laissent derrière elles. Le fait est que Donald est
fondamentalement incapable de reconnaître la souffrance des autres. Raconter
les histoires de ceux que nous avons perdus l'ennuierait. Reconnaître les
victimes de la COVID-19 serait s'associer à leur faiblesse, un trait que son
père lui a appris à mépriser. Peut-être plus important encore, pour Donald,
l'empathie n'a aucune valeur, il n’y a aucun avantage tangible à s'occuper des
autres.
...
Donald a besoin de diviser. C'est le seul moyen qu'il connaisse pour
survivre...
... Je
ne peux qu'imaginer l'envie avec laquelle Donald a regardé la cruauté
désinvolte et l'indifférence monstrueuse de Derek Chauvin lorsqu'il a assassiné
George Floyd; les mains dans ses poches, son regard insouciant dirigé vers la
caméra. Je ne peux qu'imaginer que Donald aurait souhaité que ce soit son genou
qui soit sur le cou de Floyd.
Au lieu de cela, Donald se retire dans ses
zones de confort – Twitter, Fox News – en rejetant la faute sur les autres,
protégé par un bunker au sens figuré ou littéral. Il s'indigne de la faiblesse
des autres tout en démontrant la sienne. Mais il ne peut jamais échapper au
fait qu'il est et sera toujours un petit garçon terrifié.
La monstruosité de Donald est la
manifestation de la faiblesse même qu'il a fuie toute sa vie. Pour lui, il n'a
jamais eu d'autre choix que d'être positif, de projeter sa force, aussi
illusoire soit-elle, car faire autre chose est passible de la peine de mort; la
courte vie de mon père [Freddy] en est la preuve. Le pays souffre aujourd'hui
du même positivisme toxique que celui que mon grand-père a déployé
spécifiquement pour noyer sa femme
malade, tourmenter son fils mourant et nuire à la guérison de la psyché de son
enfant préféré, Donald J. Trump.»
«Tout va
bien. N'est-ce pas, Toots?»
~~~
La pandémie évangélique
Voilà
un virus tout aussi dangereux que le nouveau coronavirus.
Des lobbies athées en campagne aux
États-Unis
«Nous
combattons le nationalisme chrétien, cette idée selon laquelle les É.-U. se
sont construits sur des principes chrétiens et qu’il faut renouer avec ces
principes», explique le conseiller politique de la FFRF Andrew Siedel (Freedom
From Religion Foundation https://ffrf.org/). «C’est
à l’opposé des principes laïcs de notre Constitution».
Donald Trump, poursuit-il, exploite beaucoup
ce nationalisme chrétien. «Selon certains chercheurs, ce nationalisme est la
caractéristique la plus courante chez ceux qui ont voté pour lui en 2016».
Le sénateur de la Californie, Jared Huffman,
est l’un de ses fondateurs. «On a un problème aux États-Unis. On s’avance lentement
vers un régime théocratique et notre groupe pense que la séparation entre
l’Église et l’État est menacée», résume-t-il.
Le terme «théocratie» fait référence aux
régimes dont le gouvernement est considéré comme le représentant de Dieu et où
les prêtres jouent un rôle politique important. C’est le cas, par exemple, de
l’Iran.
La formule n’est-elle pas un peu exagérée pour
parler des États-Unis?
«Non. Avez-vous écouté Bill Barr récemment
[le procureur général des États-Unis]? Il donne des discours qui semblent tout
droit sortis d’un roman de Margaret Atwood. [...] Il nous décrit régulièrement
comme une nation chrétienne fondée sur des valeurs et des principes chrétiens
qu’il nous faut renforcer», a répondu du tac au tac le sénateur.
«C’est très inquiétant, parce que nous
sommes un pays pluraliste avec une diversité d’idées et de gens.»
https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/586694/les-lobbies-athees-en-campagne-aux-etats-unis
Donald Trump a choisi la juge
conservatrice Amy Coney Barrett pour remplacer Ruth Bader Ginsburg à la Cour
suprême des États-Unis,
ont rapporté vendredi les grands médias américains, avançant des sources
républicaines bien placées.
Le président américain doit confirmer
officiellement samedi soir le nom de cette magistrate connue pour ses
convictions religieuses traditionalistes. Elle doit succéder à la progressiste
«RBG», icône féministe, décédée la semaine dernière des suites d’un cancer.
Cette nomination cruciale est déjà
controversée, à moins de 40 jours de la présidentielle américaine du 3
novembre. Donald Trump a engagé au pas de course le processus pour pouvoir
ancrer durablement la Cour suprême dans le conservatisme, ses juges étant
nommés à vie.
Si sa candidate est confirmée, comme
attendu, par le Sénat à majorité républicaine, la Cour suprême ne comptera plus
que trois juges progressistes sur ses neuf magistrats.
https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/586690/trump-choisirait-amy-coney-barrett-pour-remplacer-ruth-bader-ginsburg
Amy Coney
Barrett, originaire de la Louisiane, est membre de la secte People of Praise. Certains membres de cette
communauté pratiquent le «parler en langues» – langage incompréhensible
prétendument inspiré par l’Esprit et répandu chez les Pentecôtistes et les
sectes «charismatiques» – don qu’elle ne possède selon ses dires. Il s’agit d’une
secte oppressante, manipulatrice, sexophobe, misogyne, homophobe,
historiquement violente (pour s'imposer) et l'étant toujours en des dizaines de
pays.
Chose certaine, la vertueuse avocate suit
les préceptes de la morale religieuse traditionnelle. Néanmoins, Barrett ne
condamne pas la possession d’armes à feu. La plupart des évangéliques sont
réservés voire hostiles vis-à-vis de la sexualité hors du mariage, l’avortement
et l’homosexualité. Aux États-Unis les télévangélistes se sont multipliés – des
pasteurs évangéliques qui prêchent la bonne parole à la télévision. Certains
ont réussi à bâtir de véritables empires commerciaux et règnent sur des
megachurchs, des méga-églises pouvant rassembler des milliers de personnes lors
du culte dominical. Certains de ces pasteurs disposent en outre d’une grande
influence politique dans le pays. C’est le cas de Paula White-Cain, une
pasteure proche de Donald Trump nommée conseillère spirituelle de la Maison
Blanche en octobre 2019.
Pour en savoir plus : Amy Coney Barrett: a dream for the right, a nightmare
for the left
https://www.npr.org/2020/09/28/917554001/amy-coney-barrett-a-dream-for-the-right-nightmare-for-the-left
Ceinture de la Bible (Bible
Belt)
Géographiquement,
la Ceinture de la Bible inclut grossièrement : l'Alabama, l'Arkansas, les
Caroline du Nord et du Sud, la Géorgie, la Louisiane,
le Mississippi, le Tennessee et la Virginie, auxquels s'ajoutent le Missouri et le Kentucky,
l'Oklahoma, ainsi que des parties de
la Floride, de l'Illinois, de l'Indiana, de l'Ohio, de
la Pennsylvanie, du Texas et de la Virginie-Occidentale.
Ce bastion sudiste est peuplé, à l'entrée
des années 2000, de 88 325 877 Américains (source : American Census).
C'est parmi eux que l'on rencontre la plus grosse concentration de protestants
évangéliques et chrétiens born again
qui mettent en avant stricte fidélité biblique, conversion et engagement. Sur
les 70 millions de protestants évangéliques que comptent aujourd'hui les États-Unis,
plus de la moitié résident dans le Sud, tandis que 44 % des sudistes, en l'an
2000, se déclaraient toujours pratiquants réguliers (source : Barna Research
Center). On comprend, dès lors, le poids de ce colosse évangélique et
fondamentaliste, qui bouscule l'échiquier américain et international de son
zèle missionnaire.
Le Sud des États-Unis, souvent appelé Sud Profond
(Deep South) a un héritage et une
culture assez distincte des autres régions du pays, à cause de son histoire
coloniale, son ancienne institution d'esclavage, ses traditions protestantes
évangéliques et son séparatisme pendant la guerre de Sécession, qui vit la
plupart des États du Sud se constituer, de 1861 à 1865, en États confédérés
d'Amérique. En plus des États de la Ceinture de la Bible, le Sud Profond inclut :
le Delaware, la Louisiane, le Maryland et
la Virginie.
Bien
que nulle part ailleurs on ne puisse comparer cette vaste ceinture biblique
américaine, il ne faut pas oublier que le Canada possède ses propres ceintures
bibliques – dans la vallée du Fraser et l'Okanagan en Colombie-Britannique, en Saskatchewan,
dans certaines régions de l'Alberta, dans le sud du Manitoba, dans le sud-ouest
de l'Ontario et dans certaines régions des Maritimes comme le Nouveau-Brunswick.
Cette importante population chrétienne compte des catholiques, évangélistes,
baptistes, pentecôtistes, protestants, etc.
La mouvance
évangélique rassemblerait aujourd’hui 660 millions de personnes sur quelque 2,5
milliards de chrétiens.
Les évangéliques représentent un redoutable
25 à 30 % des Américains, mais ils ont également une importance culturelle et
politique au Canada, où ils représentent environ 10 % de la population. Il est
donc utile de les comprendre, surtout si nous pensons être partisans de la
tolérance religieuse.
Toutes leurs justifications religieuses
apparaissent peut-être comme de l’obscurantisme délirant au lecteur laïc, mais
il s’agit, pour des millions d’Américains évangélistes pour la plupart, d’une
réalité. Assisterons-nous à une stricte mise en œuvre du programme de la droite
religieuse si Donald Trump est réélu? Espérons que non.
“I find it fascinating that Christians claiming divine
protection insist that they require loaded firearms for protection.” (The
Thinking Atheist)