3 mai 2020

Pistage des covidés-19 et dette

Ce que j’aime du confinement, c’est le SILENCE. La réduction de la stressante pollution sonore – vacarme de construction, de circulation, d’autoroutes bondées, de pétarades de motos, de concerts de klaxons; et olfactive – smog, gaz et autres. On peut enfin entendre les oiseaux, c’est formidable. Je ne veux pas que ça redevienne comme avant. Quelle planète bruyante!

Samedi, il faisait très beau. Alors beaucoup de «confiné.e.s» ont envahi les espaces verts pour prendre l’air. La Ville de Montréal ferme donc les stationnements de certains grands parcs pour favoriser le maintien de la distanciation physique. Ainsi, les stationnements des parcs La Fontaine, Maisonneuve, Jarry, Frédéric-Back et du parc-nature de l'Île-de-la-Visitation, seront fermés à compter de dimanche. Dans un communiqué publié samedi soir, les autorités expliquent avoir pris cette décision, car, même si les Montréalais respectent les consignes de façon générale, «en ce samedi ensoleillé, certains parcs de la métropole ont été largement fréquentés».

«Oui, j’aimerais dénoncer des gens qui ne vivent pas dans la peur.»

LA STASI DE LA COVID-19

La pandémie est un excellent prétexte pour instaurer un contrôle de masse plus intrusif, à l’aide d’applications de traçage numérique des infectés ou de bracelets (tels que ceux des prisonniers); on n’est pas loin de la micropuce obligatoire implantée dans le corps.
   La pandémie accélère le processus :
– Contrôle / isolement / mise en quarantaine des populations  
– Effondrement de l'économie et des marchés boursiers
– Société sans argent liquide – Selon des tests scientifiques, l’argent comptant ne comporte pas plus de risque de contamination que d’autres objets de ‘paiement sans contact’ comme les terminaux de cartes de crédit, les claviers à NIP et même les téléphones. L’éventuelle disparition des paiements en espèces entraînerait de très nombreuses difficultés, en particulier pour les personnes qui ne possèdent pas de téléphone intelligent ou de connexion Internet, encore très nombreuses. L’on craint aussi que si l’argent comptant disparaît, les autorités puissent retracer plus facilement les faits et gestes de la population pour mieux la contrôler – le développement incroyable des applications de paiement électronique en Chine au cours des cinq dernières années l’a démontré. (La Presse)
– Déploiement de la 5G
– Surveillance numérique universelle  
– Vaccination forcée

Photo : Un chirurgien insère un implant sous-cutané à un scientifique Britannique, le Dr Mark Gasson, dans sa main gauche avec une puce RFID (16 mars 2009)

– Micropuçage ID2020 – L’Alliance ID2020, comme on l’appelle, en collaboration avec l’«Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination», espère surveiller chaque être humain vivant sur Terre. Il s'agit d'une alliance de partenaires public-privé, dont des agences des Nations unies et la société civile. Ce programme d'identification électronique utilise la vaccination généralisée comme plateforme pour l'identité numérique. La micropuce à destination humaine est un circuit intégré ou un transpondeur RFID encapsulé dans un tube de verre de silicate et implanté dans le corps d'un être humain. L’implant sous-cutané contient généralement un numéro d'identification unique qui peut être lié à l'information contenue dans une base de données externe, telles que l'identification personnelle, les antécédents médicaux, les médicaments, les allergies et les informations de contact. Bien que les terrains d’essai du programme ID2020 se trouvent principalement dans le Tiers-Monde, le groupe travaille aussi avec des états américains pour commencer à vacciner les gens par micropuce. À Austin, au Texas, par exemple, la population des sans-abri est maintenant exploitée comme cobaye collectif pour le programme de vaccination par micropuce d’ID2020, qui, selon le groupe, aidera à «autonomiser» les sans-abri en leur donnant soi-disant un «contrôle» sur leurs données personnelles. ID2020, et plusieurs autres partenaires collaborent avec les sans-abri et les prestataires de services qui s’engagent avec eux à développer une plate-forme d’identité numérique basée sur une Blockchain appelée MyPass pour permettre aux sans-abri de disposer de leurs propres données d’identité.» (Chris Burt pour BiometricUpdate.com) Cette alliance veut que tous les humains soient «vaccinés» avec des puces de pistage numériques qui créeront un système de surveillance transparent permettant de gérer les populations du monde avec facilité. Tout cela prépare le public à un éventuel mandat de vaccination par micropuce, qui sera nécessaire pour chaque individu afin d’acheter et de vendre des biens. Les systèmes d’identité numérique seront nécessaires pour l’accès des individus aux services et aux moyens de subsistance.

Surveillés et dociles?
Alexandre Klein
Le Devoir / Idées / 2 mai 2020

C’est au tour de Justin Trudeau de se laisser séduire par les sirènes des applications de pistage. Mercredi dernier, le premier ministre affirmait que le gouvernement fédéral était en discussion avec plusieurs entreprises en vue de produire des applications de localisation des personnes ayant été en contact avec un ou une malade. Avec le déconfinement qui se profile, les dispositifs de prise en charge de la pandémie tendent à se diversifier. Aux mesures classiques de quarantaine succède la mise en place de dispositifs de contrôle inédits, qu’on aurait aisément pu qualifier de dystopiques il y a encore quelques semaines.
   Après les drones équipés de haut-parleurs qu’on a vu rappeler des citoyens récalcitrants à l’ordre en Chine puis à Paris, ce sont maintenant des dispositifs de pistage qui fleurissent un peu partout à travers le monde. En France, l’application Stop-Covid est ainsi mise en avant par le gouvernement comme un outil nécessaire au déconfinement, tandis que de l’autre côté de l’Atlantique, les compagnies rivales Apple et Google sont associées pour produire une application pour remonter la chaîne de transmission. À Toulouse, une entreprise propose même des bracelets électroniques pour suivre les malades du coronavirus. Nous sommes entrés, sans trop nous en rendre compte, dans une ère nouvelle, annonciatrice de ce que risque d’être le monde de demain.
   Car, si partout on nous assure que ces mesures seront temporaires, l’Histoire tend à nous rendre sceptiques. En effet, les décisions prises en temps de crise sont (trop) souvent devenues les fondements du monde d’après. Ce fut le cas, par exemple, des mesures exceptionnelles adoptées aux États-Unis après le 11 septembre 2001 (le Patriot Act), ou en France dans la foulée des attentats de 2015 (l’état d’urgence), qui se sont inscrites durablement dans le droit et les usages communs de ces deux pays. Mais plus essentiellement encore, il faut se rappeler que c’est sur le modèle de la gestion de la peste que s’est établi, au cours de l’époque moderne, le mode d’organisation du pouvoir qui qualifie nos sociétés occidentales.
[...]  

Caricature : Serge Chapleau, La Presse 01.05.2020
La clôture et le quadrillage du territoire, l’identification et la surveillance constante des individus, appelés à être «dociles» comme le rappelait récemment la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, assuraient le contrôle des villes lors des pestes. 

...Les décisions que nous prenons actuellement sont loin d’être anecdotiques ou simplement temporaires. Elles participent au contraire de la construction du monde de demain. Et c’est pour cela que nous nous devons d’être prudents. [...] Ainsi, plutôt que d’opter, dans l’urgence, pour des solutions technologiques soi-disant efficientes en matière de contrôle épidémiologique, mais certainement très coûteuses en matière de libertés publiques, prenons le temps et le soin de considérer le devenir démocratique de nos sociétés, car c’est aussi cela qui se joue dans nos choix actuels de gestion de la pandémie.


Ottawa jongle avec l'idée d'une application pour tracer les cas de COVID-19

Ottawa discute avec une douzaine d'entreprises de la possibilité d’utiliser votre téléphone cellulaire pour vous suivre à la trace, a appris Radio-Canada. Une question de santé publique qui soulève des questions sur la protection de la vie privée.
   Avec qui êtes-vous entré en contact aujourd’hui? Avez-vous contracté le nouveau coronavirus? L’avez-vous refilé à quelqu’un sans le savoir? À l’ère du déconfinement, obtenir ces réponses rapidement peut faire toute la différence.
   La solution se trouve peut-être dans votre téléphone cellulaire. Grâce aux données GPS ou Bluetooth, la santé publique peut retracer la chaîne de contamination. De nombreux pays le font déjà, comme la Corée du Sud, Singapour et l’Australie.
   Les autorités de santé publique canadiennes trouvent l’outil «intéressant», pour obtenir «les meilleurs moyens de trouver absolument tous les cas, tous les contacts et de faire un bon suivi», indique le docteur Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique du Canada.


Margaret Atwood disait à propos de la surveillance des citoyens :

«Quand les temps sont durs, les gens troquent volontiers leur liberté si quelqu’un leur dit : ‘Je suis un puissant leader et je vais m’occuper de vous’. Si vous vouliez transformer une démocratie en régime totalitaire, vous présenteriez la chose de façon détournée : ‘En vue de préserver votre liberté, vous devrez sans doute la sacrifier pour le moment. Pour préserver la liberté, nous devons la démolir.’»
   Atwood mentionnait avoir ébauché son roman La servante écarlate (The Handmaid’s Tale) en 1984, alors qu’elle vivait à Berlin Ouest, toujours séparée par le mur. «L’empire soviétique était bien installé et ne devait pas s’effondrer avant cinq ans. Chaque dimanche, les Forces de l’air de l’Allemagne de l’Est diffusaient des booms soniques pour nous signaler leur proximité. Durant mes visites dans différents pays du Rideau de fer – Tchécoslovaquie, Allemagne de l’Est – j’ai vécu la défiance, le sentiment d’être toujours épiée, les silences, les changements de sujet, les façons biaisées de transmettre l’information, et cela a eu une influence sur ce que j’étais en train d’écrire. De même que la réaffectation des édifices : ‘cela appartenait à ..., mais ils ont disparu’. J’ai entendu ce genre d’histoires plusieurs fois.»

En quoi consistait la Stasi?
Wikipédia

Le ministère de la Sécurité d’État (Ministerium für Staatssicherheit, MfS), dit la Stasi (abréviation de Staatssicherheit), était le service de police politique, de renseignements, d'espionnage et de contre-espionnage de la République démocratique allemande (RDA) créé le 8 février 1950. Sous tutelle du gouvernement de la RDA, la Stasi était désignée comme «le bouclier et le glaive du parti» (Schild und Schwert der Partei) par la propagande du régime.
   Au moment de sa dissolution, elle comptait environ 91 000 agents officiels et 175 000 informateurs, soit 1 % de la population est-allemande. La Stasi comportait donc 266 000 agents et constituait une surveillance très présente et très efficace mais certains services et certains employés étaient chargés de tâches sans rapport avec la surveillance comme au Département des finances ou au Département armements et services chimiques, ou assuraient d’autres types de fonctions régaliennes que l’espionnage de la population comme le contrôle des passeports et des frontières par le Département principal VI, la répression des fugitifs ayant été coordonnée par un service distinct (le ZKG). Les archives de la Stasi contiennent le fichage de plusieurs millions de personnes, en premier lieu des citoyens de la République démocratique allemande, mais aussi de la République fédérale d'Allemagne et d'autres États étrangers.

«Que lisons-nous dans un dossier personnel de la Stasi?»
Cairn Info   

Quiconque a vécu en RDA savait que la Stasi travaillait avec des espions et connaissait ses méthodes de surveillance comme le contrôle postal, l’écoute des communications téléphoniques, la mise en place de micros dans les locaux, la vidéosurveillance ou encore la filature. En revanche, avant l’ouverture des dossiers personnels, on ne pouvait que spéculer sur l’ampleur et la méticulosité de cette surveillance ; les avis sur la question étaient d’ailleurs très partagés.
   Les protocoles d’écoute sont des transcriptions de bandes magnétiques enregistrées lors de la mise sur écoute de certaines salles ou de certains téléphones ou, encore, lors de vidéosurveillances. Ils demeurent difficiles à lire, notamment parce que le locuteur n’est pas toujours identifié et que certains passages restent incompréhensibles. Le contenu en est généralement politiquement insignifiant. En revanche, ces comptes rendus livrent des renseignements sur les différents de nature privée ayant pu exister entre les personnes surveillées, sur leur état d’esprit et leurs problèmes quotidiens. En fait, les dossiers ne contiennent pas uniquement des éléments relatifs aux discussions entre les personnes placées au cœur de la procédure de surveillance, c’est-à-dire, dans le cas présent, mon ancien mari et moi-même, ni même uniquement des indications sur ce qui se passait dans notre appartement. Ils recèlent aussi des informations sur d’autres personnes, recueillies également en d’autres lieux, mais en rapport avec nous. J’y ai notamment retrouvé la transcription d’une discussion nocturne entre un homme et une femme à propos de l’état de notre couple, et j’ai alors pu lire ce que nos amis avaient dit de nous en notre absence.

Procès verbal d’observation
Deuxième type de documents contenus dans les dossiers personnels, les protocoles d’observation livrent, sur des pages entières, des informations du genre :
   «Cercle II a quitté son immeuble à 8 heures 15 munie du sac à course déjà identifié, elle est entrée à 8 heures 22 dans la boulangerie à l’angle de la rue Dimitroff, elle en est ressortie avec un sac plein à 8 heures 29. Le contenu de celui-ci n’a pas pu être identifié...»
   Ces comptes rendus consignent toutefois toutes les personnes saluées, dans la rue, ou tout simplement ayant échangé un mot avec «Cercle II». Celles-ci étaient ensuite généralement soumises à un contrôle d’identité. La seule chose intéressante dans ces dossiers pour la personne surveillée, c’est d’apprendre à quelle fréquence et à quelles occasions elle a été observée et, plus encore, de découvrir à quels moments elle a effectivement réussi à tromper ses observateurs. Beaucoup d’opposants avaient en effet l’habitude des filatures. Il existait plusieurs «trucs» pour savoir si l’on était l’objet ou non d’une filature, et différentes méthodes pour tenter d’y échapper – lorsque cela s’avérait important. Il était possible notamment de passer par les arrière-cours berlinoises et de ressortir dans une autre rue. Toutefois, ces ruses ne réussissaient pas toujours.

LA DETTE

La question qui hante le petit hamster cérébral des Canadiens :
Pourquoi l’aide massive de l’État, d'où vient l'argent et qui payera la facture?

Le point de vue plutôt optimiste d’un économiste :

Par contre, notre dette envers la terre dépasse notre capacité de rembourser.


Inspiré de l’ouvrage à succès de Margaret Atwood Comptes et légendes (la dette et la face cachée de la richesse), le documentaire La dette de Jennifer Baichwal présente la dette sous une perspective fascinante en la décrivant comme une construction de l’imaginaire, et observe son influence sur les relations, les sociétés, les structures dirigeantes et le sort de la planète.

Réalisé par Jennifer Baichwal - 2011 | 85 min
Anglais / sous-titrage français
Production : Office National du Film du Canada (ONF)

Citations

Margaret Atwood :

Selon la théorie économique appelée «effet de diffusion» : il est bon que les riches s’enrichissent dans la mesure où une partie de leur richesse «tombera» goutte à goutte jusqu’à ceux qui occupent les échelons inférieurs de l’économie. Notons que la métaphore veut qu’il s’agisse non pas d’un déluge, mais d’un robinet qui fuit.
   Que se passe-t-il lorsqu’on ne s’acquitte pas de ses dettes, qu’on n’est pas capable ou qu’on s’y refuse? Que se passe-t-il? Et cette question en soulève une autre : que se passe-t-il lorsque les dettes sont, de par leur nature même, du genre qu’on ne peut pas rembourser avec de l’argent?
   J’ouvre une parenthèse pour réfléchir au mot «vengeance» qui, d’après le dictionnaire Oxford, vient du latin revindicare. Et revindicare est dérivé de vindicare, c’est-à-dire revendiquer, défendre, délivrer et rendre la liberté (à un esclave, par exemple). Ainsi, se venger de quelqu’un, c’est s’affranchir de nouveau. Jusque là, en effet, vous n’êtes pas libre. C’est que vous êtes l’esclave de votre haine obsessionnelle de l’autre, de votre propre désir de vengeance. Le compte à régler est d’ordre psychique, et le genre de dette qu’on ne peut rembourser avec de l’argent est aussi d’ordre psychique. C’est une blessure de l’âme.

Raj Patel :

Où aboutissent les tomates qui viennent d’Immokalee [Floride]? Elles sont partout, de Walmart à McDonald. Elles semblent peu chères dans les supermarchés ou dans les hamburgers. Donc on ne se rend pas compte qu’on est redevables aux ouvriers qui sont payés moins que le salaire minimum et travaillent dans des conditions dégradantes et inhumaines [des conditions extrêmes d’esclavage], parce que cette dette ne s’inscrit jamais dans nos consciences. Comme consommateurs, nous sommes encouragés à ne jamais penser aux procédés de production des biens et services que nous consommons.
   Le système qui a provoqué tout cela, qui nous a promis la prospérité, c’est l’économie de marché (free market). Mais la liberté, dans l’économie de marché, n’est pas pour tous. C’est la liberté de ceux qui ont de l’argent. Dans une économie de marché, vous n’avez que la liberté que votre argent vous procure, et le pouvoir qu’à son tour il vous confère. Si vous êtes pauvre, la liberté n’est pas une chose à votre portée. Donc les agents les plus libres sont les grandes sociétés et les super-riches, le reste d’entre nous, nous vivons avec les conséquences environnementales et sociales de leurs actes.
   Un autre mot pour dette : compensation.

Photo : Jae C. Hong 

Casi Callaway (Mobile Baykeeper Team)

La dette colossale engendrée par l’explosion de la plateforme de BP Oil dans le golfe du Mexique n’est ni remboursable ni compensable. Il faudra encore des décennies avant que golfe ne commence réellement à se remettre de cette catastrophe. Le montant «compensatoire» versé par BP était ridicule. 
   Premièrement, ils auraient dû retirer le pétrole : utiliser les bateaux disponibles pour siphonner tout le pétrole qu’ils trouvaient dans le golfe. Deuxièmement, il aurait fallu faire brûler ce pétrole. Et troisièmement, peu importe ce qu’ils tentaient de faire, il n’aurait pas fallu les laisser utiliser des dispersants chimiques – c’est mauvais, c’est toxique, c’est poison, et c’était la pire chose qu’ils pouvaient faire. Et ils l’ont fait, pas seulement en surface mais jusqu’au fonds.

William Rees :

Les humains sont devenus une race dévoyée. On partage avec d’autres espèces deux caractéristiques écologiques importantes. La première est la tendance à remplir entièrement tout habitat accessible. La deuxième est la tendance à utiliser toutes les ressources disponibles. Mais on est la seule à avoir enlevé le couvercle de la marmite pour nous permettre de croître indéfiniment.
   Presque tous les pays vivent dans un état qu’on appelle de «déficit écologique». Ils dépassent leur capacité domestique, leur biocapacité. Donc, chaque année, comme ils sont dans cet état de dépassement, leur déficit augmente et s’ajoute à la dette écologique, que l’on pourrait comparer à la partie de l’écosphère qui a été appauvrie suite à la surexploitation humaine.
   La simple réalité est que la plupart des pays riches sont ceux qui contribuent le plus au déficit écologique annuel et à la dette écologique croissante qu’on les humains envers la planète. Et franchement, on n’a plus d’autre choix que de reculer.

11 avril 2020

Fête de Pâques virtuelle

Dieu ne serait pas Dieu s’il ne sauvait pas les humains du coronavirus... à moins qu’il ne veuille délibérément les punir pour leurs péchés. 

Des leaders religieux fondamentalistes laissent entendre que la prière fera disparaître la pandémie et certains encouragent même les fidèles à se réunir en grand nombre à Pâques pour défier Satan, qui, selon eux est à l’origine du fléau.

Caricature : Serge Chapleau, La Presse 21.03.2020 

En réalité, ces leaders et prêcheurs religieux poussent les croyants vers un suicide collectif. C’est criminel!  

Si la prière marchait, on n’aurait pas besoin de composer le 911 

La prière peut certes réconforter moralement les croyants, mais respecter les mesures de protection sanitaire et éviter les rassemblements seront plus efficaces pour limiter la propagation du coronavirus. 

Dieu ne vous protège pas contre ce virus
Alexandre Sirois / La Presse 10 avril 2020

Alors qu’au Québec, les communautés chrétiennes ont innové en prenant un virage numérique, aux États-Unis, des pasteurs rejettent les mesures de distanciation sociale. L’un de ces illuminés, Tony Spell, a été arrêté pour avoir réuni des centaines de fidèles dans son église de Baton Rouge en Louisiane. Défiant, il s’est empressé de récidiver.
   Encore plus loufoque, le télévangéliste texan Kenneth Copeland (multimillionnaire, précisons-le) est pour sa part persuadé qu’il a contribué à éliminer le virus en «soufflant le vent de Dieu» dessus! Rien de moins!
   Expert de la droite religieuse américaine, André Gagné n’est pas surpris le moins du monde des réactions de certains pasteurs et de leurs fidèles. On est ici au cœur de l’héritage des courants fondamentalistes qui ont émergé à la fin du XIXe siècle «en réaction à la modernité», explique-t-il.
   Non seulement ils prennent la Bible au pied de la lettre, mais leur interprétation est parfois à géométrie variable. «On en fait une espèce de lecture pêle-mêle. On prend à droite et à gauche des passages qui citent des promesses de protection divine de victoire sur la maladie et on les applique directement à sa vie», résume l’expert.
   Généralement, on se contente de balayer les lubies de ces intégristes d’un revers de main. La situation actuelle demande une plus grande vigilance. Leur attitude n’est pas sans conséquence. Elle va à l’encontre non seulement de leurs intérêts, mais aussi de ceux de leurs concitoyens.
   La crise actuelle agit comme un révélateur. Les dérives de l’obscurantisme religieux sautent aux yeux.


Caricature : Serge Chapleau, La Presse 02.04.2020

Donc en fin de semaine, Dieu, Jésus, les apôtres et François communiqueront par vidéoconférence avec les fidèles.


Images via The Thinking Atheist  

Aucune question n’échappait à l’examen minutieux du génie Hugo.

À qui donc sommes-nous
Victor Hugo (1802-1885)

À qui donc sommes-nous? Qui nous a? qui nous mène?
Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine?
Oh! parlez, cieux vermeils,
L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre?
Chaque rayon d'en haut est-il un fil de l'ombre
Liant l'homme aux soleils?

Est-ce qu'en nos esprits, que l'ombre a pour repaires,
Nous allons voir rentrer les songes de nos pères?
Destin, lugubre assaut!
Ô vivants, serions-nous l'objet d'une dispute?
L'un veut-il notre gloire, et l'autre notre chute?
Combien sont-ils là-haut?

Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre,
Deux joueurs effrayants apparaissaient dans l'ombre.
Qui craindre? qui prier?
Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres
Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres
Sur le noir échiquier.

Songe horrible! le bien, le mal, de cette voûte
Pendent-ils sur nos fronts? Dieu, tire-moi du doute!
Ô sphinx, dis-moi le mot!
Cet affreux rêve pèse à nos yeux qui sommeillent,
Noirs vivants! heureux ceux qui tout à coup s'éveillent
Et meurent en sursaut!

Recueil : Les contemplations (1856)

6 avril 2020

Avons-nous le droit de savoir?

«L’obligation de subir nous donne le droit de savoir.»
~ Jean Rostand, biologiste et philosophe

Que signifie «aplatir la courbe» de propagation du coronavirus dont ne cesse de parler le Dr Horacio Arruda?
   Toutes les réponses aux questions que l’on se pose à ce sujet et plus; en 20 minutes et compréhensible pour les nuls comme moi. Avec en bonus un aperçu de ce que la crise climatique pourrait nous réserver en matière d’attaques virales :  
Coronavirus interview exclusive : Un chercheur du CNRS décrypte l’épidémie pour vous. Invité : François Renaud, chercheur du CNRS au laboratoire de maladies infectieuses.

Rostand disait aussi :
On tue un homme, on est un assassin  
On tue des milliers d'hommes, on est un conquérant  
On les tue tous, on est Dieu

Ndlr : ou un méchant virus...  

Les humains ont tendance à se croire invincibles et reconnaissent difficilement l’éventualité de leur propre déchéance ou mort, même en temps de pandémie galopante. Tout le monde espère que les choses reprendront comme avant, une fois la «courbe aplatie».
   Le mode de vie terrestre actuel est basé sur un système de croyances qui soutient que l’être humain doit essayer de rester sur terre dans son corps à tout prix (à ses propres dépens et ceux des autres); que le succès consiste à accumuler le plus de «trucs» possible; qu’il faut tout faire pour se sentir heureux (avoir du plaisir) en tout temps – une quête sans fin d’expériences et de distractions, certaines bonnes, d’autres mauvaises. Notre monde établi sur la satisfaction immédiate a généré une consommation effrénée bien planifiée par les promoteurs de l’économie de marché.
   Le confinement offre à chacun la possibilité de cesser de «faire, faire, faire» et de simplement «être». Ne rien faire permet de réfléchir à toutes les absurdités que l’on considère comme acceptables, importantes et nécessaires dans notre monde hyper matérialiste. Pour plusieurs, l’expansion de la pandémie représente un retard gênant au retour à la normale qu’ils souhaitent désespérément. Ils ne réalisent pas que la vie ne sera jamais plus la même. Peut-être qu’une forme d’évolution de conscience émergera. Sommes-nous en train de découvrir la différence entre l’essentiel et le superficiel (l’inutile)?
   Il est nécessaire de stopper, du moins temporairement, cette quête du «toujours plus» qui dans la tête de plusieurs signifie encore être supérieurs et donne le droit de polluer et de nuire à la vie et à la santé de la planète. En finir avec cette tendance et nous occuper sérieusement de la qualité de l’eau, de l’air et de la nourriture (qui en ce moment nous empoisonnent), devraient nous pousser à agir. Si ces questions sont désormais acceptées par certaines grandes entreprises c’est simplement parce qu’elles augmentent leur bénéfices (le faux vert, ou new green deal, est propulsé par la même cupidité entrepreneuriale). Le vieux système «tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à moi, je le garde» ne peut plus continuer. Si les vieux concepts et les vieilles croyances subsistent, les humains trouveront d’autres moyens de se détruire mutuellement et de détruire la planète pour le profit et le gain.

Malheureusement, certains spécimens humains restent foncièrement égoïstes, déraisonnables et inaptes au partage, à l’altruisme. On l’a vu avec des commandes de masques médicaux bloqués à la frontière canadienne ou carrément "volés" dans des ports – le transporteur ne respecte pas son contrat et vend au plus offrant.
   Et puis, l’histoire suivante  inquiéte car elle augure d’éventuels dérapages haineux dus à la frustration :

Agression à Sherbrooke: l’agent de sécurité toujours dans un état critique
L’agent de sécurité fauché par un client frustré par les mesures de distanciation samedi à Sherbrooke luttait toujours pour sa vie lundi matin. Son agresseur, le chauffard Nacime Kouddar, doit comparaître à nouveau en après-midi pour faire face à trois chefs d’accusation au palais de justice de Sherbrooke. L’accusé de 25 ans a déjà brièvement comparu dimanche pour des accusations d’agression armée avec un véhicule, de voies de faits graves et de délit de fuite.
   L’inexplicable agression s’est produite samedi à 17 h dans le stationnement du Walmart des Galeries Quatre-Saisons à Sherbrooke. L’accusé voulait faire ses courses avec sa conjointe, alors que le règlement ne permet qu’un client par véhicule. L’agent de sécurité Philippe Jean s’est donc interposé pour faire respecter la mesure et a demandé aux clients de partir.
   «Le client frustré a directement foncé avec son véhicule sur l’employé le traînant même sur le capot sur plusieurs mètres. Le conducteur a effectué une manœuvre pour faire tomber l’homme qui a subi de très graves blessures à la tête», a indiqué le Service de police de Sherbrooke dans un communiqué. [...]


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«La pandémie nous fait réaliser qu’on est «en train de toucher à des limites qu’on ne doit pas dépasser», illustre le militant écologiste [Dominic Champagne]. ... La littérature climatique nous dit qu’il y a dans le pergélisol actuellement des quantités importantes de bactéries, de virus, qui sont gelés là, qui n’ont jamais cohabité avec l’humanité et qui représentent en quelque sorte une bombe à retardement avec le réchauffement de la planète. Donc, il y a des menaces, réelles, qu’on vit dans notre chair. ... Il faudrait que la crise dure assez longtemps pour avoir des conséquences profondes pour nous obliger à des changements de comportements pour le mieux, pour une vie plus saine. Devant la nature, on se retrouve bien humble devant la multiplication des sécheresses, des inondations, des cataclysmes, et là on a déjà commencé à toucher à cette humilité-là avec ce virus invisible. ... Depuis déjà quelques semaines, certains se réjouissent en tout cas de voir l’environnement s’assainir, du fait du confinement de la population et de la fermeture des entreprises... Ce qu’on vit actuellement n’est pas de l’ordre de la décision. La nature nous impose des changements de comportements et une prise de conscience. Souhaitons que cette expérience nous permette de prendre des décisions qui sont à la hauteur des défis auxquels nous faisons face.»


AVONS-NOUS LE DROIT DE SAVOIR? 

La Chine nous a-t-elle induits en erreur?
Mylène Crête à Québec
Le Devoir / 4 avril 2020

Des sources au sein du renseignement américain ont remis en doute mercredi les statistiques du gouvernement chinois sur l’ampleur de l’épidémie de coronavirus, selon l’agence Bloomberg. Quelques jours auparavant, l’urgentiste français Patrick Pelloux dressait le même constat sur les ondes de Radio-Canada. Or, depuis janvier, politiciens et experts de la santé publique s’appuient en partie sur l’expérience chinoise pour réagir à la pandémie. Comment se fier à ces premières données colligées par un gouvernement autoritaire? «On pense que les Chinois nous ont menti sur les chiffres, en fait, a lâché M. Pelloux mardi au micro de Patrick Masbourian. On pense que sur la gravité, ils nous ont menti.»


State of the ark (cover); Lee Durrell, Gaia Books Limited, 1986

Le pari et les périls de la transparence
Daniel Thibeault
Radio-Canada Info / 3 avril 2020

La question a été posée à Justin Trudeau de différentes façons une bonne demi-douzaine de fois lors du point de presse de jeudi. Quand le gouvernement fédéral va-t-il rendre publics les scénarios de propagation de la COVID-19?
[...]
   «La population en général n’a pas les outils pour être capable de bien interpréter ces données scientifiques», explique Simon Lapierre, professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université d'Ottawa. «C’est un équilibre à trouver : [...] fournir suffisamment d'information [...] pour que les gens puissent se faire une tête et qu’ils aient l’impression qu’on ne leur ment pas, qu’on leur donne l’heure juste.»
   Justin Trudeau doit donc trouver comment entretenir la transparence sans créer la panique, et éviter surtout d’être accusé de cacher la réalité aux Canadiens. En donner assez pour qu’ils comprennent; en donner assez surtout pour éviter les surprises si les choses devaient empirer.
   La seule donnée mise de l’avant par le fédéral jusqu’ici, c’est la possibilité que de 30 à 70 % des Canadiens soient infectés. [...]
   L’autre élément qui vient peut-être alimenter le peu d'empressement que semble avoir le fédéral, c’est la docilité de la population. «Les Canadiens respectent assez bien les règles», soulignait une personne impliquée dans la réflexion, qui ajoutait du même souffle que le gouvernement avait toujours l’intention de dévoiler ses projections, «correctement». [...]
   Mais cette docilité pourrait être mise à rude épreuve d’ici quelques jours, alors que les journées rallongent et que le soleil gagne en vigueur. Après plus de deux semaines d’isolement, l’idée d’un grand bol d’air frais pourrait bien l’emporter sur celle de respecter les consignes de la santé publique.
   Un scénario catastrophe, avec lequel arrive rapidement le risque d’une deuxième voire même d’une troisième vague et où les restrictions que nous apprivoisons à peine deviennent la norme pour plusieurs mois.
   De lourdes conséquences que les gouvernements souhaitent éviter à tout prix. Peut-être que dans ce contexte, se faire expliquer un scénario où des milliers risquent de mourir devient le traitement-choc qui permettra de traverser la crise en limitant les dégâts.


L’insoutenable inutilité de l’être
Josée Blanchette
Le Devoir / 3 avril 2020

Serions-nous, avec cette crise, en train de réinventer la définition même de l’utilité ? De soupeser le salaire d’un joueur de football sur la balance désinfectée d’une caissière d’épicerie ? De revoir les services «essentiels» (relatifs au fait d’être, essentialis en latin). L’être fait-il un retour après des décennies d’avoir? Les dimanches nous seront-ils rendus comme autant de doux carêmes?
[...]

JOBLOG
La loterie de la vie
J’ai conversé avec l’éthicienne clinique Delphine Roigt, qui a planché sur les protocoles éthiques qui seront appliqués dans les hôpitaux advenant une pénurie de respirateurs et une saturation aux soins intensifs. «Oui, ce sera attribué à qui a le plus de chances de s’en sortir. Ce n’est pas une question d’âge. Entre un MPOC (maladie pulmonaire obstructive chronique) diabétique de 60 ans et un de 80 en pleine forme, on choisira le second. Dans un contexte de pénurie des ressources, ce sont les conditions cliniques qui priment.» Et advenant un match à égalité? «Ce sera pile ou face avec un algorithme. Pour que le personnel médical n’ait pas l’odieux de prendre une décision et de devoir vivre avec ça.» L’intelligence artificielle fera le sale boulot. Mais au-delà de ces scénarios déchirants, Delphine Roight souligne combien notre société n’est pas préparée à la mort, à sa planification, au deuil. «80 % des cas d’acharnement thérapeutique ne viennent pas des médecins, mais des familles. Les gens ne réalisent pas la violence derrière une réanimation. Et seulement 10 % s’en sortent sans séquelles. En fait, les gens s’accrochent à leurs proches parce qu’ils ont peur d’être abandonnés.»

Commentaire de Pierre Samuel (internaute) : Je lisais récemment le magnifique essai, Pièces d'identité, édition Leméac, 2017, de l'émérite journaliste-fondateur de l'Actualité, Jean Paré, d'une érudition époustouflante, abordant tous les aspects de la vie et de la mort. Concernant celle-ci notamment (p. 342) : «La mort est-elle absurde? Seulement parce que nous avons inventé l'éternité comme un possible. Elle n'est pas plus absurde que la feuille qui tombe, la dérive des continents, la vitesse de la lumière.»


À quoi ça sert, un foutu microbe?
Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur
La Presse / 4 avril 2020

[...] Forts de toutes ces informations, revenons maintenant à notre question. À quoi ça sert, un foutu virus? Il sert à occuper simplement la place qui lui revient dans la biosphère sans se préoccuper de l’utilitarisme humain. Les virus sont peut-être aussi là pour enseigner l’humilité à ce bipède qui s’attribue le droit de vie et de mort sur le reste de la création. De temps en temps, ils nous servent un avertissement pour nous rappeler que ce n’est pas bien de se prendre pour le nombril du monde. Surtout depuis que les microbiologistes nous ont appris que le nombril humain était une sorte de forêt vierge qui pouvait abriter jusqu’à 2300 espèces de microbes différents.
   J’espère de tout cœur que cette pandémie marquera au moins le début d’une remise en question sur notre place dans la création. Sans enlever la douleur aux victimes, ce serait au moins une façon de transformer tous ces drames familiaux, larmes et vagues à l’âme laissés par le virus sur son sillage en un élan de changement positif. Autrement dit, j’espère que cette menace nous poussera vers une relation plus respectueuse et durable avec la biosphère. Autrement, si nous pensons que cette turbulence n’a aucun lien avec la crise écologique et environnementale engendrée par ce que certains appellent notre capitalocentrisme, c’est que nous n’avons pas entièrement compris ce triste message.


Coronavarice
François Audet
Directeur, Institut d’études internationales de Montréal, UQAM
La Presse / 1er avril 2020

Alors que l’on commence à peine à saisir l’ampleur de l’épidémie, mais surtout, des transformations profondes qui nous attendent au lendemain d’une éventuelle victoire, nous sommes forcés de constater que nous n’avons pas encore bien compris l’origine de cette épidémie.
   Au-delà de l’épidémiologie et des enjeux de santé publique à la source de ce nouveau virus, cette épidémie est essentiellement le fruit de notre aveuglement volontaire à toutes les conséquences de notre surconsommation et de notre incapacité à faire des compromis dans nos modes de vie. Parce qu’investir dans l’inutile finit par coûter cher. En somme, c’est le prix que nous payons pour cette mondialisation asymétrique, inconsciente et effrénée.
   Sérieusement, pendant combien de temps pensions-nous vraiment que nous aurions pu maintenir ce rythme? Quand on est rendu à faire la queue au sommet de l’Everest comme chez Ikea un jeudi, à construire des hôtels et des glissades d’eau sur les dernières plages vierges et les sites protégés de la planète, à couper les dernières forêts pour le «profit». Sérieusement? [...] 
   Là, vous me dites, quel est le lien? La corrélation est pourtant simple. Au lieu de penser à qui nous sommes, nous agissons pour ce que nous voulons. «Everything now», comme le chantent si bien mes amis d’Arcade Fire. Alors que nos ressources et notre génie auraient dû être investis dans la recherche, dans la santé, dans l’éducation, dans la coopération et l’aide internationale ainsi que dans la prévention, on a préféré le plastique cheap, le kérosène des avions et le clientélisme.

Quelles sont les solutions?
Il en existe plusieurs. Elles seront douloureuses et passent toutes par le même chemin : modifier complètement notre mode de vie, notre mode de consommation, nos voyages, et nos investissements sociaux.
   Le salut passera par notre système d’éducation qui doit enseigner la pensée critique. [...]


Quoiqu’il arrive dans les jours qui viennent, profitez-en donc pour faire tous les roupillons (cat nap) que vous ne vous êtes jamais permis par crainte de passer pour paresseux ou paresseuse. C’est jouissif, quelle que soit l'heure du jour! 


2 avril 2020

Pas à pas vers l’inconnu...

«L'amour demande un peu d'avenir, et il n'y avait plus pour nous que des instants.» ~ Albert Camus (La peste, 1947)

Pour l’avenir

En plantant des arbres au début du printemps,
nous offrons aux oiseaux un lieu pour chanter
dans le futur.
Comment le savons-nous?
Ils chantent ici maintenant.
Il n'y a aucune autre façon
de s’assurer de leurs chants.

© Poèmes de Wendell Berry

Photo : pigeons ramiers (photographe inconnu)

«S’ils se savaient plus éphémères, peut-être que les gens s’arrêteraient pour regarder pousser les pierres tombales dans les cimetières.»
~ Josée Blanchette, Le Devoir 24 juillet 2015  

Essayons de rester dans le présent et de relativiser un peu.  

Un texte inspirant cueilli  sur le site de Maria Popova*.

Avancer dans un univers incertain 


Nous fabriquons des choses et les semons dans le monde, sans vraiment savoir – souvent sans savoir du tout – qui elles atteindront et comment elles s'épanouiront dans d'autres cœurs, comment leur signification se déploiera dans des contextes que nous n'avons jamais imaginés.

Aujourd'hui, je vous propose quelque chose d'un peu différent de l'habituel, ou plutôt d’accessoire, en ces temps inhabituels : il y a quelques jours, j'ai reçu une note émouvante d'une femme qui avait lu Figuring et revisité la dernière page – cela l'aidait, disait-elle, à vivre la terreur et la confusion de ces temps incertains. Je me suis dit que j'allais partager cette page – qui vient après 544 autres, retraçant des siècles d'amours et de pertes humaines, d'épreuves et de triomphes, qui nous ont donné certains des couronnements de notre civilisation – au cas où cela aiderait quelqu'un d'autre :

    Pendant ce temps, quelque part dans le monde, quelqu'un fait l'amour et un autre un poème. Ailleurs dans l'univers, une étoile, dont la masse est plusieurs fois celle de notre soleil de troisième ordre, vit ses derniers instants dans une folle vrille avant de s'effondrer dans un trou noir, son expiration faisant plier l'espace-temps lui-même en un puits de néant qui peut avaler chaque atome qui nous a touchés et chaque donnée que nous avons produite, chaque poème, chaque statue et chaque symphonie que nous avons connus - un spectacle entropique insensible aux questions de blâme et de miséricorde, dépourvu de raison.
    Dans quatre milliards d'années, notre propre étoile suivra son destin, s'effondrant en une naine blanche. Après tout, nous n'existons que par hasard. Le Voyager naviguera encore dans l'espace interstellaire sans rivage, sur les ailes des «brises célestes» que Kepler avait jadis imaginées, portant Beethoven sur un disque d'or fabriqué par une civilisation symphonique qui, il y a longtemps, faisait l'amour, la guerre et les mathématiques sur un lointain point bleu.
    Mais jusqu'à ce que ce jour arrive, rien de ce qui a été créé ne nous quitte jamais complètement. Les graines sont plantées et fleurissent des générations, des siècles, des civilisations plus tard, en migrant à travers les coteries, les pays et les continents. Pendant ce temps, les gens vivent et meurent - dans la paix alors que la guerre fait rage, dans la pauvreté et le discrédit alors que la gloire latente attend, avec beaucoup de choses qui ne se rencontrent jamais plus, dans l'amour naufragé.
    Je vais mourir.
    Vous allez mourir.
    Les atomes qui se sont blottis pour un clignement cosmique autour de l'ombre d'un moi retourneront aux mers qui nous ont faits.
    Ce qui survivra de nous, ce sont des graines et des poussières d'étoiles sans rivage.»

* Maria Popova est autrice, critique culturelle et blogueuse

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Version originale

Figuring Forward in an Uncertain Universe

We make things and seed them into the world, never fully knowing – often never knowing at all – whom they will reach and how they will blossom in other hearts, how their meaning will unfold in contexts we never imagined.

Today I offer something a little apart from the usual, or sidelong rather, amid these unusual times: A couple of days ago, I received a moving note from a woman who had read Figuring and found herself revisiting the final page – it was helping her, she said, live through the terror and confusion of these uncertain times. I figured I’d share that page – which comes after 544 others, tracing centuries of human loves and losses, trials and triumphs, that gave us some of the crowning achievements of our civilization – in case it helps anyone else:

    Meanwhile, someplace in the world, somebody is making love and another a poem. Elsewhere in the universe, a star manyfold the mass of our third-rate sun is living out its final moments in a wild spin before collapsing into a black hole, its exhale bending spacetime itself into a well of nothingness that can swallow every atom that ever touched us and every datum we ever produced, every poem and statue and symphony we’ve ever known – an entropic spectacle insentient to questions of blame and mercy, devoid of why.
    In four billion years, our own star will follow its fate, collapsing into a white dwarf. We exist only by chance, after all. The Voyager will still be sailing into the interstellar shorelessness on the wings of the “heavenly breezes” Kepler had once imagined, carrying Beethoven on a golden disc crafted by a symphonic civilization that long ago made love and war and mathematics on a distant blue dot.
    But until that day comes, nothing once created ever fully leaves us. Seeds are planted and come abloom generations, centuries, civilizations later, migrating across coteries and countries and continents. Meanwhile, people live and people die – in peace as war rages on, in poverty and disrepute as latent fame awaits, with much that never meets its more, in shipwrecked love.
    I will die.
    You will die.
    The atoms that huddled for a cosmic blink around the shadow of a self will return to the seas that made us.
    What will survive of us are shoreless seeds and stardust.