10 juin 2019

Jouer sur tous les fronts

L’industrie du spectacle joue sur tous les fronts. Ce que j’ai vu des commémorations du Jour J «pour éviter de répéter les erreurs du passé» ne m’ont pas convaincue. On pourrait facilement conclure que ces parades sont des shows de boucane puisque derrière les paroles vertueuses, les budgets alloués aux dépenses militaires ne cessent d’augmenter. Imaginer un monde en paix est aussi illusoire qu’imaginer un monde sans pauvreté, puisque guerre et pauvreté sont indissociables (sur fond de croissance économique au-dessus de tout).

Extrait d’un article de François Brousseau (ICI Radio-Canada, 7 juin 2019) :

Lors d'un discours, le premier ministre canadien Justin Trudeau a évoqué «l'histoire des gens ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver celles des autres, pour sauver un monde au bord du gouffre».
   «Ensemble, les Alliés ont entrepris de rebâtir un monde fracturé, pour éviter de répéter les erreurs du passé, entre autres en érigeant des forums qui encourageaient le dialogue et la collaboration. Les célébrations d’aujourd’hui ne sont pas seulement pour se souvenir du sacrifice fait il y a 75 ans par tant de jeunes soldats qui se retrouvaient loin de chez eux, mais bien les idéaux pour lesquels ils combattaient. C'est maintenant à nous de bâtir un monde digne de ceux qui ont tant sacrifié il y a 75 ans.»

Des commémorations très politiques en Normandie
[...] L’Histoire est politique, et la façon d’en parler est toujours un peu soumise aux points de vue des uns et des autres, et à leurs intérêts.
   C’est ce qu’écrivait le 6 juin le directeur de la rédaction du journal Libération, Laurent Joffrin, qui parlait d’une «hypocrisie» et même d’une «trahison» dans le traitement qu’on fait de cet événement.
   Cela dit, le temps fait son œuvre. Les belles commémorations, les paroles convenues, voire hypocrites, dans la bouche d’un Trump, d’un Macron ou d’un Trudeau, ne signifient pas forcément que le travail de mémoire fonctionne automatiquement.
   Dans un monde qui valorise l’instant présent, où la mémoire est courte, où les rumeurs peuvent remplacer l’information, où les citoyens ne sont pas toujours «éduqués» au sens classique, rien ne garantit qu’on puisse empêcher ad vitam la tragédie de se répéter.
   Dans un article publié par Le Monde le 7 juin, Bertrand Legendre, écrivain et professeur à l’Université Paris-13, dit craindre que le «spectacle» ne l’emporte sur le fond, favorisant l’oubli. Que le commerce, le tourisme, les reconstitutions à grand déploiement «plus-vraies-que-nature», le trafic des reliques, la guerre comme spectacle, que tout cela ne finisse par miner le vrai travail sur la mémoire.
   «On en vient à se demander, écrit-il, ce que commémorations et tourisme mémoriel font à l’histoire et à la mémoire. Le parallèle peut être établi avec diverses tendances à l’œuvre dans les industries culturelles : star-system, médiatisation, mise en spectacle, produits dérivés, reproduction à grande échelle... autant de modalités par lesquelles l’économie prend le pas sur la culture.»

Article intégral :

Crédit : Sean Kilpatrick 

Quand une guerre s’achève, une autre commence ailleurs. Il n’y a pas d’ennemis? Eh bien, on en trouvera! Car c’est payant. Si l’économie d’un pays dépend de la vente d’armes et de la guerre, on peut légitimement douter des prétendus accords de paix. «Notre objectif est de tuer l’ennemi. Soit-dit entre nous, la plupart de ces gens sont destinés à mourir, alors, aidons-les. La guerre est match de football, c’est mathématique. Et, nous transformons le sang en argent», disent les développeurs de stratégies militaires. Conclusion : les guerres ne cesseront qu’avec l’extinction de l’espèce humaine. 

«Regardons à nu la cupidité d’une part, la crédulité et l’ignorance de l’autre, qui ont construit ce monde où l’air, l’eau, la terre, les aliments, le silence même, sont pollués; où les gadgets remplacent les réalités; où les tensions et les frustrations causées par une démographie incontrôlée préparent les guerres «absolues» de l’avenir... Trop nombreux dans un sac de farine, les charançons s’entre-dévorent.» ~ Marguerite Yourcenar

Sur l'ensemble de l'année 2018, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à 1822 milliards de dollars, un bond de 2,6 % sur un an. C'est la deuxième année consécutive que ces dépenses augmentent, ce qui les porte à leur plus haut niveau depuis 1988. En 2017, elles avaient enregistré une hausse de 1,1 %. Elles sont tirées vers le haut par les États-Unis et la Chine. Ces deux puissances totalisent la moitié des dépenses militaires mondiales (SIPRI Arms & Military Expenditure).

«Les armements, la dette universelle et l'obsolescence programmée sont les trois piliers de la prospérité occidentale. Si la guerre, le gaspillage et les usuriers étaient abolis, vous vous effondreriez.» ~ Aldous Huxley (in Ile, 1962)

Classement des dix plus importants budgets militaires en 2018
En milliards de dollars  
   1. États-Unis : 649
   2. Chine : 250 *
   3. Arabie saoudite : 68 *
   4. Inde : 67
   5. France : 64
   6. Russie : 62
   7. Royaume-Uni : 50
   8. Allemagne : 50
   9. Japon : 47
  10. Corée du Sud : 43
* Estimation

En quoi consiste l’arsenal?
(Aperçu non exhaustif)

Terre – char d'assaut; véhicule blindé de combat; véhicule de transport de troupes; véhicule de combat d'infanterie; char de combat; chasseur de chars; chenillette; canon automoteur; véhicule militaire blindé; motos militaires

Air – avions de combat : chasse, interception; attaque au sol; guerre électronique; bombardement tactique ou stratégique
– avions de soutien : reconnaissance surveillance, patrouille maritime; transport de troupe, de matériel; largage de parachutistes; école, entraînement; ravitaillement en vol   
   L'aviation militaire (terrestre et aéronavale) est très émettrice de gaz à effet de serre. Comme tous les carburants, ceux des avions peuvent contenir des additifs toxiques et polluants. Les produits (antigels, produits de nettoyage...) peuvent aussi contribuer à polluer les sols des aérodromes militaires et de leurs environs. Un avion en difficulté se débarrasse généralement de son carburant avant un atterrissage en urgence, souvent au-dessus d'une forêt ou d'une zone agricole ou de la mer, pour éviter de polluer les villes. Les munitions des avions et hélicoptères sont aussi sources de pollution lors de leur usage, des exercices ou en fin de vie si elles ne sont pas démantelées dans les meilleures conditions.

Mer : porte-avions ou porte-aéronefs; frégate anti-aérienne ou de défense aérienne, anti-sous-marine ou de surveillance; corvette, aviso ou patrouilleur; bâtiment de débarquement ; bâtiment de guerre des mines; sous-marin; bâtiments de soutien logistique, de ravitaille
   En 2018, on estimait que 1240 navires de guerre étaient opérationnels dans le monde.

MOINS DE BOMBES, PLUS D’ÉDUCATION!

...nous fermerons des prisons et limiterons la prolifération des guerres...  

En janvier dernier, Raymond Saint-Pierre prenait sa retraite pour des raisons de santé. Quel dommage, il comptait parmi mes journalistes préférés. Non seulement pour la qualité de ses reportages à l’étranger, mais aussi pour sa voix calme et chaleureuse qui me rappelait celle de Philippe Noiret. Cela contrastait avec les reportages lus d’un ton sec, impersonnel, froid et expéditif – reçus comme des balles de Kalachnikov. J’espère que sa santé s’améliore et que nous aurons l’occasion de l’entendre à nouveau.

«La bête n’est jamais bien loin de l’homme»
Entrevue avec Raymond Saint-Pierre à Samedi et rien d’autre | 2 février 2019

À l'aube de la retraite, le correspondant de Radio-Canada pose un regard lucide sur les conflits du monde. Ses reportages dans de nombreuses zones de tension lui ont appris que, dans les guerres opposant les nations ou les religions, l'homme le plus bienveillant peut se transformer en monstre. «L'éducation demeure l'instrument le plus efficace pour éviter les guerres», constate Raymond Saint-Pierre.
   Il a été attaqué en pleine nuit au Zaïre (République démocratique du Congo), frémissant sous le bruit assourdissant d’une kalachnikov. Il a sauté dans le blindé des soldats canadiens en Afghanistan, non sans y vivre une certaine frousse. Il a observé, impuissant, des collègues se faire blesser gravement dans l'exercice de leurs fonctions. Jamais ces situations n'ont découragé Raymond Saint-Pierre d'exercer le journalisme en zone de guerre. «C’est nécessaire et essentiel de fournir aux Canadiens cette information internationale de qualité», affirme-t-il.
   Même s'il a été plus souvent qu'à son tour en contact avec le versant sombre de l'humanité, il n'a jamais cessé de croire que l'être humain peut s'améliorer par l'éducation.
   Il a aussi été un témoin attentif des actions menées par le Canada à l'étranger. C'est l'un de ses sujets de prédilection, même si les médias ne s'y intéressent pas assez à son goût.
   «J’ai toujours voulu couvrir le travail des Casques bleus. C'est important de savoir ce qu'ils font, à quoi sert leur travail et dans quelles conditions ils l'exercent ainsi que comment le pays les soutient. C’est important d’aller voir quelle image ils donnent de nous à l'étranger et ce qu’ils accomplissent. Ça nous concerne hautement.» Raymond Saint-Pierre, correspondant retraité de Radio-Canada
   Ce n'est pas une rare maladie auto-immune qui enlève à Raymond St-Pierre son sourire et sa vivacité d'esprit!

Audiofil :

Quelques suggestions pour en savoir plus sur ce journaliste d’exception.

Raymond Saint-Pierre, un homme et ses lunettes sur le monde
Un texte d'Anne Marie Lecomte | 30 janvier 2019

«L'étranger, ce n'est pas un cliché. L'étranger, ce sont des gens qui vivent comme nous. Il faut essayer d'expliquer et de faire comprendre pourquoi ils sont comme ça à nos gens à nous.» (Raymond Saint-Pierre, au micro de Marc Laurendeau sur ICI Première en 2012)  

Photo : Gracieuseté Raymond Saint-Pierre. Raymond Saint-Pierre après avoir été légèrement blessé en Syrie, non loin de la frontière turque, en mai 2016.

«C'est quelqu'un qui ne se contente pas de décrire la situation, il en tire la signification», dit le journaliste Marc Laurendeau à propos de Raymond Saint-Pierre. De la chute du mur de Berlin à la mort de Deng Xiaoping, le correspondant à l'étranger de Radio-Canada nous a fait comprendre le monde à travers ses lunettes rondes et son regard perçant.

Un jardin vaste comme la planète
Celui qui a été à la barre du Téléjournal 22 h pendant plus de 30 ans ne tarit pas d'éloges sur son ancien collègue. «Je le mets à un très haut échelon, parmi les plus grands correspondants dans l’histoire de Radio-Canada/CBC, de la trempe des Joe Schlesinger Il a fait le tour du jardin... De la planète jardin.» (Bernard Derome, journaliste et ex-présentateur du Téléjournal 22 h à Radio-Canada)
   «Érudit, affable, ironique sans être cynique, Raymond Saint-Pierre n’est pas un prétentieux. Avec lui, il n’y a pas de grands coups de toge, décrit Bernard Derome. C’est la simplicité même.»
   Quand on demande à Raymond Saint-Pierre quelle est l’affectation qu’il ne voudrait jamais avoir à refaire, il parle de ces enfants d’orphelinats de Roumanie et d’Angola si mal en point que, de désespoir, ils se tapaient la tête contre les barreaux de leur lit-prison. Les caméramans qui l’accompagnaient lors de ces reportages terribles pleuraient tout en filmant, dit-il. «Il n’y a rien qu’on puisse faire, il n’y a rien qu’on va faire... Sauf montrer, en espérant que ça va peut-être donner un petit quelque chose. Ça marque», dit-il simplement.

Article intégral et vidéos :

Entrevue de 52 minutes à l’émission Les grands entretiens

Raymond Saint-Pierre, un globe-trotter au service de l’information
«On est toujours journaliste. On ne peut pas dire : "J'arrête d'être journaliste." C'est une vie; ce n'est pas un métier», affirme Raymond Saint-Pierre. Après plus de 40 ans de carrière, le journaliste tire sa révérence contre son gré, foudroyé par une maladie rare. Au micro de Stéphan Bureau, il revient sur son parcours marqué par la curiosité et le plaisir de vivre à l'étranger.
   Évoluer au sein de pays autoritaires comportait son lot de défis, dont celui de composer avec une surveillance serrée et une mobilité restreinte. Le journaliste trouvait néanmoins des façons de tirer son épingle du jeu. «Il y a toujours moyen de gratter plus que la surface et d’aller parler aux gens», explique-t-il.
   Si son rétablissement constitue aujourd’hui sa priorité et l’occupe «à 100 %», Raymond Saint-Pierre n’est pas près de dire adieu au journalisme. Sa passion du métier se fait toujours aussi vive après toutes ces années, et il compte bien se remettre à l’analyse de l’actualité internationale à la première occasion. «Je vais continuer à faire ce métier-là», promet-il.

Audiofil

Un reportage de Raymond Saint-Pierre sur le complexe russe de liquéfaction de gaz à Sabetta en Arctique (Mars 2017)

Un immense projet d'exploitation de gaz naturel démarrera bientôt ses activités dans le Grand Nord de la Russie, dans la péninsule du Yamal, dont le sol contient 22 % de toutes les réserves de gaz naturel au monde. État des lieux.
   Le projet est financé par la pétrolière française Total et par les entreprises Novatek de Russie et CNPC de Chine. En raison des conditions de travail arides qu’engendre le froid sibérien, une partie importante de la construction des trois usines de liquéfaction de gaz du projet a été réalisée en Asie.

Article :

LE TOP DU DÉLIRE MILITAIRE

On s’entend qu’il n’y a pas que la Russie qui se sert des mammifères marins pour l’espionnage, le déminage, et comme explosifs, etc. Certains utilisent des enfants, alors pourquoi se priver des bélugas et des dauphins. Plusieurs pays s’adonnent à ces pratiques sadiques conçues par des cerveaux dégénérés. «T’es pas beau l’Humain!»

Un brin d’histoire

Les animaux sont-ils le futur de l’espionnage? 30 millions d’agents
Ulyces, 31 mai 2019

[...]
Zoo d’espions – Dans les années 1960, le Kremlin et la Maison-Blanche ont investi beaucoup de temps et d’argent afin de déterminer comment les animaux pourraient devenir des espions. Les experts du Zoo IQ de Hot Springs, dans l’Arkansas, avaient notamment passé un contrat avec le gouvernement pour former des animaux spécialisés dans le travail de défense et de renseignement. «Il n’y a jamais eu un animal que nous ne pouvions pas entraîner», confie le directeur principal du programme, Bob Bailey. Bailey doit cette idée à Burrhus Frederic Skinner, un psychologue influencé par les travaux du célèbre médecin et physiologiste russe Ivan Pavlov.
   Jusqu’aux années 1960, la plupart des animaux utilisés lors de conflits étaient terrestres ou aériens. Pendant la Première Guerre mondiale, les moutons servaient à déminer les terrains, les chevaux à transporter les soldats, les chiens à livrer des messages et les pigeons prenaient des photos. 


Mais quand l’océan se peuple de sous-marins russes et soviétiques, chacun trouve un moyen de voir sous l’eau sans être vu. Chercheuse en écologie marine à l’université norvégienne de Trømso, Marie-Anne Blanchet a passé 15 ans à entraîner des mammifères marins. «Ils ont des capacités de nage et de plongée qui sont évidemment extrêmes, et ils sont beaucoup moins soupçonnables que des plongeurs humains», explique-t-elle.
   La plupart du temps, ils sont envoyés pour faire du repérage, mais ils peuvent aussi réaliser des missions plus méticuleuses. «Je sais que des dauphins ont déjà été utilisés pour placer des mines sous les bateaux ennemis», raconte Martin Biuw.
   Cet exemple rappelle les chiens antichars envoyés par les Soviétiques se faire sauter sous les blindés allemands, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chiens de guerre (14-18)

Article intégral :

Au large de la Norvège, à qui appartient ce béluga?
Le Monde, 30 avril 2019

Manœuvres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), sous-marins, navire espion, brouillages des GPS et… bélugas.

Photo : Jorgen Ree Wiig

Aux abords du cercle arctique, la guerre froide n’est pas qu’un lointain souvenir. La rencontre entre des pêcheurs norvégiens et un représentant peu farouche mais étrangement harnaché de l’espèce Delphinapterus leucas, appelé également béluga, baleine blanche, dauphin blanc ou marsouin blanc, l’a brusquement ravivé.
   Le 25 avril, Joar, Håvard et Erlend Hesten, trois frères qui pêchaient au large d’Ingøya, une petite île du comté de Finnmark, en Norvège, ont aperçu un béluga, qui s’est approché à plusieurs reprises de leur bateau, rapporte le quotidien Verdens Gang. L’animal semblait chercher de l’aide pour retirer un harnais qui l’enserrait. Les trois hommes l’ont filmé, pris des photographies et envoyé le tout à la direction de la pêche norvégienne, qui a contacté Jørgen Ree Wiig et Yngve Larsen, deux biologistes marins de Tromsø. Les pêcheurs ont déclaré à la NRK, la télévision publique norvégienne, que le cétacé avait approché d’autres navires, pour chercher de l’aide.
                                      
La marine russe soupçonnée
Vendredi, après plusieurs essais pour l’en délivrer, l’un des frères équipé d’une combinaison de survie a plongé pour libérer l’animal du harnais. Le béluga a ensuite disparu. Des photos du harnais, diffusées par la direction de la pêche norvégienne montrent que l’inscription «Equipement St Peterburg» est gravée sur les attaches du harnais, qui disposait aussi d’un dispositif d’attache pour une caméra embarquée de type GoPro.
   Dans le quotidien Verdens Gang, Jørgen Ree Wiig estime qu’il est probable que l’animal provienne de Russie.

Article intégral :

La Russie veut des dauphins pour des missions  de combat naval

Des documents ont été publiés en Russie indiquant que l’armée du pays cherche à obtenir et à former des dauphins pour des missions de combat naval.

Dauphin transformé en «tueur»...

Les rapports suggèrent que des dauphins prendront part à un nouveau programme de formation et seront livrés avant août à la ville portuaire criméenne de Sébastopol, qui abrite un centre de formation pour dauphins militaires depuis 1965.
   En Juillet 2014, les chefs militaires de l’Ukraine ont demandé à la Russie le retour de “ses” dauphins, qui sont tombés entre les mains des Russes lorsque la Crimée a été annexée en mars de la même année.
   En 2012, la marine américaine a annoncé qu’elle réduirait ses longs programmes de formation pour dauphins pour la détection de mines sous-marines.
   Les dauphins militaires sont confinés et en captivité, ce qui peut provoquer chez eux un stress psychologique et physique extrême et tout comme les autres dauphins du monde entier gardés en captivité dans des parcs aquatiques, ils vivent moins longtemps que s’ils étaient libres dans la nature. Ils souffrent également d’infections, de crises gastriques (déglutition d’un objet étranger), de pneumonie, de fracture vertébrale et de noyade, et meurent fréquemment au cours d’opérations militaires et autres exercices de combat.

Article intégral (10 mars 2016) :

Whale.org https://us.whales.org/

Mythes et réalités sur les comportements «violents» des dauphins : 

La violence chez les dauphins 
(12 mars 2019) 

[...] Alors, info ou intox? Un peu des deux.
La violence existe chez les dauphins, mais elle n’est en rien comparable à celle de bien d’autres espèces, la nôtre en particulier. Les dauphins ne sont pas des disciples de Gandhi, mais il n’y a pas d’Adolf Hitler, de Joseph Kabila ou de Pol Pot parmi eux. La guerre, la vraie, telle que la conçoivent humains et fourmis, n’existent pas chez les autres animaux. Et moins encore chez les dauphins.

Article intégral :
Même site :

7 juin 2019

L’été au Québec : bruit, pollution, exploitation sexuelle, gros profits

La mafia du divertissement roule à fond la caisse en Formule 1 ce week-end

Un trop grand prix pour les femmes et les filles

Campagne 2019 

Communiqué de presse

En 2019, il est temps de dire la vérité sur l’exploitation sexuelle

Le comité Un trop grand prix – composé de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), du Y des femmes de Montréal, de Prévention jeunesse Laval et de Prévention jeunesse Longueuil – lance aujourd’hui sa campagne annuelle de prévention de l’exploitation sexuelle qui se déploie jusqu’à la fin du Grand Prix de Formule 1 de Montréal. La campagne de cette année vise trois publics distincts – les jeunes filles, les parents et les acheteurs potentiels d’actes sexuels – rassemblés sous le thème «La vérité sur l’exploitation sexuelle».

«Dire la vérité sur l’exploitation sexuelle, c’est déconstruire les mythes et préjugés qui font que les jeunes filles se croient à l’abri du recrutement ou encore qu’elles croient pouvoir faire ‘‘juste un week-end’’ et qu’il s’agit ‘‘d’argent facile’’. Ce sont ces mêmes préjugés qui font que certains hommes se dédouanent de leurs responsabilités en remettant le ‘‘choix’’ entre les mains des femmes», explique Éliane Legault-Roy, porte-parole du comité.
   Travaillant au quotidien avec les femmes et les filles victimes d’exploitation sexuelle, les membres du comité Un trop grand prix ont choisi de lever le voile sur cette réalité qu’elles connaissent trop bien mais qui est masquée par une certaine culture du silence, voire par le vernis de glamour que recruteurs et proxénètes essaient de lui accoler. Les messages pour les jeunes filles seront diffusés sur Instagram et Snapchat en plus d’être affichés dans les abribus situés près des établissements d’enseignement. Les messages pour les parents, seront diffusés sur Facebook alors que les messages à l’intention des acheteurs seront diffusés sous forme de publicité sur différents supports numériques. Un point de chute commun, le site web de la campagne, rassemble ressources et informations à l’intention des différents publics.
   «La vérité sur l’exploitation sexuelle, c’est que c’est un geste criminel pour celui qui achète et lourd de conséquences pour celle qui est exploitée. La réalité c’est que ce n’est jamais bénin, ni simple, ni facile et que ça ne dure rarement qu’un week-end. Le message de la campagne, c’est qu’en 2019, il est temps d’oser dire et entendre la vérité sur l’exploitation sexuelle» conclut Mme Legault-Roy.




Offres d’emploi louches pour jeunes femmes durant la F1
(TVA nouvelles)

[À l’occasion] du Grand Prix de Formule 1, des organismes de lutte à l’exploitation sexuelle mettent en garde les jeunes filles contre les offres d’emplois lucratifs qui pourraient être une porte d’entrée à l’industrie du sexe.
   «Une offre d’emploi pour laquelle on ne demande aucune expérience, qui promet beaucoup d’argent rapidement et qui exige une photo de la fille, c’est louche», avertit la porte-parole du comité Un trop Grand Prix, Éliane Legault-Roy.
   [...] une pluie d’annonces d’emplois à pourvoir dans le cadre des festivités devrait apparaître sur le web, comme on le voit chaque année. Si la majorité d’entre elles peuvent être légitimes, d’autres offres semblent peu professionnelles. En spécifiant «belle fille recherchée», «sexy» ou «argent facile», on recherche la vulnérabilité, soulève Mme Legault-Roy.
   «Ça peut être des tactiques sournoises de recrutement», prévient pour sa part Jennie-Laure Sully, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle.

Pente glissante
Le Grand Prix, qui est l’un des événements majeurs du Québec, marque le point de départ de la saison touristique à Montréal. Plusieurs jeunes filles voient ainsi une occasion de se trouver un emploi d’été. Et parfois, la description de tâches floue peut amener de mauvaises surprises, insiste Mme Legault-Roy.
   Elle donne en exemple une fille qui croit qu’être hôtesse implique l’accueil des clients à l’entrée d’un établissement, mais qui se retrouve plutôt à les accompagner toute une soirée.
   «C’est une pente glissante, la fille peut être appelée à dépasser ses limites sans vraiment s’en rendre compte», déplore-t-elle.
   Par la suite, certains vont utiliser l’appât du gain pour amener les jeunes filles dans l’industrie du sexe. «On entend souvent qu’une fille va commencer comme hôtesse dans un bar par exemple. Et ensuite, elle va se faire dire : “T’es tellement belle, pourquoi tu perds ton temps à gagner si peu?”» dénonce Mme Sully.


Exemple d’une annonce cité dans l’interview vidéo :
   Recherche demoiselle pour accompagnement toutes dépenses payées. Sorties de toutes sortes : party, club, événements v.i.p., show de musique, randonnée, camping, événement sportif, magasinage, voyage etc. Vous serez bien rémunéré pour le travail. Si cela vous intéresse juste me contacter.

Vigilance
Parmi les signes permettant de détecter les annonces douteuses, on note : plusieurs fautes d’orthographe, une description de tâche floue, aucune précision concernant le lieu de travail, des critères d’embauche liés à l’apparence physique, ou même obligation d’être célibataire, relève Mme Legault-Roy.
   «La vérité sur l’exploitation sexuelle, c’est que c’est un geste criminel pour celui qui achète et qui est lourd de conséquences pour celle qui est exploitée», expose Éliane Legault-Roy, porte-parole du comité Un trop Grand Prix.

Trois messages
[...] trois petites capsules de cinq secondes chacune seront diffusées dans les toilettes des hommes de bars et restaurants du centre-ville de la métropole, là où les festivités du Grand Prix ont souvent lieu.
   Les messages des publicités sont : «Si tu penses qu’elle a l’air jeune, elle est peut-être mineure», «Ce n’est pas juste de faire le party. Acheter du sexe, c’est criminel», et «Escorte, hôtesse, danseuse, travailleuse du sexe. Appelle-la comme tu veux, c’est une victime d’exploitation sexuelle».

Exploitation sexuelle
Le nom de l’organisme Un trop Grand Prix fait référence à la course automobile qui se tient à Montréal chaque année, mais Mme Legault-Roy précise que la présence d’exploitation sexuelle n’est pas unique à cet événement majeur, qui attire plus de 93 000 spectateurs annuellement.
   «Tous les événements d’envergure causant l’afflux soudain d’un grand nombre d’hommes sont des points culminants en matière d’exploitation sexuelle», expose-t-elle.
   Dans le cadre de sa campagne «La vérité sur l’exploitation sexuelle», le comité s’adresse aussi aux jeunes filles qui croient pouvoir faire de «l’argent facile, le temps d’un seul week-end», ainsi qu’aux parents, afin de les inciter à poser des questions.


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Le SPVM lance RADAR, un programme de lutte contre l’exploitation sexuelle
(Radio-Canada, 27 mai 2019)  

Repérer, agir, dénoncer, aider et rétablir. Tel est l'acronyme du programme RADAR, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui vise à prévenir et à détecter l'exploitation sexuelle.
   Le programme s’adresse au personnel hôtelier et aux chauffeurs de taxi de la région de Montréal afin de les amener à contacter les services de police s’ils croient être témoins d’un cas d’exploitation sexuelle. Il a été mis sur pied par le SPVM à la suite d'un projet pilote mené au cours de la dernière année auprès de partenaires hôteliers.
   RADAR est lancé deux semaines avant le Grand Prix de F1 du Canada, un événement dont l’image est parfois associée au proxénétisme.
   En entrevue à Radio-Canada, Michel Bourque, commandant de l’équipe intégrée de la lutte contre le proxénétisme, se garde toutefois de qualifier Montréal de capitale de la prostitution au Canada : «Montréal, comme toute autre grande ville nord-américaine ou européenne, attire son lot d’offres de services sexuels à différents niveaux.»
   Les policiers se penchent notamment sur des situations qui impliqueraient des mineurs «entraînés dans des réseaux de prostitution».


Des clients qui viennent surtout du Québec
«C’est un phénomène domestique», explique M. Bourque. Les prostituées peuvent provenir des régions comme de Montréal, dit-il.
   «Les clients» sont surtout des Québécois, poursuit le commandant de l’équipe intégrée de la lutte contre le proxénétisme. Il est vrai que Montréal a la réputation d’attirer le monde de la prostitution pendant les grands événements comme les festivals et le Grand Prix, mais les choses sont bien différentes en réalité. L'exportation de femmes et de filles pour aller travailler dans d'autres régions du Canada est aussi un gros problème.
   «On dit également qu’il y a beaucoup de bars de danseuses, alors qu’il y en a beaucoup moins», fait remarquer M. Bourque.

Les établissements hôteliers sont particulièrement visés
«On veut être capables de donner aux gens dans le milieu hôtelier d’avoir des observations qui sont concrètes qui peuvent être en lien avec l’exploitation sexuelle. Il faut dénoncer, insiste M. Bourque, qui rappelle qu’il n’y a pas que les policiers sur le terrain pour aider les victimes de la prostitution. Il faut les sortir de ce milieu-là.»
   Outre le SPVM, les services de police de Laval et de Longueuil sont partenaires de ce programme. C'est également le cas de l'Association des hôtels du Grand Montréal, du Bureau du taxi de Montréal, de Jeunesse au Soleil et des Centres d'aide aux victimes d'actes criminels.


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En complément  

Un documentaire sur la traite de sexuelle des enfants aux États-Unis – on pourra ajouter «et au Canada». Ce film diffusé il y a dix ans est toujours d’actualité car le kidnapping des enfants en vue de les vendre et de les exploiter semble croissant. Comme le dit une intervenante «les policiers s’occupent mieux des vols de voitures que des vols d’enfants».

Child Sex Trade USA voyage à travers les États-Unis pour révéler les rouages d'un commerce pédophile omniprésent, découvrant qu'il est tout aussi facile «d'acheter un enfant» aux États-Unis qu'en Asie. 300 000 enfants américains ont été forcés de travailler dans l'industrie du sexe en 2009, rien qu'aux États-Unis. Ce film présente une analyse des valeurs culturelles choquantes qui entourent la maltraitance des enfants, la pédophilie, la traite des êtres humains et la prostitution; il pose de grandes questions à savoir comment, pourquoi et que faire à ce sujet...

CHILD SEX TRADE USA
Libby Spears 2009 | 58:25

Child Sex Trade USA travels through the United States to reveal the workings of a pervasive child sex trade, discovering that it is just as easy to ‘buy a child’ in the US as it is in Asia. 300,000 American children have been forced in to the sex industry, as of 2009, in the United States alone. This film presents a much needed analysis of the shocking cultural values that surround child abuse, paedophilia, human trafficking and prostitution; asking big questions of how, why, and what to do about it...


46 children per day go missing in the U.S.

The fight to End Child Trafficking
Thousands of children are trafficked right here in the United States. These kids are not criminals, they are victims. Anyone’s child can be trafficked regardless of class, education or gender when forcefully coerced or lured by false promises.

A 32+ Billion Dollar Industry
Child victims of trafficking are recruited, transported, transferred, harbored and/or received for the purpose of exploitation. They may be forced to work in sweatshops, on construction sites, in houses as domestic servants, on the streets as child beggars, in wars as child soldiers, on farms, in traveling sales crews, or in restaurants and hotels. Some are forced to work in brothels and strip clubs or for escort and massage services.

– 1 out of 5 pornographic images is of a child
– Over 100,000 websites offer child pornography
– The average age of entry into prostitution is 12-14 years old
– 70% of female victims are trafficked into the sex trade
– On average, sex trafficking victims are sold 10-15 times a day

THE ABDUCTION PIPELINE


Hard & Soft Abductions
Victims are either selected for hard or soft abduction. Criminals identify weaknesses such as broken family structure, kids looking for attention, over-sharing on social media, drug use, runaways, of by choosing a particular height, weight, gender or ethnicity.

Grooming Phase
In this phase, victims are often groomed through the use of drugs and psychological manipulation in order to build a false trust.

Entrapment Phase
The harsh reality of the situation becomes apparent often through forced sex, violence and/or the manipulation of drug addiction establishing a physical and physiological domination over the victim.

Black Market
Once the victim has been “broken,” they are considered a marketable asset and can be sold as such on the black market. During this stage, victims either believe that they’re doing this by choice or have felt they have no choice. Victims can be easily sold online to a variety of channels or criminal networks.

Source:
Phantom Rescue is an elite group of former US special operations, law enforcement, government officials & business professionals who have united with one clear objective, to bring an end to child trafficking through outreach, education, and rescue operations.
   Since 2007, our teams have been deploying resources, technology, and specialized training to combat one of the greatest injustices known to mankind… but we can not do it alone and law enforcement simply doesn’t have the means available to navigate the massive commercial sex market in order to find these children and identify their traffickers…
   It is only through awareness and the support of our sponsors that we will be able to effectively fight this growing epidemic. Together, we can make a difference.
   Please contact us for more information about joining this important mission. We look forward to hearing from you. Thank you for your time.

2 juin 2019

Impunité des multinationales : que le profit l’emporte!

 
Crédit : Aurélien R.R. Bonnetaud, Parodie d’un monde sans failles  

«Ils vécurent une période de transition où les différences devinrent élastiques» ... un regard humoristique sur certaines absurdités du monde moderne. Les attitudes de masse, les rites et codifications que nous créons et auxquels nous devenons soumis nous amènent quelquefois dans le non sens le plus total.

Toutes les images :

Bibliosurf : La bourse ou la vie; Philippe Labarde / Bernard Maris; Éditeur Albin Michel (19/04/2000)

Résumé :
Quel type de société nous réservent les chantres des fonds de pension, des stock-options et de la Bourse pour tous? Que se cache-t-il derrière l'avenir radieux promis par la nouvelle économie? Le capitalisme, toujours en quête de nouveaux marchés, ne risque-t-il pas de dissoudre le modèle démocratique? Autant de questions auxquelles Philippe Labarde et Bernard Maris, déjà auteurs de Ah Dieu! Que la guerre économique est jolie!, ont choisi de répondre sur un ton résolument polémique. Et ce en analysant les récentes évolutions du capitalisme mondial et en éclairant la face cachée de notions chères aux libéraux comme les privatisations, les fonds de pension, la «création de valeur» ou encore le «capitalisme populaire». L'objectif principal de l'ouvrage est clair : déconstruire le discours économiste dominant, repris en choeur par les médias et les puissants, en repérant ses contradictions et ses hypocrisies. Caricaturale à dessein, nourrie d'exemples précis, l'argumentation est souvent percutante et contient des passages particulièrement savoureux (sur l'illusion que constitue la «transparence», tant prônée par les fonds américains ou la mystification opérée par les fonds d'investissement «éthiques», par exemple). Très accessible, ce pamphlet séduira tous ceux qui ne veulent pas vivre au sein d'une «République des actionnaires».
– Arnaud Stephanopoli

«Quel imbécile peut croire à la transparence, cette qualité des entreprises à peu près aussi partagée que la virginité dans une maison de passe? Qui ne sait que l'honneur, la vertu, sont toujours brandis par ceux qui en ont le moins?
   Il n'arrive pratiquement jamais qu'un grand patron se retrouve au chômage : on le voit toujours réapparaître, et très rapidement, à la tête d'une autre entreprise, nouvelle parfois. Pourquoi? Parce qu'un grand patron, c'est un réseau, un carnet d'adresses, des amitiés, des relations, des tractations, des jeux d'alliance, et que la transparence, il n'y a que les cyniques du néolibéralisme pour feindre d'y croire.» (La bourse ou la vie)

En avril dernier François Legault et Pierre Fitzgibbon défendaient la nomination de Guy LeBlanc à la tête d’Investissement Québec en des termes similaires.
   «Le monde des affaires est petit, et notre ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a ‘beaucoup d'amis’, et les relations d'affaires et amicales qui l'unissent avec Guy LeBlanc ne devraient pas suffire à l'écarter de la société d'État. ... Le but, c'est de faire exploser les investissements des entreprises au Québec. Et on veut les meilleurs. Il faut ajuster la rémunération en fonction du marché.» (François Legault)
   Jusqu’à tout récemment M. LeBlanc brassait des affaires personnelles avec M. Fitzgibbon. La rémunération totale du nouveau PDG d'Investissement Québec pourrait augmenter de 277 000 $ afin d'atteindre près de 800 000 $ annuellement. Le dernier PDG de la société d'État touchait une rémunération totale de 523 000 $.

En 2019, le Canada (toutes provinces incluses) est toujours un parfait cancre en matière d’environnement et de respect des droits de la personne, même si l’on prétend le contraire. J’ai honte d’être canadienne.

Dans un article publié dans La Presse en 2012 on rapportait les scandales des industriels canadiens à l’étranger qui s’adonnent au pillage des ressources : évictions forcées en Papouasie-Nouvelle-Guinée; massacre en République démocratique du Congo; viols collectifs au Guatemala. En Argentine, au Guatemala, au Mexique, en Bolivie, etc., partout sur la planète, des sociétés minières canadiennes sont accusées d'engendrer de la violence et des dommages écologiques. 

Mines canadiennes à l'étranger : or, sang et feuille d'érable

Agnès Gruda, Isabelle Hachey | La Presse 20 octobre 2012

En Tanzanie, des dizaines de personnes se ruent chaque jour sur les débris recrachés par une gigantesque mine d'or à ciel ouvert. Elles espèrent y grappiller les pépites qui leur permettront de nourrir leur famille -au péril de leur vie.
   Au Honduras, les habitants d'une vallée soutiennent avoir été empoisonnés à petit feu par les activités d'une mine aurifère. Amers, ils parlent de leurs rivières asséchées, de leurs maladies de peau, de leurs puits contaminés à l'arsenic et au mercure.
   Au Salvador, quatre opposants à un projet minier ont été assassinés depuis 2009. De mystérieux meurtres en série qui ont ébranlé ce petit pays d'Amérique latine.
   Trois pays, trois conflits sociaux. Et un point commun : les entreprises impliquées dans ces affaires sont toutes trois canadiennes.
   Les trois quarts des sociétés minières de la planète ont leur siège social au Canada. Elles y sont attirées par de généreux congés fiscaux – et par des contrôles réglementaires minimaux. La ruée vers l'or, toutefois, les pousse à exploiter des mines dans des pays pauvres, où la police est corrompue et les droits de la personne, pas toujours respectés.
   Trop souvent, le résultat est explosif. Et la réputation du Canada en souffre. Dans certains pays, la feuille d'érable est même devenue synonyme de négligence et de violation de droits.
  De l'Afrique à l'Amérique latine, voici l'histoire de gens ordinaires dont la vie a été bouleversée par une industrie aussi lucrative que controversée.
   La politique du Canada à l'égard des pays du tiers-monde ne tient absolument pas compte de leur souveraineté. On ne se préoccupe pas du respect des droits de la personne. Il n'en a que pour le respect de ses intérêts économiques.
   Dans plusieurs pays du tiers-monde, la diplomatie canadienne est pratiquement devenue un lobby minier officieux. Chaque année, des ambassades du Canada organisent des ateliers dans une cinquantaine de capitales. Elles invitent des ministres, des fonctionnaires, des financiers. Officiellement, c'est pour faire la promotion de la responsabilité sociale des entreprises, mais en réalité, on y fait surtout la promotion des sociétés minières canadiennes.
   Les projets miniers sont par définition éphémères. Les entreprises viennent et s'en vont. Mais les communautés touchées par ces projets restent, pour le meilleur ou pour le pire.
   Le projet de loi C-300 du député McKay prévoyait de retirer le financement gouvernemental aux entreprises qui auraient été reconnues coupables de violations à l'étranger. 
   Le lobby minier a dépensé des centaines de milliers de dollars pour le combattre, en embauchant les meilleures firmes de relations publiques et en multipliant les rencontres avec les ministres, députés et hauts fonctionnaires. Le projet de loi a été battu de justesse, en troisième lecture, en octobre 2010. Et les sociétés minières ne sont toujours soumises à aucune règle, mis à part celles, souvent très faibles, des pays dont elles exploitent les ressources.

Un grand reportage à lire, signé Agnès Gruda, Isabelle Hachey, David Boily et Ivanoh Demers :

«Les pays riches ne se contentent pas de consommer dix fois plus de ressources par habitant que les pays pauvres. Cette consommation, d’eau, de minerais, de pétrole ou de produits agricoles, se fait aussi au prix de dégradations environnementales et de violations des droits humains, générées par les multinationales qui (sur)exploitent ces ressources. Des entreprises qui ne sont jamais tenues légalement responsables des conséquences de leurs activités, en raison de leur poids économique et politique et de l’attentisme des gouvernements et des populations.» (Le Monde, 20 octobre 2010)    

Aucune poursuite pénale pour les ignobles saccages environnementaux. 
La thèse qui suit a été présentée en 2009 – et ce bouquet de bons vœux n’a malheureusement pas eu de suite. En outre, ce que la Canada devrait exiger des sociétés canadiennes à l’étranger, il ne l’exige même pas ici!

Extrait 

La responsabilité pénale des sociétés canadiennes pour les crimes contre l’environnement survenus à l’étranger

Par Amissi Melchiade Manirabona | Août 2009 | Faculté de droit
(Thèse présentée à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de Docteur en droit)

«As a psychopathic creature, the corporation can neither recognize nor act upon moral reasons to refrain from harming others. Nothing in its legal makeup limits what it can do to others in pursuing its selfish ends, and it is compelled to cause harm when the benefits of doing so outweigh the costs. Only pragmatic concern for its own interests and the laws of the land constrain the corporation’s predatory instincts, and often that is not enough to stop it from destroying lives, damaging communities, and endangering the planet as a whole». (Joel Bakan, The Corporation: The Pathological Pursuit of Profit and Power, New York / Toronto, Free Press, 2004 à la p. 60).

La Cour pénale internationale (CPI) instituée pour juger les acteurs non-étatiques n’a malheureusement pas juridiction pour juger les sociétés commerciales quand bien même celles-ci commettraient des crimes parmi les plus graves.

Introduction générale

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale est apparu un important phénomène de groupements d’entreprises commerciales. Le besoin de la reconstruction des États a entraîné des grands travaux qui, souvent, dépassaient les possibilités matérielles et financières d’une seule entreprise. Afin de faire face à ces vastes chantiers, il était plus pratique pour les sociétés de nouer des relations d’alliance, ce qui a conduit à la constitution de groupes de sociétés qui ont d’abord opéré au plan national avant de délocaliser leurs activités au-delà des frontières de leurs pays d’origine.
   La délocalisation des entreprises vers les territoires soumis à des souverainetés étatiques étrangères a permis l’émergence des sociétés en groupements reliées et obéissant à une stratégie économique commune qu’on appelle couramment les sociétés multinationales. Selon l’OCDE, les sociétés multinationales sont des entreprises ou entités «établies dans plusieurs pays et liées de telle façon qu’elles peuvent coordonner  leurs activités de diverses manières». L’OCDE ajoute que dans leur fonctionnement, «une ou plusieurs de ces entités peuvent être en mesure d’exercer une grande influence  sur les activités des autres, mais leur degré d’autonomie au sein de l’entreprise peut être  très variable d’une multinationale à l’autre».
   Actuellement, les sociétés multinationales ou transnationales occupent une position de premier plan dans les relations économiques internationales. Qu’il s’agisse de la construction, de la manufacture, des services, de la technologie, de l’extraction minière ou du transport, aucun domaine économique n’est épargné par l’intervention de cette catégorie d’entreprises. En 2007, on estimait qu’il y avait dans le monde 79000 sociétés transnationales ayant chacune en moyenne 10 sociétés affiliées à l’étranger.
   La présence des sociétés multinationales dans les pays en développement a ses bons et mauvais côtés. L’intensification des activités de ce genre de sociétés fait la fierté de leurs actionnaires dans la mesure où elle permet l’accroissement de leur puissance économique. Les investissements faits par ces entreprises sont aussi supposés participer au bien-être des populations des pays d’accueil notamment par la création d’emplois pour les populations locales. En outre, dans le cas des sociétés d’extraction minière, comme la majorité d’entre elles sont installées loin des villes, dans des zones isolées et économiquement défavorisées, la présence des sociétés étrangères assure aux populations locales un soutien sanitaire important de même qu’un certain nombre d’autres avantages sociaux tels que les infrastructures routières, l’eau potable, les écoles, les terrains de jeu, etc. Enfin, dans la mesure où la plupart des travaux d’investissement, comme l’extraction du pétrole, du gaz et des minerais exigent la mobilisation de la haute technologie et des capitaux dont plusieurs pays en développement ne disposent pas, ces derniers ont intérêt à ce que les investisseurs étrangers interviennent en grand nombre afin de mettre en valeur leurs différents projets et ainsi encaisser plus de recettes en termes de dividendes, de taxes et d’impôts.
   Cependant, les avantages procurés par les sociétés transnationales sont souvent annihilés par leur comportement irresponsable par rapport à la protection des droits de la personne en général et de l’environnement en particulier. Cet état de fait risque de se perpétuer à grande échelle car plusieurs recherches ont prouvé qu’en l’absence de normes contraignantes, peu de sociétés se conforment aux politiques  d’internalisation des risques parce que cela a un coût qu’elles ne veulent pas supporter.
   Or, pour l’instant, le droit international en général et le droit de l’environnement en particulier ne sont pas en mesure d’encadrer, avec efficacité, les activités des sociétés  transnationales. Les commentateurs ont mis au jour l’inefficacité, voire même l’inapplicabilité, des conventions internationales dans la régulation des activités de ces  sociétés.
   Dans le cours normal des choses, il appartient à l’État, sur le territoire duquel opère une société, de réglementer ses activités. Malheureusement, dans la plupart des pays en développement où beaucoup de sociétés multinationales opèrent, il n’existe pas de mécanismes adéquats contraignant les sociétés transnationales à répondre d’éventuels crimes contre l’environnement qu’elles sont susceptibles de commettre. En conséquence, dans plusieurs de ces États, les activités des sociétés transnationales  sont peu ou pas réglementées. Comme conséquence, plus les jours passent, plus on assiste à une multiplication de cas d’atteintes à l’environnement dus surtout à l’accroissement du poids financier des entreprises multinationales qui, avec  l’accentuation du libéralisme, sont de plus en plus présentes dans les pays en  développement. La puissance économique dont disposent ces sociétés face aux pays en développement, de même que le manque de normes appropriées et le phénomène  de la corruption, occasionnent alors certains abus qui échappent totalement au droit.
   Par ailleurs, les institutions internationales chargées  d’accompagner le développement comme le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale encouragent les pays en développement à adopter des législations favorables aux intérêts des investisseurs étrangers. Bien que ces institutions recommandent l’adoption de normes minimales de respect de l’environnement par les investisseurs bénéficiant de leurs financements, ces normes demeurent d’application volontariste et leur mise en œuvre souffre généralement des défaillances institutionnelles. Quant aux projets directement financés par les agences gouvernementales des pays d’origine des sociétés transnationales, ils ne sont quasiment soumis à aucune norme environnementale obligatoire. Si les exigences d’information environnementale adoptées dans certains de ces pays ne se heurtent pas à la problématique de la territorialité, elles manquent de rigueur et la législation y est relative, bien qu’elle puisse avoir le potentiel d’améliorer la protection de l’environnement, malgré son champ d’application réduit, n’en est encore qu’à ses balbutiements.
   Les traités conclus pour favoriser les investissements étrangers laissent généralement peu de place aux normes environnementales contraignantes. Les tentatives d’imposition  de nouveaux standards environnementaux aux investisseurs étrangers sont souvent  entravées par les obligations contenues dans ces traités d’investissements qui peuvent assimiler le renforcement de la législation à une forme d’expropriation susceptible d’entraîner le paiement de dommages-intérêts par les États hôtes. De même, la  majorité des pays en développement considèrent qu’une législation environnementale contraignante pourrait décourager les investisseurs étrangers. Dans ces pays, on estime, à tort ou à raison, que seuls les capitaux étrangers sont susceptibles de permettre des lendemains meilleurs.
   Devant cette réalité, les pays en développement se livrent à une véritable compétition en nivelant, vers le bas, le seuil d’obligations des investisseurs étrangers envers l’environnement. La recherche d’un niveau maximal d’investissements étrangers se traduit donc généralement par un faible niveau de réglementation ou, même, par un abandon pur et simple de tout contrôle des activités des sociétés transnationales. La mondialisation économique étant ainsi dépourvue de mécanismes de sauvegarde de l’environnement, la dégradation de celui-ci ne peut que s’accélérer.
   L’état d’impunité qui entoure les activités des sociétés transnationales dans les pays en développement connote une entorse au principe d’égalité de tous devant la loi, ce qui n’est qu’une forme de discrimination au détriment des faibles. Pourtant, il existe, au sein de la communauté nationale et internationale, un fort consensus autour de l’idée selon laquelle la préservation de l'environnement constitue l’une des plus grandes priorités de notre époque. Dans ces conditions, le manque d’actions concrètes sur le plan international devrait pousser les États développés à combler cette lacune par l’adoption des mesures qui obligent leurs sociétés opérant à l’étranger à se préoccuper de la préservation de l’environnement dans leurs activités. Le droit pénal apparaît, dans cette perspective, comme étant un instrument incontournable.
   Toutefois, la réalité est que la justice nationale dans les pays riches est toujours  réticente à examiner les crimes contre l’environnement survenus à l’étranger à cause  de l’incertitude qui entoure la question de la compétence.
   L’objectif de cette étude est de chercher comment les crimes contre l’environnement survenus à l’étranger, dans le cadre des activités des sociétés canadiennes,  peuvent  entraîner des poursuites pénales au Canada. En l’absence de législations ayant une portée extraterritoriale explicite en la matière, la recherche se réfère au droit existant et propose une nouvelle approche d’interprétation et d’adaptation qui tient compte des récents développements considérant désormais le droit à un environnement sûr comme  l’une des valeurs fondamentales pour la société canadienne.
   Ce sujet de recherche traite d’enjeux extrêmement importants, que ce soit au niveau pratique, scientifique, socio-économique ou politico-diplomatique. D’un point de vue pratique d’abord, le choix d’un sujet qui prône l’extraterritorialité de la compétence des tribunaux canadiens en matière environnementale a été dicté par le fait que la lutte contre la dégradation de l'environnement constitue, plus que jamais, un des grands défis auxquels tous les pays du monde sont confrontés. Malgré le développement croissant de normes internationales relatives à la protection de l’environnement consécutive à l’adoption d’une multiplicité de traités, de conventions et de déclarations, il n'existe pas de mécanisme juridique capable de les mettre en œuvre de façon contraignante. Au niveau politique et diplomatique, plusieurs auteurs ont déploré la nature purement symbolique du travail effectué par les institutions internationales créées pourtant pour assurer le respect des normes protectrices de l’environnement dont les effets demeurent, jusque-là, insignifiants. Au plan judiciaire, les quelques fora internationaux qui tranchent les affaires portant sur l’environnement sont considérés comme lents, coûteux, non coordonnés, encombrants et incertains. De plus, ces fora, créés sur base de traités ou de conventions internationales, ne sont pas compétents pour juger les affaires pénales d’une part, et, d’autre part, ils ne peuvent  se saisir des cas impliquant les acteurs non-étatiques.  La Cour pénale internationale (CPI) instituée pour juger les acteurs non-étatiques n’a malheureusement pas juridiction pour juger les sociétés commerciales quand bien même celles-ci commettraient des crimes parmi les plus graves.
   Certes, il existe des Codes de conduite publics (élaborés par les États ou par les organisations internationales comme l’Organisation des Nations Unies, l’Union  Européenne,  l’OIT ou l’OCDE) ainsi que des Codes de conduite privés (adoptés par les compagnies elles-mêmes) qui visent la régulation des activités des sociétés multinationales. Leur portée demeure toutefois limitée dans la mesure où, de par leur nature volontariste, ils n’imposent, ni aux sociétés transnationales ni aux États, d’obligations pouvant être juridiquement sanctionnées. En outre, ces Codes ne prévoient aucun mécanisme efficace de contrôle et de sanction en cas de violation.
   Au Canada, bien qu’on ait constaté que les sociétés multinationales d’extraction des ressources naturelles participent à des atteintes aux droits de la personne et à l’environnement dans les pays en développement, le Groupe consultatif des Tables rondes nationales sur la responsabilité sociale des entreprises extractives s’est contenté de faire des recommandations au gouvernement fédéral pour l’élaboration de standards  qui  sont cependant loin d’être contraignants. En conséquence, dans sa réponse à ces recommandations, le gouvernement fédéral s’est gardé de prendre des mesures obligatoires à l’encontre des sociétés canadiennes œuvrant à l’étranger. Cela signifie  donc qu’à ce jour, il n’existe toujours pas d’instruments capables de sanctionner, avec efficacité, la violation des normes protectrices de l’environnement par les sociétés transnationales présentes dans plusieurs pays en développement.
   Comme nous l’avons déjà souligné, la logique commande que ce soit la justice de l’État où l’acte criminel s’est produit qui le réprime. La Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) prévoit par exemple des sanctions pénales contre toute personne physique ou morale qui se livre à des activités de pollution au Canada. Mais à l’instar d’autres lois, les lois canadiennes relatives à la protection de l’environnement  n’ont théoriquement qu’une portée nationale et, selon le principe de la territorialité, leurs effets ne peuvent pas être étendus aux actes prohibés commis en dehors des frontières du Canada. De même, l’existence des traités ratifiés dans le domaine de la protection de  l’environnement n’est pas d’une grande utilité en cette matière puisque ces traités ne  régissent pas les acteurs non-étatiques qui n’en sont pas signataires.
   Or, grâce à sa législation à régime fiscal attractif, le Canada est l’un des États qui  contribuent au développement croissant des activités des entreprises multinationales. Cet attrait est par exemple très accentué dans le domaine minier où le Canada est  jusqu’ici considéré comme le pays comptant le plus de sociétés au monde. Or, il est bien connu que les opérations d’extraction et de raffinage des matières premières sont parmi  les sources importantes de la pollution de l’environnement. Comme nous l’avons déjà  évoqué, la propension de polluer s’accroît énormément lorsque les sociétés d’extraction et de raffinage opèrent dans des pays où elles ne sont pas assujetties aux normes environnementales appropriées. Dans ces conditions, une application efficace des  normes environnementales aux sociétés transnationales faisant affaire à partir du  Canada pourrait aider à combattre sensiblement la dégradation de l’environnement.
   D’un point de vue sociopolitique, à l’instar d’autres peuples du monde, le peuple canadien s’intéresse de plus en plus à ce qui devrait être fait pour assurer une meilleure  protection de la planète car les impacts de la destruction de l’environnement sont universels quel que soit l’endroit où surviennent les atteintes à l’environnement. Tenant  compte de cette préoccupation et suite aux allégations de violations des règles relatives aux droits de la personne et d’atteinte à l’environnement aux Philippines par la société  TVI Resource Development , le Comité permanent des affaires étrangères du Canada a, en 2005, appelé à la mise en place, au niveau national, de mécanismes juridiques pour s’assurer que les entreprises et les résidents canadiens soient tenus de rendre des comptes pour tout crime contre l’environnement et toute forme de violation des droits humains  à l’étranger. En réponse, le gouvernement du Canada a toutefois rejeté la proposition d’adopter des normes contraignantes à l’encontre des sociétés opérant à l’étranger évoquant des problèmes liés à la courtoisie internationale et à la procédure.
   Le gouvernement fédéral a plutôt opté pour l’organisation, de mai à novembre 2006,  d’une série de tables rondes sur la responsabilité sociale des entreprises canadiennes œuvrant à l’étranger dans le secteur minier. En 2007, le Groupe consultatif des Tables rondes a soumis son rapport au gouvernement fédéral dans lequel il est recommandé de poser des actes concrets en vue de s’assurer que les entreprises opérant dans  l’extraction des ressources à l’étranger respectent les normes protectrices de l’environnement.  Tout juste après la publication des recommandations du Groupe  consultatif des Tables rondes sur la responsabilité sociale des entreprises extractives,  la Chambre du Commerce du Canada et l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) ont mis en garde le gouvernement fédéral contre toute initiative d’adoption de mesures contraignantes à l’encontre des compagnies canadiennes à œuvrant à l’étranger, préférant la promotion de la régulation par le biais des mesures volontaires.
   Dans sa réponse aux recommandations du Groupe consultatif, le gouvernement fédéral a essentiellement préféré s’en tenir à l’approche non contraignante dans la régulation des activités que les sociétés canadiennes mènent à l’étranger. C’est ainsi qu’il a proposé la création d’un bureau du Conseiller en responsabilité sociale des entreprises de l’industrie extractive chargé d’aider au traitement des litiges sans toutefois lui donner le pouvoir de formuler de recommandations contraignantes, ni de recommandations de politique publique ou législative. Parallèlement à cela, le Parlement n’a toujours pas réussi à voter le projet de loi C-492 initié par le député Peter Julian et destiné à assurer le respect des normes relatives aux droits de la personne, aux travailleurs et à l’environnement par les sociétés opérant à l’étranger. Et même si ce Projet de loi était adopté, il ne réglerait que les aspects civils de la responsabilité des sociétés canadiennes à l’étranger. Malgré ses lacunes, le Projet de loi C-492 semble actuellement relégué aux oubliettes au profit d’un autre moins contraignant, le Projet de loi C-30051. Bien que ce projet de loi accorde aux personnes lésées le droit de déposer les plaintes contre les sociétés canadiennes au Canada, sa principale caractéristique consiste dans le fait qu’il ne comporte aucun  mécanisme fiable d’indépendance puisque tout semble reposer sur le bon vouloir des  ministres et autres agents du gouvernement. Le gouvernement fédéral continue d’appuyer la position des gens d’affaires canadiens qui le trouvent contraignant et donc inapproprié.
   La position du gouvernement et des gens d’affaires canadiens n’est pas étrangère à la traditionnelle théorie du droit des compagnies qui stipule que celles-ci n’ont aucun autre devoir que celui de maximiser les profits pour leurs actionnaires. L’idée dominante étant que dans un monde en perpétuelle compétition, il n’existe qu’une seule responsabilité sociale pour l’entreprise à savoir augmenter ses profits. Actuellement, hormis quelques changements observés ici et là, force est de constater que cet accent mis sur le profit à tout prix continue de guider les activités de certaines sociétés. Or, les tribunaux et les auteurs n’ont cessé de nuancer cette recherche exagérée du profit au détriment de la responsabilité sociale en affirmant que les entreprises doivent opérer dans le respect de l’intérêt public. [...]
   La préservation de l'environnement étant devenue l'une des grandes préoccupations de la communauté internationale, l'absence d'institutions internationales chargées de punir les acteurs privés responsables de graves atteintes à l'environnement ne devrait pas constituer un prétexte pour la persistance d’une situation de déni de justice dans un monde qui devient de plus en plus un village planétaire. [...]
   Les affaires impliquant les sociétés multinationales dans les pays d’accueil ont montré que l’absence de législation appropriée, associée au haut niveau de la corruption dans les pays en développement, rendent inefficaces leurs systèmes judiciaires. [...] Du point de vue socio-économique, il n’y a pas de doute que l’adoption de comportements responsables améliorera l’image des sociétés multinationales puisque certaines d’entre elles sont pour l’instant considérées, à tort ou à raison, comme étant complices de gouvernements corrompus et irrespectueux des droits de la personne et des normes environnementales. [...]
   [...] Il nous paraît fondamental de réfléchir sur des mécanismes juridiques capables de permettre la répression des crimes contre l’environnement commis à l’étranger par des sociétés opérant à partir du territoire canadien. [...] Ne pas étendre la compétence pour réprimer les crimes contre l’environnement que les ressortissants canadiens commettent à l’étranger placerait le Canada en violation de ses obligations internationales tout en le privant de son potentiel à stimuler la protection de l’environnement à l’échelle internationale. Face aux menaces de dégradation de l’environnement, les sociétés transnationales ne devraient plus continuer à jouir du vide juridique qui existe dans les différentes législations des pays en développement.
   [...] Le  principe de la territorialité en droit pénal veut qu’il soit de la responsabilité de chaque pays de réprimer toute infraction commise sur son territoire. Autrement dit, d’après ce  principe, tout ce qui se produit sur le territoire d’un État déterminé relève de la loi de cet État. Le principe de la territorialité répond à deux considérations juridico-diplomatiques. Il y a d’abord la notion de courtoisie qui veut qu'aucun État ne puisse s’intéresser aux infractions commises hors de son territoire. Ensuite, il y a le principe de souveraineté qui  donne à chaque État un droit légitime de refuser à ce qu'un autre État s’ingère dans le règlement des affaires qui surviennent sur son territoire.
   Toutefois, la conception restrictive du principe de la territorialité présente le risque de  favoriser l’impunité surtout en ce qui concerne les atteintes à l’environnement se produisant à l’étranger dans le cadre des activités des entreprises multinationales. [...] Pour des raisons d’économie, ces sociétés ne veulent pas imposer à leurs filiales ou partenaires étrangers, les standards environnementaux exigés dans leurs pays d’origine. Ces sociétés continuent ainsi de tirer profit des législations des pays en développement qui comportent des lacunes relativement à la protection de l’environnement. C’est pour éviter des cas de déni de justice que cette recherche propose que malgré l’existence du principe de la territorialité, les sociétés transnationales répondent, à leur domicile ou résidence, des actes criminels susceptibles de se produire pendant l’exécution de leurs activités à l’étranger dans la mesure où la destruction de l’environnement peut provoquer des conséquences  néfastes pour l’humanité toute entière.
   [...] Devant le poids économique et politique grandissant des sociétés transnationales, les pays en développement semblent alors fragilisés de toute part, ce qui ne fait qu’aggraver les cas d’inégalités sociales. [...] Or, pour l’instant, il n’est plus un secret pour personne que les sociétés canadiennes continuent de se livrer, à l’instar d’autres sociétés, à la dégradation des droits de l’homme et de l’environnement en toute impunité.  Même si l’Agence Canadienne de Développement International affirme qu’elle aide dans la résolution pacifique des conflits environnementaux dans certains pays en développement, cela s’avère inefficace  lorsque les atteintes à l’environnement sont le résultat d’une grande criminalité. [...]
    La deuxième partie nous permettra d’aborder les mécanismes par lesquels les crimes contre l’environnement sont imputés aux personnes morales. Nous verrons dans quelle mesure une organisation, dont la personnalité juridique repose sur une fiction juridique, peut pourtant encourir la responsabilité pénale en matière environnementale. Il sera essentiellement question d’analyser les nouvelles dispositions du Code criminel relatives à l’imputation de la responsabilité criminelle aux organisations. Contrairement à  l’ancienne approche de la common law sur l’attribution de la responsabilité pénale aux  personnes morales, les nouvelles dispositions comportent la potentialité de fonder la  responsabilité pénale des organisations dans plusieurs cas de commission des crimes que ce soit ceux de mens rea subjective ou ceux de mens rea objective. Dans la mesure où les nouvelles dispositions du Code criminel parlent de la participation criminelle en général, nous remarquerons que selon la nature de la conduite d’un ou  plusieurs cadres supérieurs, une société peut être l’auteur réel ou le complice des  crimes contre l’environnement.