4 juin 2018

«Pas de chicane dans ma cabane»

Sommet du G7 : Je trouve scandaleux qu’on gaspille des sommes colossales pour une rencontre intime de deux jours entre les leaders de grandes économies mondiales. À chaque fois je me demande pourquoi les leaders ne placotent pas via Skype / Twitter, comme le commun des mortels, d’autant plus que plusieurs d’entre eux répugnent à se serrer mutuellement la main! Cela nous épargnerait de grosses factures en aménagement, infrastructures d’exception et possibles dégâts matériels, en déplacements, sécurité, hébergement, gastronomie, etc.

La Malbaie transformée en zone de guerre  

La clôture de la zone verte. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le niveau de sécurité a levé d'un cran à La Malbaie. Il n'est désormais plus possible de circuler librement dans un périmètre d'une vingtaine de kilomètres carrés autour du Manoir Richelieu, point culminant du sommet du G7.  Quelque 800 résidents et travailleurs doivent à compter de lundi porter en tout temps les accréditations nécessaires pour traverser les divers points de contrôle de la zone verte, qui s’étend de la côte Bellevue à La Malbaie jusqu’à Saint-Irénée. La route 362 a été fermée à la circulation dans le secteur. Des chemins de contournement ont été aménagés. Une barrière de 1,4 kilomètre protège la zone à Pointe-au-Pic. De la surveillance aérienne et des agents des forces de l'ordre contrôlent le reste de la zone.

Des camps militaires dans le Kamouraska en marge du G7. Un camp temporaire de l'armée a été installé à Saint-André-de-Kamouraska en marge de la tenue du G7 à La Malbaie. Photo : Forces armées canadiennes / Caporal Nathan Moulton

Selon les chiffres compilés par le groupe de recherche sur le G8 et le G20 de l'Université de Toronto, le dernier sommet canadien, en 2010, aurait coûté environ la moitié de la facture du sommet de La Malbaie.
   Cette année, la GRC a notamment annoncé le déplacement de 3000 policiers de partout au pays à La Malbaie, une mesure estimée à 2,2 millions de dollars. Le gouvernement fédéral estime pour sa part que l'événement coûtera au moins 605 millions de dollars. [Ndlr : quelque 800 millions de dollars, de quoi soutenir les banques alimentaires du Canada qui n’arrivent pas à répondre aux demandes d’aide des pauvres de notre pays riche...]

Utiles les G7? L’an dernier, le sommet du G7 avait au programme la question des crises en Syrie et en Libye, le terrorisme mené par le groupe armé État islamique (EI), les actions unilatérales en Ukraine par la Russie et les sanctions des Nations unies contre la Corée du Nord. Un an plus tard, la plupart de ces enjeux demeurent actuels, remettant en question l’influence qu’ont les sept dans le cours de la politique internationale.

Source de ces quelques données :

Beaucoup de bruit pour rien, dirait Shakespeare. Le bilan du G20 de Hambourg en 2017 se résumait à : «Polluons dans la joie et la bonne humeur, sauvons la terre par la croissance économique, en carburant de plus en plus aux énergies fossiles.» Valeur ajoutée cette année : «égalité des sexes».

Apprenant en 2017 que le prochain G7 aurait lieu au Québec, j’avais proposé un menu simple, économique et bourratif à base de poutine afin de réduire les frais de restauration. Bon là, vu que les leaders ne sont pas végétariens, j’ajoute les hot-dogs à la poutine – tous les pays ont créé des saucisses qui leur ressemblent... (de la viande compactée dans des boyaux).

Dirty Dogs, Montreal – choucroute aux pommes rouges, saucisse à la bière

Hot-dogs 

Allemagne : bratwurst (genre Das Brat)
Canada / Québec : saucisse fumée (genre Lafleur)  
États-Unis : saucisse fumée (genre Ball Park)  
France : saucisse de Morteau (un gourdin de par son format!)  
Italie : saucisse de Bra
Japon : saucisse arabiki (ou à défaut la thaï sai krok isan)   
Royaume-Uni : saucisse (genre Cumberland)  

Choix de pains variés, et garnitures à volonté.

Note : si par hasard il y avait des invités végétaliens, Gusta, une entreprise montréalaise, offre d’excellentes saucisses véganes (supportons le «local»)

Authentique poutine québécoise  

Poutine

Les pommes de terre ne coûtent rien. Alors on peut investir dans la sauce à poutine. Les chefs devront faire preuve de créativité. Frites fraîches et fromage en grains de qualité, bien sûr.

Allemagne : sauce chou/pomme braisés au cidre, oignons caramélisés  
Canada / Québec : la traditionnelle sauce brune ressemble à s’y méprendre à du pétrole brut... Innovons : sauce à la bière et sirop d'érable, fromage de Charlevoix, crème sûre et oignons verts
États-Unis : sauce texane au Coca-Cola, ketchup et chipotle, relevée au Jack Daniels
France : sauce à la bière noire, échalotes frites, fromage bleu émietté nappé d’aïoli au piment
Italie : sauce tomate napolitaine à l’ail, ricotta, mozzarella en grains  
Japon : sauce au cari japonais, oignons au sake, fromage en grains au Gochugaru
Royaume-Uni : sauce Albert (moutarde, raifort), chutney mangue-oignon rouge, ou la zestée Cumberland 

Servi dans des assiettes de carton, bien sûr, c’est moins polluant que la styromousse.  

«Apportez votre vin et votre bière» 
(Un des avantages du libre-échange)

Les micro-brasseries québécoises fabriquent d'excellentes bières (supportons le «local»).

Côté vins, le gouvernement québécois pourrait puiser dans les réserves du mufle Jacques Chagnon :
   Une mêlée de presse embarrassante a conduit le président de l'Assemblée nationale à faire une «mise au point». Jeudi, Jacques Chagnon a justifié son refus de dévoiler les achats de bouteilles de vin lors de missions parlementaires pour les mêmes raisons qu'il ne révélerait pas le «coût pour le teinturier [des] petites culottes» du journaliste qui l'interrogeait. M. Chagnon a tenu ces propos à la sortie d’une réunion du Bureau de l’Assemblée nationale pendant laquelle il a été question d’assurer une meilleure transparence dans les dépenses des députés. L’opacité dans la reddition de comptes des dépenses des parlementaires à l’étranger a suscité de vives critiques dans les dernières semaines. Plusieurs élus ont dénoncé aux médias, sous couvert de l’anonymat, que M. Chagnon ne lésine pas sur les dépenses, jugées excessives parfois. Ces dépenses potentiellement gênantes seraient toujours incluses dans le montant global, mais pourraient être glissées dans une sous-catégorie comme celle de l’hébergement. De quoi laisser place aux plus libres interprétations.

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En période électorale, les candidats promettent, s’engagent, misent, répètent, répètent et répètent qu’ils sont transparents... Puis, ils balancent des gros mots : économie et austérité.

Les libéraux du Québec miseront sur l'économie pour changer la donne aux élections

La Presse canadienne | 2 juin 2018 

Les libéraux vont miser une fois de plus sur ce qui a fait leur force dans le passé pour inverser la tendance et gagner les prochaines élections : la promesse de stabilité économique.

La menace protectionniste provenant des États-Unis pourrait bien donner du carburant aux libéraux de Philippe Couillard, qui commencent déjà à prétendre que la stabilité économique du Québec sera mieux préservée en maintenant le gouvernement actuel au pouvoir le 1er octobre.
   C'est ce discours que tenait l'ex-premier ministre Jean Charest en 2008, alors qu'il était à la tête d'un gouvernement minoritaire en pleine crise financière mondiale. Il réclamait alors avoir «les deux mains sur le volant» pour mieux gérer la situation et avait gagné son pari, formant un gouvernement majoritaire en décembre 2008.
   Samedi, lors d'une mêlée de presse en marge du conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ), le président de la campagne des libéraux, Alexandre Taillefer, a repris à son compte la métaphore en disant lui aussi qu'il fallait avoir «les mains sur le volant» pour «amener l'économie du Québec à bon port».

Article intégral :


«Tout le monde disait croire en moi, mais personne croyait ce que je disais. Un paradoxe parmi tant d’autres. Évidemment je mentais. Mais tout le monde ment tout l’temps, à soi, aux autres, au gouvernement et à je ne sais qui encore. ... C’est un engrenage. Une menterie doit couvrir un mensonge qui couvrait une menterie et finalement tu te retrouves avec une collection de couvertures, mais tu dors assez mal. De toute manière, même quand je disais la vérité, on ne m’écoutait pas. J’étais un malentendu. Pourtant j’y mettais tout mon cœur. Il m’arrivait même de me convaincre. Je me faisais confiance. C’est important de croire en soi surtout quand on se ment.»
~ David Goudreault (La bête à sa mère; Éditions Stanké 2015)

On croirait entendre un coupeux-de-ruban (politicien dans le Dictionnaire des injures québécoises). 

Que pensez-vous de ça?

Trans Mountain : des primes de 1,5 million pour deux patrons de Kinder Morgan

Radio-Canada avec CBC News | Le 4 juin 2018

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck. Ian Anderson, le président de Kinder Morgan Canada, est l'un des deux dirigeants qui recevront un boni de rétention en 2019 et 2020. [Ndlr : Trop de bacon et de Triple Bypass Burgers au Heart Attack Grill de Jon Basso. J’espère que le monsieur a un bon cardiologue sinon il n’aura pas le temps de profiter de son boni.] 

Deux dirigeants de la branche canadienne de la pétrolière Kinder Morgan ont chacun obtenu un boni de rétention de 1,5 million de dollars dans le cadre de la vente de l'oléoduc Trans Mountain au gouvernement canadien pour la somme de 4,5 milliards de dollars.
   Ces primes ont été approuvées par le conseil d'administration de l'entreprise; elles seront versées à Ian Anderson, président, et à David Safari, vice-président du système de l'oléoduc Trans Mountain et du projet d'expansion de celui-ci.
   Les informations portant sur ces paiements se trouvent dans des documents réglementaires déposés auprès de la Securities and Exchange Commission des États-Unis.
   Le document, qui est daté du 28 mai, a été déposé le 1er juin et est signé par le responsable des finances de Kinder Morgan Canada, Dax Sanders.
    Ce rapport indique que les bonis de rétention offerts à MM. Anderson et Safari «seront payables en parts égales en juillet 2019 et 2020, si les personnes concernées sont toujours employées par l'entreprise» aux dates mentionnées.
   Selon la compagnie, ces ententes «sont monnaie courante dans l'industrie» pour des projets et des transactions de cette ampleur.
   M. Anderson est devenu président de Kinder Morgan Canada en 2017. Il travaille pour l'entreprise depuis près de 40 ans.
   Quant à M. Safari, il est arrivé chez Kinder Morgan en 2015, après avoir travaillé pour Laricina Energy et Statoil Canada.
   L'octroi de ces primes est survenu une journée avant l'annonce publique du ministre canadien des Finances, Bill Morneau, selon laquelle le gouvernement fédéral achetait l'oléoduc et les infrastructures liées.
   Ottawa s'est porté au secours du projet d'oléoduc après que celui-ci eut fait face à l'opposition du gouvernement de la Colombie-Britannique, de militants environnementaux et de certains groupes autochtones.


Ça débecte et donne envie de lancer un #balanceton... (choisissez un mot)  

3 juin 2018

Harper, Trudeau et le schiste albertain

Entendu un canadien anglais de CB dire que la nationalisation de l’oléoduc c’est :
«la goutte qui fait déborder la... vase.» J’adore!!!! :)))  
Graton Vincent @gratonvincent | Jun 1


Al Gore @algore | May 29
Fossil fuels are subsidized 38x more than renewables globally. Now the Canadian government wants to spend billions more of taxpayer dollars to increase its country’s contribution to the climate crisis. This is not in the public interest. We must keep fighting to #StopKM.

Graton Vincent @gratonvincent
Le Monde @JustinTrudeau
Au @g7 de Charlevoix, que diriez-vous de présenter «l’évasion fiscale expliquée avec des hamburgers» lors d’un de vos 5 à 7 international.  


Comme Boucar Diouf, je me disais récemment qu’au moins Stephen Harper ne cachait pas son indifférence, pour ne pas dire son aversion, vis-à-vis de la protection de l’environnement et les sciences. L’homme était un dévoué promoteur du gaz de schiste albertain, qui, après Dieu, vénérait la Reine comme d'autres vénèrent le Pape, et Israël.
   Membre d’un mouvement évangélique protestant, l’Alliance chrétienne et missionnaire, il a toujours discrètement (quand on veut gagner ses élections, il vaut mieux ne pas le dire) encouragé la droite religieuse à se manifester. Devant des militants chrétiens anti-avortement à Ottawa, Harper disait : «Vos croyances, vos valeurs, nos valeurs, sont les vraies valeurs canadiennes!» Ainsi que : «Nous soutenons la définition traditionnelle du mariage, le mariage entre un homme et une femme.»
   Beaucoup de chrétiens évangélistes croient au retour du Messie en terre sainte, mais seulement lorsque tous les juifs seront revenus au pays de leurs ancêtres en Israël (accomplissement d’une promesse de Dieu). «Quand Israël, seul pays au monde dont l’existence est attaquée, est systématiquement visé et condamné, je crois que nous avons le devoir moral de prendre position.» (Stephen Harper, discours sur l’antisémitisme, le 8 novembre 2010)
   L’évangéliste et créationniste Garry Goodyear, à la tête du ministère des Sciences et Technologies sous le règne de Harper, disait que la question de la théorie de l’évolution était une opinion privée... Peut-être que Harper croit que la terre est plate et qu’elle a été créée en 6 jours. C'est son choix. Mais ses coupures dans le domaine de la recherche scientifique, fondées sur des idéologies religieuses, étaient inacceptables. Selon lui, «le pétrole était un don de Dieu qui devait être défendu à tout prix», de sorte que les environnementalistes étaient des ennemis de l’état, de la religion et de la civilisation. Autrement dit, on peut faire n’importe quoi, saccager à volonté, et la science n’a pas d’importance puisque Dieu va prendre la nature en charge... pas un succès à ce jour.

À voir : La droite religieuse au Canada 
Le Canada est sans doute perçu comme l’un des pays les plus laïques au monde, mais à quel point l’est-il vraiment? Ce documentaire s’interroge sur la place de la religion au sein du gouvernement conservateur actuel et sur les répercussions de celle-ci sur les décisions politiques. Réalisateur : Jon Kalina; année de production : 2015.

«Je ne suis pas athée parce je suis fâché contre votre dieu. Je ne suis pas athée parce que j’aime le péché. Je ne suis pas athée parce que je ne veux pas répondre à l’autorité.
   Je suis athée parce que je cherchais la vérité à propos de la réalité. J’ai accepté la nature et ma place dans l’Univers. Je vivrai et je mourrai. Je souhaite que ce monde sache que j’ai fait de mon mieux. J’espère que nos descendants hériteront d’un monde qui pourra maintenir la vie. 
   Je ne crois pas que la religion apportera la paix à l’humanité. Elle vise fondamentalement la fin du monde. Le Jour du jugement. La disparition de notre espèce. Et je me battrai contre ces idées.
   Pour mon enfant ainsi que les vôtres.»
   Mike Autrey
   Atheist Republic.com 

Just’ in peu mieux que Harper
Boucar Diouf

La Presse + | Opinion | 2 juin 2018

En matière de je-m’en-foutisme environnemental, Stephen Harper était difficile à battre. Quand on lui parlait de réduire les émissions, il pensait d’abord à la programmation de Radio-Canada, dont la simple vue du logo lui donnait une crise d’urticaire.

Le gouvernement Harper, c’était une marginalisation sans précédent de l’expertise scientifique œuvrant sur l’impact de la contamination des écosystèmes par les hydrocarbures. C’était la chasse aux spécialistes des contaminants chimiques et de leurs effets sur la biodiversité, de la protection de l’habitat et de la lutte contre les changements climatiques.


C’était le massacre de l’expertise en écotoxicologie au ministère des Pêches et Océans (MPO). C’était les coups de machette à Environnement Canada, à Santé Canada, à Parcs Canada et à Statistiques Canada. C’était la disparition annoncée du programme des 58 lacs expérimentaux (RLE) du Nord-Ouest ontarien, qui, depuis un demi-siècle, permettait entre autres aux scientifiques un monitorage de l’effet des contaminants sur les écosystèmes aquatiques et ont été à la base du traité canado-américain sur les pluies acides en 1991.

La méthode Harper, c’était aussi la fermeture programmée du Laboratoire de recherche atmosphérique en environnement polaire (PEARL) dans l’île d’Ellesmere, qui est un centre d’expertise majeure sur les changements climatiques et l’étude de l’ozone stratosphérique. C’était la fermeture programmée du Laboratoire d’expertise pour l’analyse chimique aquatique (LEACA), à Sainte-Flavie. C’était l’acharnement contre des stations de lutte contre les déversements de pétrole en Colombie-Britannique. C’était une coupe drastique dans le budget de fonctionnement de l’Amundsen, ce navire amiral de la recherche canadienne sur les changements climatiques.

C’était le projet de loi omnibus C-38 qui avait transféré à l’Office national de l’énergie, étroitement lié à son bureau, la compétence première de déterminer les impacts éventuels d’un projet d’oléoduc sur les espèces menacées. C’était l’abrogation du règlement fédéral qui interdisait la circulation de navires de plus de 32 m de large sur le chenal laurentien. La méthode Harper, c’était une honteuse et rétrograde façon de faire qui a amené, en octobre 2014, quelque 815 scientifiques de 32 pays à le critiquer ouvertement pour son ingérence manifeste dans la liberté scientifique et la marginalisation de la recherche fondamentale.

La méthode Harper, c’était une décennie d’agressions idéologiques contre toutes les disciplines scientifiques auxquelles il reprochait probablement de se dresser contre l’industrie en général et celle des hydrocarbures en particulier.

La méthode Harper, c’était l’économie qui devait indiscutablement passer avant les préoccupations environnementales et l’acceptabilité sociale d’un projet. Je suis de ceux à qui cette période rappelle de très mauvais souvenirs.

Mais quand je regarde le premier ministre Trudeau aller, il m’arrive presque de m’ennuyer de la franchise de Stephen Harper. Même ceux qui, comme moi, étaient aux antipodes de sa vision sont forcés d’admettre que lorsqu’il s’agissait d’environnement, Harper avançait à visage découvert. L’environnement, ce n’était pas son truc. Ce qui n’est pas le cas de son successeur pour qui la cause environnementale semble être une préoccupation de façade. Là où Harper choisissait de tout défaire dans le silence, M. Trudeau semble avoir choisi de toujours parler sans rien faire. C’est la fameuse sagesse populaire des bottines qui ne suivent pas les babines.

M. Trudeau, c’est celui qui répète continuellement qu’il n’y a pas de contradiction à se proclamer grand chevalier de la défense de la planète bleue tout en travaillant à décupler l’exploitation des sables bitumineux.

Autrement dit, on peut en même temps tripler sa consommation déjà abusive de fast-food et être le plus en santé de la planète. Le premier ministre Trudeau, c’est cet automobiliste roulant à haute vitesse qui dit vouloir négocier un virage sans ralentir et qui finira certainement par prendre le clos. C’est celui dont la ministre de l’Environnement et du Changement climatique complètement éteinte semble nous démontrer chaque jour que même les convictions les plus profondes peuvent être corrompues par les lignes de parti et la mainmise du pouvoir économique sur le politique.

C’est celui qui, pour mystifier la population, répète sans cesse qu’on n’a pas à choisir entre l’environnement et l’exportation des ressources. Une rhétorique simpliste à laquelle on a envie de répliquer : «Mais si on ne peut choisir entre l’environnement et l’économie, il faut chercher un point d’équilibre. Entre cesser d’exploiter et vouloir décupler la production des sables bitumineux au point d’investir 4,5 milliards de l’argent des contribuables dans l’achat d’un oléoduc à l’avenir douteux, il y a un point de bascule qui s’appelle commencer par garder le statu quo. C’est la meilleure façon de préparer l’indispensable décélération qui permettra de mieux négocier le virage vers d’autres énergies moins polluantes. Être incapable de choisir entre l’économie et l’environnement, au point de vouloir multiplier par trois le flux d’hydrocarbures provenant des sables bitumineux vers le Pacifique quand l’économie canadienne va très bien à leur niveau actuel d’exploitation, c’est choisir égoïstement d’engraisser des géants là où on devrait se soucier de l’avenir de ses petits-enfants.»


Notre bien-aimé humoriste, conteur et biologiste anime une nouvelle série de LA NATURE SELON BOUCAR

À propos
Avec son sens de l'humour et ses connaissances sur la biodiversité, Boucar Diouf s'inspire de la nature pour mieux comprendre les rapports entre les humains. À l'aide de métaphores empruntées à la vie animale et végétale, l'animateur aborde des sujets, en apparence complexes, avec des images simples.
   Ce citoyen du monde a choisi des thèmes qui permettent d'apprendre et de comprendre comment mieux vivre ensemble. Enregistrée devant un public en plein coeur du parc La Fontaine, l'émission propose des réflexions, des discussions et des prestations musicales. Le parc est un lieu idéal pour favoriser des rencontres entre citoyens de tous âges et de toutes provenances.

Say hello to Justin Trudeau, the world's newest oil executive
Bill McKibben 

The Canadian prime minister presents himself as a climate hero. By promising to nationalise the Kinder Morgan pipeline, he reveals his true self. In case anyone wondered, this is how the world ends: with the cutest, progressivest, boybandiest leader in the world going fully in the tank for the oil industry.
   Is this a clever financial decision that will somehow make Canada rich? Certainly not in the long run. Cleaning up the tar sands complex in Alberta – the biggest, ugliest scar on the surface of the earth – is already estimated to cost more than the total revenues generated by all the oil that’s come out of the ground. Meanwhile, when something goes wrong, Canada is now on the hook: when BP tarred the Gulf of Mexico, the US was at least able to exact billions of dollars in fines to help with the cleanup. Canada will get to sue itself.
   No, this is simply a scared prime minister playing politics. He’s worried about the reaction in Alberta if the pipe is not built, and so he has mortgaged his credibility. His predecessor, Stephen Harper, probably would not have dared try – the outcry from environmentalists and First Nations would have been too overwhelming. But Trudeau is banking on the fact that his liberal charm will soothe things over. Since he’s got Trump to point to – a true climate denier – maybe he’ll get away with it.

1 juin 2018

L’abominable face cachée du recyclage au Canada

D’abord un bref aperçu du gaspillage alimentaire (ce qui va dans nos sacs verts). Toute proportion gardée, les Canadiens ne font pas mieux que les Américains qui gaspillent près de 150 000 tonnes de nourriture par jour, soit l'équivalent de plus de 400 grammes (près d'un demi-kilo) par personne, selon une étude récente qui précisait que les fruits et légumes étaient les produits les plus fréquemment jetés. Ces denrées ont été cultivées sur près de 7 % des terres agricoles américaines, ont requis des milliers de milliards de litres d'eau pour les produire, 350 millions de kilos de pesticides et près d'un milliard de kilos d'engrais, à «chaque année» entre 2007 et 2014, selon un article publié dans le journal PLOS ONE. Les fruits et les légumes représentaient 39 % de l'ensemble des produits jetés, suivis par les laitages (17 %), la viande (14 %) et les céréales (12 %). Parmi les produits les moins susceptibles d'être jetés à la poubelle figuraient les chips, l'huile, les sucreries et les boissons sans alcool.

Je ne comprends pas pourquoi les marchés d’alimentation (même biologique) emballent encore les fruits et légumes dans des barquettes de styromousse couvertes de pellicule plastique. Au chapitre de la viande, cette méthode favorise la prolifération des bactéries et accélère le processus de décomposition déjà amorcé. N’importe quel cadavre commence à se décomposer aussitôt après la mort, à l’abattoir ou ailleurs...

C’est tellement fantastique tout ce qu’on largue dans l’environnement, on ne pourrait même pas en faire une liste complète. On trouve entre autres des déchets nucléaires, des ogives, des métaux, des matériaux de construction, des meubles, des substances toxiques (pesticides, hormones, médicaments, drogues), des bébelles en plastique, des gadgets électroniques, etc., par milliards de tonnes.  
   Comment noyer le poisson... Certains croient naïvement qu’il n’y a pas de problèmes à balancer notre junk aux ordures, au recyclage ou carrément dans la nature, au moins on ne la voit plus – oui, engloutie, disparue, ni vue ni connue je t’embrouille! Ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal, dit le vieux dicton. Quel malheureux imbécile a pu débiter pareille connerie.

Site d’enfouissement. Photo : rob245 – Fotolia (Adobe Stock Images)   

Un exemple local de mauvaise volonté en matière de recyclage. La Société des alcools du Québec (un monopole étatique) refuse d’instaurer la consignation des bouteilles, malgré les requêtes de la part des recycleurs et des citoyens. Par contre en Ontario, la pratique existe depuis plusieurs années et les points de chute se multiplient. Heureusement, certaines villes québécoises ont pris l’initiative d’installer de grands containers exclusivement réservés à la collecte de verre dans les stationnements des édifices municipaux (1). Louable! Une preuve supplémentaire qu’il ne faut pas attendre après nos ministres de l’environnement (possiblement à la remorque de lobbyistes qui collectent le fric en 18-roues).

La récupération dans les sites d’enfouissement à ciel ouvert des pays «émergents» où nous envoyons nos déchets. Ici, une enfant collecte des résidus à Buenos Aires.

Quand j’ai créé ce blog en 2010, j’avais encore espoir que nous pourrions vaincre l’égoïsme, l’apathie et le je-m’en-foutisme généralisés. Panser les plaies ouvertes de la terre, ces cratères nauséabonds, fumants et toxiques créés de main d’homme, était plus qu’urgent. Mais là, je n’espère plus rien...

Savoir permet de choisir. J’ai osé traduire cet article de l’écrivain Charles Wilkins (qu’il me pardonne s’il tombe sur cette traduction maison), un auteur prolifique à découvrir (2). 
   Si seulement nous pouvions visiter des usines de recyclage et surtout des sites d’enfouissement, notre mode de consommation changerait radicalement. Voici donc un tour guidé dans cet univers tenu secret.

Texte original Canada's dirty secret – Canada leads the developed world in per capita production of garbage :

Le vilain secret du Canada

Le Canada domine le monde développé par sa production de déchets per capita. Qu’est-ce qui se cache derrière notre gaspillage?

Charles Wilkins  | Canadian Geographic | Le 4 novembre 2017

Illustrations : Guy Parson / Canadian Geographic

Le matin du 3 mai 2016, à l'usine Canada Fibers, sur Arrow Road au nord-ouest de Toronto, un travailleur a repéré quelque chose d'anormal et rapidement actionné la sonnette d'alarme. L'installation au bruit caverneux est le site de triage des 800 tonnes de matières «recyclables» que le département de gestion des déchets de Toronto recueille tous les jours de sacs et bacs bleus de la ville. Tandis que le tonnage impressionnant roule à travers l'usine, la machinerie high-tech sépare les canettes d’aluminium, le verre, le papier, le carton, le polystyrène et plusieurs autres types de plastique. Les montagnes de détritus triés sont ensuite compressées en ballots de la taille d’un piano, puis elles sont expédiées à des acheteurs ... qui les défont et les vendent à des manufacturiers ... qui les défont et refont pour les vendre aux consommateurs ... qui les jettent dans les bacs de recyclage où ils seront pris en charge par l'un des 800 camions de collecte utilisés par la ville; et l'ensemble du processus surréaliste recommence ... et puis recommence.
   Mais tout cela a cafouillé le 3 mai, quand la machine sur Arrow Road a refusé de reconnaître et «trier» ce que la police décrira plus tard comme «une partie de corps humain». En quelques minutes, le grondement de l'usine s'est arrêté, et le site a été fermé. Et il le resta durant près de 24 heures.
   Pour Derek Angove, l'aimable et dévoué directeur de la gestion des déchets solides, le problème n'est pas tant la présence macabre d’une partie de corps (décidément une affaire pour la police) mais plutôt le fait que l'usine sera hors de service pour une durée indéterminée, et qu’il n'y aura pas d’endroit où décharger et trier l’avalanche sans fin de matières recyclables qui se déverse dans l'installation à un taux d'environ deux tonnes par minute, provenant des 18-roues qui ramassent les marchandises de l'une des sept stations municipales de transfert.
   Quelques minutes après l'arrêt, Angove était au téléphone pour trouver des sites de tri dans les environs de Burlington et d'autres endroits du sud de l'Ontario. «Mon travail, disait-il une heure plus tard, est de m'assurer que chaque point de collecte de déchets – des déchets de cuisine aux arbres de Noël aux matelas aux vieux tapis et aux toilettes – continue de bouger. Si pour une raison quelconque le flux commence à stagner, les stations de transfert sont pleines et dans le temps de le dire les camions de collecte ne peuvent pas décharger; et nous avons rapidement de gros problèmes.»
   Dans un monde de plus en plus enclin au «suicide par les ordures», comme le disait l'écrivain américain Jim Harrison, Toronto n’est peut-être qu’un coup de sifflet pour nous stopper sur le chemin de l'autodestruction globale.
   «Toronto est trompeuse», dit Myra Hird, qui enseigne à Queen's University school of environmental studies à Kingston, en Ontario, où elle est spécialiste en gestion des déchets. «On tend à faire face aux déchets municipaux si efficacement que le citoyen moyen ne voit pas combien il y en a ni où ils vont. Loin des yeux, loin du cœur.»
   La dernière fois que les Torontois ont pris conscience des réalités de leurs habitudes en matière d’ordures c’était pendant les cinq semaines de grève des travailleurs municipaux en 2009. Les ordures ont été enfouies dans plusieurs parcs et patinoires extérieures (dépourvues de glace en juillet) jusqu'à quatre mètres de profondeur pour réduire la puanteur. La première fois c’était après les attentats du 11 septembre, quand les autorités frontalières américaines ont temporairement cessé de collecter environ un millier de tonnes de déchets torontois qui étaient habituellement enfouies dans un dépotoir de Carleton Farm, au Michigan. À l'époque, 4000 tonnes de déchets de la ville avaient été déposés à tous les jours dans la décharge Keele Valley, le plus grand dépotoir situé au nord de Toronto, à Vaughan – un site qui a lui-même été sous pression et sur le point de fermer son pont-levis accueillant les ordures de Toronto.
   N’importe quel néophyte qui verrait derrière la scène serait frappé par le volume, la variété, et le coût des déversements – plus d'un million de dollars par jour pour le garder en mouvement. Mais ce qui touche vraiment les non-initiés, et frappe fort, c’est le flot continu de tout cela, la rivière – le déferlement cauchemardesque et incessant des déchets qui entrent et requièrent des endroits où les envoyer, les cacher, les détruire, et parfois les faire renaître. Ce qui fait écho à l'implacable production de déchets dans l’ensemble du pays. Malgré tout ce qu'on pourrait croire sur les valeurs écologiques et les ambitions libérales de protection de la planète, le Canada domine le monde développé par sa production de déchets per capita.
   «Nous avons tendance à penser que si les autres pays étaient plus comme le Canada, la planète pourrait être sauvée», dit Hird. «Mais si chaque pays agissait comme le Canada en matière de consommation et de gaspillage, la planète serait encore plus dans le pétrin qu’elle ne l’est maintenant.»


Les 720 kilos per capita de déchets produits chaque année par les Canadiens sont environ deux fois ce que produit un habitant au Japon, et environ 10 fois ce que produit une demi-douzaine de pays en Afrique. Plus inquiétant encore, notre production de déchets est de 7% supérieure à celle des Américains, où tous les excès de consommation ont été inventés.
   «Toronto ayant la plus grande concentration de citadins, dit Hird, elle est fondamentalement une centrale à ordures – une bonne représentation de ce qui se passe, ou ne se passe pas, avec les déchets urbains dans tout le pays.»
   Au-delà du traitement annuel de 200 000 tonnes de matières recyclables, les résidents de la ville produisent des déchets domestiques (les choses que nous mettons dans les sacs verts) à un taux de 10 000 tonnes par semaine, ou un demi-million de tonnes par an. Pour une efficacité maximale, les semi-remorques, chacun charriant près de 40 tonnes de déchets compactés, sont méticuleusement chronométrés hors de Toronto afin d'arriver au site d'enfouissement Green Lane près de London (Ontario), au rythme d'un camion à toutes les 10 minutes, heure après heure,  semaine après semaine.
   Par rapport à la plupart des milieux ruraux du sud-ouest de l'Ontario, et en dépit de son nom pastoral, Green Lane, n'est pas une parcelle de terrain, ou même un dépotoir au sens habituel, c’est une autre planète. Situé juste au nord de l'autoroute 401, à environ 200 kilomètres à l'ouest de Toronto, la décharge publique de 130 hectares (la plus grande) dégage une puanteur mémorable dans toute la campagne environnante, mais elle est par ailleurs à peine visible à ceux qui ne la cherchent pas attentivement. Un talus herbeux la sépare de la 401, et la route secondaire qui mène au site passe à travers un ruisseau et une forêt de feuillus assainis par la ville de Toronto, en partie comme une sorte de gentil merci à Southwold Township pour avoir accueilli ses déchets à un moment où d'autres circonscriptions ne voulaient rien savoir.
   L’extérieur de la décharge est relativement élégant et fortement influencé par son manager, Anne Hiscock, une avocate devenue ingénieure, dont le bureau est orienté sur le côté nord du site. Il s’agit d’un faux bâtiment résidentiel entouré d’une profusion de jardins jaune qui, il  y a un an, a obtenu une place sur le tour guidé Communities-in-Bloom.
   Cependant, lors d’une première visite le long de la rampe de la décharge proprement dite, Hiscock et Angove nous avertissent gentiment de ce qui nous attend : une expérience inconcevable ou peut-être inimaginable. Et l’avertissement est justifié. Le visiteur et ses guides arrivent à la dernière pente de la route qui débouche sur une mesa poussiéreuse qui ressemble à s’y méprendre à un grand site de fouille archéologique, où  l’on aurait mis à jour une civilisation ou plus précisément ce qui reste de cette civilisation et de son pillage de la planète : un trou de 11 millions de mètres cubes dans lequel on jette des sacs d’ordures. Il n’existe pas d’hyperbole assez grand pour décrire le moment où vous le voyez pour la première fois (pensez à Cortez, contemplant le Pacifique, «silencieux sur un pic à Darien», comme disait John Keats). Sauf que cet océan ne contient pas d'eau bien sûr, mais des brasses d’ordures, un océan sur lequel des 18-roues et des compacteurs Caterpillar se déplacent comme des petits navires; on n’entend pas le bruit de leurs moteurs à cause de la distance et du hurlement persistant du vent.
   En général, un tel lieu serait l'hôte d’une légion d'oiseaux nécrophages (le site d’enfouissement de Vancouver Ladner à Delta héberge plusieurs milliers de goélands et un millier de pygargues à tête blanche). Mais à Green Lane, il n'y a que deux oiseaux – des prédateurs loués – perchés sur le promontoire : un aigle royal vieillissant et une buse de Harris, un genre de missile avec des ailes – c’est le «cheval de trait» de la paire, dit Angove. Green Lane embauche des rapaces apprivoisés fournis par Predator Bird Services, que leur maître installe sur des perches à quelques mètres de son véhicule. De temps en temps, la buse vole au-dessus des ordures pour rappeler aux goélands que la décharge n'est pas le paradis qu'ils imaginent (le vieil aigle est plus une menace implicite ces jours-ci). «Alors, nous n'avons pas d'oiseaux», dit Hiscock. 
   Et pas de rats. Et pas d'ours. 
   Green Lane, comme tous les sites d'enfouissement, héberge une colonie de microbes, par quintillions, qui rongent le contenu de la décharge, produisant du méthane et des gaz à effet de serre, une sérieuse infraction, à raison de 96 mètres cubes par minute (assez pour remplir un garage de deux voitures près de 1500 fois par jour). Les gaz sont recueillis dans une douzaine de puits à gaz horizontaux et verticaux et brûlés ou «enflammés»; néanmoins on planifie la construction d’une centrale électrique qui permettra de convertir le méthane en énergie utilisable. À l’ancienne décharge de Toronto, Keele Valley, qui a été déclassée il y a 16 ans, du méthane s’échappe encore de l’enfouissement recouvert en quantité suffisante pour alimenter une usine qui alimente 20 000 foyers en électricité.
   À Green Lane, une thibaude d’argile naturelle empêche les lixiviats toxiques de pénétrer dans l'eau souterraine. «Nous savons que l'argile est impénétrable», dit Angove. «Des tests ont révélé la présence de molécules d'eau datant de 10 000 ans» – autrement dit, datant de la période où les derniers glaciers du Wisconsin s’étendaient sur tout le territoire.
   Contrairement à certains sites d'enfouissement qui sont ouverts pour une période déterminée, puis fermés, Green Lane fonctionnera jusqu'à ce que le dernier sac de gazon chimiquement contaminé et de poupées Barbie cabossées soit tassé dans un bulldozer de 60 tonnes. La date de fermeture pourrait être 2040, dépendant de la volonté de Toronto d’acheminer plus en plus de déchets au recyclage. À l'heure actuelle, la ville ne recycle que 52 % des déchets recueillis (à Calgary c’est 34 % et dans plusieurs villes canadiennes c’est 55 %). 
   Le Canada compte environ 2400 décharges actives (grandes et petites, publiques et privées). La plupart sont nauséabondes; certaines laissent fuir des produits chimiques et des métaux lourds dans le sol et la nappe phréatique; certaines attirent des rats, d’autres provoquent des incendies; la plupart crée un trafic importun de camions et beaucoup de poussière. Peut-être pour des raisons évidentes, la plupart sont aussi politiquement litigieuses, en particulier dans les étapes de planification. Toronto a négocié pendant des années pour acheter Green Lane en 2007, à l'origine un site d’enfouissement privé que la ville a reconstruit et rouvert à ses propres fins en 2011. Avant cela, une décennie de négociations tendues et de campagne infructueuse pour convertir une mine abandonnée près de Kirkland Lake en dépotoir officiel avaient eu lieu à la ville. «Les décharges sont extrêmement difficiles à trouver, dit Angove, et elles devraient l’être, compte tenu de leur rôle et de leur importance dans notre culture.» Au cours des dernières années un certain nombre de villes canadiennes, dont Ottawa, Halifax et Vancouver, ont été témoins de débats acerbes au sujet de l'implantation de décharges locales.
   Pendant ce temps, la puanteur, la toxicité, le torchage, le camionnage, les dépenses et les perturbations socio-écologiques suscitent des débats et des efforts de gestion au Canada, ce qui est une bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a eu une succession de vérités plutôt déconcertantes qui ont expédié les écologistes les plus résolus dans le fossé.
   Ces vérités commencent par une prise de conscience que, à Toronto par exemple, et dans d'autres villes, les déchets résidentiels – fondamentalement, tous les détritus mentionnés précédemment, y compris les produits recyclables – représentent un peu plus du tiers des déchets urbains. Les deux autres tiers proviennent de l'industrie, du commerce et des institutions – ICI en jargon de gestion des déchets – c’est-à-dire les restaurants, les écoles, les centres commerciaux, les usines, et les immeubles à bureaux, ainsi que les sites de construction et de démolition. «Et à ce niveau, nous sommes beaucoup plus dans le noir qu’avec les ordures ménagères», dit Myra Hird. Car, la collecte ICI n’est pas faite par les municipalités, qui ont tendance à respecter des programmes responsables, mais par des transporteurs privés; les recherches ont montré qu’ils acheminent seulement 13 % des déchets recueillis vers le recyclage, tandis que le reste va dans des décharges privées ou des incinérateurs.
   «La triste réalité, c’est que détourner les déchets vers le recyclage coûte de l'argent», explique Daniel Hoornweg, un conseiller en gestion des déchets de la Banque mondiale, et professeur associé en systèmes énergétiques à l'Institut Universitaire de Technologie de l'Ontario, à Oshawa. «La seule chose que le transporteur privé veut, c'est faire disparaître les déchets dans les plus brefs délais. Et les municipalités sont en partie responsables de cela. Leur attitude envers les usines, les entreprises et les institutions est : ‘nous nous fichons de ce qui se passe avec votre junk si nous ne la ramassons pas ou ne la voyons pas.»  
   La nouvelle la plus inquiétante, c'est que les déchets urbains, dans l’ensemble du Canada – y compris ICI –, représentent seulement le tiers de la quantité totale de déchets. «La plus grande partie de nos déchets, dit Hird, provient des mines, de l'agriculture, de l'armée, et ainsi de suite – et dans la plupart des cas, ce sont les déchets les plus toxique de tous.»
   En ce qui concerne l'extraction minière, Hird explique que les entreprises responsables ont fait un nettoyage adéquat, même honorable, autour de leurs sites, mais on a laissé fuir les poisons dans le sol et l'eau. «Nous parlons de chlore, dioxines, et furanes, dit Hird, et certaines de ces substances sont parmi les plus toxiques qui existent.»
   Quand on lui demande pourquoi le gouvernement ne force pas les propriétaires des mines à se conformer à la législation de l'assainissement, Hird répond qu'il y a 28 000 sites miniers au Canada qui n'ont pas de propriétaires – ils ont été abandonnés par les entreprises après avoir soutiré tout ce qu'ils pouvaient de la mine, puis ils ont déclaré faillite ou ont simplement pris la déguerpi. Le pire exemple est la mine Giant Gold près de Yellowknife, dont les déchets contenaient un quart de million de tonnes de trioxyde d'arsenic mortel qu’on a simplement gelés dans une tentative de limiter de nouvelles contaminations. «Ils ont peut-être résolu temporairement le problème, dit Hird. Mais tous qu'ils font en réalité, c'est refiler le problème aux générations futures.» Hird soutient que l'agriculture au Canada est aussi coupable que l'exploitation minière dans la création et la diffusion, principalement dans les eaux usées, de nitrates, d’hormones et de médicaments qui s'infiltrent dans l'eau potable, les lacs et les rivières.
   «Compte tenu de l'accès limité aux documents militaires, dit-elle, nous ne savons pas ce que l'armée est en train de produire comme déchets à l'heure actuelle. Mais nous apprenons progressivement ce qu'ils ont laissé derrière eux, disons, jusqu'à la ligne DEW (Distant Early Warning Line) de l'Arctique – à savoir, des milliers de tonnes de vieux véhicules, des unités de logement, batteries, infrastructures, réservoirs de carburant, BPC ... et divers autres produits chimiques hautement toxiques. Il a fallu 19 ans pour les ramasser dans des dépotoirs; et tous les sites n'ont pas encore été complètement nettoyés.»
   Notre culture est axée sur les déchets résidentiels, par opposition à une vision plus globale. Il y a beaucoup plus de données disponibles sur les ordures ménagères que sur les déchets miniers ou militaires. «Et dans une certaine mesure, dit Hird, ça fait l’affaire de nos gouvernements, en ce sens qu'ils préfèrent sans doute ne pas se concentrer sur les déchets miniers, nucléaires et industriels. C'est beaucoup plus facile de convaincre les ménages de modifier leurs habitudes que de convaincre les entreprises à l'échelle mondiale.»
   Le recyclage lui-même peut être un facteur fuyant en gestion des déchets. Des études indiquent qu'aux États-Unis, plus de 90 % du plastique, dont une grande quantité va dans les bacs bleus, n’est jamais recyclé.
   Un reportage de 2016 a révélé que, même si Tim Hortons invitait les clients à mettre leurs gobelets à café jetables dans des bacs de recyclage, il ne les recyclait pas dans la plupart des régions du Canada, il les envoyait simplement à l'enfouissement (les tasses ont une doublure de plastique qui les empêche d’être recyclées avec le papier dans les programmes de recyclage). Les estimations indiquent que les Canadiens utilisent entre 1,6 et 2 milliards de gobelets jetables par an. Cela représente jusqu'à 35 000 tonnes de papier, fabriqué à partir de plus de 70 000 tonnes de bois brut récolté dans des milliers d'hectares de forêt. «Voilà comment on préserve vos ressources», affirme Hoornweg.
   Hird parle d'un projet de recherche à l'Université Queen's, dirigé par une de ses étudiantes, Cassandra Kuyvenhoven, qui a traqué le contenu des bacs bleus à Queen's pour voir où ils se retrouvaient. «Bien que le système semble fonctionnel et pur en surface, dit Hird, ce n'était certainement pas le cas derrière les coulisses.» Kuyvenhoven a découvert, par exemple, que le polystyrène recyclable de Queen’s  a été chargé dans des camions et emmené à Toronto où il fut compacté chimiquement, puis transporté par camion à Montréal pour être chargé sur des navires qui allant en Chine, et là, il a été largué dans une décharge. «Nous aurions pu tout aussi bien l’enfouir ici, dit Hird, nous aurions ainsi économisé des tonnes de carbone qui ont pollué l'atmosphère pour l’envoyer en Chine.» L'équipement électronique a fait un long périple, de l'université aux quais de chargement, puis vers des sites d’enfouissement en Inde et au Mexique.  
   «Quand les gens pensent que leurs choses sont recyclées, ils apaisent leur conscience, peu importe ce qui se passe réellement au-delà du bac bleu, dit Hird. Notre recherche montre que lorsque leur conscience est en paix, ils ont tendance à consommer plus que jamais. Depuis que les Canadiens ont commencé à recycler sérieusement, peut-être il y a 30 ans, la consommation dans notre pays n'a fait qu'augmenter.»
   Le recyclage en construction résidentielle au Canada en ce moment, est très peu considéré. Alors, le gaspillage est endémique. «Nous voyons des démolisseurs à Toronto et à Vancouver qui balancent allègrement des maisons complètes et des bâtiments viables dans des dépotoirs, dit Hoornweg. Les gens parlent des ‘démolitions’ comme d’un renouvellement naturel pour la communauté. [Référence aux maisons moins récentes achetées et saccagées pour faire de la place à des nouvelles constructions.] Mais, elles sont habitables! C’est une honte écologique et éthique. En Europe et en d’autres cultures qui gaspillent moins, les bâtiments anciens ont tendance à devenir une partie de la structure des nouveaux bâtiments. On ne les envoie pas dans des sites d’enfouissement.»
   Au milieu de ce qu'un critique social a appelé le «cauchemar des ordures», il est difficile d'imaginer un avenir où même les villes ayant les programmes de gestion les plus efficaces n’aient plus besoin de site d’enfouissement du tout. Mais, dans plusieurs municipalités  «zéro déchets / zéro enfouissement» est devenu une sorte de mantra, une ambition : Tu n’enfouiras point.
   «Déchets solides – notre trésor caché» proclame une brochure publiée par le ministère de la gestion des déchets de Toronto. Le ministère espère qu'à un moment donné, peut-être dans 20 ans, chaque petit déchet résidentiel aura une utilité, un acheteur, une vie au-delà du sac à ordures ou du bac bleu. Le plan, s’il était réalisé, rendrait une décharge comme Green Lane superflue.
   Avec cet objectif de récupération, la ville de Toronto ne prévoit par pour le moment acquérir un autre site d'enfouissement, ce qu’elle ferait normalement en ce moment. Même la petite ville de Whitehorse, où le recyclage est à ses débuts, espère trouver une utilisation à tous ses déchets solides d'ici 2040.
   «Ce qui est très bien, dit Hoornweg. Cependant, même le recyclage à 100 % ne ralentira pas la production de toutes les ordures que notre culture fabrique et achète, ce qui constitue la véritable source des déchets; il ne servira à rien de nettoyer tous les dépotoirs surchargés du monde entier.»
   Hird note que le recyclage sous forme de «minage urbain» peut en effet réduire certains des déchets existants. Elle cite la recherche suédoise montrant qu’il y a autant de métal précieux dans les infrastructures défuntes sous nos villes que dans les mines du monde entier. Avec les ressources qui s’épuisent dans les sites miniers traditionnels, de nouvelles possibilités existent pour récupérer ces ressources enterrées en milieu urbain.
   Les décharges aussi abritent des métaux et minéraux précieux, sauf que le «minage» menace les barrières imperméables qui empêchent le lixiviat de franchir les obstacles et de pénétrer dans les eaux souterraines et le sol.
   Hoornweg, à titre de conseiller à la Banque mondiale, concluait que le volume relatif de déchets produits par un pays est le parfait indicateur indirect (proxy) du statut moral et écologique de cet état. «Une forte production de déchets solides est l’un des symptômes les plus visibles et viscéraux d'une économie en difficulté, d'une société en difficulté – en haut de l’échelle conjointement à la production de carbone et la pauvreté. Je suppose que vous devez vous demander ce qui ça dit sur le Canada.»  
   Tout en reconnaissant que le recyclage est toujours une stratégie de première ligne pour réduire les déchets solides, Hoornweg est catégorique sur le fait que le remède ultime n’est pas au bout de la chaîne de recyclage, il le précède : réduire le consumérisme. «Au moment où les déchets sont recyclés, dit-il, 95 % de la détérioration de l'environnement a déjà eu lieu – durant la fabrication, l'extraction des hydrocarbures, l'empoisonnement de nos rivières et de l'air ... et les émissions de carbone.»
   Quand on lui demande s'il y a une solution définitive contre la prolifération des déchets, Hoornweg s'arrête et dit doucement : «Les gens doivent acheter moins. Le problème est que notre économie est basée sur la croissance et la production sans fin de ce qui notamment remplit les dépotoirs, c’est-à-dire de la junk indésirable. Ces choses ne seraient pas dans les dépotoirs si ce n’était pas de la junk! Bien sûr, personne ne souhaite que l’économie sombre; nous ne pouvons pas dire aux entreprises qui emploient des Canadiens de cesser de produire des choses ou aux magasins d’arrêter de vendre. Mais là encore, notre économie est déjà en train de sombrer à cause de la façon dont nous chamboulons la planète en étant au service de toute cette junk. Le cycle continue : fabriquer, consommer, jeter.» 


Hird souligne que la croissance économique s'accompagne inévitablement d’une augmentation de déchets. La coefficience (management innovant) est née à Toronto, où la croissance de la richesse des dernières années a augmenté la production de déchets solides («les démolitions» en sont un bon exemple). À l’opposé, l'économie à la baisse à Calgary a permis de réduire significativement la production de déchets – au point que, dans un site d'enfouissement, 29 emplois ont été récemment éliminés (pas assez de travail pour garder les employés occupés), et les heures de fonctionnement du site ont été réduites d'un jour par semaine.
   «Dans le domaine de la gestion des déchets, dit Hird, le scénario est répétitif : eh bien, nous ne savons pas comment venir à bout des déchets en ce moment, mais des ingénieurs et des scientifiques, ou peut-être des sociologues, trouveront comment nous sortir de l’impasse. L'une de mes plus grandes préoccupations au sujet de cette fantaisie est qu'en la répandant, nous accablons par inadvertance nos enfants d’un énorme sentiment de culpabilité et de responsabilité vis-à-vis l'avenir du monde. Nous leur disons ‘réduisez, réutilisez, recyclez’, tandis que nous les adultes, nous recyclons à peine, réutilisons un peu de temps en temps et ne réduisons pas du tout. Nous voulons juste continuer de consommer.»
   On demande à Hird de but en blanc si, avec l’angoissante prolifération des déchets, ceux qui en font cas ne vont pas simplement se décourager devant l’ampleur d’une situation déjà rendue trop loin.
   «Je ne suis pas moi-même une optimiste, répond-elle. Mais je crois qu'il y a un avenir – évidemment, bien plus modeste que notre présent. C’est le changement climatique qui s'en chargera.»
   Un intervieweur suggère en plaisantant que des extraterrestres pourraient arriver et nous tous amener sur une magnifique nouvelle planète.
   «Je ne pense pas que nous aurons cette chance, répond Hird en riant. Peut-être que les extraterrestres pourraient simplement persuader tout le monde de se ressaisir. Jusqu'à présent, les scientifiques n'ont pas réussi à les convaincre.»

De retour à Toronto, il est six heures du matin. Huit cent véhicules de collecte des déchets sont déjà dans les rues pour vider les bacs verts, ramasser les ordures, collecter les bouteilles, cannettes et journaux. À Green Lane, le premier 18-roues est arrivé avec ses 37 tonnes de déchets. Sur l’océan d’ordures en décomposition, les Caterpillar rugissent, le méthane spin dans les puits. À 7 h 00, l'usine Canada Fibers sur Arrow Road gronde au bruit des canettes de bière et des bouteilles de ketchup. Les stations de transfert sont sur le point d'exploser.
   À 9 h 30, les centres commerciaux sont ouverts. La première vague d'acheteurs se déplace vers les téléviseurs, les pantalons de yoga et les gadgets électroniques. Et les décorations de jardin, et les couvertures en laine polaire, et les nouveaux ustensiles de cuisine révolutionnaires.

Parce que la publicité est puissante.

Parce que le consumérisme est enivrant.

Parce que la thérapie-emplettes est plus facile et moins coûteuse que la thérapie planétaire.

Certains acheteurs, il faut le reconnaître, ont apporté leurs propres sacs. D'autres sont soucieux de demander une tasse en céramique au lieu d’un gobelet à café à usage unique. Certains boivent à la fontaine publique plutôt que d'acheter une autre bouteille d'eau en plastique.

Parce que la planète doit être sauvée.


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(1) En complément – au Québec

Où va le contenu de votre bac de recyclage?
La face cachée du recyclage

Alexandre Shields | Le Devoir | 9 décembre 2017 

[...] Parmi les enjeux à surveiller : le sort du plastique et du verre, dont le recyclage accuse toujours un sérieux retard au Québec, d’après les données officielles. À peine 14 % du verre récupéré dans votre bac est vendu pour être recyclé. En l’absence de solution de récupération efficace, le verre sert le plus souvent de matériau de recouvrement dans les sites d’enfouissement.
   Quant au plastique, la proportion de ce qui est dirigé «aux fins de recyclage» ne dépasse pas les 18 %, et ce, même si son utilisation est de plus en plus répandue. Québec songe à étendre aux bouteilles de plastique le système de consigne, resté inchangé depuis plus de 30 ans. Un «groupe de travail» mandaté par le ministère de l’Environnement se penche présentement sur cet enjeu. [...]  
 

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