«Voiler une faute sous un mensonge,
c'est remplacer une tache par un trou.» ~ Jules Petit-Senn, écrivain et satiriste
La
corruption est un fléau impossible à juguler puisque la corruption est
perçue comme une tactique commerciale normale.
Bien sûr, on ne parle pas ici de bouteilles de vin, de roses ou de boîtes de
chocolats, mais de milliers, de millions et de milliards de dollars.
À quoi peuvent bien penser des cerveaux branchés exclusivement sur le cash, le rendement, l'investissement, les gains et les pertes et l'enrichissement personnel? Possiblement à des manigances pour arriver à leurs fins, coûte que coûte.
Quelques rappels
Au Québec,
avec quelque 125 députés caquistes, nous sommes très chanceux car nous ne manquons pas de serpents à
cravates. Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, gère les finances du
Québec comme si l’argent des contribuables lui appartenait – il agit
à sa guise et avec la bénédiction du padre
François Legault. Bien que visé par quatre enquêtes de la commissaire à
l’éthique, il répète sans cesse qu’il n’a rien à se reprocher.
Photographe :
Édouard Plante-Fréchette. Le regard qui dit «Attendez voir, vous ne m’aurez
pas; c’est moi qui va vous rouler dans la farine!»
Le Journal de
Montréal avait révélé que le ministre possédait des intérêts dans le fonds White Star Capital, établi dans le
paradis fiscal de Guernesey. Deux hauts
dirigeants de ce fonds ont été inscrits en 2020 comme lobbyistes auprès de M.
Fitzgibbon, puisqu’ils cherchaient «un appui politique ou financier» pour un
investissement public potentiel de 20 millions de dollars. JDM avait aussi
publié la photo d’une rencontre organisée en 2019 à Paris entre le ministre Pierre
Fitzgibbon, le premier ministre François Legault et le cofondateur de White
Star Capital, Eric Martineau-Fortin. Sur la photo affichée sur le compte
Twitter du premier ministre en janvier 2019, François Legault affirmait avoir
eu un dîner notamment avec un des cofondateurs
de White Star et le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon à Paris. «Très heureux d’avoir participé à un autre
dîner économique hier soir notamment avec Patricia Barbizet de Temaris et Eric
Martineau-Fortin de White Star Capital. De bonnes discussions sur l’économie!»
affirmait-il. De son côté, Fitzgibbon avait
affirmé qu’il s’agissait d’une rencontre de 10 minutes «par hasard». Ils pourraient
au moins s'entendre sur une version commune des «faits».
En 2019, on
alléguait que la nomination de Guy
LeBlanc à la tête d’Investissement Québec par M. Fitzgibbon n’avait pas été
faite selon les procédures strictes de sélection. Peu importe, le ministre a
défendu son choix bec et ongle, parce que le candidat a «beaucoup d'amis» et
une vaste «expérience» du monde des affaires. Le ministre de l'Économie
estimait qu'il ne fallait pas s'étonner de ses relations d'affaires et amicales
avec le nouveau président-directeur général. Le salaire de M. Guy LeBlanc
tournera autour de 950 000 par année. Ce montant représente près du double de
ce qu’avait reçu son prédécesseur Pierre Gabriel Côté. Le salaire passera donc
de 483 685 $ en 2020, à 1,1 million de dollars par an à l’avenir. Les quatre
autres dirigeants touchent près d’un demi-million – les pauvres, ils font
pitié...
Ce n’est pas d’hier que M. Legault
veut assouplir les règles du code d'éthique concernant les conflits d’intérêts de ses ministres. L’opposition officielle soupçonnait le
chef caquiste de vouloir assouplir le code en vigueur pour ne pas que ses
ministres soient forcés de vendre rapidement à perte leur participation dans
des entreprises.
Les règles actuelles du Code d’éthique
donnent 60 jours à un ministre pour se départir de ses intérêts dans une
entreprise ou les confier par exemple à une fiducie. Or M. Legault plaide que
c’est trop court. Le chef caquiste veut plutôt s’assurer que ses amis ne
perdent pas d’argent, selon l’opposition.
Cela dit, j’aimerais
rapporter une entrevue entre Patrick Masbourian, animateur de «Tout un matin»,
et Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière
d’économie. (Jeudi 3 juin 2021) Si vous l’écouter, vous constaterez que le ton
de Masbourian monte à chaque nouvelle question, et l’on pourrait même croire
qu’il prend parti pour Fitzgibbon! Il
débute d’ailleurs la conversation avec une question teintée d’ironie.(Transcription-maison)
Masbourian : Content d’avoir eu
la tête du ministre?
Marissal :
Ah non, j’le vois pas comme ça. C’est le côté un peu macho corrida de la
politique. J’ai pas mis le panache de M. Fitzgibbon au-dessus de mon foyer. Je
suis content que le bon sens soit revenu et que le code d’éthique ait prévalu
puisque après tout c’est pour ça qu’on adopte des codes d’éthique. Je suis
content, mais néanmoins déçu que ça ait pris tellement temps au premier
ministre à comprendre l’évidence. Ç’a pris quatre rapports, ç’a pris deux ans
de débats. Alors je pense que là on arrive où on devait arriver. Le ministre
Fitzgibbon ne se conformait pas. Si je n’avais pas refait cette demande au mois
de mars, on se retrouvait dans un vide juridique en quelque sorte. C’est
étonnant quand on vote des codes d’éthique et qu’on dit «c’est pas grave, on va
l’utiliser juste quand ça nous tente». Par ailleurs le code d’éthique c’est pas
un sandwich Subway, on peut pas se le faire assembler au goût du jour et à la
tête du client, il s’applique à tout le monde. Là où je suis satisfait c’est de
voir que le bon sens et le code d’éthique vont prévaloir.
Masbourian : Ok, pourquoi c’était
important? Pour le principe justement ou parce qu’il y avait un réel danger?
Marissal :
Il y avait un réel danger... On a à peu près le même âge, on a tous vécu
notamment le régime libéral, la Commission Charbonneau, les retours
d’ascenseur, le copinage, les contrats de gré à gré pas tout à fait clairs, un
peu louches. Est-ce qu’on veut vraiment revenir à ça? Non, la réponse est non.
Et moi, je m’étonne des commentaires de certains gens d’affaires qui notamment
disent «c’est donc ben dommage pour ce code d’éthique-là, mais il est obsolète,
c’est un code d’une autre époque. Faux. De un, le code d’éthique date de 2010,
c’est pas Mathusalem, puis de deux, ce code d’éthique a fait ce qu’on attend
d’un code d’éthique, faire respecter l’éthique. Après ça, s’il y a des gens d’affaires
multimillionnaires qui n’aiment pas, y’a rien qui les oblige à venir en
politique.
Masbourian : En même temps, Pierre
Fitzgibbon nous disait tout à l’heure «Écoutez là, j’ai une longue feuille de
route dans le monde des affaires, prenez-le mon CV, regardez chaque page à la
loupe, vous ne trouverez aucune tache. Bon, c’est ce qu’il prétend, j’ai pas
fait l’exercice. Il nous dit, «y’en a pas de conflits d’intérêts». ... Et là
c’est une réponse au premier ministre que j’ai envie de vous demander. Le
premier ministre dit que «si on veut que les gens d’affaires se lancent en
politique parce que c’est eux qui savent parler au monde des affaires, ben y va
falloir qu’on l’adapte à cette réalité-là. Les gens d’affaire ont des
investissements partout». Pas moyen de trouver un accommodement raisonnable?
Marissal :
Je trouve ça drôle de la part de M. Legault qui lui-même est venu du milieu des
affaires, qui est multimillionnaire, qui a très bien réussi, qui n’a jamais été
en accroc avec le code d’éthique et qui lui-même a mis ses affaires en ordre. Alors
la chose est possible. On va pas commencer à ouvrir des voies d’évitement parce
que tout d’un coup on recrute une star du milieu des affaires qui ne voudra pas
se conformer. Quel genre de message ça envoie? On va pas construire sur les
autoroutes des voies réservées aux gens qui ont des Ferrari parce qu’ils
veulent rouler plus vite puis mépriser le code de la route. C’est pas comme ça
que ça fonctionne.
Masbourian : Mais c’est pas son
intention monsieur Marissal, il dit «j’ai voulu la vendre cette participation dans
cette entreprise privée, j’ai pas été capable».
Marissal :
C’est comme ça, la vie politique est parfois dure, mais il y a des règles et il
y a règles parce qu’il y a des raisons. On choisit les affaires ou la politique,
les intérêts personnels ou le service public. M. Fitzgibbon voulait protéger
son million apparemment et puis là-dessus y’a tout un débat d’ailleurs, mais ça
le regarde, s’il veut protéger son million ou ses millions ou ses milliards,
peu m’importe, mais alors qu’il reste dans le milieu des affaires. On ne peut pas avoir
un pied dans chaque domaine, c’est pourquoi on a finalement ce fameux code d’éthique.
J’entendais l’extrait que vous avez passé où M. Fitzgibbon dit «on a une
divergence d’opinion la commissaire et moi». Non, non, un instant. C’est pas un
débat philosophique, on parle ici d’article d’un code d’éthique qu’il n’a pas
respecté. On ne peut pas juste dire «je ne suis pas d’accord avec toi, je
n’accepte pas»... criez ça devant le juge quand vous êtes en infraction, ça ne marchera
pas.
Masbourian : Y’aura des élections
relativement bientôt... disons-le comme ça. Si le gouvernement veut ouvrir ça
pis justement apporter des modifications, moderniser le code d’éthique, peu
importe ce que ça veut dire, vous allez être ouvert ou non?
Marissal :
En tout cas, s’il s’agit de diluer le code d’éthique en matière de conflits
d’intérêt, pour moi, c’est pas une modernisation c’est un recul. Alors je pense
que la ligne est tracée dans le sable, tout ce qui va ressembler à une dilution
de la protection contre ce genre de comportement, ça va être un non définitif en ce
qui nous concerne.
Audiofil :
https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/tout-un-matin/episodes/537469/rattrapage-du-jeudi-3-juin-2021
En 2016, François
Legault affirmait qu’Air Transat [compagnie dont il était un important
actionnaire] n’avait jamais créé de filiales dans un paradis fiscal, puis
reconnaissait ensuite que l’entreprise avait une antenne à la Barbade. (Le
Journal de Québec, 25 janvier 2016).
Mettre la hache dans les services
sociaux et privatiser demeurent les priorités de la CAQ
Investir les sommes
nécessaires pour maintenir des services sociaux/publics adéquats va totalement
à l’encontre de la mentalité mercantile, libertarienne et parfois même
déshumanisée de ce parti politique.
La CAQ, tout comme sa génitrice l’ADQ, a
toujours défendu des politiques de centre droit : réduction de la taille de
l'État, ménage des finances publiques, abolition de certaines institutions,
grande ouverture au secteur privé même en soins de santé, création d’une
économie de propriétaires, augmentation du salaire des profs en retour d'une
évaluation des résultats de leur travail (comme si l’on pouvait se fier à ça!),
maintien de relations boiteuses avec les syndicats, etc. Bref, à la mode de
l’Institut Fraser, et de son gémellaire, l’Institut économique de Montréal : le
développement économique passe par la privatisation et le démantèlement des
services publics.
La CAQ misait sur les compétences de
l’économiste de la grosse droite Youri Chassin (député de Saint-Jérôme), ancien
directeur de l’Institut économique de Montréal qui affirmait sans scrupule ne
pas croire au bien commun durant la
campagne électorale. En voilà un autre que M. Legault a défendu lorsqu’il est
allé rejoindre son conjoint dans le sud durant le gros du confinement de la
période des fêtes...
Conclusion :
le padre a du fil à retordre avec ses
rejetons.