15 décembre 2015

Le CAP de la COP

J’ai noté que j’avais plusieurs fois écris CAP21 au lieu de COP21; curieux lapsus (corrigé). Espoir inconscient qu’on doublerait le cap?

Accord ambitieux en effet, pour les espèces en voie d'extinction :
soins de fin de vie
respiration artificielle
phase terminale  
agonie
dernier souffle

Plus de sommets à l’horizon!


Smog à Harbin, province de Heilongjiang, Chine. (Photo : cbc.ca)


Lumière disponible uniquement sur iPhone; elle consulte les prévisions météo.
(Photo : cbc.ca)

Prayer for a Good Death
By Chris Korda

Great Spirit, I am unworthy;
My species has disgraced itself.
Of all the species that live, or have ever lived,
Mine is the lowliest.
Lower than the flowers who fill the air with sweet pollen,
Lower than the trees who encircle the Earth with their roots,
Lower than the insects, rulers of Earth
Since the beginning of time,
Lower than the darting fish,
Lower than the soaring birds,
Lower than the four-legged creatures,
Who are the beating heart of the living Earth.

Great Spirit, my shame is as deep as the ocean,
And my sadness is unbearable.
I pray for enlightenment,
But fear that my prayer is too late.

Great Spirit, if this be so, then I pray for extinction.
Let my species become extinct, and vanish from the Earth.
Let my loins be barren,
Let my seed not sprout,
Let the race of men fall like leaves.
Let my fields grow wild,
Let my fences crumble,
Let my cities turn to dust, and become forests.
Let the grass drink my blood;
Let my body be food for worms.

Great Spirit, let me die, that the Earth may live.

Vidéoclip : Michel Lamarche / Robert Len pour la Ligue ROC



«Je ne suis pas prophète. Je ne sais pas à quoi nos enfants seront soumis mais nous sommes déjà en sursis. Nous avons une espèce d'épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Il faut essayer d'aider ceux qui oeuvrent pour la prise de conscience et le changement. Ne scions pas en chantant la branche sur laquelle nous somme assis.» ~ Hubert Reeves

11 décembre 2015

Smile as you go under

Bienvenu aux mastodontes citernes pétroliers sur le fleuve!

Va-t-en, arrête de détruire ma maison!
Image : Chris Westwood / The Sun

Les délégués canadiens à la CAP21 doivent exhaler une haleine de pétrole à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche... ils feraient mieux de se taire.


Le navire du côté tribord regardant vers l'avant. Photo : Groupe Desgagnés

Y’en a qui vont se péter les bretelles et sabrer le champagne en fin de semaine (un Louis Roederer à notre santé, tiens!). 

Le pétrole d'Enbridge sur le fleuve ce week-end
Thomas Gerbet 11/12/2015

Exclusif -  Moins d'une semaine après l'arrivée des premières gouttes de pétrole à Montréal par le pipeline inversé d'Enbridge, il y en a suffisamment d'accumulé pour pouvoir remplir un tout premier navire. Le bateau est arrivé hier soir au port de Montréal et naviguera cette fin de semaine vers la raffinerie d'Énergie Valéro, à Lévis.

Une longue série d'allers-retours de L'Espada Desgagnés entre Montréal et Lévis débutera dans les prochaines heures. Avec un autre navire-citerne comme lui, ils feront la navette deux à trois fois par semaine pour alimenter la raffinerie d'Énergie Valéro.

Le bateau, de type Panamax, mesure 229 mètres de long et 32 mètres de large. Il est muni d'une double coque et peut transporter jusqu'à 80 millions de litres de pétrole brut. Toutefois, il ne pourra être rempli qu'aux deux tiers, car sinon il toucherait le fond du fleuve.


Pont principal avec la tuyauterie de cargaison et les treuils d'amarrage. Photo : Groupe Desgagnés

Après plusieurs mois de débats, et de multiples reports, Enbridge a commencé à faire couler le pétrole vers Montréal la semaine dernière. De 240 000 à 300 000 barils doivent être acheminés chaque jour à Montréal. Des opposants avaient manifesté il y a quelques jours.

Source :
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2015/12/11/001-enbridge-petrole-pipeline-fleuve-navire-valero-st-saint-laurent.shtml

10 décembre 2015

COP21 (suite) : Jour de la Terre 2035

Parmi les activités humaines dévastatrices qui affectent le climat, la déforestation, inévitablement associée aux grandes exploitations industrielles, est la plus lourde de conséquences : quand on abat des forêts entières, on tue tout ce qui y vit (1).


Selon une récente étude américaine, 80% de la couverture forestière mondiale originelle à été abattue au cours des trente dernières années.

«Certains groupes de défense de l'environnement estiment que l'Indonésie perd chaque année l'équivalent de la surface de la Belgique en forêt tropicale, essentiellement de façon illégale, et pour la majeure partie au profit de la menuiserie industrielle chinoise.»
(Francis Deron, Le Monde du 04.09.07)

Nicolas Hulot : «Non seulement, en dévastant la forêt équatoriale l'Homme commet un sacrilège, anéantissant les plus belles expressions de la biodiversité, mais de plus il commet la plus belle des bourdes à l'égard de l'Humanité car son sort est indissociable de celui de la grande forêt.»

Plus d'info : http://www.terresacree.org/forevieg.htm

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L'esprit du lieu, Québec Science

Les deux par quatre de Hearst
Par Serge Bouchard - 19/10/2015

C’est bien la forêt de Hearst que je vois, couchée dans la cour d’une gigantesque scierie – le panorama depuis ma chambre du Companion Hotel-Motel. Il y a là des arbres et des arbres, au moins un kilomètre de troncs maigres, juste assez larges pour faire des  deux par quatre, des millions de corps d’épinettes noires épluchées et empilées, vision apocalyptique d’une pile de bâtonnets qu’aurait collectionnés un géant pour s’amuser.

Les immenses grues nourrissent la scierie avec des paquets de billots qu’elles tiennent dans leurs grosses pinces comme s’il s’agissait de fétus de paille. Les moulins sont des ogres, jamais repus; les scies mangent la forêt. Cette usine fabrique aussi des copeaux, elle recycle le bran de scie et autres débris, cela fait des files et des files de camions-remorques qui attendent de se faire remplir, l’un après l’autre, par les payloaders, cela fait des voyages et des voyages de camions de copeaux. Cent cinquante personnes, 150 seu­­le­­ment, suffisent pour faire rouler cette machine infernale. 

Les Fontaine, les Lévesque et combien d’autres familles sont autrefois venues ici, sur cette terre plate, cette langue d’argile sertie dans le bouclier de roche cambrienne, au cœur de la forêt boréale, au beau milieu des loups, des orignaux et du froid, à la frontière du pays des Ojibwés et de celui des Cris. Les pionniers ont suivi le rail, en 1913, ils sont montés dans des wagons, le godendard sur l’épaule, la sciotte dans une main, la hache dans l’autre. Ils ont emmené des chevaux pour tirer des traîneaux de billots, mais aussi pour faire de la terre. Ils ont construit des maisons modestes. La petite ville de Hearst, qui devrait s’appeler «Bout du Monde», est centenaire aujourd’hui. Elle a l’âme bûcheronne, en souvenir de ces gaillards qui se sont échinés dans le bois, et de ces femmes colonisatrices; en souvenir des petits moulins et des petits «camions à gaz» et de ces voyages de planches que l’on pouvait admirer, bille par bille; en souvenir du travail bien fait.

Oui, c’est la forêt de Hearst que je vois couchée là, juste derrière mon motel. Nous n’en sommes plus à l’échelle humaine, oubliez la Fontaine Lumber des années 1940. Aujourd’hui, la machine grignote la forêt virginale comme un diabétique, un plat de bonbons. Chaque année la cour se vide, chaque année la cour se remplit. Les grosses grues s’activent pour gaver les scieries. Les piles de deux par quatre s’accumulent en retrait, au bout de la chaîne, palettes enveloppées d’un plastique blanc, comme des cadavres ramassés par la morgue, paquets anonymes que l’on chargera sur des wagons ou des remorques de camions. Cela tombe bien : le chemin de fer de la Ontario Northland passe dans la cour de la méga-usine. Quand ces trains-là ne charrient pas des milliers de wagons de pétrole, ils charrient des milliers de wagons de deux par quatre. Cela tombe bien aussi pour le transport routier : Hearst est une oasis le long de la route 11, la route maîtresse du nord de l’Ontario. Ici les camions sont aussi beaux que les ours.

On veut toujours plus de forêts drues à récolter; il faut des arbres, il faut des arbres. L’épinette s’essouffle, elle n’a plus l’énergie ni le temps, la forêt sait de source sûre qu’un mal la ronge, littéralement. La crise du bois est permanente, nous sommes toujours en crise. La ville va-t-elle survivre? En attendant, la forêt s’envole, par grands pans. Voilà l’exploit, voilà l’exploitation moderne de la ressource. Cette avidité exponentielle nous fait aller toujours plus vite vers une catastrophe annoncée : la métamorphose de nos forêts en fardoche.

J’ai choisi de revenir à Montréal par la route 101 qui pique tout droit vers Rapide-Danseur, en Abitibi. Du côté de l’Ontario, dans le coin de Matheson, les arbres viennent justement d’être récoltés, c’est comme s’il y avait eu la guerre, comme si une violente confrontation avait eu lieu. La terre est défigurée. Oui, la bombe de l’exploitation forestière est tombée ici. Elle tombera bientôt du côté de Kanasuta, sur le chemin qui mène de Kirkland Lake à Rouyn. La grande forêt sauvage, les paysages, les arbres, tout se transforme en pick-up F-150, en quatre roues, en seadoo, en voyages au Mexique, une semaine par année.

Il y a une forêt entière couchée dans la cour de ce complexe industriel. C’est le contraire d’une forêt debout. Vue du motel, cette vision est surréaliste. Plus d’un kilomètre de billots étalés, comme un mur. Je pense : le triste mur contre lequel nous allons demain buter.

http://quebecscience.qc.ca/Les-deux-par-quatre-de-Hearst

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J’ai vu la même chose que M. Serge Bouchard, dans une autre région où la forêt était très abondante à l’époque. Des camions de billots ont défilé sans arrêt sur une route secondaire, quotidiennement, durant près d'un an. Un jour j’ai demandé à un camionneur à qui/quoi étaient destinés ces chargements. Il m’a répondu : «Les Japonais raffolent du bois canadien...» 

Récemment, je lisais que les Chinois s’intéressent aux phoques : «L'industrie des produits du phoque canadien est peut-être à la croisée des chemins. Après l'exclusion des marchés en Europe, aux États-Unis et en Russie, les exportateurs canadiens se rabattent sur la Chine qui commence à s'intéresser sérieusement aux produits canadiens. Deux entrepreneurs, le Canadien Robert Millar et le Chinois Kevin Zhao croient que la fourrure et la peau de phoques pourraient plaire aux Chinois.» (ICI Radio-Canada Nouvelles)
   Si par malheur, les Chinois découvrent que les phoques ont des propriétés aphrodisiaques, alors là, garanti que dans cinq ans, il n’y en aura plus! 

Songeons à l’ivoire dont les Asiatiques sont d’avides prédateurs : les meilleurs clients pour les chasseurs d’ivoire sont les pays de l’Asie de l’Est, et notamment la Chine, où les habitants croient que l’ivoire porte chance. La Chine est le pays où les objets décoratifs en ivoire sont le plus saisis. Le prix du kilo d'ivoire a dépassé les 2000 dollars (1500 euros) sur le marché noir asiatique en raison d'une demande en constante augmentation, d'après plusieurs ONG. Le braconnage, avec un chiffre d'affaires estimé à 19 milliards de dollars par an, est devenu le quatrième marché illégal du monde, après la drogue, la fausse monnaie et la traite des êtres humains. Les éléphants sont une espèce en voie de disparition et si l’on continue de les tuer au rythme actuel, il n'en restera plus dans 10 ans.

Bon là, je ne veux pas partir de rumeurs, mais se pourrait-il que les Asiatiques soient en train de «nettoyer» la planète au complet? Ça fait peur.

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(1) «Quand la forêt disparaît, la vie sauvage disparaît» 

Sanctuary lançait une campagne contre la Déforestation en Inde (en 2014) 


Pendant que des scientifiques se mobilisent pour alerter l’opinion sur le niveau de pollution inquiétant des mers par le plastique, Sanctuary Asia choisit de s’occuper d’un autre problème qui affecte la planète celui de la déforestation en Inde.

Éclaboussez les esprits

Pour stopper ce massacre mettant en péril l’écosystème et surtout les nombreuses espèces animales qui y vivent, parmi elles les tigres du Bengale, les créatifs Ganesh Prasad Acharya et Kaushik Katty Roy ont imaginé pour l’ONG Sanctuary Asia une campagne publicitaire choc. Intitulée “When the wood go, wildlife goes.” Autrement dit “Sans les arbres, plus aucune vie sauvage”, celle-ci met en images toutes sortes d’animaux décapités sans pitié par des tronçonneuses alors qu’ils se tenaient sur les branches de ces arbres majestueux et centenaires. (Source : maxitendance.com)

9 décembre 2015

COP21 : compteur à zéro s.v.p.

L’objectif de la Conférence de Paris est ridicule. En réalité, c’est dans les années 70/80 qu’il aurait fallu agir, à toute allure. Si le soleil devient constamment invisible à cause du smog à la grandeur de la planète (comme à Pékin), peut-être qu’on va se grouiller. Tous nos problèmes sont interdépendants.

«Parce qu’on ne ressent que très peu les effets des changements climatiques, un nombre de plus en plus important de gens croient que toute cette histoire, pourtant 1000 fois expliquée et prouvée, est une arnaque. Nous ne vivons pas dans nos quartiers et villages des tremblements de terre, des ouragans et des inondations chaque année! L’ennemi avance lentement, mais sûrement. Il ronge le rocher, il monte de quelques millimètres par année, il repousse de plus en plus les limites, il avance doucement. Il avance… rapidement dans les faits. [...]
~ Gérald Filion, Blogue économique, ICI Radio-Canada
Article intégral :
http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2015/12/07/climat-environnement-approche-radicale/

Marguerite Yourcenar n’était pas une scientifique, mais elle avait «les yeux ouverts». Son discours sobre, limpide et réaliste est facile à comprendre. De toute façon, quand on étudie l’histoire, on voit sans peine que l’humanité n’apprend rien des erreurs du passé.

Extrait d'une série d'entrevues données en 1981 (mis en ligne en 2009).
L’écologie 3.3 (à voir aussi : L’écologie 1.3 et 2.3)



Yourcenar n’était pas pessimiste, elle était lucide; tout ce qu’elle décrit, nous l’avons sous le nez maintenant, démultiplié. Voici quelques extraits du livre «Les yeux ouverts» de Matthieu Galey. Ne manquez pas le passage sur les élections à la fin, combien pertinent quand on pense à Donald Trump, entre autres.

(Préface, p. 7) 
Dans un monde plein de clivages naïfs ou navrants – entre la droite et la gauche, par exemple – tous les chauvinismes sont nocifs, y compris le féminisme. Ne valent que les solutions individuelles. Et seuls importent ceux qui disent non. Non aux centrales nucléaires et aux barrages qui massacrent le milieu naturel, non au culte aveugle du profit dans une civilisation où ‘avoir a pris le pas sur être’, non à la pollution qui détruit la faune, la flore, les œuvres d’art, et même non à Concorde, s’il le faut. On ne doit jamais renoncer à convaincre les masses : quand les utopistes commencent à devenir la mauvaise conscience des gouvernements, le pari est à moitié gagné.

(P. 271-272)
C’est le principe de la démocratie que vous condamnez.
– Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant. Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur où la moindre violence risque de tout détruire. Il apprendrait que les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil. On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé́, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir. On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts. On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays. En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celles du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés. On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs. Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait.

(P. 293-294)
Parmi les grands problèmes qui vous intéressent, il semble que l’écologie soit une de vos préoccupations principales.
[...] Et, assurément, la réalité est plus sombre encore que n'osait la prévoir le savant [F. Schrader] qui formulait en 1911 ces conclusions, dont les technocrates et les promoteurs de l'époque ont dû sourire. Il ne pouvait imaginer ni les pluies acides, ni la pollution des rivières et des mers par le mercure et les autres déchets de l'industrie chimique et atomique, ou par l'élévation artificielle de la température de l'eau due aux usines riveraines. Il n'avait pas prévu que plus de deux mille espèces animales seraient exterminées avant la fin du siècle; il ne savait encore rien de l'usage des herbicides, ni des sournois dépotoirs atomiques, cachés dans des endroits écartés, quand ce n'est pas aux abords des villes, ou transportés secrètement à prix d'or pour continuer leur cycle millénaire de nuisance dans le sous-sol des continents pauvres. Il n'eût même pas été capable d'imaginer le désastre de nos marées noires, fruit de l'incurie et de l'avidité, car une construction plus solide et plus rationnelle des pétroliers obligerait à en éliminer la plupart. Il ne pouvait pas prévoir non plus la destruction de la stratosphère, la raréfaction de l'oxygène et de l'ozone, la calotte thermique obscurcissant la lumière solaire et élevant artificiellement la température au ras du sol. 
   On voit du moins qu'il en savait assez pour signaler le chemin pris par nos apprentis sorciers et par nos marchands du Temple, qui de nos jours n'encombrent plus seulement les abords des sanctuaires mais la terre entière. Ce qu'il disait, avec quelques autres (Albert Schweitzer, un peu plus tard, en Afrique, était alerté lui aussi par les trop soudains changements de climat), nous le crions aujourd'hui.

(P. 296-300)
– À quelle époque est apparue cette démesure?
– Elle a grandi avec l’homme. Partout ou il a eu la chance de s’y livrer, il l’a fait, même s’il a eu parfois mauvaise conscience [...] Et sous l’Empire romain les grands trusts financiers ont commis des ravages comparables à ceux qu’on a vus au XIXe siècle, et de notre temps, en forçant les paysans à quitter leurs fermes pour les remplacer par de grandes exploitations.

– En somme, une émigration rurale déjà très semblable à la nôtre?
Oui. Les gens refluaient sur la ville, et il s’est créé un prolétariat urbain. [...] Quant à Rome, elle a eu ses crises de chômage, sa prise en charge de populations oisives ou semi-oisives par l’État, ses moratoires, ses manipulations monétaires, et on peut dire qu’elle est morte de l’épuisement de ses finances et de ses terres autant que des invasions barbares ou des infiltrations du christianisme, sur lesquelles on a trop insisté. Elle est morte comme meurent les États modernes. Il suffit de se promener dans les ruines d’Ostie, l’ancien port de Rome, sorte d’antique banlieue riche, au bord de la mer, pour constater que dans ces belles maisons, pourvues de canalisations destinées à l’alimentation en eau courante des bains, des jardins, des fontaines, on avait fini par creuser au beau milieu du patio des puits ou des citernes, parce que les municipalités appauvries ne réparaient plus les tuyauteries ni les aqueducs d’autrefois. Dans les circonstances difficiles, on repart au ras du sol.

Pensez-vous qu’une évolution semblable nous guette?
Il suffit de très peu. Voyez comme nous dépendons du mazout, de l’électricité. Il suffirait que s’aggrave encore la crise du pétrole, que des centrales soient détruites par une catastrophe nucléaire ou chimique dont les prémices sont visibles un peu partout – Love Canal, Three Miles Island, Port-Elizabeth, dans le New Jersey – ou que se déchaîne un ouragan à peine plus fort que ceux qui assiègent tous les automnes ces côtes surbâties et surpeuplées, au niveau de la mer. Sans parler des hivers exceptionnellement froids, bloquant les routes, et sans mentionner la guerre, dont nous ne savons que trop qu’elle éclatera un jour. Ici, par exemple, pour dépendre le moins possible des combustibles industriels, tout le monde est en train de se reconvertir au bois.

À condition qu’il y ait assez de bois.
Nouveau problème, qui se réduit comme tous les autres à celui de la surpopulation et de la surconsommation. Il faudra chauffer moins, diminuer la hauteur des plafonds, la taille des pièces, revenir aux petites maisons modestes d’autrefois. 

Pour vous, le grand péché du présent, c’est le gaspillage?
Songez que nous perdons chaque jour, dans le monde, des centaines d’hectares de terre arable. Les régions désertiques augmentent chaque année dans tous les continents. Cela tient à la croissance démesurée des villes, à une culture trop intensive, à des méthodes artificielles qui ruinent la terre et l’épuisent, au trop grand nombre de bétail qui détruit l’herbe, à l’abus de l’eau. Voyez la Sardaigne, par exemple. Les promoteurs se sont emparés de cette île, ils y ont construit des villas ou des immeubles de luxe, avec salles de bains, piscines, etc., et la Sardaigne n’a plus assez d’eau; elle ne peut pas supporter une telle consommation. Il y avait certainement d’autres moyens de remédier à la pauvreté du pays.


Photo : «Favela de luxe», Sardaigne

À la clé de tout cela, il y a la surpopulation, autre mal.
– Le pire de tous. L’équilibre ne sera possible que si l’on détruit ces cités artificiellement peuplées et ces monstrueux développements côtiers qui engendrent une forme d’avilissement et de déséquilibre dont la nature même est nouvelle pour nous. Il n’y a pas seulement pour l’humanité la menace de disparaître sur une planète morte, il faut aussi que chaque homme, pour vivre humainement, ait l’air nécessaire, une surface viable, une éducation, un certain sens de son utilité. Il lui faut au moins une miette de dignité et quelques simples bonheurs. Créer des terrains vagues où grouillent des millions d’enfants abandonnés, c’est déshonorer l’espèce.


Photo : Favela Rocinha, Rio de Janeiro, Brésil. Juxtaposée à de luxueux complexes résidentiels, cette favela est la plus grande d’Amérique du Sud : quelque 200 000 habitants.

C’est la conséquence inévitable de l’évolution.
– Dans ce cas, elle jouerait pour la pensée moderne le rôle de «la volonté de Dieu» chez les croyants les plus obtus! Mais laissons ces abstractions, qui sont à notre époque une des formes favorites de l’imposture, et regardons à nu la cupidité d’une part, la crédulité et l’ignorance de l’autre, qui ont construit ce monde où l’air, l’eau, la terre, les aliments, le silence même, sont pollués; où les gadgets remplacent les réalités; où les tensions et les frustrations causées par une démographie incontrôlée préparent les guerres «absolues» de l’avenir... Trop nombreux dans un sac de farine, les charançons s’entre-dévorent.

[Que faire?]
Lutter contre les constructions inadéquates ou malsaines, tâcher d’élever le niveau de vie [...], renoncer peut-être à certains luxes pour rester plus près de ses fermiers et de ses ouvriers agricoles.

L’action individuelle paraît un peu dérisoire, quand c’est une société tout entière qui prend la mauvaise voie.
Tout part de l’homme. C’est toujours un homme seul qui fait tout, qui commence tout : Durand et Florence Nightingale pour la fondation de la Croix-Rouge, Rachel Carson pour la lutte contre les pesticides, Margaret Sangers pour le planning familial. [...] Il faudrait que l’homme participât sympathiquement au sort des autres hommes; bien plus, de tous les autres êtres.

(P. 310-311)
Avez-vous déjà voté en France?
– Non, du fait que je n’ai jamais vécu de façon fixe en France, depuis mon adolescence. Ici, je vote, tout en me disant que, ce faisant, je prends souvent parti sur des problèmes biaisés et des hommes dont je ne puis juger la valeur. Les Démocrates et les Républicains se passent ici leurs opinions de pères en fils, si bien qu’on a parfois l’impression qu’il s’agit de deux clans plutôt que de deux partis, et les indépendants les meilleurs et les plus intelligents n’ont jamais pu se faufiler entre ces blocs. Les deux partis ont tellement changé au cours d’un siècle qu’on ne peut plus guère parler d’un programme opposé à un programme; en principe tout au moins, les Démocrates sont un peu plus libéraux que les Républicains, qui tendent à faire la politique des grands trusts. En pratique, comme toujours, tout dépend des fils qui animent bon gré mal gré les pantins politiques. Un peu de bon, un peu de bien, un peu d’utile se fait quand même dans cette immense pagaille. Les foules vite agitées par un incident quelconque (le Vietnam, le Watergate, le drame des otages en Iran, par exemple) retombent bientôt dans leur inertie ou dans le petit souci de ses affaires à soi. Les fanatismes plus ou moins masqués, plus ou moins larvés, n’attendent que leur moment pour reparaître tout armés (je pense par exemple à l’évidente recrudescence des activités du «Klan»); les intérêts particuliers se font passer pour des intérêts publics. Le coût des élections et des réélections est tel que toute démocratie de ce type est en fait une ploutocratie. La corruption est presque un sine qua non de la politique. Mais de quel pays parlais-je? Des États-Unis? Ou d’une autre démocratie, peu importe laquelle, ou peut-être de la Rome au temps de Marius et de Sylla?

Marguerite Yourcenar
Les yeux ouverts
Entretiens avec Matthieu Galey
Éditions du Centurion, 1980 

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This is simply reality:

With globalization and its new communication tools, we have all been thrown together brutally, helter-skelter, in a worldwide, multinational-economy-mishmash, with no regard for history, culture, faiths or national idiosyncrasy, like having several different, large families, who don't even speak the same language, shut up together in the same small flat, sharing, bedrooms, kitchen... and bathroom. And somehow we are going to have to learn to live like this together in peace and harmony or else.

~ David Seaton http://seaton-newslinks.blogspot.ca/  

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Or else ...???   

 

7 décembre 2015

L’inconcevable déni des climato-sceptiques


J’ai regardé le documentaire Climato-sceptiques, la guerre du climat.
Résumé : Plus de 4500 articles scientifiques reconnus confirment la réalité des changements climatiques. Pourtant, près de la moitié des Américains persistent à en douter. Le puissant lobby des climato-sceptiques intervient à travers le monde et sur toutes les tribunes. Il réussit à semer le doute même si l’évidence scientifique rallie de plus en plus la classe politique. (Production : Phares & Balises 2015, France, Jean-Guy Michaud à l'adaptation) 

Les climato-sceptiques, à majorité américaine dans ce documentaire, affirment que le seul but des écologistes est de détruire le capitalisme, la civilisation occidentale et son style de vie, et d’entraver les libertés individuelles. Le représentant du réseau CFACT, Marc Morano, concluait en parlant de la COP21 : «Notre bataille n’est pas perdue – c’est juste de la bullshit – des engagements non contraignants qui ne changeront rien.» 

 
Le réseau répand l’idée (à coups de milliards de dollars – devinez qui finance) que l’écologie «c’est de l’obscurantisme médiéval». Il propage aussi leurs croyances qu’aucune preuve scientifique ne corrobore. Leur argumentaire est si stupide qu’il est difficile d’admettre que des gens intelligents puissent y adhérer... Le réseau, composé d’avocats, de lobbyistes, directeurs d’entreprises industrielles (énergies fossiles), sénateurs, etc., offre des conférences d’information partout aux États-Unis et ailleurs dans le monde. 

De la propagande libertarienne à l’état pur. Et ça marche, puisque la moitié des Américains est climato-sceptique, et c’est probablement cette même moitié qui défend bec et ongles le droit constitutionnel de posséder des armes à feu. Une fausse conception de la liberté et des droits individuels et collectifs s’est propagée comme la peste; de par sa nature, celle-ci ne respecte rien ni personne, permet de tout détruire et de polluer sans vergogne, de voler autrui, de violer et tuer à volonté (bar open), et de se ficher du monde entier.

Ça me rappelait cette parodie sur la notion de liberté sans limite.



Ne me dites pas quoi faire

Angel Flinn (pour Gentle World, 2 mars 2013)

Je n'ai aucun problème avec votre mode de vie. Je respecte votre point de vue. Vous avez droit à votre opinion, et j'ai droit à la mienne.

Ne vous méprenez pas. J'admire les gens qui ont de fortes valeurs morales. Mais je n'aime pas qu’ils me les enfoncent dans la gorge.

Moi, par exemple, je ne vois rien de mal à l'esclavage. Certaines personnes sont nées pour servir les autres. C'est comme ça, voilà tout. Vous n’êtes pas obligé d’en posséder un, si vous ne voulez pas. Je n’ai aucun problème avec ça. Mais ne me dites pas que je ne peux pas en avoir.

Et ne me dites pas que je ne devrais pas frapper ma femme quand je le dois. Je ne vous dis pas de frapper la vôtre. Ça ne me dérange pas, d'une façon ou d'une autre. Si vous ne voulez pas frapper votre femme, c'est votre choix. Mais ne me dites pas que je dois m’en priver.

Je vis ma vie selon mes propres valeurs. Je comprends que nous voyons les choses différemment, et j'accueille la diversité qui fait en sorte que les individus sont différents.

J’en ai marre des bien-pensants qui disent par exemple que c'est mal si des adultes ont des rapports sexuels avec des mineurs. Vous pensez peut-être que les enfants ne devraient pas être soumis sexuellement, mais cela ne signifie pas que je dois le voir de cette façon. De quel droit me dites-vous ce que je devrais et ne devrais pas faire? Qu’y a-t-il de si mauvais dans la sexualité non consensuelle, de toute façon? Certains peuvent considérer le viol comme quelque chose de mal, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Les non-violeurs ne devraient pas s’attendre à ce que tout le monde vive selon leurs règles.

Est-ce que ça vous regarde?

Alors, ne me dites pas quoi penser, ou quoi manger, ou quoi porter, ou comment vivre. Ne m'attaquez avec vos notions de bien et de mal, de justice et d'injustice... Ces concepts sont sujets à interprétation, et personne n'a le droit d'imposer sa morale à quiconque. Occupez-vous de vos affaires... Vivez votre vie comme vous l’entendez.

Vous croyez que nous devrions vivre sans opprimer les autres animaux. Formidable, tant mieux pour vous.

Vous croyez que nous ne devrions pas obliger des êtres sensibles à se reproduire dans le but de les exploiter, et qu'il est immoral d’user de violence pour les plier à notre volonté. Vous croyez que marquer, castrer et mutiler leurs corps est inexcusable. Vous croyez que c’est mal d'exploiter le système reproducteur des femelles, d’arracher les nourrissons aux mères en pleurs et de les abattre tandis que le cordon ombilical est encore attaché. Vous croyez que manger de la chair et boire du sang sont des pratiques barbares et dégueulasses, et que la peau écorchée de l’un ne devrait pas servir à vêtir le corps d’un autre. Vous croyez que ces pratiques sont archaïques et qu’elles n’existeraient pas dans une société véritablement civilisée.

Vous croyez que les 56 milliards de morts horribles, à chaque année, sont moralement répréhensibles, d’autant plus que ce massacre continuel n’a pas d’autre but que de satisfaire l'appétit humain pour des saveurs et des textures spécifiques. Vous croyez que les désirs et les préférences d’une personne ne devraient pas se substituer aux droits moraux fondamentaux d’une autre.

Je vois, je comprends réellement. Et je respecte que vous viviez selon vos principes. Mais vous devez me respecter. Vous ne pouvez pas imposer vos croyances aux autres. Personne n'est en mesure de décider ce qui est bien ou mal pour nous, alors pour l’amour du ciel, je vous en prie...

Ne me dites pas quoi faire.

Source : Don’t Tell Me What To Do http://gentleworld.org/dont-tell-me-what-to-do/

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Photoquote : Dominic

Une perle de sagesse en guise de conclusion.
Source : OPINION La Presse+; 06/12/2015

Peut-on vivre sans raison d'être?

Pierre Desjardins
Philosophe

Notre situation dans l’univers est hallucinante! Pensons-y donc un instant : nous vivons sur une sphère gigantesque suspendue dans l’espace, une sphère de 12 756 kilomètres de diamètre qui, en 24 heures, tourne complètement sur elle-même et qui, de plus, se déplace autour du Soleil à la vitesse vertigineuse de 107 208 km/heure.

Toutefois, malgré cette situation à la fois extraordinaire et, disons-le, quelque peu précaire, nous nous arrêtons très peu au sens que tout cela peut avoir. Nous penchons plutôt du côté de la beauté gratuite de la Terre et préférons tout simplement en jouir sans trop nous poser de questions.

Pourtant, nous aussi sommes faits de matière terrestre, de la même matière qui peuple champs et forêts et qui, bien au-delà de la Terre, peuple également l’univers tout entier. Qu’avons-nous donc en commun avec cet univers étrange et pourquoi tenons-nous tant à y vivre, nous qui, sans le vouloir, nous retrouvons confinés dans ce lieu dont l’existence est, d’un point de vue rationnel, tout à fait absurde?

Car, logiquement, nous n’avons pas plus de raisons d’exister que l’univers en a. Logiquement, nous devrions refuser cette vie truquée d’avance, comme disait si bien Albert Camus. Mais, visiblement, nous ne sommes pas très rationnels et préférons, sans trop savoir pourquoi, profiter aveuglément des plaisirs que nous offre la vie. Sentir le vent, voir le ciel, toucher son enfant, œuvrer avec passion, c’est cela, vivre, dira-t-on! Après tout, pourquoi devrions-nous nous passer des magnifiques plaisirs que la vie nous offre sur un plateau d’argent?

Aussi, ce qui pourrait passer aux yeux de certains philosophes pour de l’insouciance ou de l’indifférence n’en est pas; bien au contraire, pareille attitude s’explique : en optant pour l’irrationnel, l’humain évite quelque chose qu’il ne peut endurer et supporter, soit le déplaisir de l’angoisse existentielle.

Au non-sens du monde, l’humain refuse de céder ou de se replier sur lui-même et rétorque en vivant passionnément.

C’est ainsi qu’à travers la jouissance du monde fabuleux qui nous entoure, ce que nous voyons ou entendons prend forme. La fleur qui se tourne vers le soleil devient le magnifique témoin de la richesse du soleil, de l’eau et de la terre qui la nourrit. L’oiseau qui virevolte dans l’air, le poisson qui s’ébat dans l’eau ou l’ours qui vagabonde sur la banquise en font tout autant. La Terre, à travers l’incroyable diversité chimique de ses composants, est à la fois le gage et le resplendissant écrin de toutes ces merveilles.

Toutefois, on ne peut représenter avec fierté quelque chose que l’on sait condamné d’avance. Que dirait-on, par exemple, d’un avocat qui accepterait de défendre un accusé dont la sentence de mort aurait déjà été prononcée? Or, n’est-ce pas exactement la situation dans laquelle l’humain se retrouve aujourd’hui?

En cannibalisant la nature, nous sommes en train de détruire le fruit de 3,8 milliards d’années de vie sur Terre, fruit dont il ne restera bientôt plus grand-chose. Et bien que la Terre n’ait aucunement besoin du vivant pour exister (c’est elle qui a permis sa constitution et non l’inverse), sa présence active lui donne l’occasion de déployer sa prolifique somptuosité.

Survivre à une nature ravagée replacerait l’humain sur une voie qu’il avait pourtant choisi d’éviter dès le départ : celle de se retrouver isolé, aux prises avec le déplaisir de l’angoisse existentielle dans un monde sans aucune autre vie que la sienne. Est-ce cela que nous voulons?

Mutiler la Terre, c’est donc beaucoup plus que mettre en péril l’existence de l’humanité. C’est d’abord nier le sens ultime de notre existence comme témoin privilégié d’un environnement prodigieux. Vivre sans tenir compte de ce rôle, ce n’est déjà plus vivre, c’est tenter bêtement de survivre sans aucune raison d’être.

http://plus.lapresse.ca/screens/a9998173-ad20-4261-b661-5f8fba9bb4b6%7C_0.html

4 décembre 2015

COP 21 : pas de Père Noël dans la cheminée


Cartoon 5 étoiles! Auteur : http://www.soulcie.fr/about/


Crédit photo : PC / David Klobucar 

La combustion de charbon destinée à produire de l'électricité crée d'importantes émissions de mercure.

Les gouvernements canadien et américain devraient tous deux surveiller de plus près la pollution par le mercure dans les Grands Lacs, qui vient d'aussi loin que l'Asie, indique la Commission mixte internationale (CMI).

Un métal qui voyage

Le mercure est un métal toxique qui émane notamment des centrales électriques alimentées par le charbon et qui s'élève dans l'atmosphère. Il peut être transporté sur de longues distances avant de retomber au sol.
   En tombant, il s'accumule dans les fonds-maris, remontant ainsi la chaîne alimentaire, du plus petit au plus gros animal.
   Pour l'homme, la principale source de contamination au mercure provient des poissons qu'il consomme puisqu'il est transmis bien plus rapidement dans l'eau que sur terre.
   Le mercure, consommé en trop grande quantité, est neurotoxique. Il provoque entre autres divers problèmes au niveau des fonctions cérébrales.
   C'est une des causes les plus importantes d'avis de non-consommation dans la région des Grands Lacs.

Article intégral :
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2015/12/04/001-mercure-grands-lacs-taux-hausse-asie-commission-mixte-internationale.shtml

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Mercure : «problèmes au niveau des fonctions cérébrales».
Bien voilà! Ne cherchons plus pourquoi il y a tant de fous sur la planète!

2 décembre 2015

Droit de mourir tout court, hors Cour!

Depuis 2008, le 2 novembre on célèbre la «Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité». Ce jour-là, je célébrais notre avancement, convaincue que ce damné débat était clos... (si vous voulez connaître mon point de vue, visitez le libellé Euthanasie).

Et vlan! même pas moyen de se réjouir pendant une journée complète!

La Coalition des médecins pour la justice sociale s'adresse à la Cour supérieure pour contester la loi québécoise sur les soins en fin de vie. La loi québécoise doit entrer en vigueur le 10 décembre, donc les demandeurs espèrent que la Cour supérieure entendra leur requête avant cette date.

Publié jeudi le 5 novembre 2015 par Christian Noël (Avec PC)

«Pour beaucoup de patients atteints du cancer, en phase terminale, ou qui sont en proie à des souffrances intolérables, le 6 février 2016 devait être un jour de délivrance», confie Wanda Morris, présidente du groupe canadien Mourir dans la dignité
     En effet, l'article du Code criminel qui interdit à un médecin d'aider quelqu'un à s'enlever la vie a été invalidé par la Cour suprême, et le plus haut tribunal du pays avait alors donné au gouvernement fédéral jusqu'au 6 février 2016 pour modifier la loi.


Un devoir moral

Pendant ce temps, un comité interprovincial sur la question vient de remettre son rapport provisoire à tous les gouvernements provinciaux et territoriaux (à l'exception du Québec et de la Colombie-Britannique). 
     Le comité avait été formé cet été, parallèlement à celui mis sur pied par le gouvernement conservateur. 
     La coprésidente du comité interprovinciale, Maureen Taylor, est également la veuve de Donald Low, un médecin torontois qui a lancé un vibrant plaidoyer posthume en faveur de l'aide médicale à mourir. 
     «Justin Trudeau et son équipe doivent savoir que de vraies personnes souffrent présentement et attendent le 6 février avec impatience. Après avoir vu mon mari passer par là, insiste Maureen Taylor, ça me touche beaucoup et je crois qu'Ottawa a le devoir moral d'agir rapidement». 
     «Notre rapport final sera prêt à la fin du mois», confie la coprésidente Maureen Taylor. Elle demande au futur gouvernement Trudeau d'en prendre connaissance avant de demander une prolongation à la Cour suprême. 
     Selon elle, Ottawa peut décriminaliser rapidement l'aide médicale à mourir en établissant des balises légales claires, basées notamment sur l'expérience du Québec et de la loi 52.

Le comité interprovincial : du chemin à faire

Idées qui font consensus au sein de l'équipe :
- Une personne saine d'esprit, en proie à des souffrances intolérables ou à une maladie dégénérative incurable, a le droit de choisir de mettre fin à ses jours avec l'aide d'un professionnel de la santé.
- Le rapport n'aura aucune liste de maladies ou de conditions pour lesquelles l'aide médicale à mourir est acceptable, parce que pour ce qui est incurable aujourd'hui, on inventera un remède demain;

Enjeux qui divisent le comité :
- Qu'est-ce qu'un adulte consentant? L'âge de la majorité varie d'une province à l'autre. Dans certains cas, de jeunes mineurs ont le droit de prendre certaines décisions médicales).
- Est-ce que les personnes atteintes de démence ou de déficience intellectuelle devraient avoir accès à l'aide à mourir? Dans quelles circonstances? Pourraient-elles signer une directive d'avance?
- Comment définir une souffrance intolérable?
- Comment réconcilier le droit d'avoir accès à l'aide à mourir avec le droit d'un médecin de s'opposer pour des raisons religieuses ou de conscience?

Source :
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/11/03/001-aide-medicale-mourir-gouvernement-trudeau-amender-loi-legalite-souffrance.shtml



La réponse du Dr Georges L’Espérance, neurochirurgien, président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD) au NON des maisons de soins palliatifs. (La Presse, le 5 septembre 2015, section OPINION, page A24)

Un baroud d’honneur des maisons de soins palliatifs (1)

«When the duty is a true duty, conscientious objection is wrong and immoral. A doctor’s conscience has little place in the delivery of modern medical care». (Julian Savulescu, éditeur du Journal of Medical Ethics et Directeur du Département de Practical Ethics à Oxford. (2)

À l’approche de l’échéancier de décembre 2015 pour la mise en place de l’aide médicale à mourir, les maisons de soins palliatifs du Québec se rebiffent et déclarent qu’elles ne l’offriront pas en leurs murs. Les médecins de ces résidences (et aussi ceux de services hébergés dans des institutions publiques) se disent tous opposés, ce que nous savions tous depuis le début des discussions sur ce sujet très délicat. Ce qu’ils ne disent pas cependant, c’est qu’il y a des mots d’ordre qui circulent dans ces maisons interdisant au personnel d’en parler : nous connaissons des intervenant(e)s, qui sont très mal à l’aise avec ce diktat mais qui ne peuvent s’exprimer pour des raisons évidentes. Comme par hasard (?), ce sont les mêmes personnes qui passent leurs journées, soirées et nuits avec les personnes en fin de vie; les médecins pour leur part ne les voient que par moments et parfois même moins d’une fois par jour (expérience personnelle). 
     Qu’un médecin évoque une clause de conscience pour ne pas fournir ce soin ultime est une chose respectable; qu’une institution (sauf si elle a un caractère fondateur religieux qui le lui interdit, ce qui est acceptable nous semble-t-il) invoque une clause de conscience nous apparait infiniment plus discutable et il serait intéressant d’obtenir un avis juridique là-dessus, nonobstant les dispositions de la loi. Et ce d’autant plus que ces maisons reçoivent des subsides de l’état.
     Mais au-delà de ces prises de position, pourquoi poursuivre ce débat stérile entre soins palliatifs et aide médicale à mourir? L’un ne remplace pas l’autre. La Belgique s’est hissée dans les premiers rangs des pays offrant des soins palliatifs.  
     De grande qualité tout en ayant une loi très progressiste sur l’euthanasie. Déjà le 18 avril 2008, le très réputé British Medical Journal publiait une analyse de Jan Bernheim et collaborateurs démontrant le bienfait pour les patients enfin de vie de la collaboration entre les tenants de ces deux approches qui ne sont pas antagonistes, mais synergiques. De poursuivre dans cette voie de l’affrontement et du déni de l’évolution est stérile et surtout n’apporte rien à l’Autre, celui pour lequel nous, médecins et personnel soignant, trouvons notre raison d’être : la personne devenue dépendante, fragile, démunie, impuissante face à son destin de toute façon inéluctable à très court ou moyen terme. 
     L'aide médicale à mourir reste et demeure un soin de fin de vie marqué par la compassion et l’humanisme et permet d’accompagner un patient mais surtout un individu jusqu’à sa fin. Mettre en opposition les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir n’apporte absolument rien au débat. Cette dernière doit être offerte pour les cas où les soins palliatifs sont soit inopérants, soit inutiles ou encore ne s’appliquent pas. De prétendre que les soins palliatifs s’appliquent à tous et sont toujours efficaces relève pour le moins d’une vision paternaliste sinon naïve, mais en tout état de cause irréelle.
     Les valeurs individuelles ne sont pas toutes les mêmes d’une personne à l’autre, mais elles doivent être respectées, en autant qu’elles respectent les autres. Nier un droit maintenant inscrit dans la loi et encore plus dans les mentalités (plus de 85 % des québécois sont en accord avec l’aide médicale à mourir…) est une prise de position qui nous apparait bien loin de la nécessaire empathie qui doit diriger nos actions en ces domaines. Encore une fois, que des impératifs religieux interdisent à certains de poser des actes contraires à leur foi est une chose, mais qu’on le dise ouvertement. Qui plus est lorsqu’un médecin de soins palliatifs clame haut et fort en ondes qu’il ne référera jamais un patient qui lui en fait la demande, nous sommes dans une zone qui nous apparait empiéter dangereusement sur la déontologie. (3)  
     La société a changé, la donne a changé, la fatalité de la maladie et de la mort a changé pour une foule de conditions médicales, mais la réalité incontournable reste la même : l’être humain est appelé à mourir un jour ou l’autre et il appartient à d’autres êtres humains de faire que ce dernier pas sage soit le moins difficile possible, le moins souffrant possible tant au point de vue physique que psychologique. Dans une vaste majorité des cas, ce pas sage de la dernière étape de la vie vers la mort s’effectue de façon adéquate, souvent aidé par des soins palliatifs de grande qualité. Mais cela n'est pas vrai pour un certain nombre et cela n'est surtout pas vrai pour une petite partie de la population qui reste «en vie» en raison de la technologie médicale mais qui n'a plus «envie» de vivre de cette façon, et ce après mûre réflexion et surtout avoir ressenti dans leur corps et dans leur esprit le caractère intolérable qu’est devenu leur vie lorsque cela ne correspond plus à leurs valeurs, à leurs espoirs, à leur autonomie et à leur dignité
     C'est en cela que la médecine se doit de devenir mature et d’écouter les besoins des gens pour qui elle a tant évolué, l’être humain souffrant.

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(1) La Presse, mercredi 2 septembre 2015, page A2.
(2) BMJ. 2006 Feb 4; 332(7536): 294–297.
(3) Dr Ferrier, 1e septembre 2015, en entrevue à 24/60, RDI.


Plus concret et cru que ce cartoon - Life is short :
https://www.youtube.com/watch?v=XyDMqdzPKb8

J’ai fouillé mon Dictionnaire des injures québécoises, et je n’ai rien trouvé d’assez insultant pour exprimer ce que je pense de cette coalition d’indignes  tortionnaires... Ça sent le lobby pharmaceutique à plein gaz – on le sait que c’est payant de garder des moribonds en vie. J’en ai vu beaucoup dans les CHSLD, des personnes qui avaient signé des documents officiels de refus d’acharnement thérapeutique au moment où elles étaient totalement lucides. Mais on n’a pas respecté leur volonté. Et bien sûr, une fois droguées au maximum, elles n’étaient plus suffisamment conscientes pour réclamer le droit de mourir dans la dignité en bonne et due forme. Si c'est ça «aimer son prochain», que Dieu nous en garde! 

Donc, à défaut d’injures, un brin d’humour caustique :  

La vie est la première cause de la mort, selon l’OMS

Publié le 26 octobre 2015 par Richard Hognard
La Pravda, magazine web humoristique
http://lapravda.ca/la-vie-est-la-premiere-cause-de-la-mort-selon-loms/

Genève – Voir le jour augmente de façon «importante» le risque de mourir, selon les scientifiques de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui viennent de publier une étude classant la vie comme cause principale des décès. 
     «Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 100 % des sujets d’étude ayant vu le jour ont fini par trouver la mort à un certain moment de leur vie», souligne le rapport détaillé de 1497 pages. 
     «C’est une véritable épidémie. Il faut faire quelque chose pour protéger la population contre ce fléau mondial. Nous devons agir et agir vite», clame l’OMS, ajoutant que la vie n’épargne personne.

L’importance de la prévention

«Actuellement, la contraception est le seul moyen efficace si on veut éviter de transmettre la maladie. Aussi, nous pensons que des campagnes de sensibilisation doivent être mises en place immédiatement pour informer les citoyens», croient les scientifiques. 
     «Compte tenu du grand nombre d’enfants touchés, nous pensons que les avortements rétroactifs devraient également être envisagés», précise le rapport.

Le gouvernement réagit

Appelé à commenter les révélations de l’OMS, le ministre de la Santé s’est fait rassurant et a promis de prendre «rapidement» les décisions qui s’imposent. 
     «Dans les jours qui viennent, je vais déposer un projet de loi réclamant la castration des souverainistes et nous étudierons ensuite la possibilité d’étendre ce traitement aux écologistes et aux gauchistes», a-t-il dit, soulignant que la diminution de la contagion était maintenant sa priorité «numéro un». 
     Aux dernières nouvelles, le journal La Presse félicitait le gouvernement pour sa gestion «exemplaire» de la crise et certains journalistes se proposaient même pour aider à mettre en place les mesures d’urgence.