6 janvier 2011

Voltaire et Émélie 1

Twain et Voltaire, c’est du bonbon pour moi, même quand il est un brin acidulé. Aujourd’hui, j’ai trouvé un chocolat en forme de cœur, digne de la Saint-Valentin! 

Source biographique – site du Château de Cirey :
http://www.visitvoltaire.com/f_love_story_voltaire.htm  

Le Château de Cirey - Résidence de Voltaire
Cirey-sur-Blaise - Haute-Marne, France

C'était dans l'élégant Château de Cirey en Haute-Marne que Voltaire a vécu avec Émilie du Châtelet pendant 15 ans de 1734 à 1749.

Une histoire d'amour

Voltaire et Émilie
En 1733, lorsqu'il rencontre Émilie, Voltaire à 39 ans et est déjà un auteur confirmé, un poète reconnu et un homme d'affaire avisé. Elle a 28 ans et vit la vie d'une femme de la haute société parisienne. Dès leur première rencontre, ils se sont sentis attirés l'un à l'autre.

Ils avaient certainement entendu parler l'un de l'autre avant de se rencontrer car ils avaient de nombreux amis et connaissance en commun. Émilie avait lu Voltaire. Elle avait été voir ses pièces de théâtre qu'elle appréciait. Le Duc de Richelieu et Voltaire étaient assez intimes. Émilie avait eu une aventure avec Richelieu, et lui écrivit un jour pour lui demander comment il avait pu lui cacher que Voltaire était l'homme idéal.

Évoquant Émilie, Voltaire écrivait à l'un de ses amis: "Tout en elle est noblesse, son attitude, ses goûts, le style de ses lettres, sa manière de parler, sa politesse... Sa conversation est agréable et intéressante." Ils avaient beaucoup à se dire. Ce fut la rencontre de deux grands esprits.

Les règles sont pour les autres
Voltaire et Émilie allaient à l'opéra, soupaient dans les meilleurs restaurants et se présentaient ensemble aux audiences royales. L'affichage d'une relation était normalement considéré comme incorrect et la société parisienne était parfois choquée de voir à quel point ils oubliaient les règles de la bienséance. Émilie et Voltaire n'en avaient cure. Ces règles étaient pour les autres et ils s'aimaient.

La police recherche Voltaire
En mai 1734, Voltaire et Émilie étaient invités au mariage du Duc de Richelieu. Quelques jours après la cérémonie, Voltaire reçut un message du bureau de l'un des ministres du Roi qui suggérait à l'auteur des "Lettres anglaises" de "s'absenter". Il s'agissait d'une mise en garde de l'un de ses amis qui l'avertissait que la police le recherchait. Il ne savait pas pourquoi, mais il quitta le pays précipitamment afin d'éviter d'être arrêté.

Voltaire apprit plus tard qu'un imprimeur voulait se faire un peu d'argent en publiant et en vendant ses travaux sans l'en avertir. Dans ses "Lettres philosophiques", Voltaire a rendu hommage à la liberté religieuse et politique qu'il a retrouvée en Angleterre. Les censeurs du gouvernement y virent une critique du Roi et de l'Église en France. L'imprimeur fut enfermé à la Bastille et une lettre de cachet avait été écrite afin que la police recherche et arrête Voltaire.

Pendant deux mois, Voltaire dût se cacher chez des amis, près de la frontière. Au cours de cette fuite, il s'arrêta au Château de Cirey, la demeure ancestrale du mari d'Émilie. Il constata que le château avait grand besoin de travaux.

La décision de vivre à Cirey
Il peut sembler étrange que Voltaire et Émilie aient décidé de vivre au Château de Cirey et que le mari d'Émilie ait été d'accord avec cette décision. Voltaire prêta 40,000 francs au marquis à un taux très bas afin de couvrir les frais de rénovation. Le Marquis obtint également une maison à la campagne à partir de laquelle il pouvait chasser et Voltaire payait pour les dépenses somptuaires d'Émilie. Cet arrangement convenait au mari d'Émilie.

Voltaire avait toujours désiré avoir une maison à la campagne dans laquelle il aurait pu écrire. La rénovation du château commença en août et Émilie et Voltaire transformèrent le château en une demeure confortable. Voltaire était riche, ils ne manquaient de rien et vivaient dans le luxe.

La relation amoureuse
Ceux qui connaissaient Voltaire et Émilie s'intéressaient à leurs relations amoureuses. Madame de Graffigny, qui fut l'hôte du couple au château pendant trois mois écrivait à ses amis qu'Émilie avait de nombreux bijoux qui étaient sans doute des cadeaux de Voltaire. Elle disait également que lorsqu'ils se querellaient, ils parlaient en anglais. Les gens étaient particulièrement friands de ce genre de détails.

Madame de Graffigny indiquait également que le couple ne s'occupait de ses hôtes que le soir. Pendant la journée, Voltaire et Émilie travaillaient, s'envoyaient souvent des billets et se retrouvaient parfois pour parler de leurs travaux respectifs. Les invités devaient rester dans leurs chambres pour lire ou éventuellement se retrouver entre eux pour trouver des occupations. Peu de gens comprenaient le monde intellectuel dans lequel vivait ce couple étrange.

Les relations intellectuelles
Voltaire et Émilie souhaitaient découvrir "la vérité" et écrire sur leurs découvertes. Tous deux voulaient avoir une influence sur le monde. Les liens qui unissaient le couple reposaient largement sur leurs connivences intellectuelles et sur la manière dont ils s'encourageaient mutuellement.

La recherche de la vérité
Voltaire et Émilie constituèrent une bibliothèque de plus de 21 000 ouvrages, ce qui était l'équivalent d'une bonne bibliothèque d'université dans les années 1700. Leur bibliothèque comportait des ouvrages d'auteurs anciens et contemporains. Ils passaient une grande partie de leur temps à lire, à analyser et à discuter les travaux de nombreux auteurs afin de chercher à établir ce qu'ils pensaient être la vérité sur tel ou tel sujet. Au nombre de ces sujets :

La métaphysique: Cette section de la philosophie s'occupe de la question de la réalité hors de ce qui est perceptible par les sens. Voltaire et Émilie cherchèrent des réponses à des questions qui se sont posées depuis l'aube de l'humanité et qui sont encore aujourd'hui l'objet de grands débats. Peut-on établir des preuves de l'existence de Dieu?, Qu'est-ce que l'âme et est-elle immortelle? L'homme a-t-il un libre arbitre? Quelle est l'origine du mal? D'où viennent nos pensées?

La philosophie morale: Ils avaient un intérêt tout particulier pour des questions telles que : Qu'est-ce que le bonheur? Quelle est la nature du plaisir? Qu'est-ce que le bien et le mal du point de vue de la société? Comment fonctionne le principe des récompenses et des punitions? Qu'est-ce que l'égalité sociale? Ou encore comment cohabitent raison et passion?

La physique (qui, dans les années 1700, s'appelait aussi science naturelle): Tant Voltaire qu'Émilie s'intéressèrent de près aux travaux d'Isaac Newton et aux sciences en général.

L'histoire: Émilie s'intéressait peu à l'histoire dans la mesure où c'était principalement une suite de guerres et de conquêtes. C'est ce qui conduisit Voltaire à introduire dans ses écrits historiques la vie et l'œuvre des grands hommes des sciences et des arts.

Critique théologique: Voltaire et Émilie firent une analyse détaillée de la Bible afin de se forger une opinion personnelle sur le statut de ce texte et tant que pilier essentiel de la religion.

Collaboration et Critique
Dans son introduction aux "Éléments de la Philosophie Naturelle de Newton" publié en 1737, Voltaire indique qu'Émilie et lui-même ont collaboré à l'écriture de cet ouvrage. Tous deux étaient convaincus que le fait de traduire en Français ce texte dans lequel Newton expliquait les principes de la gravitation, de l'optique et de la lumière était d'une très grande importance. Après ce projet commun, Émilie poursuivit ses études sur les mathématiques et termina la traduction des "Principia" que Voltaire fit publier après sa mort.

Les manuscrits originaux de Voltaire portent des annotations de la main d'Émilie dans les marges. De même, les manuscrits d'Émilie sont annotés par Voltaire. Ils se critiquaient ainsi mutuellement afin d'améliorer la qualité de leurs travaux et de leurs publications. Voltaire louait souvent l'intelligence d'Émilie, disant d'elle qu'elle était géniale et il lui dédicaça la majeure partie de ses travaux durant les quinze années que dura leur liaison. Il est bien possible que ces dédicaces soient une forme de reconnaissance pour tout ce qu'Émilie apportait à ses travaux.

Voltaire et Émilie partageaient les mêmes valeurs et poursuivaient les mêmes buts. Cette partie de leurs relations n'était pas très facilement perceptible pour les autres mais elle est fondamentale dans la compréhension de ce qui les unissait.

Peu après la mort d'Émilie, en 1749, Voltaire écrivait à l'un de ses amis: "Je n'ai pas perdu une maîtresse, mais la moitié de moi-même. Un esprit pour lequel le mien semblait avoir été fait."

Correspondance perdue
Au cours des quinze années de leur relation, Émilie conserva toute la correspondance qu'elle entretint avec Voltaire. Ces lettres étaient reliées dans huit volumes de cuir rouge. Hélas, cette correspondance n'a jamais été retrouvée.


Traduction de cette page par Jean-Baptiste Touchard.

Voltaire et Émélie – 2

Source – site du Château de Cirey, Résidence de Voltaire :


Francois Marie Arouet de Voltaire
Né le 21 novembre 1694, mort le 30 mai 1778  

Le plus grand écrivain français
Au XVIII° siècle, à une époque où la culture française dominait en Europe, Voltaire dominait la culture française. Son œuvre comprend un vaste ensemble d'écrits dans tous les genres littéraires, dont 56 pièces de théâtre, des dialogues, des ouvrages historiques, des romans et des contes, des vers et de la poésie épique, des essais, des articles scientifiques et culturels, des pamphlets, de la critique littéraire et plus de 20 000 lettres.

Voltaire était né le 21 novembre 1694 et vécut jusqu'à l'âge de 83 ans. Il choisit la carrière des Lettres contre la volonté de son père, qui disait qu'il ne pourrait pas vivre de sa plume. Quoi qu'il en soit, à l'époque où il avait une quarantaine d'années, Voltaire était à la fois un écrivain renommé et un homme riche.

Un écrivain engagé
Voltaire est connu pour ses écrits philosophiques, pour sa grande ironie et pour sa lutte contre l'injustice, l'intolérance, la cruauté et la guerre. En France , dans les années 17.." , il était l'écrivain menant le combat pour des réformes politiques et sociales dont on parlait le plus. Comme ses écrits critiquaient le roi et l'Eglise, il vécut la plus grande partie de sa vie dans la crainte constante d'être emprisonné. C'est pourquoi il passa relativement peu d'années à Paris: y séjouner était pour lui soit interdit, soit trop dangereux.

Voltaire était fils de notaire. De 9 à 17 ans, il suivit les cours du collège jésuite Louis-Le-grand. Quand il l'eut quitté, son père lui trouva une place dans un cabinet d'avocats, mais Voltaire désirait se consacrer à la littérature. Il passait la majeure partie de son temps dans les salons et devint l'animateur de la société parisienne.

11 mois à la Bastille
En 1717, Voltaire fut arrêté et envoyé à la Bastille pour offenses envers le régent, Philippe II d'Orléans. Il fut libéré onze mois plus tard quand il fut établi qu'il avait été accusé faussement. Pendant son emprisonnement, il écrivit sa première pièce, "Œdipe", qui lui acquit beaucoup d'estime quand elle fut jouée à sa sortie de prison. Voltaire continua à écrire pour le théâtre et croyait qu'il pourrait gagner à la fois gloire et richesse dans la carrière qu'il avait choisie.

2° séjour à la Bastille
En 1726, au théâtre, Voltaire fit une remarque habile au Chevalier de Rohan, un jeune noble, qui comprit que Voltaire le méprisait. Pour se venger, Rohan fit rosser Voltaire par ses gens, tandis qu'il regardait la bastonnade de son carrosse. Bien qu'il n'ait pas été très athlétique, Voltaire prit des leçons d'escrime et voulait provoquer Rohan en duel. Pour éviter une affaire, la puissante famille de Rohan fit publier une lettre de cachet et Voltaire fut arrêté et jeté à la Bastille. Il fut relâché contre la promesse qu'il quitterait le pays et irait en Angleterre.

Plus de liberté en Angleterre
L'épisode avec le chevalier de Rohan laissa sur Voltaire une empreinte indélébile et à partir de ce moment-là il devint un défenseur de la réforme de la justice et de la société. Pendant son séjour en Angleterre, il rencontra les intellectuels les plus importants du pays. Il fut impressionné par la plus grande liberté d'opinion qu'il y avait en Angleterre et fut profondément influencé par Isaac Newton et John Locke. Quand il fut autorisé à rentrer en France, Voltaire assura sa situation financière puis poursuivit sa carrière littéraire en ayant pour but d'établir la vérité, de la publier dans ses œuvres et d'agir pour la réforme de la société.

La monarchie de droit divin
Par ses écrits, Voltaire essaya d'amener une réforme des structures sociales et judiciaires de l'époque. Au XVIII° siècle, en France, la totalité du pouvoir était entre les mains du roi et de l'Église. L'Église enseignait que l'autorité pour déterminer ce qui était bon et ce qui était mauvais était entièrement dévolue au roi par Dieu. Le roi était complètement au-dessus des lois; son bon plaisir était la loi. L'Église inculquait à la l'opinion générale le respect de la monarchie de droit divin et, en retour, le roi protégeait l'autorité de l'église catholique en France. Ainsi, c'était un système de contrôle des consciences, et tant que le peuple croyait au droit divin des rois, les rois et l'Église, et ceux qui avaient une fonction à leur service (les nobles et le haut-clergé) maintenaient leurs privilèges par rapport au reste de la population.

Le système judiciaire en France
Au XVIII° siècle, il y avait 350 coutumes différentes en matière de loi dans les différentes provinces françaises. Il était difficile pour un sujet de savoir quelle était la loi dans tel lieu et dans tel cas. Les charges judiciaires étaient vénales et il n'était pas nécessaire d'avoir une expérience antérieure. Les juges prononçaient les sentences d'après les lois existantes au nom du roi, qui leur avait délégué le pouvoir qu'il détenait de droit divin. Une personne arrêtée pouvait être maintenue en prison pendant des mois avant qu'un procès ne soit tenu. Il n'y avait pas de jury, la torture pouvait être appliquée pour obtenir les aveux et, si la culpabilité était établie, les biens de la personne étaient confisqués par le roi. Les lois pénales étaient confuses. De nouvelles lois contredisaient les anciennes, et il y avait souvent matière à discussion. Presque chaque décision prise par un juge pouvait être attaquée et contestée d'après une autre loi. De cette façon, le pouvoir des juges était illimité.

Arrêté sans procès
Quand on voulait faire procéder à une arrestation sans que la loi ait été violée, on pouvait, si l'on avait de l'influence, obtenir une garantie secrète, appelée lettre de cachet qui était contresignée par le secrétaire d'État et fermée par le sceau royal. La personne nommée dans la lettre de cachet devait se rendre dans une certaine prison ou s'exiler, soit à l'étranger, soit dans telle ville de France. La victime restait en prison ou en exil pour une période indéterminée. Elle ne pouvait pas se défendre puisqu'il n'y avait pas eu d'accusation, ni de procès.

La censure
Il n'était pas facile d'être un écrivain favorable à la réforme de la société au XVIII° siècle en France. Tous les écrits étaient examinés par les censeurs officiels avant de pouvoir être publiés. En 1741 il y avait soixante-seize censeurs officiels. Avant que le livre n'obtienne "la permission et le privilège du roi", le censeur devait attester que le livre ne contenait rien de contraire à la religion, à l'ordre public ou aux bonnes mœurs. Un livre publié sans la permission du gouvernement pouvait être brûlé par l'exécuteur public, l'imprimeur et l'auteur arrêtés et mis en prison. Beaucoup d'œuvres de Voltaire furent brûlées par l'exécuteur public.

Une censure plus sévère
En 1757, un homme du nom de Damiens tenta d'assassiner Louis XV. En réponse à cet attentat sur le roi, un nouvel édit stipula que quiconque serait convaincu d'avoir écrit ou imprimé des œuvres tendant à attaquer le pouvoir ou la religion, ou à troubler l'ordre et la tranquillité du royaume serait mis à mort. En 1764 un autre décret interdit la publication d'écrits sur les finances de l'Etat. Livres, pamphlets et même préfaces de pièces de théâtre étaient soumis à un examen détaillé et contrôlés. Des sentences qui allaient du pilori à neuf ans de galères furent prononcées pour la vente ou l'achat de publications critiquant l'ordre établi. Pendant presque toute sa vie Voltaire jugea nécessaire d'avoir prêts les moyens de fuir s'il apprenait que la police le recherchait.

La presque totalité des écrits de Voltaire étaient interdits
A cause de lois de censure, Voltaire écrivit fréquemment de manière anonyme et la vente de la plupart de ses livres était interdite. De toute façon, en raison de son talent d'écrivain et de son esprit étincelant, un texte de Voltaire qui était interdit était très demandé.

Voltaire et les autres écrivains français qui voulaient échapper à la censure faisaient imprimer leurs œuvres à Amsterdam, La Haye ou Genève puis les faisaient entrer clandestinement en France. Voltaire nia être l'auteur de beaucoup de ses écrits et parfois même rédigea la critique ou la dénonciation de ses propres livres. Il utilisait aussi d'autres moyens pour masquer ses idées sur la nécessité de réformer la société. Ses pièces et ses contes (contenant des exemples d'injustice similaires à ce qui se passait en France) étaient souvent situés dans le passé ou dans des pays étrangers ou imaginaires. Une autre technique consistait à publier sans faire de conclusion et à laisser le lecteur ou la lectrice faire son propre jugement. Voltaire était souvent appelé le Génie de la Moquerie. Il utilisait la logique et l'humour pour démontrer que l'opinion opposée à la sienne était ridicule,- et dans cette technique, Voltaire était passé maître.

Pas de droits d'auteur
Les droits d'auteur n'existaient pas à cette époque et il était normal pour les éditeurs d'imprimer tout ce qui tombait entre leurs mains et de ne pas partager leurs bénéfices avec l'écrivain. C'est pourquoi Voltaire retira très peu de profit de ses écrits. Il comprit très tôt qu'il était nécessaire d'avoir des moyens de subsistance indépendants s'il voulait encourager la réforme de la société par ses livres.

La fortune de Voltaire
Voltaire était millionnaire vers la quarantaine. Quand il avait une vingtaine d'années, il cultiva l'amitié de riches banquiers, en particulier des frères Paris. C'est par eux qu'il apprit à investir, à spéculer etc. les frères Paris avaient un contrat pour fournir à l'armée française nourriture et munitions et ils l'invitèrent à participer avec eux à cette entreprise extrêmement profitable. Quand il était en Angleterre, il remarqua qu'on pouvait gagner beaucoup d'argent dans le commerce extérieur et il investit dans des bateaux qui naviguaient autour du monde. Il investit aussi dans les œuvres d'art, prêta à des particuliers et prit des intérêts sur les prêts.

Le secrétaire de Voltaire, Longchamp, rapporte que les revenus de Voltaire en 1749 étaient de 80 000 francs, ce qui correspond approximativement à 600 000 $ (592 200 Euros) actuellement. Voltaire garda des placements qui rapportaient 45 000 francs dans plusieurs pays étrangers. Cela était fait pour assurer ses moyens de subsistance au cas où il aurait à quitter la France rapidement.

L'œuvre de Voltaire
Voltaire dans son œuvre dénonce la guerre, l'intolérance religieuse et l'injustice politique et sociale. Ses écrits ont eu une grande influence sur la Révolution française de 1789 et sur la Révolution américaine de 1776.

Il faut lire les livres de Voltaire pour comprendre pourquoi il fut considéré comme le plus grand écrivain de son temps en Europe et pourquoi il est encore écouté aujourd'hui.

Traduction de cette page par Michèle Beauxis / ROUEN, France

Voltaire et Émélie – 3

Source – site du Château de Cirey, Résidence de Voltaire :


Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil du Châtelet
Née le 17 décembre 1706, décédée le 10 septembre 1749  

Émilie est née en 1706 à Paris dans une famille aisée. Son père, le Baron de Breteuil, était l’Introducteur des Ambassadeurs de Louis XIV. Cette situation le plaçait au cœur des activités de la cour et donna à Émilie une importante stature sociale quand, adulte, elle fit son entrée dans la société.

Enfance et éducation

Émilie n'était pas d'une beauté extraordinaire, mais avait de grands yeux très expressifs. Enfant, elle apprit à monter à cheval et pratiqua la gymnastique. Il s'avéra très vite qu'elle était douée d'une très vive intelligence. Elle ne dormait que trois ou quatre heures et montrait une vitalité hors du commun.

Elle reçut une éducation sans défaut de la part de précepteurs qui venaient dans la demeure familiale. C'est son père qui lui enseignait également en latin.

Émilie se montra vite très douée pour les langues, les mathématiques et les sciences. À douze ans, elle lisait, écrivait et parlait couramment l'allemand, le latin et le grec. Elle passait la majeure partie de son temps dans sa chambre pour étudier. Elle aimait également la danse, se débrouillait convenablement au clavecin, chantait de l'opéra, faisait du théâtre en amateur et avait un talent artistique sensiblement au-dessus de la moyenne.

Son introduction à la Cour
Le père d'Émilie la présenta à la cour à Versailles quand elle eut seize ans. Émilie fut émerveillée par les splendeurs et les extravagances de la vie de cour et les trouva très à son goût. Elle commença à se constituer une importante garde robe et collectionna les tenues et les chaussures. Elle adorait les bijoux et particulièrement les diamants.

Quelques années plus tard, Voltaire écrira : "Les goûts d'Émilie sont impeccables... Elle désire tout ce qu'elle voit et son coup d'œil est particulièrement vif."

Un génie
Émilie était d'une intelligence si grande que les autres femmes et la plupart des hommes l'évitaient. Elle ne portait aucun intérêt aux ragots et aux conversations futiles. Elle manifestait un très grand intérêt pour les choses de l'esprit et n'acceptait de fréquenter que ses égaux qui ne consistaient qu'en un petit nombre d'hommes.

Mariage
A dix-neuf ans, Émilie épousa le Marquis du Châtelet. Comme souvent à cette époque et dans cette société, c'était un mariage arrangé et les époux n'avaient pas grand chose en commun. Elle appréciait la société des salons parisiens et la vie de cour; il était militaire, passionné par la chasse. Après avoir eu trois enfants, elle considéra que son devoir conjugal était rempli et ils tombèrent d'accord pour vivre des vies séparées.

Dans la grande société, il était parfaitement admis que maris et femmes pouvaient avoir maîtresses et amants. Les hommes pouvaient avoir autant de maîtresses qu'ils le souhaitaient mais il était convenable, pour les femmes, de n'avoir qu'un seul amant à la fois.

Les histoires d'amour avant Voltaire
Émilie eut trois amants avant sa rencontre avec Voltaire. À 24 ans, elle eut pour amant le Duc de Richelieu pendant une année et demie. Le Duc s'intéressait à la littérature et à la philosophie et Émilie était l'une des rares personnes qu'il jugeait à son niveau et avec laquelle il pouvait s'entretenir. Émilie lisait tous les livres importants, allait régulièrement au théâtre et appréciait les débats culturels. Elle montra en particulier un grand intérêt pour le travail d'Isaac Newton et Richelieu l'encouragea à prendre des leçons en Mathématiques afin de mieux comprendre ses théories.

Moreau de Maupertuis, membre de l'Académie des Sciences, enseigna la géométrie à Émilie. Il était mathématicien, astronome et physicien. Il était en outre un ardent défenseur des théories de Newton, qui étaient l'objet de grands débats à l'Académie.

Émilie devient une habituée de chez Gradot
Émilie désirait assister aux réunions régulières du mercredi à l'Académie de Sciences, au Louvre. Malheureusement, les femmes n'étaient pas admises à ces réunions dans lesquelles les dernières avancées scientifiques étaient débattues.

Émilie était dans les meilleurs termes avec les amis de Maupertuis qui se réunissaient chez Gradot, un café fréquenté par les scientifiques, les philosophes et les mathématiciens. Mais les femmes n'étaient pas non plus admises dans les cafés.

Quand elle se vit refuser l'entrée chez Gradot, Émilie se fit faire un ensemble de vêtements d'homme, réussit ainsi à entrer dans le café et se joignit à la table de Maupertuis. Maupertuis et ses amis l'acclamèrent et commandèrent une tasse de café pour elle. Les propriétaires feignirent de ne pas remarquer qu'ils servaient une femme. Ils ne voulaient pas perdre leur illustre clientèle. C'est ainsi qu'Émilie devint une habituée de chez Gradot. Elle arrivait toujours remarquablement habillée... en homme.

Les femmes n'ont pas accès aux études supérieures
Au 18e siècle, les femmes n'avaient pas accès à l'enseignement supérieur. Pour contourner ce problème, Émilie louait les services de professeurs qui venaient lui enseigner la géométrie, l'algèbre, le calcul et la physique. Par ailleurs, elle étudiait seule une grande partie de la journée. Elle passait entre 8 et 12 heures chaque jour dans son bureau à lire et à écrire.

Au cours de sa vie, les disciplines qu'elle affectionnait le plus étaient la physique, les sciences, les mathématiques, la philosophie et la métaphysique.

Émilie rencontre Voltaire
Voltaire et Émilie se sont rencontrés au printemps 1733. Tous deux furent rapidement convaincus d'avoir trouvé l'âme sœur.


Traduction de cette page par Michèle Beauxis / ROUEN, France

5 janvier 2011

Ces étranges pluies

Pourquoi tant insister sur le non-attachement, billet après billet?

Ce n’est pas gratuit, vous vous en doutez bien. À l’heure actuelle, courir après la stabilité et la sécurité me semble assez utopique.

Pas besoin d’un focus group pour réaliser que les rebondissements se multiplient. La cartographie planétaire changera peut-être dramatiquement sous peu, entrainant des disparitions à tous les niveaux. Les sismographes s’inquiètent de la possibilité d’un tremblement de terre majeur sur la faille New Madrid, ce qui aurait pour conséquence de vidanger les Grands Lacs vers le bassin du fleuve Mississippi. Une grande perte en eau douce s’ensuivrait affectant les villes adjacentes ainsi qu’une large périphérie. 

À relire : http://situationplanetaire.blogspot.com/2010/07/retour-au-golfe.html 

Certaines forces destructrices dites naturelles – et d’autres découlant de l’intervention humaine que certains qualifieront de malveillante  – accélèrent le processus de culbute. L’actualité ne cesse de nous en fournir des exemples. En voici deux présentement à l’œuvre : pluies d’animaux et techniques de modification météorologique.

***
Source des articles ci-après : http://www.jesuiscultive.com/spip.php?article93   

Les pluies d’animaux


On trouve des témoignages de pluies d’animaux dans de nombreux pays à travers l’histoire. Ce phénomène est d’ailleurs peut-être à l’origine de ce passage de la Bible : "les grenouilles (...) recouvrirent la terre d’Égypte".

Il s’agit le plus souvent de grenouilles ou de poissons qui tombent du ciel, comme s’il en pleuvait. Les animaux sont fréquemment déchiquetés, mais parfois ils survivent à leur chute. Il arrive aussi que les animaux soient gelés, ce qui prouve qu’ils ont été projetés à des altitudes élevées.

L’un des derniers exemples relevés date de février 2007, quand des poissons sont tombés du ciel à Paracatu au Brésil.

La pluie d’animaux a une explication scientifique : les petits animaux (grenouilles, poissons, oiseaux) peuvent être aspirés par des tornades ou des trombes d’eau. Elles emportent les animaux à la surface de l’eau, capturent les oiseaux croisés en vol et assèchent les mares sur leur passage. Les animaux sont soulevés, puis transportés par les courants aériens avant d’être rejetés un peu plus loin.

Toutefois, un point demeure mystérieux : pourquoi les vents rejettent-t-ils une seule espèce animale ?

Les techniques de modification météorologique


En Chine, toutes les provinces ont une station de modification météorologique. Ces stations déclenchent des pluies artificielles en envoyant un produit chimique dans les nuages à l’aide de lance-fusées ou de canons. Ce produit est composé de paillettes d’iodure d’argent qui attirent l’humidité et forment ainsi des gouttes d’eau.

Cette méthode permet de lutter contre la sécheresse, et de faire pleuvoir avant que les nuages n’atteignent un certain lieu (par exemple pour protéger les récoltes de la grêle, ou pour préserver un événement sportif).

Dans certains pays, les grandes stations de ski font appel à cette technique pour provoquer des chutes de neige. Ce procédé est aussi employé pour protéger les aéroports de la grêle et du brouillard.

En 1986, suite à la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les pilotes de l’armée russe ont déclenché des chutes de pluie pour éliminer les particules radioactives contenues dans les nuages qui se dirigeaient vers Moscou.

*** 
CONCLUSION

Nous sommes dans un rush de mutation. Dans la périphérie d’un vacuum, d’un cyclone. Pourtant, au cœur même de cette spirale ascendante, se trouve la paix et la sécurité que nous cherchons tant.

En réalité, je trouve ce mouvement plus positif que négatif, même s’il suppose une certaine somme de souffrance préalable dont nul ne sera épargné. Ce n’est pas la planète qui est l’agonie, mais notre civilisation. Et ce n’est pas tant la mort qui fait souffrir que la lenteur de l’agonie et la manière de mourir.

Et puis, s’il y en a qui souhaitent survivre à la destruction, peut-être qu’avec toutes les barquettes de styromousse et les bouteilles d’eau en plastique ils pourraient se construire une Arche de Noé couvrant toute la terre – on le sait que la styromousse et le plastique flottent et sont quasi indestructibles, pas besoin d'avoir un diplôme d'ingénieur!

***
ADDENDA 6 janvier  

«Déjà dans les années 60, certains biologistes et scientifiques sonnaient l’alarme. Je pense notamment à Rachel Carson dont le livre Silent Spring prédisait que l'empoisonnement graduel et irréversible des écosystèmes rendrait la terre impropre à toute vie - merci aux hydrocarbures chlorés et aux organophosphates! Son livre publié en 1962 aura 50 ans en 2012; étrange coïncidence, non?» (Introduction blog Situation planétaire.)  

PRINTEMPS SILENCIEUX


Source :
Berryman, T. (2002). «Printemps silencieux + 40». Int’ERE.net, 1 (1), 15 mars 2002.
Bulletin électronique de l’Association québécoise pour la promotion de l’éducation relative à l’environnement (AQPERE)


Printemps silencieux + 40
Par Tom Berryman

Ces temps-ci, on ne cesse de se faire rabattre les oreilles par des Rio + 10, Rio + 10, Rio + 10, des Stockholm + 30, Stockholm + 30 et des Johannesburg 2002, Johannesburg 2002. Allant prendre une marche de fin d’après-midi à l’île Sainte-Hélène, pour me reposer de ce genre de vacarme des négociations entre nations, le chant des oiseaux m’a rappelé que nous en étions déjà à «Silent Spring + 40». Le cauchemar dystopique envisagé par Rachel Carson ne s’est heureusement pas avéré. Le cri raisonné de la célèbre océanographe américaine a été partiellement entendu. Les choses et les gens ont bougé. Quarante ans après la publication de son livre choc, les printemps sont encore chantés.

K’t’ coooo, k’t’ coooo. Tchirp-tchirp-tchirp…tchirp-tchirp-tchirp. Ainsi chantent pigeons et moineaux qui s’agglutinent près des constructions humaines, autour du métro de l’île Sainte-Hélène, d’où sortent des vagues de braves gens qui accourent presque toutes se faire arnaquer dans le vacarme ahurissant des machines à sous du casino. Je vais plutôt en forêt dans les vieilles parties de l’île avant d’aller marcher au bord du fleuve. Il n’y a pratiquement personne, comme d’habitude. Tsi-tsuu… tsi-tsuu, tsi-tsuu… tsi-tsuu, aink-aink-aink… aink-aink-aink, sifflent et chantent mésanges et sittelles. Kâ, kâ, kâ… kâ, kâ, kâ…, o-whou-whou-whou… o-whou-whou-whou, croassent et hululent corneilles et tourterelles. Le printemps est bel et bien là. Bruyant. Étincelant. Vigoureux. Kong-ka-ri... kong-ka-ri, ti-lût, ti-lulût… ti-lût, ti-lulût, chantent carouges aux épaulettes flamboyantes et merles avec poitrines orangées. Ils sont là. Ils sont de retour.

Pause au soleil.

Assis sur des rochers tout juste au bord des eaux vives du Saint-Laurent qui coulent elles aussi en chantonnant, le centre-ville de Montréal se dresse en contre-jour devant moi de l’autre côté du fleuve. Je me ferme les yeux pour goûter ces bons moments de scintillement. Je les rouvre pour apercevoir, tout juste à un mètre de moi, un rat musqué qui remonte en nageant dans les eaux glaciales. De temps à autre, il plonge sous l’eau pendant une vingtaine de secondes pour remonter en surface cinq ou dix mètres plus loin. Plus tard, c’est un couple de canards colverts qui se laissent voir et entendre. La magie de la nature à quelques centaines de brasses du centre-ville.

Retour vers le métro de l’île pour aller rejoindre Montréal en roulant sous le fleuve. Les joueurs du casino sont-là. Ils misent sur un jeu bien triste dans lequel ils perdent. Rio + 10, Stockholm + 30, Johannesburg 2002. On m’invite à miser sur ces conférences. D’un point de vue éducatif, j’ai perdu confiance en ces forums. Je ne gage plus sur ces rencontres entre les chefs des nations où règne une langue de bois. Non, où règne plutôt une langue morte, une langue de béton. Ils sont trop inféodés à une vision comptable et marchande du monde où la croissance économique est devenue le principal impératif.

Je vais plutôt continuer de miser sur ceux qui s’attachent à connaître, à comprendre, à aimer et à soigner leur milieu de vie et à en partager la magie entre générations. Silent Spring + 40. Une passion raisonnée, un chant, un cri pour toutes ces autres vies. Silent Spring + 40 et pourquoi pas Walden + 155. Il y a une vigueur, une vitalité, une profondeur et une historicité dans les activités éducatives centrées sur les merveilles du monde où nous vivons qui ne peuvent être étouffées par les calculs de la diplomatie internationale. Ce sont elles qui font parfois bouger la diplomatie et non pas le contraire.

Merci madame Carson.

EXTRAITS CHOISIS
Le fait incontournable que le déclin de la faune soit lié à la destinée des êtres humains est rapporté de plus en plus souvent partout dans le pays. La faune, fait-on remarquer, régresse parce que sa maison est détruite. Mais la maison de la faune est aussi notre maison.
Rachel Carson, 30 mars 1938, Richmond Times-Dispatch Sunday Magazine (traduction libre).

Personnellement, je suis convaincue qu’il n’y a jamais eu un plus grand besoin qu’aujourd’hui pour des reporters et des interprètes du monde naturel. Le genre humain est allé très loin dans l’établissement d’un monde artificiel de sa propre création. Il a cherché à s’isoler, dans des villes d’acier et de béton, des réalités de la terre, des eaux et de la semence qui germe. Intoxiqué par l’impression de sa propre puissance, il semble aller de plus en plus loin dans de nouvelles expérimentations qui le détruisent ainsi que son monde. Il n’y a certainement pas qu’un seul remède face à cette situation et je ne prétends pas offrir de panacée. Mais il me semble raisonnable de croire – et en fait, je crois – que plus clairement nous sommes en mesure de focaliser notre attention sur les merveilles et les réalités de l’univers qui nous entoure, moins nous avons le goût de détruire ce monde et notre espèce. L’émerveillement et l’humilité sont des émotions très nourrissantes et elles n’existent pas côte à côte avec le désir de détruire.
Rachel Carson, New York, 7 avril 1952, extraits de son discours de réception de la médaille John Burroughs pour son livre The Sea Around Us, paru 10 ans avant Silent Spring (traduction libre).

Je crois sincèrement que pour le petit enfant et pour le parent cherchant à le guider, il n’est pas aussi important de connaître que de ressentir. Si les faits sont les graines qui produiront plus tard connaissance et sagesse, alors les émotions et les impressions sensorielles sont le terreau fertile dans lequel les graines doivent germer et grandir. Les années de la petite enfance sont le moment de préparer le sol. Une fois que les émotions ont été éveillées – un certain sens du beau, l’excitation du neuf et de l’inconnu, un sentiment de sympathie, de compassion, d’admiration ou d’amour – alors nous désirons la connaissance au sujet de l’objet de nos réponses émotives.
Rachel Carson, 1956, The Sense of Wonder (traduction libre).

L’eau, le sol et le vert manteau terrestre de plantes constituent le monde qui soutient la vie animale de la Terre. Pourtant l’Homme moderne se souvient rarement du fait qu’il ne pourrait exister sans les plantes qui captent l’énergie solaire et fabriquent les aliments de base dont il dépend pour vivre. Notre attitude envers les plantes est particulièrement bornée. Si nous envisageons une utilité immédiate à une plante, nous l’entretenons et la nourrissons. Si, pour quelque raison que ce soit, nous trouvons que la présence d’une plante est indésirable ou simplement que nous y sommes indifférents, nous pouvons la condamner sur-le-champ à la destruction.
Rachel Carson, 1962, Silent Spring (traduction libre).

L’erreur fondamentale réside dans le contrôle autoritaire qui a été accordé aux intérêts des agences agricoles. Il y a, après tout, plusieurs autres intérêts en jeu : il y a les problèmes de pollution des eaux, de pollution du sol, de protection de la faune, de santé publique. Pourtant, le sujet est appréhendé comme si les intérêts de l’agriculture étaient suprêmes, ou en fait, les seuls.
Rachel Carson, 8 janvier 1963, extraits d’un discours au Garden Club of America (traduction libre).

***
ADDENDA - 7 janvier 

AOÛT 2009 - «Pluie» de quiscales


Ah, ces biochimistes et biologistes sans conscience, on aurait parfois envie de leur administrer leur propre venin. Je les trouve plus menaçants que les pigeons auxquels était destiné l’Avitrol ajouté au maïs des mangeoires en vue de les exterminer. Une quarantaine de quiscales ont échoué sur un trottoir, agonisant pendant de longues minutes après en avoir mangé. Combien de geais bleus et autres oiseaux seront touchés - à notre insu? Et puis, quand les animaux morts ne sont pas ramassés, des chats et des oiseaux de proie les mangent.

«Expérience inquiétante, dimanche matin, pour des résidants du quartier Limoilou, à Québec. Des oiseaux, des quiscales bronzés, se sont mis à tomber du ciel par dizaines, pris de convulsions.

On a d'abord cru qu'une fuite d'un gaz toxique était à l'origine du phénomène. Mais, vérification faite, on a plutôt constaté que les quiscales étaient victimes d'un composé organique destiné à étourdir les pigeons, l'Avitrol. Le produit avait été mélangé à du maïs et placé dans des mangeoires, à la demande d'un propriétaire du secteur qui voulait se débarrasser des pigeons qui ont élu domicile sur le toit de son immeuble.

L'exterminateur qui avait installé les mangeoires croit maintenant que les quiscales, qui se rassemblent en grands groupes à cette période de l'année, se sont rués sur les mangeoires pour se gaver de maïs. Or, le dosage de l'Avitrol, calculé pour indisposer les pigeons, a provoqué la mort des quiscales, des oiseaux de plus petite taille.
Les mangeoires et leur contenu ont été rapidement récupérés. Une quarantaine d'oiseaux sont morts.
Source : http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/regional/archives/2009/08/20090831-125913.html

Et qu’en est-il des vaccins largués par hélicoptère destinés aux ratons-laveurs et moufettes? Que contiennent-ils? Qui me dit que mon chien ne sera pas tenté d’avaler une de ces capsules? Et quelle en sera la conséquence?

Pourtant, les biochimistes et biologistes sont les plus aptes à savoir que notre monde constitue une chaîne biologique reposant sur l’interdépendance.

4 janvier 2011

NOUI ...



Nos parents commençaient dès la petite enfance à nous extorquer des OUI à renfort de punitions, privations et autres tourments plus ou moins subtils : «si tu manges pas tes légumes, t’auras pas de dessert, ou si tu fais pas tes devoirs, t’iras pas jouer dehors, ou si t’es pas sage, t’auras pas de cadeaux à Noël», et ainsi de suite. Ou bien, ils utilisaient le chantage émotif : «si tu prêtes pas tes jouets, tu vas faire de la peine au p’tit Jésus, si t’es dissipée à l’école, j’t’aimerai plus ». La  meilleure que j’ai entendue récemment, c’est «si tu sors avec cette fille-là, mon gars, tu vas faire mourir ta mère…»; énorme responsabilité pour un ado! Bien entendu, la nature des menaces évoluait avec l’âge et le contexte, mais celle-ci dépendait aussi du degré de machisme des éducateurs qui s’étaient ajoutés à l’autorité parentale.

Or cette manipulation insidieuse faisait en sorte que nous finissions par croire que dire OUI aux autorités était synonyme de récompense et dire NON synonyme de punition. Faire ce qu’on aime devenait une source de culpabilité artificielle puisque nous essuyions régulièrement des refus, peu importe la validité de ces refus. Les prétextes au chantage émotif visant à nous imposer des comportements tout à fait arbitraires étaient légions.

«Faire ce que les autres nous demandaient» nous garantissait acception, amour et récompense. Qui plus est, ce mythe culturel affectait particulièrement les filles car elles étaient traditionnellement éduquées pour croire que leur job était de rendre les autres heureux. Le problème, c’est que continuer à dire OUI quand on pense NON, fait naître de la frustration, du ressentiment et une colère sournoise souvent dirigée contre soi.

J’ai été membre en règle du sélect Club des Frustrés pendant quasi un demi siècle avec des désistements plus ou moins prolongés selon mon degré de rébellion vis-à-vis des autorités du moment, fussent-elles parentales, scolaires, religieuses ou socioculturelles.

Or un beau jour, j’ai décidé que j’allais dire OUI au NON, coûte que coûte, que je ne ferais plus figure de béni-oui-oui à perpétuité, même si malgré tout j’en faisais à ma tête la plupart du temps. Bien sûr, l’idée n’était pas de devenir une béni-non-non systématique. Mais je ne voulais plus dire OUI par peur de décevoir, de me sentir coupable, d’être abandonnée, rejetée, privée d’amour ou autres. J’ai donc décidé d’assumer les conséquences de mes NON, à savoir, la contrariété, la mauvaise humeur, la colère ou le rejet des manipulateurs qui essayaient de me faire agir à leur gré, que les motifs soient raisonnables, bien intentionnés ou non.

Habituellement lorsque les gens nous demandent quelque chose, c’est qu’ils souhaitent extorquer un consentement, plus ou moins directement – certains font un détour par Vancouver pour mieux déguiser leurs requêtes. J’ai donc cessé de répondre OUI sur-le-champ, comme une automate. Si j’hésitais ou que je me sentais piégée, cela m’indiquait un manque d’intérêt ou un besoin d’informations supplémentaires. Si je ne savais pas comment dire NON avec diplomatie, je me libérais de la pression indue en répondant que je voulais réfléchir avant de prendre une décision. J’évitais ainsi l’horrible désistement qui suivait fréquemment le OUI impulsif.

Les situations banales du quotidien devinrent mon terrain de pratique privilégié : le succès était quasi assuré. Peu à peu j’ai réalisé que les NON les plus efficaces étaient les moins compliqués car plus je me confondais en explications, plus les gens essayaient de me faire changer d’idée. Au travail, par exemple, si on me demandait de faire du surtemps, je prétextais un rendez-vous sans fournir de détails. Autrement, on me disait que mes excuses étaient inacceptables. J’ai découvert qu’il ne fallait simplement pas ouvrir la porte aux discussions, qu’il fallait dire NON calmement, mais fermement. En réalité, ne pas vouloir faire quelque chose est en soi la seule et unique justification raisonnable.

Ce que j’ai trouvé le plus difficile au début, c’était de me débarrasser de la culpabilité artificielle corrélée au NON. J’avais l’habitude de précéder le NON d’un je suis désolée, mais… ou c’est dommage, mais... Ce faisant, je tendais la perche à l’autre pour qu’il utilise mon sentiment de culpabilité à son avantage. J’ai fini par comprendre que je n’avais aucune raison d’être désolée de faire ce que je jugeais être le mieux pour moi.

Et puis, j’ai rencontré une foule de gens pour qui le NON ferme n’était pas une réponse et qui utilisaient des tactiques de «haute pression» pour me faire céder. Dans ces cas-là, je me transformais en disque rayé tout en résistant à la tentation de fournir des excuses. Ils finissaient par battre en retraite.

Il m’arrive encore de donner dans le panneau, mais je suis quand même plus vigilante; c’est même devenu un plaisir que de proférer un NON bien fondé. D’un autre côté, quand je dis OUI, ce n’est pas un NOUI; c’est un OUI loyal. Néanmoins, avant de dire OUI, je prends le temps de me demander si je veux réellement faire cette chose ou si c’est juste par crainte de subir des représailles. J’évalue également ce que je recevrai en retour de ma participation, c’est-à-dire, si cela en vaut vraiment la peine ou si cela risque de devenir accablant; surtout lorsqu’il s’agit d’un engagement à moyen ou à long terme.

Ces vérifications m’ont aidée à dépouiller mon agenda d’un nombre incalculable d’obligations mondaines et même de tâches inscrites à l’agenda d’autres personnes qui essayaient de me les refiler – certaines personnes n’éprouvent aucun remords à déléguer leurs corvées...

Quoiqu’il en soit, cette vigilance me permet maintenant de me consacrer aux choses qui ont le plus de valeur à mes yeux.

Étant donné qu’avec l’âge les phases de la vie se répètent en sens inverse, je suis donc dans ma phase du NON – dire OUI au NON.

3 janvier 2011

Le non-attachement 1

The party is over, et nous avons la tête remplie de «vers d’oreille»… vidons la boîte de Pandore.

Des résolutions en vue?
Les enseignements qui suivent jettent un éclairage différent quant à la manière... mais en fait ce sont des vérités sans âge.

Et puis, quand j’observe ce qui se passe en Australie, cette pluie d’oiseaux en Arkansas et tout le reste, je me dis que nous sommes littéralement acculés à vivre dans le présent réel, et pas ailleurs. Je n’ai pas l’impression que l’année 2011 sera particulièrement reposante.

S’OUVRIR À L’INCONDITTIONNÉ

Peut-être l’inconditionné représente-t-il à vos yeux un état lointain et inaccessible et, dans ce cas, vous demandez-vous par quel miracle vous pourriez y être réceptifs. Cette pensée dubitative n’est sûrement pas propice à la réalisation de l’inconditionné. Dans le bouddhisme il est dit : «le samsara est dans le nirvana et le nirvana est dans le samsara». Autrement dit, ils sont deux mondes qui s’interpénètrent.

La plupart d’entre nous ont sans doute lu des livres traitant du but ultime du bouddhisme : l’inconditionné, plus connu sous le nom de nirvana. On réalise le nirvana, on ne s’en empare pas. Par ailleurs, des termes comme atteindre, arriver ou parvenir donnent une idée fausse du processus de son accomplissement, en ce qu’ils pourraient suggérer, par exemple, que le nirvana est un état dont on prend possession afin de combler un vide intérieur. Les possessions, le vouloir devenir et la réussite sont le produit du désir. Ils entraînent par conséquent la souffrance. Le désir donne certes du plaisir et des satisfactions mais de façon transitoire et quand ils disparaissent, cela plonge dans la frustration et la tristesse.

L’état de frustration et de souffrance résulte de l’attachement : nous ne voulons pas perdre ce que nous possédons mais, au contraire, le garder à jamais avec nous. Seulement, le plaisir étant frappé d’impermanence, cela est impossible. Ce ne sont pas les circonstances de la vie qui provoquent la souffrance mais nos conditions intérieures. Pour nous ouvrir à l’inconditionné, il nous faut donc comprendre leurs mécanismes d’action et aussi ce qui nous attache au monde de l’expérience. Si, nous instruisant dans le bouddhisme, nous cultivons l’idée de devenir des érudits et que les autres ne nous reconnaissent pas comme tels ou qu’ils ne nous témoignent aucun respect particulier, cela cause en nous vide et souffrance. C’est notre besoin de posséder et de devenir qui nous conditionne. Et, étant conditionnés, nous ne pouvons échapper à la souffrance et au désappointement. De même, si au moyen de la méditation nous cherchons à obtenir la quiétude, à cultiver la clarté d’esprit ou la vision éclairée, et je ne sais quoi encore, en cas d’insuccès nous nous sentirons affreusement frustrés.

Mais la frustration n’est qu’une parmi les conditions qui, jour après jour, nous enchaînent à la vie superficielle. Nos pensées, nos sentiments et nos émotions sont de même conditionnés par un ensemble d’associations. Pouvez-vous regarder les êtres et les choses, non pas avec l’intellect, mais selon leur réalité, c’est-à-dire sans l’ombre d’une déformation? En écoutant parler quelqu’un, entendez-vous vraiment ce qu’il dit? En fait, s’il n’y a pas de réelle compréhension entre les gens, c’est parce que chacun interprète et juge ce que disent les autres en fonction d’opinions et de points de vue personnels, qui souvent ne sont pas adéquats. Quand, au lieu d’interpréter et d’expliquer les choses, nous les écoutons et les observons, nous percevons en même temps le silence. Or, la compréhension se lève dès lors qu’il y a silence dans l’esprit. Que nous parlions ou écoutions, si nous ne sommes pas pleinement attentifs à notre acte, nous ne percevons pas le flot de sagesse se confondant avec le silence. Le flot de sagesse ne nous quitte pourtant jamais, seulement il n’y a que l’esprit parfaitement immobile qui le perçoive.

La pratique de la méditation ne consiste pas à cultiver la vision éclairée, mais à nous dégager de l’ensemble des conditions et des entraves intérieures, en sorte que, en nous et autour de nous, nous voyions les choses avec l’œil de la clarté.

La plupart du temps, en fait, nous ne vivons pas dans le présent, l’ici-et-maintenant, mais rêvons. Ce n’est pas que nous confondions nos rêves avec la réalité. Nous rêvons, simplement parce que notre esprit aime l’irréalité. L’exploration de la réalité ne l’intéresse pas, au sens où elle représenterait pour lui la fin des jeux et de l’amusement. Dans ce cas, la conscience en quelque sorte s’efface. C’est un phénomène qui se produit dans l’exercice de concentration. Ainsi, certains méditants se plaignent de dissolution de conscience en cas de forte concentration de leur esprit. La cause en est une certaine paresse. Mais cette dissolution n’apporte aucune énergie créatrice, l’esprit étant simplement enchaîné à un état d’illusion. Par conséquent, soyons vigilants, car il y a deux façons d’appréhender l’inconscient. La première on la réalise grâce à une forte concentration qui donne à l’esprit la quiétude. Seulement, quand on ne sait pas méditer, celui-ci est fermé sur lui-même et sans clarté. Dans ce cas, la conscience échappe à l’action par une sorte de ruse. En fait l’apprentissage de la concentration soutenue demande une grande discipline et un long entraînement. L’autre mode d’approche à l’inconscient emprunte la voie du silence, mais d’un silence où il y a profonde attention et qui aboutit à l’état de liberté non dualiste.

Cette liberté se distingue de celle au sens commun, en ce que toute compréhension qui s’y lève est parfaite et spontanée. La décrire n’est pas chose aisée, car elle ne prend son plein sens que dans l’expérience directe. La liberté, telle qu’on l’entend communément, s’oppose à la servitude. Mais, la liberté dont je parle n’a rien à voir avec cela car, elle implique en même temps le non-attachement. Il est primordial de l’obtenir dans la mesure où c’est elle qui nous conduit à l’Inconditionné où demeure la grande lumière de la clarté. La lumière perceptible aux sens a une couleur mais non celle de la sagesse. On la désigne par le mot «clarté» du fait de sa similitude avec la lumière physique. Elle est tout à fait radieuse et incomparable. Nous avons tous la capacité de la percevoir, ne serait-ce que dans un éclair, mais pour cela il nous faut vivre dans l’attitude de complète réceptivité. Quand votre esprit se stabilise, il se libère des conditions qui l’enchaînent et, dans cette liberté de transition, vous sentez comme un éveil, une sorte de mouvement allant vers le conscient. Si, alors vous vous abîmez profondément dans ce mouvement, vous atteindrez aux régions de l’inconscient, qui dès lors ne le sera plus puisque en vous il y a vigilance et clarté d’esprit. Dans cet état, votre être tout entier, même les sens et l’esprit, perçoit la vérité. Le corps, ainsi que le cerveau y sont dans une parfaite immobilité. Lorsque je parle de mouvement allant vers le conscient, ne l’imaginez pas comme étant pareil à ceux du monde concret. Il n’implique aucune direction ni aucun but. Il y a en lui une sorte de douceur et de quiétude.  

Comment pouvons-nous devenir réceptifs à la réalité de l’Inconditionné? D’abord en nous déliant de toutes nos fixations mentales. Ce qui est fixe est un empêchement au changement et à la réceptivité. Laissez-vous aller dans la fluidité. Ceux qui suivent la voie du bouddhisme Theravada, disent que seule leur doctrine détient la vérité. Ce faisant, ils réduisent leur champ de conscience. Être réceptif, cela signifie au contraire être ouvert à n’importe quelle doctrine ou tradition sans se figer dans l’une d’elles. Grâce à la réceptivité, nous fouillons et découvrons toutes choses par nous-mêmes, avec un regard toujours neuf. Et cela nous évite de tomber dans le piège du sectarisme.

Il nous faut également surmonter toutes les formes d’attachement car, l’attachement, indépendamment de son objet, cause la stagnation. Il nous emprisonne dans un cercle fermé, dépourvu de soute possibilité de réel bonheur. Mais direz-vous, si plus rien dans la vie ne nous attache, que nous reste-t-il? Tout, c’est-à-dire l’essentiel. Pour vivre, il faut bien sûr qu’il y ait substance à vivre. Il n’y a pas de mal à avoir une famille, une propriété, dès l’instant que vous n’y êtes pas attachés. Certains rétorqueront «si mari et femme ne sont pas attachés l’un à l’autre il n’y a pas d’amour entre eux». L’attachement ne suscite pas l’amour. Bien au contraire, il le détruit, en ce qu’il ressortit au désir de posséder. L’attachement et le besoin de posséder créent pareillement des problèmes et des malentendus. Par contre, dès qu’il y a liberté réciproque, il y a amour et inversement, ainsi que plénitude. Dans l’état d’amour, il n’y a ni division ni séparation, même d’un individu à l’autre. L’individualité est une illusion procédant de notre vision dualiste du monde. L’amour ne fait certes pas disparaître l’identité, encore que celle-ci soit non fragmentaire. Avec la plénitude, il n’y a pas de divisions. Certaines choses d’ordre mineur peuvent être déplaisantes à l’un ou à l’autre, mais quand deux personnes s’aiment, qu’elles ont en elles metta, c’est-à-dire la compassion, elles ne se laissent pas séparer par des trivialités. Leur sentiment et leur vie ne se basent pas sur une perspective obtuse, les modes ou les valeurs sociales ou morales, cela signifie attachement à elles et, par-là, attitude de résistance à l’égard de ce qui est neuf. Un examen sage et intelligent de ce mécanisme révèle en fait que l’attachement au passé assure une certaine sécurité, confortable même, mais par ailleurs elle engendre des problèmes.

Le sentiment d’insécurité suscite la peur, laquelle nous conditionne et nous rend lâches. Mais, comme l’entière réceptivité à la vie, entraînant la parfaite liberté, est irréalisable tant qu’il n’y a pas simplicité intérieure, il nous faut dépasser l’attachement et la peur, ainsi que toute idée établie.

V.-R. Dhiravamsa
LA VOIE DU NON-ATTACHEMENT
Pratique de la méditation profonde
Éditions Dangles; coll. «horizons spirituels»; 1979

Suite : billet ci-après.

Le non-attachement 2

LA VRAIE NATURE DE L’HOMME

Tous les êtres humains possèdent la même nature fondamentale. Il n’empêche cependant que chacun de nous ne comprend le monde et lui-même que dans la perspective de son propre développement. Dans notre pratique du bouddhisme, il nous faut tenir compte de cela, ne pas commettre l’erreur de la fonder sur des connaissances théoriques. Cette précaution est fondamentale car, sans l’expérience directe par l’observation, elles encombrent inutilement l’esprit. Elles nous dissipent et, pendant ce temps, nous n’observons pas ce qui est vraiment.

Dans le monde moderne, les connaissances se sont multipliées et propagées à une allure prodigieuse, bouleversant l’homme à tous les plans de son existence terrestre. Seulement, les informations venant du dehors ne peuvent ni lui donner la connaissance de lui-même, ni la sagesse. C’est pourquoi, tout le pouvoir qu’elles lui ont conféré, il l’exerce sur le monde avec tant d’imprudence. De toute évidence, l’homme savant n’est pas obligatoirement un sage.

De même, le sage n’est pas forcément un savant. Par contre, il possède la compréhension. Et vivant en accord avec elle, on ne retrouve pas chez lui le fossé séparant la connaissance et l’action, si évident dans le monde. Que l’idée de sagesse n’aille cependant pas nous inciter à vouloir l’obtenir, en vue de mener une existence paisible à l’abri de la confusion et des problèmes. Car tout effort fais dans ce sens ne ferait qu’accroître nos difficultés. Il nous faut trouver le moyen juste qui intégrera la connaissance à l’être, ce qui implique de partir de là où nous sommes.

Tout d’abord, il n’y a pas de séparation entre le monde et nous-mêmes, en dépit de ce que chacun de nous s’en distingue par des pensées et des expériences qui lui sont propres. Nous vivons tous dans le même monde, les différences de vue d’un individu à un autre n’étant que le produit de réactions personnelles, lesquelles proviennent à leur tour d’attitudes intérieures, d’idéaux et d’opinions, en un mot d’un certain conditionnement. Il nous faut prendre conscience que nous voyons le monde sous l’angle de la déformation.

Beaucoup d’entre nous reprochent à leurs aînés d’avoir créé un monde chaotique, dans lequel ils sont contraints de vivre. Mais nous-mêmes le modifions jour après jour par notre comportement et nos actes. C’est pourquoi, remarquons également cette incidence. Voyons les choses telles qu’elles sont, sans pour cela nous blâmer ou nous glorifier. Pour changer le monde, il convient d’abord de nous changer nous-mêmes, de découvrir ce que le bouddhisme appelle la vraie nature de l’homme. Et cela suppose que nous ayons une vision juste de notre être.

Nous nous identifions constamment à un moi, un centre, qui nous gouverne et nous enchaîne. Observons ce fait attentivement, avec une attention claire et soutenue. Essayons de comprendre nos relations intimes, celles que nous entretenons avec nos pensées, nos sensations, nos sentiments, nos attitudes et nos penchants. Car, quand dans la vie des situations nous confrontent, notre relation avec elles dépend de celles que nous avons avec le monde intérieur. Ce sont elles qui déterminent notre comportement. Comment réagissons-nous à la vie? Explorons cette question avec soin. C’est en observant avec une attention claire et fluide que nous parvenons à maîtriser notre comportement et les conditions qui le sous-tendent. C’est la vision des choses telles qu’elles sont et leur compréhension qui suscitent la maîtrise et, par-là, l’action juste et libre.

N’essayons pas d’obtenir la maîtrise par la contrainte, extérieure ou intérieure. Nous ne ferions qu’opposer deux forces contraires, lesquelles s’équilibreraient dans la fixité et le statisme. Quand on fait appel à la contrainte, on ne peut voir les situations de la vie dans tous leurs aspects, en sorte que l’action qui en résulte n’est pas libre. Ainsi, quand devant une situation une réaction émotive se lève, l’attitude coercitive réprime les faits qui, dès lors, vont se loger dans l’inconscient. Or, une fois dans l’inconscient, ils ne sont plus contrôlables, le contrôle de l’inconscient n’étant que vœu de la pensée. Cela explique pourquoi la pratique répressive, à laquelle on donne à tort le nom de contrôle de soi, agit en sens opposé de la vraie maîtrise.

Tout comportement coercitif fait appel à la répression et, en cela, provoque l’anxiété et l’état de tension. Il s’ensuit une attitude de fuite à l’égard de tout élément négatif de la psyché, c’est-à-dire la dissipation. Ce mécanisme est de nos jours très répandu. Il constitue du reste une des causes majeures des dépressions nerveuses. Cependant, que ceux qui veulent aider les personnes ayant de tels problèmes prennent la précaution de ne pas forcer le processus de confrontation avec les tendances réprimées. Ils risqueraient de renforcer le «moi» à un plan très subtil. Il s’agit de permettre aux patients d’observer leur vie intérieure avec constance et patience, en marge de tout critère de rapidité de résultats.

L’état de pleine attention est exempt de toute angoisse et de tout désir de maîtrise. Il n’est qu’un mécanisme observant un autre mécanisme. Nous ne sommes pas des entités séparées du monde, mais un mécanisme tant conditionné que conditionnant. Il nous faut comprendre cette situation, sans quoi, ne voyant pas que nos limitations ont leur origine en nous, nous persisterons à les fuir et à chercher la liberté dans le monde des apparences.

Étant assujettis à la loi de causalité, c’est-à-dire existant dans et par les conditions, peut-être nous demandons-nous comment, dans ce cas, la pleine liberté est réalisable? Elle l’est, à condition que nous apprenions à comprendre qui nous sommes, la structure du moi et les conditions qui la déterminent. La compréhension change radicalement notre vision de la vie. Avec elle, on ne se soumet pas simplement aux conditions, on les vit pleinement, sans cultiver de résistances. Les conditions étant, à l’exemple de toute existence phénoménale, sujettes à l’impermanence, elles finiront par disparaître ou par se transformer. Aussi, ne les éludez pas, laissez-les changer. Car, tant qu’on poursuit des conditions d’existence meilleures au moyen de l’avidité, on tourne dans le cycle de la causalité, des naissances et des morts, conformément à la loi du karma. La convoitise et la fuite suscitent pareillement la souffrance.

Observons attentivement les relations de l’esprit aux situations de la vie, en vue de comprendre leurs effets, ainsi que leurs causes. Telle est la voie de la libération. En agissant ainsi les agents perturbateurs perdent à mesure leur force et, pour finir, disparaissent. L’accomplissement ultime de la vie est la libération de la loi du karma, de l’action et de la réaction. Cela implique de mettre un terme au processus d’accumulation et d’accepter de vivre sans espoir ni désir. Le détachement s’applique tant aux choses bonnes que mauvaises, il ne faut nous attacher à rien.

L’homme suivant son comportement peut être classé comme méchant ou bon. Mais, étant donné la loi d’alternance gouvernant l’ordre phénoménal, il n’est jamais complètement l’un, ou complètement l’autre. C’est du reste cette loi qui confère la potentialité de libération. Car, si les lois régissant l’homme étaient absolues, il resterait pétrifié à jamais. C’est notre esprit qui aime à concevoir des absolus, dans lesquels il s’enferme inutilement. Des formes extrêmes de cette tendance sont décelables dans certaines psychoses, où l’esprit adhère si étroitement à des idées que toute digression provoque une anxiété insoutenable, voire de violentes réactions physiques.

À l’opposé, l’on trouve le tout petit enfant qui vit hors du monde des concepts et qui est parfaitement réceptif à tout. Il n’a pas même une idée très précise de son «moi» et ce sont ses parents qui lui apprennent à s’appeler «je». Puis, en grandissant il se conditionne au moyen de concepts et d’expériences, réduisant ainsi le champ de sa conscience et sa réceptivité. Son esprit s’affirme, devient déformant et, dès lors perd sa liberté. Il prend l’habitude d’interpréter et d’expliquer les choses à sa façon et, par-là, s’éloigne de la vérité.

Il existe un moyen de mettre fin à l’emprise des concepts : la pratique de la vie dans le présent, où on est libre des activités de l’esprit. Le moyen est en même temps la fin. Comment y parvient-on? Quel est le rapport entre le présent et le passé, entre le présent et le futur? Contrairement à ce qui est communément admis, l’instant appelé présent n’a aucun rapport avec le passé ou le futur : il ne relève pas de la dimension temps. Il est indépendant de ce qui le précède et de ce qui le suit. Ceux qui prétendent que le présent n’est que le résultat du passé ne savent pas ce qu’est le présent réel. Ils ne connaissent que le concept du présent. Le présent n’est pas un instant mesurable. Il est dans le «maintenant» illimité, inconditionné, libre et libérateur. Il est intemporel et, par conséquent, impossible à conceptualiser.

Le bouddhisme considère la pensée comme secondaire, voire un obstacle majeur à la vision des choses telles qu’elles sont, en ce qu’elle dévie l’énergie de la vision éclairée et de l’intuition vers le canal des conjectures et des fantasmes. Il est donc en franche contradiction avec la manie de l’homme de tout conceptualiser et de procéder sans cesse par associations d’idées.

Quiconque déchire le voile des illusions mentales, perçoit aussitôt sa vraie nature. Il comprend tout, mais n’éprouve plus le besoin d’accumuler des connaissances. Sa vision de la réalité n’est distraite par aucune pensée ni aucun sentiment. Il s’est affranchi de la peur et vit dans le présent illimité, dans un climat d’équilibre et de vraie sécurité. Chaque situation lui apparaît comme un intéressant défi, comme une occasion d’élargir le champ de sa compréhension. En vertu de quoi, il ne leur oppose plus aucune étiquette. Un tel homme a réalisé sa vraie nature.

V.-R. Dhiravamsa
LA VOIE DU NON-ATTACHEMENT
Pratique de la méditation profonde
Éditions Dangles; coll. «horizons spirituels»; 1979