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27 avril 2021

Vivre et mourir avec dignité

«J'ai toujours eu une admiration profonde pour ces âmes courageuses qui, en pleine possession d'elles-mêmes et par pur dégoût des misères terrestres, ont trouvé en elles la force de se débarrasser de l'existence. La Nature a bien su ce qu'elle faisait en nous dotant d'une irrémédiable lâcheté en face de la mort; mais combien il est beau de la vaincre et de lui crier : «Ô marâtre! je te rends ton fardeau. Si tu as cru me lier par le don fortuit et funeste de la vie, tu t'es trompée. Regarde! voilà le cas que j'en fais.» ~ Louise Ackermann (Pensées d'une solitaire, Alphonse Lemerre, 1903)

Lundi matin, le ministère de la santé de l’Ontario a formellement demandé à l'armée canadienne et à la Croix-Rouge d’envoyer des équipes afin de participer à la lutte contre la troisième vague de la pandémie (particulièrement sévère...). «Nous avons demandé l'aide [en ressources humaines], dont beaucoup résident, par exemple, au sein des Forces armées canadiennes et des organisations de la Croix-Rouge canadienne. En plus des ressources humaines en matière de santé, nous demandons un soutien logistique et opérationnel afin d'augmenter notre réponse à COVID-19.» (Presse Canadienne, 26 avril 2021)

 
Photo : Cpl Marc-André Leclerc / © 2020 DND-MDN Canada

Les membres des forces armées ont déjà fourni de l’aide en 2020 dans les centres de soins de longue durée au Québec et en Ontario. Leur rapport a révélé des problèmes très graves, voire horrifiants.

Le documentaire Vieillir avec dignité concerne la région de Toronto, mais au Québec et en réalité partout au Canada nous faisons face aux mêmes scénarios.

Coquerelles, nourriture avariée, résidents abandonnés sur des matelas à même le sol : le rapport des Forces armées canadiennes sur les cinq centres de soins de longue durée de la région de Toronto où leurs membres ont été déployés en renfort est accablant. Des militaires signalent avoir observé des aînés abandonnés dans des couches souillées pendant de très longues périodes sans que personne intervienne ou réponde à leur appel à l'aide. Le rapport dénonce aussi un «mépris flagrant» des mesures de prévention et de contrôle des infections, et une «culture de peur» entourant l’utilisation de matériel de protection individuelle. (Source : ICI Radio-Canada / Toronto)  

«C’est comme si on entreposait les vieux. Ce que j’ai vu dans les centres de soins de longue durée m’ont amené à repousser ce jour-là le plus loin possible. Si je suis chanceux, la mort va m’éviter de prendre cette décision.» (Homme âgé interviewé)

Vieillir avec dignité, pourquoi est-ce si difficile en 2020? Le documentaire montre l’envers du décor d’un sujet de société complexe, transgénérationnel et incontournable. À travers les voix de gens ordinaires, de professionnels et d’experts, Vieillir avec dignité met en lumière la réalité et les enjeux que vivent nos aînés.

Remarques tirées du documentaire  

– Des militaires citent en exemple des comportements agressifs envers les résidents, l’utilisation de cathéters urinaires souillés et laissés à même le sol, des soins palliatifs inadéquats ainsi qu'un manque criant de personnel et de formation des préposés.

– Des soldats ont rapporté avoir été témoins de patients criant à l’aide parfois pendant deux heures avant d’obtenir du soutien ou encore de résidents s’étant étouffés après avoir été nourris ou abreuvés sans que leur tête ait été adéquatement soulevée.

– Certains aînés n’avaient pas pris de bains depuis des semaines et plusieurs avaient des escarres.

– D’autres étaient en détresse après avoir été coupés de contacts avec leur famille sans pour autant bénéficier d’un soutien psychologique.

– Certains résidents ne recevaient pas trois repas par jour.

– L’armée rapporte également de nombreuses défaillances dans la prévention et le contrôle des infections : des patients ayant contracté la COVID-19 circulaient à leur guise dans la résidence, du personnel passait des zones chaudes aux zones froides et du matériel médical souillé était utilisé.

– Stérilisation compromise : un cathéter qui a été retiré est tombé sur le sol pendant une période indéterminée avant d’être réutilisé. 

– Erreurs dangereuses d’administration de médicaments.

– Les résidents qui se souillent régulièrement en dépit des produits pour l’incontinence ne peuvent avoir de coussinets absorbants supplémentaires ou de serviettes dans leur lit pour les protéger. (Les préposés aux bénéficiaires craignent même de perdre leur emploi pour cette raison.)

– Les préposés aux bénéficiaires et les infirmières n’assoient pas toujours les résidents avant de les nourrir/hydrater ou de leur donner leurs médicaments; les risques d’étouffement/d’aspiration sont donc élevés. 

– Des patients dormaient à même les matelas dû à un manque de draps.

– Les patients sont laissé dans des lites souillés ou dans des couches souillées plutôt que d’être déplacés vers une salle de bain.

– Culture de la peur généralisée concernant l’utilisation des fournitures liée à leurs soûts (soluté, pansements, jaquettes, gants, etc.

– Infestation d’insectes observée dans un centre d’hébergement de longue durée – fourmis, coquerelles, et autres insectes inconnus.

D’après le Rapport Opération Laser / Forces Armées Canadiennes

Vieillir avec dignité / Durée : 24 min / Diffusion : 2020-12-01 / Production Radio-Canada Ontario; Canada 2020 / Réalisateur : Serge Olivier; Collaboratrice : Sophie Vallée

https://ici.tou.tv/vieillir-avec-dignite

Mourir avec dignité

Cela dit, on revient toujours aux mêmes questions :

– À quoi bon prolonger la vie si c’est pour aboutir dans ces centres sordides où personne ne veut aller? Ce doit être parce que ça rapporte du fric dans les coffres de l’état même si on prétend le contraire – on siphonne littéralement les pensions des bénéficiaires.

– Pourquoi nos gouvernements refusent-ils de procéder à l’AMM selon la volonté d’une personne qui a fait une demande anticipée? On prétend que étant donné qu’elles ne pourront pas redonner leur consentement une fois emprisonnées au CHSLD – c’est évident, si on est atteint de sénilité ou d’Alzheimer, c’est pour ça qu’on donne un consentement anticipé!  De sorte qu’on refuse d’administrer l’AMM à des gens qui  avaient consenti par anticipation car elles pourraient avoir changé d’idée! Cet argument est tellement stupide, c’est incroyable.

Site de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité – AQDMD https://aqdmd.org/

Pétition de Sandra Demontigny : accès à l’aide médicale anticipée pour les gens atteints de maladie neurodégénératives

Depuis un certain temps déjà, Sandra Demontigny, atteinte d’Alzheimer précoce génétique, sa famille ainsi que Kim Verreault, collaboratrice, unissent leurs efforts afin que l’aide médicale à mourir anticipée soit accessible à tous les Canadiens et les Canadiennes atteints d’une maladie neurodégénérative, et souhaitant s’en prévaloir.

On meurt d’en parler / L’aide médicale à mourir et mise à jour du nouveau projet de loi

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=DbD60Zd3uMo

L'équipe du Salon de la mort est fière de vous présenter «On meurt d'en parler», une série de balados où on y parle de la mort, de la fin de vie et du deuil.

Phoudsady Vanny, co-fondatrice du Salon de la mort et son co-animateur Alain Labonté vous proposent des rencontres avec des professionnels et des intellectuels pour réfléchir sur cette dernière saison de notre vie.

Cette semaine, nous recevons Dr Georges L'Espérance, neurochirurgien et président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité: L'aide médicale à mourir et mise à jour du nouveau projet de loi.

Site web : https://www.salondelamort.ca/

Son combat pour mourir dans la dignité (2017)

Obtenir l'aide médicale à mourir est encore un parcours du combattant pour certains patients. C'est ce que semble démontrer le cas d'Yvon Cournoyer. Davide Gentile l'a suivi dans sa lutte pour éviter l'agonie et décider lui-même du moment de son départ.

ICI Radio-Canada Info https://www.youtube.com/watch?v=nOJsR76oOvA

Comme le dit monsieur Cournoyer «les gouvernements doivent s’ouvrir l’esprit pour élargir l’accès à l’aide médicale à mourir». En effet, l’ouverture d’esprit n’est pas dangereuse, ce n’est pas une fracture du crâne!

24 février 2021

À quand l'application de l'AMM anticipée?

Vont-ils finir par nous l’accorder???!!! J’en ai marre. Si vous vous sentez concerné, je vous encourage fortement à signer la pétition en ligne.

La jeune femme a témoigné à Tout le monde en parle – Sandra Demontigny, 41 ans, souffre d'une forme précoce d'Alzheimer. Elle a reçu son diagnostic de la maladie d'Alzheimer à 39 ans. La mère de famille de Lévis souffre de la même forme précoce et héréditaire qui a emporté son père à 53 ans. Depuis, elle mène un combat pour pouvoir demander l'aide médicale à mourir de façon anticipée. «Ça me donnerait une tranquillité d'esprit et d'âme. En ce moment, je me sens en résistance à l'idée de terminer mes jours complètement déconnectée et sans aucune dignité. Je suis en train de préparer une alternative pour aller mourir en Suisse», disait-elle à l’émission Pénélope.

   Sandra Demontigny a lancé sur Change.org une pétition intitulée «Accès à l'aide médicale anticipée pour les gens atteints de maladies neurodégénératives», alors que le Sénat examine le projet de loi qui élargit l'aide médicale à mourir.

   «Je sais ce que je veux pour ma fin de vie et je ne changerai jamais d’avis. [...] En 2021, je pense qu'on est rendus là, de pouvoir donner accès à une fin de vie digne aux gens atteints de la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives.» ~ Sandra Demontigny

https://www.facebook.com/Je-vis-avec-lAlzheimer-pr%C3%A9coce-2498481313748044/?fref=mentions&__tn__=K-R

Pétition :

https://www.change.org/p/david-lemetti-parl-gc-ca-acc%C3%A8s-%C3%A0-l-aide-m%C3%A9dicale-anticip%C3%A9e-pour-les-gens-atteints-de-maladie-neurod%C3%A9g%C3%A9n%C3%A9ratives

Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD) articles, témoignages, projets de loi, droits... : https://aqdmd.org/

Photoquote inspiré d’une citation du Dr Marcel Boulanger, cofondateur de l’AQDMD : «Je ne veux pas me ramasser recroquevillé en chien de fusil dans un lit, dans un CHSLD. Non. Ça, je ne veux pas! À partir du moment où vous êtes devenu un être qui cesse d'être vous, celui que vous avez été pendant 80 ans, vous pouvez bien rejeter ce qui reste d'os et de chair.»

Le libellé Euthanasie inclut plusieurs articles sur le sujet. Mon antipathie envers certains médecins et législateurs (globalement s’entend) ne cesse de grandir. Ils ne comprennent pas du tout que la vie est un droit et non une obligation comme le disait Ramon Sampedro, une victime du refus de l’aide au suicide (en Espagne). Je continue à voir certains religieux, médecins, infirmiers et législateurs comme des bourreaux – le bourreau est celui qui exécute les peines corporelles ordonnées par une cour de justice; par extension, c’est une personne qui martyrise quelqu’un physiquement ou moralement (Petit Robert).

   Certains médecins continuent donc à diaboliser l’AMM. Le respect de l’autonomie de la personne, en droit, a justifié la dépénalisation du suicide (ou tentative de). Cette décision des législateurs ne préjuge pas de la moralité du geste, elle implique seulement que, pour autant qu’elle soit seule en cause, toute personne doit pouvoir juger en toute conscience si elle peut mettre fin à ses jours; et la société doit respecter sa décision. Sans la dépénalisation de l’aide médicale à mourir les patients incapables de se suicider en raison de leur incapacité physique resteraient indéfiniment prisonniers de leurs corps, cloués à leurs grabats. On appelle ça vivre... Les médecins qui refusent d’accorder l’AMM permettent cependant aux patients de se suicider en refusant traitements, médicaments et nourriture – beaucoup de souffrance et une agonie pouvant durer jusqu’à deux semaines et plus. Sadique, non? Pourquoi agissent-ils de la sorte? Parce qu’ainsi le malade assume l’entière responsabilité morale de son acte. Les médecins peuvent s’en laver les mains au Purell tout en les regardant agoniser.
   Le pire argument invoqué contre l’aide médicale à mourir est cette peur irrationnelle des dérapages. Le personnel médical se mettrait-il soudain à assassiner tous les handicapés mentaux et physiques, les séniors et les malades incurables – sans leur consentement? Une sorte d’eugénisme nazi? Je ne dis pas que la possibilité n’existe pas, il y a des médecins malveillants et l’on sait que les humains sont capables des pires ignominies. Toutefois, selon ce que j’ai vu dans les foyers d’accueil pour personnes en grave perte d’autonomie, l’expérience nazie consiste à utiliser les hébergés comme cobayes (sans leur consentement) pour tester des traitements et des médicaments (tranquillisants, anxiolytiques, antidouleurs...) et étudier la démence et la maladie d’Alzheimer. Je me croyais parfois au milieu d’un zoo ou d’un laboratoire de vivisection – à la différence que les chimpanzés étaient des humains. Aucun médicament ne soulage la souffrance physique ou psychologique d’un malade affligé d’arthrose ou de démence. L’efficience en soins palliatifs tient à l’administration graduelle de bonnes doses de morphine jusqu’à la dose mortelle (la phase 4 (aide à mourir) qu'un patient en CHSLD a pu signer en toute conscience ne sera jamais respectée, même avec un mandat d'inaptitude et un testament biologique bétonnés).
   Ceux qui sont contre l’aide médicale à mourir n’ont qu’à s’en abstenir, c'est simple! Pourquoi priver la majorité de ce droit – près de 80 % de la population est en faveur. La question demeure : à qui appartient votre corps – à Dieu, à l’Église, à l’État, au système de santé, etc.? Il existe des centres de prévention du suicide. Parfait. Mais, il devrait également y avoir des centres d’aide à l’auto-euthanasie volontaire. Ce qui pourrait résoudre nombre de problèmes éthiques et moraux – il est évident que seules les personnes vraiment désireuses de se suicider s’y présenteraient. Ce qui ne signifie pas que tout le monde s’y précipiterait.

   Ce qui me choque aussi dans ce dossier, c’est la minorité de médecins conservateurs qui usent de puissants lobbies pro-vie pour faire voter des lois basées sur leurs propres croyances religieuses ou leur foi. Dans ce système, on ne respecte pas les personnes athées.

   «À l’extérieur des hôpitaux, le refus toujours persistant de 29 maisons de soins palliatifs (SP) sur 32 (à notre connaissance, automne 2017) qui refusent l’aide médicale à mourir en leurs murs est intolérable et mène à des situations scandaleuses, comme par exemple transférer un patient mourant en plein mois de janvier dans un hôpital général afin qu’il puisse recevoir l’aide médicale à mourir qu’il a demandée alors qu’il était dans une maison de soins palliatifs.

   Que certains médecins ou intervenants de la santé de maisons de soins palliatifs soient opposés à l’aide médicale à mourir, c’est leur droit le plus strict. Là où ce n’est plus un droit et qu’au contraire c’est le non‑respect de celui qui va mourir, le déni de sa vérité, c’est de refuser par décision administrative l’aide médicale à mourir dans une maison de soins palliatifs, geste qui pourrait être donné avec compassion par un médecin qui accepte de le faire. Il n’y a aucun droit pour l’institution de refuser ce soin «clinique, médical, moral, éthique, légitime et légal» comme le dit si justement le Dr Alain Naud, palliativiste du CHU de Québec. On doit aussi rappeler que les maisons de SP fonctionnent pour au moins 60 % avec des subsides étatiques (selon les chiffres que l’on peut glaner).

   Lorsque les conditions autres (confort du patient, intensité des soins de soutien, disponibilité du personnel soignant et des proches aidants, etc.) s’y prêtent, l’aide médicale à mourir à domicile devrait être le but visé pour une importante tranche des patients qui en sont rendus à ce point final dans leur évolution. C’est ce que la majorité des patients demandent, en particulier en ce qui concerne les conditions chroniques neurologiques dégénératives (sclérose en plaques, sclérose latérale amyotrophique, Parkinson, myélopathie, etc.).» ~ Dr George L’Espérance, neurochirurgien, président de l’AQDMD

Aide médicale à mourir DIY : si jamais on me garde en vie artificiellement, débranchez-moi... puis rebranchez-moi... voyez si ça marche.

«La naissance, l'amour et la mort, il faut le dire, ne sont pas des maladies. Ce sont les trois grandes articulations du destin humain. Il ne convient pas que les médecins s'en emparent.» ~ Michel Tournier (1924-2016)

Comme disait ma mère tandis qu’elle était encore lucide à 90 ans+ : «Qu’est-ce que je fais ici? À quoi je sers? J’ai fini ma vie. Euh... ah oui, ça fait travailler du monde...» Elle n’avait pas tort. Il est bien évident que les personnes en grave perte d’autonomie ont besoin d’aide. Néanmoins, l’entreposage de personnes en soins prolongés est un business payant (pour les médecins, l’industrie pharmaceutique, les services d’appoint...) – ça fait rouler l’économie. Par contre, ceux qui font le sale boulot (nourrir à la cuillère, baigner, torcher, changer les couches nauséabondes) sont mal rémunérés. Des épargnes réalisées sur les salaires exorbitants des médecins pourraient être partagées entres ces employés défavorisés – un peu de justice sociale...

P.S. : Il fut un temps où la tentative de suicide (ou le suicide raté) était passible de la peine de mort au Royaume-Uni! Plutôt ironique : en bout de ligne (ou de corde) la personne avait atteint son but. 

23 mai 2019

Vincent Lambert : Prométhée enchaîné

Quand j’ai entendu à la radio la déploration de Viviane Lambert, accompagnée d’un chœur de lamentations pro-vie, j’ai cru que c’était une bande-annonce pour une tragédie grecque, version 21e siècle.
   Cette femme fait de son fils tétraplégique un Prométhée (Titan) :
Zeus ayant kidnappé et enchaîné Prométhée, il le condamne à être torturé par un aigle qui lui dévore éternellement le foie – celui-ci se régénère parce que le Titan est immortel.

Les bourreaux de Vincent Lambert sont ses propres parents dont les croyances religieuses et l’attachement égoïste prévalent sur son bien-être et l’empêchent de quitter sa prison physique dignement et en paix. Cela fait plus de dix ans que le pauvre homme est maintenu artificiellement en vie. Et avec les moyens d’aujourd’hui, aucun espoir de mourir de mort «naturelle» comme disent les catholiques. Aucune compassion, l’église d’abord. 


Je ne veux pas minimiser la peine des parents, mais ils auraient pu amorcer leur deuil il y a quelques années :
«Toutes les expertises médicales ont conclu au caractère irréversible de son état.» En 2018, le rapport des experts, remis le 18 novembre, concluait à un «état végétatif chronique irréversible» qui ne lui laissait plus «d’accès possible à la conscience». «Vincent Lambert est dans un état d’incapacité fonctionnelle psychomotrice totale en 2018 comparable cliniquement à celui enregistré en 2014», disaient-ils. L'«affaire Lambert» est devenue un symbole du débat sur les soins de fin de vie dans l'Hexagone.

Résumé du cas Lambert (ICI Radio-Canada / nouvelle) :

Le cas est loin d’être unique, alors pourquoi tout ce bruit médiatique? On suppose qu’il faut avoir des ressources financières importantes pour entamer ces procédures : saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le Conseil d’état français et la Cour d’appel de Paris, déposer des poursuites contre le Dr Sanchez (directeur du service des soins palliatifs et de l’unité des «cérébrolésés» de l’hôpital de Reims) et réclamer sa radiation.


Cet aspect de la cause m’intrigue. On dit que les Lambert sont proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). La secte catholique aide-t-elle financièrement les parents et mobilise-t-elle des manifestants à des fins de propagande anti «aide à mourir dans la dignité»? Est-ce que par hasard on instrumentaliserait le fils? Il est permis de se poser la question en période de tsunami religieux ultra conservateur (mondial). Quand le Pape s’en mêle...
   Un journaliste de L’OBS écrivait au sujet de la FSSPX : «[...] Autre fait notoire : les écoles, implantées en pleine campagne, vivent en totale autarcie puisque les enfants scolarisés y vivent souvent en pensionnat. Les locaux? Ils sont souvent prêtés ou donnés par des bienfaiteurs de la Fraternité, châteaux, abbayes, ou monastères : la FSSPX, qui a son siège en Suisse, est une organisation internationale. Et riche. Avant, ces intégristes étaient marginaux. Aujourd'hui, leur discours identitaire, très réac, est en phase avec un certain air du temps. Cela les conforte. En ‘éducation civique’, on apprend à ‘reconnaître la race blanche’.»
   En outre, la FSSPX a multiplié les appuis à des partis politiques d’extrême-droite (dont le Front national) au cours des dernières décennies. Dans une perspective «national-catholique», on y vénère d’anciens héros fascisants tels les espagnols Primo de Rivera et le général Franco, le rexiste Léon Degrelle, le maréchal Pétain qui collabora avec les nazis, etc.

Le cas Lambert est un copié-collé de la situation vécue par l’écrivain espagnol Ramón Sampedro à qui on a toujours refusé l’aide à mourir – un combat contre les autorités politiques et religieuses et l’égoïsme de ses proches qui le «condamnaient à vivre». Contrairement à  Vincent Lambert, Sampedro était conscient; il pouvait penser, lire et parler. Quand on y songe, c’est pire que d’être inconscient! 
   Néanmoins son cas aura servi à faire avancer l’accès à mourir dans la dignité en certains pays plus évolués, c'est-à-dire non soumis aux dictats des croyances religieuses. Au Canada, les pro-vie et les associations chrétiennes de médecins essaient encore de mettre des bâtons dans les roues (1). Rien n’est acquis. Même combat que pour l’avortement. On ne respecte pas les droits des non-croyants qui par ailleurs ne montent pas aux barricades pour réclamer des accommodements. Peut-être qu'un jour il faudra s'y mettre... 

Photo : Xosé Manuel Albán, 20 février 1995

Résumé – Ramón Sampedro Cameán, né le 5 janvier 1943 dans la commune de Porto do Son en Galice (Espagne) est mort le 12 janvier 1998 à Boiro. Il a milité toute sa vie pour l'euthanasie.
   Devenu tétraplégique à l’âge de 25 ans à la suite d'un accident (plongeon), il s'est battu durant vingt-neuf ans pour le droit à l'euthanasie. Au terme d'une longue bataille juridique qui ne lui permit pas de se voir donner la mort légalement, Ramón Sampedro décida de mettre lui-même un terme à son existence. Le 12 janvier 1998, il se donna la mort avec l'aide de onze amis. Aucun de ses complices ne fut accusé car Sampedro brouilla habilement les pistes, chacun ayant une mission secrète ne l'impliquant pas de façon certaine dans la mort de leur ami : l'un avait les clefs de son domicile, l'autre acheta le cyanure de potassium, le suivant plaça le verre sur la table de nuit, le quatrième plongea la paille et ainsi de suite jusqu'au dernier qui filma Ramón, sourire aux lèvres, quelques secondes avant sa mort.
   Son amie Ramona Maneiro a été arrêtée quelques jours après son décès mais n'a pas été condamnée par manque de preuves. Sept ans après, dès que le délit eut été prescrit, Ramona a admis dans une émission de télévision avoir facilité pour Ramón l'accès au poison ayant causé sa mort et avoir enregistré la vidéo où celui-ci a prononcé ses derniers mots. (Wikipédia)

À voir ou revoir :
La vie de Ramón Sampedro a été portée à l'écran en 2004 dans le film Mar adentro d'Alejandro Amenábar. Précédemment, en 1999, elle avait inspiré un long métrage galicien intitulé Condenado a vivir (Condamné à vivre). 

Dans une vraie société laïque, capable de considérer le corps physique comme une «propriété privée», Ramon Sampedro n’aurait pas été contraint d’élaborer un scénario de la sorte pour épargner ses amis d’éventuelles poursuites judiciaires. Et, il aurait pu mourir en paix et en douceur. Dans son dernier message adressé aux juges et aux autorités politiques et religieuses, il disait : Je considère que vivre est un droit, pas une obligation comme ce le fut pour moi, obligé de supporter cette pénible situation durant 28 ans, quatre mois et quelques jours. 

(1) Les convictions morales ou religieuses des médecins 

Médecine : les objecteurs de conscience demandent à ce que leurs droits soient respectés
   Des associations chrétiennes de médecins affirment qu'il existe d'autres options que l'orientation d'un patient pour permettre à leurs objecteurs de conscience de se soustraire à deux directives de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario qui sont contraires à leurs convictions morales ou religieuses. Ces associations en appellent devant le plus haut tribunal de la province d'une décision d'un tribunal inférieur qui a conclu en 2017 qu'il est justifié de brimer la charte des droits et libertés pour offrir un accès équitable à des services de santé.
   La Société médicale et dentaire chrétienne du Canada, la Fédération des sociétés de médecins catholiques du Canada et l'Association canadienne des médecins pour la vie affirment au contraire que les croyances religieuses de leurs membres sont protégées par la charte et qu'il existe d'autres options pour assister un patient que celle de déléguer ses responsabilités à un collègue qui n'aurait aucune objection de conscience au sujet de questions morales.
(ICI Radio-Canada / info, 21 janvier 2019)
                                          
Au Québec, en 2013, avant l’adoption du projet de loi «Mourir dans la dignité», les regroupements contre l’euthanasie (voulue par le patient) pullulaient : Réseau des soins palliatifs du Québec, Alliance des maisons de soins palliatifs, Association des soins palliatifs,  Société québécoise des médecins de soins palliatifs, Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie, Vivre dans la dignité, Coalition des médecins pour la justice sociale, Rassemblement québécois contre l’euthanasie, etc.

Aide médicale à mourir : le tiers des demandes n’ont pas été administrées
   ...Le rapport déposé mercredi fait dire à des militants pour l’aide médicale à mourir qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. Le président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité est d’avis qu’on pourrait diminuer le nombre de demandes refusées avec des mesures rapides.
   «Il faut absolument travailler à élargir les critères. Les patients qui ont des pathologies chroniques et incurables, des maladies neurodégénératives, doivent obtenir le droit à l’aide médicale à mourir lorsqu’ils le demandent. Il faut faire enlever le critère de fin de vie, tout en gardant les autres critères», insiste le Dr Georges L’Espérance, qualifiant la condition de «médicalement stupide».
   Il demande aussi qu’on oblige les maisons de soins palliatifs à offrir l’aide médicale à mourir. «On a vécu des choses abominables. Un patient qui se fait sortir d’une maison en plein mois de janvier parce qu’il a demandé l’aide médicale à mourir, c’est inacceptable», tonne le médecin, appuyé sur ce point par Yvon Bureau, un autre militant de longue date. «Il faut que ça se termine au plus sacrant pour qu’elles deviennent des maisons de fin de vie, plutôt que de soins palliatifs seulement».
   Les écarts dans l’offre entre les régions du Québec inquiètent aussi les intervenants qui déplorent que les patients de Montréal doivent notamment lutter contre «une forte résistance». «Il y a 2 médecins dans tout le CHUM qui acceptent de le faire. C’est inacceptable», estime le Dr L’Espérance.
(Le journal de Québec, 3 avril 2019) 

COMMENTAIRE :  

J’ai eu l’occasion de fréquenter un zoo de «soins prolongés» puisque ma mère a dû y finir sa vie. Parmi la clientèle en perte d’autonomie, on retrouve à chaque étage un mélange de patients de tous âges. Certains sont totalement lucides, d’autres séniles, d'autres atteints d’Alzheimer, et d’autres souffrent de graves troubles psychologiques. On entend les patients se chamailler, crier, hurler; certains volent, attaquent, et ainsi de suite. Impossible d’avoir la sainte paix en pareil endroit, sauf une fois que tout le monde a été assommé avec des somnifères et des antidépresseurs. Ils font des «crises» parce qu’ils ne veulent plus vivre d’humiliations, avaler leurs médicaments et recevoir des traitements contre leur gré. Mais étant donné leur extrême vulnérabilité, ils sont impuissants face à cette abrutissante routine quotidienne utilisée pour les réprimer.  

«Il faut avoir au moins une certitude : celle de rester maître de sa mort et de pouvoir en choisir l'heure et le moyen.» ~ Milan Kundera (La valse aux adieux) 

Si le sujet vous intéresse voyez le libellé "Euthanasie". 

21 septembre 2017

Une nouvelle forme de maltraitance ignoble dans les foyers d’hébergement

Être inapte, atteint d’Alzheimer ou de sénilité, signifie qu’on est à la merci du personnel soignant pour tous ses besoins de base. Ce qui est en soi déjà rabaissant. Eh bien, figurez-vous que certains préposés ajoutent méchanceté et horreur à cette condition en publiant des photos humiliantes pour les résidents, sur les réseaux sociaux.

Ouais, ce qu’on raconte dans l’article ci-après se passe aux États-Unis. Mais, qui peut nous assurer que cette pratique n’existe pas dans nos merveilleux CHSLD?! À mon avis, on devrait interdire les smartphones aux préposés, quitte à les mettre sous clé durant leurs quarts de travail.

Ce qui ramène aussi le débat sur le consentement anticipé au droit de mourir dans la dignité, en cas d’Alzheimer et de sénilité. L’option a été approuvée par la Cour suprême, mais qui n’a pas pris effet à cause d’un groupe de médecins récalcitrants. Le Québec a produit une espèce de simulacre remplis de restrictions, qu’il ne garantit rien.

Plus je vieillis, plus j’ai envie de déménager aux Pays-Bas où si l’on a le droit de naître, on a aussi le droit de mourir (1).    

Voulez-vous finir vos jours dans un CHSLD?
Si la réponse est NON, joignez le mouvement, signez les pétitions, battez-vous pour vos droits, exigez l’inclusion du consentement anticipé, devenez membre de l’une ou l’autre de ces associations :
– Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD)
– Dying With Dignity Canada (DWDC)

Voyez aussi le libellé «Euthanasie»; j’ai abondamment couvert le sujet étant donné le vécu de ma mère. 

«Qu'est-ce donc que la vie humaine sinon un collier de blessures que l'on passe autour de son cou? À quoi sert d'aller ainsi dans les jours, les mois, les années, toujours plus faible, toujours meurtri? Pourquoi faut-il que les lendemains soient toujours plus amers que les jours passés qui le sont déjà trop?» ~ Philippe Claudel (La petite fille de Monsieur Linh)

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Une nouvelle forme de maltraitance scandaleuse dans les foyers d’hébergement

Safer America | Care2

Quand on parle de maltraitance reliée aux centres d’hébergement de soins de longue durée pour les personnes âgées ou physiquement inaptes, on pense à négligence, violence (psychologique et physique), isolement et exploitation financière. Mais il y a une forme de maltraitance que plusieurs parmi nous ignorent, et qui, malheureusement, est en croissance.
   Dans certains centres d’hébergement, les employés pratiquent ce qu’on appelle maintenant «maltraitance via les médias sociaux». Cela consiste à prendre des photos ou des vidéos inappropriées de patients âgés durant leurs soins et à les afficher sur Snapchat, Instagram et Facebook.
   Selon ProPublica, qui traque ce genre de publications depuis 2015, 65 cas ont été dument documentés entre 2012 et 2015. Mais l’on présume que ce n’est qu’une fraction de tous les messages explicites de cette nature. L'un des cas les plus odieux, était une photo publiée sur Snapchat montrant les fesses souillées d'un patient et la main gantée d'un préposé tenant des matières fécales, et qu’il avait titré ainsi : «Voilà ce que je fais comme job». Un autre message incluait des photos des organes génitaux de patients, tandis qu’un autre montrait une relation sexuelle entre résidents.
   La nature extrêmement choquante et explicite de ces messages constitue une violation du droit à la vie privée des patients. Ces messages représentent non seulement une atteinte à la dignité de la personne, mais ils sont carrément illégaux; et, ils ont parfois mené à des accusations criminelles.
   La plupart des 65 cas identifiés par ProPublica impliquait le réseau Snapchat, où les photos et vidéos sont montrées l'espace de quelques secondes puis disparaissent. La violence psychologique associée à ce genre de publications sur les réseaux sociaux dure malheureusement beaucoup plus longtemps pour la victime et ses proches.
   L'été dernier, dans le but de freiner cette tendance inquiétante chez les travailleurs des établissements, les Centers for Medicare and Medicaid Services ont demandé l’instauration de politiques interdisant la prise et la publication de photos ou de vidéos avilissantes pour les patients. La nécessité de politiques strictes a été reconnue en 2016, après qu’un infirmier auxiliaire en Iowa ait diffusé une photo particulièrement humiliante d'un patient âgé avec son pantalon baissé couvert d’excréments; à l’époque aucune politique ne permettait d’incriminer le préposé.
   L’analyse de ces cas de maltraitance a de quoi faire frémir. Ces messages blessants ridiculisent des patients extrêmement vulnérables, dont plusieurs souffrent de démence ou d'Alzheimer. L’on s’attend à ce que les employés des centres d’hébergement respectent la vie privée de leurs patients, et ces messages indécents démontrent un flagrant mésusage de leur position.
   Considérant toutes les formes de maltraitance envers les personnes âgées ou atteintes d’une maladie dégénérative, on estime que sur 14 cas, un seul est rapporté aux autorités; cela laisse supposer que le nombre de messages violents publiés sur les médias sociaux est beaucoup plus élevé que les 65 retrouvés par ProPublica. Même si quelques centres d’hébergement de soins de longue durée ont adopté des politiques exigeant la dénonciation de ces cas de maltraitance, la plupart des rapports d’inspection gouvernementale indiquent que les normes standards ne sont pas maintenues.
   Le blâme ne repose pas seulement sur les établissements. Le sénateur de l'Iowa, Charles Grassley (l’état compilait les pires cas) tient les propriétaires de plateformes numériques responsables de l’augmentation des cas de cette nature. En ce moment, si quelqu’un rapporte un abus sur le site d’un réseau, il reçoit un message indiquant que la plateforme n'est pas en mesure de faire quoi que ce soit; ce qui laisse de nombreuses victimes de maltraitance incapables de se défendre elles-mêmes. Confrontés à cette question, Facebook et Snapchat ont déclaré publiquement qu'ils s'employaient à freiner la diffusion de ce genre de photos et vidéos sur leurs sites.
   Plus il y aura de cas dénoncés et d’établissements vigilants et punitifs envers de tels comportements, plus nous aurons des politiques strictes et une meilleure surveillance des médias sociaux. La maltraitance des personnes âgées sur les médias sociaux est un autre moyen pour les gens de s'attaquer à nos citoyens les plus vulnérables, et en tant que société, il est de notre devoir de protéger ceux qui ont besoin de protection.


ProPublica:

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COMMENTAIRE : Au lieu d’augmenter le salaire des médecins, notre gouvernement devrait mieux payer les préposés qui font le sale boulot (à salaire de crève-faim). Peut-être y aurait-il moins de grossières indécences ou de violence envers les patients. Ah oui, notre généreux ministère de la santé a délié les cordons de sa bourse afin que les patients aient deux bains par semaine. Wow!

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(1) Le gros bon sens d’Hector Berlioz (1803-1869)

L'inutile torture

Les choses et les hommes changent cependant, il est vrai, mais si lentement que ce n’est pas dans le court espace de temps embrassé par une existence humaine que ce changement peut être perceptible. Il me faudrait vivre deux cents ans pour en ressentir le bienfait.
   J’ai perdu ma sœur aînée, Nanci. Elle est morte d’un cancer au sein, après six mois d’horribles souffrances qui lui arrachaient nuit et jour des cris déchirants. Mon autre sœur, ma chère Adèle, qui s’était rendue à Grenoble pour la soigner et qui ne l’a pas quittée jusqu’à sa dernière heure, a failli succomber aux fatigues et aux cruelles impressions que lui a causées cette lente agonie.
   Et pas un médecin n’a osé avoir l’humanité de mettre fin à ce martyre, en faisant respirer à ma sœur un flacon de chloroforme. On fait cela pour éviter à un patient la douleur d’une opération chirurgicale qui dure un quart de minute, et on s’abstient d’y recourir pour le délivrer d’une torture de six mois. Quand il est prouvé, certain, que nul remède, rien, pas même le temps, ne peut guérir un mal affreux; quand la mort est évidemment le bien suprême, la délivrance, la joie, le bonheur!...
   Mais les lois sont là qui le défendent, et les idées religieuses qui s’y opposent non moins formellement.
   Et ma sœur, sans doute, n’eût pas consenti à se délivrer ainsi si on le lui eût proposé. «Il faut que la volonté de Dieu soit faite.» Comme si tout ce qui arrive n’arrivait pas par la volonté de Dieu... et comme si la délivrance de la patiente, par une mort douce et prompte, n’eût pas été aussi bien le résultat de la volonté de Dieu que son exécrable et inutile torture...
   Quels non-sens que ces questions de fatalité, de divinité, de libre arbitre, etc.!! c’est l’absurde infini; l’entendement humain y tournoie et ne peut que s’y perdre.
   En tout cas, la plus horrible chose de ce monde, pour nous, êtres vivants et sensibles, c’est la souffrance inexorable, ce sont les douleurs sans compensation possible arrivées à ce degré d’intensité; et il faut être ou barbare ou stupide, ou l’un et l’autre à la fois, pour ne pas employer le moyen sûr et doux dont on dispose aujourd’hui pour y mettre un terme. Les sauvages sont plus intelligents et plus humains.

Mémoires de Hector Berlioz; chap. LIX

Deux cents ans plus tard on n’est guère plus avancé...

3 mars 2017

La question qui tue

Je suis en train de réviser mon testament pour inclure l’option «consentement anticipé à l’aide médicale à mourir», même si elle n’est pas encore légale. Le mandat d’inaptitude est insuffisant pour éviter l’acharnement thérapeutique. Si la maladie d’Alzheimer frappe, je refuse de finir mes jours dans un CHSLD. Ma mère n’a pas cessé de nous demander de l’aider à mourir dès le moment où elle a mis les pieds dans une résidence de soins prolongés. Je l’aimais, mais pas au point de risquer la prison. Néanmoins, je comprends qu’un conjoint ou un membre de la famille succombe à la tentation de soulager la personne, en dépit des conséquences pénales encourues.

Comment oublier l’affaire Latimer; résumé (en français, 2011) 
http://ici.tou.tv/tout-le-monde-en-parlait/s06e08

À voir aussi Road to Mercy:
http://www.cbc.ca/firsthand/features/the-twenty-year-battle-for-medical-assistance-in-death-legislation-in-canad

Photo : livre «The Ruins of Detroit» par Yves Marchand et Romain Maffre (2010)  
http://www.marevueweb.com/photographies/la-ville-de-detroit-en-ruine/

Normalement, si la maison tombe en ruine, on la quitte. Nous aurions intérêt à réviser notre perception de la mort. «Il me semblait comprendre intuitivement, pour la première fois, le sens du mot ‘périssable’. Jusque-là, c’était pour moi une notion confuse, à caractère religieux, une périphrase pour éviter d’appeler la mort par son nom, de dire que ‘le nom de la mort est la mort’». (Henning Mankell, Sable mouvant, p. 330)

Très peu de gens peuvent se payer un voyage en Suisse pour bénéficier de l’aide médicale à mourir sans verdict préétabli de mort imminente – voyez le reportage du journal Le Devoir (1). D’où l’importance capitale du consentement anticipé. Bazzo disait à Desrochers (émission Le 15-18) : «Je suis absolument terrifiée par cette question-là... devant la possibilité que ça devienne systémique.» Par ailleurs, elles se questionnaient sur la notion de vie «indigne» qui, selon elles, serait bien relative. Ont-elles eu l’occasion de visiter des CHSLD? 
     Évidemment, tout le monde n’a pas le même degré de tolérance à la souffrance et à la perte d’autonomie. Pour moi, la vie devient indigne quand on est dépendant d’autrui pour ses besoins de base – que l’incapacité résulte de la maladie physique ou mentale. Mon niveau de tolérance serait nul, sauf si l'incapacité était temporaire.

Extraits d’articles – libellé Euthanasie

Quiconque a vu des personnes souffrant de démence s’arracher les cheveux sur la tête (littéralement), délirer, avoir de soudains accès de violence, tomber par terre parce qu’elles sont dopées et se comporter comme des chimpanzés, comprend très bien que la démence (Alzheimer et/ou sénilité) mérite l’aide médicale à mourir au même titre que le cancer terminal et d’autres maladies incurables.
     L’entreposage des personnes en soins prolongés est un business lucratif (pour les médecins, l’industrie pharmaceutique, les services d’appoint...) – ça fait rouler l’économie! Par contre, les préposés aux bénéficiaires qui font le sale boulot (nourrir à la cuillère, baigner, torcher, changer les couches nauséabondes) sont mal rémunérés. Il faudrait réviser l’écart salarial abyssal entre médecins et préposés... 
     Le pire argument invoqué contre l’aide médicale à mourir est justement cette peur irrationnelle des dérapages. Le personnel médical se mettra-t-il soudain à assassiner tous les handicapés mentaux/physiques, les séniors et les malades incurables – sans leur consentement ou celui de leur famille? Une sorte d’eugénisme nazi? Je ne dis pas que la possibilité n’existe pas, il y a des médecins et des préposés malveillants et l’on sait que les humains sont capables des pires ignominies. Cependant, selon ce que j’ai vu dans les foyers d’accueil pour personnes en grave perte d’autonomie, l’expérience nazie consiste à utiliser les hébergés comme cobayes (sans leur consentement) pour tester des traitements et des médicaments et étudier la démence et la maladie d’Alzheimer. Je me croyais parfois au milieu d’un laboratoire de vivisection – à la différence que les chimpanzés étaient des humains. Et il est faux de dire qu’on réussit à éliminer complètement les souffrances physiques, encore moins les souffrances psychologiques; j’en ai été témoin. 
     Certains médecins sont toujours hostiles à l’aide médicale à mourir. En revanche, ils permettent aux patients de se suicider par refus de traitements, médicaments et nourriture – beaucoup de souffrance et une agonie pouvant durer jusqu’à deux semaines et plus. Sadique, non? Pourquoi agissent-ils de la sorte? Parce qu’ainsi le malade assume l’entière responsabilité morale de son acte. Les médecins peuvent s’en laver les mains au Purell tout en les regardant agoniser. 
     Il fut un temps où la tentative de suicide était passible de la peine de mort (post-mortem s’il y avait lieu!). L’avantage était qu’en bout de ligne (ou de corde...) la personne atteignait son but. 
   Le respect de l’autonomie de la personne, en droit, a justifié la dépénalisation du suicide (ou tentative de). Cette décision des législateurs ne préjuge pas de la moralité du geste, elle implique seulement que, pour autant qu’elle soit seule en cause, toute personne doit pouvoir juger en toute conscience si elle peut mettre fin à ses jours; et la société doit respecter sa décision. 
     Avant la dépénalisation de l’aide médicale à mourir, les patients incapables de se suicider en raison de leur incapacité physique pouvaient rester indéfiniment prisonniers de leurs corps, cloués à leurs grabats. On appelle ça vivre... 
     Les gens qui sont contre l’aide médicale à mourir n’ont qu’à s’abstenir d’en faire la demande, c'est simple. Pourquoi en priver le 84 % de la population qui est en faveur? Vivre est un droit, non pas une obligation (Ramon Sampedro); mais, l’État et les lobbies religieux estiment que c’est une obligation. 
     On rédige ainsi des lois pour obtenir des votes et faire plaisir aux frileux qui croient en Dieu, au paradis et à l’enfer éternels, sans offrir d’alternative aux athées qui n’y croient pas. «Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine, la Bible est une collection de légendes honorables, mais toujours purement primitives et néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, peu importe sa subtilité, ne pourra me faire changer d’avis. Pour moi, la religion juive, comme toutes les autres religions, est l’incarnation des superstitions les plus enfantines...», disait Albert Einstein dans une lettre adressée à Erik Gutkind.

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(1) Dernier voyage, Journal Le Devoir

Voir Rome et mourir
Monique Hamel, la battante qui voulait choisir sa fin
25 février 2017 | Isabelle Paré | Santé 

Le débat sur l’aide à mourir a resurgi cette semaine, à la lumière du meurtre présumé commis par le conjoint d’une femme atteinte d’Alzheimer. Depuis, des voix s’élèvent pour étendre l’accès à l’aide à mourir aux personnes qui ne sont pas à l’agonie. «Le Devoir» publie la lettre posthume de Monique Hamel et le récit de son combat obstiné pour mourir comme elle le voulait. Voici son histoire. 
     Monique Hamel est partie sans crier gare le 2 février en Suisse, faute d’avoir eu accès à l’aide à mourir au Québec, malgré la douleur qui lui tenait lieu de deuxième peau depuis 20 ans. Pour en finir avec cette colocataire maudite, elle s’est résignée à mourir loin de sa famille, loin de ses amis. Là où le droit à une mort lucide n’est pas lié à l’imminence du décès, mais jugé à l’aune de la souffrance vécue. [...]

Voir Rome et mourir (partie 2)
Monique Hamel, la battante qui voulait choisir sa fin
25 février 2017 | Isabelle Paré | Santé

C’était il y a six mois. La carapace de Monique a commencé à se fissurer, une brèche s’est ouverte. La petite lettre reçue de Suisse 10 ans plus tôt, approuvant sa demande d’euthanasie, est revenue la hanter. Depuis 2005, elle l’avait sagement enfouie dans un tiroir, dans un recoin de sa mémoire, comme une assurance contre l’insupportable. Tout ce temps, elle savait qu’il y avait un quai quelque part, une bouée à laquelle s’accrocher. Au cas où elle craquerait. [...] 
     Mathilde [qui l’a accompagnée] est repartie avec, dans sa valise, les vêtements et la lettre de son amie. La lettre d’une femme de paroles, de théâtre, qui a choisi d’utiliser les mots pour faire résonner sa colère, pour dire l’injustice qu’elle ressentait. 
     «Tout ce qu’elle a souhaité, elle l’a eu. Quand elle est partie, je lui tenais la main. Dans cette main, il y avait celles de tous ses amis, qui étaient là, assure Mathilde. Si elle avait pu mourir ici, au Québec, ses proches auraient pu l’entourer. Elle aurait vraiment aimé mourir parmi les siens.»

Articles complets :
http://www.ledevoir.com/societe/sante/492623/une-quebecoise-privee-de-l-aide-a-mourir-se-tourne-vers-la-suisse-pour-mettre-fin-a-ses-souffrances

Mourir dans la dignité… à l’étranger
25 février 2017 | Monique Hamel - Pédagogue, auteure et chercheuse | Actualités en société 

Au Canada, concernant l’euthanasie et le suicide assisté, en refusant d’inclure les pathologies non mortelles, les élus fédéraux qui ont manqué de courage malgré les recommandations de l’arrêt Carter de la Cour suprême n’ont aucune idée de ce qu’ils font vivre aux personnes affublées d’une telle pathologie; de par la nouvelle loi, ils ont exclu toutes les personnes souffrantes dont la mort n’est pas «raisonnablement prévisible». Conséquemment, de mon côté, puisque la neuropathie ou la radiculopathie chronique sévère dont je souffre depuis 20 ans n’est pas mortelle, je n’ai d’autre choix que de me tourner vers la Suisse... et seuls mes proches sont au courant. Il m’est impossible de vivre ce cheminement avec mes professionnels de la santé, seulement avec des médecins et des professionnels suisses que je ne connais pas. 
     La Suisse est le seul pays qui accepte les étrangers. Pour résumer, Dignitas – Vivre dignement – Mourir dignement – accepte toujours d’aider les étrangers à des conditions claires et strictes en accord avec la loi suisse. [...] Au Québec, le suicide assisté est encore un sujet tabou.

Douleur et isolement
Je pars à cause de la douleur neurologique avant tout, mais aussi du handicap, bien sûr, et de l’isolement qui en découle. Contrairement à ce que prétendent certains professionnels du Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie, toute leur gentillesse et leur empathie ne me retiendraient pas. Les patients ne sont pas nécessairement des personnes angoissées, vulnérables et influençables comme le prétendent les auteurs de ce collectif dans un texte écrit en 2013. 
     De plus, même si les CHSLD étaient de vrais endroits de vie dignes de ce nom, cela ne viendrait pas compenser le niveau de douleur. Qui plus est, si vous entendez un médecin prétendre qu’il peut soulager toutes formes de douleur, même les douleurs neurologiques, il ment; ce n’est que de la prétention. [...] 
     Combien de personnes malades tentent de se suicider ou demandent à un proche de les aider avec les risques médicaux et juridiques que cela comporte? Les élus ont manqué de courage et pourtant, la majorité de la population, soit 84 % des Québécois et des Canadiens (sondage effectué par la firme Ipsos-Reid en 2014), est favorable à l’euthanasie et au suicide assisté. Qui plus est, 70 % des médecins y sont également favorables. Puis, il y a l’Association québécoise du droit de mourir dans la dignité dont les membres, pour la plupart, sont des professionnels de la santé. Par chance, les sociétés évoluent! Le Canada et le Québec sont juste un tantinet en retard.

Empêtrée dans la bureaucratie
[...] Donc ma vie – quel lapsus! ma mort – dépend des autres, des élus, des médecins étrangers et surtout, des médecins québécois et canadiens qui se prennent pour Dieu et refusent que je prenne ma décision seule afin de mourir dignement dans mon pays avec mes proches et mes professionnels plutôt qu’à l’étranger. De plus, mourir en Suisse n’est pas accessible à tous; près de 20 000 $ pour le tout, avec le billet d’avion et l’hôtel.

Douleur de la colère
Je suis tellement en colère, tellement! [...] Je vais mourir avec des étrangers plus courageux et humanistes que nos médecins et nos décideurs. Je vous laisse en espérant que nos élus finissent par avoir suffisamment de courage et d’empathie pour permettre aux personnes souffrantes de décider du moment de leur mort, ici au Québec et au Canada. ...

Lettre intégrale :
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/492620/mourir-dans-la-dignite-a-l-etranger?utm_campaign=Autopost&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1488147134

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Une histoire brise-cœur, insensée, à cause des barrières imposées par des législateurs enferrés dans le «conformément à la loi».

Till death do us part
Kelly Grant The Globe and Mail | Wednesday, Jan. 18, 2017


After 55 years of marriage, Ernie and Kay Sievewright decided to share a medically-assisted death together. Doctors deemed them eligible for the procedure, but in the end, they were forced to die four days apart because of legal concerns.

http://www.theglobeandmail.com/news/national/the-evolving-legality-of-assisteddying/article33652252/

AQDMD (Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité) https://aqdmd.org/

Aide médicale à mourir : Deux associations québécoises demandent au gouvernement fédéral de permettre le consentement anticipé
https://aqdmd.org/salle-de-presse/aide-medicale-a-mourir-deux-associations-quebecoises-demandent-gouvernement-federal-de-permettre-consentement-anticipe/

Dying With Dignity Canada
http://www.dyingwithdignity.ca/advance_consent_assisted_dying_poll